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Causeur: Tous retraités! Le dernier rêve français

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Découvrez le sommaire de notre numéro de février


Que l’on soit pour ou contre la réforme des retraites, il faut – comme le dit Elisabeth Lévy en présentant notre dossier – « essayer de comprendre ce que ce refus quasi unanime de travailler (un peu) plus dit de nous ». La contestation massive de cette réforme traduit non seulement le désenchantement des Français à l’égard d’une démocratie représentative qui ne fabrique plus de légitimité, mais aussi notre addiction à la dépense publique. Devenus un peuple d’ayants droit, nous nous adonnons aux délices d’un individualisme financé par l’État. En oubliant que l’État, c’est les autres. Pierre Vermeren retrace l’histoire de ce désamour du travail de la part des Français. Durant des siècles, ils ont été libres de développer leur intelligence pour travailler. Mais depuis quelques décennies, les élites liquident l’industrie et l’agriculture au bénéfice de la bureaucratie. En même temps, elles accompagnent le désastre de l’École et permettent la transformation de nos jeunes en purs consommateurs électroniques, addicts de réseaux sociaux, de jeux en ligne et de pornographie numérique. Joseph François explique comment notre protection sociale, à l’origine un système d’assurance universelle, est devenue une forme d’assistanat. Si vous ne voulez pas vivre trop vieux sur le dos des jeunes, inspirez-vous de l’exemple de Cyril Bennasar. Son programme se résume en deux mots: travailler et mourir. Selon l’enseignant à Sciences Po et HEC, Julien Damon, interviewé par Gil Mihaely, nous payons aujourd’hui la décision du gouvernement Mauroy, il y a 40 ans, de faire passer l’âge de départ à la retraite de 65 à 60 ans. Tant que ce dernier ne sera pas indexé sur l’espérance de vie, les réformes sont appelées à se répéter en vain.

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Philippe d’Iribarne rappelle l’importance de la notion d’honneur pour le travailleur français, notion qui est de moins en moins prise en compte par les entreprises et les autorités publiques. Si le travail n’occupe plus une place centrale dans la vie des Français, le directeur général de l’IFOP, Frédéric Dabi, se confiant à notre directrice de la rédaction, insiste sur le fait que ces derniers croient encore suffisamment à la valeur travail pour voir d’un mauvais œil les inactifs vivant du RSA. Que pense-t-on dans la France périphérique et à l’étranger ? Sophie Rierba a enquêté à Épernon et Dreux en Eure-et-Loir, tandis que Georgia Ray nous explique les dysfonctionnements du système espagnol. La figure mythique du travailleur, incarnant le dynamisme collectif au siècle dernier, n’existe plus, regrette Françoise Bonardel. Mais nous sommes tous un travailleur d’un type ou d’un autre : pour connaître votre profil, prenez le test – d’une fiabilité irréprochable – proposé par Céline Pina.

© Causeur

Dans son éditorial du mois, Elisabeth Lévy analyse le dixième rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le baromètre Viavoice réalisé pour accompagner sa publication. À lire ces documents catastrophistes, on pourrait croire qu’il s’agit, non de la France, mais de l’Iran ou l’Afghanistan. La raison en est le « confusionnisme délibéré créé par le terme « sexisme », improbable fourre-tout qui met sur le même plan la séduction et la violence, la goujaterie et la discrimination, la différence et l’égalité ». Jean-Michel Delacomptée poursuit sa défense de la cause des hommes en pointant les inégalités homme-femme en matière d’espérance de vie et de santé, inégalités qui favorisent les femmes mais qui sont largement ignorées par les retraites. Emmanuelle Ménard raconte sa vie à l’Assemblée, entre le retour d’Adrien Quatennens et l’échec d’une proposition pour rendre obligatoire le port d’un uniforme scolaire. L’équipe de nos chroniqueurs comprend désormais l’ex-dirigeant communiste, Olivier Dartigolles, qui, dans « Coup de rouge », nous promet de la pugnacité. Le prince Harry a publié un best-seller – à défaut de l’avoir écrit lui-même. Je mets à nu les mobiles derrière sa campagne de dénigrement de la maison des Windsor : jalousie fraternelle, cupidité et manipulation wokiste. A ceux qui déclarent que les pertes en chars des Russes montrent que cette arme a fait son temps, Gil Mihaely répond que non : le problème relève de l’erreur humaine plus que du matériel. Cet outil demeure essentiel sur un champ de bataille. Le Monde, ce quotidien dit « de référence », censé être le plus objectif possible, est plus que propalestinien, selon Benjamin Goldnadel. Benjamin Barthe, son rédacteur en chef adjoint pour l’étranger et correspondant au Proche-Orient, verse beaucoup plus dans le militantisme que le journalisme. Son épouse, Muzna Shihabi, défend ouvertement le nationalisme palestinien le plus extrême. Si le nouveau film d’Omar Sy est un film de guerre, nous explique Nicolas Levine, c’est parce qu’il fait la guerre à l’histoire et aux Français, coupables d’avoir été de méchants Blancs colonisateurs. Sarah-Louise Guille nous parle du projet de tramway à Marseille, une fausse bonne idée qui vise à relier le centre-ville aux quartiers « sensibles ». Dans le domaine de l’éducation, Sami Biasoni révèle les ravages provoqués par l’égalitarisme wokiste dans l’université suédoise, pendant que Jean-Paul Brighelli félicite Pap Ndiaye de recommander la pratique quotidienne de la dictée. Etant donné l’état actuel de l’École, Brighelli craint que ce ne soit qu’un sparadrap sur un cadavre.

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Cette année voit le 50 e anniversaire de la mort de Picasso. Pourtant, il est devenu difficile de lui rendre hommage, car c’était un homme et – pire encore – un homme à femmes. Heureusement, selon Georgia Ray, certaines des expositions qui lui sont consacrées échappent au contrôle des professionnels de la vertu. Franco-américain lui-même, Harold Hyman s’enthousiasme pour l’exposition « Art déco, France / Amérique du Nord » à la Cité de l’architecture qui célèbre non seulement l’interfécondation des deux cultures mais aussi les rapports entre l’art et la technologie. La chanteuse et comédienne, Marie-Thérèse Orain, se confie à Yannis Ezziadi. Témoin privilégié du Paris des cabarets et des music-halls, elle a connu les plus grands et les derniers feux d’une époque bénie pour la chanson française. Quant au roman français, il n’est pas mort. C’est le verdict du docteur Jérôme Leroy qui en a pris le pouls en lisant les dernières publications de Laurent Quintreau et Julien Leschiera. Celui qui est bien mort (en 2016), c’est Leonard Cohen, mais une nouvelle biographie – saluée par Sophie Bachat – le fait revivre. De toute façon, ses chansons sont immortelles. Quant au cinéma français, Jean Chauvet trouve que La Grande Magie de Noémie Lvovsky mérite son nom, tandis que le nouvel Astérix et Obélix de Guillaume Canet ne mérite que le rayon des fruits et légumes, dans le bac des navets bon marché. Gardons les plus tendres pour la fin ! Ivan Rioufol dénonce les « parvenus du progressisme » qui « crachent sur les « ploucs » et les « beaufs » suspects d’être attachés à leur mémoire collective ». Il faut compter sur « le lent réveil de la France profonde et silencieuse. Pourvu qu’elle n’arrive pas trop tard ! » Marsault nous montre le « plouc » ou « beauf » en question, celui que détestent les mondialistes, qui se fait dépouiller par les politiciens, par les immigrés et enfin par les journalistes – ceux de la gauche progressiste, bien entendu !

Leonard Cohen

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ChatGPT, la Grande Peur de Sciences-Pipeau

Sciences-Po vient d’interdire l’usage de ChatGPT, l’application qui permet à tous les empêchés de la plume ou du clavier de produire en un temps record des textes bourrés d’idées reçues — de crainte sans doute, persifle notre chroniqueur, que l’on ne distingue pas les produits de l’Intelligence Artificielle et ceux de nos futurs énarques.


David Cayla, un économiste qui ne dit pas que des âneries, s’est fendu d’un tweet ravageur dès qu’il a appris que Sciences-Po avait décidé d’interdire à ses élèves l’usage de ChatGPT. « La stricte interdiction de #ChatGPT à Sciences Po révèle que cette école se sent menacée par une IA qui est capable de construire de belles phrases à partir de tout sujet, sans comprendre de quoi elle parle, et en faisant régulièrement des erreurs grossières. » Et toc.

Rappel des faits pour ceux qui sortent à peine de leur grotte d’hibernation. Chloé Woitier, journaliste Tech au Figaro, vous explique en direct live ce qu’est cette application : la capacité à générer du texte — sans grand souci d’originalité et avec une capacité réelle d’erreurs grandioses — à partir de cohortes de mots et de phrases mis en mémoire. En fait, il s’agit de ce que l’on appelle en rhétorique un texte-centon, fabriqué à partir de collages de citations. Vous en avez un joli exemple ici.

Une chance pour les tire-au-flanc

Rien de nouveau — si ce n’est la capacité à produire un résultat de façon quasi instantanée. Voilà qui nous arrange bien, se disent déjà les élèves peu besogneux qui s’aperçoivent à 7 heures du matin qu’ils ont une dissertation-maison à rendre à 10 heures. En gros, le résultat vaut une petite moyenne.

A lire aussi, du même auteur: 64 ans, un horizon déjà largement fictif

Laurence Plazanet, professeur de littérature à l’université de Clermont-Auvergne, note que « nourri de la vaste littérature disponible sur la toile, littérature qu’il remâche suivant des algorithmes statistiques et probabilistes aptes à se reprogrammer eux-mêmes, dit-on, selon des procédures que cessent de maîtriser leurs programmeurs initiaux, ChatGPT patauge dans le prêt-à-penser. » Et d’ajouter : « Pas un instant ce robot éclairé ne pense. »

Intelligence artificielle, un oxymore

Comprenons bien que ces deux mots, « intelligence artificielle », sont ce que l’on appelle en stylistique un oxymore — une contradiction en soi. Comme « obscure clarté », « nuit blanche », « homme fidèle » ou « femme intelligente »…

(C’étaient les exemples que je citais en cours pour expliquer l’oxymore. Protestations immédiates des uns et des autres, comme vous l’imaginez, mais du coup, par l’exemple provocateur, la notion s’ancrait dans les mémoires.)

Ce qu’il y a d’intelligent dans la machine y a été mis par des hommes. Lorsqu’un ordinateur vous bat aux échecs, c’est que vous êtes moins fort que la cohorte de grands maîtres qui l’ont programmé — ce qui est assez logique.

Que Sciences-Pipeau s’en émeuve est en revanche très inquiétant — et très drôle : les grandes intelligences qui nourriront les ministères et parviendront peut-être un jour au sommet (pensez, François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin appartenaient à la même promo de l’ENA) se sentent menacées par un robot qui mécaniquement débite des platitudes. « Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on n’pense pas, Monsieur, on n’pense pas », chantait Brel. La machine à débiter des lieux communs, dont Flaubert s’est si ardemment moqué dans le discours du sous-préfet (c’est dans Madame Bovary) vous est désormais accessible.

Des inquiétudes injustifiées

ChatGPT n’est pas capable de rédiger une dissertation crédible. Un enseignant un peu rodé repère immédiatement les copiés-collés que les étudiants pressés vont cueillir sur le Net (c’est simple, il n’y a soudain plus de fautes d’orthographe), et ne met pas cinq secondes pour en identifier la source. 

Il est encore moins capable de rédiger une thèse — le plus simple étant d’aller copier une thèse déjà écrite : en 2013 déjà une ministre allemande a été déchue de son doctorat (rendu 33 ans auparavant) parce qu’il avait été pompé sur un travail antérieur. Deux ans auparavant c’était le ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, qui s’était vu dénoncé pour un plagiat similaire dans sa thèse de Droit. 

A lire aussi: Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

Et ChatGPT ne saurait pas non plus écrire un roman original. Ne vous avisez pas de le lui demander : au pire, il vous arrivera ce qui est arrivé jadis à Thierry Ardisson, dont le nègre indélicat est allé chercher un récit des années 1930 pour Pondichéry, un roman publié en 1994. Et les héritiers de l’auteur véritable ont porté plainte. Ardisson m’avait confié dans les coulisses d’une émission qu’il avait été « con » de ne pas vérifier. Mais en 1994 c’était moins facile qu’aujourd’hui, où tout se sait à la vitesse de la Toile.

La rumeur de la rue Saint-Guillaume

Que la rumeur d’un robot doué d’une vraie intelligence ait si vite enthousiasmé les commentateurs et effrayé les enseignants témoigne de notre candeur et de notre incapacité à comprendre ce qui fait l’originalité d’un travail. Ou, plus inquiétant, de notre aspiration à la paresse.

Rassurons-nous : HAL 9000 (ou Carl 500, dans la version française, pour Cerveau analytique de Recherche et de Liaison), l’ordinateur rebelle de 2001 l’Odyssée de l’espace, n’est pas pour demain.

