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Quête d’identité

« Retour à Séoul », le nouveau film de Davy Chou avec Park Ji-Min, est l’aventure, loin des clichés, du retour aux sources d’une enfant adoptée.


Davy Chou est un cinéaste rare – à tous les sens du mot. Son premier long métrage, « Diamond Island », remonte à 2016. Ce film âpre, généreux, admirablement réalisé, a pour cadre un chantier lancé par des promoteurs immobiliers sur une île de Phnom Penh, où un garçon de la campagne, parmi d’autres jeunes ruraux, est venu travailler pour nourrir sa famille. Il retrouve là son frère aîné, qui a su s’adapter à la capitale, mais d’une toute autre manière…  

Entre temps, Davy Chou a produit « White building », long métrage de fiction (réalisé sur la base d’un documentaire auquel il emprunte jusqu’à son titre) sur la destruction d’un édifice moderniste de la capitale et le devenir de ses résidents. Ou encore, il y a deux ans, « Onoda », film français d’Arthur Harari tourné dans la jungle cambodgienne.

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A présent, le réalisateur franco-cambodgien a choisi de situer l’intrigue de son nouveau film non plus au Cambodge mais en Corée. Freddie (Park Ji-Min), 25 ans, adoptée lorsqu’elle était bébé par un couple français, décide brusquement, sur un coup de tête, au milieu d’un périple avorté vers le Japon, d’y partir à la recherche de ses parents biologiques.

Si elle a les traits d’une native du « pays du matin calme », elle n’en connaît ni la langue, ni les usages, ni la culture. Bravache, provocatrice, Freddie est une femme émancipée, dans une confrontation permanente avec elle-même, mais également avec ceux qui croisent son existence. En trois parties, naviguant du français au coréen et à l’anglais, « Retour à Séoul » accompagne les bifurcations de l’héroïne sur une durée de huit ans : recherches auprès d’un institut centralisant les données sur les adoptions ; retrouvailles hautement problématiques avec ce géniteur provincial qui, trop misérable pour l’élever dans cette époque tragique du Cambodge, n’avait pas eu d’autre choix que de l’abandonner à des étrangers – traumatisme réactivé par la réapparition de sa fille ; installation de Freddie à Seoul, immergée dans les milieux underground, et désormais conseillère internationale au sein d’une entreprise française qui négocie la vente de missiles….

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Héroïne ? Pas tout à fait. Car Davy Chou s’est ingénié à subvertir tous les clichés sur le « retour aux sources », faisant même de Freddie un personnage plutôt rebutant. À ses dépens, le jeu un tantinet agressif de l’actrice, Park Ji-Min, ajoute à la difficulté, pour le spectateur, d’être dans l’empathie avec un caractère campé de façon aussi ingrate. Réflexion sur l’identité, – est-on le produit inconscient, ou souterrain, de ses origines organiques ? Mais dans quelle mesure, aussi bien, peut-on se construire dans l’ignorance ou le déni de sa propre histoire ? – le film renvoie, bien sûr, à la propre biographie de Davy Chou, né en France de parents nés au Cambodge. Comme ce dernier le dit très bien dans l’entretien qui accompagne le dossier de presse: « Sur la question de l’identité, de l’intégration, on rencontre beaucoup de schéma fictionnel prémâché: en un coup de baguette magique, les personnages finissent en paix avec eux-mêmes. Dans les histoires d’adoption, on pourrait penser que la rencontre avec le parent biologique referme la blessure. Or, dans les récits que j’ai pu recueillir, c’est justement le début des problèmes ». Et tout l’enjeu de ce « Retour à Séoul », d’une âpreté sans artifice. 

Retour à Séoul. Film de Davy Chou. Avec Park Ji-Min, Louis-Do de Lencquesaing, Yoann Zimmer, Emeline Briffaud… France, Allemagne, Belgique, Qatar. Couleur, 2022.  Durée : 1h59. En salles le 25 janvier.

Allons enfants de la batterie !

Les premiers véhicules électriques ont été brevetés il y a près de cent cinquante ans ! Aujourd’hui encore, leur point fort demeure le moteur mais la batterie reste leur principale faiblesse. Sa fabrication nécessite de telles quantités de métaux stratégiques qu’elle représente aussi une aberration écologique. C’est pourtant ce modèle que nous imposent nos dirigeants.


Les batteries passent souvent pour le composant essentiel de la voiture électrique. Mais c’est bien son moteur qui lui donne son identité et ses performances. Il suffit de se trouver à côté d’une voiture électrique à un feu rouge pour ressentir la différence en termes d’accélération lors du démarrage.

Cette différence tient au couple de la voiture électrique qui a la propriété d’atteindre son maximum quasi immédiatement. Le couple mesure la capacité d’accélération. Un moteur thermique atteint son couple maximum aux alentours de 1 500 à 2 000 tours par minute pour un diesel et plutôt autour de 3 000 tours pour une essence, tandis qu’un moteur électrique en dispose dès les premiers tours.

Simplicité contre complexité

La différence est liée au fonctionnement des deux types de moteurs. Un moteur thermique automobile, c’est-à-dire un moteur à explosion, a, par construction, besoin d’un certain délai pour délivrer sa pleine puissance. Il s’agit même d’une véritable usine à gaz. Au sens propre et figuré. Qu’il soit à essence ou diesel, le moteur doit passer par quatre temps (admission, compression, combustion-détente, échappement) qui actionnent les pistons et les bielles, et font tourner le vilebrequin, lequel, via un arbre de transmission et une boîte de vitesse, entraîne les roues… Véritables exploits mécaniques, les moteurs à explosion transforment l’énergie provenant de l’explosion du mélange air-carburant en mouvement de rotation des roues.

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En comparaison, le moteur électrique se révèle d’une simplicité extrême. L’interaction entre un courant électrique et un champ magnétique engendre une force mécanique. Il suffit de deux composants principaux, le stator et le rotor, alimentés par du courant pour obtenir le moteur. La découverte de ce phénomène ne date pas d’hier. Dès 1821, le physicien anglais Michael Faraday obtient une rotation électromagnétique. Dans les années 1830, plusieurs brevets de moteurs électriques sont déposés et, en 1886, c’est Nikola Tesla qui brevette une première « machine électrique-dynamo ». Les brevets concernant les moteurs à explosion datent de la même époque – 1862 : cycle à quatre temps de Beau de Rochas développé par Nikolaus Otto en 1867 et Gottlieb Daimler en 1887.

La suprématie du moteur à explosion n’est donc pas liée à son antériorité ni à ses performances. Le rendement énergétique d’un moteur thermique est très inférieur. Il varie de 36 % pour un moteur à essence à 42 % pour un diesel. Ces chiffres, théoriques, sont liés à la transformation de l’énergie thermique en énergie mécanique. Une partie importante de l’énergie fournie par le carburant est perdue sous forme de chaleur.

La faiblesse des batteries

Côté moteur électrique, le rendement théorique atteint les 90 %. Dans la pratique, en tenant compte des pertes liées à la recharge des batteries, il se situe entre 55 et 60 %, grâce à l’absence de chaleur dans le cycle de production de l’énergie motrice.

Alors pourquoi l’usine à gaz a-t-elle si longtemps supplanté l’électricité ? Pourquoi des générations d’ingénieurs se sont-elles évertuées à perfectionner un moteur moins efficace ? La réponse est fort simple. Si un tiers des voitures circulant en 1900 étaient électriques, l’industrialisation de la Ford T, en 1908, a changé la donne. Dans le même temps, les multiples découvertes de gisements de pétrole ont permis au moteur thermique de s’imposer. Les voitures électriques, elles, n’ont pas réussi à éliminer leur talon d’Achille : les batteries. Leur fabrication très polluante nécessite des quantités considérables de métaux stratégiques et d’énergie. Bien entendu, les batteries vont continuer à faire des progrès, mais il est peu probable qu’elles puissent offrir rapidement une autonomie de 1 000 km pour un temps de recharge de cinq minutes en dépit des promesses et des annonces fracassantes entendues toutes les semaines…. depuis dix ans.

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Pour donner un ordre d’idées, pour fabriquer une batterie lithium-ion de 400 kg d’une technologie classique pour un véhicule électrique tout aussi classique, il faut 15 kg de lithium, 30 kg de cobalt, 60 kg de nickel, 90 kg de graphite et 40 kg de cuivre. Plus parlant encore, pour obtenir les 15 kg de lithium nécessaires, il faut traiter dix tonnes de saumure de lithium. Pour obtenir les 30 kg de cobalt, ce sont 30 tonnes de minerai. Pour les 60 kg de nickel, on en est à cinq tonnes de minerai. Il faut six tonnes pour les 40 kg de cuivre et une tonne pour les 90 kg de graphite.

L’hydrogène peut changer la donne… un jour

Cependant, il est possible de s’affranchir de ces limites et d’avoir le meilleur des deux mondes, le moteur électrique tout en se passant des batteries. À l’époque des premiers brevets sur les moteurs électriques, en 1839, le chimiste allemand Christian Schönbein découvre l’effet pile à combustible. Le principe repose sur une double réaction chimique : l’oxydation sur une électrode d’un combustible réducteur et la réduction d’un oxydant sur l’autre électrode. Le résultat est une production d’électricité. Pour l’obtenir, il suffit de deux combustibles : l’hydrogène (H2) et l’oxygène (O2). Le premier doit être produit à partir, par exemple, de la molécule d’eau (H2O) et le second est contenu dans l’air.

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Concrètement, il suffit d’installer un réservoir d’hydrogène sous pression dans une voiture et une pile à combustible pour obtenir une voiture électrique qui se passe presque de batteries. Elle produit sa propre électricité. Pour l’alimenter, on se contente de remplir le réservoir d’hydrogène dans une station-service équipée. L’opération ne dure que quelques minutes comme pour le remplissage d’un réservoir d’essence.

D’où la question : pour quelles raisons le couple moteur électrique – pile à combustible n’apparaît-il pas, aujourd’hui, comme la solution idéale pour la transition énergétique dans le transport routier ? Pour deux raisons. Parce que fabriquer de l’hydrogène décarboné demande beaucoup d’électricité elle-même décarbonée. Et depuis des décennies, les gouvernements ont sous-investi dans les capacités de production électrique. Ensuite, parce que sous la pression des mêmes gouvernements et des institutions européennes, les constructeurs automobiles ont investi des dizaines et des dizaines de milliards d’euros dans le véhicule électrique à batteries… Le rôle des politiques est bien de fixer des objectifs à atteindre par les industriels et les ingénieurs. Mais il n’est certainement pas de leur dicter les technologies à utiliser.

Le fantasme du tout-électrique

La voiture électrique n’a pas que des avantages. Chère à l’achat, elle est sensible aux variations climatiques, son autonomie reste limitée et le temps de recharge dépend de sa batterie – et des prises existantes! Quant à sa valeur à la revente, elle baisse aussi vite que la technologie progresse.


Si les véhicules électriques à batterie s’imposent, ils le doivent à la nécessaire électrification des transports pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pas à leurs qualités propres. Leurs performances, leurs prestations et leur facilité d’usage sont inférieures à celles de leurs homologues à moteur thermique. Le véhicule électrique est plus simple à fabriquer que son homologue à moteur thermique, son efficacité énergétique est supérieure, mais il présente de nombreux inconvénients pour l’automobiliste. On peut pointer dix faiblesses des véhicules électriques à batterie.

L’autonomie réelle

L’utilisation d’un véhicule 100 % électrique est fondamentalement différente de celle d’un véhicule thermique. Elle doit prendre en compte une contrainte supplémentaire, celle de la planification de sa recharge en fonction de son autonomie et de son usage prévus. L’autonomie est variable et dépend des performances du véhicule, et plus particulièrement de sa batterie, mais aussi de son utilisation (ville, route, autoroutes, montagne…) et de la météorologie (grands froids, fortes chaleurs).

La puissance des centaines de kilos de la batterie embarquée a beaucoup augmenté au cours des dernières années et les trajets quotidiens ne présentent aucun problème. Il en va tout autrement des longues distances à allure soutenue sur autoroute.

Le coût

Même si, sur l’ensemble de sa durée de vie, un véhicule électrique coûte aujourd’hui au total et en théorie moins cher qu’un équivalent thermique, au moins en bas de gamme, et si les offres se sont considérablement élargies, le coût d’acquisition reste élevé et encore inaccessible aux ménages modestes. Par ailleurs, les véhicules électriques sont encore rares sur le marché de l’occasion qui est de loin celui sur lequel les transactions sont les plus nombreuses.

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Le coût de fabrication du groupe motopropulseur

Le problème du coût élevé à l’achat et à la fabrication d’un véhicule électrique tient avant tout à celui de son groupe motopropulseur et plus particulièrement de sa batterie. Ainsi, pour une voiture à moteur thermique, le groupe motopropulseur représente 18 % du coût de fabrication. Pour un véhicule électrique, cela représente 51 %. Cela signifie que pour faire baisser le prix de vente d’une voiture électrique, il faudra réduire dans des proportions importantes le coût de fabrication des batteries et des moteurs électriques. Même si les capacités de production augmentent rapidement, l’envolée des coûts des matières premières n’est pas vraiment de bon augure.

L’utilisation intensive de métaux stratégiques

Les véhicules électriques permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, quand on les recharge avec de l’électricité décarbonée comme en France, beaucoup moins en Chine avec de l’électricité provenant de centrales à charbon. Mais leur fabrication laisse une empreinte carbone et environnementale deux à trois fois supérieure à celle d’un véhicule thermique. Cela tient aux matières premières et aux métaux nécessaires à la fabrication des batteries et des moteurs électriques.

Le temps de recharge

Il s’agit d’un élément très important pour la facilité d’usage d’un véhicule électrique. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont importants et il est possible de recharger à près de 80 % une batterie en trente minutes avec un superchargeur ou un chargeur rapide. Mais cela fonctionne avant tout avec les modèles haut de gamme et il faut pouvoir accéder à ses chargeurs rapides en nombre très limités. En outre, l’utilisation fréquente de recharges rapides coûte cher et réduit la durée de vie des batteries.

