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Quand les poètes voyagent

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L’été est la saison des voyages, réels ou imaginaires.


On vous propose une petite anthologie estivale grâce à des poètes d’hier et d’aujourd’hui, connus ou moins connus mais qui incitent tous à la rêverie. Cette semaine, Jean Orizet.


« Les orangers de Jaffa»

Boeing presque immobile
sur l’ocre net des champs
Un pèlerinage s’achève.

À Jérusalem, sous les chapeaux noirs
on se lamente de joie.

À Saint–Pierre de Rome
on prie à pleins cars, en air conditionné.

Dieu semble rester Dieu pour quelque temps encore
mais quel est ce prophète, sous sa coupole d’or
gardé par des fusils d’assaut ?

D’où vient-il cet étrange parfum de kérosène
et d’orangers en fleurs
visités de colombes grises ?

Niveau de survie (1975-1978)

Jean Orizet est né en 1937. Poète voyageur, il est également un grand passeur. Il a créé la revue Poésie 1 et est à l’initiative de nombreuses anthologies.

Niveaux de survie (Belf.Poesie)

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Les cent plus beaux poèmes de la langue française

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Le lynchage des policiers lyonnais restera-t-il impuni?

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Après un vol à l’arraché survenu mercredi dans ce quartier lyonnais dangereux, la foule s’en est violemment pris aux policiers, permettant au malfaiteur de s’enfuir. L’exécutif, dépassé, promet des sanctions et plus de moyens. L’opposition et l’opinion, choquées, y voient une civilisation qui sombre. L’analyse de Céline Pina.


Parce qu’ils ont tenté d’interpeller un homme ayant commis un vol à l’arraché, trois policiers en civil ont failli se faire lyncher dans le quartier de la Guillotière à Lyon. Ce quartier, situé en plein centre, non loin de la fameuse place Bellecour, est devenu une zone de non-droit. Sa réputation de coupe-gorge est telle que la télévision allemande avait choisi d’y installer ses caméras en mai 2022 pour illustrer un sujet sur la montée de l’insécurité en France. Quant à l’ancien Maire de Lyon et ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, il regrette que Lyon soit en train de devenir comme « les quartiers nord de Marseille ou la grande banlieue parisienne » et déclare « ne plus reconnaitre sa ville ». Si l’ancien édile a probablement des griefs contre le maire actuel, Gregory Doucet, force est de reconnaitre que nombre d’habitants pointent également le laxisme de la municipalité EELV dans la dégradation de la situation.

« La Guillotière en colère » jette l’éponge dans l’indifférence

Certes, le maire a déclaré sur Twitter que « rien ne peut justifier les violences exercées à l’encontre des policiers nationaux ». Mais c’est quand il ajoute « nous continuerons d’agir pour assurer la tranquillité publique dans notre ville » que le doute peut légitimement s’installer. En effet, quelques jours avant la tentative de lynchage des policiers, l’association « La Guillotière en colère » avait choisi de se dissoudre au vu de l’indifférence des pouvoirs publics et des procès en racisme et proximité de l’extrême-droite qu’elle subissait. Celle-ci était vue comme pas assez nuancée, l’exaspération de ses membres et leur colère étant ainsi assimilées à une dérive politique droitière. 

« Ces faits divers ne sont plus des faits divers. Ils sont le signe d’une civilisation qui sombre. » Laurent Wauquiez (LR)

Cette association dénonçait la violence endémique du quartier, le trafic et la consommation de drogue, le trafic de cigarettes et la déchetterie à ciel ouvert que devenait leur quartier. Elle avait eu le malheur de pointer également le communautarisme et la présence de nombre de migrants parmi les divers trafiquants. Dans le communiqué publié, l’association dénonçait « le déni » et « les mensonges » des élus de la ville de Lyon et de la communauté d’agglomération. Elle s’adressait particulièrement à Gregory Doucet, parlant d’une politique « d’enfumage d’ateliers participatifs » servant surtout « à donner le semblant aux citoyens que la mairie s’occupe d’eux. Après deux ans aux manettes, chacun peut ici se rendre compte qu’il n’en est absolument rien. » À l’inverse, l’association rendait hommage aux services de la Préfecture. Elle notait que lorsque le supermarché Casino avait dû annoncer sa décision de fermer ses portes à partir de 17 heures, faute de pouvoir garantir la sécurité de ses employés et de ses clients, la Préfecture avait réagi. Le dialogue instauré avait d’ailleurs abouti à la mise sur pied d’une Brigade Spécialisé de Terrain.

Logique de meute et immigration hors contrôle

La question reste encore et toujours celle de la réponse pénale apportée. L’homme qui a été à l’origine de l’agression des policiers est connu par les services de police. Algérien en situation d’expulsion, il a plus d’une dizaine de condamnations à son actif mais est toujours sur le territoire. Comment remédier à la violence si les interpellations ne débouchent sur rien ? Autre point problématique, il semblerait que l’auteur de l’arrachage de collier qui a motivé l’intervention des policiers à la Guillotière aurait harangué la foule présente afin que celle-ci agresse les policiers. Or, pour que la logique de meute fonctionne, il faut que les représentations soient partagées. Pour enflammer ainsi un groupe hétérogène et non une bande dûment constituée, il faut qu’à défaut de liens forts, les individus aient la même vision des choses. Quand la police est présentée par certains politiques, souvent proches d’EELV ou de LFI, comme une institution où règne une forme de « racisme systémique », que l’action de l’État est vue comme illégitime et que la logique communautaire supplante le respect de la loi, voilà ce qui peut se produire. Les images de l’agression des policiers montrent aussi une foule complètement désinhibée qui ne manifeste aucune crainte ni aucun scrupule à s’en prendre aux forces de l’ordre. Elle ne connait que le rapport de force et quand celui-ci est en sa faveur, elle se déchaine. À voir les images, on comprend le tweet de Laurent Wauquiez qui écrit : « Ces faits divers ne sont plus des faits divers. Ils sont le signe d’une civilisation qui sombre. »

Le maire de Lyon Grégory Doucet (photographié ici en septembre 2020), appartient à une famille politique aux positions ambiguës sur la police nationale, l’immigration ou l’insécurité © Bony/SIPA

Il faut dire que la Guillotière est emblématique de ce qui arrive quand un pouvoir croit qu’au lieu de traiter la problématique de la délinquance, la reléguer dans des zones de non-droit à la périphérie des grandes villes, est un moyen de la circonscrire. Cela ne marche qu’un temps puis la violence tend à déborder et la zone de non-droit à s’étendre selon la logique de la tache d’huile. Faute de réponse appropriée, il devient alors plus facile de transformer les victimes en coupables et de trouver leurs réactions exagérées et teintées de racisme. C’est ainsi qu’à Paris, pendant que certains subissent des nuisances quotidiennes dans certaines banlieues qualifiées pudiquement de « difficiles », une partie de l’élite peut, en toute bonne conscience, traiter de fachos ou de suppôt de l’extrême-droite, ceux qui alertent sur l’ensauvagement du pays. Cette attitude a ses explications. Faire usage de la force pour faire respecter l’ordre public n’est pas toujours facile à assumer. Interpeller des voyous se fait rarement en douceur et les images ne sont pas jolies à regarder. Surtout quand elles sont filmées et alimentent les indignations médiatiques. Les élus craignent aussi que la situation ne dégénère en émeutes urbaines. Mais fermer les yeux n’assure pas la paix sociale: les situations s’enkystent et l’impunité nourrit encore plus de violence. Hélas, ceux qui les subissent sont comme le messager qui apporte de mauvaises nouvelles, leur discours n’est pas entendu car il révèle l’impuissance de ceux qui sont aux manettes.

Une inquiétante résignation politique

Ce qui se passe à la Guillotière n’est pas seulement de l’ordre du fait divers. Cela parle de l’ensauvagement d’une société faute d’une réponse appropriée de la justice. Tant que ces questions-là ne feront pas l’objet d’une doctrine partagée et que le contexte d’augmentation de la violence ne sera pas pris en compte dans la réponse pénale, la protection des personnes ne pourra être correctement assurée. La question de la sanction n’est pas affaire uniquement de rédemption individuelle ou de prise en compte de l’histoire personnelle des voyous, il s’agit aussi de protéger la société et de s’en donner les moyens. 

Cet aspect du problème semble hélas négligé, au point que nos dirigeants paraissent résignés à ce que des quartiers comme la Guillotière poursuivent leur dérive. Dans le reportage du Figaro, un habitant raconte comment les patrouilles de police ignorent parfois les trafics se déroulant pourtant sous leurs yeux, semblant n’intervenir qu’en cas d’agression. Quand les commerçants se plaignent de trafics de cigarettes se déroulant sur le pas de leur porte, on a du mal à imaginer que les trafiquants ne sont pas connus des services de police et on a du mal à concevoir autant de tolérance. Finalement, le seul conseil que l’on a envie de donner aux habitants est de partir. Ce qui s’avère compliqué quand, à cause de la réputation du quartier, les logements ne se vendent pas ou alors à un prix très inférieur à celui du marché. Ce qui complique l’achat d’un autre bien… 

Ainsi, tandis que les voyous paraissent devenir les maitres du territoire, les habitants sont condamnés à subir et à se taire. C’est de cette manière que Lyon, naguère ville bourgeoise et tranquille, est en train de changer de visage. Il est plus que temps que la municipalité ouvre les yeux sur la réalité et change de discours et d’attitude. Un pouvoir ne gagne jamais à nier le réel, car celui-ci finit toujours par gagner.