Une preuve ? J’ai demandé à ChapGPT de répondre à cette question simple : l’IA va-t-elle remplacer l’intelligence humaine ? Et le robot m’a répondu : 

« Non, l’IA ne remplacera pas complètement l’intelligence humaine. L’IA est un outil qui peut être utilisé pour augmenter les capacités humaines et faciliter certaines tâches, mais elle ne peut pas remplacer la conscience, la créativité et l’empathie qui sont uniques à l’intelligence humaine. » Plus plat, tu meurs. On dirait de l’Annie Ernaux. 
Et le fait est que si vous supprimez de votre conversation « la conscience, la créativité et l’empathie », vous êtes bon pour être un parfait étudiant de Sciences-Po, un parfait énarque en devenir, et très probablement un excellent président de la République.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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La potion n’est plus magique, mais amère

Invité sur RTL, pour la sortie de Astérix et Obélix: l’empire du Milieu, Guillaume Canet s’inquiète: « Tout le monde est conscient que si ce film ne fonctionne pas, il n’y aura plus de films [à gros budget NDLR] en France ». Il supplie le public d’aller en salles demain voir la superproduction à 65 millions d’euros. Malheureusement, le film de Canet ne peut que frustrer les amoureux des Gaulois. Ce film « moderne, dans son temps », présente des blagues qui ne sont pas à la hauteur du mordant originel de Goscinny. La potion n’est plus magique, mais amère. Létale pour le cinéma français ?


Affiche officielle

Le coup du menhir !

Le pauvre Goscinny risque de se retourner dans sa tombe à la vision de ce calamiteux nouvel épisode cinématographique des aventures de ses héros gaulois. Rien ne va, à commencer par un Gilles Lellouche qui flotte littéralement dans les larges habits du géant Obélix. Suivent un scénario sans intérêt, des gags qui tombent à plat, une surabondance d’effets numériques. Les seules répliques du film qui prêtent à sourire sont des citations pures et simples de dialogues d’Audiard. Ce qui est un comble.

A lire aussi: Comme Fabrice Luchini, aimerions-nous être de gauche?

Cerise sur ce gâteau indigeste, la description de la Chine est d’une platitude absolue : où est donc passée la causticité originelle ?

Canet doit viser le marché asiatique et fait profil bas. Tant de moyens déployés pour un résultat aussi indigeste : la potion n’est plus magique, mais amère.

Astérix et Obélix : l’empire du Milieu, de Guillaume Canet, dans les salles le 1er février.

Qatargate: les Britanniques jubilent

Quand les truculentes malhonnêtetés de membres du Parlement européen sont révélées, les Brexiters se délectent.


L’affaire de corruption au sein du Parlement européen prend de plus en plus d’ampleur. Sans surprise, cela réjouit le cœur des Brexiters et attire même les critiques des médias de gauche outre-Manche. Rappelons le premier acte de cette tragi-comédie. Le 9 décembre, suite à des perquisitions, la police belge saisit 1,5 million d’euros en liquide et procède à l’arrestation de Éva Kaïli, socialiste grecque, vice-présidente du Parlement européen, son compagnon Francesco Giorgi, assistant parlementaire, et Pier Antonio Panzeri, ancien eurodéputé socialiste. Quelques jours plus tard, le quotidien, The Daily Mail, s’en délecte en évoquant – photos glamour à l’appui – la vie de jetsetteurs du couple qui aurait mené grand train.

Le même jour, Nigel Farage, grand promoteur du Brexit et aujourd’hui chroniqueur vedette de la chaîne d’infos GB News, s’enflamme dans son émission. Celui qui avait lui-même fait l’objet d’accusations de corruption quand il était eurodéputé peste: « cette affaire, c’est le « bouquet ! » » (« this takes the biscuit »).

Une semaine plus tard, il renchérit : « le fait est, que les gros bonnets de l’UE ont construit un corps de politiciens et de bureaucrates qui constituent ce qui est, en fait, une classe à part. Et en créant cette élite, les pontes de l’UE se sont inspirés de l’aristocratie des bureaucrates les plus doués au monde : les Français ». Entretemps, le quotidien de gauche, normalement pro-européen, The Guardian, avait semblé abonder dans le sens des Brexiters, commentant : « Pourtant, quoi qu’il arrive, le scandale nuira à l’Union européenne, qui aime faire la leçon au monde sur les valeurs démocratiques, y compris les normes de la vie publique. Cette tendance à distribuer des leçons de morale ne se limite pas au Parlement. La Commission européenne s’y complait tout autant. Demandez à la Hongrie, à la Pologne – ou au Royaume-Uni ».

A lire aussi: L’Union européenne ou l’art de se tirer une balle dans le pied

Le deuxième acte est intervenu le 17 janvier, quand le parquet fédéral belge a annoncé que Panzeri, qui a effectué trois mandats au Parlement européen, avait signé un « accord de repentance » et s’était engagé, en contrepartie d’une réduction de peine, à partager des informations « substantielles » avec les enquêteurs. Le lendemain, son avocat a confirmé l’implication du Qatar et du Maroc dans le scandale de corruption, tout en niant que son client soit le cerveau de l’opération. « M. Panzeri avoue avoir participé activement à des actes de corruption en lien avec le Qatar et le Maroc, avoir été corrompu et avoir corrompu lui-même d’autres personnes ». Prétextant le secret de l’instruction, il a refusé toutefois de confirmer si d’autres pays étrangers étaient impliqués. Or, le 20 janvier, le site en ligne de la revue allemande, Der Spiegel, a publié un reportage détaillé et accablant sur l’affaire après avoir consulté les 1300 documents officiels de cette enquête internationale. Le groupe auquel Panzeri appartenait – ou qu’il dirigeait – a pu bénéficier pendant des années de pots-de-vin du Qatar et du Maroc, mais aussi de la Mauritanie et peut-être de l’Arabie Saoudite. Selon l’eurodéputée allemande écologiste, Viola von Cramon, plusieurs pays ont systématiquement acheté de l’influence au Parlement – non seulement le Qatar et le Maroc, mais aussi la Russie, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Les eurodéputés ne sont pas au bout de leurs peines.

Au moment où la présidente du Parlement, la Maltaise Roberta Metsola, présentait son plan d’action en 14 points pour lutter contre la corruption, la nouvelle est tombée qu’elle n’avait pas déclaré dans les temps 125 des 140 cadeaux qu’elle avait reçus entre février et novembre 2022. Pendant le même temps, d’autres eurodéputés se sont empressés de déclarer des cadeaux, dont certains aussi importants que des voyages internationaux, qu’ils avaient oublié de mentionner avant la date limite. Sans surprise, un autre tabloïd britannique, The Daily Express, n’a pas hésité à jubiler. En tant que présidente, Mme Metsola n’est cependant pas obligée officiellement de faire de telles déclarations et le fait seulement selon une coutume – explication qui n’est toutefois pas de nature à dissiper les soupçons dont le système parlementaire européen fait désormais l’objet.

Que les Brexiters et d’autres au Royaume-Uni pavoisent est peut-être quelque chose de banal. Le problème, cette fois, c’est que leurs critiques, doutes et railleries au sujet de l’UE semblent, au moins en partie, justifiés.

«Sensitivity readers»: bienvenue dans le meilleur des mondes littéraires

Le wokisme déploie son emprise sur l’édition en France. Aux États-Unis, rares sont les maisons d’édition qui résistent encore aux nouveaux ayatollahs, en conséquence de quoi la littérature américaine s’appauvrit et ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines littéraires et de récriminations victimaires…


« La littérature, c’est cette barque sur les houles nocturnes dont rêve Céline sur sa fin. L’embarquement. L’esquif ! Le bateau chargé des meutes humaines, prêt à appareiller, à quitter les rives pour, sur le Styx, s’éloigner » Philippe Muray.

Comme la plupart des cochonneries wokistes, celle-ci nous vient encore des États-Unis d’Amérique. Les « sensitivity readers » se multiplient de l’autre côté de l’Atlantique, expurgent des livres anciens ou contraignent des auteurs contemporains à revoir leurs ouvrages afin de « n’offenser personne » et d’éviter des accusations de racisme, de sexisme, de « validisme » ou de grossophobie. Cette nouvelle censure est en train de s’installer chez nous.

Un vaste toilettage idéologique est en cours

Il y a quelques années sont d’abord apparus des « sensitivity readers » (ou « lecteurs de sensibilité ») pour les livres pour la jeunesse. Celle-ci avait été jusque-là confrontée à des abjections que le nouveau monde allait s’efforcer d’effacer : un prince embrassant une Belle au bois dormant sans son consentement, des personnages antipathiques avec la peau rouge ou noire, des femmes méchantes comme des sorcières, ou des handicapés, pardon, des « personnes en situation de handicap » hypocrites ou menteuses – les associations représentant les « minorités » dénoncèrent les « stéréotypes » ou les « offenses » faites aux femmes, aux Amérindiens, aux Noirs, aux sourds, etc. Depuis, les livres d’enfants, mais aussi les bandes dessinées et les films d’animation, subissent une grande opération de toilettage idéologique.

À lire aussi: Mince! Un premier roman sur la grossophobie

Quand l’opération en question s’avère trop compliquée, on interdit carrément les œuvres. C’est ainsi que, suite à la plainte d’une mère d’un élève métissé, Huckleberry Finn de Mark Twain et Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee ont été retirés des écoles de Virginie au motif qu’on y trouvait à de nombreuses reprises ce que les Américains appellent maintenant, novlangue oblige, le « n-word », c’est-à-dire le mot « nigger » (nègre). Incapables de contextualiser le vocabulaire d’une époque, incultes, les associations qui soutinrent cette mère dans son « combat » ignoraient apparemment que les deux livres incriminés, en plus d’être des chefs-d’œuvre littéraires, mettent souvent en relief les difficultés sociales des Noirs américains descendants d’esclaves et dénoncent le racisme.

Les dix petits nègres renommés Ils étaient dix

Le temps est venu de nettoyer la littérature, toute la littérature. L’ancienne et la nouvelle. Le plus célèbre des romans d’Agatha Christie ne s’intitule plus Les dix petits nègres mais Ils étaient dix. Les plus prestigieuses universités américaines et anglaises caviardent les livres de leurs bibliothèques ou ajoutent des notes pour prévenir de l’aspect « offensant », supposément raciste, sexiste ou LGBTphobe de tel passage de tel livre. Sous la pression des lobbies, les maisons d’édition américaines embauchent de plus en plus de « sensitivity readers », de crainte de subir la vindicte des groupes de pression ou, pire, de se retrouver devant les tribunaux. Si Tocqueville avait bien senti ce qu’il allait advenir de cette démocratie égalitaire jusqu’à la pointe des cheveux et peu encline à laisser un peu de liberté s’échapper du filet égalitariste – « L’Inquisition n’a jamais pu empêcher qu’il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L’empire de la majorité fait mieux aux États-Unis : elle a ôté jusqu’à la pensée d’en publier » [1] – il ne pouvait imaginer que cette majorité allait se fragmenter en minorités wokistes se disant chacune victime, opprimée, exploitée depuis la nuit des temps par un ennemi commun : l’homme blanc hétérosexuel. Après avoir obligé les médias, les universités et les bibliothèques au nettoyage des œuvres les plus anciennes, ces minorités préparent le terrain idéologique pour une prochaine littérature synthétique, chimiquement et wokistement pure. Aux États-Unis, rares sont les maisons d’édition qui résistent aux nouveaux ayatollahs, en conséquence de quoi la littérature américaine s’appauvrit et ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines littéraires et de récriminations victimaires.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Espèce de sale BD!

Les « lecteurs de sensibilité » arrivent en France. Cela se fait insidieusement, par petites touches, comme d’habitude. La décolonialiste Maboula Soumahoro, après avoir fait une partie de ses études à New-York et dénoncé le fait qu’elle était en France « un corps noir évoluant dans une société aveugle à la race », a développé la notion de « charge raciale ». Elle a donc été sollicitée et rémunérée pour aider au choix de la meilleure traduction possible (c’est-à-dire n’offensant ethniquement personne) pour le titre du livre de la romancière américaine Daphne Palasi Andreades, Brown girls, devenu, dans la novlangue éditoriale, Les filles comme nous. Dans Le Monde, Maboula Soumahoro considère que cela relève d’une question de « bon sens, d’honnêteté et de recherche de qualité ». Non, cela relève de ce qu’on appelle le wokisme, ici de son versant racialiste. Et cela n’a rien à voir avec le bon sens ou l’honnêteté qui, eux-mêmes, n’ont rien à voir avec la littérature.

La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA

On ne relit que pour votre bien

En tout cas avec ce que nous, nous entendons par littérature. Cela ressemble assez, en revanche, à la conception déconstructiviste mise en avant par l’écrivain Laura Nsafou, relectrice sensible, très sensible à ses heures perdues, dans les colonnes des inénarrables Inrocks: « L’idée est simplement de veiller à ce qu’il n’y ait pas de propos sexistes, racistes, homophobes ou validistes dans un roman. Si des personnes estiment qu’une œuvre va perdre en qualité parce qu’il n’y a pas de propos discriminants dedans, on se demande quelle littérature ils défendent. » Nous, ce que nous nous demandons, c’est si Mme Nsafou sait ce qu’est la littérature, si elle sait faire la distinction entre un roman et un livre de rééducation politique. Apparemment, non. Idem pour une dénommée Cordélia, « autrice et youtubeuse » spécialisée dans la littérature LGBT (sic), qui écrit (mal) dans les mêmes Inrocks : « Le monde de l’édition est très uniforme, très privilégié, très blanc, très hétéro, très cisgenre. Leur avis est supposé objectif, alors que celui des minorités serait biaisé par leur expérience personnelle. Le sensitivity reading est au final une aide pour les auteur·ice·s ne vivant pas les discriminations et oppressions sur lesquelles ils et elles écrivent. » En Chine maoïste, les Gardes rouges considéraient que le monde des intellectuels et des universitaires était trop uniforme, trop privilégié, trop conservateur, trop ignorant des discriminations et des oppressions que le peuple chinois avait subies sous les prédécesseurs du Grand Timonier. Ces révolutionnaires « aidaient » les écrivains et les intellectuels en les rééduquant d’une manière infiniment plus brutale que nos « sensitivity readers » qui se contentent de censurer en corrigeant, en javellisant, en expurgeant les œuvres – mais le principe totalitaire est le même.