Le manque d’infrastructures de recharge

Il s’agit d’un des points clés pour assurer la poursuite du développement des voitures électriques. La France comme l’Europe accumulent les retards par rapport aux promesses d’implantations de bornes. Sans parler d’une jungle de réglementations et de normes pour pouvoir y accéder et les faire fonctionner. Par ailleurs, l’installation de bornes rapides et donc puissantes nécessite des réseaux électriques adaptés, ce qui est loin d’être le cas.

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La dépréciation rapide et la durée de vie des batteries

La dépréciation de la valeur des véhicules électriques est rapide. Cela tient évidemment avant tout aux batteries qui sont une pièce d’usure. Elles se dégradent et ont une espérance de vie de l’ordre de dix ans en fonction de leur utilisation et de leur qualité, notamment le refroidissement. L’espérance de vie d’un véhicule thermique est aujourd’hui bien plus grande.

Des progrès technologiques rapides à double tranchant

Il s’agit d’un paradoxe, mais la vitesse à laquelle se succèdent les lancements de nouveaux modèles plus performants est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les acheteurs. Cela signifie que leurs véhicules électriques offrent des prestations améliorées, mais qu’ils risquent d’être dépassés et obsolètes en quelques années. Il sera ainsi plus difficile de les revendre.

Sensibles aux températures extrêmes

Les véhicules électriques n’aiment pas les grands froids et les vagues de chaleur. Dans le premier cas, outre la consommation électrique importante pour chauffer l’habitacle, les performances mêmes des batteries sont sensiblement réduites. Pour ce qui est des fortes chaleurs, les batteries souffrent moins, mais c’est la nécessité de faire fonctionner la climatisation de l’habitacle qui réduit l’autonomie.

Des constructeurs vont disparaître

Aujourd’hui, aucun constructeur automobile ou presque ne gagne d’argent avec la commercialisation de voitures électriques. Il est très vraisemblable qu’une partie des grands groupes automobiles actuels ne survivra pas à cette mutation forcée. Dans le classement des sociétés les plus endettées au monde, l’automobile est le secteur le plus représenté. Volkswagen est le numéro un mondial avec 192 milliards de dollars de dettes, Daimler-Benz est quatrième (151 milliards), Toyota cinquième (138 milliards), Ford septième (122 milliards) et BMW huitième (114 milliards).

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes tombe de la Lune

Mercredi 25 janvier, Emmanuel Macron reçoit la présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, qui vient proposer des mesures pour renforcer ladite égalité. Le sexisme s’aggrave en France. Le Haut Conseil a publié un rapport qui non seulement se désole de la pérennité des discriminations, mais constate l’attitude particulièrement «masculiniste» des 25-34 ans. Jean-Paul Brighelli, qui a légèrement dépassé cette tranche d’âge, jette un regard dépassionné mais perplexe sur ce rapport qui stigmatise globalement tous les hommes.


L’étude publiée par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes s’appuie sur un sondage réalisé en octobre dernier. Le très progressiste Huffington Post s’est empressé d’en synthétiser les éléments les plus remarquables. Mais la lecture exhaustive du document n’est pas sans intérêt.

Dès le début, le rapport rappelle que « le monde professionnel s’avère particulièrement sexiste (seul·e·s deux Français·e·s sur 10 estiment que les femmes et les hommes y sont égaux en pratique, un score en baisse de trois points) suivi de près par les pratiques religieuses, les mondes politique et du sport, l’espace public, les réseaux sociaux, la vie de famille et les médias. » C’est le seul moment dans le rapport où les « pratiques religieuses » sont citées. Et pourtant — pourtant…

Ainsi, « c’est dans les sphères perçues comme particulièrement inégalitaires qu’elles ont vécu le plus ces situations sexistes : la rue et les transports (pour 57 % d’entre elles), le foyer (49 %) ou encore le monde du travail (46 %). »

Allons, une petite anecdote pour aller dans ce sens.

Je vis à Marseille. En septembre dernier, par temps très chaud, ma compagne se baladait, en short, à quatre heures de l’après-midi dans le centre-ville de la cité phocéenne, comme on dit. Deux hommes jeunes de type marseillais — tous ceux qui connaissent le quartier Noailles voient ce qu’il en est — l’ont traitée de pute, comme il convient. Elle se rebella, les invita à aller se faire voir chez les kabyles, ils lui sautèrent dessus, elle leur décocha quelques gnons bien placés —ô et fut immédiatement ceinturée par un passant, non pour la protéger, mais pour l’empêcher de les houspiller. « Enfin, madame, c’est leur culture, c’est normal ! »

Persistance du machisme

Des situations de ce type, ici, sont monnaie courante. C’est l’une des raisons qui expliquent que les musulmanes de la ville se voilent, moins par conviction que pour empêcher de se faire stigmatiser par leurs coreligionnaires.

Image d’illustration Unsplash

Alors le rapport du Haut Conseil à l’égalité restera un peu hors sol, tant qu’il ne fera pas une étude fine des comportements. Il n’est pas bien grave que « « 32 % des 25-34 ans considèrent que le barbecue est une affaire d’homme ». Il est plus inquiétant de lire que « 14 % des femmes ont subi un « acte sexuel imposé » (22 % des femmes de 18 à 24 ans) », y compris « sous l’emprise d’alcool ou de drogue ». Peut-être faudrait-il éviter de se torcher méchamment en mauvaise compagnie.

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La tranche des 24-35 ans est particulièrement sexiste, sachez-le. Quelle surprise, à un âge où la testostérone parle à haute voix… Mais surtout, dans quel milieu, sous quelle emprise religieuse, quelle culture ? Le rapport est muet sur ce point. Par ailleurs, « 20 % des 25-34 ans considèrent que pour être respecté en tant qu’homme dans la société, il faut vanter ses exploits sexuels auprès de ses amis (contre 8 % en moyenne) » — et bien entendu, les filles ne se racontent jamais leurs bons et mauvais coups.

Le rapport inclut dans cette persistance du machisme ce qu’il appelle le mansplaining, un joli mot-valise anglo-saxon (dont nous n’avons aucun équivalent français) qui consiste à « expliquer » à une femme avec condescendance ce qu’elle doit faire pour réussir telle ou telle opération. « Ma chérie, pour faire du café, il vaut mieux allumer le gaz sous la cafetière. Et auparavant, mettre du café dans l’ustensile » — situation vécue.

Diableries

Peut-être aussi faudrait-il éviter de prendre en compte, dans ce sondage, ce qui est règlements de compte d’après divorce. Parions que Céline Quatennens, qui a finalement porté plainte pour mauvais traitements contre l’abominable Adrien, racontera bientôt que leurs étreintes antérieures étaient toutes sous la contrainte, l’élu LFI l’ayant à chaque fois attachée aux montants du lit avec son écharpe tricolore. Peu importe que les enfants l’aient pendant des années entendue haleter dans l’étreinte comme une locomotive asthmatique : a posteriori, si je puis m’exprimer ainsi, ce n’étaient que diableries « masculinistes ».

Patrick Besson vient de rassembler sous le titre générique Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ses chroniques hébergées dans Le Point — et le contenu, d’une ironie sans cesse mordante, est conforme au titre, empruntée à la chanson de Léo Ferré, elle-même reprenant le titre d’un poème d’Aragon (à la fin du Roman inachevé) narrant les belles aventures du poète dans les bordels de l’après-Grande Guerre. Dans « Accord préalable », Besson imagine le texte d’un accord passé devant notaire visant au « rapprochement physique » consécutif à leur rencontre : « Par ledit document, Monsieur A et Mademoiselle B s’engagent l’un envers l’autre à ne pas contester le fait que leur premier baiser, intervenu à 6h14 le jour même dans un taxi traversant la Seine sur le pont Alexandre III, n’a donné lieu, par aucune des parties, à une quelconque résistance. »

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« Monsieur A et Mademoiselle B, souhaitant donner suite à leur rencontre, se sont présentés ce jour devant notaire afin d’établir un accord préalable qui leur permettra, en cas de litige, de pouvoir se retourner l’un contre l’autre en toute légalité. »

S’ensuivent les circonstances planifiées de la future étreinte, « dans un hôtel parisien de catégorie grand luxe ou luxe » : « Le rapport sexuel en lui-même ne devra pas excéder deux heures trente et ne pourra inclure la sodomie que si Mademoiselle B en fait la demande écrite sur un papier daté et signé à en-tête de l’hôtel. »

J’attends avec impatience qu’un metteur en scène inspiré en tire un court métrage posément hilarant (chaque article du recueil peut d’ailleurs fournir la matière d’un petit film ironique). J’attends aussi qu’un réalisateur au long cours se saisisse du rapport du Haut Conseil à l’égalité et en décortique à l’écran les situations équivoques et scandaleuses qu’il répertorie. Nous aurons enfin de quoi rire — mais peut-être ne sourirons-nous plus jamais.

Patrick Besson, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Albin Michel, janvier 2023, 480 p.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Les Coréens contre les mosquées

En Corée du Sud, le projet de construction d’une mosquée importante dans la troisième ville du pays suscite des objections de la part des riverains, des objections qui vont très loin sur le plan symbolique.


En Corée du Sud, un projet de construction de mosquée fait polémique [1].

Christianisme et bouddhisme représentent 25% et 15% des croyants respectivement

Dans la ville de Daegu, dans le sud du pays, une maison que des fidèles originaires du Pakistan et du Bangladesh utilisaient comme salle de prière doit être transformée en édifice de trois étages avec minaret.

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Bien que les autorités locales aient autorisé cette construction il y a deux ans, de nombreux habitants du quartier s’y opposent. Des têtes de cochon (voir notre vidéo, ci-après) sont régulièrement placées en face du lieu de prière. Sur les pancartes en anglais de certains manifestants on a pu lire : « Les musulmans qui tuent des gens brutalement et les décapitent, allez-vous en de ce quartier immédiatement. Terroristes ! » Ou encore : « L’islam est une religion diabolique qui tue des gens ». Rappelons que le christianisme et le bouddhisme sont les deux principales religions du pays. Bien que la majorité des 51 millions de Sud-Coréens se déclarent sans religion, le pays compte un peu plus de 25% de chrétiens et 15% de bouddhistes, tandis que les musulmans représentent moins de 1% de la population et sont en grande majorité des étrangers, essentiellement originaires d’Asie du Sud-Est.

Crise démographique

La première mosquée du pays est la Mosquée centrale de Séoul, construite en 1976. Depuis, 18 autres sont venues s’ajouter à la liste, toutes répertoriées par la Fédération musulmane de Corée. Bien que les actions de certains Coréens opposés au projet ne soient pas acceptables, les inquiétudes des habitants quant à l’édification d’une nouvelle mosquée dans le pays sont peut-être alimentées par le fait que ce dernier est confronté à un problème démographique majeur. Avec un taux de fécondité inférieur à un enfant par femme, le gouvernement prévoit une population de 39 millions d’habitants d’ici les années 2060. La Corée du Sud fera-t-elle le choix, comme de nombreux pays occidentaux, de recourir à une immigration de masse pour pallier son déficit démographique ? En attendant, certains Coréens décident de mettre le holà pour se prémunir des fous d’Allah, réels ou présumés.


[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/11/en-coree-du-sud-la-mosquee-de-la-discorde_6157355_3210.html

Nos jeunes, «pauvres» du langage, condamnés à l’impuissance et à la violence

Plus d’un jeune Français sur 5, après des années passées dans les murs de l’école de la République, se trouve dans une situation d’insécurité linguistique globale à l’oral comme à l’écrit. Cette insécurité obscurcit durablement son horizon culturel et professionnel. Échec scolaire, errance sociale, voilà où les a conduit l’incapacité de mettre en mots leur pensée avec précision et de recevoir celle de l’Autre avec vigilance. Pour tous ces jeunes gens et jeunes filles, la défaite de la langue c’est aussi la défaite de la pensée et le renoncement à tout engagement pacifique.


Que l’on ne se méprenne pas ! Je ne plaide pas pour une servile obéissance à une norme immuable. Je ne me lamente pas sur la pureté perdue d’une langue que tout changement pervertirait. Dénoncer l’insécurité linguistique, ce n’est pas stigmatiser les fautes d’orthographe et de grammaire. Ce n’est pas, non plus, pester contre les innovations lexicales. En matière de langage, la nostalgie est toujours mauvaise conseillère… Ce que je dénonce, c’est qu’aujourd’hui trop de jeunes soient privés de mots suffisamment nombreux et précis, de structures grammaticales suffisamment rigoureuses et de formes d’argumentation suffisamment articulées pour imposer leur pensée au plus près de leurs intentions et pour accueillir celle des autres avec infiniment de lucidité et d’exigence.

Une école de la République trop complaisante

Reclus dans leur entre-soi, ils n’ont connu que promiscuité, banalité et indifférence ; leur horizon de parole limité a réduit leur vocabulaire et brouillé leur organisation grammaticale. Ce sont les « pauvres » du langage, impuissants à défendre leurs points de vue, incapables de dénoncer la manipulation, sans défense contre l’arbitraire et l’injustice. Dans ce contexte d’insupportables inégalités linguistiques, les moins favorisés, qui ont manqué cruellement de modèles (notamment à l’école), ont besoin aujourd’hui d’exigence et non de complaisance.