Tout va très bien, Messieurs les ministres…

Les insuffisances de l’exécutif sur les questions de sécurité alimentent une inquiétante chronique et remplissent les colonnes de nos journaux ce week-end. L’édito politique de Philippe Bilger


Les cocoricos de nos ministres régaliens sont de plus en plus contredits par une réalité dont la brutalité ne cesse de s’amplifier. La délinquance et la criminalité ordinaires sont déjà insupportables et ce n’est pas un « sentiment d’insécurité » qu’éprouvent les victimes nombreuses mais un désespoir aggravé par la relative impuissance des forces chargées de les combattre. Il suffit pour en avoir un tableau hebdomadaire (et il n’est pas exhaustif) de se reporter du 11 au 17 juillet avec une recension de Valeurs actuelles mentionnant notamment une quinzaine de coups de couteau, coups de marteau, coups de hache, une femme poignardée par un clandestin…

A lire aussi: Les fourberies de Panot

Un basculement dramatique s’est produit dans notre société quand la police, de plus en plus souvent, au lieu de pouvoir opérer sa mission de contrôle et d’interpellation, est devenue elle-même une cible. La malfaisance spécifique, les guet-apens, les violences à son encontre font qu’elle ne peut plus nous protéger mais doit être protégée. Un comble. Dans une commune près de Dijon, un policier est violemment « tabassé » parce qu’il tente d’interpeller un voleur de scooter armé. Dans un quartier de Lyon à la Guillotière, trois policiers en civil dont une femme, sont agressés et lynchés à coups de barres de fer et avec du gaz lacrymogène, par une cinquantaine de voyous qui les empêchent d’appréhender un voleur à l’arraché. L’un des agresseurs est interpellé mais réussit à prendre la fuite. C’est tous les jours comme cela. Il paraît que ceux qui s’émeuvent exagèrent ou appartiendraient au RN et donc seraient forcément inaudibles et de mauvaise foi.

Le duo Darmanin / Dupond-Moretti peine à nous rassurer

On a un ministre de l’Intérieur qui tweete beaucoup après. C’est le signe de l’échec. Un Eric Ciotti a le droit de tweeter : il n’est pas ministre. Gérald Darmanin, lui, quand il termine son tweet par « s’en prendre à un policier c’est s’en prendre à la République » a un propos à peu près équivalent à zéro et magnifie son inaction. Il n’est plus à cela près. Il a déclaré qu’il allait s’occuper « personnellement » des JO. Pas de quoi rassurer : il n’était tout de même pas à mille lieues du Stade de France et du préfet Lallement lors de ce fiasco dont il ressort virginal grâce au président de la République ! Eric Dupond-Moretti, certes non directement concerné par ces soucis d’ordre et de tranquillité publics, ne rassure pas davantage sur la Justice quand il fait des réponses méprisantes aux questions qui lui sont posées. 

A lire ensuite: Causeur #103: Silence, on égorge

J’ai le droit de suggérer des pistes dont la plus importante est inconcevable. Il faudra un jour instaurer de vraies peines planchers. Je devine trop ce que vont devenir les procédures de Lyon et de Dijon si on réussit à appréhender des auteurs alors que le caractère collectif des violences rend la preuve individuelle quasiment impossible. Elles s’enliseront dans des délais trop longs et l’indignation initiale finira en indulgence judiciaire. Surtout il conviendrait non pas de sortir de l’état de droit ressassé tel un mantra mais de l’adapter. C’est une incantation à défaut d’être une protection, une solution. Il n’est plus possible, face à des transgressions éclatantes, irrécusables, de laisser le temps noyer les vérités et des culpabilités immédiatement imputables. On ne devrait plus admettre que la bureaucratie s’oppose à la Justice. Il y a une multitude d’affaires qui justifieraient des allègements et des urgences et satisferaient l’attente citoyenne qui veut que justice soit rendue certes mais vite !

J’ai évoqué l’autosatisfaction du pouvoir. Elle est normale. Quand on échoue il est urgent de se gratifier : c’est le seul baume. Que la France ait mal ne troublera pas un pouvoir sûr de son fait. On aura compris que mon titre renvoie à une célèbre chanson de mon enfance où, annonçant à « madame la marquise  » une série de catastrophes, on lui certifiait pour la rassurer que « tout allait très bien ». Faisons-leur plaisir : tout va très bien, Messieurs les ministres…

Les fourberies de Panot

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Les indignations surjouées, et rustaudes, de la chef des « Insoumis », à l’Assemblée nationale, desservent la cause populaire. Leur répétition agace déjà une majorité de citoyens qui s’inquiètent de ce monde d’après Macron que nous préparent les ultra-progressistes.


Dans La Ferme des animaux de George Orwell, une révolte secoue la ferme de M. Jones. Les animaux, épuisés par les conditions indignes de leur existence, reprennent leur liberté et décident de s’auto-organiser. Mais après la mort de Sage l’Ancien, vieux verrat, qui suscita la fronde et l’anima des principes du socialisme originel, une bande de cochons s’empare du pouvoir, et la révolution originelle se transforme en nouveau joug. Les insoumis d’hier sont devenus ceux qui soumettent. Les asservis sont devenus les maîtres.

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Mathilde Panot est l’un de ces cochons ou de ces porcelets, progéniture du petit tribun Mélenchon, qui pense pouvoir enseigner la théorie de l’inégalité et de l’injustice. Présidente de la nouvelle nébuleuse Nupes à l’Assemblée nationale, elle ne cesse de remuer son groin et d’agiter sa queue fièrement à chacune de ses formules moralisantes. «  Oligarchie ! », « Plus d’égalité ! », « Honte aux pauvres ! », « la transition écologique doit avoir lieu ! », «  Plus de pouvoir d’achat ! ».

La palme d’or de la morale

Mais phrase profonde, verglas pour la sotte, avait mis en garde le grand philosophe Nietzsche. Derrière ses grands mots qui nécessitent de grands hommes et de profondes pensées, Mathilde Panot est « plate, fanfaronne, jactancieuse, prétentieuse, grossière dans l’attaque, d’une sensibilité hystérique ; pathétique et vulgaire dans un salmigondis des plus comiques ; préoccupée d’un seul sujet, mais passant toujours à côté du sujet. » (Marx).

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Mathilde Panot est la représentante en chef de la morale critique ou de la critique moralisante. Il ne s’agit certainement pas pour elle de donner les moyens à son peuple, une capacité de changement profond, ni même une quelconque liberté nouvelle, mais de se servir de ce peuple fictif pour asseoir une idéologie « écolo-friendly » et technophile, teintée d’un féminisme revanchard et liberticide qui est le pur produit même de l’organisation sociale du capitalisme vert contemporain, mutation contemporaine du nouveau mode de vie qui arrive. Mathilde Panot n’est pas une insoumise mais une soumise qui s’ignore et qui soumet les problématiques populaires à ses desiderata idéologiques.

L’autre ruissellement

Mathilde Panot voudrait repeindre les tours de la Défense avec un pinceau vert sans jamais toucher aux racines du problème actuel. Elle parle du capitalisme et du monde de l’argent comme tous les « buveurs de jus de fruits » ou les « porteurs de sandales » (Orwell) parce qu’elle n’a qu’un seul désir qui l’anime: la grande morale ! Voilà son vrai peuple ! Et elle est prête à tout pour faire de sa grande morale, le parti de l’avenir. Une morale décharnée ; une morale de la courte vue ; une « forme rustaude d’indignation » (Marx) qui trahira les idées de son peuple pour faire advenir la forme idéologique de son existence : un monde cosmopolite, technophile, sans lien, sans racine, sans relation à autrui, par des liens motivés non par les attaches affectives, ni communautaires, ni même les liens réels, mais par une économie du partage où tous les dons sont monnayés ; où les combats de la cause animale sont un paravent du combat puritain contre la chair et la sexualité ; où tous les arguments de la transition écologique sont un moyen pour asseoir un monde dans lequel la violence nécessaire n’existera plus ; ou le simple accord transhumaniste subsistera au nom de la grande morale ! Ou de la grande justice morale ! Ou les problèmes structurels et mortels du capitalisme se transforment en une lutte pour le bien ou le mal, le bien s’incarnant dans les petites gens et les immigrés et le mal dans les riches, les salauds de notre époque ! L’argent est moralisé ! L’argent doit être redistribué reprenant ainsi la logique sociale-démocratique de la théorie fumeuse du ruissellement ! Ce qui ruisselle chez Panot, c’est seulement la grande justice morale, manifestation flagrante de son impuissance intellectuelle et sensible.

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Mathilde Panot est comme le mouvement marchand de notre époque. La valeur circule et ne s’y perd jamais, se servant de l’énergie vitale et du bon sens de certains – les gilets jaunes – pour les arrimer à sa plus-value idéologique mortifère qui n’est que le monde de l’après Macron. Le « peuple » qu’elle scande n’est qu’un prétexte ! Elle ne connaît pas le peuple ; elle parade avec ses caravanes populaires, croyant réaliser un acte bienfaiteur, redescendant comme elle le croit dans la « vie réelle ». Mais Mathilde Panot n’est pas dans la vie concrète, elle ne connaît rien de la radicalité nécessaire aux mots qu’elle emploie. Elle est ce petit cochon bourgeois qui patauge dans l’auge de la Nupes avec un grobianisme lamentable qui finira, comme toujours, par détourner le bon sens populaire des questionnements réels afin d’en faire un produit au service de son idéologie bourgeoise et progressiste. Mathilde Panot est un cochon libéral 2.0 qui s’ignore !

L’avortement, un droit fondamental?

L’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution est promise par les macronistes. L’analyse de Marie-Hélène Verdier.


Le 7 juillet 2022, le Parlement européen « condamnait » le jugement de la Cour suprême des Etats-Unis concernant l’avortement, et appelait tous les pays, en vertu de son magistère vertueux, à inscrire un nouveau droit dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE : le droit à l’avortement. Cette nouvelle résolution du Parlement européen avait soulevé, en France, les réactions attendues. Outre que le « droit » à l’IVG n’est pas menacé, il suffit de lire le communiqué du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) [1], amicus curiae, sur cette résolution, pour ramener à la raison les esprits échauffés.

