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Jeudi noir: Macron royalement indifférent

Un président à rebrousse-poil

Jeudi noir: Macron royalement indifférent
Le président Macron auprès du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, Barcelone, 19 janvier 2023 © SOPA Images/SIPA

Emmanuel Macron ne surprend plus, il déçoit…


Un article récent du Parisien titré : Emmanuel Macron, la stratégie de l’effet de surprise permanent analysait la volonté du président de “prendre de court ses ministres et les administrations” pour les confronter à “une pratique déstabilisante mais totalement assumée”. Cette dernière n’a-t-elle pas révélé ses limites ?

Le 18 janvier, lors du Conseil des ministres, Emmanuel Macron dénonce “les contrevérités et les mensonges” des socialistes en rappelant la réforme de Marisol Touraine et les 43 années de cotisations.

C’est plus calme de l’autre côté des Pyrénées

Puis le 19 – la journée organisée contre le projet de réforme des retraites a été suivie massivement au-delà même des espérances syndicales -, il s’est trouvé à Barcelone en Espagne, avec quelques ministres, pour le sommet France-Espagne et signer un accord d’amitié franco-espagnol dont la date aurait sans doute pu être déplacée même si le rendez-vous était pris depuis l’automne. Olivier Dussopt, le ministre du Travail, était resté, lui, à Paris. Le président aura eu tout de même le temps de disserter sur la littérature dans un quotidien avec un écrivain espagnol : “la littérature il n’y a que ça de vrai” ! Cette affirmation n’imposait aucune précipitation…

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Philippe Martinez souligne bien sûr que pour le président “ç’aurait été le moment de rester en France”. Mais il lui fallait surprendre et afficher une sorte d’indifférence royale et de décalage condescendant à l’égard de ce qui allait se dérouler dans notre pays et qui était un moment capital. Pour résumer ma pensée, rien de plus lassant, telle une perverse prévisibilité, que cet “effet de surprise permanent” qui donne le tournis au citoyen et lui fait regretter la stabilité, même avec leurs humeurs, de certains de ses prédécesseurs, par exemple Georges Pompidou il y a 50 ans, avec la synthèse qu’il avait su accomplir entre majesté et simplicité.

On pourrait reprendre beaucoup des actes et des interventions passés du président, quelle que soit leur tonalité, et on constaterait à quel point la politique du “en même temps” ne l’a jamais été en réalité, dévoyée par des embardées successives et contradictoires moins fondées sur un souci de plénitude que par un opportunisme cousu souvent de démagogie. Avec d’ailleurs une très médiocre intuition de ce à quoi aspire le sentiment populaire.

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Notamment, dans un domaine qui m’est cher, quand affichant parfois son soutien aux forces de l’ordre, il éprouve aussi le besoin de se mêler de l’affaire Michel Zecler avec une précipitation dont il aurait dû se défier. Mais, pour lui, la parole présidentielle n’est pas destinée à dire le vrai, et donc souvent à se retarder, voire à s’abstenir, mais à causer un choc : comme il est bien ce président qui prend les devoirs de sa mission à rebrousse-poil !

Oui, on voudrait un président normal

Ces superficialités multiples se succédant pour surprendre, comme si la nouveauté exemplaire d’un pouvoir devait se nicher dans ces coups d’éclat, dans cette affirmation de soi comme seul dénominateur d’entreprises et de propos disparates, donnent l’impression que le président endosse les convictions comme autant de costumes et que, s’il sait être brillant, il n’est jamais rassurant. La surprise permanente est un leurre. La déception qui en résulte peut être durable, tenace, définitive. On a toujours tort de fuir la normalité présidentielle, qui n’a rien à voir avec le concept développé par François Hollande. Pour moi, une authentique normalité présidentielle serait de savoir apposer sur la France et donc, par son entremise, sur le monde, une vision de simplicité vraie, de justice irréfutable et de courage admiré. Utopie ?


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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