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L’impuissance linguistique contraint ceux qui la subissent au constat ponctuel et à la qualification radicale ; elle interdit le questionnement et l’analyse ; elle rend difficile le refus de mots d’ordre définitifs et la mise en cause de comportements et de règles archaïques faussement présentés comme universelles. Les citoyens, privés de pouvoir linguistique, en difficulté de conceptualisation et d’argumentation, ne pourront en effet pas prendre une distance propice à la réflexion et au questionnement. Ils seront certainement plus perméables à tous les discours sectaires et intégristes qui prétendront leur apporter des réponses simples, immédiates et définitives. Ils pourront plus facilement se laisser séduire par tous les stéréotypes qui offrent du monde une vision dichotomique et manichéenne. Ils se soumettront plus docilement aux règles les plus rigides et les plus arbitraires pourvu qu’elles leur donnent l’illusion de transcender les insupportables frustrations quotidiennes.

La bataille contre l’abêtissement perdue

Au sortir de l’école, nos jeunes ont aujourd’hui à affronter un monde face auquel l’impuissance linguistique et la vulnérabilité intellectuelle se révèlent souvent fatales. Un monde où discours et textes de nature totalitaire et sectaire, portés par des réseaux sociaux frelatés, risquent de s’imposer à des esprits faibles et crédules. Après avoir passé plus de 10 ans à l’école, ils avaleront donc  avec délectation ce qui  relève de l’amalgame, de l’illogisme et de la haine imbécile. Ils se laisseront berner par des démonstrations marquées au coin du contre sens. Ils seront convaincus par des arguments de pacotille. 

L’école, depuis trop longtemps en friche, et la famille, souvent sans repères, ont ainsi perdu la bataille contre l’abêtissement. Sur les réseaux dits sociaux, qui enferment plus qu’ils ne libèrent, la vulnérabilité linguistique et intellectuelle de nos jeunes leur font  renoncer à agir sur le monde et à y laisser une trace singulière. Là, les responsables de tous leurs malheurs sont dénoncés, des complots enfin identifiés, une cible à leur haine pointée dans une guerre qu’on leur dit juste et nécessaire. Tout ce qui éclaire leur quotidien glauque, tout ce qui apaise leur sentiment de néant est accueilli avec reconnaissance: enfin élus, enfin reconnus ! Ce que nous avons offert en sacrifice, sur l’autel du web, à de dangereux manipulateurs, ce sont les mots imprécis, les mémoires vides et le dégoût de soi d’une partie de notre jeunesse.

Parole éruptive

Une part importante des jeunes Français ne possède donc que quelques centaines de mots, quand il leur en faudrait plusieurs milliers pour tenter d’examiner et d’accepter pacifiquement leurs différences. S’expliquer leur paraît alors aussi difficile qu’incongru. Beaucoup de jeunes en insécurité linguistique ont ainsi perdu cette capacité spécifiquement humaine de tenter d’inscrire pacifiquement leur pensée dans l’intelligence d’un autre par la force respectueuse des mots. Réduite à la proximité et à l’immédiat, leur parole a renoncé au pouvoir de créer un temps de sereine négociation linguistique, seule capable d’éviter le passage à l’acte violent et à l’affrontement physique.

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Cette parole devenue éruptive n’est le plus souvent qu’un instrument d’interpellation brutale et d’invective qui banalise l’insulte et précipite le conflit plus qu’elle ne le diffère. S’ils passent à l’acte de plus en plus vite et de plus en plus fort aujourd’hui, c’est parce que l’école comme la famille n’ont pas défendu avec suffisamment de conviction et… d’amour la vertu de rassemblement pacifique du langage. L’une comme l’autre ont oublié que cultiver la langue de leurs enfants et de leurs élèves, veiller à son efficacité et à sa précision, c’était leur permettre de mettre en mots leurs frustrations, de formuler leurs désaccords et… de retenir leurs coups. École et famille n’ont pas su  mener un combat quotidien et combien nécessaire contre la dictature de l’appartenance, contre l’imprécision et la confusion des mots, sources de tous les malentendus. Elles ont ainsi renoncé à ce que chacun puisse aller chercher au plus loin de lui-même celui qu’il ne connaît pas, celui qui ne lui ressemble pas, celui qui… ne l’aime pas et à qui il le rend bien. Comment peut-on appeler à une participation de tous les jeunes aux débats essentiels d’aujourd’hui  alors que, pour certains, la langue qu’on leur a passée ne leur permet pas de dénouer les incompréhensions, de jeter des ponts au-dessus des fossés culturels, sociaux et confessionnels qui les divisent ? Reconnaître leurs différences, les explorer ensemble, reconnaître leurs divergences, leurs oppositions, leurs haines et les analyser ensemble, ne jamais les édulcorer, ne jamais les banaliser, mais ne jamais leur permettre de mettre en cause leur commune humanité: voilà à quoi devrait servir la langue qu’on leur a si mal transmise; voilà à quoi devraient servir les conventions orthographiques et grammaticales non négociables qui devraient les rassembler dans un échange serein.

L’impuissance linguistique a réduit certains jeunes à utiliser d’autres moyens que le langage pour imprimer leurs marques : ils altèrent, ils menacent, ils tueront peut-être un jour parce qu’ils ne peuvent se résigner à ne laisser ici-bas aucune trace de leur éphémère existence. Leur violence s’est nourri de l’impuissance à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer, du dégoût  d’eux-mêmes et de la peur des autres. Leur violence est d’autant plus incontrôlée, d’autant plus immédiate qu’elle est devenue muette. Et un regard de travers peut aujourd’hui couter la vie !

Pour une école de la résistance

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Le casse-couille

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Un photographe franco-espagnol de 26 ans a dû être amputé d’un testicule, après avoir été frappé par un policier au niveau des parties génitales, lors de la manifestation parisienne du 19 janvier. Le billet satirique de Denis Hatchondo.


Ayant retenu sur le bout de ses doigts de fée les leçons du passé, Emmanuel Macron a pris des résolutions fortes en ce début d’année. Comme son comportement invite plus à battre le pavé qu’à battre du beurre en motte, le petit génie a prévenu Darkmanin et ses ouailles. On arrête avec les éborgnés, et les mains arrachées. Les gars, cette année, on vise les couilles.

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Les couilles en or! Première manif, première couille. Tout se passe tellement bien, qu’en queue du cortège photographes et cow-boys unis dans la nostalgie black-blocks énervés et jaunards avinés, se grattent les couilles dans un mortel ennui. En passant devant une agence bancaire, un shoot d’adrénaline réveille les mémoires et soudain tout s’emballe. Je sors mon gourdin, je le prends en photo, tu es trop près recule, attends encore une, bon dégage, la dernière. Une matraque se dresse dans le ciel parisien, et s’abat avec une précision chirurgicale sur les parties intimes d’un reporter espagnol. Des couilles de taureau andalou, les plus chères. Putain, j’en ai qu’une. Pas grave, file à l’Elysée Macron les rachète à un super prix. Il déboule sur le perron, le Président est dans le parc, il vous attend. Président, ah mes couilles! Putain y’en a qu’une? Oui Président. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’une couille? Je voulais les monter en boucles d’oreilles pour Brigitte! Et combien elle a d’oreilles Brigitte? Je sais pas, c’est difficile à dire, sous son casque d’or on voit rien, bon je dirai cinq ou six. Dégage connard. Némo! Viens mon chien, viens. Tiens mon bb. Gloups. Et moi qui pensais me refaire sur les fonds secrets avec ma belle couille de Cadix, j’ai livré les tapas au clébard.

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Les couilles pleines. Était-il urgent d’agiter le dossier retraite sous le nez d’un peuple à genoux, les doigts dans la multi-crise? Macron a parié sur la résignation. Son agitation d’éolienne l’a réveillé. Maintenant le kid d’Amiens – ABAD – est dans la boite à ragout. Reculer? Il ne sait pas faire. Céder à gauche ? Il perd le vote LR. Passer en force? Le gouvernement saute, la rue s’enflamme. Démissionner et se représenter? Possible. Son équipe a consulté des constitutionnalistes pour trouver un espace qui lui permettrait de faire un troisième mandat. Sans succès pour le moment. Edouard Philippe lui laisse encore le temps de sortir de l’impasse. La Borne de départementale ne tient plus la route. Bayrou a les oreilles prêtes à décoller pour un Pau-Matignon.

Les couilles molles. Il y a encore l’option Roi Fainéant, en mode Chirac. Il ne se prend plus la tête avec les gaulois réfractaires, renonce à réformer et s’en bat les couilles de tout et de tous. Il attend les JO avec Maman et le chien. Avec des chips, du pop-corn et des caisses de bières, en mode Tuches…

La France signe enfin la paix avec l’Espagne

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Alors que de nombreux Français étaient dans la rue pour protester contre sa réforme des retraites, Emmanuel Macron était… en Espagne ! Peu commenté en France, le traité d’amitié signé à Barcelone fait pourtant la Une de tous les journaux Outre-Pyrénées. Pour Madrid, l’enjeu est d’importance car les points de friction et de désaccord sont nombreux avec Paris. Mais quels étaient les points de friction, exactement ? Nicolas Klein fait le point dans la revue de géopolitique Conflits.


19 janvier 2023, Barcelone (Espagne). Préparé depuis des mois, le Sommet franco-espagnol qui se tient dans la capitale catalane mobilise une dizaine de ministres et secrétaires d’État de chaque côté ainsi qu’une foule de journalistes. Il faut dire que l’enjeu est immense puisque Paris et Madrid s’apprêtent à signer une série d’accords, dont un traité d’amitié et de coopération couvrant de nombreux domaines.

Le président Macron auprès du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Barcelone, 19 janvier 2023 © SOPA Images/SIPA

Le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, fait office d’hôte pour le président de la République française, Emmanuel Macron. Les deux hommes se connaissent et s’apprécient visiblement. Le chef de l’exécutif de notre voisin ibérique jouit d’une réputation de social-démocrate modéré à l’échelle européenne et entretient de nombreux points d’accord avec la France. C’est ce qu’ont déjà pu constater tous les observateurs lors du précédent Sommet franco-espagnol, qui s’était tenu en 2021 à Montauban.

Barcelone, ville d’art et d’histoire

Pedro Sánchez a d’ailleurs l’habitude de recevoir en grande pompe des responsables politiques étrangers. En juin 2022, il avait concocté un programme de choix à l’occasion du sommet de l’OTAN, qui avait lieu à Madrid : musée du Prado, palais royal de La Granja, palais royal d’Orient, etc. Cette fois-ci, à Barcelone, il conduit Emmanuel Macron au Musée national d’Art de Catalogne (situé sur la colline de Montjuic, en surplomb de la place d’Espagne), où se déroulent la cérémonie de signature et la conférence de presse. Il lui fait également visiter le musée Picasso de la cité catalane, alors que les deux pays commémorent conjointement cette année le cinquantième anniversaire du décès du célèbre peintre.

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Le choix de Barcelone par les autorités espagnoles ne tient pas du hasard. Le président du gouvernement cherche à montrer que la situation s’est normalisée sur place après des années de bras de fer séparatiste. Les formations indépendantistes de gauche, indispensables à la stabilité de son cabinet, sont désormais ses interlocutrices dans le cadre d’une « table de dialogue » visant à résoudre les différends entre exécutif central et Généralité de Catalogne.

Malgré tout, il doit faire face à une manifestation sécessionniste sur la place d’Espagne en ce 19 janvier – même si le succès n’est guère au rendez-vous avec quelques milliers de participants seulement. De son côté, Emmanuel Macron est contraint de répondre aux questions des journalistes français dépêchés outre-Pyrénées concernant la journée de grève contre sa réforme des retraites. Il se défend de mépriser les partenaires sociaux, expliquant que le Sommet franco-espagnol était prévu de longue date et que c’est l’Espagne qui en gère l’agenda.

Des points de friction

Le président de la République française n’a probablement pas envie de provoquer une nouvelle brouille diplomatique entre Paris et Madrid, à la suite de nombreux mois de tensions. Ces querelles font peu la une des médias chez nous, mais sont en revanche omniprésentes dans les journaux, à la radio et à la télévision en Espagne.

Notre voisin pyrénéen, désireux d’exporter son surplus de gaz (il en achète massivement à de nombreux pays), veut mettre en œuvre le gazoduc MidCat, qui doit relier Hostalrich (Catalogne) à la France et prolonger ainsi le réseau gazier qui débute à Almería (Andalousie). L’Allemagne, qui a besoin de nouveaux fournisseurs dans le cadre du conflit entre Russie et Ukraine, soutient l’idée. Pourtant, Emmanuel Macron n’en veut pas et obtient d’ailleurs une annulation pure et simple de l’infrastructure. En échange, il négocie avec Pedro Sánchez et le Premier ministre portugais, António Costa, la construction d’un hydrogénoduc « vert » entre Barcelone et Marseille, le H2Med (d’abord nommé BarMar).

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La crise énergétique en Europe et les problèmes rencontrés par les centrales nucléaires françaises ont, de fait, placé l’Espagne dans une situation d’exportatrice nette d’électricité et de gaz vis-à-vis de la France. Ces débats sont donc plus que jamais d’actualité.

Néanmoins, les disputes bilatérales ne s’arrêtent pas là. Le refus de SNCF Réseau de laisser circuler sur nos voies de chemin de fer les TGV espagnols suscite de nombreuses critiques chez nos amis ibériques. De même, la fermeture de huit points de passage transfrontaliers secondaires dans les Pyrénées (décidée par Paris sans l’aval de Madrid au nom de la lutte contre les trafics, le terrorisme et l’immigration illégale) heurte beaucoup.

Deux dirigeants sur l’échiquier européen

Le traité d’amitié franco-espagnole doit donc être l’occasion d’une réconciliation et, pour la France, d’une diversification de ses alliés au sein de l’Union européenne. Emmanuel Macron a pris ses distances avec …

>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<

La France dans le cœur, le Danemark dans la tête

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Ainsi, ce que le petit Danemark a su accomplir pour réguler et maîtriser l’immigration, la grande France en serait incapable?