Que dit le communiqué de l’ECLJ à lire sur You Tube ? D’abord, que cette résolution, simple reflet de l’opinion, mais ultra médiatisée, n’a rien d’exceptionnel, de la part d’un Parlement qui passe un temps — précieux— à émettre des résolutions sur tout. Surtout, qu’elle est inutile et sans lendemain car impossible, politiquement, juridiquement, techniquement. Cette demande exigerait, en effet, si elle était dotée d’un pouvoir contraignant — ce qui n’est pas le cas— l’accord des 27 états membres de l’UE. Or, on sait que Chypre et la Pologne, pour ne citer qu’eux, s’y opposent. Ensuite, elle est contraire à la Charte des droits fondamentaux elle-même dont l’article 51 précise qu’elle n’a pas vocation à créer de compétence nouvelle. Donc, cette résolution, relevant du champ de la santé, et la santé relevant de la compétence des Etats membres, ne peut être suivie d’effet. Enfin, dans aucun traité ni convention d’aucun pays, il n’y a de « droit fondamental à l’avortement » pour la bonne raison que « le droit » à l’avortement est contraire au « droit à la vie », inscrit lui, dans la Charte des droits fondamentaux. Cette résolution n’a donc aucun sens. Elle est même une « supercherie. » On est en droit quand même d’être vigilant.

En déclarant au Parlement européen, le 19 janvier 2022, vouloir « actualiser la Charte des droits fondamentaux pour y intégrer l’environnement et le droit à l’avortement »—ce qu’on appelle  sans doute « écologie intégrale »— le président Macron pouvait-il ignorer que cette promesse était intenable ? A la fin de la présidence de l’Europe, a-t-il dit un mot de ce projet ? Aucunement. A-t-il signé par là son impuissance, ou sa légèreté voire son mépris, vis-à-vis des Européens ? Le président français, on le sait, joue volontiers les importants pour ne pas dire les Matamore. On l’a vu, dernièrement encore, dans la vidéo rendant compte, en direct, d’une conversation avec son ami Volodymyr Zelensky ou celle du G7 le montrant, go between très affairé, auprès des uns et des autres.

Surtout, il est sous la coupe de la Toute-puissante Commissaire européenne, Ursula von der Leyen qui, sans le moindre mandat du peuple français, dirige désormais l’Europe et la France, « surgissant à tout moment », comme l’écrit Marc Baudriller  « comme dans un théâtre de Guignol à la place du président Macron. » Dans son discours à Strasbourg sur l’avenir de l’Europe, le 9 mai dernier, Emmanuel Macron ne proposait-il pas, en accord avec ladite présidente de la Commission, la révision des traités européens, qui renverserait le principe de subsidiarité des Etats et instaurerait une majorité qualifiée dans « les domaines clés » ? Alors, le projet de Macron du 19 janvier, coup de com ou calcul pour occuper les esprits ? Les sujets sociétaux sont les seuls points forts d’un quinquennat qui s’annonce difficile, avec une Chambre loin d’être acquise au président.

A lire aussi : Avortement: la Cour suprême américaine résoudra-t-elle notre crise parlementaire?

In fine, on apprend du gouvernement que l’inscription du « droit fondamental à l’avortement », malgré l’empressement de députés zélés, n’est pas à l’ordre du calendrier législatif. Raison invoquée : l’initiative de cette proposition de loi relève de l’Assemblée et non du gouvernement.

Alors, la morale de l’histoire ? Souvent président varie, bien fol est qui s’y fie. Certes ! Nul doute  plutôt que le président Macron ne prépare, pour les temps favorables, toujours en accord avec les Cours européennes, le bouquet sociétal qui immortalisera son quinquennat : GPA pour tous./te/.s, euthanasie, nouvelle société, nouvelle Genèse. Le marché annuel des gamètes se tiendra en septembre à l’espace Champerret. Manquerait donc, à cet Habeas corpus sans fin qu’est devenu le droit européen auquel le droit français se soumet, le « droit fondamental » à l’avortement, gravé dans les tables de la loi. Jamais l’expression « culture de mort » n’a mieux défini nos « valeurs. » Décidément, l’Europe a perdu la boussole.

La fabrique d´orphelins - Essai

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[1] L’ ECLJ est une ONG chrétienne conservatrice internationale, fondée en 1998 à Strasbourg NDLR.

Maeterlinck, le cosmonaute

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Une anthologie substantielle d’Yves Namur permet de découvrir ce géant des lettres belges


« Taciturne, mais faisant métier d’écrire. Flamand, écrivant en français. Homme de science et poète. Fuyant le théâtre, auteur dramatique. Goûtant peu la musique, lui devant une grande partie de sa gloire. Aimé par Paris, n’y vivant guère. Accueilli royalement aux États-Unis, ne s’y plaisant pas. Célébré en Belgique, dès l’âge mûr n’y mettant plus les pieds. S’évanouissant comme une jeune fille, boxant avec Carpentier. Mystique, moquant les mystiques. Penseur, doutant de la pensée. Cherchant la science, rejeté par elle. Aimant les pauvres, ayant des palais. Tel est cet homme, qui craint la mort dès l’enfance, qui ne fait que parler d’elle, et qui passe quatre-vingt-sept années à l’attendre. » Tel fut, si l’on en croit l’Académie Royale de Belgique, Maurice Maeterlinck (1862-1949), incarnation du Symbolisme, poète, dramaturge et essayiste – « un cosmonaute », dixit Jean Cocteau.

Le seul prix Nobel de la littérature belge

Il y a de l’homme baroque dans l’unique Prix Nobel de littérature que la Belgique ait eu, et dont les pièces sont encore jouées un peu partout dans le monde. Les éditions Arfuyen, dans leur élégante collection « Ainsi parlait » (Yeats, Leopardi, Bernanos, tant d’autres), ont eu la bonne idée de confier la mission de mieux faire connaître Maeterlinck au poète, éditeur et médecin Yves Namur.

Le résultat ? Quatre cent quarante-sept « Dits & maximes tirés » d’environ cinq mille pages de lecture attentive, quasi « bénédictine », et qui retracent le portrait d’un homme en qui coïncidaient les contraires. Maeterlinck se révèle très belge en ce sens que ce Gantois exprime en français – et quel français, d’une belle fermeté – un ancrage germanique, inspiré par Novalis et Ruysbroeck l’Admirable, qu’il traduisit. Jeune poète salué par Octave Mirbeau, il connut un succès phénoménal, surtout grâce à L’Oiseau bleu, pièce créée par Stanislavski à Moscou, à Pelléas et Mélisande, mis en musique par le génial Debussy (mais aussi par Fauré ou Sibelius).

A lire aussi, Pascal Louvrier: Marcel Jouhandeau, l’oublié

Ce qui frappe à la lecture de ces dits & maximes, c’est la fermeté de la langue et son extrême densité : « Je désire le Verbe, nu comme l’âme après la mort, pour dire l’Énigme dénuée de substance et de lumière dans sa splendeur intérieure. »

Précurseur du surréalisme et… antimoderne

Novateur sur le plan esthétique et même précurseur du surréalisme (la brutalité en moins, et la subtilité en plus), l’auteur se révèle quelque peu antimoderne : vitaliste, tenant d’une vision du monde intrinsèquement organique, tournant le dos au naturalisme, attiré par les Mystères, proche de l’hindouisme – une sorte d’animiste, attentif, tel un Grec de haute époque, à l’intelligence des fleurs et à la vie des abeilles. L’intuition, chez lui, précède le savoir pour le fonder.

N’a-t-il pas fasciné Gracq et Rilke, Artaud et Pessoa, ce voyant qui plaignait « l’homme qui n’a pas de ténèbres en lui » ? L’obsession du silence (« la parole est du temps, le silence de l’éternité »), la passion du mystère (« Vivre à l’affût de son dieu, car Dieu se cache, mais ses ruses, une fois qu’on les a reconnues, semblent si souriantes et si simples ») caractérisent Maeterlinck, pour qui notre âme ne serait qu’une « chambre de Barbe-Bleue à ne pas ouvrir ». Un géant, qu’Yves Namur, dans une présentation aussi fine qu’érudite, offre à notre attention.

Ainsi parlait Maeterlinck, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Yves Namur, Arfuyen. 171 pages.

Un musée bien membré

Vous rendez-vous en Islande cet été? Suite au décès en juin d’une Britannique, Cynthia Albritton, surnommée «celle qui faisait les plâtres», il vous est possible d’aller voir le moulage du pénis en érection de Jimi Hendrix au musée national des phallus de Reykjavík


Depuis 1997, le musée national des phallus, à Reykjavík, attire les curieux. Dans ses allées, 217 attributs conservés dans du formol représentant l’ensemble des mammifères d’Islande, ainsi que 300 objets d’art rendant hommage au puissant membre. Outre les appareils de baleines et cétacés, le visiteur peut contempler ceux de phoques, de morses ou même celui d’un ours.

Désormais, le visiteur mâle se sentira un peu moins seul : le pénis de Jimi Hendrix débarque au musée. « C’est avec un mélange de tristesse et de fierté que le Musée phallologique annonce qu’avant de décéder, Cynthia “Plaster Caster” Albritton avait décidé de nous léguer un de ses moulages, celui du pénis de Jimmy Hendrix », a tweeté le musée. Décédée en avril, Cynthia Albritton – qui portait le surnom de « Plaster Caster », « celle qui fait les plâtres » – laisse derrière elle des dizaines de moulages de phallus de rock star au garde-à-vous.

A lire aussi : Elvis: le roi est mort, vive le “King”!