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Dans le roman de Patrice Jean, L’homme surnuméraire, après avoir réduit Voyage au bout de la nuit à « une plaquette d’à peine vingt pages, dont le contenu guilleret, printanier et fleuri, n’aurait pas choqué les séides les plus soumis au politiquement correct », un des personnages invente le verbe « céliner ». « Lorsque Beaussant m’informait qu’il avait céliné une œuvre, c’est qu’il n’en restait, dans le volume et dans l’esprit, presque rien », écrit le narrateur.

L’auteur, facétieux, imagine de nouvelles collections : « Littérature humaniste », « Belles-Lettres égalitaires » ou « Romances sans racisme ». C’est ce vers quoi, dans la vie réelle cette fois, nous allons tout droit. Expurgés, nettoyés, wokisés à mort, de prochains romans de qualité médiocre ne pourront se vanter que de « n’offenser personne ». Ce sera doux comme du papier toilette, aussi ennuyeux que le dernier Ernaux (Le jeune homme, aussi soporifique que les précédents ouvrages de notre commissaire politico-littéraire, présente toutefois l’avantage, sans avoir été « céliné », de ne comporter que 28 pages), politiquement irréprochable, littérairement abominable, mais cela plaira, il y aura des lecteurs pour ça ; on peut même craindre qu’il y aura de plus en plus de lecteurs pour ça – l’Éducation nationale et les médias avides de vide y travaillent. Un jour, adviendra réellement le meilleur des mondes littéraires, un monde lisse, inoffensif et uniforme destiné à des individus Deltas heureux, « sans émotions violentes », ignorant Othello, la mort, « la passion et la vieillesse », et disposant du soma (la drogue) pour surmonter les rares moments de vague à l’âme [2]. Dans ce monde néantisé, comment pourrait encore subsister ce que nous, nous appelions littérature ?

De la démocratie en Amérique

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[1] Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Éditions Garnier-Flammarion.

[2] Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, Éditions Pocket.

Comme Fabrice Luchini, aimerions-nous être de gauche?

L’acteur Fabrice Luchini, histrion génial, assure dans les colonnes du Parisien avoir échoué à l’examen!


Qu’on se rassure : Fabrice Luchini aimerait « être de gauche » mais il ne peut pas l’être « parce qu’il faut des qualités de supériorité morale et psychique que je n’ai pas ». Comme souvent avec Fabrice Luchini dans ses exercices médiatiques, derrière une forme de dérision, il y a de la réflexion. Dans cette saillie il y a à creuser…


D’autant plus que cela faisait longtemps que Fabrice Luchini n’avait pas été à ce remarquable niveau qui lui a permis de développer ses réponses avec brio et gravité. Sur des sujets aussi divers que le bonheur, l’amitié, son rapport avec sa fille, sa conception de l’amour, la politique, le reproche d’être un histrion médiatique, sa mère, sa sociabilité, il se révèle, sans afféterie ni comédie. Et dans une vérité d’autant plus convaincante qu’à l’évidence, il ne joue pas le rôle d’une personnalité voulant à tout prix être singulière.

Examen de conscience

C’est à cause de cette parfaite réussite de l’entretien sur le fond que sa phrase sur son inaptitude à être « de gauche » m’a frappé. Elle a le mérite de faire son chemin dans les têtes et de contraindre à un examen de conscience qui incite à chercher, derrière les convictions, s’il n’y a pas autre chose qui justifie les choix politiques.

A lire aussi : La corrida n’est ni de gauche ni de droite

Fabrice Luchini met l’accent sur cette perception que les tenants de la gauche auraient un air de supériorité intellectuelle et morale, comme s’ils étaient, eux, forcément du bon côté de la vie civique et de la démocratie. Il semble alors que les gens de droite, pas suffisamment assurés d’eux-mêmes, partent d’emblée avec un handicap : celui d’être désaccordés d’avec le progrès, la générosité et le partage. Il va leur manquer forcément ce qui constitue le signe éclatant de l’idéologie pour laquelle le pessimisme est une honte, le peuple un risque et le désir de sécurité une aberration.

Fabrice Luchini, à sa manière inimitable, nous déclare qu’il est évidemment trop pécheur pour oser se dire de gauche. Il se moque mais met en exergue la difficulté de tout dialogue non seulement avec un contradicteur politique, mais surtout avec le militant de gauche : point de salut en dehors de celle-ci. Le doute une tare, la nuance une hérésie, l’écoute de l’autre une dérive, la tolérance une horreur et la violence une tentation. Pour être de gauche, il faut passer un examen : est-on digne de l’être ? Montrer patte blanche et orthodoxie. La ligne, rien que la ligne. Fort heureusement, je n’ai pas cessé de faire la politique buissonnière et je n’ai jamais désiré être de gauche. Globalement. Au détail, pourquoi pas, mais alors avec modération.

Libres propos d'un inclassable

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«Vaincre ou mourir»: derrière les zélés historiens inquisiteurs, la gauche radicale

Il est intéressant de regarder quels intellectuels ont donné du grain à moudre à la presse de gauche pour dézinguer le film Vaincre ou Mourir consacré à Charette et 1793…


Voir dans un même élan Libération, Télérama ou encore Le Monde se pousser des coudes, afin de désigner celui qui cracherait le plus fort et le plus longtemps sur Vaincre ou Mourir, a en réalité quelque chose de jouissif. Les traits sont tellement grossiers, les critiques tellement abjectes, que les papiers dégoulinent de bile enragée !  Leurs auteurs descendraient en ligne directe des assassins du Comité de Salut Public ou des milliers de bourreaux qui ont répandu le sang de centaines de milliers de Français, femmes, enfants innocents pendant la Terreur, qu’on n’en serait pas plus étonné.

La presse ne s’est pas contentée de dénigrer la qualité de « Vaincre ou mourir ». Elle accuse le film de véhiculer une idéologie, ce qui est habituellement une chasse gardée de la gauche.


C’est somme toute, logique : si, 230 ans après la Révolution, des millions de visiteurs viennent chaque année visiter le Parc du Puy du Fou, sachant pertinemment quoi y trouver, et quelle flamme du souvenir est entretenue là-bas, il n’y a rien d’étonnant à ce que quelques enragés déplorent encore aujourd’hui que l’on n’ait pas totalement exterminé les Chouans et les Vendéens, et avec eux, tous les Français courageux qui se sont rebellés contre les sanglants révolutionnaires.

Des militants politiques engagés dans la présidentielle

Mais on est en même temps peinés de voir combien ces inquisiteurs zélés manquent d’arguments. Pour tenter de faire tomber encore et encore des têtes, ils répètent en boucle, telle une litanie, ce qu’ils ont lu dans leur Bible le Puy-du-Faux (Les Arènes éditions).

A lire aussi, Didier Desrimais: Dans les colonnes infernales de “Libé”, on incendie un film sur la guerre de Vendée

Enfin, lu, probablement pas, vu les chiffres de ventes calamiteux de l’ouvrage collectif des « historiens » Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère. Malgré le battage médiatique inégalé dont ils ont bénéficié à la sortie de Le Puy-du-Faux (16900 références sur Google !), il ne s’en est écoulé que… 6 000 exemplaires, dont une bonne moitié acquise par des militants bibliothécaires zélés. En consultant les registres de certaines médiathèques en ligne, on est à peine étonné d’apprendre que l’ouvrage n’est parfois… jamais sorti des rayons.

Rien d’étonnant à cela : en réalité, Le Puy-du-Faux n’est pas un livre d’histoire, issu d’un travail d’historiens, mais un mauvais pamphlet politique rédigé par des militants de la gauche radicale ! Florian Besson, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère sont en effet coutumiers du fait : on leur doit aussi l’ouvrage Zemmour contre l’histoire, paru en février 2022 (juste avant Le Puy-du-Faux, voilà des auteurs prolixes, dévoués à la cause politique). Un ouvrage paru, lui aussi, bah voyons, en pleine campagne présidentielle. Un autre pamphlet qui, cela ne s’invente pas, est édité dans la collection « Tracts » de Gallimard. Sachant que l’ouvrage (pardon, le « Tract ») fait… 64 pages, auxquelles il faut soustraire la garde et le sommaire, et qu’ils ont eu besoin d’être douze pour accomplir ce devoir citoyen, cela donne une copie double à peine par prof d’histoire, moins long à pondre qu’un discours de Mélenchon à subir….

Mélenchon, justement : Mathilde Larrère en est l’un des plus fervents soutiens, après être passée par le Parti de gauche. Pour elle, l’histoire est ni plus ni moins un instrument politique. Mathilde Larrère soutient que “dire que l’histoire est neutre, c’est une grande arnaque pour faire passer une histoire de droite”. Autrement dit, elle assume parfaitement construire une histoire politisée, destinée à servir ses idéaux politiques. On imagine aisément ce que la donzelle pense de la monarchie, ou de l’empreinte du christianisme sur l’Occident. Si elle avait vécu aux époques dont elle parle, et se prétend experte, c’est du côté des barbares et des envahisseurs païens qu’elle aurait planté sa tente…

La religion chatouille aussi Guillaume Lancereau, spécialiste auto-proclamé de la Révolution Française. On sait quelle culotte il n’aurait pas porté pendant la Terreur. Interrogé sur le film par l’émission Quotidien (TMC), qui l’a emmené à une avant-première, il s’étonne face caméra qu’il “n’y ait pas d’autre religion que la religion catholique dans le film”. On admire l’expert, qui ignore quelles régions étaient protestantes dans la France du XVIIIe siècle… Un peu plus au sud Guillaume, un peu plus au sud ! Ou bien alors peut-être souhaitait-il que Puy du Fou Films ajoute des guerriers bouddhistes ou hindous, bardés de breloques et de boucles d’oreilles improbables, à son image ?

Cueilli devant le cinéma, notre ami Guillaume ne trouve rien d’autre à reprocher au film que l’omniprésence de la religion catholique. À tel point qu’il se surprend même à déclarer à la caméra de Quotidien “qu’on n’est pas dans un discours qui falsifie l’Histoire. C’est un discours qui raconte à partir d’éléments relativement vrais l’histoire qu’il a envie de raconter, l’histoire du peuple éternel de Vendée qui se serait dressé pour ses valeurs éternelles, la Royauté d’un côté, la religion catholique de l’autre”. Sous le charme du film, le jeune Guillaume est.

Des « historiens » jaloux du succès du Puy du Fou

« Quand on paye 15 euros des expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage », dénonçait le psychologue Jean-Luc Viaux au procès d’Outreau. Quand on demande à des militants de la gauche radicale déguisés en profs d’histoire et en universitaires de pondre un bouquin visant à démontrer que le Puy du Fou prêche le faux, on obtient un salmigondis d’idées reçues, de jugements à l’emporte-pièce et de démonstrations bancales. Le tout largement badigeonné d’aigreur, teintée d’admiration. Nos experts se sont en effet rendus deux jours sur le Parc, et en sont revenus avec « des étoiles plein les yeux » (déclaration à StreetPress). Et même, jaloux, au dernier stade (ce qui n’est jamais bon pour écrire sereinement sur un sujet…) « parce que c’est très réussi et très jouissif », confesse Mathilde Larrère !

Et de rêver de faire un contre Puy du Fou, Guillaume Lancereau « proposant un spectacle qui contiendrait les circulations transculturelles et géographiques au tout début de la modernité ». Rien qu’à lire le synopsis, on trépigne d’impatience. Ce monument, quand le visite-t-on ? En définitive, que Libération, Télérama ou encore Le Monde aient recours à un quarteron de Mousquetaires sans panache, pour tenter d’égratigner Vaincre ou Mourir, en en faisant la seule et unique source du fiel de leurs articles n’est finalement que de très logique. Et jouissif…

Le Puy du Faux - Enquête sur un parc qui déforme l'histoire

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Constitutionnaliser l’IVG?

Il ne faut pas constitutionnaliser l’IVG, parce que « le droit » à l’avortement qui n’est nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur ».


Faut-il inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution ?

En attendant le vote conjoint des députés et des sénateurs, le 1er février, une conférence avait été organisée, pour répondre à cette question, ce vendredi, au Sénat, par le sénateur Ravier et le juriste Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Les orateurs traitèrent le sujet sous des angles différents : politique, juridique, social, philosophique. Précisant qu’elle ne se faisait l’avocate d’aucune cause partisane, Madame Le Pourhiet, universitaire, agrégée de droit public, vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel, envisagea la question sous l’angle juridique et à l’aune de « la qualité de notre droit ». Un exposé qui dissipa nos ignorances en la matière.

Une décision qui fait suite à une affaire américaine

Après avoir rappelé que la Constitution, dans ce grand pays de légistes qu’est la France, est le Contrat social de la nation, avec sa logique intellectuelle, sa cohérence, ses postulats juridiques fiables, le professeur retourna les arguments erronés, invoqués pour justifier cette constitutionnalisation.

Le premier se déduisait de l’exemple offert par l’affaire américaine de l’arrêt Roe vs Wade du 24 juin 2022. Mal compris dans son contexte, cet argument fut ensuite importé, en France, et instrumentalisé, alors que la « défédéralisation » de la question de l’avortement dont il était question, avec cette affaire, ne concernait en rien la France dont le régime politique et juridique n’est aucunement fédéral.