Ce que ce petit pays a mis en œuvre, contre l’ouverture des frontières à tout-va, au bénéfice de son État-providence, notre grand pays ne serait pas assez intelligent pour s’en inspirer et assez compétent pour le réaliser ? Ou bien doit-on admettre une fois pour toutes que la France « joue désormais en deuxième division alors qu’elle se targue toujours d’être une grande puissance. Dès qu’il y a une crise dans le monde, elle veut jouer un rôle ! Seulement on n’est plus dans le « game » » ? (Je cite ici Jérôme Fourquet, dans Le Figaro).

Ce pessimisme lucide qui s’attache à son rôle international doit-il être généralisé par rapport à tout ce qui menace, en gros, l’identité française et la sauvegarde de son modèle social ? Le Danemark doit-il être notre mauvaise conscience ? Je le crois, je le crains, et c’est à cause d’elle que, si j’ai la France dans le cœur, j’ai le Danemark dans la tête.

Réalisme, pragmatisme et efficacité

Parce que le Danemark nous donne des leçons de réalisme brut, de pragmatisme et d’efficacité. Parce que le réel non seulement ne lui fait pas peur (alors que beaucoup de nos politiques le fuient), mais qu’il ne concevrait pas de ne pas l’affronter dans toutes ses composantes indiscutables, objectives, afin que ses gouvernements puissent contrôler l’immigration et réguler le nombre de réfugiés. La France n’aime pas la réalité qui va ruiner ses illusions. Le Danemark s’est fondé sur elle pour y mettre fin. Le premier pas, capital, a été cette volonté de savoir pour ne pas se payer de mots et bien cibler le mal. Chaque Danois peut par exemple consulter des données de ce type, qui seraient prohibées en France:

  • Faits de violence selon le pays d’origine de leurs auteurs ;
  • Taux d’emploi des personnes ou la part des bénéficiaires de l’aide sociale selon l’origine…

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Ces précisions quantitatives, loin de favoriser un quelconque racisme, le battent en brèche car rien n’est pire que les fantasmes sur lesquels s’accrochent les préjugés et les réflexes d’hostilité.

Il ne faut pas se leurrer: cette politique danoise exemplaire, ferme et constante dans sa rigueur, n’a été rendue possible que parce qu’elle a été validée par une classe politique exceptionnelle de courage et de lucidité. Elle a fait passer l’idéologie, quelle qu’elle soit, derrière l’intérêt national. La gauche, à partir de 2015 et la crise des réfugiés, a accepté une politique d’immigration répressive. La Première ministre Mette Frederiksen, initialement à l’aile gauche du parti social-démocrate, a changé radicalement de logiciel quand elle a constaté comme ministre du Travail puis de la Justice les failles de la politique d’intégration.

Cécité ou acharnement de la gauche française

Imagine-t-on en France un tel unanimisme, une rupture si consensuellement assumée, alors que nous avons la gauche et l’extrême gauche sans doute les plus aveugles et partisanes du monde et un macronisme qui fait exactement le contraire du modèle danois? Des zigzags destinés, malgré d’apparentes évolutions, à maintenir un noyau irréfragable: un humanisme mou ayant peur de ses audaces conjoncturelles et se persuadant que le destin de la France devait se réduire à la lutte contre l’extrême droite qui, sur ce plan, a eu l’immense tort d’avoir raison trop tôt… Quelques mesures emblématiques qui montrent la rigueur danoise à tous les stades du processus d’immigration : de l’arrivée sur le territoire à l’installation en passant par l’accès aux allocations, au travail et au logement :

  • les aides sociales sont conditionnées au suivi de cours de langue et à l’acceptation d’offres d’emploi ;
  • toute peine de prison, même avec sursis, empêche définitivement l’accès à la nationalité danoise ;
  • des plans antighetto créent des zones où les sanctions sont plus sévères ;
  • confiscation des biens des migrants pour financer leurs frais d’accueil ;
  • durcissement du regroupement familial qui n’est pas automatique…

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Pour les citoyens danois, rien que de très normal dans ces décisions et ces contraintes de bon sens. Et je ne doute pas qu’en France, elles seraient approuvées pour peu qu’on cesse de s’opposer par principe à tout ce qui dépasse le champ étroit de sa famille politique. Les résultats ne laisseraient pas le citoyen français indifférent: si nous mettions en œuvre l’efficacité danoise, les demandes d’asile chez nous passeraient de 131 000 (chiffre de 2019) à… 31 000.

Des migrants venus d’Allemagne, sur une autoroute au Danemark, le 9 septembre 2015 © Ernst van Norde/AP/SIPA

La frilosité et les atermoiements de notre pays sont d’autant plus scandaleux que le pouvoir actuel, héritier d’une longue mansuétude, cherche à faire croire qu’il existe d’autres solutions pour maintenir le caractère viable de notre État-providence. Alors que l’alternative est pourtant simple et brutale: l’État-providence dans sa définition équitable et acceptable ou l’ouverture des frontières. À cause de la seconde, le risque de faillite du premier…

Il me semble que le Danemark nous montre la voie de la raison et la force du volontarisme et que la France qui nous touche au cœur ne devrait plus perdre de temps pour s’enrichir de l’une et de l’autre.

(Je n’aurais pas pu écrire ce billet sans la remarquable double page du Figaro avec d’une part l’analyse chiffrée d’Eugénie Bastié et d’autre part l’entretien avec Dominique Reynié, directeur de la Fondapol).

Libres propos d'un inclassable

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«Le Trouvère» a trouvé sa prima donna: Anna Pirozzi

Le Trouvère de Verdi du 24 janvier au 17 février, à l’Opéra Bastille.


En 1936, dans « Une nuit à l’opéra », perle du septième art, les Marx Brothers se payent la tête de Verdi : il est vrai que par son invraisemblance déchaînée et la déroutante complication de son livret, Il Trovatore se prêtait de façon idéale à ce sabordage hilarant.

Salvatore Cammarano a déjà écrit pour Verdi, quelques années plus tôt, le livret de Luisa Miller, génial opéra tiré du drame de Schiller Kabale und Liebe (Amour et Intrigue), dans la veine intimiste de Verdi deuxième manière.  Le compositeur rumine alors l’espoir d’adapter Le Roi Lear, projet qui n’aboutira jamais. À son librettiste, il va même jusqu’à mander un scénario. Verdi passe à autre chose, écrit rapidement Stiffelio, œuvre mineure. Nous sommes en 1850. L’année suivante, il achève de composer La Maledizione, d’après Le Roi s’amuse, de Victor Hugo, sur un livret de Francesco Maria Piave. Créé en 1851, l’opéra prend le titre de Rigoletto. Donné dans toute l’Italie, puis dans l’Europe entière, Rigoletto rend Verdi riche et célèbre. Tout en pensant déjà à mettre en musique La Dame aux camélias (qui deviendra La Traviata, comme l’on sait), opéra sur lequel il travaillera concurremment, il confie à Cammarano la tâche de plancher sur le matériau d’El Trovador, grand succès de la scène madrilène en 1836, et œuvre majeure du diplomate, dramaturge et homme de lettres espagnol Antonio Garcia Gutiérrez (1813-1884), de l’œuvre duquel Verdi tirera encore un opéra majeur, en 1857 : Simon Boccanegra.

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En attendant, le formalisme de son collaborateur ne laisse pas d’impatienter Verdi, qui presse celui-ci de donner plus de tonus à son adaptation.  Là-dessus meurt Cammarano, brutalement. Verdi, d’ailleurs furieux d’apprendre son décès par hasard, en tombant sur un journal de théâtre, charge alors in extremis un jeune poète napolitain, Leone Emanuele Bardare, de terminer vite fait le livret. Verdi traverse une période déprimante : il vient de perdre sa mère, et s’épuise en tractations avec les impresarios. Gestation douloureuse, en somme, pour ce chef-d’œuvre lyrique où le compositeur déploie une virtuosité sans exemple, dans une profusion mélodique qui fait évoluer le bel canto de façon spectaculaire. Pour produire, enfin, son Trouvère au Teatro Appolo de Rome, il doit, de surcroît, contourner la censure pinailleuse de la cité pontificale. Mais la première, le 19 janvier 1853, est un triomphe.

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À 170 ans de distance, Il Trovatore reste toujours un sommet absolu.  Ce en dépit des obscurités de son intrigue, qu’on reprochera tant à Verdi ! Le Trouvère a failli s’appeler « La Gitane », ou « Azucena », du nom de la bohémienne animée de pulsions vengeresses, qui est au cœur du drame. L’action se situe dans la province aragonaise, au nord de l’Espagne, au début du XVe siècle.  Le comte de Luna se fait raconter l’histoire de son frère cadet, nouveau-né sur lequel une   bohémienne, accusée de lui avoir jeté un sort, fut mise au bûcher, mais dont la fille, pour venger sa mère, enleva l’enfant, jamais retrouvé ! Second tableau, la dame d’honneur de la princesse d’Aragon, Leonora, confie aimer un trouvère mystérieux, tandis qu’elle est aimée par le Comte de Luna, dans les bras duquel, trompée par l’obscurité, elle tombe en croyant embrasser son Trouvère, le vaillant Manrico, par ailleurs adversaire de Luna dans la guerre civile qui fait rage. S’ensuit un duel entre les deux rivaux. Le second acte nous porte dans un campement gitan, où la vieille Azucena, en tête à tête avec Manrico, raconte comment sa mère à elle, brûlée vive, l’a appelée à la vengeance, comment elle-même a, dans sa confusion mentale, jeté son propre fils au bûcher. Mais alors, Manrico n’est-il pas l’enfant d’Azucena ? Mais pourquoi Manrico s’est-il inexplicablement retenu d’occire Luna ? Leonore, croyant Manrico mort au combat, va entrer au couvent. Luna veut l’enlever, mais elle tombe dans les bras de Manrico, qui surgit bien vivant à la tête de ses partisans, et s’enfuit avec elle. Au 3ème acte, le conte de Luna assiège la forteresse de Castellor défendue par Manrico. On amène la captive Azucena à Luna, laquelle révèle être la mère de Manrico, qui prépare son mariage avec Leonora. L’acte 4 nous apprend que Manrico, prisonnier à son tour, attend le supplice aux côtés d’Azucena. Désespoir de Leonora qui, pour sauver son gitan de la potence, fait mine de s’offrir à Luna, non sans avoir avalé en secret un poison mortel. Manrico a compris le sacrifice de son aimée. Luna, sachant qu’il a perdu Leonora, ordonne d’exécuter illico Manrico. Azucena révèle alors à Luna que Manrico était son frère : la voilà vengée !  On ne saurait faire plus sobre, dans le genre.  

Ce romantisme débridé trouve son expression dans une suite ininterrompue d’arias sublimes, de chœurs magnifiques, de duos à tomber. Créée à Amsterdam en 2015 et entrée l’année suivante à l’Opéra de Paris, cette production, signée du célèbre scénographe barcelonais Alex Ollé, pape de la compagnie La Fura dels Baus, et reprise en 2018, a souffert d’une annulation en 2020 pour cause de pandémie. Cette nouvelle reprise est un événement. Ollé choisit de transposer l’intrigue dans un climat incandescent et crépusculaire où les échos de la Grande guerre s’impriment dans les uniformes vert- de-gris d’une soldatesque casquée à l’allemande, tandis que s’enfonce et surgit du plateau un appareillage de monolithes de pierres – tout à la fois tombales et castrales – savamment douchés d’ombres et de lumières, dans un chromatisme raffiné. L’ineffable beauté plastique de ces perspectives minérales, redoublées en profondeur par un effet réfléchissant, l’intelligence des costumes, tout à la fois évocateurs, réalistes et désancrés d’une histoire trop clairement littérale, trouvent leur contrepoint dans une distribution de très haute volée : à commencer par Anna Pirozzi. 

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En décembre dernier, à l’Opéra-Bastille déjà, la soprano napolitaine avait remplacé au pied levé Anna Netrebko, souffrante, dans La Force du destin.  Anna Pirozzi triomphe décidément dans l’emploi de cette autre « Leonora » : articulation parfaite, timbre voluptueux et habité. Dans le rôle de Manrico, le ténor azerbaïdjanais Yusif Eyvasof (mari d’Anna Netrebko au civil) fait véritablement, et à raison, chavirer le public. La mezzo roumaine Judit Kutasi, pour sa première prestation à l’Opéra de Paris, campe une Azucena vocalement fabuleuse. Le baryton canadien Etienne Dupuis incarne quant à lui un Conte de Luna rageur, d’une exceptionnelle densité. Au pupitre, Carlo Rizzi, qu’on avait vu diriger avec une grâce infinie en avril dernier Cendrillon, de Massenet, et sous la baguette duquel, à présent, les volutes verdiennes prennent une amplitude, une rondeur, une délicatesse remarquables. 

La première s’est achevée dans la liesse, sous un tonnerre d’applaudissements et de bravos. Mérités plus que jamais. De toute évidence, Il Trovatore est LE spectacle lyrique à ne pas manquer, cet hiver, à Paris.        

Il Trovatore/ Le Trouvère. Opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi (1853). Direction Carlo Rizzi. Mise en scène Alex Ollé (La Furia dels Baus).  Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Anna Pirozzi, Quin Kelsey, Judit Kutasi, Yusif Eyvazov… Opéra-Bastille, les  24, 27 janvier, 2, 8, 11, 14, 17 février à 19h30 ; le 5 février à 14h30. Durée : 2h55

Quête d’identité

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Photo d'une scène du film "Retour à Séoul" ©Films du Losange

« Retour à Séoul », le nouveau film de Davy Chou avec Park Ji-Min, est l’aventure, loin des clichés, du retour aux sources d’une enfant adoptée.


