Accueil Site Page 751

Drag queens: elles sont partout!

En Amérique, les drag queens ont envahi l’espace public. Et cela ne doit rien au hasard… Autrefois figures nocturnes et festives, elles sont devenues des figures politiques. Elles pourraient carrément occuper le devant de la scène de la prochaine élection présidentielle américaine.


En Amérique du Nord, on croirait que les drag queens ont littéralement envahi l’espace public. Maintenant, les drag queens sont partout, des émissions de télé aux derniers défilés en passant par les écoles où elles sont parfois chargées d’animer des activités. Évidemment, le tout en bonne partie grâce à l’argent de contribuables qui n’ont jamais voulu de ce vaste programme.

Le 6 février, nous avons même appris que le légendaire Carnaval de Québec – festivités hivernales remontant à 1894 – avait pris l’initiative d’interrompre la très réactionnaire tradition des duchesses, ces «miss» choisies pour incarner l’événement.

«Finies les duchesses, place maintenant aux drag queens et aux drag kings! Leur art flamboyant est à l’honneur cette année, célébré sur un char allégorique pour la toute première fois», se réjouit le journal Le Devoir.

Des figures de scène aux figures militantes

Interprétées par des hommes, les drag queens remplacent les femmes partout où elles peuvent dans un curieux renversement du féminisme. Aujourd’hui, on défend moins les droits des femmes que ceux des trans, nouveaux chouchous de l’establishment.

A lire aussi: Marguerite Stern et Dora Moutot: «Le féminisme actuel a été parasité par l’idéologie transgenre et queer»

Célébrées par le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et une foule de politiciens, les drags queens sont plus demandées que le père Noël, ce personnage patriarcal de race blanche qu’il vaudrait peut-être mieux oublier au nom du progrès.

Autrefois de colorées et burlesques figures de cabaret, des figures nocturnes et festives défendues par des Charles Aznavour, un nouveau rôle leur a été confié: représenter l’idéologie trans, partager la bonne nouvelle de la déconstruction du «genre», un puissant courant social auquel les enfants et adolescents sont de plus en plus exposés. Généralement au détriment de leur équilibre psychologique.

Vers le transhumanisme

Je rappelle que le transgenrisme nie l’existence des deux sexes, proposant d’abolir les frontières entre le masculin et le féminin. Le transgenrisme rejette la «binarité» sexuelle pour mieux creuser le lit du transhumanisme, une idéologie qui vise «l’amélioration» de l’espèce humaine au moyen de la technologie.

Le corps humain est vu comme un objet destiné à être modelé, comme un simple avatar pouvant être modifié et reconfiguré selon ses aspirations personnelles. Autrement dit selon ses fantasmes. Sans toujours le réaliser, les drags sont devenues les porte-paroles de cette idéologie loin d’être subversive ou antisystème.

Une industrie capitaliste

Car comme l’a bien relevé Libre Média, en Amérique du Nord, le changement de sexe des adultes, mais aussi des enfants étiquetés comme «trans» est soutenu par une florissante industrie médicale et pharmaceutique qui a fait de la diversité son fonds de commerce. C’est très payant, la diversité sexuelle.

La liste des dix principaux contributeurs aux causes transgenres aux États-Unis en 2017-2018 (qui représentaient ensemble 55% de tous les financements) montre le rôle central occupé par Big Pharma dans ce nouveau marché du corps humain.

L’étude du «genre» est aussi devenue un domaine de recherche (ou plutôt d’endoctrinement) à part entière dans des dizaines d’universités occidentales, et certaines sont parmi les plus prestigieuses.

A lire aussi: Réforme des retraites: une étrange omission

Tous les jours aux États-Unis, des médecins sont grassement payés pour opérer des jeunes à qui l’imaginaire ambiant a fait croire qu’ils n’avaient pas le bon corps. Pour cette raison, plusieurs États comme la Floride ont commencé à légiférer pour encadrer sinon interdire certaines pratiques comme le fait de prescrire à des mineurs des bloqueurs d’hormones et de puberté. La question polarise de plus en plus les Américains et risque de s’inviter dans la prochaine campagne présidentielle.

Le wokisme triomphant

La prolifération des drag queens n’est pas la valorisation d’un art de scène un peu olé olé. C’est l’imposition du wokisme à toutes les sphères de la société. Surtout, c’est l’intrusion de la théorie du genre dans l’univers des enfants, une idéologie dont les effets peuvent être pour eux catastrophiques sur le plan psychologique, et irréversibles sur le plan corporel.

Quand il s’agit d’amputer un enfant d’une partie de son corps, le transgenrisme n’est rien d’autre qu’une boucherie criminelle. Il est temps de revenir à la raison.

Un québécois à Mexico: Récit d'un double choc culturel

Price: ---

0 used & new available from

Théâtre du Nord, théâtre mort

L’impayable David Bobée a repris les rênes du théâtre du Nord en 2021. Causeur vous dévoile la programmation à venir…


Les Lillois qui apprécient l’art théâtral susceptible de bousculer les codes sont de petits veinards.

Après avoir déconstruit le Dom Juan de Molière, jugé trop viril et violent, en « dégenrant » ou « racisant » certains personnages pour dénoncer les rapports de domination, le sexisme et la glottophobie (discrimination via les langues ou les accents), David Bobée, le directeur du Théâtre du Nord, a prévu deux attractions qui devraient combler les spectateurs progressistes les plus exigeants. Ces derniers pourront voir, fin février, un spectacle intitulé « Prolo not dède », la rencontre entre deux « transfuges de classe », deux « porte-voix des invisibles », deux artistes prolétaires dénonçant le « racisme de classe » et prêts à bouffer du bourgeois pour « venger leur race », j’ai nommé… Corinne Masiero (alias Capitaine Marleau) et… Édouard Louis, l’écrivain « qui couche sa vie dans ses romans pour qu’elle devienne matière à réflexion sociologique », sans doute un futur nobélisable. Il sera question de la violence sociale, des violences faites aux femmes et même des « silences complices », lesquels seront toutefois brisés par une musique du genre tonitruant grâce aux Vaginites, un « trio féministe électro-punk [1] ». Bobée avertit les bourgeois du Nord : « Si t’es allergique au parlé prolo, faut pas venir ! » Ceux qui auront su vaincre leurs préjugés et apprécier ce premier spectacle pourront, en mars, reprendre une ration de théâtre nombriliste. Le metteur en scène Milo Rau et… Édouard Louis présenteront « The Interrogation » et, donc, s’interrogeront : « Est-ce que l’art peut être plus qu’une simple analyse et une reconstitution de la vie ? Ou l’art n’est-il que le témoignage de notre incapacité à nous libérer de notre condition ? » et tout ça. Il est promis des « émotions fortes » pouvant déclencher « l’empathie et la solidarité ».

Assurons les véritables amateurs de théâtre de Lille de toute notre compassion.


[1] Toutes les citations proviennent du site web du Théâtre du Nord.

Il ne faut pas surestimer les Russes

Alors qu’une nouvelle offensive russe est attendue avec le printemps sur le front ukrainien, notre penchant à surestimer les capacités de l’armée russe est de retour. Analyses.


La communauté américaine du renseignement a vu juste. Dès 2021 elle a percé avant tout le monde les véritables intentions russes, à travers ce que Churchill avait appelé « un rempart de mensonges » (« In wartime, truth is so precious that she should always be attended by a bodyguard of lies » « En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle doit toujours être protégée par un rempart de mensonges »), c’est-à-dire la dissimulation. En revanche, les spécialistes américains – rejoints sur ce point par presque tous les autres, y compris chinois – se sont lourdement trompés en surestimant les capacités militaires de la Fédération de Russie. Même s’il est vrai qu’il vaut mieux surestimer que sous-estimer l’adversaire, cela reste une erreur, reconnue par les Américains. À leur décharge il faut dire que Poutine lui-même a surestimé ses forces armées ! On peut ajouter un effet de projection (les Russes auraient dû apprendre de leurs erreurs en Géorgie en 2008, comme nous l’aurions fait à leur place) et une longue tradition (pendant la Guerre froide, l’Occident a systématiquement surestimé le renseignement et le matériel des Soviétiques, ce qui explique par ailleurs la surprise de la chute de l’URSS).

Un soi-disant rapport du Mossad

Ces dernières semaines, malgré un mea-culpa généralisé, on peut discerner de nouveau une tendance à surestimer les Russes. Ainsi on peut lire que les Russes ont massé une force énorme composée de soldats nouvellement formés et équipés de quantités de chars, canons et avions et que cette force s’apprête à lancer une attaque contre l’Ukraine. Selon le bimestriel Foreign Policy, les Russes auraient rassemblé 1800 chars, 700 avions et des centaines de milliers d’hommes issus de la « mobilisation partielle » de l’automne [1]. D’autres articles alarmistes se sont succédé, et comme une dynamique de rumeur, les chiffres ont encore gonflé. En même temps, un soi-disant « rapport secret du Mossad » révélant des lourdes pertes ukrainiennes, circulait, essentiellement sur les réseaux sociaux.  Pour ne pas devenir bipolaire à force de faire des va-et-vient entre sur et sous-estimation des forces russes en présence, il faut essayer de s’en tenir aux faits et à l’analyse de ce qui s’est vraiment passé sur le terrain depuis le 24 février 2022. 