Le deuxième point, selon le professeur, est l’inutilité juridique de cette proposition « portant sur l’effectivité juridique de la loi. » La loi de l’IVG se rattache à la liberté, visée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme, à concilier, avec le principe, tout autant constitutionnel, de sauvegarde de la dignité de la personne humaine tel qu’on le lit dans l’article 16 du Code civil : «  la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de la vie. » Dans le cas de l’IVG, que faudrait-il faire, dit Madame Le Pourhiet, de cet article issu de la loi Veil ? Y lire son abrogation ? La liberté, on le sait, n’existe pas de manière absolue : c’est à la loi d’en fixer des bornes, comme à l’exercice de tous les droits naturels. Pour rendre possible cette proposition de loi sur l’IVG, c’est-à-dire ne pas assigner de limite au droit de l’IVG, il faudrait écrire, noir sur blanc, non des principes vagues que la jurisprudence peut modifier mais « fixer l’exercice de cette liberté et son contenu, toutes précisions susceptibles de brider, par la lettre, la Constitution ». Dernière hypothèse : faudrait-il mettre l’IVG dans un chapitre à part ? Mais tel n’est pas le rôle d’une Constitution.

A lire aussi: IVG, une saga américaine

Troisième point : où écrire cette liberté nouvelle ? Dans le titre 7 consacré à l’autorité judiciaire ? Après l’article 66 alinéa 1 sur la peine de mort ? En attendant le 66, alinéas 3 et 4 sur la corrida et l’euthanasie ? Après le droit à la vie, le droit à l’avortement ? Décidément, dit Madame Le Pourhiet, tout cela manquait singulièrement de cohérence logique, « témoignant plutôt d’une erreur d’appréciation, d’une rédaction bâclée, bref d’un militantisme constitutionnel peu propre à notre tradition de juristes. » Portalis et Carcassonne devaient se retourner dans leur tombe.

Dernier point : cette proposition de loi contrevient à l’esprit de nos lois, leur philosophie, marqué par l’humanisme de 1789. Notre conception transcendante du droit, « née d’un lent accouchement », affirme la spécificité de la dignité de l’être humain et son caractère sacré. Que devient cette conception transcendante de notre droit ? Nul doute que ce ne soit cette transcendance qui explique la gêne des promoteurs de cette de loi. Comment peut-on, en effet, concilier la dignité inaliénable de la vie humaine avec la suppression d’une vie humaine ?

Et Madame Le Pourhiet de conclure : depuis une décennie, la chose commune qu’est la République, tend à devenir, sous l’influence de la common law anglo-saxonne, une privatisation de la chose publique. La Constitution, un self service normatif obéissant au clientélisme : quel gouvernement ne propose une révision de la Constitution ? Depuis deux décennies, notre droit est passé de la verticalité à l’horizontalité, «  de la majesté gaullienne à l’étroitesse domestique ».

L’Etat de droit est devenu, pour reprendre le juriste Carcassonne, « un État des droits ».

Que conclure après avoir écouté cet exposé ? Que « le droit » à l’avortement qui n’est, rappelons-le, nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur » ni entrer dans la Constitution.

La fabrique d´orphelins - Essai

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La guerre au français

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La dette souveraine: Chronique parisienne

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64 ans, un horizon déjà largement fictif

Mardi 31 janvier, second round des protestations contre le projet de loi visant à repousser à 64 ans l’âge de la retraite. Notre chroniqueur comprend mal la fixette syndicale sur un âge de cessation d’activité qui dans les faits est déjà largement fictif.


J’avoue avoir du mal à comprendre cette volonté de défendre coûte que coûte un départ à la retraite à 62 ans.

En fixant à 43 annuités la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein, la loi Touraine du 18 décembre 2013, promulguée le 14 janvier suivant, et entrée en vigueur en 2020, a réglé la question : vu l’allongement des études, qui implique que personne actuellement et davantage encore à l’avenir n’entre sur le marché du travail avant 23 ans, une addition toute simple nous amène à considérer que personne, parallèlement, ne sera à la retraite avant, au mieux, 66 ans.

Mémé-tresse

Et encore, en supposant que l’on a travaillé de façon ininterrompue pendant ces 43 ans. Ce qui est de moins en moins vrai, dans un pays où plus de 30% des plus de cinquante ans est au chômage, et ce sera dans le futur tout à fait exceptionnel. Quant à l’idée de racheter les trimestres non effectués, c’est une pure fiction, dans un pays où les salaires courent en vain derrière l’inflation. À part pour une extrême minorité de cadres supérieurs et de hauts fonctionnaires, qui dans leur majorité n’aspirent pas à partir à 64 ans, mais se voient bien continuer à travailler puisqu’ils se jugent indispensables…

A lire aussi, Philippe Murer: Le mystère de la baisse du chômage

Prenons l’exemple d’un enseignant. Il est aujourd’hui recruté à Bac + 5 — soit 23 ans, à condition qu’il ait tout réussi du premier coup : et malgré la mansuétude des jurys et la facilité des concours de Professeur des écoles ou de Certifié, c’est loin, très loin d’être le cas. Alors, oyez, oyez, ô chers collègues : vous qui vous plaignez parfois après quelques mois d’enseignement, vous voici partis pour 43 ans — soit une retraite complète à 66 ans dans le meilleur des cas. Regardez bien vos élèves, ils seront quinquagénaires lorsque vous pourrez faire valoir vos droits à une concession rapide au cimetière le plus proche. Et on vous appellera mémé-tresse…

Quoi qu’on dise de l’écart théorique entre la France et les pays voisins qui ont tous des régimes différents que l’UE ne cherche même pas à harmoniser parce que de fait elle est identique, la réalité des faits est la même. Les Français en moyenne partiront au même âge que les Allemands, qui vers 2031 seront à la retraite à 67 ans. Comme aux Pays-Bas. 

Partout en Europe les législations ont évolué en fonction de l’allongement de l’espérance de vie. Il s’agit de maintenir la durée de versement des retraites au même niveau — disons en moyenne une douzaine d’années, quatre ou cinq ans de plus pour les pensions de réversion. C’est tout à fait soutenable. La fiction bien française selon laquelle la retraite est une seconde vie est justement cela — une fiction.

La trouille de la mort

Comment se fait-il que l’on proteste tant contre le relèvement de l’âge de départ, alors que nous n’avons pas entendu les syndicats hurler en 2013 ? Ça ne peut pas être parce qu’alors, c’était la gauche qui était au pouvoir, quelle mauvaise pensée…

A lire aussi, Céline Pina: De quoi le rejet de la réforme des retraites est le nom

La solution la plus évidente serait d’instaurer un système de retraite à la carte. J’ai été assez dépité de devoir quitter mes élèves à 67 ans, après 49 ans de cotisation. Je me sentais bien d’enseigner encore trois ou quatre ans. Mais je reconnais que nombre de mes collègues — et c’est la même chose dans la plupart des professions — sont complètement grillés à 60 ans, et passent les dernières années à psalmodier des cours usés jusqu’à la corde. Le surplus volontaire des uns pourrait compenser le départ des autres, chacun s’éclate comme il l’entend. Et j’entends très bien que certains travailleurs manuels sont usés à 50 ans. Qu’ils prennent alors de plein droit une retraite où ils jouiront de leur pension au prorata de ce qu’ils auront cotisé — le gouvernement s’engageant, comme il le fait en ce moment, de garantir un montant en dessous duquel on ne pourra descendre. Par exemple les 600 euros que Benoît Hamon prévoyait dans son système de revenu universel… 

L’épopée de Hamon aura au moins appris au PS ce qu’il en coûte de bourrer les urnes — mais non, il n’a rien appris !

En définitive, c’est probablement la crainte de la mort — inéluctable, je ne vous apprends rien — qui est le moteur de ces protestations. Vivre, vivre enfin en attendant que la Camarde toque à la porte. Signe indubitable que trop de gens font un métier qui ne les passionne pas, et attendent impatiemment le jour où ils auront le droit de regarder le temps qui passe — et la faux qui se rapproche. Que n’ont-ils vécu durant leur vie ! Carpe diem, camarades — et cessez de gémir : c’est un sport national qui prend des proportions dantesques, chacun trouvant matière à se plaindre. Prenez du plaisir avant la retraite — car je vous le dis, quand vous aurez cessé de travailler, quand les rhumatismes, l’arthrose et autres désagréments invalidants se rappelleront chaque matin à votre bon souvenir, ce sera une plus ou moins longue glissade vers les planches de sapin de notre destin commun.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

À Stockholm, Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au parlement, entend lancer une campagne internationale invitant les migrants à rester chez eux. Analyse.


Il y a quatre mois, la droite remportait les élections législatives en Suède, avec le soutien des Démocrates de Suède, une sorte de Rassemblement national nordique. Le parti, qui avait obtenu 20% des suffrages, n’est pour l’instant pas représenté dans le gouvernement mais son soutien est nécessaire pour que tienne la coalition conservatrice.

Message anti-immigrationniste diffusé par le gouvernement australien D.R.

L’exemple australien

Au moment même où le pays d’Ikea vient de récupérer la présidence tournante de l’Union Européenne, la formation droitière semble peser de tout son poids sur la ligne du gouvernement puisque Maria Malmer Stenergard, la ministre de la Migration et Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au Parlement, viennent d’annoncer le lancement de campagnes de sensibilisation visant à décourager les migrants de s’installer dans le pays.

A lire aussi: À Calais, chronique d’une tragédie annoncée

Ces campagnes de sensibilisation seront adressées notamment aux ambassades étrangères en Suède. Elles pourraient ressembler aux campagnes lancées par l’Australie, qui avaient fait un peu de bruit au milieu des années 2010. Sous l’impulsion du premier ministre Tony Abbott, le pays avait très largement diffusé le message (en Iran, en Afghanistan, au Sri Lanka et au Vietnam notamment) selon lequel les garde-frontières n’iraient pas repêcher les migrants clandestins.

Le « modèle » australien a été plusieurs fois loué par Marine Le Pen. Eric Zemmour en avait aussi fait cas à l’automne au moment de l’affaire de l’Ocean Viking. Le message très ferme a sans doute contribué à réduire drastiquement le nombre de boat people et de drames humains au large de l’Australie. Cette communication a été accompagnée par une politique de « sous-traitance » de la rétention des demandeurs d’asile dans des îles voisines (Nauru, Papouasie Nouvelle-Guinée), Le Monde précisait au prix de combien d’entraves au droit international cette politique australienne était appliquée et combien elle était inapplicable en Europe… Depuis, et malgré les critiques émises par Amnesty International contre l’Australie, le centre-gauche danois et le Royaume-Uni de Boris Johnson se sont largement inspirés de cette sous-traitance de la rétention, assurée par le Rwanda.

Un pays remodelé par l’immigration depuis 20 ans

Pays presque aussi vaste que la France métropolitaine mais peuplé comme le Portugal, la Suède est devenue au fil des décennies une terre d’asile, très sensible à la question des droits de l’homme. Hongrois, Tchécoslovaques, Chiliens y ont trouvé refuge pendant la guerre froide. Les guerres de Yougoslavie, la déstabilisation du Moyen-Orient ont entraîné d’autres vagues migratoires, plus massives. Désormais, 20% de la population du pays est née à l’étranger, alors que cette proportion s’élève à 11% dans l’ensemble de l’Union Européenne. Limitée à 2% au début des années 2000, la population non-occidentale est passée à 15%.

A lire aussi: Immigration: n’écoutez pas les mandarins médiatiques, regardez vers le Danemark!

Lors de la crise migratoire de 2015, c’est la Suède qui accueillit le flux migratoire le plus massif. Outre les liens traditionnellement forts avec les autres pays nordiques, ce sont désormais des populations venues d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie et d’Erythrée qui alimentent les flux migratoires. Cette poussée migratoire a des effets sociologiques non négligeables : quand on s’intéresse au sex ratio du pays, c’est-à-dire la proportion d’hommes et de femmes dans une même population, on s’aperçoit que la Suède comptait en 2016 123 hommes pour 100 femmes (un déséquilibre peut-être pas sans lien avec l’accumulation de faits divers sordides qui ont touché le pays).

À deux doigts d’imiter la gauche danoise

Car malgré la bonne volonté au départ d’une population autochtone réputée pour sa tolérance (pour ne pas dire ses aspirations wokistes) et les largesses de la social-démocratie suédoise, c’est un constat d’échec qui est fait, y compris par le précédent gouvernement de gauche. En avril dernier, le pays a été touché par une quinzaine de jours d’émeutes à la suite de la visite d’un leader politique danois provocateur, Rasmus Paludan. Dans des quartiers populaires, des hommes mais aussi des femmes et des enfants se sont attaqués à tout ce qui pouvait représenter l’autorité de l’État suédois, à coup de jets de pierre contre les policiers et les pompiers et d’incendies de voitures. La première ministre de centre-gauche de l’époque, Magdalena Andersson, dressait un tableau national peu réjouissant, à base de criminalité juvénile, de violences entre gangs mafieux et d’islamisme triomphant. Grande ville du Sud du pays, Malmö a vu se multiplier les actes antisémites, bien souvent commis par de jeunes hommes du Moyen-Orient. Depuis les élections de septembre, la Suède s’attire les foudres des médias occidentaux, alors qu’elle aura cru aussi longtemps que possible (et notamment en 2015) à son idéal d’accueil. En réalité, la droite suédoise n’est jamais que sur le point d’imiter la politique de la gauche danoise, qui a, elle, su rester au pouvoir lors des législatives de 2022, en appliquant la politique migratoire la plus drastique d’Europe de l’Ouest et en reléguant les partis divisés de la droite « populiste » à 10%.