Davy Chou est un cinéaste rare – à tous les sens du mot. Son premier long métrage, « Diamond Island », remonte à 2016. Ce film âpre, généreux, admirablement réalisé, a pour cadre un chantier lancé par des promoteurs immobiliers sur une île de Phnom Penh, où un garçon de la campagne, parmi d’autres jeunes ruraux, est venu travailler pour nourrir sa famille. Il retrouve là son frère aîné, qui a su s’adapter à la capitale, mais d’une toute autre manière…  

Entre temps, Davy Chou a produit « White building », long métrage de fiction (réalisé sur la base d’un documentaire auquel il emprunte jusqu’à son titre) sur la destruction d’un édifice moderniste de la capitale et le devenir de ses résidents. Ou encore, il y a deux ans, « Onoda », film français d’Arthur Harari tourné dans la jungle cambodgienne.

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A présent, le réalisateur franco-cambodgien a choisi de situer l’intrigue de son nouveau film non plus au Cambodge mais en Corée. Freddie (Park Ji-Min), 25 ans, adoptée lorsqu’elle était bébé par un couple français, décide brusquement, sur un coup de tête, au milieu d’un périple avorté vers le Japon, d’y partir à la recherche de ses parents biologiques.

Si elle a les traits d’une native du « pays du matin calme », elle n’en connaît ni la langue, ni les usages, ni la culture. Bravache, provocatrice, Freddie est une femme émancipée, dans une confrontation permanente avec elle-même, mais également avec ceux qui croisent son existence. En trois parties, naviguant du français au coréen et à l’anglais, « Retour à Séoul » accompagne les bifurcations de l’héroïne sur une durée de huit ans : recherches auprès d’un institut centralisant les données sur les adoptions ; retrouvailles hautement problématiques avec ce géniteur provincial qui, trop misérable pour l’élever dans cette époque tragique du Cambodge, n’avait pas eu d’autre choix que de l’abandonner à des étrangers – traumatisme réactivé par la réapparition de sa fille ; installation de Freddie à Seoul, immergée dans les milieux underground, et désormais conseillère internationale au sein d’une entreprise française qui négocie la vente de missiles….

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Héroïne ? Pas tout à fait. Car Davy Chou s’est ingénié à subvertir tous les clichés sur le « retour aux sources », faisant même de Freddie un personnage plutôt rebutant. À ses dépens, le jeu un tantinet agressif de l’actrice, Park Ji-Min, ajoute à la difficulté, pour le spectateur, d’être dans l’empathie avec un caractère campé de façon aussi ingrate. Réflexion sur l’identité, – est-on le produit inconscient, ou souterrain, de ses origines organiques ? Mais dans quelle mesure, aussi bien, peut-on se construire dans l’ignorance ou le déni de sa propre histoire ? – le film renvoie, bien sûr, à la propre biographie de Davy Chou, né en France de parents nés au Cambodge. Comme ce dernier le dit très bien dans l’entretien qui accompagne le dossier de presse: « Sur la question de l’identité, de l’intégration, on rencontre beaucoup de schéma fictionnel prémâché: en un coup de baguette magique, les personnages finissent en paix avec eux-mêmes. Dans les histoires d’adoption, on pourrait penser que la rencontre avec le parent biologique referme la blessure. Or, dans les récits que j’ai pu recueillir, c’est justement le début des problèmes ». Et tout l’enjeu de ce « Retour à Séoul », d’une âpreté sans artifice. 

Retour à Séoul. Film de Davy Chou. Avec Park Ji-Min, Louis-Do de Lencquesaing, Yoann Zimmer, Emeline Briffaud… France, Allemagne, Belgique, Qatar. Couleur, 2022.  Durée : 1h59. En salles le 25 janvier.

Allons enfants de la batterie !

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Assemblage d'une batterie sur une Volkswagen ID.3, dans « l'usine de verre » Volkswagen à Dresde, le 8 juin 2021. ©Sebastien Kahnert/dpa Picture-Alliance via AFP

Les premiers véhicules électriques ont été brevetés il y a près de cent cinquante ans ! Aujourd’hui encore, leur point fort demeure le moteur mais la batterie reste leur principale faiblesse. Sa fabrication nécessite de telles quantités de métaux stratégiques qu’elle représente aussi une aberration écologique. C’est pourtant ce modèle que nous imposent nos dirigeants.


Les batteries passent souvent pour le composant essentiel de la voiture électrique. Mais c’est bien son moteur qui lui donne son identité et ses performances. Il suffit de se trouver à côté d’une voiture électrique à un feu rouge pour ressentir la différence en termes d’accélération lors du démarrage.

Cette différence tient au couple de la voiture électrique qui a la propriété d’atteindre son maximum quasi immédiatement. Le couple mesure la capacité d’accélération. Un moteur thermique atteint son couple maximum aux alentours de 1 500 à 2 000 tours par minute pour un diesel et plutôt autour de 3 000 tours pour une essence, tandis qu’un moteur électrique en dispose dès les premiers tours.

Simplicité contre complexité

La différence est liée au fonctionnement des deux types de moteurs. Un moteur thermique automobile, c’est-à-dire un moteur à explosion, a, par construction, besoin d’un certain délai pour délivrer sa pleine puissance. Il s’agit même d’une véritable usine à gaz. Au sens propre et figuré. Qu’il soit à essence ou diesel, le moteur doit passer par quatre temps (admission, compression, combustion-détente, échappement) qui actionnent les pistons et les bielles, et font tourner le vilebrequin, lequel, via un arbre de transmission et une boîte de vitesse, entraîne les roues… Véritables exploits mécaniques, les moteurs à explosion transforment l’énergie provenant de l’explosion du mélange air-carburant en mouvement de rotation des roues.

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En comparaison, le moteur électrique se révèle d’une simplicité extrême. L’interaction entre un courant électrique et un champ magnétique engendre une force mécanique. Il suffit de deux composants principaux, le stator et le rotor, alimentés par du courant pour obtenir le moteur. La découverte de ce phénomène ne date pas d’hier. Dès 1821, le physicien anglais Michael Faraday obtient une rotation électromagnétique. Dans les années 1830, plusieurs brevets de moteurs électriques sont déposés et, en 1886, c’est Nikola Tesla qui brevette une première « machine électrique-dynamo ». Les brevets concernant les moteurs à explosion datent de la même époque – 1862 : cycle à quatre temps de Beau de Rochas développé par Nikolaus Otto en 1867 et Gottlieb Daimler en 1887.

La suprématie du moteur à explosion n’est donc pas liée à son antériorité ni à ses performances. Le rendement énergétique d’un moteur thermique est très inférieur. Il varie de 36 % pour un moteur à essence à 42 % pour un diesel. Ces chiffres, théoriques, sont liés à la transformation de l’énergie thermique en énergie mécanique. Une partie importante de l’énergie fournie par le carburant est perdue sous forme de chaleur.

La faiblesse des batteries

Côté moteur électrique, le rendement théorique atteint les 90 %. Dans la pratique, en tenant compte des pertes liées à la recharge des batteries, il se situe entre 55 et 60 %, grâce à l’absence de chaleur dans le cycle de production de l’énergie motrice.

Alors pourquoi l’usine à gaz a-t-elle si longtemps supplanté l’électricité ? Pourquoi des générations d’ingénieurs se sont-elles évertuées à perfectionner un moteur moins efficace ? La réponse est fort simple. Si un tiers des voitures circulant en 1900 étaient électriques, l’industrialisation de la Ford T, en 1908, a changé la donne. Dans le même temps, les multiples découvertes de gisements de pétrole ont permis au moteur thermique de s’imposer. Les voitures électriques, elles, n’ont pas réussi à éliminer leur talon d’Achille : les batteries. Leur fabrication très polluante nécessite des quantités considérables de métaux stratégiques et d’énergie. Bien entendu, les batteries vont continuer à faire des progrès, mais il est peu probable qu’elles puissent offrir rapidement une autonomie de 1 000 km pour un temps de recharge de cinq minutes en dépit des promesses et des annonces fracassantes entendues toutes les semaines…. depuis dix ans.

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Pour donner un ordre d’idées, pour fabriquer une batterie lithium-ion de 400 kg d’une technologie classique pour un véhicule électrique tout aussi classique, il faut 15 kg de lithium, 30 kg de cobalt, 60 kg de nickel, 90 kg de graphite et 40 kg de cuivre. Plus parlant encore, pour obtenir les 15 kg de lithium nécessaires, il faut traiter dix tonnes de saumure de lithium. Pour obtenir les 30 kg de cobalt, ce sont 30 tonnes de minerai. Pour les 60 kg de nickel, on en est à cinq tonnes de minerai. Il faut six tonnes pour les 40 kg de cuivre et une tonne pour les 90 kg de graphite.

L’hydrogène peut changer la donne… un jour

Cependant, il est possible de s’affranchir de ces limites et d’avoir le meilleur des deux mondes, le moteur électrique tout en se passant des batteries. À l’époque des premiers brevets sur les moteurs électriques, en 1839, le chimiste allemand Christian Schönbein découvre l’effet pile à combustible. Le principe repose sur une double réaction chimique : l’oxydation sur une électrode d’un combustible réducteur et la réduction d’un oxydant sur l’autre électrode. Le résultat est une production d’électricité. Pour l’obtenir, il suffit de deux combustibles : l’hydrogène (H2) et l’oxygène (O2). Le premier doit être produit à partir, par exemple, de la molécule d’eau (H2O) et le second est contenu dans l’air.

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Concrètement, il suffit d’installer un réservoir d’hydrogène sous pression dans une voiture et une pile à combustible pour obtenir une voiture électrique qui se passe presque de batteries. Elle produit sa propre électricité. Pour l’alimenter, on se contente de remplir le réservoir d’hydrogène dans une station-service équipée. L’opération ne dure que quelques minutes comme pour le remplissage d’un réservoir d’essence.

D’où la question : pour quelles raisons le couple moteur électrique – pile à combustible n’apparaît-il pas, aujourd’hui, comme la solution idéale pour la transition énergétique dans le transport routier ? Pour deux raisons. Parce que fabriquer de l’hydrogène décarboné demande beaucoup d’électricité elle-même décarbonée. Et depuis des décennies, les gouvernements ont sous-investi dans les capacités de production électrique. Ensuite, parce que sous la pression des mêmes gouvernements et des institutions européennes, les constructeurs automobiles ont investi des dizaines et des dizaines de milliards d’euros dans le véhicule électrique à batteries… Le rôle des politiques est bien de fixer des objectifs à atteindre par les industriels et les ingénieurs. Mais il n’est certainement pas de leur dicter les technologies à utiliser.

Le fantasme du tout-électrique

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Elon Musk présente en grande pompe son futur pick-up électrique Tesla Cybertruck, à Hawthorne, en Californie, 21 novembre 2019. © FREDERIC J. BROWN/AFP

La voiture électrique n’a pas que des avantages. Chère à l’achat, elle est sensible aux variations climatiques, son autonomie reste limitée et le temps de recharge dépend de sa batterie – et des prises existantes! Quant à sa valeur à la revente, elle baisse aussi vite que la technologie progresse.


Si les véhicules électriques à batterie s’imposent, ils le doivent à la nécessaire électrification des transports pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pas à leurs qualités propres. Leurs performances, leurs prestations et leur facilité d’usage sont inférieures à celles de leurs homologues à moteur thermique. Le véhicule électrique est plus simple à fabriquer que son homologue à moteur thermique, son efficacité énergétique est supérieure, mais il présente de nombreux inconvénients pour l’automobiliste. On peut pointer dix faiblesses des véhicules électriques à batterie.

L’autonomie réelle

L’utilisation d’un véhicule 100 % électrique est fondamentalement différente de celle d’un véhicule thermique. Elle doit prendre en compte une contrainte supplémentaire, celle de la planification de sa recharge en fonction de son autonomie et de son usage prévus. L’autonomie est variable et dépend des performances du véhicule, et plus particulièrement de sa batterie, mais aussi de son utilisation (ville, route, autoroutes, montagne…) et de la météorologie (grands froids, fortes chaleurs).

La puissance des centaines de kilos de la batterie embarquée a beaucoup augmenté au cours des dernières années et les trajets quotidiens ne présentent aucun problème. Il en va tout autrement des longues distances à allure soutenue sur autoroute.

Le coût

Même si, sur l’ensemble de sa durée de vie, un véhicule électrique coûte aujourd’hui au total et en théorie moins cher qu’un équivalent thermique, au moins en bas de gamme, et si les offres se sont considérablement élargies, le coût d’acquisition reste élevé et encore inaccessible aux ménages modestes. Par ailleurs, les véhicules électriques sont encore rares sur le marché de l’occasion qui est de loin celui sur lequel les transactions sont les plus nombreuses.

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Le coût de fabrication du groupe motopropulseur

Le problème du coût élevé à l’achat et à la fabrication d’un véhicule électrique tient avant tout à celui de son groupe motopropulseur et plus particulièrement de sa batterie. Ainsi, pour une voiture à moteur thermique, le groupe motopropulseur représente 18 % du coût de fabrication. Pour un véhicule électrique, cela représente 51 %. Cela signifie que pour faire baisser le prix de vente d’une voiture électrique, il faudra réduire dans des proportions importantes le coût de fabrication des batteries et des moteurs électriques. Même si les capacités de production augmentent rapidement, l’envolée des coûts des matières premières n’est pas vraiment de bon augure.

L’utilisation intensive de métaux stratégiques

Les véhicules électriques permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, quand on les recharge avec de l’électricité décarbonée comme en France, beaucoup moins en Chine avec de l’électricité provenant de centrales à charbon. Mais leur fabrication laisse une empreinte carbone et environnementale deux à trois fois supérieure à celle d’un véhicule thermique. Cela tient aux matières premières et aux métaux nécessaires à la fabrication des batteries et des moteurs électriques.

Le temps de recharge

Il s’agit d’un élément très important pour la facilité d’usage d’un véhicule électrique. Les progrès réalisés au cours des dernières années sont importants et il est possible de recharger à près de 80 % une batterie en trente minutes avec un superchargeur ou un chargeur rapide. Mais cela fonctionne avant tout avec les modèles haut de gamme et il faut pouvoir accéder à ses chargeurs rapides en nombre très limités. En outre, l’utilisation fréquente de recharges rapides coûte cher et réduit la durée de vie des batteries.