À partir de l’analyse des récentes opérations russes à Kreminna, Bakhmout et Vouhledar, on peut constater et affirmer que les avancées russes, lorsqu’elles sont réussies, comme à Bakhmout, ne sont qu’incrémentielles. Il n’y a jamais eu de véritable percée (encore moins l’exploitation d’une percée), et les pertes en hommes et matériel (blindés et aéronefs) sont extrêmement élevées. De plus, à l’inverse des Ukrainiens, nous n’avons pas vu d’unités russes exécuter un manœuvre interarmes qui permettrait de changer rapidement et radicalement la donne sur le champ de bataille, jusqu’à présent.

Or, l’exécution d’une grande offensive interarmes est extrêmement difficile et rien ne permet d’affirmer que les Russes maitrisent cet art. L’exemple le plus frappant et récent nous a été donné lors de l’attaque russe autour de Vouhledar fin janvier / début février. Cette opération a démontré que même les meilleures unités, parmi les mieux entraînées et équipées de l’armée russe (comme l’infanterie de Marine), n’en sont pas capables.

Et puis, il y a la logistique…

Si on peut constater que les Russes arrivent à approvisionner correctement leurs unités d’artillerie, rien ne permet d’affirmer qu’ils sont capables de ravitailler et soutenir logistiquement des centaines de milliers d’hommes et des milliers de blindés en mouvement pendant un engagement plus long et plus dur, sur un front long de centaines de kilomètres.   

Pour entrer dans le détail, rappelons que les grands dépôts russes sont situés hors de portée des HIMARS, c’est-à-dire à des dizaines de kilomètres derrière leurs « clients », les unités de manœuvre et de feu. En conséquence, près du front, les Russes disposent de petits dépôts, éparpillés, et ils doivent compter sur un approvisionnement en flux tendu par des camions faisant la navette depuis les grands dépôts. Dans ces conditions, soutenir une percée exigerait des capacités d’organisation des hommes et du matériel (un grand nombre de camions, de camions citernes, de remorques) que les Russes n’ont pas encore démontré avoir. Quand une armée n’arrive pas à approvisionner régulièrement ses forces qui avancent, alors non seulement elle cesse d’avancer (à court d’essence et de munitions) mais elle devient la proie facile à des contrattaques.

L’idée que les Ukrainiens vont être écrasés par un rouleau compresseur russe exécutant une offensive massive et bien planifiée est donc assez improbable, surtout tant que le pays attaqué demeure alimenté par des renseignements américains et occidentaux de grande qualité. La semaine dernière, le Wall Street Journal détaillait le partage des renseignements américains avec l’Ukraine, dont on sait qu’il a lieu depuis le printemps 2022 [2]

« More of the same »

On a beaucoup parlé de l’apprentissage militaire russe, et de l’importance que cela aura pour toute offensive majeure. Il y a certainement eu des signes d’adaptation de la part de l’armée russe, comme l’éloignement des dépôts. Mais fondamentalement, l’essentiel n’a pas changé. Leurs unités blindées sont incapables de lancer les types d’offensives auxquels beaucoup s’attendaient avant la guerre, et leur armée de l’Air est toujours incapable de maitriser le ciel au-dessus du champ de bataille. Si adaptation il y a eu, c’est justement celle qui a conduit les Russes à utiliser artillerie et infanterie pour réaliser des avancées lentes et couteuses. Les deux dernières semaines, marquées par des pertes russes massives, démontrent que cette manière de se battre n’est pas l’apanage de Wagner et de ses soldats-prisonniers.

Ce à quoi il faut s’attendre, c’est : « more of the same », une accélération du rythme de ce que les Russes ont fait au cours des dernières semaines et des derniers mois. Tant que l’Ukraine dispose de suffisamment de munitions (c’est, pour ce pays attaqué, toujours la considération clé), ces offensives russes massives devraient pouvoir être contenues. On peut même avancer que l’Ukraine a intérêt à voir les Russes dépenser leurs ressources de cette manière.

Tout repose donc sur la résilience de l’Ukraine et de l’alliance qui la soutient, car la Russie n’a pas encore trouvé la clé du coffre-fort.   


[1] https://foreignpolicy.com/2023/02/08/ukraine-russia-counteroffensive-abrams-tanks-putin-war/

[2] https://www.wsj.com/livecoverage/ukraine-zelensky-biden-congress-washington-trip-russia/card/u-s-has-eased-intelligence-sharing-rules-to-help-ukraine-target-russians-6pgEkPNCQRX8z4KBu4V4

La Vendée à l’honneur

0

«Vaincre ou mourir», comme une lueur d’espérance.


Dans une période où les sujets graves abondent, ne faut-il pas voir comme un heureux signe qu’un film – un simple film – fasse l’actualité ?  Je veux parler de Vaincre ou mourir.

Il est rare qu’un film suscite un tel débat. Tel est pourtant le cas de celui réalisé et produit par Le Puy du Fou. Mais, à mon sens, voilà qui n’est pas le fruit du hasard ou de la chance. Ce film arrive au bon moment et est le signe de quelque chose qui le dépasse infiniment. Vaincre ou mourir est un triple symbole.

Symbole d’une France fière de son histoire qui de siècle en siècle a été écrite par des héros qui sont autant de modèles.  Héros que l’on admire car ils ont su tout donner animés par l’honneur, la fidélité, le respect de la parole donnée, le courage physique et mental. Charrette comme les autres combattants de la cause vendéenne était de ceux-là. A peine mort, il est entré dans la légende et deux cent trente ans après les évènements il est toujours un exemple. Il est de la race des héros dont on aime faire des films que l’on revoie, de ceux que l’on retrouve dans la Cité de l’Histoire créée il y a peu à La Défense. Ce film est la réponse à toutes les tentatives de gommer notre histoire de France. La France au contraire la revendique, d’où le succès du film alors même qu’il est en dehors des grands circuits habituels et « dérange » une partie des critiques. L’enthousiasme du public en dit plus que les critiques idéologiques.

Ce film est aussi le symbole d’une province qui depuis le génocide ordonné pour l’exterminer a toujours souhaité marquer son identité. Être fier d’être vendéen. En être fier car cette fierté a été payée par plus de 400 000 morts. A l’heure où certains voudraient voir disparaitre les identités nationales, la Vendée revendique aussi une identité locale. Ce film rappelle qu’il y a des différences notables d’une région à l’autre. Les Vendéens sont uniques et ont payé cette identité de leur sang versé. L’épopée commencée en 1793 est celle de tout un peuple qui a réagi. Cette volonté très forte anime toujours la Vendée qui demeure en France une des régions les plus dynamiques, au taux de chômage inférieur à la moyenne nationale, à la croissance économique supérieure. Ce film a donc trouvé dans les bocages de l’ouest le terreau qui lui fallait et il en incarne le dynamisme. Mémoire et futur y sont intimement liés.

J’en viens à mon troisième point. Ce film me parait être aussi à l’image d’une nouvelle génération qui se lève et qui reprend son destin en mains. Exactement comme il y a 40 ans il fallait redécouvrir une forme de la culture populaire (ce qui fut réalisé par la création, le succès et la croissance du Puy du Fou), il convient désormais de réinvestir tous les pans de la société. Régulièrement remontent vers moi les initiatives de jeunes entrepreneurs qui s’engagent dans les domaines économiques, culturels, de la santé, de l’éducation, demain politiques. Toujours avec succès car ils sont animés du souci du bien commun. Ce film est à cette aune. Il marque un renouveau. Qui aurait pu penser qu’un secteur aussi encadré que celui de la création cinématographique pouvait être bousculé par des initiatives individuelles animées par une intense volonté de faire bien et mieux ? Cette victoire de la volonté est à féliciter.

Vaincre et mourir apparaît bel et bien comme le film d’une espérance retrouvée d’une nouvelle France qui compte gagner et reprendre sa place, dans tous les domaines, dans la vie sociale et dans le concert des nations.

Bars à coquillettes et kebabs: la gastronomie française mondialisée

0

Alors que l’hécatombe des bistrots d’autrefois continue, de nouveaux concepts de restauration, qu’on jugera pratiques ou ridicules selon sa propre sensibilité, prolifèrent dans le pays.


Sans chercher à dénigrer les coquillettes, qui sustentent petits et grands, réjouissant les plus fortunés comme les plus démunis par toutes les saisons, l’idée d’un bar consacré exclusivement à cette petite pâte creuse en forme de demi-lune n’a pu germer que dans l’esprit retors d’un ancien étudiant en école de commerce cherchant à réaliser les plus grosses marges du secteur de la restauration.

Jusqu’au 5 février prochain, vous pourrez donc déguster les coquillettes sous toutes leurs formes dans un « pop-up store » situé rue Saint-Denis et exclusivement dédié à ce produit ménager que tous les étudiants de France possèdent dans leur placard. Pour la modique somme de 12,90 euros, vous aurez l’insigne privilège de repartir avec un bol en carton – il n’y a pas de petites économies -, dans lequel se trouvera un plat d’une simplicité biblique « revisité » et surtout rebaptisé avec un nom en franglish comme le Coqui’chicken boursin qui doit utiliser cet autre standard de la gastronomie française qu’est le fromage à tartiner du même nom.