Étudiante en art dans les années 1960, la jeune Américaine rêvait alors de « finir dans le lit de mignons garçons britanniques aux cheveux longs et aux pantalons serrés », confia-t-elle à Rock Star Magazine. « Je n’avais aucune expérience et n’étais pas du tout séductrice. Les seuls moyens dont je disposais pour faire baisser les braguettes étaient mon humour et mes drôles d’idées. » Pour cultiver son talent, l’étudiante perdit sa virginité auprès d’un anonyme, avant d’approcher de près sa première célébrité, un certain Jimi Hendrix…

Témoignage d’une époque olé olé, le pénis en érection a été moulé dans de l’alginate, un matériau utilisé par les dentistes. Pour les heureux élus, le challenge était de garder le membre solide le plus longtemps possible. Déjà exposée en Allemagne, l’œuvre a connu un franc succès. « Nous avons de la chance de pouvoir l’exposer chez nous », explique celui qui porte le titre officiel de « phallologue en chef » du musée. Voilà une désignation qui, en France, ferait rager toutes celles qui ne rêvent que de « déconstruire l’homme ».

Les plages de Sophie

Aujourd’hui, Nice


« Si tu avais connu/ la miss Baie des Anges à moitié nue/ les voitures de sport sur les avenues/ tu regretterais tout ça », chantait Hervé Fornieri, alias Dick Rivers, un de nos Niçois célèbres. Cette chanson a un délicieux parfum rétro de Riviera, de jeunes hommes en Vespa tournant autour de jeunes filles habillées comme Bardot. Nice est une métropole – c’est la cinquième ville de France – et possède une aura à la fois littéraire et artistique. Nietzsche, Matisse, Modiano, Le Clézio, et même le très irlandais James Joyce l’ont célébrée ou y trouvèrent de l’inspiration.

Il faut dire qu’il y a de quoi. Cette ville est unique. Elle fait penser aujourd’hui à une femme sur le retour, qui vit sur sa splendeur passée, en sirotant des Campari, comme dans la chanson de Neil Hannon : « A lady of a certain age ».

Plage publique

Ses palaces sont un peu délabrés, malgré les portiers vêtus d’uniformes rouges qui font les vigies, vestiges d’un temps, d’un passé, où descendaient au Negresco des têtes couronnées, et où Sissi soignait sa mélancolie. Notre collaborateur Pierre Cormary a écrit, il y a quelques années, un très bel article sur cette ville chère à son cœur : « Son effervescence, vieille et estudiantine, bourgeoise, cosmopolite et identitaire. L’ambiance Satyricon qui y règne avec ses odeurs d’ordures suaves, ses freaks qui mendient sous les arcades de l’avenue Jean Médecin, ses filles de l’Est que l’on lorgne dès l’arrivée en gare de Nice-ville »…

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Il est vrai que Nice n’est pas une ville reposante, et pas vraiement une station balnéaire à part pour les quelques fortunés qui vont de leurs hôtels de luxe à leurs plages privées, où leurs matelas loués à prix d’or les empêchent de souffrir des galets. La plage publique, en revanche, est à tout le monde, et ses galets, qui font mal aux pieds et aux fesses, aussi. Elle a des allures pasoliennes : de jeunes garçons y jouent au foot, de grosses dames y dégustent des glaces, des familles pique-niquent. La vie, quoi. L’azur implacable fait que l’on y reste, l’eau est sûrement polluée mais elle est chaude, et quand le soir tombe, il y règne une atmosphère de dolce vita. On y retrouve l’Eternité et « la mer allée avec le soleil » de Rimbaud.

La Riviera et les rockers

Je n’ai vu qu’une fois Nice sous la grisaille, on aurait dit la fin d’une soirée en boite de nuit, quand les derniers couples se forment et s’embrassent, et que les derniers alcooliques titubent. Si l’on veut trouver une atmosphère plus « bain de mer », Villefranche-sur-Mer n’est qu’à quelques encablures, avec sa petite église aux vitraux peints par Cocteau… Les Stones y ont commencé à enregistrer « Exile on the main street », dans la somptueuse villa « Nellcote », qui surplombe la Baie. La Côte d’Azur est parsemée de légendes.

A lire aussi: Les Rolling Stones, c’est lui!

Étonnamment, la douce atmosphère de la Riviera a beaucoup inspiré les rockers, pas seulement Dick Rivers. Nice est une des capitales en France du rock garage, un rock année 60, au son un peu sale et primitif, qui tient son nom des répétitions des musiciens dans les garages familiaux. En 1980, le groupe anglais de new wave punk  The Stranglers  y donna un concert où, suite à des problèmes techniques, le public a tout cassé. Cela leur inspira une chanson : « Nice in Nice ».

Et que dire de la cuisine niçoise ? Sûrement une des plus savoureuses au monde : sa célèbre salade, bien entendu, à propos de laquelle nous pourrions polémiquer des heures (pas de haricots verts mais des artichauts poivrades), ses petits farcis ou la socca, plat de pauvres par excellence (de délicieuses galettes de farine de pois chiches). Et j’en passe… Notre regretté Dick Rivers a eu bien tort de « brûler son hash contre un hamburger ».

A relire: Houlgate, Narbonne.

Virtuoso

Que voir cet été au cinéma? Si l’offre ne s’annonce pas pléthorique, elle révèle cependant quelques pépites qui permettront un retour dans les salles obscures: pour que vive le cinéma! Jean Chauvet nous parle ici du prix de la mise en scène mérité du dernier Festival de Cannes, de Dominik Moll ici, et d’Ennio Morricone ici.


Du calamiteux palmarès du dernier Festival de Cannes ne ressort vraiment, tel un rescapé du naufrageur présidentiel Vincent Lindon, que Decision to Leave, le nouveau film du très talentueux cinéaste coréen Park Chan-wook – l’auteur, entre autres, de Old Boy et Mademoiselle. Prix absolument justifié de « la mise en scène », cet hommage assumé au Vertigo d’Alfred Hitchcock possède toutes les qualités esthétiques d’une cinématographie particulièrement stimulante.

A lire aussi: Soft power au pays du matin (pas si) calme

Sur la base d’un scénario parfaitement ficelé, le cinéaste coréen multiplie les références visuelles autant que les innovations. Tout commence par la découverte du corps d’un homme retrouvé écrasé au pied d’une montagne. Suicide ? Accident ? Meurtre ? L’enquête peut commencer… Inutile d’en dire plus. Il faut se laisser porter par le ballet définitivement sensuel et troublant que le cinéaste met en place sous nos yeux souvent ébahis. Le film déploie ses sortilèges sur fond de Mahler et on se dit alors que non, décidément, le cinéma n’est pas mort, à condition bien entendu de voir Decision to Leave dans le seul écrin digne de lui : le grand écran d’une salle obscure.


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Marcel Jouhandeau, l’oublié

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Les cartes postales de Pascal Louvrier (2/6)


Un après-midi de dédicace rue des Trois-Frères. L’envie de quitter Paris. Je fais un détour par la rue Girardon où vécut Céline, non loin de l’atelier de son pote Gen Paul. Il y a dix ans environ, les copropriétaires de l’immeuble firent retirer la plaque sur laquelle était indiqué que le docteur Destouches y avait habité. Je me suis rendu au cimetière de Montmartre pour trouver un peu de calme et saluer plusieurs amis. Le dialogue est parfois plus facile avec les morts que les vivants.

Le pont Caulaincourt surplombant le cimetière de Montmartre, 18e arrondissement de Paris. Wikimedia Commons

Une allée pavée, en pente, quelques marronniers au feuillage déjà grillé et l’insatisfaction de ne pas avoir trouvé la tombe de Marcel Jouhandeau (1888-1979). Alors j’ai relu l’un de ses livres où il parle beaucoup de lui, sans afféterie, dans un style clair comme l’eau de source, De l’abjection. L’ouvrage a paru en 1939, il n’était pas signé. Jouhandeau se met à nu. Pour l’époque, c’est osé et dangereux. C’est quand la guerre gronde et que la dislocation est imminente qu’il faut abattre ses cartes. Il raconte des bribes de son enfance à Guéret, qu’il nomme Chaminadour dans son œuvre, la boucherie de son père, la sale cour où le sang coule après le coup de couteau fatal dans le cou de l’animal. C’est une sorte d’éducation sentimentale obscène qu’il nous livre, même si cette violation du Bien lui noue le bas-ventre. L’hideuse angoisse dont il jouit malgré lui.

A lire aussi, du même auteur: Simenon, Depardieu, l’été

Apprentissage sans filtre

La province, c’est un monde clos. Le jeune Marcel découvre les différentes expressions de la sexualité. C’est un apprentissage sans filtre. « Les filles se contentaient de s’étendre, de relever leurs jupes, leur chemise ; elle écartaient les jambes et les garçons leur pissaient dessus, mais de façon que l’urine tombât juste sur le sexe qui béait et se répandit ensuite, ce qui le plus souvent les faisait pisser elles-mêmes en même temps. » Il regarde, la jouissance est profonde. Mais les sensations les plus intenses sont éprouvées au contact des garçons. À huit ans, il découvre son homosexualité qu’il ne sait nommer mais qui l’effraie. Jouhandeau : « Il me semblait que je portais dans ma chair le principe d’une fonction monstrueuse que je verrais se développer au milieu de moi, aux dépens de moi et que je ne pourrais rien contre elle, pas même la comprendre. » Déchirure du garçon élevé dans le respect de Dieu. Chair souillée. Pêché sans repentir possible. C’est l’expérience de la volupté honteuse. Jouhandeau analyse : « (…) un homme qui aime un homme n’aime que l’Homme et il est perdu, parce que c’est sa propre nature qu’il préfère à la Nature entière et que, méprisant le reste de la nature à l’avantage de la sienne, non seulement il se préfère à l’œuvre de Dieu, telle que Dieu l’a faite : il se préfère à Dieu, il préfère sa nature proprement humaine à la nature divine. »

La littérature est puissante quand elle est du côté du Mal.

Marcel Jouhandeau, De l’abjection, collection « L’Imaginaire », Gallimard.

Quand les poètes voyagent

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Le poète Jean Orizet, 2004, Paris © NECO/SIPA

L’été est la saison des voyages, réels ou imaginaires.