Causeur: Tous retraités! Le dernier rêve français

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Découvrez le sommaire de notre numéro de février


Que l’on soit pour ou contre la réforme des retraites, il faut – comme le dit Elisabeth Lévy en présentant notre dossier – « essayer de comprendre ce que ce refus quasi unanime de travailler (un peu) plus dit de nous ». La contestation massive de cette réforme traduit non seulement le désenchantement des Français à l’égard d’une démocratie représentative qui ne fabrique plus de légitimité, mais aussi notre addiction à la dépense publique. Devenus un peuple d’ayants droit, nous nous adonnons aux délices d’un individualisme financé par l’État. En oubliant que l’État, c’est les autres. Pierre Vermeren retrace l’histoire de ce désamour du travail de la part des Français. Durant des siècles, ils ont été libres de développer leur intelligence pour travailler. Mais depuis quelques décennies, les élites liquident l’industrie et l’agriculture au bénéfice de la bureaucratie. En même temps, elles accompagnent le désastre de l’École et permettent la transformation de nos jeunes en purs consommateurs électroniques, addicts de réseaux sociaux, de jeux en ligne et de pornographie numérique. Joseph François explique comment notre protection sociale, à l’origine un système d’assurance universelle, est devenue une forme d’assistanat. Si vous ne voulez pas vivre trop vieux sur le dos des jeunes, inspirez-vous de l’exemple de Cyril Bennasar. Son programme se résume en deux mots: travailler et mourir. Selon l’enseignant à Sciences Po et HEC, Julien Damon, interviewé par Gil Mihaely, nous payons aujourd’hui la décision du gouvernement Mauroy, il y a 40 ans, de faire passer l’âge de départ à la retraite de 65 à 60 ans. Tant que ce dernier ne sera pas indexé sur l’espérance de vie, les réformes sont appelées à se répéter en vain.

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Philippe d’Iribarne rappelle l’importance de la notion d’honneur pour le travailleur français, notion qui est de moins en moins prise en compte par les entreprises et les autorités publiques. Si le travail n’occupe plus une place centrale dans la vie des Français, le directeur général de l’IFOP, Frédéric Dabi, se confiant à notre directrice de la rédaction, insiste sur le fait que ces derniers croient encore suffisamment à la valeur travail pour voir d’un mauvais œil les inactifs vivant du RSA. Que pense-t-on dans la France périphérique et à l’étranger ? Sophie Rierba a enquêté à Épernon et Dreux en Eure-et-Loir, tandis que Georgia Ray nous explique les dysfonctionnements du système espagnol. La figure mythique du travailleur, incarnant le dynamisme collectif au siècle dernier, n’existe plus, regrette Françoise Bonardel. Mais nous sommes tous un travailleur d’un type ou d’un autre : pour connaître votre profil, prenez le test – d’une fiabilité irréprochable – proposé par Céline Pina.

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Dans son éditorial du mois, Elisabeth Lévy analyse le dixième rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que le baromètre Viavoice réalisé pour accompagner sa publication. À lire ces documents catastrophistes, on pourrait croire qu’il s’agit, non de la France, mais de l’Iran ou l’Afghanistan. La raison en est le « confusionnisme délibéré créé par le terme « sexisme », improbable fourre-tout qui met sur le même plan la séduction et la violence, la goujaterie et la discrimination, la différence et l’égalité ». Jean-Michel Delacomptée poursuit sa défense de la cause des hommes en pointant les inégalités homme-femme en matière d’espérance de vie et de santé, inégalités qui favorisent les femmes mais qui sont largement ignorées par les retraites. Emmanuelle Ménard raconte sa vie à l’Assemblée, entre le retour d’Adrien Quatennens et l’échec d’une proposition pour rendre obligatoire le port d’un uniforme scolaire. L’équipe de nos chroniqueurs comprend désormais l’ex-dirigeant communiste, Olivier Dartigolles, qui, dans « Coup de rouge », nous promet de la pugnacité. Le prince Harry a publié un best-seller – à défaut de l’avoir écrit lui-même. Je mets à nu les mobiles derrière sa campagne de dénigrement de la maison des Windsor : jalousie fraternelle, cupidité et manipulation wokiste. A ceux qui déclarent que les pertes en chars des Russes montrent que cette arme a fait son temps, Gil Mihaely répond que non : le problème relève de l’erreur humaine plus que du matériel. Cet outil demeure essentiel sur un champ de bataille. Le Monde, ce quotidien dit « de référence », censé être le plus objectif possible, est plus que propalestinien, selon Benjamin Goldnadel. Benjamin Barthe, son rédacteur en chef adjoint pour l’étranger et correspondant au Proche-Orient, verse beaucoup plus dans le militantisme que le journalisme. Son épouse, Muzna Shihabi, défend ouvertement le nationalisme palestinien le plus extrême. Si le nouveau film d’Omar Sy est un film de guerre, nous explique Nicolas Levine, c’est parce qu’il fait la guerre à l’histoire et aux Français, coupables d’avoir été de méchants Blancs colonisateurs. Sarah-Louise Guille nous parle du projet de tramway à Marseille, une fausse bonne idée qui vise à relier le centre-ville aux quartiers « sensibles ». Dans le domaine de l’éducation, Sami Biasoni révèle les ravages provoqués par l’égalitarisme wokiste dans l’université suédoise, pendant que Jean-Paul Brighelli félicite Pap Ndiaye de recommander la pratique quotidienne de la dictée. Etant donné l’état actuel de l’École, Brighelli craint que ce ne soit qu’un sparadrap sur un cadavre.

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Cette année voit le 50 e anniversaire de la mort de Picasso. Pourtant, il est devenu difficile de lui rendre hommage, car c’était un homme et – pire encore – un homme à femmes. Heureusement, selon Georgia Ray, certaines des expositions qui lui sont consacrées échappent au contrôle des professionnels de la vertu. Franco-américain lui-même, Harold Hyman s’enthousiasme pour l’exposition « Art déco, France / Amérique du Nord » à la Cité de l’architecture qui célèbre non seulement l’interfécondation des deux cultures mais aussi les rapports entre l’art et la technologie. La chanteuse et comédienne, Marie-Thérèse Orain, se confie à Yannis Ezziadi. Témoin privilégié du Paris des cabarets et des music-halls, elle a connu les plus grands et les derniers feux d’une époque bénie pour la chanson française. Quant au roman français, il n’est pas mort. C’est le verdict du docteur Jérôme Leroy qui en a pris le pouls en lisant les dernières publications de Laurent Quintreau et Julien Leschiera. Celui qui est bien mort (en 2016), c’est Leonard Cohen, mais une nouvelle biographie – saluée par Sophie Bachat – le fait revivre. De toute façon, ses chansons sont immortelles. Quant au cinéma français, Jean Chauvet trouve que La Grande Magie de Noémie Lvovsky mérite son nom, tandis que le nouvel Astérix et Obélix de Guillaume Canet ne mérite que le rayon des fruits et légumes, dans le bac des navets bon marché. Gardons les plus tendres pour la fin ! Ivan Rioufol dénonce les « parvenus du progressisme » qui « crachent sur les « ploucs » et les « beaufs » suspects d’être attachés à leur mémoire collective ». Il faut compter sur « le lent réveil de la France profonde et silencieuse. Pourvu qu’elle n’arrive pas trop tard ! » Marsault nous montre le « plouc » ou « beauf » en question, celui que détestent les mondialistes, qui se fait dépouiller par les politiciens, par les immigrés et enfin par les journalistes – ceux de la gauche progressiste, bien entendu !

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ChatGPT, la Grande Peur de Sciences-Pipeau

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Image: Pixabay

Sciences-Po vient d’interdire l’usage de ChatGPT, l’application qui permet à tous les empêchés de la plume ou du clavier de produire en un temps record des textes bourrés d’idées reçues — de crainte sans doute, persifle notre chroniqueur, que l’on ne distingue pas les produits de l’Intelligence Artificielle et ceux de nos futurs énarques.


David Cayla, un économiste qui ne dit pas que des âneries, s’est fendu d’un tweet ravageur dès qu’il a appris que Sciences-Po avait décidé d’interdire à ses élèves l’usage de ChatGPT. « La stricte interdiction de #ChatGPT à Sciences Po révèle que cette école se sent menacée par une IA qui est capable de construire de belles phrases à partir de tout sujet, sans comprendre de quoi elle parle, et en faisant régulièrement des erreurs grossières. » Et toc.

Rappel des faits pour ceux qui sortent à peine de leur grotte d’hibernation. Chloé Woitier, journaliste Tech au Figaro, vous explique en direct live ce qu’est cette application : la capacité à générer du texte — sans grand souci d’originalité et avec une capacité réelle d’erreurs grandioses — à partir de cohortes de mots et de phrases mis en mémoire. En fait, il s’agit de ce que l’on appelle en rhétorique un texte-centon, fabriqué à partir de collages de citations. Vous en avez un joli exemple ici.

Une chance pour les tire-au-flanc

Rien de nouveau — si ce n’est la capacité à produire un résultat de façon quasi instantanée. Voilà qui nous arrange bien, se disent déjà les élèves peu besogneux qui s’aperçoivent à 7 heures du matin qu’ils ont une dissertation-maison à rendre à 10 heures. En gros, le résultat vaut une petite moyenne.

A lire aussi, du même auteur: 64 ans, un horizon déjà largement fictif

Laurence Plazanet, professeur de littérature à l’université de Clermont-Auvergne, note que « nourri de la vaste littérature disponible sur la toile, littérature qu’il remâche suivant des algorithmes statistiques et probabilistes aptes à se reprogrammer eux-mêmes, dit-on, selon des procédures que cessent de maîtriser leurs programmeurs initiaux, ChatGPT patauge dans le prêt-à-penser. » Et d’ajouter : « Pas un instant ce robot éclairé ne pense. »

Intelligence artificielle, un oxymore

Comprenons bien que ces deux mots, « intelligence artificielle », sont ce que l’on appelle en stylistique un oxymore — une contradiction en soi. Comme « obscure clarté », « nuit blanche », « homme fidèle » ou « femme intelligente »…

(C’étaient les exemples que je citais en cours pour expliquer l’oxymore. Protestations immédiates des uns et des autres, comme vous l’imaginez, mais du coup, par l’exemple provocateur, la notion s’ancrait dans les mémoires.)

Ce qu’il y a d’intelligent dans la machine y a été mis par des hommes. Lorsqu’un ordinateur vous bat aux échecs, c’est que vous êtes moins fort que la cohorte de grands maîtres qui l’ont programmé — ce qui est assez logique.

Que Sciences-Pipeau s’en émeuve est en revanche très inquiétant — et très drôle : les grandes intelligences qui nourriront les ministères et parviendront peut-être un jour au sommet (pensez, François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin appartenaient à la même promo de l’ENA) se sentent menacées par un robot qui mécaniquement débite des platitudes. « Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on n’pense pas, Monsieur, on n’pense pas », chantait Brel. La machine à débiter des lieux communs, dont Flaubert s’est si ardemment moqué dans le discours du sous-préfet (c’est dans Madame Bovary) vous est désormais accessible.

Des inquiétudes injustifiées

ChatGPT n’est pas capable de rédiger une dissertation crédible. Un enseignant un peu rodé repère immédiatement les copiés-collés que les étudiants pressés vont cueillir sur le Net (c’est simple, il n’y a soudain plus de fautes d’orthographe), et ne met pas cinq secondes pour en identifier la source. 

Il est encore moins capable de rédiger une thèse — le plus simple étant d’aller copier une thèse déjà écrite : en 2013 déjà une ministre allemande a été déchue de son doctorat (rendu 33 ans auparavant) parce qu’il avait été pompé sur un travail antérieur. Deux ans auparavant c’était le ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Guttenberg, qui s’était vu dénoncé pour un plagiat similaire dans sa thèse de Droit. 

A lire aussi: Pourquoi l’intelligence artificielle de ChatGPT est-elle progressiste?

Et ChatGPT ne saurait pas non plus écrire un roman original. Ne vous avisez pas de le lui demander : au pire, il vous arrivera ce qui est arrivé jadis à Thierry Ardisson, dont le nègre indélicat est allé chercher un récit des années 1930 pour Pondichéry, un roman publié en 1994. Et les héritiers de l’auteur véritable ont porté plainte. Ardisson m’avait confié dans les coulisses d’une émission qu’il avait été « con » de ne pas vérifier. Mais en 1994 c’était moins facile qu’aujourd’hui, où tout se sait à la vitesse de la Toile.

La rumeur de la rue Saint-Guillaume

Que la rumeur d’un robot doué d’une vraie intelligence ait si vite enthousiasmé les commentateurs et effrayé les enseignants témoigne de notre candeur et de notre incapacité à comprendre ce qui fait l’originalité d’un travail. Ou, plus inquiétant, de notre aspiration à la paresse.

Rassurons-nous : HAL 9000 (ou Carl 500, dans la version française, pour Cerveau analytique de Recherche et de Liaison), l’ordinateur rebelle de 2001 l’Odyssée de l’espace, n’est pas pour demain.

Une preuve ? J’ai demandé à ChapGPT de répondre à cette question simple : l’IA va-t-elle remplacer l’intelligence humaine ? Et le robot m’a répondu : 

« Non, l’IA ne remplacera pas complètement l’intelligence humaine. L’IA est un outil qui peut être utilisé pour augmenter les capacités humaines et faciliter certaines tâches, mais elle ne peut pas remplacer la conscience, la créativité et l’empathie qui sont uniques à l’intelligence humaine. » Plus plat, tu meurs. On dirait de l’Annie Ernaux. 
Et le fait est que si vous supprimez de votre conversation « la conscience, la créativité et l’empathie », vous êtes bon pour être un parfait étudiant de Sciences-Po, un parfait énarque en devenir, et très probablement un excellent président de la République.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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La potion n’est plus magique, mais amère

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Scène du film "Astérix et Obélix: L'Empire du Milieu" © Christophe Brachet

Invité sur RTL, pour la sortie de Astérix et Obélix: l’empire du Milieu, Guillaume Canet s’inquiète: « Tout le monde est conscient que si ce film ne fonctionne pas, il n’y aura plus de films [à gros budget NDLR] en France ». Il supplie le public d’aller en salles demain voir la superproduction à 65 millions d’euros. Malheureusement, le film de Canet ne peut que frustrer les amoureux des Gaulois. Ce film « moderne, dans son temps », présente des blagues qui ne sont pas à la hauteur du mordant originel de Goscinny. La potion n’est plus magique, mais amère. Létale pour le cinéma français ?