Le mono-produit présente de nombreux avantages

Il n’en fallait évidemment pas plus pour que quelques internautes facétieux se moquent de cet énième concept, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, puisque Toulouse peut déjà se targuer d’avoir un restaurant permanent dont le chef n’est occupé qu’à la difficile confection de recettes employant les coquillettes comme ingrédient principal. Ainsi, une internaute a proposé d’ouvrir un bar à pain de mie où le client tartinera lui-même avec les « toppings » de son choix. Idée géniale s’il en est puisque ce restaurant ne nécessiterait qu’un personnel en nombre limité, le client accomplissant lui-même une bonne part du travail. L’Hippopotamus, le Buffalo Grill cher à Emmanuel Macron, et le Diners à l’américaine des aires d’autoroute ont donc désormais leurs homologues des quartiers-dortoirs estudiantins et des salariés du tertiaire, à Paris comme dans les métropoles provinciales.

A lire aussi: France qui bosse, France qui glande

Des concepts de ce type, qu’on jugera pratiques ou ridicules selon sa propre sensibilité, fleurissent un peu partout en France. La France découvre un type de restauration jusqu’alors réservé à l’Asie ou aux Etats-Unis, hors quelques exceptions comme la chaîne familiale des Relais de l’Entrecôte, où la traditionnelle carte et les menus sont remplacés par un produit décliné en plusieurs recettes. Ceux qui connaissent un peu le monde de l’entreprise auront vite compris le filon. Le mono-produit présente en effet de nombreux avantages concurrentiels. Il demande moins de travail une fois le concept rôdé, n’exige pas un personnel très formé en cuisine, et, last but not least, permet de réaliser d’importants profits.

Même les chefs s’y mettent

Ces raisons poussent donc de nombreux jeunes entrepreneurs à lancer des établissements du genre, mais également des grands chefs qui voient là une occasion de rentabiliser le reste de leurs activités. Certains le font avec succès et lancent des franchises qu’on finira immanquablement par retrouver dans les halls de gares. Citons notamment Michel Sarran, restaurateur doublement étoilé et ancien juré de Top Chef, qui a exporté avec bonheur un peu partout dans l’hexagone son « Croc’Michel ». D’autres ont connu des revers, à l’image de l’Aveyronnais Michel Bras dont les crêpes coniques n’ont pas su faire oublier l’aligot.

Qu’il s’agisse du croque-monsieur, du sandwich au pastrami de la gastronomie juive d’Amérique du Nord, des bo-buns vietnamiens, des paninis transalpins, des gaufres aux formes les plus originales (allez faire un tour dans le Marais pour les découvrir), ou bien sûr de cette création franchouillarde qu’est le tacos banlieusard fourré aux cordons-bleus du Père Dodu, il y a une visée commerciale qui signe aussi malheureusement un appauvrissement culturel et s’appuie sur la livraison à domicile par les plateformes de type Uber Eats. Les confinements dus à l’épidémie de coronavirus ont évidemment renforcé le phénomène mais il serait faux d’affirmer qu’ils en sont la cause unique et le fait générateur.

La gastronomie de la France d’avant disparait

La disparition des bistrots et cafés est une tendance lourde depuis plusieurs décennies. Une étude Statista produite par Tristan Gaudiaut le 5 mai 2020 le montrait très clairement [1]. La France avait 200 000 débits de boisson en 1960, on n’en décompterait plus que 38 800. Pis encore, entre 2010 et 2016, la France a encore perdu 10 000 établissements. Dans les zones rurales, c’est une véritable hécatombe. Il n’est d’ailleurs qu’à se promener dans des villes moyennes de la France dite des préfectures pour en sortir profondément triste – on y trouvera désormais plus facilement kebabs et pizzerias que restaurants traditionnels. Si plus de la moitié des cafés ont disparu en 20 ans, c’est parce qu’il est très difficile d’en faire des entreprises prospères et rentables.

A lire aussi: Vers l’effondrement de la filière sucre française

Paris est aussi touchée. La hausse spectaculaire des loyers couplée à l’apparition de groupes ayant pour stratégie la multiplication de franchises imposent une pression intenable pour le tenancier d’un bistrot familial. Mais il n’y a pas que ça. Il est malheureusement désormais difficile de trouver à Paris comme dans le reste de la France des restaurants bon marché où le choix ne se résume pas à une carte estampillée « Metro » (où vous aurez droit aux mêmes « burgers », salades dites « César », tartares, etc.). La cuisine régionale n’est plus qu’un lointain souvenir, de même que le répertoire bourgeois hérité d’Auguste Escoffier. Ces recettes demandent beaucoup de travail et des produits de qualité. Plus personne ne veut de plats mijotés qui nous obligent à nous installer à table avec une serviette et des couverts. Du reste, les goûts se sont de plus en plus mondialisés, les cartes présentant souvent un mélange d’influences asiatiques, italiennes et américaines, la France se retrouvant avec la portion congrue.

La civilisation française est mortelle

Dans une société liquide et nomade, la cuisine sédentaire ne fait plus vraiment recette. En recherche de terroir et de traditions, les Français s’abandonnent parfois aussi à une forme de caricature, où seule la viande est honorée, négligeant soupes, légumineuses, tartes et autres poules au pot. Les orgies rabelaisiennes de l’humoriste Jason Chicandier en témoignent. Mais que ces quelques excès soient pardonnés, car nous en sommes arrivés à un stade terminal où il semble qu’il faudra bientôt éditer des guides des restaurants authentiquement français pour que les touristes étrangers puissent encore s’y retrouver ! Je force le trait, mais la tendance est réelle. Massimo Mori, chef italien et propriétaire du Mori’s Bar à Paris, l’explique : « La cuisine italienne souffre d’être dénaturée à l’étranger, mais la cuisine française se mondialise en France. C’est triste. Vous avez pourtant une cuisine régionale fabuleuse. J’ai peur qu’elle ne sombre dans l’oubli ».

Si les civilisations sont mortelles, les gastronomies le sont aussi. Quelques chefs font de la résistance. Le Café des Ministères dans le septième arrondissement ou encore un Yves Camdeborde mettent à l’honneur la France éternelle, pas une France figée dans le passé, mais une France qui connait encore les classiques de ses grands-mères paysannes sans s’interdire de les dépoussiérer. Aidons-les et avec eux tous les jeunes chefs qui ne veulent pas passer leur vie à préparer des coquillettes au jambon !

Le non du peuple

Price: ---

0 used & new available from

Gabriel Robin est essayiste (Le Non Du Peuple, Cerf) et directeur de l’Agence Monceau, il travaille avec plusieurs chefs.


[1] https://fr.statista.com/infographie/21597/evolution-du-nombre-de-bistrots-et-cafes-en-france/

Pourquoi le Maroc a-t-il rappelé son ambassadeur?

0

Le 19 janvier, le parlement européen adoptait une résolution intitulée «La situation des journalistes au Maroc, en particulier le cas d’Omar Radi». Cette résolution demande notamment au Maroc la remise en liberté provisoire de ce journaliste. Elle a pour double conséquence de questionner le rôle du parlement européen et de tendre un peu plus les relations entre la France et le Maroc, ce dernier ayant rappelé son ambassadeur auprès de la République française… Analyse.


Cofondateur du Desk, média marocain en ligne, Omar Radi est né en 1986 à Kénitra, près de Rabat. En 2021, alors accusé de viol et d’espionnage, il est condamné par son pays à six ans de prison ferme. Reconnu coupable de « viol et atteinte à la pudeur d’une femme avec violence » et « atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’État », sa peine fut confirmée en appel le 3 mars 2022. Le vote du parlement européen a été très mal reçu au Maroc et son parlement a immédiatement réagi lors de sa séance plénière du 23 janvier, dénonçant une campagne d’accusations « fallacieuses » et une ingérence dans son système judiciaire.

Afin de comprendre la portée de cette résolution, il convient de rappeler et de bien comprendre quelles sont les compétences du parlement européen. Ayant pour rôle de représenter les citoyens des pays membres de l’Union européenne, il dispose d’une triple compétence : législative, budgétaire et de contrôle de l’exécutif, c’est-à-dire de la Commission européenne. Il peut également émettre des résolutions, illustrant une position commune des députés européens et demandant souvent, sans aucune valeur contraignante, à ce que certaines mesures soient prises en conséquence. L’absence de valeur contraignante permet donc au parlement de s’adresser aussi bien aux États membres, qu’à une institution de l’Union ou à une organisation tierce, que ce soit un pays hors de l’UE ou une organisation « civile » etc.

Deux poids deux mesures

Juridiquement la résolution adoptée le 19 janvier n’a pas de valeur. Elle revêt en revanche une symbolique particulière. En effet, cet avis du parlement qui attaque sans faux semblant le Maroc a été adopté en même temps que d’autres résolutions portant sur des situations internationales bien plus préoccupantes comme les conséquences humanitaires du blocus dans le Haut-Karabakh, les crimes d’agression contre l’Ukraine ou encore les exécutions en Iran. Il s’agit là d’un message très osé : l’UE met au même niveau le système judiciaire chérifien que les exécutions iraniennes et d’autres situations dramatiques.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le dîner du vaniteux

Au Maroc, l’opinion a été touchée dans son ensemble et les réactions ont émané spontanément de toutes les catégories socio-politiques. Les médias locaux relatent une ingérence étrangère dans le système judiciaire local.  Il est également question d’arrogance et certains, sur les réseaux sociaux, évoquent une attitude « colonialiste » de la part de l’Europe. De même, il s’agirait de faire oublier le récent scandale de corruption Qatar/UE, en même temps qu’une concertation des adversaires du Maroc. La situation est perçue comme un « deux poids deux mesures ». La France est également la cible des articles de ces derniers jours. Les plus virulents affirment sa culpabilité, d’autres lui reprochent son ambiguïté. Il est notable qu’en France, cette actualité soit passée quasiment inaperçue jusqu’à présent, preuve d’un oubli des fondamentaux de nos relations internationales dans la sphère médiatique.