On vous propose une petite anthologie estivale grâce à des poètes d’hier et d’aujourd’hui, connus ou moins connus mais qui incitent tous à la rêverie. Cette semaine, Jean Orizet.


« Les orangers de Jaffa»

Boeing presque immobile
sur l’ocre net des champs
Un pèlerinage s’achève.

À Jérusalem, sous les chapeaux noirs
on se lamente de joie.

À Saint–Pierre de Rome
on prie à pleins cars, en air conditionné.

Dieu semble rester Dieu pour quelque temps encore
mais quel est ce prophète, sous sa coupole d’or
gardé par des fusils d’assaut ?

D’où vient-il cet étrange parfum de kérosène
et d’orangers en fleurs
visités de colombes grises ?

Niveau de survie (1975-1978)

Jean Orizet est né en 1937. Poète voyageur, il est également un grand passeur. Il a créé la revue Poésie 1 et est à l’initiative de nombreuses anthologies.

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Le lynchage des policiers lyonnais restera-t-il impuni?

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D.R.

Après un vol à l’arraché survenu mercredi dans ce quartier lyonnais dangereux, la foule s’en est violemment pris aux policiers, permettant au malfaiteur de s’enfuir. L’exécutif, dépassé, promet des sanctions et plus de moyens. L’opposition et l’opinion, choquées, y voient une civilisation qui sombre. L’analyse de Céline Pina.


Parce qu’ils ont tenté d’interpeller un homme ayant commis un vol à l’arraché, trois policiers en civil ont failli se faire lyncher dans le quartier de la Guillotière à Lyon. Ce quartier, situé en plein centre, non loin de la fameuse place Bellecour, est devenu une zone de non-droit. Sa réputation de coupe-gorge est telle que la télévision allemande avait choisi d’y installer ses caméras en mai 2022 pour illustrer un sujet sur la montée de l’insécurité en France. Quant à l’ancien Maire de Lyon et ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, il regrette que Lyon soit en train de devenir comme « les quartiers nord de Marseille ou la grande banlieue parisienne » et déclare « ne plus reconnaitre sa ville ». Si l’ancien édile a probablement des griefs contre le maire actuel, Gregory Doucet, force est de reconnaitre que nombre d’habitants pointent également le laxisme de la municipalité EELV dans la dégradation de la situation.

« La Guillotière en colère » jette l’éponge dans l’indifférence

Certes, le maire a déclaré sur Twitter que « rien ne peut justifier les violences exercées à l’encontre des policiers nationaux ». Mais c’est quand il ajoute « nous continuerons d’agir pour assurer la tranquillité publique dans notre ville » que le doute peut légitimement s’installer. En effet, quelques jours avant la tentative de lynchage des policiers, l’association « La Guillotière en colère » avait choisi de se dissoudre au vu de l’indifférence des pouvoirs publics et des procès en racisme et proximité de l’extrême-droite qu’elle subissait. Celle-ci était vue comme pas assez nuancée, l’exaspération de ses membres et leur colère étant ainsi assimilées à une dérive politique droitière. 

« Ces faits divers ne sont plus des faits divers. Ils sont le signe d’une civilisation qui sombre. » Laurent Wauquiez (LR)

Cette association dénonçait la violence endémique du quartier, le trafic et la consommation de drogue, le trafic de cigarettes et la déchetterie à ciel ouvert que devenait leur quartier. Elle avait eu le malheur de pointer également le communautarisme et la présence de nombre de migrants parmi les divers trafiquants. Dans le communiqué publié, l’association dénonçait « le déni » et « les mensonges » des élus de la ville de Lyon et de la communauté d’agglomération. Elle s’adressait particulièrement à Gregory Doucet, parlant d’une politique « d’enfumage d’ateliers participatifs » servant surtout « à donner le semblant aux citoyens que la mairie s’occupe d’eux. Après deux ans aux manettes, chacun peut ici se rendre compte qu’il n’en est absolument rien. » À l’inverse, l’association rendait hommage aux services de la Préfecture. Elle notait que lorsque le supermarché Casino avait dû annoncer sa décision de fermer ses portes à partir de 17 heures, faute de pouvoir garantir la sécurité de ses employés et de ses clients, la Préfecture avait réagi. Le dialogue instauré avait d’ailleurs abouti à la mise sur pied d’une Brigade Spécialisé de Terrain.

Logique de meute et immigration hors contrôle

La question reste encore et toujours celle de la réponse pénale apportée. L’homme qui a été à l’origine de l’agression des policiers est connu par les services de police. Algérien en situation d’expulsion, il a plus d’une dizaine de condamnations à son actif mais est toujours sur le territoire. Comment remédier à la violence si les interpellations ne débouchent sur rien ? Autre point problématique, il semblerait que l’auteur de l’arrachage de collier qui a motivé l’intervention des policiers à la Guillotière aurait harangué la foule présente afin que celle-ci agresse les policiers. Or, pour que la logique de meute fonctionne, il faut que les représentations soient partagées. Pour enflammer ainsi un groupe hétérogène et non une bande dûment constituée, il faut qu’à défaut de liens forts, les individus aient la même vision des choses. Quand la police est présentée par certains politiques, souvent proches d’EELV ou de LFI, comme une institution où règne une forme de « racisme systémique », que l’action de l’État est vue comme illégitime et que la logique communautaire supplante le respect de la loi, voilà ce qui peut se produire. Les images de l’agression des policiers montrent aussi une foule complètement désinhibée qui ne manifeste aucune crainte ni aucun scrupule à s’en prendre aux forces de l’ordre. Elle ne connait que le rapport de force et quand celui-ci est en sa faveur, elle se déchaine. À voir les images, on comprend le tweet de Laurent Wauquiez qui écrit : « Ces faits divers ne sont plus des faits divers. Ils sont le signe d’une civilisation qui sombre. »

Le maire de Lyon Grégory Doucet (photographié ici en septembre 2020), appartient à une famille politique aux positions ambiguës sur la police nationale, l’immigration ou l’insécurité © Bony/SIPA

Il faut dire que la Guillotière est emblématique de ce qui arrive quand un pouvoir croit qu’au lieu de traiter la problématique de la délinquance, la reléguer dans des zones de non-droit à la périphérie des grandes villes, est un moyen de la circonscrire. Cela ne marche qu’un temps puis la violence tend à déborder et la zone de non-droit à s’étendre selon la logique de la tache d’huile. Faute de réponse appropriée, il devient alors plus facile de transformer les victimes en coupables et de trouver leurs réactions exagérées et teintées de racisme. C’est ainsi qu’à Paris, pendant que certains subissent des nuisances quotidiennes dans certaines banlieues qualifiées pudiquement de « difficiles », une partie de l’élite peut, en toute bonne conscience, traiter de fachos ou de suppôt de l’extrême-droite, ceux qui alertent sur l’ensauvagement du pays. Cette attitude a ses explications. Faire usage de la force pour faire respecter l’ordre public n’est pas toujours facile à assumer. Interpeller des voyous se fait rarement en douceur et les images ne sont pas jolies à regarder. Surtout quand elles sont filmées et alimentent les indignations médiatiques. Les élus craignent aussi que la situation ne dégénère en émeutes urbaines. Mais fermer les yeux n’assure pas la paix sociale: les situations s’enkystent et l’impunité nourrit encore plus de violence. Hélas, ceux qui les subissent sont comme le messager qui apporte de mauvaises nouvelles, leur discours n’est pas entendu car il révèle l’impuissance de ceux qui sont aux manettes.

Une inquiétante résignation politique

Ce qui se passe à la Guillotière n’est pas seulement de l’ordre du fait divers. Cela parle de l’ensauvagement d’une société faute d’une réponse appropriée de la justice. Tant que ces questions-là ne feront pas l’objet d’une doctrine partagée et que le contexte d’augmentation de la violence ne sera pas pris en compte dans la réponse pénale, la protection des personnes ne pourra être correctement assurée. La question de la sanction n’est pas affaire uniquement de rédemption individuelle ou de prise en compte de l’histoire personnelle des voyous, il s’agit aussi de protéger la société et de s’en donner les moyens. 

Cet aspect du problème semble hélas négligé, au point que nos dirigeants paraissent résignés à ce que des quartiers comme la Guillotière poursuivent leur dérive. Dans le reportage du Figaro, un habitant raconte comment les patrouilles de police ignorent parfois les trafics se déroulant pourtant sous leurs yeux, semblant n’intervenir qu’en cas d’agression. Quand les commerçants se plaignent de trafics de cigarettes se déroulant sur le pas de leur porte, on a du mal à imaginer que les trafiquants ne sont pas connus des services de police et on a du mal à concevoir autant de tolérance. Finalement, le seul conseil que l’on a envie de donner aux habitants est de partir. Ce qui s’avère compliqué quand, à cause de la réputation du quartier, les logements ne se vendent pas ou alors à un prix très inférieur à celui du marché. Ce qui complique l’achat d’un autre bien… 

Ainsi, tandis que les voyous paraissent devenir les maitres du territoire, les habitants sont condamnés à subir et à se taire. C’est de cette manière que Lyon, naguère ville bourgeoise et tranquille, est en train de changer de visage. Il est plus que temps que la municipalité ouvre les yeux sur la réalité et change de discours et d’attitude. Un pouvoir ne gagne jamais à nier le réel, car celui-ci finit toujours par gagner.