Affiche officielle

Le coup du menhir !

Le pauvre Goscinny risque de se retourner dans sa tombe à la vision de ce calamiteux nouvel épisode cinématographique des aventures de ses héros gaulois. Rien ne va, à commencer par un Gilles Lellouche qui flotte littéralement dans les larges habits du géant Obélix. Suivent un scénario sans intérêt, des gags qui tombent à plat, une surabondance d’effets numériques. Les seules répliques du film qui prêtent à sourire sont des citations pures et simples de dialogues d’Audiard. Ce qui est un comble.

A lire aussi: Comme Fabrice Luchini, aimerions-nous être de gauche?

Cerise sur ce gâteau indigeste, la description de la Chine est d’une platitude absolue : où est donc passée la causticité originelle ?

Canet doit viser le marché asiatique et fait profil bas. Tant de moyens déployés pour un résultat aussi indigeste : la potion n’est plus magique, mais amère.

Astérix et Obélix : l’empire du Milieu, de Guillaume Canet, dans les salles le 1er février.

Qatargate: les Britanniques jubilent

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Nigel Farage. Capture d'écran Twitter Le 13 décembre 2022 à l'antenne de GB news.

Quand les truculentes malhonnêtetés de membres du Parlement européen sont révélées, les Brexiters se délectent.


L’affaire de corruption au sein du Parlement européen prend de plus en plus d’ampleur. Sans surprise, cela réjouit le cœur des Brexiters et attire même les critiques des médias de gauche outre-Manche. Rappelons le premier acte de cette tragi-comédie. Le 9 décembre, suite à des perquisitions, la police belge saisit 1,5 million d’euros en liquide et procède à l’arrestation de Éva Kaïli, socialiste grecque, vice-présidente du Parlement européen, son compagnon Francesco Giorgi, assistant parlementaire, et Pier Antonio Panzeri, ancien eurodéputé socialiste. Quelques jours plus tard, le quotidien, The Daily Mail, s’en délecte en évoquant – photos glamour à l’appui – la vie de jetsetteurs du couple qui aurait mené grand train.

Le même jour, Nigel Farage, grand promoteur du Brexit et aujourd’hui chroniqueur vedette de la chaîne d’infos GB News, s’enflamme dans son émission. Celui qui avait lui-même fait l’objet d’accusations de corruption quand il était eurodéputé peste: « cette affaire, c’est le « bouquet ! » » (« this takes the biscuit »).

Une semaine plus tard, il renchérit : « le fait est, que les gros bonnets de l’UE ont construit un corps de politiciens et de bureaucrates qui constituent ce qui est, en fait, une classe à part. Et en créant cette élite, les pontes de l’UE se sont inspirés de l’aristocratie des bureaucrates les plus doués au monde : les Français ». Entretemps, le quotidien de gauche, normalement pro-européen, The Guardian, avait semblé abonder dans le sens des Brexiters, commentant : « Pourtant, quoi qu’il arrive, le scandale nuira à l’Union européenne, qui aime faire la leçon au monde sur les valeurs démocratiques, y compris les normes de la vie publique. Cette tendance à distribuer des leçons de morale ne se limite pas au Parlement. La Commission européenne s’y complait tout autant. Demandez à la Hongrie, à la Pologne – ou au Royaume-Uni ».

A lire aussi: L’Union européenne ou l’art de se tirer une balle dans le pied

Le deuxième acte est intervenu le 17 janvier, quand le parquet fédéral belge a annoncé que Panzeri, qui a effectué trois mandats au Parlement européen, avait signé un « accord de repentance » et s’était engagé, en contrepartie d’une réduction de peine, à partager des informations « substantielles » avec les enquêteurs. Le lendemain, son avocat a confirmé l’implication du Qatar et du Maroc dans le scandale de corruption, tout en niant que son client soit le cerveau de l’opération. « M. Panzeri avoue avoir participé activement à des actes de corruption en lien avec le Qatar et le Maroc, avoir été corrompu et avoir corrompu lui-même d’autres personnes ». Prétextant le secret de l’instruction, il a refusé toutefois de confirmer si d’autres pays étrangers étaient impliqués. Or, le 20 janvier, le site en ligne de la revue allemande, Der Spiegel, a publié un reportage détaillé et accablant sur l’affaire après avoir consulté les 1300 documents officiels de cette enquête internationale. Le groupe auquel Panzeri appartenait – ou qu’il dirigeait – a pu bénéficier pendant des années de pots-de-vin du Qatar et du Maroc, mais aussi de la Mauritanie et peut-être de l’Arabie Saoudite. Selon l’eurodéputée allemande écologiste, Viola von Cramon, plusieurs pays ont systématiquement acheté de l’influence au Parlement – non seulement le Qatar et le Maroc, mais aussi la Russie, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Les eurodéputés ne sont pas au bout de leurs peines.

Au moment où la présidente du Parlement, la Maltaise Roberta Metsola, présentait son plan d’action en 14 points pour lutter contre la corruption, la nouvelle est tombée qu’elle n’avait pas déclaré dans les temps 125 des 140 cadeaux qu’elle avait reçus entre février et novembre 2022. Pendant le même temps, d’autres eurodéputés se sont empressés de déclarer des cadeaux, dont certains aussi importants que des voyages internationaux, qu’ils avaient oublié de mentionner avant la date limite. Sans surprise, un autre tabloïd britannique, The Daily Express, n’a pas hésité à jubiler. En tant que présidente, Mme Metsola n’est cependant pas obligée officiellement de faire de telles déclarations et le fait seulement selon une coutume – explication qui n’est toutefois pas de nature à dissiper les soupçons dont le système parlementaire européen fait désormais l’objet.

Que les Brexiters et d’autres au Royaume-Uni pavoisent est peut-être quelque chose de banal. Le problème, cette fois, c’est que leurs critiques, doutes et railleries au sujet de l’UE semblent, au moins en partie, justifiés.

«Sensitivity readers»: bienvenue dans le meilleur des mondes littéraires

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L'auteur de livres pour enfants Laura Nsafou, relectrice en sensibilité à ses heures perdues, réfute l'idée de “police de la pensée”. Capture d'écran YouTube / Le Monde

Le wokisme déploie son emprise sur l’édition en France. Aux États-Unis, rares sont les maisons d’édition qui résistent encore aux nouveaux ayatollahs, en conséquence de quoi la littérature américaine s’appauvrit et ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines littéraires et de récriminations victimaires…


« La littérature, c’est cette barque sur les houles nocturnes dont rêve Céline sur sa fin. L’embarquement. L’esquif ! Le bateau chargé des meutes humaines, prêt à appareiller, à quitter les rives pour, sur le Styx, s’éloigner » Philippe Muray.

Comme la plupart des cochonneries wokistes, celle-ci nous vient encore des États-Unis d’Amérique. Les « sensitivity readers » se multiplient de l’autre côté de l’Atlantique, expurgent des livres anciens ou contraignent des auteurs contemporains à revoir leurs ouvrages afin de « n’offenser personne » et d’éviter des accusations de racisme, de sexisme, de « validisme » ou de grossophobie. Cette nouvelle censure est en train de s’installer chez nous.

Un vaste toilettage idéologique est en cours

Il y a quelques années sont d’abord apparus des « sensitivity readers » (ou « lecteurs de sensibilité ») pour les livres pour la jeunesse. Celle-ci avait été jusque-là confrontée à des abjections que le nouveau monde allait s’efforcer d’effacer : un prince embrassant une Belle au bois dormant sans son consentement, des personnages antipathiques avec la peau rouge ou noire, des femmes méchantes comme des sorcières, ou des handicapés, pardon, des « personnes en situation de handicap » hypocrites ou menteuses – les associations représentant les « minorités » dénoncèrent les « stéréotypes » ou les « offenses » faites aux femmes, aux Amérindiens, aux Noirs, aux sourds, etc. Depuis, les livres d’enfants, mais aussi les bandes dessinées et les films d’animation, subissent une grande opération de toilettage idéologique.

À lire aussi: Mince! Un premier roman sur la grossophobie

Quand l’opération en question s’avère trop compliquée, on interdit carrément les œuvres. C’est ainsi que, suite à la plainte d’une mère d’un élève métissé, Huckleberry Finn de Mark Twain et Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee ont été retirés des écoles de Virginie au motif qu’on y trouvait à de nombreuses reprises ce que les Américains appellent maintenant, novlangue oblige, le « n-word », c’est-à-dire le mot « nigger » (nègre). Incapables de contextualiser le vocabulaire d’une époque, incultes, les associations qui soutinrent cette mère dans son « combat » ignoraient apparemment que les deux livres incriminés, en plus d’être des chefs-d’œuvre littéraires, mettent souvent en relief les difficultés sociales des Noirs américains descendants d’esclaves et dénoncent le racisme.

Les dix petits nègres renommés Ils étaient dix

Le temps est venu de nettoyer la littérature, toute la littérature. L’ancienne et la nouvelle. Le plus célèbre des romans d’Agatha Christie ne s’intitule plus Les dix petits nègres mais Ils étaient dix. Les plus prestigieuses universités américaines et anglaises caviardent les livres de leurs bibliothèques ou ajoutent des notes pour prévenir de l’aspect « offensant », supposément raciste, sexiste ou LGBTphobe de tel passage de tel livre. Sous la pression des lobbies, les maisons d’édition américaines embauchent de plus en plus de « sensitivity readers », de crainte de subir la vindicte des groupes de pression ou, pire, de se retrouver devant les tribunaux. Si Tocqueville avait bien senti ce qu’il allait advenir de cette démocratie égalitaire jusqu’à la pointe des cheveux et peu encline à laisser un peu de liberté s’échapper du filet égalitariste – « L’Inquisition n’a jamais pu empêcher qu’il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L’empire de la majorité fait mieux aux États-Unis : elle a ôté jusqu’à la pensée d’en publier » [1] – il ne pouvait imaginer que cette majorité allait se fragmenter en minorités wokistes se disant chacune victime, opprimée, exploitée depuis la nuit des temps par un ennemi commun : l’homme blanc hétérosexuel. Après avoir obligé les médias, les universités et les bibliothèques au nettoyage des œuvres les plus anciennes, ces minorités préparent le terrain idéologique pour une prochaine littérature synthétique, chimiquement et wokistement pure. Aux États-Unis, rares sont les maisons d’édition qui résistent aux nouveaux ayatollahs, en conséquence de quoi la littérature américaine s’appauvrit et ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines littéraires et de récriminations victimaires.

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Les « lecteurs de sensibilité » arrivent en France. Cela se fait insidieusement, par petites touches, comme d’habitude. La décolonialiste Maboula Soumahoro, après avoir fait une partie de ses études à New-York et dénoncé le fait qu’elle était en France « un corps noir évoluant dans une société aveugle à la race », a développé la notion de « charge raciale ». Elle a donc été sollicitée et rémunérée pour aider au choix de la meilleure traduction possible (c’est-à-dire n’offensant ethniquement personne) pour le titre du livre de la romancière américaine Daphne Palasi Andreades, Brown girls, devenu, dans la novlangue éditoriale, Les filles comme nous. Dans Le Monde, Maboula Soumahoro considère que cela relève d’une question de « bon sens, d’honnêteté et de recherche de qualité ». Non, cela relève de ce qu’on appelle le wokisme, ici de son versant racialiste. Et cela n’a rien à voir avec le bon sens ou l’honnêteté qui, eux-mêmes, n’ont rien à voir avec la littérature.

La militante radicale Maboula Soumahoro en 2012 © BALTEL/SIPA

On ne relit que pour votre bien

En tout cas avec ce que nous, nous entendons par littérature. Cela ressemble assez, en revanche, à la conception déconstructiviste mise en avant par l’écrivain Laura Nsafou, relectrice sensible, très sensible à ses heures perdues, dans les colonnes des inénarrables Inrocks: « L’idée est simplement de veiller à ce qu’il n’y ait pas de propos sexistes, racistes, homophobes ou validistes dans un roman. Si des personnes estiment qu’une œuvre va perdre en qualité parce qu’il n’y a pas de propos discriminants dedans, on se demande quelle littérature ils défendent. » Nous, ce que nous nous demandons, c’est si Mme Nsafou sait ce qu’est la littérature, si elle sait faire la distinction entre un roman et un livre de rééducation politique. Apparemment, non. Idem pour une dénommée Cordélia, « autrice et youtubeuse » spécialisée dans la littérature LGBT (sic), qui écrit (mal) dans les mêmes Inrocks : « Le monde de l’édition est très uniforme, très privilégié, très blanc, très hétéro, très cisgenre. Leur avis est supposé objectif, alors que celui des minorités serait biaisé par leur expérience personnelle. Le sensitivity reading est au final une aide pour les auteur·ice·s ne vivant pas les discriminations et oppressions sur lesquelles ils et elles écrivent. » En Chine maoïste, les Gardes rouges considéraient que le monde des intellectuels et des universitaires était trop uniforme, trop privilégié, trop conservateur, trop ignorant des discriminations et des oppressions que le peuple chinois avait subies sous les prédécesseurs du Grand Timonier. Ces révolutionnaires « aidaient » les écrivains et les intellectuels en les rééduquant d’une manière infiniment plus brutale que nos « sensitivity readers » qui se contentent de censurer en corrigeant, en javellisant, en expurgeant les œuvres – mais le principe totalitaire est le même.