Une ingérence

Le parlement marocain, dans la même logique, reçoit avec beaucoup de « ressentiment cette recommandation qui a mis à mort la confiance entre les institutions législatives marocaines et européennes », qui risque de « nuire aux acquis accumulés au fil de décennies d’actions communes ».  Les mots sont forts et bien choisis, le Maroc menace presque l’Union européenne qui ne devrait pas avoir la vanité de penser qu’elle peut se priver d’un tel partenaire, notamment sur les plans économique, géopolitique et sécuritaire. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) note lui une ingérence européenne et rappelle que les journalistes condamnés, et au premier rang desquels Omar Radi, le sont au regard du droit commun et qu’en aucun cas ils ne seraient des prisonniers d’opinion. Le CSPJ considère le texte du parlement européen comme « une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire » et se targue d’une leçon de démocratie en expliquant ainsi à l’Union européenne que l’indépendance de la justice est une valeur fondamentale qu’elle ne devrait pas ignorer…

De même, l’économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences juridiques, Economiques et Sociales de Fès, Abderrazak Ek Hiri affirme que l’action du parlement européen « cible directement les avancées économiques et géopolitiques du Royaume du Maroc et ne fait qu’entacher [sa] crédibilité (…) et instaurer un climat tendu dans un environnement extrêmement complexe ».

Cette résolution aura donc fait grand bruit et ses conséquences concrètes se dessineront petit à petit pour la France comme pour l’Europe. Le parlement marocain a en effet affirmé « reconsidérer ses relations avec le parlement européen et de les soumettre à une évaluation globale ».

Une résolution pourtant non contraignante

Cette résolution, sans valeur contraignante, est éminemment politique. Il est étonnant qu’elle intervienne néanmoins dans un contexte où les relations du Maroc avec l’Union européenne tendent à se dégrader. En effet, depuis 2016 notamment, la Cour de justice de l’Union européenne est plusieurs fois sortie de ses compétences et a émis d’autres décisions mal reçues au Maroc dans des affaires d’accords commerciaux en matière d’agriculture et de pêche. Ces décisions, qui n’ont pas eu de conséquences sur la politique extérieure de l’UE qui est l’affaire de l’exécutif, ont d’ailleurs été vivement critiquées par des juristes internationaux, tant sur la forme que sur le fond. Le 19 janvier, le parlement européen s’est inscrit dans la même démarche. Depuis longtemps maintenant, il s’est octroyé une compétence de juge moral des situations internationales, au travers de ses résolutions.

La question qui doit être soulevée n’est pas tant celle des avis du parlement européen que celle de l’agenda politique de ses avis. Pourquoi, alors que la situation entre la France et le Maroc laissait espérer un renouveau après quelques années de brouilles, le groupe Renew (c’est-à-dire les eurodéputés du groupe de la majorité du président de la République française) a-t-il initié cette résolution, et, logiquement, voté pour ? Pourquoi la fermeture du média algérien Radio-M et l’emprisonnement de son directeur, le journaliste algérien Ihsane el Kadi en décembre dernier n’ont pas fait l’objet d’une résolution similaire?

C’est donc cet agenda politique qui questionne : pourquoi l’Union européenne et le groupe Renew s’attaquent-ils en ce moment au Maroc ? Les causes sont multiples et sans doute faut-il entendre ici la volonté européenne de donner des gages, dans un contexte énergétique tendu et avec une volonté d’établir une coopération au Sahel, au voisin algérien qui montre une hostilité de plus en plus virulente à l’égard du Royaume du Maroc.

L’Espagne tente d’apaiser la situation

L’Espagne est intervenue pour embellir quelque peu le tableau diplomatique, et rappelle ainsi la force et l’importance des relations bilatérales dans les relations entre les pays européens et le Maroc. L’Union européenne n’est pas seule détentrice de la politique extérieure des Etats membres. Le parti du Premier ministre, le Parti socialiste espagnol (PSOE), s’est prononcé contre cette résolution, tandis que l’eurodéputé PSOE Juan Fernando López Aguilar a confirmé cette position face caméra en demandant si les Espagnols accepteraient « de voir des interventions impitoyables contre l’Espagne et son Roi à l’étranger » et s’ils ne trouveraient « pas ça louche », soulignant que tout cela n’avait rien « d’anodin ».

A lire ensuite, Gil Mihaely: Séisme en Turquie: la corruption première cause de décès

La France a beau être traditionnellement une alliée, et historiquement très proche du Maroc, la situation diplomatique entre Rabat et Paris est au plus mal ces dernières années. Crise des visas, légèreté française à propos de la souveraineté du Maroc sur le Sahara marocain, réaction marocaine quant à l’accueil de ses ressortissants faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, etc. : la liste était déjà longue. Malgré cela, le Roi Mohammed VI et le président français avaient laissé entrevoir un espoir d’embellie à la fin de l’année 2022, et une visite officielle d’Emmanuel Macron devait marquer le début d’une nouvelle ère.

Malheureusement, la résolution européenne du 19 janvier vient à nouveau assombrir le tableau. Nul doute que l’initiative du Groupe Renew a bien été notée du côté des institutions chérifiennes.  Lors de la séance parlementaire du 23 janvier, Ahmed Touizi, membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM), accuse un pays « que l’on croyait ami et partenaire sûr ». Il affirme que « l’odeur du gaz lui a fait perdre sa tête »… Difficile de ne pas y entendre que la France, qui s’est rapprochée d’Alger notamment pour son gaz, est responsable de cet incident européen.

Lors d’un point presse du 26 janvier, le ministère français de l’Europe et des Affaires Étrangères a tenu à calmer le jeu en déclarant être, vis-à-vis du Maroc, « dans un partenariat d’exception que nous entendons nourrir » et qui a vocation à s’étendre dans les deux décennies à venir. La position officielle du gouvernement semble donc vouloir se détacher des prérogatives du parlement européen, en insistant sur les relations bilatérales entre Paris et Rabat, la porte-parole du ministère évoquant une « amitié profonde ». La volonté était à l’apaisement, au « en même temps » cher à Emmanuel Macron.  Seulement, les amis de la France la jugent à ses actes plus qu’à ses déclarations, et les tentatives de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat, qui s’efforçait d’expliquer le 3 février dans le magazine marocain Tel Quel que « la résolution du parlement européen n’engage aucunement la France », resteront vaines. En effet, le Bulletin officiel marocain, d’une manière particulièrement sobre et singulière, mentionne à sa dernière page que « suite aux instructions royales, il a été décidé de mettre fin à la mission de M. Mohammed Benchaâboun en tant qu’ambassadeur de Sa Majesté auprès de la République française, et ce, à compter du 19 janvier 2023 ». La date ne trompe pas : il s’agit là bel et bien d’une réponse au vote du parlement européen – qui a eu lieu ce même jour. Vote dont le Maroc tient la France pour responsable, d’autant que le Roi Mohammed VI a pris le soin de ne pas désigner de remplaçant.

Marine Le Pen au centre de l’arc républicain?

Aurore Bergé (Renaissance) se trompe: même s’ils y mettent beaucoup du leur, il n’y a pas que les députés LFI pour dérouler le tapis rouge au parti de Marine Le Pen. L’analyse de Philippe Bilger.


Est-il nécessaire de se pencher chaque jour sur les débats de l’Assemblée nationale alors qu’ils ne cessent de démontrer à quel point l’infantilisme mêlé d’idéologie – le pire mélange – gangrène notre vie démocratique et que les citoyens en ont honte ? Il y a LFI qui a réussi son pari : se distinguer pour le pire, pour qu’on parle d’elle avec stupéfaction et indignation. LFI parvient, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hémicycle, à défier le bon sens, la bienséance et la correction républicaine.

La mauvaise foi abyssale du chef de la Nupes

Il y a la Nupes qui derrière une union affichée, obligatoire pour son futur, n’est pas forcément sur la même longueur d’onde que ceux qui s’adonnent à ce brouhaha permanent et grossier, qui ne laisse plus le moindre doute sur la pauvreté des répliques sur le fond alors qu’elles sont rendues délibérément impossibles. Il est effarant de constater combien Jean-Luc Mélenchon s’est dévoyé sur le plan intellectuel, politique et médiatique. Avec une mauvaise foi abyssale au point par exemple, dans un entretien de deux heures, d’être à plusieurs reprises injurieux à l’égard des journalistes et de légitimer avec ironie le geste du député Thomas Portes (exclu 15 jours) posant le pied sur un ballon à l’effigie d’Emmanuel Macron et d’Olivier Dussopt, en faisant mine de ne s’inquiéter que pour le ballon. Pour se rassurer un peu, en dépit du soutien inconditionnel de Manuel Bompard, de Danièle Obono et de Louis Boyard, on doit se rabattre sur la dissidence et la contestation discrètes de ceux qui ont été écartés. Par exemple Clémentine Autain, Raquel Garrido, Alexis Corbière et François Ruffin. Il est symptomatique de relever que ces derniers, sans craindre les coups d’éclat, apparaissent légèrement en deçà pour le tohu-bohu et ont probablement conscience que cette tactique parlementaire les dessert plus qu’elle ne les favorise.