Le manque d’infrastructures de recharge

Il s’agit d’un des points clés pour assurer la poursuite du développement des voitures électriques. La France comme l’Europe accumulent les retards par rapport aux promesses d’implantations de bornes. Sans parler d’une jungle de réglementations et de normes pour pouvoir y accéder et les faire fonctionner. Par ailleurs, l’installation de bornes rapides et donc puissantes nécessite des réseaux électriques adaptés, ce qui est loin d’être le cas.

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La dépréciation rapide et la durée de vie des batteries

La dépréciation de la valeur des véhicules électriques est rapide. Cela tient évidemment avant tout aux batteries qui sont une pièce d’usure. Elles se dégradent et ont une espérance de vie de l’ordre de dix ans en fonction de leur utilisation et de leur qualité, notamment le refroidissement. L’espérance de vie d’un véhicule thermique est aujourd’hui bien plus grande.

Des progrès technologiques rapides à double tranchant

Il s’agit d’un paradoxe, mais la vitesse à laquelle se succèdent les lancements de nouveaux modèles plus performants est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les acheteurs. Cela signifie que leurs véhicules électriques offrent des prestations améliorées, mais qu’ils risquent d’être dépassés et obsolètes en quelques années. Il sera ainsi plus difficile de les revendre.

Sensibles aux températures extrêmes

Les véhicules électriques n’aiment pas les grands froids et les vagues de chaleur. Dans le premier cas, outre la consommation électrique importante pour chauffer l’habitacle, les performances mêmes des batteries sont sensiblement réduites. Pour ce qui est des fortes chaleurs, les batteries souffrent moins, mais c’est la nécessité de faire fonctionner la climatisation de l’habitacle qui réduit l’autonomie.

Des constructeurs vont disparaître

Aujourd’hui, aucun constructeur automobile ou presque ne gagne d’argent avec la commercialisation de voitures électriques. Il est très vraisemblable qu’une partie des grands groupes automobiles actuels ne survivra pas à cette mutation forcée. Dans le classement des sociétés les plus endettées au monde, l’automobile est le secteur le plus représenté. Volkswagen est le numéro un mondial avec 192 milliards de dollars de dettes, Daimler-Benz est quatrième (151 milliards), Toyota cinquième (138 milliards), Ford septième (122 milliards) et BMW huitième (114 milliards).

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes tombe de la Lune

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Sylvie Pierre-Brossolette, ici photographiée en 2014, est présidente du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes © WITT/SIPA

Mercredi 25 janvier, Emmanuel Macron reçoit la présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, qui vient proposer des mesures pour renforcer ladite égalité. Le sexisme s’aggrave en France. Le Haut Conseil a publié un rapport qui non seulement se désole de la pérennité des discriminations, mais constate l’attitude particulièrement «masculiniste» des 25-34 ans. Jean-Paul Brighelli, qui a légèrement dépassé cette tranche d’âge, jette un regard dépassionné mais perplexe sur ce rapport qui stigmatise globalement tous les hommes.


L’étude publiée par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes s’appuie sur un sondage réalisé en octobre dernier. Le très progressiste Huffington Post s’est empressé d’en synthétiser les éléments les plus remarquables. Mais la lecture exhaustive du document n’est pas sans intérêt.

Dès le début, le rapport rappelle que « le monde professionnel s’avère particulièrement sexiste (seul·e·s deux Français·e·s sur 10 estiment que les femmes et les hommes y sont égaux en pratique, un score en baisse de trois points) suivi de près par les pratiques religieuses, les mondes politique et du sport, l’espace public, les réseaux sociaux, la vie de famille et les médias. » C’est le seul moment dans le rapport où les « pratiques religieuses » sont citées. Et pourtant — pourtant…

Ainsi, « c’est dans les sphères perçues comme particulièrement inégalitaires qu’elles ont vécu le plus ces situations sexistes : la rue et les transports (pour 57 % d’entre elles), le foyer (49 %) ou encore le monde du travail (46 %). »

Allons, une petite anecdote pour aller dans ce sens.

Je vis à Marseille. En septembre dernier, par temps très chaud, ma compagne se baladait, en short, à quatre heures de l’après-midi dans le centre-ville de la cité phocéenne, comme on dit. Deux hommes jeunes de type marseillais — tous ceux qui connaissent le quartier Noailles voient ce qu’il en est — l’ont traitée de pute, comme il convient. Elle se rebella, les invita à aller se faire voir chez les kabyles, ils lui sautèrent dessus, elle leur décocha quelques gnons bien placés —ô et fut immédiatement ceinturée par un passant, non pour la protéger, mais pour l’empêcher de les houspiller. « Enfin, madame, c’est leur culture, c’est normal ! »

Persistance du machisme

Des situations de ce type, ici, sont monnaie courante. C’est l’une des raisons qui expliquent que les musulmanes de la ville se voilent, moins par conviction que pour empêcher de se faire stigmatiser par leurs coreligionnaires.

Image d’illustration Unsplash

Alors le rapport du Haut Conseil à l’égalité restera un peu hors sol, tant qu’il ne fera pas une étude fine des comportements. Il n’est pas bien grave que « « 32 % des 25-34 ans considèrent que le barbecue est une affaire d’homme ». Il est plus inquiétant de lire que « 14 % des femmes ont subi un « acte sexuel imposé » (22 % des femmes de 18 à 24 ans) », y compris « sous l’emprise d’alcool ou de drogue ». Peut-être faudrait-il éviter de se torcher méchamment en mauvaise compagnie.

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La tranche des 24-35 ans est particulièrement sexiste, sachez-le. Quelle surprise, à un âge où la testostérone parle à haute voix… Mais surtout, dans quel milieu, sous quelle emprise religieuse, quelle culture ? Le rapport est muet sur ce point. Par ailleurs, « 20 % des 25-34 ans considèrent que pour être respecté en tant qu’homme dans la société, il faut vanter ses exploits sexuels auprès de ses amis (contre 8 % en moyenne) » — et bien entendu, les filles ne se racontent jamais leurs bons et mauvais coups.

Le rapport inclut dans cette persistance du machisme ce qu’il appelle le mansplaining, un joli mot-valise anglo-saxon (dont nous n’avons aucun équivalent français) qui consiste à « expliquer » à une femme avec condescendance ce qu’elle doit faire pour réussir telle ou telle opération. « Ma chérie, pour faire du café, il vaut mieux allumer le gaz sous la cafetière. Et auparavant, mettre du café dans l’ustensile » — situation vécue.

Diableries

Peut-être aussi faudrait-il éviter de prendre en compte, dans ce sondage, ce qui est règlements de compte d’après divorce. Parions que Céline Quatennens, qui a finalement porté plainte pour mauvais traitements contre l’abominable Adrien, racontera bientôt que leurs étreintes antérieures étaient toutes sous la contrainte, l’élu LFI l’ayant à chaque fois attachée aux montants du lit avec son écharpe tricolore. Peu importe que les enfants l’aient pendant des années entendue haleter dans l’étreinte comme une locomotive asthmatique : a posteriori, si je puis m’exprimer ainsi, ce n’étaient que diableries « masculinistes ».

Patrick Besson vient de rassembler sous le titre générique Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ses chroniques hébergées dans Le Point — et le contenu, d’une ironie sans cesse mordante, est conforme au titre, empruntée à la chanson de Léo Ferré, elle-même reprenant le titre d’un poème d’Aragon (à la fin du Roman inachevé) narrant les belles aventures du poète dans les bordels de l’après-Grande Guerre. Dans « Accord préalable », Besson imagine le texte d’un accord passé devant notaire visant au « rapprochement physique » consécutif à leur rencontre : « Par ledit document, Monsieur A et Mademoiselle B s’engagent l’un envers l’autre à ne pas contester le fait que leur premier baiser, intervenu à 6h14 le jour même dans un taxi traversant la Seine sur le pont Alexandre III, n’a donné lieu, par aucune des parties, à une quelconque résistance. »

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« Monsieur A et Mademoiselle B, souhaitant donner suite à leur rencontre, se sont présentés ce jour devant notaire afin d’établir un accord préalable qui leur permettra, en cas de litige, de pouvoir se retourner l’un contre l’autre en toute légalité. »

S’ensuivent les circonstances planifiées de la future étreinte, « dans un hôtel parisien de catégorie grand luxe ou luxe » : « Le rapport sexuel en lui-même ne devra pas excéder deux heures trente et ne pourra inclure la sodomie que si Mademoiselle B en fait la demande écrite sur un papier daté et signé à en-tête de l’hôtel. »

J’attends avec impatience qu’un metteur en scène inspiré en tire un court métrage posément hilarant (chaque article du recueil peut d’ailleurs fournir la matière d’un petit film ironique). J’attends aussi qu’un réalisateur au long cours se saisisse du rapport du Haut Conseil à l’égalité et en décortique à l’écran les situations équivoques et scandaleuses qu’il répertorie. Nous aurons enfin de quoi rire — mais peut-être ne sourirons-nous plus jamais.

Patrick Besson, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?, Albin Michel, janvier 2023, 480 p.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

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La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Les Coréens contre les mosquées

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Capture d'écran France 24 / YouTube

En Corée du Sud, le projet de construction d’une mosquée importante dans la troisième ville du pays suscite des objections de la part des riverains, des objections qui vont très loin sur le plan symbolique.


En Corée du Sud, un projet de construction de mosquée fait polémique [1].

Christianisme et bouddhisme représentent 25% et 15% des croyants respectivement

Dans la ville de Daegu, dans le sud du pays, une maison que des fidèles originaires du Pakistan et du Bangladesh utilisaient comme salle de prière doit être transformée en édifice de trois étages avec minaret.

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Bien que les autorités locales aient autorisé cette construction il y a deux ans, de nombreux habitants du quartier s’y opposent. Des têtes de cochon (voir notre vidéo, ci-après) sont régulièrement placées en face du lieu de prière. Sur les pancartes en anglais de certains manifestants on a pu lire : « Les musulmans qui tuent des gens brutalement et les décapitent, allez-vous en de ce quartier immédiatement. Terroristes ! » Ou encore : « L’islam est une religion diabolique qui tue des gens ». Rappelons que le christianisme et le bouddhisme sont les deux principales religions du pays. Bien que la majorité des 51 millions de Sud-Coréens se déclarent sans religion, le pays compte un peu plus de 25% de chrétiens et 15% de bouddhistes, tandis que les musulmans représentent moins de 1% de la population et sont en grande majorité des étrangers, essentiellement originaires d’Asie du Sud-Est.

Crise démographique

La première mosquée du pays est la Mosquée centrale de Séoul, construite en 1976. Depuis, 18 autres sont venues s’ajouter à la liste, toutes répertoriées par la Fédération musulmane de Corée. Bien que les actions de certains Coréens opposés au projet ne soient pas acceptables, les inquiétudes des habitants quant à l’édification d’une nouvelle mosquée dans le pays sont peut-être alimentées par le fait que ce dernier est confronté à un problème démographique majeur. Avec un taux de fécondité inférieur à un enfant par femme, le gouvernement prévoit une population de 39 millions d’habitants d’ici les années 2060. La Corée du Sud fera-t-elle le choix, comme de nombreux pays occidentaux, de recourir à une immigration de masse pour pallier son déficit démographique ? En attendant, certains Coréens décident de mettre le holà pour se prémunir des fous d’Allah, réels ou présumés.


[1] https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/11/en-coree-du-sud-la-mosquee-de-la-discorde_6157355_3210.html

Nos jeunes, «pauvres» du langage, condamnés à l’impuissance et à la violence

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Bande annonce de "La Haine" (1995), film de Mathieu Kassovitz. Image: capture d'écran YouTube.

Plus d’un jeune Français sur 5, après des années passées dans les murs de l’école de la République, se trouve dans une situation d’insécurité linguistique globale à l’oral comme à l’écrit. Cette insécurité obscurcit durablement son horizon culturel et professionnel. Échec scolaire, errance sociale, voilà où les a conduit l’incapacité de mettre en mots leur pensée avec précision et de recevoir celle de l’Autre avec vigilance. Pour tous ces jeunes gens et jeunes filles, la défaite de la langue c’est aussi la défaite de la pensée et le renoncement à tout engagement pacifique.


Que l’on ne se méprenne pas ! Je ne plaide pas pour une servile obéissance à une norme immuable. Je ne me lamente pas sur la pureté perdue d’une langue que tout changement pervertirait. Dénoncer l’insécurité linguistique, ce n’est pas stigmatiser les fautes d’orthographe et de grammaire. Ce n’est pas, non plus, pester contre les innovations lexicales. En matière de langage, la nostalgie est toujours mauvaise conseillère… Ce que je dénonce, c’est qu’aujourd’hui trop de jeunes soient privés de mots suffisamment nombreux et précis, de structures grammaticales suffisamment rigoureuses et de formes d’argumentation suffisamment articulées pour imposer leur pensée au plus près de leurs intentions et pour accueillir celle des autres avec infiniment de lucidité et d’exigence.

Une école de la République trop complaisante

Reclus dans leur entre-soi, ils n’ont connu que promiscuité, banalité et indifférence ; leur horizon de parole limité a réduit leur vocabulaire et brouillé leur organisation grammaticale. Ce sont les « pauvres » du langage, impuissants à défendre leurs points de vue, incapables de dénoncer la manipulation, sans défense contre l’arbitraire et l’injustice. Dans ce contexte d’insupportables inégalités linguistiques, les moins favorisés, qui ont manqué cruellement de modèles (notamment à l’école), ont besoin aujourd’hui d’exigence et non de complaisance.