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Dans le roman de Patrice Jean, L’homme surnuméraire, après avoir réduit Voyage au bout de la nuit à « une plaquette d’à peine vingt pages, dont le contenu guilleret, printanier et fleuri, n’aurait pas choqué les séides les plus soumis au politiquement correct », un des personnages invente le verbe « céliner ». « Lorsque Beaussant m’informait qu’il avait céliné une œuvre, c’est qu’il n’en restait, dans le volume et dans l’esprit, presque rien », écrit le narrateur.

L’auteur, facétieux, imagine de nouvelles collections : « Littérature humaniste », « Belles-Lettres égalitaires » ou « Romances sans racisme ». C’est ce vers quoi, dans la vie réelle cette fois, nous allons tout droit. Expurgés, nettoyés, wokisés à mort, de prochains romans de qualité médiocre ne pourront se vanter que de « n’offenser personne ». Ce sera doux comme du papier toilette, aussi ennuyeux que le dernier Ernaux (Le jeune homme, aussi soporifique que les précédents ouvrages de notre commissaire politico-littéraire, présente toutefois l’avantage, sans avoir été « céliné », de ne comporter que 28 pages), politiquement irréprochable, littérairement abominable, mais cela plaira, il y aura des lecteurs pour ça ; on peut même craindre qu’il y aura de plus en plus de lecteurs pour ça – l’Éducation nationale et les médias avides de vide y travaillent. Un jour, adviendra réellement le meilleur des mondes littéraires, un monde lisse, inoffensif et uniforme destiné à des individus Deltas heureux, « sans émotions violentes », ignorant Othello, la mort, « la passion et la vieillesse », et disposant du soma (la drogue) pour surmonter les rares moments de vague à l’âme [2]. Dans ce monde néantisé, comment pourrait encore subsister ce que nous, nous appelions littérature ?

De la démocratie en Amérique

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[1] Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Éditions Garnier-Flammarion.

[2] Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, Éditions Pocket.

Comme Fabrice Luchini, aimerions-nous être de gauche?

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Fabrice Luchini pendant la 33e Nuit des Molières à Paris, le 31 mai 2022 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’acteur Fabrice Luchini, histrion génial, assure dans les colonnes du Parisien avoir échoué à l’examen!


Qu’on se rassure : Fabrice Luchini aimerait « être de gauche » mais il ne peut pas l’être « parce qu’il faut des qualités de supériorité morale et psychique que je n’ai pas ». Comme souvent avec Fabrice Luchini dans ses exercices médiatiques, derrière une forme de dérision, il y a de la réflexion. Dans cette saillie il y a à creuser…


D’autant plus que cela faisait longtemps que Fabrice Luchini n’avait pas été à ce remarquable niveau qui lui a permis de développer ses réponses avec brio et gravité. Sur des sujets aussi divers que le bonheur, l’amitié, son rapport avec sa fille, sa conception de l’amour, la politique, le reproche d’être un histrion médiatique, sa mère, sa sociabilité, il se révèle, sans afféterie ni comédie. Et dans une vérité d’autant plus convaincante qu’à l’évidence, il ne joue pas le rôle d’une personnalité voulant à tout prix être singulière.

Examen de conscience

C’est à cause de cette parfaite réussite de l’entretien sur le fond que sa phrase sur son inaptitude à être « de gauche » m’a frappé. Elle a le mérite de faire son chemin dans les têtes et de contraindre à un examen de conscience qui incite à chercher, derrière les convictions, s’il n’y a pas autre chose qui justifie les choix politiques.

A lire aussi : La corrida n’est ni de gauche ni de droite

Fabrice Luchini met l’accent sur cette perception que les tenants de la gauche auraient un air de supériorité intellectuelle et morale, comme s’ils étaient, eux, forcément du bon côté de la vie civique et de la démocratie. Il semble alors que les gens de droite, pas suffisamment assurés d’eux-mêmes, partent d’emblée avec un handicap : celui d’être désaccordés d’avec le progrès, la générosité et le partage. Il va leur manquer forcément ce qui constitue le signe éclatant de l’idéologie pour laquelle le pessimisme est une honte, le peuple un risque et le désir de sécurité une aberration.

Fabrice Luchini, à sa manière inimitable, nous déclare qu’il est évidemment trop pécheur pour oser se dire de gauche. Il se moque mais met en exergue la difficulté de tout dialogue non seulement avec un contradicteur politique, mais surtout avec le militant de gauche : point de salut en dehors de celle-ci. Le doute une tare, la nuance une hérésie, l’écoute de l’autre une dérive, la tolérance une horreur et la violence une tentation. Pour être de gauche, il faut passer un examen : est-on digne de l’être ? Montrer patte blanche et orthodoxie. La ligne, rien que la ligne. Fort heureusement, je n’ai pas cessé de faire la politique buissonnière et je n’ai jamais désiré être de gauche. Globalement. Au détail, pourquoi pas, mais alors avec modération.

Libres propos d'un inclassable

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«Vaincre ou mourir»: derrière les zélés historiens inquisiteurs, la gauche radicale

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Vaincre ou mourir est sorti ce 25 janvier dans les salles. © CHRISTINE TAMALET/SAJE DISTRIBUTION

Il est intéressant de regarder quels intellectuels ont donné du grain à moudre à la presse de gauche pour dézinguer le film Vaincre ou Mourir consacré à Charette et 1793…


Voir dans un même élan Libération, Télérama ou encore Le Monde se pousser des coudes, afin de désigner celui qui cracherait le plus fort et le plus longtemps sur Vaincre ou Mourir, a en réalité quelque chose de jouissif. Les traits sont tellement grossiers, les critiques tellement abjectes, que les papiers dégoulinent de bile enragée !  Leurs auteurs descendraient en ligne directe des assassins du Comité de Salut Public ou des milliers de bourreaux qui ont répandu le sang de centaines de milliers de Français, femmes, enfants innocents pendant la Terreur, qu’on n’en serait pas plus étonné.

La presse ne s’est pas contentée de dénigrer la qualité de « Vaincre ou mourir ». Elle accuse le film de véhiculer une idéologie, ce qui est habituellement une chasse gardée de la gauche.


C’est somme toute, logique : si, 230 ans après la Révolution, des millions de visiteurs viennent chaque année visiter le Parc du Puy du Fou, sachant pertinemment quoi y trouver, et quelle flamme du souvenir est entretenue là-bas, il n’y a rien d’étonnant à ce que quelques enragés déplorent encore aujourd’hui que l’on n’ait pas totalement exterminé les Chouans et les Vendéens, et avec eux, tous les Français courageux qui se sont rebellés contre les sanglants révolutionnaires.

Des militants politiques engagés dans la présidentielle

Mais on est en même temps peinés de voir combien ces inquisiteurs zélés manquent d’arguments. Pour tenter de faire tomber encore et encore des têtes, ils répètent en boucle, telle une litanie, ce qu’ils ont lu dans leur Bible le Puy-du-Faux (Les Arènes éditions).

A lire aussi, Didier Desrimais: Dans les colonnes infernales de “Libé”, on incendie un film sur la guerre de Vendée

Enfin, lu, probablement pas, vu les chiffres de ventes calamiteux de l’ouvrage collectif des « historiens » Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère. Malgré le battage médiatique inégalé dont ils ont bénéficié à la sortie de Le Puy-du-Faux (16900 références sur Google !), il ne s’en est écoulé que… 6 000 exemplaires, dont une bonne moitié acquise par des militants bibliothécaires zélés. En consultant les registres de certaines médiathèques en ligne, on est à peine étonné d’apprendre que l’ouvrage n’est parfois… jamais sorti des rayons.

Rien d’étonnant à cela : en réalité, Le Puy-du-Faux n’est pas un livre d’histoire, issu d’un travail d’historiens, mais un mauvais pamphlet politique rédigé par des militants de la gauche radicale ! Florian Besson, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère sont en effet coutumiers du fait : on leur doit aussi l’ouvrage Zemmour contre l’histoire, paru en février 2022 (juste avant Le Puy-du-Faux, voilà des auteurs prolixes, dévoués à la cause politique). Un ouvrage paru, lui aussi, bah voyons, en pleine campagne présidentielle. Un autre pamphlet qui, cela ne s’invente pas, est édité dans la collection « Tracts » de Gallimard. Sachant que l’ouvrage (pardon, le « Tract ») fait… 64 pages, auxquelles il faut soustraire la garde et le sommaire, et qu’ils ont eu besoin d’être douze pour accomplir ce devoir citoyen, cela donne une copie double à peine par prof d’histoire, moins long à pondre qu’un discours de Mélenchon à subir….

Mélenchon, justement : Mathilde Larrère en est l’un des plus fervents soutiens, après être passée par le Parti de gauche. Pour elle, l’histoire est ni plus ni moins un instrument politique. Mathilde Larrère soutient que “dire que l’histoire est neutre, c’est une grande arnaque pour faire passer une histoire de droite”. Autrement dit, elle assume parfaitement construire une histoire politisée, destinée à servir ses idéaux politiques. On imagine aisément ce que la donzelle pense de la monarchie, ou de l’empreinte du christianisme sur l’Occident. Si elle avait vécu aux époques dont elle parle, et se prétend experte, c’est du côté des barbares et des envahisseurs païens qu’elle aurait planté sa tente…

La religion chatouille aussi Guillaume Lancereau, spécialiste auto-proclamé de la Révolution Française. On sait quelle culotte il n’aurait pas porté pendant la Terreur. Interrogé sur le film par l’émission Quotidien (TMC), qui l’a emmené à une avant-première, il s’étonne face caméra qu’il “n’y ait pas d’autre religion que la religion catholique dans le film”. On admire l’expert, qui ignore quelles régions étaient protestantes dans la France du XVIIIe siècle… Un peu plus au sud Guillaume, un peu plus au sud ! Ou bien alors peut-être souhaitait-il que Puy du Fou Films ajoute des guerriers bouddhistes ou hindous, bardés de breloques et de boucles d’oreilles improbables, à son image ?

Cueilli devant le cinéma, notre ami Guillaume ne trouve rien d’autre à reprocher au film que l’omniprésence de la religion catholique. À tel point qu’il se surprend même à déclarer à la caméra de Quotidien “qu’on n’est pas dans un discours qui falsifie l’Histoire. C’est un discours qui raconte à partir d’éléments relativement vrais l’histoire qu’il a envie de raconter, l’histoire du peuple éternel de Vendée qui se serait dressé pour ses valeurs éternelles, la Royauté d’un côté, la religion catholique de l’autre”. Sous le charme du film, le jeune Guillaume est.

Des « historiens » jaloux du succès du Puy du Fou

« Quand on paye 15 euros des expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage », dénonçait le psychologue Jean-Luc Viaux au procès d’Outreau. Quand on demande à des militants de la gauche radicale déguisés en profs d’histoire et en universitaires de pondre un bouquin visant à démontrer que le Puy du Fou prêche le faux, on obtient un salmigondis d’idées reçues, de jugements à l’emporte-pièce et de démonstrations bancales. Le tout largement badigeonné d’aigreur, teintée d’admiration. Nos experts se sont en effet rendus deux jours sur le Parc, et en sont revenus avec « des étoiles plein les yeux » (déclaration à StreetPress). Et même, jaloux, au dernier stade (ce qui n’est jamais bon pour écrire sereinement sur un sujet…) « parce que c’est très réussi et très jouissif », confesse Mathilde Larrère !

Et de rêver de faire un contre Puy du Fou, Guillaume Lancereau « proposant un spectacle qui contiendrait les circulations transculturelles et géographiques au tout début de la modernité ». Rien qu’à lire le synopsis, on trépigne d’impatience. Ce monument, quand le visite-t-on ? En définitive, que Libération, Télérama ou encore Le Monde aient recours à un quarteron de Mousquetaires sans panache, pour tenter d’égratigner Vaincre ou Mourir, en en faisant la seule et unique source du fiel de leurs articles n’est finalement que de très logique. Et jouissif…

Le Puy du Faux - Enquête sur un parc qui déforme l'histoire

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Constitutionnaliser l’IVG?

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Il ne faut pas constitutionnaliser l’IVG, parce que « le droit » à l’avortement qui n’est nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur ».


Faut-il inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution ?

En attendant le vote conjoint des députés et des sénateurs, le 1er février, une conférence avait été organisée, pour répondre à cette question, ce vendredi, au Sénat, par le sénateur Ravier et le juriste Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Les orateurs traitèrent le sujet sous des angles différents : politique, juridique, social, philosophique. Précisant qu’elle ne se faisait l’avocate d’aucune cause partisane, Madame Le Pourhiet, universitaire, agrégée de droit public, vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel, envisagea la question sous l’angle juridique et à l’aune de « la qualité de notre droit ». Un exposé qui dissipa nos ignorances en la matière.

Une décision qui fait suite à une affaire américaine

Après avoir rappelé que la Constitution, dans ce grand pays de légistes qu’est la France, est le Contrat social de la nation, avec sa logique intellectuelle, sa cohérence, ses postulats juridiques fiables, le professeur retourna les arguments erronés, invoqués pour justifier cette constitutionnalisation.

Le premier se déduisait de l’exemple offert par l’affaire américaine de l’arrêt Roe vs Wade du 24 juin 2022. Mal compris dans son contexte, cet argument fut ensuite importé, en France, et instrumentalisé, alors que la « défédéralisation » de la question de l’avortement dont il était question, avec cette affaire, ne concernait en rien la France dont le régime politique et juridique n’est aucunement fédéral.