François Ruffin, sur un mode plus net que Clémentine Autain (qui met en cause seulement l’exercice du pouvoir par Mélenchon), discute la ligne de LFI et trace son sillon qui relève d’un retour au peuple, à ses angoisses sur tous les plans et à ses difficultés. Il oppose une contradiction forte à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon qui – c’est son immense faiblesse – se réfère, avec une modestie ostentatoire, aux « gens » qu’il invoque trop pour en être réellement proche.

Comportement formellement irréprochable

Il me semble – c’est le cœur de mon billet – que cette nouvelle donne exprimée depuis plusieurs mois par François Ruffin constitue pour lui la seule riposte possible aux avancées du RN. Ruffin mesure le péril, plus que tout autre dans son camp. En tout cas bien plus que les orthodoxes, les trublions systématiques, les inféodés à Jean-Luc Mélenchon qui font semblant de ne pas saisir à quel point ce RN massif à l’Assemblée nationale, à la fois présent mais absent (par son comportement formellement irréprochable), intervenant mais en s’économisant, habilement classique, classiquement vêtu, pèse lourd et comme, en feignant de l’oublier, par contraste, ils amplifient sa vigueur. On peut d’ailleurs se demander si LFI ne calque pas son attitude à rebours sur celle du RN. Aurait-il été débraillé et vociférant que l’extrême gauche sans doute aurait joué superficiellement l’apaisement !

Le RN, témoin, observateur, tacticien, en dehors du rituel des dénonciations stéréotypées, n’est pas assez pris au sérieux par Renaissance pour une double raison. Parce qu’Emmanuel Macron ne sera pas candidat en 2027 et qu’une lutte interne dans la majorité met déjà aux prises ceux qui aspirent à lui succéder. Aurore Bergé se trompe et devrait se culpabiliser avec son groupe : il n’y a pas que LFI pour dérouler le tapis rouge à l’extrême droite… Pourtant ils sont de plus en plus nombreux ceux qui prévoient, espèrent ou craignent une victoire de Marine Le Pen en 2027. Pour ma part je continue à penser que son principal obstacle sera ce nom de Le Pen qu’elle a contribué à dédiaboliser (quoi qu’on prétende). Mais il n’est plus du tout inconcevable, quel que soit l’avenir qui ne sera pas dans tous les cas un chemin national et international semé de roses, qu’elle l’emporte. Et si on l’essayait, elle ? Probablement une curiosité risquée que beaucoup seraient prêts à assumer. Avec ce paradoxe inouï dont la démocratie est en de rares circonstances porteuse.

Après Macron…

Emmanuel Macron, par sa faiblesse régalienne et son mépris du peuple si subtilement affiché qu’il ressemble à de l’empathie surjouée, aura beaucoup fait progresser le RN. Mais puis-je dire que pour 2027, face à elle, il manquera ? Non qu’il l’aurait vaincue en 2017 et en 2022 parce qu’il aurait été le meilleur mais seulement grâce à ce raisonnement simpliste que j’ai beaucoup entendu: qui d’autre à sa place ? c’est le moins mauvais ! En 2027, il est certain que la République ne nous privera pas de candidats de valeur. Mais à gauche et à l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s’il s’obstine perdra à nouveau, François Ruffin étonnera, convaincra mais ne gagnera pas, le sympathique Fabien Roussel ne pourra pas faire oublier qu’il est communiste et qu’un petit bout de Staline reste dans son cœur, les écologistes n’ont plus que Marine Tondelier… À droite et au centre cela se bousculera : Laurent Wauquiez, David Lisnard, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Edouard Philippe… Aucune certitude de victoire contre Marine Le Pen ! C’est à cause de 2027 que ce climat parlementaire est suicidaire ; la tenue de la rue lui donnerait presque des leçons. Le RN, absent, présent, qu’on a prétendu sortir de l’arc républicain est en plein dedans : au point de présider la République en 2027 ? Pour le battre, il faudrait autre chose que des mots !

Le dîner du vaniteux

Emmanuel Macron n’entendait pas forcément faire venir à Paris le président ukrainien avant la date du premier anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais, devant le faste déployé par les Britanniques, le président français a rapidement organisé une réception à l’Élysée, mercredi 8 février. Coulisses.


Le soir du mercredi 8 février, le président ukrainien a été invité et reçu à l’Élysée de manière parfaitement impromptue. Selon nos confrères de Politico [1], cette invitation surprise aurait été motivée par la nouvelle de la visite-éclair rendue par M. Zelensky à Londres le même jour. Au fur et à mesure que le programme de la journée londonienne se dévoilait, Paris devenait de plus en plus anxieux à l’idée de ne pas être aussi le centre de l’attention internationale. Il est vrai que les Britanniques avaient tout préparé pour faire de cette visite non seulement une démonstration de solidarité internationale, mais aussi un grand spectacle médiatique. 

À Londres, un programme royal

Arrivant en Angleterre dans un avion britannique, M. Zelensky a été reçu à l’aéroport par le Premier ministre, Rishi Sunak, et emmené au 10 Downing Street où il a été accueilli par les applaudissements des fonctionnaires – devant les caméras. Ensuite, visite au parlement où, après avoir échangé une poignée de main avec le leader de l’opposition, le travailliste, Sir Keir Starmer, le président ukrainien a rencontré les présidents de la Chambre des Communes et de celle des Lords. Au premier, il a donné un casque de pilote de chasseur ayant appartenu à un as de l’armée de l’air ukrainienne. Inscrite dessus, il y avait la formule suivante : « Nous avons la liberté, donnez-nous des ailes pour la protéger ». C’était d’ailleurs le message essentiel du discours qu’il a prononcé par la suite devant les élus rassemblés dans Westminster Hall, la partie la plus ancienne du parlement de Londres. L’étape suivante a été une visite au palais de Buckingham où M. Zelensky a été reçu par le roi Charles. Pour compléter le programme, il est parti en hélicoptère avec Rishi Sunak afin de se rendre à une base militaire dans le Dorset où il a rencontré des soldats ukrainiens qui se formaient sur le char britannique, Challenger 2. Après avoir donné des médailles à certains de ces hommes, il a tenu une conférence de presse commune avec le Premier ministre devant un tank. C’est là que Rishi Sunak a annoncé que les premiers chars britanniques arriveraient en Ukraine au mois de mars et que son gouvernement évaluait la possibilité d’envoyer des avions de chasse, en soulignant que, en matière de soutien à l’Ukraine, rien n’était à exclure. 

En principe, le président Macron n’avait pas l’intention de recevoir M. Zelensky à Paris mercredi. Ce soir-là, il aurait plutôt projeté d’aller au théâtre avec sa femme. Mais face aux images triomphales de la visite du président ukrainien à Londres, tout a changé. Un fonctionnaire de l’Élysée a confié à Politico qu’une décision spontanée a été prise pour attirer M. Zelensky à Paris. Sans doute afin de rivaliser avec le faste et la solennité londoniens, l’Élysée a tenté d’organiser une cérémonie aux Invalides pour honorer son visiteur. Pourtant, comme le président ukrainien ne pouvait pas être à Paris à temps, M. Macron a dû annuler l’événement et se contenter d’un dîner à 22h00. Il a néanmoins pu décerner la Légion d’honneur à son invité, et pour gonfler l’importance de l’occasion, il a réussi à persuader M. Scholtz de sauter dans un avion et de se rendre lui aussi à Paris. 

Improvisation parisienne

Toute cette activité improvisée était d’autant plus curieuse que le président français avait caressé le projet d’inviter M. Zelensky à Paris pour marquer l’anniversaire de l’invasion de son pays par la Russie. Pourtant, à la fin, rien ne s’était concrétisé. Toujours selon Politico, cette inaction s’explique en partie par le fait que, quand le président ukrainien s’adresse ou rend visite à ses homologues occidentaux, c’est surtout pour quémander des livraisons d’armes. Cela ne fait pas peur à M. Sunak, car le Royaume Uni fournit l’Ukraine depuis longtemps. Il a été le premier pays à promettre des chars et le premier pays européen à livrer des missiles antichars. Il est possible qu’il soit le premier à livrer des chasseurs.

Faire de telles promesses, ce serait sans doute aller trop loin pour M. Macron. Être obligé de refuser d’en faire, devant M. Zelensky, le jour symbolique de l’anniversaire de l’invasion, ce n’est pas valorisant.

Pourtant, le président semble n’avoir pas pu résister à la tentation de saisir l’opportunité de se montrer en homme d’État sur la scène internationale. C’est sûrement plus flatteur que de faire face aux manifestations provoquées sur la scène domestique par la réforme des retraites. À croire que M. Macron serait parfois motivé par la vanité. Certes, en politique il ne serait pas le seul. On pense au bon mot d’Elie Faure :

« La vanité et la crainte du ridicule sont les traits les plus saillants du caractère français. C’est étrange, à coup sûr, la vanité étant neuf fois sur dix la source du ridicule ».

[1] https://www.politico.eu/article/emmanuel-macron-volodymyr-zelenskyy-ukraine-behind-the-scenes-scramble-to-paris/

La tête comme un ballon

0

Thomas Portes, député LFI d’AOC, a les pieds carrés. Donc, incapable de faire plus de deux jongles, il a préféré mettre le pied droit sur le ballon. Un ballon avec la tête à Olivier Dussopt en photo. Problème, gros problème, ce pur gaucher ceint de son écharpe tricolore sur la photo d’avant-match, se rend coupable, selon la majorité, d’un appel au meurtre, voire à la décapitation. “Si tous les cons volaient il ferait nuit.” (Frédéric Dard)


Sans l’écharpe ça passe. Dans une colère froide, feinte ou bouillante, les députés de la majorité se relaient derrière les micros pour dire à quel point le port de l’écharpe pour jouer au foot avec la tête à Dussopt est anti-sportif. Dans la mesure où le match avait lieu hors de l’hémicycle, si le député Portes n’avait pas arboré son accessoire républicain, il pouvait taper dans la tête à Dudu. Intérieur ou extérieur du pied, demi-volée ou reprise de volée, tout est permis avec la tête à Dudule. Mais pas avec l’écha… Ok on a compris.

