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Obsessions roumaines

« Dédales », de Bogdan Georges Apegtrin en salles le 20 juillet

Obsessions roumaines
"Dédales" (Miracle) de Bogdan Georges Apegtri (2022) © Memento Distribution

Le cinéaste Bogdan Georges Apegtri, dans «Dédales», nous donne un thriller cérébral et violent au dénouement ambigu.


Quel secret innommable couve cette jeune et belle novice voilée de noir, qu’un taxi attend au pied du couvent dont elle s’échappe en catimini, aidée par une consœur qui, avec des mines de conspiratrice, lui confie son téléphone portable? De très lents plans-séquences fixent les longs dialogues entre le chauffeur et sa passagère – procédé qui rappelle inévitablement l’esthétique millimétrée du grand cinéaste iranien Jafar Panahdi (« Taxi Téhéran », « Trois visages »). Mais ici nous sommes dans l’espace rural d’une Roumanie pétrie de religiosité, à l’écart des grandes villes. Loin des regards, la pudique jeune fille revêt des habits civils pour se rendre à un rendez-vous de consultation au service de gynécologie de l’hôpital local. Le motif n’est pas énoncé – mais on sait bien de quoi il retourne.

Fugue clandestine

C’est avec beaucoup de subtilité que le cinéaste Bogdan Georges Apegtri travaille ainsi l’ellipse et le hors champ, laissant le spectateur cogiter à loisir.  Pour le retour de sa fugue clandestine, la demoiselle tombe sur un chauffeur de taxi aux questions quelque peu intrusives – et toujours ces plans fixes au cordeau captant, imperturbables, l’habitacle du véhicule au fil des répliques… Le taxi fait un détour, bizarrement, vers les piles d’un pont isolé, en pleine nature. Soi-disant pour laisser sa prude passagère enfiler à nouveau sa chasuble. Séquence-charnière de « Dédales » (dont, mieux inspiré, le titre original est Miracol : « miracle »).

Séquence d’autant plus atroce qu’étirée à l’extrême et sciemment filmée à bonne distance, elle esquive le voyeurisme, mais sans priver le spectateur des interminables braillements de la victime. Point de bascule à partir de quoi l’acharnement de l’inspecteur de police (l’acteur Emanuel Parvu, à son meilleur) pour arracher leurs secrets aux protagonistes se heurte aux dédales de sa propre logique intime. Celle qui, par un ultime, magistral effet de surprise – coup de génie du cinéaste -, jettera le doute sur le véritable dénouement…

Singulier Bogdan George Apetri, réalisateur de 56 ans implanté de longue date aux Etats-Unis où il professe la mise en scène à l’université Columbia de New-York, mais qui retourne dans son village natal du nord de la Roumanie, pour y tourner concurremment, en 2019, un autre long métrage jamais sorti chez nous en salles, « Unidentified », avec les mêmes acteurs dans des rôles différents, premier volet d’une trilogie qu’il s’apprête à clôturer cette année. Toujours à la maison.

Dédales (titre original : Miracol). Film de Bogdan Georges Apetri. Avec Ioana Bugarin, Emmanuel Parvu, Cezar Antal. Roumanie/République tchèque/ Lettonie, couleur. Durée : 1h58. En salles le 20 juillet.


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