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L’impuissance linguistique contraint ceux qui la subissent au constat ponctuel et à la qualification radicale ; elle interdit le questionnement et l’analyse ; elle rend difficile le refus de mots d’ordre définitifs et la mise en cause de comportements et de règles archaïques faussement présentés comme universelles. Les citoyens, privés de pouvoir linguistique, en difficulté de conceptualisation et d’argumentation, ne pourront en effet pas prendre une distance propice à la réflexion et au questionnement. Ils seront certainement plus perméables à tous les discours sectaires et intégristes qui prétendront leur apporter des réponses simples, immédiates et définitives. Ils pourront plus facilement se laisser séduire par tous les stéréotypes qui offrent du monde une vision dichotomique et manichéenne. Ils se soumettront plus docilement aux règles les plus rigides et les plus arbitraires pourvu qu’elles leur donnent l’illusion de transcender les insupportables frustrations quotidiennes.

La bataille contre l’abêtissement perdue

Au sortir de l’école, nos jeunes ont aujourd’hui à affronter un monde face auquel l’impuissance linguistique et la vulnérabilité intellectuelle se révèlent souvent fatales. Un monde où discours et textes de nature totalitaire et sectaire, portés par des réseaux sociaux frelatés, risquent de s’imposer à des esprits faibles et crédules. Après avoir passé plus de 10 ans à l’école, ils avaleront donc  avec délectation ce qui  relève de l’amalgame, de l’illogisme et de la haine imbécile. Ils se laisseront berner par des démonstrations marquées au coin du contre sens. Ils seront convaincus par des arguments de pacotille. 

L’école, depuis trop longtemps en friche, et la famille, souvent sans repères, ont ainsi perdu la bataille contre l’abêtissement. Sur les réseaux dits sociaux, qui enferment plus qu’ils ne libèrent, la vulnérabilité linguistique et intellectuelle de nos jeunes leur font  renoncer à agir sur le monde et à y laisser une trace singulière. Là, les responsables de tous leurs malheurs sont dénoncés, des complots enfin identifiés, une cible à leur haine pointée dans une guerre qu’on leur dit juste et nécessaire. Tout ce qui éclaire leur quotidien glauque, tout ce qui apaise leur sentiment de néant est accueilli avec reconnaissance: enfin élus, enfin reconnus ! Ce que nous avons offert en sacrifice, sur l’autel du web, à de dangereux manipulateurs, ce sont les mots imprécis, les mémoires vides et le dégoût de soi d’une partie de notre jeunesse.

Parole éruptive

Une part importante des jeunes Français ne possède donc que quelques centaines de mots, quand il leur en faudrait plusieurs milliers pour tenter d’examiner et d’accepter pacifiquement leurs différences. S’expliquer leur paraît alors aussi difficile qu’incongru. Beaucoup de jeunes en insécurité linguistique ont ainsi perdu cette capacité spécifiquement humaine de tenter d’inscrire pacifiquement leur pensée dans l’intelligence d’un autre par la force respectueuse des mots. Réduite à la proximité et à l’immédiat, leur parole a renoncé au pouvoir de créer un temps de sereine négociation linguistique, seule capable d’éviter le passage à l’acte violent et à l’affrontement physique.

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Cette parole devenue éruptive n’est le plus souvent qu’un instrument d’interpellation brutale et d’invective qui banalise l’insulte et précipite le conflit plus qu’elle ne le diffère. S’ils passent à l’acte de plus en plus vite et de plus en plus fort aujourd’hui, c’est parce que l’école comme la famille n’ont pas défendu avec suffisamment de conviction et… d’amour la vertu de rassemblement pacifique du langage. L’une comme l’autre ont oublié que cultiver la langue de leurs enfants et de leurs élèves, veiller à son efficacité et à sa précision, c’était leur permettre de mettre en mots leurs frustrations, de formuler leurs désaccords et… de retenir leurs coups. École et famille n’ont pas su  mener un combat quotidien et combien nécessaire contre la dictature de l’appartenance, contre l’imprécision et la confusion des mots, sources de tous les malentendus. Elles ont ainsi renoncé à ce que chacun puisse aller chercher au plus loin de lui-même celui qu’il ne connaît pas, celui qui ne lui ressemble pas, celui qui… ne l’aime pas et à qui il le rend bien. Comment peut-on appeler à une participation de tous les jeunes aux débats essentiels d’aujourd’hui  alors que, pour certains, la langue qu’on leur a passée ne leur permet pas de dénouer les incompréhensions, de jeter des ponts au-dessus des fossés culturels, sociaux et confessionnels qui les divisent ? Reconnaître leurs différences, les explorer ensemble, reconnaître leurs divergences, leurs oppositions, leurs haines et les analyser ensemble, ne jamais les édulcorer, ne jamais les banaliser, mais ne jamais leur permettre de mettre en cause leur commune humanité: voilà à quoi devrait servir la langue qu’on leur a si mal transmise; voilà à quoi devraient servir les conventions orthographiques et grammaticales non négociables qui devraient les rassembler dans un échange serein.

L’impuissance linguistique a réduit certains jeunes à utiliser d’autres moyens que le langage pour imprimer leurs marques : ils altèrent, ils menacent, ils tueront peut-être un jour parce qu’ils ne peuvent se résigner à ne laisser ici-bas aucune trace de leur éphémère existence. Leur violence s’est nourri de l’impuissance à convaincre, de l’impossibilité d’expliquer, du dégoût  d’eux-mêmes et de la peur des autres. Leur violence est d’autant plus incontrôlée, d’autant plus immédiate qu’elle est devenue muette. Et un regard de travers peut aujourd’hui couter la vie !

Pour une école de la résistance

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Le casse-couille

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Heurts entre la police et des manifestants lors de la manifesation parisienne du 19 janvier 2023 contre la réforme des retraites © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Un photographe franco-espagnol de 26 ans a dû être amputé d’un testicule, après avoir été frappé par un policier au niveau des parties génitales, lors de la manifestation parisienne du 19 janvier. Le billet satirique de Denis Hatchondo.


Ayant retenu sur le bout de ses doigts de fée les leçons du passé, Emmanuel Macron a pris des résolutions fortes en ce début d’année. Comme son comportement invite plus à battre le pavé qu’à battre du beurre en motte, le petit génie a prévenu Darkmanin et ses ouailles. On arrête avec les éborgnés, et les mains arrachées. Les gars, cette année, on vise les couilles.

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Les couilles en or! Première manif, première couille. Tout se passe tellement bien, qu’en queue du cortège photographes et cow-boys unis dans la nostalgie black-blocks énervés et jaunards avinés, se grattent les couilles dans un mortel ennui. En passant devant une agence bancaire, un shoot d’adrénaline réveille les mémoires et soudain tout s’emballe. Je sors mon gourdin, je le prends en photo, tu es trop près recule, attends encore une, bon dégage, la dernière. Une matraque se dresse dans le ciel parisien, et s’abat avec une précision chirurgicale sur les parties intimes d’un reporter espagnol. Des couilles de taureau andalou, les plus chères. Putain, j’en ai qu’une. Pas grave, file à l’Elysée Macron les rachète à un super prix. Il déboule sur le perron, le Président est dans le parc, il vous attend. Président, ah mes couilles! Putain y’en a qu’une? Oui Président. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’une couille? Je voulais les monter en boucles d’oreilles pour Brigitte! Et combien elle a d’oreilles Brigitte? Je sais pas, c’est difficile à dire, sous son casque d’or on voit rien, bon je dirai cinq ou six. Dégage connard. Némo! Viens mon chien, viens. Tiens mon bb. Gloups. Et moi qui pensais me refaire sur les fonds secrets avec ma belle couille de Cadix, j’ai livré les tapas au clébard.

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Les couilles pleines. Était-il urgent d’agiter le dossier retraite sous le nez d’un peuple à genoux, les doigts dans la multi-crise? Macron a parié sur la résignation. Son agitation d’éolienne l’a réveillé. Maintenant le kid d’Amiens – ABAD – est dans la boite à ragout. Reculer? Il ne sait pas faire. Céder à gauche ? Il perd le vote LR. Passer en force? Le gouvernement saute, la rue s’enflamme. Démissionner et se représenter? Possible. Son équipe a consulté des constitutionnalistes pour trouver un espace qui lui permettrait de faire un troisième mandat. Sans succès pour le moment. Edouard Philippe lui laisse encore le temps de sortir de l’impasse. La Borne de départementale ne tient plus la route. Bayrou a les oreilles prêtes à décoller pour un Pau-Matignon.

Les couilles molles. Il y a encore l’option Roi Fainéant, en mode Chirac. Il ne se prend plus la tête avec les gaulois réfractaires, renonce à réformer et s’en bat les couilles de tout et de tous. Il attend les JO avec Maman et le chien. Avec des chips, du pop-corn et des caisses de bières, en mode Tuches…

La France signe enfin la paix avec l’Espagne

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Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, photographié lors du conseil européen le 20 février 2020 © SIPA

Alors que de nombreux Français étaient dans la rue pour protester contre sa réforme des retraites, Emmanuel Macron était… en Espagne ! Peu commenté en France, le traité d’amitié signé à Barcelone fait pourtant la Une de tous les journaux Outre-Pyrénées. Pour Madrid, l’enjeu est d’importance car les points de friction et de désaccord sont nombreux avec Paris. Mais quels étaient les points de friction, exactement ? Nicolas Klein fait le point dans la revue de géopolitique Conflits.


19 janvier 2023, Barcelone (Espagne). Préparé depuis des mois, le Sommet franco-espagnol qui se tient dans la capitale catalane mobilise une dizaine de ministres et secrétaires d’État de chaque côté ainsi qu’une foule de journalistes. Il faut dire que l’enjeu est immense puisque Paris et Madrid s’apprêtent à signer une série d’accords, dont un traité d’amitié et de coopération couvrant de nombreux domaines.

Le président Macron auprès du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Barcelone, 19 janvier 2023 © SOPA Images/SIPA

Le président du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, fait office d’hôte pour le président de la République française, Emmanuel Macron. Les deux hommes se connaissent et s’apprécient visiblement. Le chef de l’exécutif de notre voisin ibérique jouit d’une réputation de social-démocrate modéré à l’échelle européenne et entretient de nombreux points d’accord avec la France. C’est ce qu’ont déjà pu constater tous les observateurs lors du précédent Sommet franco-espagnol, qui s’était tenu en 2021 à Montauban.

Barcelone, ville d’art et d’histoire

Pedro Sánchez a d’ailleurs l’habitude de recevoir en grande pompe des responsables politiques étrangers. En juin 2022, il avait concocté un programme de choix à l’occasion du sommet de l’OTAN, qui avait lieu à Madrid : musée du Prado, palais royal de La Granja, palais royal d’Orient, etc. Cette fois-ci, à Barcelone, il conduit Emmanuel Macron au Musée national d’Art de Catalogne (situé sur la colline de Montjuic, en surplomb de la place d’Espagne), où se déroulent la cérémonie de signature et la conférence de presse. Il lui fait également visiter le musée Picasso de la cité catalane, alors que les deux pays commémorent conjointement cette année le cinquantième anniversaire du décès du célèbre peintre.

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Le choix de Barcelone par les autorités espagnoles ne tient pas du hasard. Le président du gouvernement cherche à montrer que la situation s’est normalisée sur place après des années de bras de fer séparatiste. Les formations indépendantistes de gauche, indispensables à la stabilité de son cabinet, sont désormais ses interlocutrices dans le cadre d’une « table de dialogue » visant à résoudre les différends entre exécutif central et Généralité de Catalogne.

Malgré tout, il doit faire face à une manifestation sécessionniste sur la place d’Espagne en ce 19 janvier – même si le succès n’est guère au rendez-vous avec quelques milliers de participants seulement. De son côté, Emmanuel Macron est contraint de répondre aux questions des journalistes français dépêchés outre-Pyrénées concernant la journée de grève contre sa réforme des retraites. Il se défend de mépriser les partenaires sociaux, expliquant que le Sommet franco-espagnol était prévu de longue date et que c’est l’Espagne qui en gère l’agenda.

Des points de friction

Le président de la République française n’a probablement pas envie de provoquer une nouvelle brouille diplomatique entre Paris et Madrid, à la suite de nombreux mois de tensions. Ces querelles font peu la une des médias chez nous, mais sont en revanche omniprésentes dans les journaux, à la radio et à la télévision en Espagne.

Notre voisin pyrénéen, désireux d’exporter son surplus de gaz (il en achète massivement à de nombreux pays), veut mettre en œuvre le gazoduc MidCat, qui doit relier Hostalrich (Catalogne) à la France et prolonger ainsi le réseau gazier qui débute à Almería (Andalousie). L’Allemagne, qui a besoin de nouveaux fournisseurs dans le cadre du conflit entre Russie et Ukraine, soutient l’idée. Pourtant, Emmanuel Macron n’en veut pas et obtient d’ailleurs une annulation pure et simple de l’infrastructure. En échange, il négocie avec Pedro Sánchez et le Premier ministre portugais, António Costa, la construction d’un hydrogénoduc « vert » entre Barcelone et Marseille, le H2Med (d’abord nommé BarMar).

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La crise énergétique en Europe et les problèmes rencontrés par les centrales nucléaires françaises ont, de fait, placé l’Espagne dans une situation d’exportatrice nette d’électricité et de gaz vis-à-vis de la France. Ces débats sont donc plus que jamais d’actualité.

Néanmoins, les disputes bilatérales ne s’arrêtent pas là. Le refus de SNCF Réseau de laisser circuler sur nos voies de chemin de fer les TGV espagnols suscite de nombreuses critiques chez nos amis ibériques. De même, la fermeture de huit points de passage transfrontaliers secondaires dans les Pyrénées (décidée par Paris sans l’aval de Madrid au nom de la lutte contre les trafics, le terrorisme et l’immigration illégale) heurte beaucoup.