Avec l’écharpe sans le pied ça passe. Au fur et à mesure de l’après-midi le règlement du jeu avec la tête à Dédé s’est affiné. Avec l’écharpe en paréo ou en smoking ça peut le faire, mais pas avec les pieds. Au hand, au volley ou en dunk in the panier le Dudu est compatible. En punching-ball dans les salles de boxe c’est jouable. Mais pas avec les pie… Ok on a compris. 

Ça passe ou ça casse. Dans cet après-midi de chienchien, les enfants de la baballe se sont déchirés. Le temple de notre démocratie est donc sous la garde de ces foufous de députés. Et ils ne sont ni les aigles de l’Empire, ni les a Oies du Capito… Ok on a compris.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en vente: Causeur #109: Tous retraités! Le dernier rêve français

Portes au placard. 15 jours de suspension. La sanction est tombée. Lourde, impitoyable. À l’unanimité. Si le Ministre Dustop and go a une tête à claques, il est interdit de s’essuyer les crampons sur sa bobine. Quant au député Thomas Portes que dire, que faire ? Si ce n’est que de la petite à la grande porte, il sera long son chemin à Toto. Pour les cocos et les socialos il va être très long le chemin à supporter les jobards et leurs jobarderies. Ce chemin de croix, ils l’ont choisi. Quant aux ovins de la Macronie, mon dieu mon dieu le niveau… Après cet incident que n’a-t-on pas entendu ? Certains ont fait rouler le ballon jusqu’à la tête de Samuel Paty. Ils ont osé et c’est à ça… Ok on a compris.

Bref. Les saucissons ne poussant pas aux arbres et les ânes n’étant pas des chevaux de course, ce n’est pas de l’hémicycle que jaillira la lumière dans ce pays éclairé aux bouts de chandelles. Dans ce contexte de pénurie d’intelligence pas artificielle et de menaces on ne peut plus réelles on est vraiment dans la m.… Ok on a compris.

La complainte du phoque en Alaska. (Beau Dommage)
Ca vaut pas la peine
De laisser ceux qu’on aime
Pour aller faire tourner
Des ballons sur son nez
Ça fait rire les enfants
Ça dure jamais longtemps
Ça fait plus rire personne
Quand les enfants sont grands

Marie-Thérèse Orain: « J’ai vu le monde de la nuit et des cabarets s’éteindre tout doucement »

La chanteuse et comédienne Marie-Thérèse Orain est le témoin privilégié du Paris des cabarets et des music-halls. Elle a connu les plus grands et les derniers feux d’une époque bénie où la chanson française était un vivier de talents.


Chanteuse et comédienne, Marie-Thérèse Orain aura toute sa vie humblement et passionnément servi son art. Comédienne au boulevard, chanteuse fantaisiste au cabaret, chanteuse lyrique à l’opérette, elle n’a eu de cesse, sa carrière durant, de rebondir vers de nouvelles aventures. Témoin privilégiée de l’époque des « cabarets rive gauche » comme L’Échelle de Jacob ou L’Écluse, Yves Jeuland l’invite en 2012 à raconter cette époque dans son remarquable reportage Il est minuit, Paris s’éveille. En 2015, à l’âge de 80 ans, elle enregistre son premier album, Intacte, laissant enfin une trace de la chanteuse des nuits parisiennes, artiste qui partageait la scène avec Barbara, Brassens, Anne Sylvestre ou encore Patachou.

Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne doit pas pouvoir se remettre d’une main aux fesses. Non vraiment, j’ai du mal à comprendre ce monde…

Sur cet album, d’ailleurs, deux chansons sont consacrées au monde des cabarets, La Chanteuse, de Jacques Debronckart et Va lui dire à la p’tite, texte poignant écrit pour elle par son amie Anne Sylvestre.


Causeur. Vous vouliez devenir comédienne, et vous avez bifurqué vers la chanson et les cabarets. Comment cela s’est-il passé ?

Marie-Thérèse Orain. Je le dois à Patachou ! Après Oscar avec Louis de Funès, on m’a proposé trois petits rôles parlés dans la nouvelle comédie musicale d’Alexandre Breffort (qui venait de faire un triomphe avec Irma la douce). Patachou devait tenir le rôle principal. Durant les répétitions, le metteur en scène était furieux car elle s’absentait souvent pour aller donner des concerts. Il m’a donc proposé d’être sa doublure durant ses absences. J’ai rapidement appris ses airs. Un jour de répétition, j’étais sur scène en train de chanter le rôle principal au milieu des danseurs, très à l’aise, quand Patachou débarque et me voit donc tenir son rôle ! Elle est restée au fond de la salle à me regarder. À la fin de la chanson, elle s’avance jusqu’à la scène et me dit : « T’es chanteuse toi ? » d’un ton assez sec. Je lui réponds que non, qu’on m’a juste demandé de faire ça pour la doubler lors des répétitions. « T’as déjà chanté ? » me lance-t-elle. Je lui assure que non. Elle monte alors sur scène pour que je lui montre ses déplacements que j’avais appris. Et là, à voix basse, elle insiste : « Allez, t’as pas voulu me le dire devant les autres… mais t’as déjà chanté ? » Je lui réponds : « Oui, mais juste un peu, et pas seule, en chœur, dans une revue de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, juste comme ça .» Patachou, surprise, me dit : « T’as jamais chanté seule ?! Eh bah tu devrais ! Allez, chiche ? Je ne te donne pas de directive ni de conseil, tu choisis quatre ou cinq chansons, tu te trouves un pianiste, tu répètes et quand tu es prête, tu me le dis, tu viens me montrer ça à la maison et je te dirai si ça vaut la peine de continuer. » Je me suis directement inscrite dans une école de chant tenue par Christiane Néret. Les cours avaient lieu au Bœuf sur le Toit. On pouvait y aller à n’importe quelle heure, il y avait toujours un pianiste de fonction. J’y suis allée tous les jours après avoir trouvé des chansons dans des maisons d’édition. À l’époque on faisait comme ça. On allait chez un éditeur et on disait : « Bonjour, je cherche des chansons fantaisistes un peu comme ci ou comme ça ». Le type vous disait : « Attendez, je crois que j’ai ce qu’il vous faut. » Il sortait la partition et la donnait à un pianiste de fonction qui vous la jouait. Et si ça nous plaisait, on achetait ! C’était aussi simple que ça de se constituer un petit répertoire. Je prépare donc ces chansons et, lorsque je suis prête, je le dis à Patachou. Elle me reçoit avec ma pianiste dans son somptueux appartement de Neuilly. On se met à table et à la fin du repas, elle me dit : « Allez, on va dans le salon et tu vas me montrer ça ! » J’étais terrifiée. Elle a tout écouté et à la fin elle m’a dit : « Oui, il faut continuer. Et je vois très bien quel répertoire il te faut… le mien ! » Je pensais qu’elle me prenait pour une concurrente plus jeune qu’elle, je pensais que c’était terminé pour moi. Mais pas du tout ! Lorsqu’elle a été directrice artistique du magnifique cabaret de la tour Eiffel, elle m’a engagée pour faire sa première partie. Voilà comment je suis devenue chanteuse !

Comment avez-vous évolué dans ce monde des cabarets ?

En juillet 1962, un type qui m’avait vu chanter au cours Néret – et qui connaissait bien madame Lebrun, la patronne du cabaret L’Échelle de Jacob – m’appelle et me demande : « Est-ce que vous pouvez aller à L’Échelle, ce soir à minuit, avec vos partitions ? Un artiste est malade et il faut d’urgence le remplacer. Comme ça, Suzy Lebrun vous verra ! » J’arrive là-bas avec un trac épouvantable. La salle était vide ! Il n’y avait qu’un couple qui se roulait des pelles sur la banquette du fond. La mère Lebrun a eu pitié de moi et a fait descendre le barman et la fille du vestiaire pour les mettre au premier rang. Je termine mon tour, la patronne vient me voir et me dit : « Bon, très bien. Vous revenez demain ! » Et je suis restée quatre mois. Je jouais dans la pièce Oscar le soir et ensuite je partais à L’Échelle de Jacob faire mon tour de chant. Puis tout s’est enchaîné. J’ai été engagée à La Villa d’Este, un « cabaret bouchon », un « cabaret champagne »… c’est-à-dire qu’il y avait des entraîneuses. C’était à l’Étoile, un cabaret rive droite ! Ça payait mieux que les cabarets rive gauche ! Mouloudji a lui aussi passé des années à chanter à La Villa d’Este.

A lire aussi : Daniel Auteuil et Pierre Perret, deux figures françaises

Vous ne chantiez que dans les cabarets ?