Le deuxième point, selon le professeur, est l’inutilité juridique de cette proposition « portant sur l’effectivité juridique de la loi. » La loi de l’IVG se rattache à la liberté, visée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme, à concilier, avec le principe, tout autant constitutionnel, de sauvegarde de la dignité de la personne humaine tel qu’on le lit dans l’article 16 du Code civil : «  la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de la vie. » Dans le cas de l’IVG, que faudrait-il faire, dit Madame Le Pourhiet, de cet article issu de la loi Veil ? Y lire son abrogation ? La liberté, on le sait, n’existe pas de manière absolue : c’est à la loi d’en fixer des bornes, comme à l’exercice de tous les droits naturels. Pour rendre possible cette proposition de loi sur l’IVG, c’est-à-dire ne pas assigner de limite au droit de l’IVG, il faudrait écrire, noir sur blanc, non des principes vagues que la jurisprudence peut modifier mais « fixer l’exercice de cette liberté et son contenu, toutes précisions susceptibles de brider, par la lettre, la Constitution ». Dernière hypothèse : faudrait-il mettre l’IVG dans un chapitre à part ? Mais tel n’est pas le rôle d’une Constitution.

A lire aussi: IVG, une saga américaine

Troisième point : où écrire cette liberté nouvelle ? Dans le titre 7 consacré à l’autorité judiciaire ? Après l’article 66 alinéa 1 sur la peine de mort ? En attendant le 66, alinéas 3 et 4 sur la corrida et l’euthanasie ? Après le droit à la vie, le droit à l’avortement ? Décidément, dit Madame Le Pourhiet, tout cela manquait singulièrement de cohérence logique, « témoignant plutôt d’une erreur d’appréciation, d’une rédaction bâclée, bref d’un militantisme constitutionnel peu propre à notre tradition de juristes. » Portalis et Carcassonne devaient se retourner dans leur tombe.

Dernier point : cette proposition de loi contrevient à l’esprit de nos lois, leur philosophie, marqué par l’humanisme de 1789. Notre conception transcendante du droit, « née d’un lent accouchement », affirme la spécificité de la dignité de l’être humain et son caractère sacré. Que devient cette conception transcendante de notre droit ? Nul doute que ce ne soit cette transcendance qui explique la gêne des promoteurs de cette de loi. Comment peut-on, en effet, concilier la dignité inaliénable de la vie humaine avec la suppression d’une vie humaine ?

Et Madame Le Pourhiet de conclure : depuis une décennie, la chose commune qu’est la République, tend à devenir, sous l’influence de la common law anglo-saxonne, une privatisation de la chose publique. La Constitution, un self service normatif obéissant au clientélisme : quel gouvernement ne propose une révision de la Constitution ? Depuis deux décennies, notre droit est passé de la verticalité à l’horizontalité, «  de la majesté gaullienne à l’étroitesse domestique ».

L’Etat de droit est devenu, pour reprendre le juriste Carcassonne, « un État des droits ».

Que conclure après avoir écouté cet exposé ? Que « le droit » à l’avortement qui n’est, rappelons-le, nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur » ni entrer dans la Constitution.

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64 ans, un horizon déjà largement fictif

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Manifestant contre la réforme des retraites, 10 janvier 2023, Paris © Eric Dessons/JDD/SIPA

Mardi 31 janvier, second round des protestations contre le projet de loi visant à repousser à 64 ans l’âge de la retraite. Notre chroniqueur comprend mal la fixette syndicale sur un âge de cessation d’activité qui dans les faits est déjà largement fictif.


J’avoue avoir du mal à comprendre cette volonté de défendre coûte que coûte un départ à la retraite à 62 ans.

En fixant à 43 annuités la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein, la loi Touraine du 18 décembre 2013, promulguée le 14 janvier suivant, et entrée en vigueur en 2020, a réglé la question : vu l’allongement des études, qui implique que personne actuellement et davantage encore à l’avenir n’entre sur le marché du travail avant 23 ans, une addition toute simple nous amène à considérer que personne, parallèlement, ne sera à la retraite avant, au mieux, 66 ans.

Mémé-tresse

Et encore, en supposant que l’on a travaillé de façon ininterrompue pendant ces 43 ans. Ce qui est de moins en moins vrai, dans un pays où plus de 30% des plus de cinquante ans est au chômage, et ce sera dans le futur tout à fait exceptionnel. Quant à l’idée de racheter les trimestres non effectués, c’est une pure fiction, dans un pays où les salaires courent en vain derrière l’inflation. À part pour une extrême minorité de cadres supérieurs et de hauts fonctionnaires, qui dans leur majorité n’aspirent pas à partir à 64 ans, mais se voient bien continuer à travailler puisqu’ils se jugent indispensables…

A lire aussi, Philippe Murer: Le mystère de la baisse du chômage

Prenons l’exemple d’un enseignant. Il est aujourd’hui recruté à Bac + 5 — soit 23 ans, à condition qu’il ait tout réussi du premier coup : et malgré la mansuétude des jurys et la facilité des concours de Professeur des écoles ou de Certifié, c’est loin, très loin d’être le cas. Alors, oyez, oyez, ô chers collègues : vous qui vous plaignez parfois après quelques mois d’enseignement, vous voici partis pour 43 ans — soit une retraite complète à 66 ans dans le meilleur des cas. Regardez bien vos élèves, ils seront quinquagénaires lorsque vous pourrez faire valoir vos droits à une concession rapide au cimetière le plus proche. Et on vous appellera mémé-tresse…

Quoi qu’on dise de l’écart théorique entre la France et les pays voisins qui ont tous des régimes différents que l’UE ne cherche même pas à harmoniser parce que de fait elle est identique, la réalité des faits est la même. Les Français en moyenne partiront au même âge que les Allemands, qui vers 2031 seront à la retraite à 67 ans. Comme aux Pays-Bas. 

Partout en Europe les législations ont évolué en fonction de l’allongement de l’espérance de vie. Il s’agit de maintenir la durée de versement des retraites au même niveau — disons en moyenne une douzaine d’années, quatre ou cinq ans de plus pour les pensions de réversion. C’est tout à fait soutenable. La fiction bien française selon laquelle la retraite est une seconde vie est justement cela — une fiction.

La trouille de la mort

Comment se fait-il que l’on proteste tant contre le relèvement de l’âge de départ, alors que nous n’avons pas entendu les syndicats hurler en 2013 ? Ça ne peut pas être parce qu’alors, c’était la gauche qui était au pouvoir, quelle mauvaise pensée…

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La solution la plus évidente serait d’instaurer un système de retraite à la carte. J’ai été assez dépité de devoir quitter mes élèves à 67 ans, après 49 ans de cotisation. Je me sentais bien d’enseigner encore trois ou quatre ans. Mais je reconnais que nombre de mes collègues — et c’est la même chose dans la plupart des professions — sont complètement grillés à 60 ans, et passent les dernières années à psalmodier des cours usés jusqu’à la corde. Le surplus volontaire des uns pourrait compenser le départ des autres, chacun s’éclate comme il l’entend. Et j’entends très bien que certains travailleurs manuels sont usés à 50 ans. Qu’ils prennent alors de plein droit une retraite où ils jouiront de leur pension au prorata de ce qu’ils auront cotisé — le gouvernement s’engageant, comme il le fait en ce moment, de garantir un montant en dessous duquel on ne pourra descendre. Par exemple les 600 euros que Benoît Hamon prévoyait dans son système de revenu universel… 

L’épopée de Hamon aura au moins appris au PS ce qu’il en coûte de bourrer les urnes — mais non, il n’a rien appris !

En définitive, c’est probablement la crainte de la mort — inéluctable, je ne vous apprends rien — qui est le moteur de ces protestations. Vivre, vivre enfin en attendant que la Camarde toque à la porte. Signe indubitable que trop de gens font un métier qui ne les passionne pas, et attendent impatiemment le jour où ils auront le droit de regarder le temps qui passe — et la faux qui se rapproche. Que n’ont-ils vécu durant leur vie ! Carpe diem, camarades — et cessez de gémir : c’est un sport national qui prend des proportions dantesques, chacun trouvant matière à se plaindre. Prenez du plaisir avant la retraite — car je vous le dis, quand vous aurez cessé de travailler, quand les rhumatismes, l’arthrose et autres désagréments invalidants se rappelleront chaque matin à votre bon souvenir, ce sera une plus ou moins longue glissade vers les planches de sapin de notre destin commun.

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Suède: vous ne viendrez plus chez nous par hasard

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Affiche de campagne de Jimmie Åkesson, du parti nationaliste des Démocrates de Suède, sur un bus, à Göteborg, en août 2022. "Göteborg doit être sécurisée". Le parti a depuis remporté les élections législatives. © Jeppe Gustafsson/Shutterstock/SIPA

À Stockholm, Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au parlement, entend lancer une campagne internationale invitant les migrants à rester chez eux. Analyse.


Il y a quatre mois, la droite remportait les élections législatives en Suède, avec le soutien des Démocrates de Suède, une sorte de Rassemblement national nordique. Le parti, qui avait obtenu 20% des suffrages, n’est pour l’instant pas représenté dans le gouvernement mais son soutien est nécessaire pour que tienne la coalition conservatrice.

Message anti-immigrationniste diffusé par le gouvernement australien D.R.

L’exemple australien

Au moment même où le pays d’Ikea vient de récupérer la présidence tournante de l’Union Européenne, la formation droitière semble peser de tout son poids sur la ligne du gouvernement puisque Maria Malmer Stenergard, la ministre de la Migration et Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au Parlement, viennent d’annoncer le lancement de campagnes de sensibilisation visant à décourager les migrants de s’installer dans le pays.

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Ces campagnes de sensibilisation seront adressées notamment aux ambassades étrangères en Suède. Elles pourraient ressembler aux campagnes lancées par l’Australie, qui avaient fait un peu de bruit au milieu des années 2010. Sous l’impulsion du premier ministre Tony Abbott, le pays avait très largement diffusé le message (en Iran, en Afghanistan, au Sri Lanka et au Vietnam notamment) selon lequel les garde-frontières n’iraient pas repêcher les migrants clandestins.

Le « modèle » australien a été plusieurs fois loué par Marine Le Pen. Eric Zemmour en avait aussi fait cas à l’automne au moment de l’affaire de l’Ocean Viking. Le message très ferme a sans doute contribué à réduire drastiquement le nombre de boat people et de drames humains au large de l’Australie. Cette communication a été accompagnée par une politique de « sous-traitance » de la rétention des demandeurs d’asile dans des îles voisines (Nauru, Papouasie Nouvelle-Guinée), Le Monde précisait au prix de combien d’entraves au droit international cette politique australienne était appliquée et combien elle était inapplicable en Europe… Depuis, et malgré les critiques émises par Amnesty International contre l’Australie, le centre-gauche danois et le Royaume-Uni de Boris Johnson se sont largement inspirés de cette sous-traitance de la rétention, assurée par le Rwanda.

Un pays remodelé par l’immigration depuis 20 ans

Pays presque aussi vaste que la France métropolitaine mais peuplé comme le Portugal, la Suède est devenue au fil des décennies une terre d’asile, très sensible à la question des droits de l’homme. Hongrois, Tchécoslovaques, Chiliens y ont trouvé refuge pendant la guerre froide. Les guerres de Yougoslavie, la déstabilisation du Moyen-Orient ont entraîné d’autres vagues migratoires, plus massives. Désormais, 20% de la population du pays est née à l’étranger, alors que cette proportion s’élève à 11% dans l’ensemble de l’Union Européenne. Limitée à 2% au début des années 2000, la population non-occidentale est passée à 15%.

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Lors de la crise migratoire de 2015, c’est la Suède qui accueillit le flux migratoire le plus massif. Outre les liens traditionnellement forts avec les autres pays nordiques, ce sont désormais des populations venues d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie et d’Erythrée qui alimentent les flux migratoires. Cette poussée migratoire a des effets sociologiques non négligeables : quand on s’intéresse au sex ratio du pays, c’est-à-dire la proportion d’hommes et de femmes dans une même population, on s’aperçoit que la Suède comptait en 2016 123 hommes pour 100 femmes (un déséquilibre peut-être pas sans lien avec l’accumulation de faits divers sordides qui ont touché le pays).

À deux doigts d’imiter la gauche danoise

Car malgré la bonne volonté au départ d’une population autochtone réputée pour sa tolérance (pour ne pas dire ses aspirations wokistes) et les largesses de la social-démocratie suédoise, c’est un constat d’échec qui est fait, y compris par le précédent gouvernement de gauche. En avril dernier, le pays a été touché par une quinzaine de jours d’émeutes à la suite de la visite d’un leader politique danois provocateur, Rasmus Paludan. Dans des quartiers populaires, des hommes mais aussi des femmes et des enfants se sont attaqués à tout ce qui pouvait représenter l’autorité de l’État suédois, à coup de jets de pierre contre les policiers et les pompiers et d’incendies de voitures. La première ministre de centre-gauche de l’époque, Magdalena Andersson, dressait un tableau national peu réjouissant, à base de criminalité juvénile, de violences entre gangs mafieux et d’islamisme triomphant. Grande ville du Sud du pays, Malmö a vu se multiplier les actes antisémites, bien souvent commis par de jeunes hommes du Moyen-Orient. Depuis les élections de septembre, la Suède s’attire les foudres des médias occidentaux, alors qu’elle aura cru aussi longtemps que possible (et notamment en 2015) à son idéal d’accueil. En réalité, la droite suédoise n’est jamais que sur le point d’imiter la politique de la gauche danoise, qui a, elle, su rester au pouvoir lors des législatives de 2022, en appliquant la politique migratoire la plus drastique d’Europe de l’Ouest et en reléguant les partis divisés de la droite « populiste » à 10%.