Deux dirigeants sur l’échiquier européen

Le traité d’amitié franco-espagnole doit donc être l’occasion d’une réconciliation et, pour la France, d’une diversification de ses alliés au sein de l’Union européenne. Emmanuel Macron a pris ses distances avec …

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La France dans le cœur, le Danemark dans la tête

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La Première ministre du Danemark Mette Frederiksen, le 1/01/23 lors de ses voeux © Mads Claus Rasmussen/AP/SIPA

Ainsi, ce que le petit Danemark a su accomplir pour réguler et maîtriser l’immigration, la grande France en serait incapable?


Ce que ce petit pays a mis en œuvre, contre l’ouverture des frontières à tout-va, au bénéfice de son État-providence, notre grand pays ne serait pas assez intelligent pour s’en inspirer et assez compétent pour le réaliser ? Ou bien doit-on admettre une fois pour toutes que la France « joue désormais en deuxième division alors qu’elle se targue toujours d’être une grande puissance. Dès qu’il y a une crise dans le monde, elle veut jouer un rôle ! Seulement on n’est plus dans le « game » » ? (Je cite ici Jérôme Fourquet, dans Le Figaro).

Ce pessimisme lucide qui s’attache à son rôle international doit-il être généralisé par rapport à tout ce qui menace, en gros, l’identité française et la sauvegarde de son modèle social ? Le Danemark doit-il être notre mauvaise conscience ? Je le crois, je le crains, et c’est à cause d’elle que, si j’ai la France dans le cœur, j’ai le Danemark dans la tête.

Réalisme, pragmatisme et efficacité

Parce que le Danemark nous donne des leçons de réalisme brut, de pragmatisme et d’efficacité. Parce que le réel non seulement ne lui fait pas peur (alors que beaucoup de nos politiques le fuient), mais qu’il ne concevrait pas de ne pas l’affronter dans toutes ses composantes indiscutables, objectives, afin que ses gouvernements puissent contrôler l’immigration et réguler le nombre de réfugiés. La France n’aime pas la réalité qui va ruiner ses illusions. Le Danemark s’est fondé sur elle pour y mettre fin. Le premier pas, capital, a été cette volonté de savoir pour ne pas se payer de mots et bien cibler le mal. Chaque Danois peut par exemple consulter des données de ce type, qui seraient prohibées en France:

  • Faits de violence selon le pays d’origine de leurs auteurs ;
  • Taux d’emploi des personnes ou la part des bénéficiaires de l’aide sociale selon l’origine…

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Ces précisions quantitatives, loin de favoriser un quelconque racisme, le battent en brèche car rien n’est pire que les fantasmes sur lesquels s’accrochent les préjugés et les réflexes d’hostilité.

Il ne faut pas se leurrer: cette politique danoise exemplaire, ferme et constante dans sa rigueur, n’a été rendue possible que parce qu’elle a été validée par une classe politique exceptionnelle de courage et de lucidité. Elle a fait passer l’idéologie, quelle qu’elle soit, derrière l’intérêt national. La gauche, à partir de 2015 et la crise des réfugiés, a accepté une politique d’immigration répressive. La Première ministre Mette Frederiksen, initialement à l’aile gauche du parti social-démocrate, a changé radicalement de logiciel quand elle a constaté comme ministre du Travail puis de la Justice les failles de la politique d’intégration.

Cécité ou acharnement de la gauche française

Imagine-t-on en France un tel unanimisme, une rupture si consensuellement assumée, alors que nous avons la gauche et l’extrême gauche sans doute les plus aveugles et partisanes du monde et un macronisme qui fait exactement le contraire du modèle danois? Des zigzags destinés, malgré d’apparentes évolutions, à maintenir un noyau irréfragable: un humanisme mou ayant peur de ses audaces conjoncturelles et se persuadant que le destin de la France devait se réduire à la lutte contre l’extrême droite qui, sur ce plan, a eu l’immense tort d’avoir raison trop tôt… Quelques mesures emblématiques qui montrent la rigueur danoise à tous les stades du processus d’immigration : de l’arrivée sur le territoire à l’installation en passant par l’accès aux allocations, au travail et au logement :

  • les aides sociales sont conditionnées au suivi de cours de langue et à l’acceptation d’offres d’emploi ;
  • toute peine de prison, même avec sursis, empêche définitivement l’accès à la nationalité danoise ;
  • des plans antighetto créent des zones où les sanctions sont plus sévères ;
  • confiscation des biens des migrants pour financer leurs frais d’accueil ;
  • durcissement du regroupement familial qui n’est pas automatique…

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Pour les citoyens danois, rien que de très normal dans ces décisions et ces contraintes de bon sens. Et je ne doute pas qu’en France, elles seraient approuvées pour peu qu’on cesse de s’opposer par principe à tout ce qui dépasse le champ étroit de sa famille politique. Les résultats ne laisseraient pas le citoyen français indifférent: si nous mettions en œuvre l’efficacité danoise, les demandes d’asile chez nous passeraient de 131 000 (chiffre de 2019) à… 31 000.

Des migrants venus d’Allemagne, sur une autoroute au Danemark, le 9 septembre 2015 © Ernst van Norde/AP/SIPA

La frilosité et les atermoiements de notre pays sont d’autant plus scandaleux que le pouvoir actuel, héritier d’une longue mansuétude, cherche à faire croire qu’il existe d’autres solutions pour maintenir le caractère viable de notre État-providence. Alors que l’alternative est pourtant simple et brutale: l’État-providence dans sa définition équitable et acceptable ou l’ouverture des frontières. À cause de la seconde, le risque de faillite du premier…

Il me semble que le Danemark nous montre la voie de la raison et la force du volontarisme et que la France qui nous touche au cœur ne devrait plus perdre de temps pour s’enrichir de l’une et de l’autre.

(Je n’aurais pas pu écrire ce billet sans la remarquable double page du Figaro avec d’une part l’analyse chiffrée d’Eugénie Bastié et d’autre part l’entretien avec Dominique Reynié, directeur de la Fondapol).

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«Le Trouvère» a trouvé sa prima donna: Anna Pirozzi

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La soprano Anna Pirozzi interprète Leonora © Julian Hargreaves

Le Trouvère de Verdi du 24 janvier au 17 février, à l’Opéra Bastille.


En 1936, dans « Une nuit à l’opéra », perle du septième art, les Marx Brothers se payent la tête de Verdi : il est vrai que par son invraisemblance déchaînée et la déroutante complication de son livret, Il Trovatore se prêtait de façon idéale à ce sabordage hilarant.

Salvatore Cammarano a déjà écrit pour Verdi, quelques années plus tôt, le livret de Luisa Miller, génial opéra tiré du drame de Schiller Kabale und Liebe (Amour et Intrigue), dans la veine intimiste de Verdi deuxième manière.  Le compositeur rumine alors l’espoir d’adapter Le Roi Lear, projet qui n’aboutira jamais. À son librettiste, il va même jusqu’à mander un scénario. Verdi passe à autre chose, écrit rapidement Stiffelio, œuvre mineure. Nous sommes en 1850. L’année suivante, il achève de composer La Maledizione, d’après Le Roi s’amuse, de Victor Hugo, sur un livret de Francesco Maria Piave. Créé en 1851, l’opéra prend le titre de Rigoletto. Donné dans toute l’Italie, puis dans l’Europe entière, Rigoletto rend Verdi riche et célèbre. Tout en pensant déjà à mettre en musique La Dame aux camélias (qui deviendra La Traviata, comme l’on sait), opéra sur lequel il travaillera concurremment, il confie à Cammarano la tâche de plancher sur le matériau d’El Trovador, grand succès de la scène madrilène en 1836, et œuvre majeure du diplomate, dramaturge et homme de lettres espagnol Antonio Garcia Gutiérrez (1813-1884), de l’œuvre duquel Verdi tirera encore un opéra majeur, en 1857 : Simon Boccanegra.

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En attendant, le formalisme de son collaborateur ne laisse pas d’impatienter Verdi, qui presse celui-ci de donner plus de tonus à son adaptation.  Là-dessus meurt Cammarano, brutalement. Verdi, d’ailleurs furieux d’apprendre son décès par hasard, en tombant sur un journal de théâtre, charge alors in extremis un jeune poète napolitain, Leone Emanuele Bardare, de terminer vite fait le livret. Verdi traverse une période déprimante : il vient de perdre sa mère, et s’épuise en tractations avec les impresarios. Gestation douloureuse, en somme, pour ce chef-d’œuvre lyrique où le compositeur déploie une virtuosité sans exemple, dans une profusion mélodique qui fait évoluer le bel canto de façon spectaculaire. Pour produire, enfin, son Trouvère au Teatro Appolo de Rome, il doit, de surcroît, contourner la censure pinailleuse de la cité pontificale. Mais la première, le 19 janvier 1853, est un triomphe.

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À 170 ans de distance, Il Trovatore reste toujours un sommet absolu.  Ce en dépit des obscurités de son intrigue, qu’on reprochera tant à Verdi ! Le Trouvère a failli s’appeler « La Gitane », ou « Azucena », du nom de la bohémienne animée de pulsions vengeresses, qui est au cœur du drame. L’action se situe dans la province aragonaise, au nord de l’Espagne, au début du XVe siècle.  Le comte de Luna se fait raconter l’histoire de son frère cadet, nouveau-né sur lequel une   bohémienne, accusée de lui avoir jeté un sort, fut mise au bûcher, mais dont la fille, pour venger sa mère, enleva l’enfant, jamais retrouvé ! Second tableau, la dame d’honneur de la princesse d’Aragon, Leonora, confie aimer un trouvère mystérieux, tandis qu’elle est aimée par le Comte de Luna, dans les bras duquel, trompée par l’obscurité, elle tombe en croyant embrasser son Trouvère, le vaillant Manrico, par ailleurs adversaire de Luna dans la guerre civile qui fait rage. S’ensuit un duel entre les deux rivaux. Le second acte nous porte dans un campement gitan, où la vieille Azucena, en tête à tête avec Manrico, raconte comment sa mère à elle, brûlée vive, l’a appelée à la vengeance, comment elle-même a, dans sa confusion mentale, jeté son propre fils au bûcher. Mais alors, Manrico n’est-il pas l’enfant d’Azucena ? Mais pourquoi Manrico s’est-il inexplicablement retenu d’occire Luna ? Leonore, croyant Manrico mort au combat, va entrer au couvent. Luna veut l’enlever, mais elle tombe dans les bras de Manrico, qui surgit bien vivant à la tête de ses partisans, et s’enfuit avec elle. Au 3ème acte, le conte de Luna assiège la forteresse de Castellor défendue par Manrico. On amène la captive Azucena à Luna, laquelle révèle être la mère de Manrico, qui prépare son mariage avec Leonora. L’acte 4 nous apprend que Manrico, prisonnier à son tour, attend le supplice aux côtés d’Azucena. Désespoir de Leonora qui, pour sauver son gitan de la potence, fait mine de s’offrir à Luna, non sans avoir avalé en secret un poison mortel. Manrico a compris le sacrifice de son aimée. Luna, sachant qu’il a perdu Leonora, ordonne d’exécuter illico Manrico. Azucena révèle alors à Luna que Manrico était son frère : la voilà vengée !  On ne saurait faire plus sobre, dans le genre.  

Ce romantisme débridé trouve son expression dans une suite ininterrompue d’arias sublimes, de chœurs magnifiques, de duos à tomber. Créée à Amsterdam en 2015 et entrée l’année suivante à l’Opéra de Paris, cette production, signée du célèbre scénographe barcelonais Alex Ollé, pape de la compagnie La Fura dels Baus, et reprise en 2018, a souffert d’une annulation en 2020 pour cause de pandémie. Cette nouvelle reprise est un événement. Ollé choisit de transposer l’intrigue dans un climat incandescent et crépusculaire où les échos de la Grande guerre s’impriment dans les uniformes vert- de-gris d’une soldatesque casquée à l’allemande, tandis que s’enfonce et surgit du plateau un appareillage de monolithes de pierres – tout à la fois tombales et castrales – savamment douchés d’ombres et de lumières, dans un chromatisme raffiné. L’ineffable beauté plastique de ces perspectives minérales, redoublées en profondeur par un effet réfléchissant, l’intelligence des costumes, tout à la fois évocateurs, réalistes et désancrés d’une histoire trop clairement littérale, trouvent leur contrepoint dans une distribution de très haute volée : à commencer par Anna Pirozzi. 

Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

En décembre dernier, à l’Opéra-Bastille déjà, la soprano napolitaine avait remplacé au pied levé Anna Netrebko, souffrante, dans La Force du destin.  Anna Pirozzi triomphe décidément dans l’emploi de cette autre « Leonora » : articulation parfaite, timbre voluptueux et habité. Dans le rôle de Manrico, le ténor azerbaïdjanais Yusif Eyvasof (mari d’Anna Netrebko au civil) fait véritablement, et à raison, chavirer le public. La mezzo roumaine Judit Kutasi, pour sa première prestation à l’Opéra de Paris, campe une Azucena vocalement fabuleuse. Le baryton canadien Etienne Dupuis incarne quant à lui un Conte de Luna rageur, d’une exceptionnelle densité. Au pupitre, Carlo Rizzi, qu’on avait vu diriger avec une grâce infinie en avril dernier Cendrillon, de Massenet, et sous la baguette duquel, à présent, les volutes verdiennes prennent une amplitude, une rondeur, une délicatesse remarquables. 

La première s’est achevée dans la liesse, sous un tonnerre d’applaudissements et de bravos. Mérités plus que jamais. De toute évidence, Il Trovatore est LE spectacle lyrique à ne pas manquer, cet hiver, à Paris.        

Il Trovatore/ Le Trouvère. Opéra en quatre parties de Giuseppe Verdi (1853). Direction Carlo Rizzi. Mise en scène Alex Ollé (La Furia dels Baus).  Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Anna Pirozzi, Quin Kelsey, Judit Kutasi, Yusif Eyvazov… Opéra-Bastille, les  24, 27 janvier, 2, 8, 11, 14, 17 février à 19h30 ; le 5 février à 14h30. Durée : 2h55