Non, également dans les music-halls [1]. À l’époque il y avait les music-halls de quartier, comme la Gaité Montparnasse. C’étaient des endroits qui avaient essentiellement une clientèle d’arrondissement. J’adorais chanter au Pacra, boulevard Beaumarchais. Le public était composé de petites gens, des concierges, des petits commerçants. Il devait y avoir mille places. L’orchestre était dans la fosse. Les ouvreuses étaient d’époque, c’étaient des dames d’un certain âge qui traînaient la patte. D’ailleurs la régisseuse boitait. C’était une ancienne trapéziste qui s’était cassé la gueule. Ce petit monde du music-hall parisien, c’était quelque chose ! J’adorais ça. C’était une école de vie ! Il fallait travailler, gravir les échelons. Souvent, les chanteurs commençaient dans les cinémas de banlieue car, en ce temps-là, avant le début du film, il y avait des attractions. Parfois un chanteur, parfois un magicien, des jongleurs. Aznavour a commencé comme ça. Après avoir écumé les cinémas de banlieue, les artistes prenaient du galon et passaient aux salles parisiennes. Ensuite seulement, ils accédaient aux music-halls de quartier. Alors, quand on arrivait sur les grandes scènes, on avait du métier.

Combien de temps avez-vous chanté dans les cabarets ?

Malheureusement, j’ai connu la fin des cabarets… Ils ont fermé les uns après les autres. Financièrement, c’était trop difficile pour eux. Les cabarets de la rive gauche étaient taxés autant que ceux de la rive droite – comme La Nouvelle Ève et les boîtes à entraîneuses – où les types dépensaient trois milles balles de champagne dans la nuit, tandis que rive gauche, les gens passaient la soirée à écouter les artistes avec une consommation à vingt balles. La fin des années soixante a été le grand déclin des cabarets.

Dans ces années-là, comment était la nuit parisienne ?

Oh ! Aujourd’hui on ne peut même pas l’imaginer. C’était fantastique ! Moi, avant d’aller chanter au cabaret, vers neuf heures du soir, je m’installais en terrasse sur le boulevard Saint-Michel uniquement pour regarder passer les gens. Ils étaient bien habillés, c’était joyeux, ça bouillonnait ! Je regardais ça émerveillée… puis vers vingt-trois heures, j’allais chanter. La nuit à Paris, il y avait du monde, de l’effervescence, et puis ce n’était pas violent. J’ai été une travailleuse de nuit pendant longtemps, et je peux vous dire qu’en rentrant chez moi tous les soirs après mes prestations, je ne me suis jamais fait voler ou agresser ! Pour moi, la violence et la mauvaise ambiance sont arrivées avec 68. J’ai vu ce monde de la nuit et des cabarets, que j’aimais tant, s’éteindre tout doucement… et là j’ai filé…

A lire aussi : Suzy Solidor: vive l’égérie française!

Filé où ?

J’ai toujours eu de la chance. À chaque fois qu’une chose s’est dérobée sous mes pieds, une autre chose s’est pointée. J’apprends ainsi un jour que monsieur Cartier – directeur du théâtre du Châtelet – a une proposition à me faire. Je suis étonnée car c’est un théâtre lyrique et je ne suis pas chanteuse lyrique. Mais il me reçoit et me dit : « J’ai pensé à vous pour la comédie musicale américaine No, no, Nanette. Je ne vous connaissais pas mais ces derniers jours, quatre personnes m’ont dit que pour le rôle de Pauline, il fallait Marie-Thérèse Orain. » Et voilà comment j’ai été engagée au Châtelet. Sans passer d’audition ! C’était en 1982. Ensuite, j’ai enchaîné les opérettes et les comédies musicales. Ça a duré vingt ans. Et, parfois, avec de très beaux spectacles, comme La Veuve joyeuse mise en scène par Alfredo Arias. Et puis j’ai fait beaucoup de spectacles avec Jérôme Savary, notamment des Offenbach magnifiques comme Le Voyage dans la lune et La Vie parisienne. J’ai chanté dans les plus belles salles durant ces vingt ans… Châtelet, Opéra-Comique, Grand Théâtre de Genève…

Pour en revenir aux cabarets, quelles sont les grandes personnalités qui vous ont marquées ?

J’adorais Christine Sèvres, qui était malheureusement estampillée comme la femme de Ferrat. Mais c’était une grande chanteuse ! J’aimais beaucoup Catherine Sauvage aussi. Ses récitals au Théâtre Montparnasse avec Jacques Loussier au piano étaient bouleversants ! Du grand travail ! Et Barbara ! J’ai fait le cabaret La Tête de l’Art pendant un mois avec elle, dans le même programme. Je l’ai bien connue. Et puis Gribouille… qui est malheureusement partie trop tôt. C’était une des plus grandes. Lorsque je l’ai vue à Bobino, elle m’a tout de suite rappelée Piaf. Il y avait aussi Cora Vaucaire : quelle classe, quelle articulation, c’était remarquable ! Vraiment, il y avait un vivier d’artistes dans la chanson française à cette époque… et puis les Yéyés sont arrivés. Et là, ça a été terminé. Voilà, il n’y en avait plus que pour les Yéyés… On m’a proposé de me « reconvertir », mais je n’ai jamais pu. Chanter des conneries, non merci !

A lire aussi : Qui a peur de la musique française?

Et Brassens ?

C’était un type formidable. J’ai fait deux fois Bobino avec lui. En principe pour les tournées, il ne voulait pas embarquer de femme dans l’équipe. Il disait : « Dès qu’il y a une chanteuse quelque part, la merde commence. » Lors de notre second Bobino ensemble, le soir de la dernière, je vais le voir et je lui dis : « Bon bah, on se dit au revoir. » Il n’aimait pas les au revoir et, comme il sentait que j’allais pleurer, il était très mal à l’aise. Il m’a juste dit : « Si je refais Bobino, tu feras partie du convoi. » Il part, fait trois pas, puis revient et ajoute : « Parce que je vais te dire… pour une bonne femme, tu n’es pas trop emmerdante. » C’était tout Georges : la tendresse, la pudeur, la délicatesse. Il était très délicat, il faisait attention aux autres. Je ne l’ai jamais vu mal parler à qui que ce soit, jamais. Georges, c’était le peuple dans ce qu’il a de plus noble.

Marie-Thérèse Orain et Georges Brassens, dans les coulisses du théâtre Bobino à Paris, 1973. ©Marie-Thérèse Orain.

Que pensez-vous du monde d’aujourd’hui ?

Je le trouve très inquiétant. L’ambiance n’est plus à la rigolade. Même dans le milieu artistique. Quand on voit la chasse aux sorcières que subissent les hommes… je n’aimerais pas être à leur place. Moi, j’ai du mal à comprendre cela. J’étais mignonnette quand j’étais jeune, des gars qui ont essayé de me coincer, il y en a eu ! J’ai même eu très chaud quelques fois… Mais ça ne m’a jamais traumatisée… franchement ! Ça m’est toujours passé au-dessus. Quand j’y repense, ça aurait plutôt tendance à me faire rire. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne doit pas pouvoir se remettre d’une main aux fesses. Non vraiment, j’ai du mal à comprendre ce monde que je vois tourner à une vitesse phénoménale, et dans un drôle de sens.

Intacte

Price: ---

0 used & new available from

Le Goût du Sang

Price: ---

0 used & new available from


[1] Le music-hall disposait de grandes salles, plutôt luxueuses (Bobino, Alhambra, Olympia, Concert Pacra). On y présentait des revues avec décors, orchestre, etc., mais aussi des chanteurs et des fantaisistes. Au cabaret, la salle était petite et la scène minuscule. Les artistes s’y succédaient durant la soirée seulement accompagnés d’un pianiste. C’était la chanson sans fioritures ni paillettes. (Barbara, Greco, etc.).

Drag queens: elles sont partout!

0
Concert "RuPaul's Drag Race Werq The World", Austin, Texas, juillet 2022 © Ralph Arvesen/Shutterstock/SIPA

En Amérique, les drag queens ont envahi l’espace public. Et cela ne doit rien au hasard… Autrefois figures nocturnes et festives, elles sont devenues des figures politiques. Elles pourraient carrément occuper le devant de la scène de la prochaine élection présidentielle américaine.


En Amérique du Nord, on croirait que les drag queens ont littéralement envahi l’espace public. Maintenant, les drag queens sont partout, des émissions de télé aux derniers défilés en passant par les écoles où elles sont parfois chargées d’animer des activités. Évidemment, le tout en bonne partie grâce à l’argent de contribuables qui n’ont jamais voulu de ce vaste programme.

Le 6 février, nous avons même appris que le légendaire Carnaval de Québec – festivités hivernales remontant à 1894 – avait pris l’initiative d’interrompre la très réactionnaire tradition des duchesses, ces «miss» choisies pour incarner l’événement.

«Finies les duchesses, place maintenant aux drag queens et aux drag kings! Leur art flamboyant est à l’honneur cette année, célébré sur un char allégorique pour la toute première fois», se réjouit le journal Le Devoir.

Des figures de scène aux figures militantes

Interprétées par des hommes, les drag queens remplacent les femmes partout où elles peuvent dans un curieux renversement du féminisme. Aujourd’hui, on défend moins les droits des femmes que ceux des trans, nouveaux chouchous de l’establishment.

A lire aussi: Marguerite Stern et Dora Moutot: «Le féminisme actuel a été parasité par l’idéologie transgenre et queer»

Célébrées par le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et une foule de politiciens, les drags queens sont plus demandées que le père Noël, ce personnage patriarcal de race blanche qu’il vaudrait peut-être mieux oublier au nom du progrès.