Tout va très bien, Messieurs les ministres…

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Eric Dupond-Moretti et Gerald Darmanin, Pithiviers, 17 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

Les insuffisances de l’exécutif sur les questions de sécurité alimentent une inquiétante chronique et remplissent les colonnes de nos journaux ce week-end. L’édito politique de Philippe Bilger


Les cocoricos de nos ministres régaliens sont de plus en plus contredits par une réalité dont la brutalité ne cesse de s’amplifier. La délinquance et la criminalité ordinaires sont déjà insupportables et ce n’est pas un « sentiment d’insécurité » qu’éprouvent les victimes nombreuses mais un désespoir aggravé par la relative impuissance des forces chargées de les combattre. Il suffit pour en avoir un tableau hebdomadaire (et il n’est pas exhaustif) de se reporter du 11 au 17 juillet avec une recension de Valeurs actuelles mentionnant notamment une quinzaine de coups de couteau, coups de marteau, coups de hache, une femme poignardée par un clandestin…

A lire aussi: Les fourberies de Panot

Un basculement dramatique s’est produit dans notre société quand la police, de plus en plus souvent, au lieu de pouvoir opérer sa mission de contrôle et d’interpellation, est devenue elle-même une cible. La malfaisance spécifique, les guet-apens, les violences à son encontre font qu’elle ne peut plus nous protéger mais doit être protégée. Un comble. Dans une commune près de Dijon, un policier est violemment « tabassé » parce qu’il tente d’interpeller un voleur de scooter armé. Dans un quartier de Lyon à la Guillotière, trois policiers en civil dont une femme, sont agressés et lynchés à coups de barres de fer et avec du gaz lacrymogène, par une cinquantaine de voyous qui les empêchent d’appréhender un voleur à l’arraché. L’un des agresseurs est interpellé mais réussit à prendre la fuite. C’est tous les jours comme cela. Il paraît que ceux qui s’émeuvent exagèrent ou appartiendraient au RN et donc seraient forcément inaudibles et de mauvaise foi.

Le duo Darmanin / Dupond-Moretti peine à nous rassurer

On a un ministre de l’Intérieur qui tweete beaucoup après. C’est le signe de l’échec. Un Eric Ciotti a le droit de tweeter : il n’est pas ministre. Gérald Darmanin, lui, quand il termine son tweet par « s’en prendre à un policier c’est s’en prendre à la République » a un propos à peu près équivalent à zéro et magnifie son inaction. Il n’est plus à cela près. Il a déclaré qu’il allait s’occuper « personnellement » des JO. Pas de quoi rassurer : il n’était tout de même pas à mille lieues du Stade de France et du préfet Lallement lors de ce fiasco dont il ressort virginal grâce au président de la République ! Eric Dupond-Moretti, certes non directement concerné par ces soucis d’ordre et de tranquillité publics, ne rassure pas davantage sur la Justice quand il fait des réponses méprisantes aux questions qui lui sont posées. 

A lire ensuite: Causeur #103: Silence, on égorge

J’ai le droit de suggérer des pistes dont la plus importante est inconcevable. Il faudra un jour instaurer de vraies peines planchers. Je devine trop ce que vont devenir les procédures de Lyon et de Dijon si on réussit à appréhender des auteurs alors que le caractère collectif des violences rend la preuve individuelle quasiment impossible. Elles s’enliseront dans des délais trop longs et l’indignation initiale finira en indulgence judiciaire. Surtout il conviendrait non pas de sortir de l’état de droit ressassé tel un mantra mais de l’adapter. C’est une incantation à défaut d’être une protection, une solution. Il n’est plus possible, face à des transgressions éclatantes, irrécusables, de laisser le temps noyer les vérités et des culpabilités immédiatement imputables. On ne devrait plus admettre que la bureaucratie s’oppose à la Justice. Il y a une multitude d’affaires qui justifieraient des allègements et des urgences et satisferaient l’attente citoyenne qui veut que justice soit rendue certes mais vite !

J’ai évoqué l’autosatisfaction du pouvoir. Elle est normale. Quand on échoue il est urgent de se gratifier : c’est le seul baume. Que la France ait mal ne troublera pas un pouvoir sûr de son fait. On aura compris que mon titre renvoie à une célèbre chanson de mon enfance où, annonçant à « madame la marquise  » une série de catastrophes, on lui certifiait pour la rassurer que « tout allait très bien ». Faisons-leur plaisir : tout va très bien, Messieurs les ministres…

Les fourberies de Panot

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La députée d'extrème gauche Mathilde Panot, Assemblée nationale, 18 juillet 2022 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Les indignations surjouées, et rustaudes, de la chef des « Insoumis », à l’Assemblée nationale, desservent la cause populaire. Leur répétition agace déjà une majorité de citoyens qui s’inquiètent de ce monde d’après Macron que nous préparent les ultra-progressistes.


Dans La Ferme des animaux de George Orwell, une révolte secoue la ferme de M. Jones. Les animaux, épuisés par les conditions indignes de leur existence, reprennent leur liberté et décident de s’auto-organiser. Mais après la mort de Sage l’Ancien, vieux verrat, qui suscita la fronde et l’anima des principes du socialisme originel, une bande de cochons s’empare du pouvoir, et la révolution originelle se transforme en nouveau joug. Les insoumis d’hier sont devenus ceux qui soumettent. Les asservis sont devenus les maîtres.

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Mathilde Panot est l’un de ces cochons ou de ces porcelets, progéniture du petit tribun Mélenchon, qui pense pouvoir enseigner la théorie de l’inégalité et de l’injustice. Présidente de la nouvelle nébuleuse Nupes à l’Assemblée nationale, elle ne cesse de remuer son groin et d’agiter sa queue fièrement à chacune de ses formules moralisantes. «  Oligarchie ! », « Plus d’égalité ! », « Honte aux pauvres ! », « la transition écologique doit avoir lieu ! », «  Plus de pouvoir d’achat ! ».

La palme d’or de la morale

Mais phrase profonde, verglas pour la sotte, avait mis en garde le grand philosophe Nietzsche. Derrière ses grands mots qui nécessitent de grands hommes et de profondes pensées, Mathilde Panot est « plate, fanfaronne, jactancieuse, prétentieuse, grossière dans l’attaque, d’une sensibilité hystérique ; pathétique et vulgaire dans un salmigondis des plus comiques ; préoccupée d’un seul sujet, mais passant toujours à côté du sujet. » (Marx).

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Mathilde Panot est la représentante en chef de la morale critique ou de la critique moralisante. Il ne s’agit certainement pas pour elle de donner les moyens à son peuple, une capacité de changement profond, ni même une quelconque liberté nouvelle, mais de se servir de ce peuple fictif pour asseoir une idéologie « écolo-friendly » et technophile, teintée d’un féminisme revanchard et liberticide qui est le pur produit même de l’organisation sociale du capitalisme vert contemporain, mutation contemporaine du nouveau mode de vie qui arrive. Mathilde Panot n’est pas une insoumise mais une soumise qui s’ignore et qui soumet les problématiques populaires à ses desiderata idéologiques.

L’autre ruissellement

Mathilde Panot voudrait repeindre les tours de la Défense avec un pinceau vert sans jamais toucher aux racines du problème actuel. Elle parle du capitalisme et du monde de l’argent comme tous les « buveurs de jus de fruits » ou les « porteurs de sandales » (Orwell) parce qu’elle n’a qu’un seul désir qui l’anime: la grande morale ! Voilà son vrai peuple ! Et elle est prête à tout pour faire de sa grande morale, le parti de l’avenir. Une morale décharnée ; une morale de la courte vue ; une « forme rustaude d’indignation » (Marx) qui trahira les idées de son peuple pour faire advenir la forme idéologique de son existence : un monde cosmopolite, technophile, sans lien, sans racine, sans relation à autrui, par des liens motivés non par les attaches affectives, ni communautaires, ni même les liens réels, mais par une économie du partage où tous les dons sont monnayés ; où les combats de la cause animale sont un paravent du combat puritain contre la chair et la sexualité ; où tous les arguments de la transition écologique sont un moyen pour asseoir un monde dans lequel la violence nécessaire n’existera plus ; ou le simple accord transhumaniste subsistera au nom de la grande morale ! Ou de la grande justice morale ! Ou les problèmes structurels et mortels du capitalisme se transforment en une lutte pour le bien ou le mal, le bien s’incarnant dans les petites gens et les immigrés et le mal dans les riches, les salauds de notre époque ! L’argent est moralisé ! L’argent doit être redistribué reprenant ainsi la logique sociale-démocratique de la théorie fumeuse du ruissellement ! Ce qui ruisselle chez Panot, c’est seulement la grande justice morale, manifestation flagrante de son impuissance intellectuelle et sensible.

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Mathilde Panot est comme le mouvement marchand de notre époque. La valeur circule et ne s’y perd jamais, se servant de l’énergie vitale et du bon sens de certains – les gilets jaunes – pour les arrimer à sa plus-value idéologique mortifère qui n’est que le monde de l’après Macron. Le « peuple » qu’elle scande n’est qu’un prétexte ! Elle ne connaît pas le peuple ; elle parade avec ses caravanes populaires, croyant réaliser un acte bienfaiteur, redescendant comme elle le croit dans la « vie réelle ». Mais Mathilde Panot n’est pas dans la vie concrète, elle ne connaît rien de la radicalité nécessaire aux mots qu’elle emploie. Elle est ce petit cochon bourgeois qui patauge dans l’auge de la Nupes avec un grobianisme lamentable qui finira, comme toujours, par détourner le bon sens populaire des questionnements réels afin d’en faire un produit au service de son idéologie bourgeoise et progressiste. Mathilde Panot est un cochon libéral 2.0 qui s’ignore !

L’avortement, un droit fondamental?

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Emmanuel Macron lors de son allocution au Parlement européen, à Strasbourg, mercredi 19 janvier 2022 © RAPHAEL LAFARGUE-POOL/SIPA

L’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution est promise par les macronistes. L’analyse de Marie-Hélène Verdier.


Le 7 juillet 2022, le Parlement européen « condamnait » le jugement de la Cour suprême des Etats-Unis concernant l’avortement, et appelait tous les pays, en vertu de son magistère vertueux, à inscrire un nouveau droit dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE : le droit à l’avortement. Cette nouvelle résolution du Parlement européen avait soulevé, en France, les réactions attendues. Outre que le « droit » à l’IVG n’est pas menacé, il suffit de lire le communiqué du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) [1], amicus curiae, sur cette résolution, pour ramener à la raison les esprits échauffés.

Que dit le communiqué de l’ECLJ à lire sur You Tube ? D’abord, que cette résolution, simple reflet de l’opinion, mais ultra médiatisée, n’a rien d’exceptionnel, de la part d’un Parlement qui passe un temps — précieux— à émettre des résolutions sur tout. Surtout, qu’elle est inutile et sans lendemain car impossible, politiquement, juridiquement, techniquement. Cette demande exigerait, en effet, si elle était dotée d’un pouvoir contraignant — ce qui n’est pas le cas— l’accord des 27 états membres de l’UE. Or, on sait que Chypre et la Pologne, pour ne citer qu’eux, s’y opposent. Ensuite, elle est contraire à la Charte des droits fondamentaux elle-même dont l’article 51 précise qu’elle n’a pas vocation à créer de compétence nouvelle. Donc, cette résolution, relevant du champ de la santé, et la santé relevant de la compétence des Etats membres, ne peut être suivie d’effet. Enfin, dans aucun traité ni convention d’aucun pays, il n’y a de « droit fondamental à l’avortement » pour la bonne raison que « le droit » à l’avortement est contraire au « droit à la vie », inscrit lui, dans la Charte des droits fondamentaux. Cette résolution n’a donc aucun sens. Elle est même une « supercherie. » On est en droit quand même d’être vigilant.

En déclarant au Parlement européen, le 19 janvier 2022, vouloir « actualiser la Charte des droits fondamentaux pour y intégrer l’environnement et le droit à l’avortement »—ce qu’on appelle  sans doute « écologie intégrale »— le président Macron pouvait-il ignorer que cette promesse était intenable ? A la fin de la présidence de l’Europe, a-t-il dit un mot de ce projet ? Aucunement. A-t-il signé par là son impuissance, ou sa légèreté voire son mépris, vis-à-vis des Européens ? Le président français, on le sait, joue volontiers les importants pour ne pas dire les Matamore. On l’a vu, dernièrement encore, dans la vidéo rendant compte, en direct, d’une conversation avec son ami Volodymyr Zelensky ou celle du G7 le montrant, go between très affairé, auprès des uns et des autres.

Surtout, il est sous la coupe de la Toute-puissante Commissaire européenne, Ursula von der Leyen qui, sans le moindre mandat du peuple français, dirige désormais l’Europe et la France, « surgissant à tout moment », comme l’écrit Marc Baudriller  « comme dans un théâtre de Guignol à la place du président Macron. » Dans son discours à Strasbourg sur l’avenir de l’Europe, le 9 mai dernier, Emmanuel Macron ne proposait-il pas, en accord avec ladite présidente de la Commission, la révision des traités européens, qui renverserait le principe de subsidiarité des Etats et instaurerait une majorité qualifiée dans « les domaines clés » ? Alors, le projet de Macron du 19 janvier, coup de com ou calcul pour occuper les esprits ? Les sujets sociétaux sont les seuls points forts d’un quinquennat qui s’annonce difficile, avec une Chambre loin d’être acquise au président.

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In fine, on apprend du gouvernement que l’inscription du « droit fondamental à l’avortement », malgré l’empressement de députés zélés, n’est pas à l’ordre du calendrier législatif. Raison invoquée : l’initiative de cette proposition de loi relève de l’Assemblée et non du gouvernement.

Alors, la morale de l’histoire ? Souvent président varie, bien fol est qui s’y fie. Certes ! Nul doute  plutôt que le président Macron ne prépare, pour les temps favorables, toujours en accord avec les Cours européennes, le bouquet sociétal qui immortalisera son quinquennat : GPA pour tous./te/.s, euthanasie, nouvelle société, nouvelle Genèse. Le marché annuel des gamètes se tiendra en septembre à l’espace Champerret. Manquerait donc, à cet Habeas corpus sans fin qu’est devenu le droit européen auquel le droit français se soumet, le « droit fondamental » à l’avortement, gravé dans les tables de la loi. Jamais l’expression « culture de mort » n’a mieux défini nos « valeurs. » Décidément, l’Europe a perdu la boussole.

La fabrique d´orphelins - Essai

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[1] L’ ECLJ est une ONG chrétienne conservatrice internationale, fondée en 1998 à Strasbourg NDLR.

Maeterlinck, le cosmonaute

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L'écrivain belge Maurice Maeterlinck (1862-1949) D.R.

Une anthologie substantielle d’Yves Namur permet de découvrir ce géant des lettres belges


« Taciturne, mais faisant métier d’écrire. Flamand, écrivant en français. Homme de science et poète. Fuyant le théâtre, auteur dramatique. Goûtant peu la musique, lui devant une grande partie de sa gloire. Aimé par Paris, n’y vivant guère. Accueilli royalement aux États-Unis, ne s’y plaisant pas. Célébré en Belgique, dès l’âge mûr n’y mettant plus les pieds. S’évanouissant comme une jeune fille, boxant avec Carpentier. Mystique, moquant les mystiques. Penseur, doutant de la pensée. Cherchant la science, rejeté par elle. Aimant les pauvres, ayant des palais. Tel est cet homme, qui craint la mort dès l’enfance, qui ne fait que parler d’elle, et qui passe quatre-vingt-sept années à l’attendre. » Tel fut, si l’on en croit l’Académie Royale de Belgique, Maurice Maeterlinck (1862-1949), incarnation du Symbolisme, poète, dramaturge et essayiste – « un cosmonaute », dixit Jean Cocteau.

Le seul prix Nobel de la littérature belge

Il y a de l’homme baroque dans l’unique Prix Nobel de littérature que la Belgique ait eu, et dont les pièces sont encore jouées un peu partout dans le monde. Les éditions Arfuyen, dans leur élégante collection « Ainsi parlait » (Yeats, Leopardi, Bernanos, tant d’autres), ont eu la bonne idée de confier la mission de mieux faire connaître Maeterlinck au poète, éditeur et médecin Yves Namur.

Le résultat ? Quatre cent quarante-sept « Dits & maximes tirés » d’environ cinq mille pages de lecture attentive, quasi « bénédictine », et qui retracent le portrait d’un homme en qui coïncidaient les contraires. Maeterlinck se révèle très belge en ce sens que ce Gantois exprime en français – et quel français, d’une belle fermeté – un ancrage germanique, inspiré par Novalis et Ruysbroeck l’Admirable, qu’il traduisit. Jeune poète salué par Octave Mirbeau, il connut un succès phénoménal, surtout grâce à L’Oiseau bleu, pièce créée par Stanislavski à Moscou, à Pelléas et Mélisande, mis en musique par le génial Debussy (mais aussi par Fauré ou Sibelius).

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Ce qui frappe à la lecture de ces dits & maximes, c’est la fermeté de la langue et son extrême densité : « Je désire le Verbe, nu comme l’âme après la mort, pour dire l’Énigme dénuée de substance et de lumière dans sa splendeur intérieure. »

Précurseur du surréalisme et… antimoderne

Novateur sur le plan esthétique et même précurseur du surréalisme (la brutalité en moins, et la subtilité en plus), l’auteur se révèle quelque peu antimoderne : vitaliste, tenant d’une vision du monde intrinsèquement organique, tournant le dos au naturalisme, attiré par les Mystères, proche de l’hindouisme – une sorte d’animiste, attentif, tel un Grec de haute époque, à l’intelligence des fleurs et à la vie des abeilles. L’intuition, chez lui, précède le savoir pour le fonder.

N’a-t-il pas fasciné Gracq et Rilke, Artaud et Pessoa, ce voyant qui plaignait « l’homme qui n’a pas de ténèbres en lui » ? L’obsession du silence (« la parole est du temps, le silence de l’éternité »), la passion du mystère (« Vivre à l’affût de son dieu, car Dieu se cache, mais ses ruses, une fois qu’on les a reconnues, semblent si souriantes et si simples ») caractérisent Maeterlinck, pour qui notre âme ne serait qu’une « chambre de Barbe-Bleue à ne pas ouvrir ». Un géant, qu’Yves Namur, dans une présentation aussi fine qu’érudite, offre à notre attention.

Ainsi parlait Maeterlinck, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Yves Namur, Arfuyen. 171 pages.

Un musée bien membré

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© D.R.

Vous rendez-vous en Islande cet été? Suite au décès en juin d’une Britannique, Cynthia Albritton, surnommée «celle qui faisait les plâtres», il vous est possible d’aller voir le moulage du pénis en érection de Jimi Hendrix au musée national des phallus de Reykjavík


Depuis 1997, le musée national des phallus, à Reykjavík, attire les curieux. Dans ses allées, 217 attributs conservés dans du formol représentant l’ensemble des mammifères d’Islande, ainsi que 300 objets d’art rendant hommage au puissant membre. Outre les appareils de baleines et cétacés, le visiteur peut contempler ceux de phoques, de morses ou même celui d’un ours.

Désormais, le visiteur mâle se sentira un peu moins seul : le pénis de Jimi Hendrix débarque au musée. « C’est avec un mélange de tristesse et de fierté que le Musée phallologique annonce qu’avant de décéder, Cynthia “Plaster Caster” Albritton avait décidé de nous léguer un de ses moulages, celui du pénis de Jimmy Hendrix », a tweeté le musée. Décédée en avril, Cynthia Albritton – qui portait le surnom de « Plaster Caster », « celle qui fait les plâtres » – laisse derrière elle des dizaines de moulages de phallus de rock star au garde-à-vous.

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Étudiante en art dans les années 1960, la jeune Américaine rêvait alors de « finir dans le lit de mignons garçons britanniques aux cheveux longs et aux pantalons serrés », confia-t-elle à Rock Star Magazine. « Je n’avais aucune expérience et n’étais pas du tout séductrice. Les seuls moyens dont je disposais pour faire baisser les braguettes étaient mon humour et mes drôles d’idées. » Pour cultiver son talent, l’étudiante perdit sa virginité auprès d’un anonyme, avant d’approcher de près sa première célébrité, un certain Jimi Hendrix…

Témoignage d’une époque olé olé, le pénis en érection a été moulé dans de l’alginate, un matériau utilisé par les dentistes. Pour les heureux élus, le challenge était de garder le membre solide le plus longtemps possible. Déjà exposée en Allemagne, l’œuvre a connu un franc succès. « Nous avons de la chance de pouvoir l’exposer chez nous », explique celui qui porte le titre officiel de « phallologue en chef » du musée. Voilà une désignation qui, en France, ferait rager toutes celles qui ne rêvent que de « déconstruire l’homme ».

Les plages de Sophie

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Unsplash

Aujourd’hui, Nice


« Si tu avais connu/ la miss Baie des Anges à moitié nue/ les voitures de sport sur les avenues/ tu regretterais tout ça », chantait Hervé Fornieri, alias Dick Rivers, un de nos Niçois célèbres. Cette chanson a un délicieux parfum rétro de Riviera, de jeunes hommes en Vespa tournant autour de jeunes filles habillées comme Bardot. Nice est une métropole – c’est la cinquième ville de France – et possède une aura à la fois littéraire et artistique. Nietzsche, Matisse, Modiano, Le Clézio, et même le très irlandais James Joyce l’ont célébrée ou y trouvèrent de l’inspiration.

Il faut dire qu’il y a de quoi. Cette ville est unique. Elle fait penser aujourd’hui à une femme sur le retour, qui vit sur sa splendeur passée, en sirotant des Campari, comme dans la chanson de Neil Hannon : « A lady of a certain age ».

Plage publique

Ses palaces sont un peu délabrés, malgré les portiers vêtus d’uniformes rouges qui font les vigies, vestiges d’un temps, d’un passé, où descendaient au Negresco des têtes couronnées, et où Sissi soignait sa mélancolie. Notre collaborateur Pierre Cormary a écrit, il y a quelques années, un très bel article sur cette ville chère à son cœur : « Son effervescence, vieille et estudiantine, bourgeoise, cosmopolite et identitaire. L’ambiance Satyricon qui y règne avec ses odeurs d’ordures suaves, ses freaks qui mendient sous les arcades de l’avenue Jean Médecin, ses filles de l’Est que l’on lorgne dès l’arrivée en gare de Nice-ville »…

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Il est vrai que Nice n’est pas une ville reposante, et pas vraiement une station balnéaire à part pour les quelques fortunés qui vont de leurs hôtels de luxe à leurs plages privées, où leurs matelas loués à prix d’or les empêchent de souffrir des galets. La plage publique, en revanche, est à tout le monde, et ses galets, qui font mal aux pieds et aux fesses, aussi. Elle a des allures pasoliennes : de jeunes garçons y jouent au foot, de grosses dames y dégustent des glaces, des familles pique-niquent. La vie, quoi. L’azur implacable fait que l’on y reste, l’eau est sûrement polluée mais elle est chaude, et quand le soir tombe, il y règne une atmosphère de dolce vita. On y retrouve l’Eternité et « la mer allée avec le soleil » de Rimbaud.

La Riviera et les rockers

Je n’ai vu qu’une fois Nice sous la grisaille, on aurait dit la fin d’une soirée en boite de nuit, quand les derniers couples se forment et s’embrassent, et que les derniers alcooliques titubent. Si l’on veut trouver une atmosphère plus « bain de mer », Villefranche-sur-Mer n’est qu’à quelques encablures, avec sa petite église aux vitraux peints par Cocteau… Les Stones y ont commencé à enregistrer « Exile on the main street », dans la somptueuse villa « Nellcote », qui surplombe la Baie. La Côte d’Azur est parsemée de légendes.

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Étonnamment, la douce atmosphère de la Riviera a beaucoup inspiré les rockers, pas seulement Dick Rivers. Nice est une des capitales en France du rock garage, un rock année 60, au son un peu sale et primitif, qui tient son nom des répétitions des musiciens dans les garages familiaux. En 1980, le groupe anglais de new wave punk  The Stranglers  y donna un concert où, suite à des problèmes techniques, le public a tout cassé. Cela leur inspira une chanson : « Nice in Nice ».

Et que dire de la cuisine niçoise ? Sûrement une des plus savoureuses au monde : sa célèbre salade, bien entendu, à propos de laquelle nous pourrions polémiquer des heures (pas de haricots verts mais des artichauts poivrades), ses petits farcis ou la socca, plat de pauvres par excellence (de délicieuses galettes de farine de pois chiches). Et j’en passe… Notre regretté Dick Rivers a eu bien tort de « brûler son hash contre un hamburger ».

A relire: Houlgate, Narbonne.

Virtuoso

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© Bac Films

Que voir cet été au cinéma? Si l’offre ne s’annonce pas pléthorique, elle révèle cependant quelques pépites qui permettront un retour dans les salles obscures: pour que vive le cinéma! Jean Chauvet nous parle ici du prix de la mise en scène mérité du dernier Festival de Cannes, de Dominik Moll ici, et d’Ennio Morricone ici.


Du calamiteux palmarès du dernier Festival de Cannes ne ressort vraiment, tel un rescapé du naufrageur présidentiel Vincent Lindon, que Decision to Leave, le nouveau film du très talentueux cinéaste coréen Park Chan-wook – l’auteur, entre autres, de Old Boy et Mademoiselle. Prix absolument justifié de « la mise en scène », cet hommage assumé au Vertigo d’Alfred Hitchcock possède toutes les qualités esthétiques d’une cinématographie particulièrement stimulante.

A lire aussi: Soft power au pays du matin (pas si) calme

Sur la base d’un scénario parfaitement ficelé, le cinéaste coréen multiplie les références visuelles autant que les innovations. Tout commence par la découverte du corps d’un homme retrouvé écrasé au pied d’une montagne. Suicide ? Accident ? Meurtre ? L’enquête peut commencer… Inutile d’en dire plus. Il faut se laisser porter par le ballet définitivement sensuel et troublant que le cinéaste met en place sous nos yeux souvent ébahis. Le film déploie ses sortilèges sur fond de Mahler et on se dit alors que non, décidément, le cinéma n’est pas mort, à condition bien entendu de voir Decision to Leave dans le seul écrin digne de lui : le grand écran d’une salle obscure.


Old Boy [Édition Simple]

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Marcel Jouhandeau, l’oublié

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L'écrivain Marcel Jouhandeau (1888-1979) D.R.

Les cartes postales de Pascal Louvrier (2/6)


Un après-midi de dédicace rue des Trois-Frères. L’envie de quitter Paris. Je fais un détour par la rue Girardon où vécut Céline, non loin de l’atelier de son pote Gen Paul. Il y a dix ans environ, les copropriétaires de l’immeuble firent retirer la plaque sur laquelle était indiqué que le docteur Destouches y avait habité. Je me suis rendu au cimetière de Montmartre pour trouver un peu de calme et saluer plusieurs amis. Le dialogue est parfois plus facile avec les morts que les vivants.

Le pont Caulaincourt surplombant le cimetière de Montmartre, 18e arrondissement de Paris. Wikimedia Commons

Une allée pavée, en pente, quelques marronniers au feuillage déjà grillé et l’insatisfaction de ne pas avoir trouvé la tombe de Marcel Jouhandeau (1888-1979). Alors j’ai relu l’un de ses livres où il parle beaucoup de lui, sans afféterie, dans un style clair comme l’eau de source, De l’abjection. L’ouvrage a paru en 1939, il n’était pas signé. Jouhandeau se met à nu. Pour l’époque, c’est osé et dangereux. C’est quand la guerre gronde et que la dislocation est imminente qu’il faut abattre ses cartes. Il raconte des bribes de son enfance à Guéret, qu’il nomme Chaminadour dans son œuvre, la boucherie de son père, la sale cour où le sang coule après le coup de couteau fatal dans le cou de l’animal. C’est une sorte d’éducation sentimentale obscène qu’il nous livre, même si cette violation du Bien lui noue le bas-ventre. L’hideuse angoisse dont il jouit malgré lui.

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Apprentissage sans filtre

La province, c’est un monde clos. Le jeune Marcel découvre les différentes expressions de la sexualité. C’est un apprentissage sans filtre. « Les filles se contentaient de s’étendre, de relever leurs jupes, leur chemise ; elle écartaient les jambes et les garçons leur pissaient dessus, mais de façon que l’urine tombât juste sur le sexe qui béait et se répandit ensuite, ce qui le plus souvent les faisait pisser elles-mêmes en même temps. » Il regarde, la jouissance est profonde. Mais les sensations les plus intenses sont éprouvées au contact des garçons. À huit ans, il découvre son homosexualité qu’il ne sait nommer mais qui l’effraie. Jouhandeau : « Il me semblait que je portais dans ma chair le principe d’une fonction monstrueuse que je verrais se développer au milieu de moi, aux dépens de moi et que je ne pourrais rien contre elle, pas même la comprendre. » Déchirure du garçon élevé dans le respect de Dieu. Chair souillée. Pêché sans repentir possible. C’est l’expérience de la volupté honteuse. Jouhandeau analyse : « (…) un homme qui aime un homme n’aime que l’Homme et il est perdu, parce que c’est sa propre nature qu’il préfère à la Nature entière et que, méprisant le reste de la nature à l’avantage de la sienne, non seulement il se préfère à l’œuvre de Dieu, telle que Dieu l’a faite : il se préfère à Dieu, il préfère sa nature proprement humaine à la nature divine. »

La littérature est puissante quand elle est du côté du Mal.

Marcel Jouhandeau, De l’abjection, collection « L’Imaginaire », Gallimard.

De l'abjection

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