Autrefois de colorées et burlesques figures de cabaret, des figures nocturnes et festives défendues par des Charles Aznavour, un nouveau rôle leur a été confié: représenter l’idéologie trans, partager la bonne nouvelle de la déconstruction du «genre», un puissant courant social auquel les enfants et adolescents sont de plus en plus exposés. Généralement au détriment de leur équilibre psychologique.

Vers le transhumanisme

Je rappelle que le transgenrisme nie l’existence des deux sexes, proposant d’abolir les frontières entre le masculin et le féminin. Le transgenrisme rejette la «binarité» sexuelle pour mieux creuser le lit du transhumanisme, une idéologie qui vise «l’amélioration» de l’espèce humaine au moyen de la technologie.

Le corps humain est vu comme un objet destiné à être modelé, comme un simple avatar pouvant être modifié et reconfiguré selon ses aspirations personnelles. Autrement dit selon ses fantasmes. Sans toujours le réaliser, les drags sont devenues les porte-paroles de cette idéologie loin d’être subversive ou antisystème.

Une industrie capitaliste

Car comme l’a bien relevé Libre Média, en Amérique du Nord, le changement de sexe des adultes, mais aussi des enfants étiquetés comme «trans» est soutenu par une florissante industrie médicale et pharmaceutique qui a fait de la diversité son fonds de commerce. C’est très payant, la diversité sexuelle.

La liste des dix principaux contributeurs aux causes transgenres aux États-Unis en 2017-2018 (qui représentaient ensemble 55% de tous les financements) montre le rôle central occupé par Big Pharma dans ce nouveau marché du corps humain.

L’étude du «genre» est aussi devenue un domaine de recherche (ou plutôt d’endoctrinement) à part entière dans des dizaines d’universités occidentales, et certaines sont parmi les plus prestigieuses.

A lire aussi: Réforme des retraites: une étrange omission

Tous les jours aux États-Unis, des médecins sont grassement payés pour opérer des jeunes à qui l’imaginaire ambiant a fait croire qu’ils n’avaient pas le bon corps. Pour cette raison, plusieurs États comme la Floride ont commencé à légiférer pour encadrer sinon interdire certaines pratiques comme le fait de prescrire à des mineurs des bloqueurs d’hormones et de puberté. La question polarise de plus en plus les Américains et risque de s’inviter dans la prochaine campagne présidentielle.

Le wokisme triomphant

La prolifération des drag queens n’est pas la valorisation d’un art de scène un peu olé olé. C’est l’imposition du wokisme à toutes les sphères de la société. Surtout, c’est l’intrusion de la théorie du genre dans l’univers des enfants, une idéologie dont les effets peuvent être pour eux catastrophiques sur le plan psychologique, et irréversibles sur le plan corporel.

Quand il s’agit d’amputer un enfant d’une partie de son corps, le transgenrisme n’est rien d’autre qu’une boucherie criminelle. Il est temps de revenir à la raison.

Un québécois à Mexico: Récit d'un double choc culturel

Price: ---

0 used & new available from

Théâtre du Nord, théâtre mort

0
D.R.

L’impayable David Bobée a repris les rênes du théâtre du Nord en 2021. Causeur vous dévoile la programmation à venir…


Les Lillois qui apprécient l’art théâtral susceptible de bousculer les codes sont de petits veinards.

Après avoir déconstruit le Dom Juan de Molière, jugé trop viril et violent, en « dégenrant » ou « racisant » certains personnages pour dénoncer les rapports de domination, le sexisme et la glottophobie (discrimination via les langues ou les accents), David Bobée, le directeur du Théâtre du Nord, a prévu deux attractions qui devraient combler les spectateurs progressistes les plus exigeants. Ces derniers pourront voir, fin février, un spectacle intitulé « Prolo not dède », la rencontre entre deux « transfuges de classe », deux « porte-voix des invisibles », deux artistes prolétaires dénonçant le « racisme de classe » et prêts à bouffer du bourgeois pour « venger leur race », j’ai nommé… Corinne Masiero (alias Capitaine Marleau) et… Édouard Louis, l’écrivain « qui couche sa vie dans ses romans pour qu’elle devienne matière à réflexion sociologique », sans doute un futur nobélisable. Il sera question de la violence sociale, des violences faites aux femmes et même des « silences complices », lesquels seront toutefois brisés par une musique du genre tonitruant grâce aux Vaginites, un « trio féministe électro-punk [1] ». Bobée avertit les bourgeois du Nord : « Si t’es allergique au parlé prolo, faut pas venir ! » Ceux qui auront su vaincre leurs préjugés et apprécier ce premier spectacle pourront, en mars, reprendre une ration de théâtre nombriliste. Le metteur en scène Milo Rau et… Édouard Louis présenteront « The Interrogation » et, donc, s’interrogeront : « Est-ce que l’art peut être plus qu’une simple analyse et une reconstitution de la vie ? Ou l’art n’est-il que le témoignage de notre incapacité à nous libérer de notre condition ? » et tout ça. Il est promis des « émotions fortes » pouvant déclencher « l’empathie et la solidarité ».

Assurons les véritables amateurs de théâtre de Lille de toute notre compassion.


[1] Toutes les citations proviennent du site web du Théâtre du Nord.

Il ne faut pas surestimer les Russes

0
Soldats russes en Ukraine, localisation non connue © ALEXEY MAISHEV/SPUTNIK/SIPA

Alors qu’une nouvelle offensive russe est attendue avec le printemps sur le front ukrainien, notre penchant à surestimer les capacités de l’armée russe est de retour. Analyses.


La communauté américaine du renseignement a vu juste. Dès 2021 elle a percé avant tout le monde les véritables intentions russes, à travers ce que Churchill avait appelé « un rempart de mensonges » (« In wartime, truth is so precious that she should always be attended by a bodyguard of lies » « En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle doit toujours être protégée par un rempart de mensonges »), c’est-à-dire la dissimulation. En revanche, les spécialistes américains – rejoints sur ce point par presque tous les autres, y compris chinois – se sont lourdement trompés en surestimant les capacités militaires de la Fédération de Russie. Même s’il est vrai qu’il vaut mieux surestimer que sous-estimer l’adversaire, cela reste une erreur, reconnue par les Américains. À leur décharge il faut dire que Poutine lui-même a surestimé ses forces armées ! On peut ajouter un effet de projection (les Russes auraient dû apprendre de leurs erreurs en Géorgie en 2008, comme nous l’aurions fait à leur place) et une longue tradition (pendant la Guerre froide, l’Occident a systématiquement surestimé le renseignement et le matériel des Soviétiques, ce qui explique par ailleurs la surprise de la chute de l’URSS).

Un soi-disant rapport du Mossad

Ces dernières semaines, malgré un mea-culpa généralisé, on peut discerner de nouveau une tendance à surestimer les Russes. Ainsi on peut lire que les Russes ont massé une force énorme composée de soldats nouvellement formés et équipés de quantités de chars, canons et avions et que cette force s’apprête à lancer une attaque contre l’Ukraine. Selon le bimestriel Foreign Policy, les Russes auraient rassemblé 1800 chars, 700 avions et des centaines de milliers d’hommes issus de la « mobilisation partielle » de l’automne [1]. D’autres articles alarmistes se sont succédé, et comme une dynamique de rumeur, les chiffres ont encore gonflé. En même temps, un soi-disant « rapport secret du Mossad » révélant des lourdes pertes ukrainiennes, circulait, essentiellement sur les réseaux sociaux.  Pour ne pas devenir bipolaire à force de faire des va-et-vient entre sur et sous-estimation des forces russes en présence, il faut essayer de s’en tenir aux faits et à l’analyse de ce qui s’est vraiment passé sur le terrain depuis le 24 février 2022. 

À partir de l’analyse des récentes opérations russes à Kreminna, Bakhmout et Vouhledar, on peut constater et affirmer que les avancées russes, lorsqu’elles sont réussies, comme à Bakhmout, ne sont qu’incrémentielles. Il n’y a jamais eu de véritable percée (encore moins l’exploitation d’une percée), et les pertes en hommes et matériel (blindés et aéronefs) sont extrêmement élevées. De plus, à l’inverse des Ukrainiens, nous n’avons pas vu d’unités russes exécuter un manœuvre interarmes qui permettrait de changer rapidement et radicalement la donne sur le champ de bataille, jusqu’à présent.

Or, l’exécution d’une grande offensive interarmes est extrêmement difficile et rien ne permet d’affirmer que les Russes maitrisent cet art. L’exemple le plus frappant et récent nous a été donné lors de l’attaque russe autour de Vouhledar fin janvier / début février. Cette opération a démontré que même les meilleures unités, parmi les mieux entraînées et équipées de l’armée russe (comme l’infanterie de Marine), n’en sont pas capables.

Et puis, il y a la logistique…

Si on peut constater que les Russes arrivent à approvisionner correctement leurs unités d’artillerie, rien ne permet d’affirmer qu’ils sont capables de ravitailler et soutenir logistiquement des centaines de milliers d’hommes et des milliers de blindés en mouvement pendant un engagement plus long et plus dur, sur un front long de centaines de kilomètres.   

Pour entrer dans le détail, rappelons que les grands dépôts russes sont situés hors de portée des HIMARS, c’est-à-dire à des dizaines de kilomètres derrière leurs « clients », les unités de manœuvre et de feu. En conséquence, près du front, les Russes disposent de petits dépôts, éparpillés, et ils doivent compter sur un approvisionnement en flux tendu par des camions faisant la navette depuis les grands dépôts. Dans ces conditions, soutenir une percée exigerait des capacités d’organisation des hommes et du matériel (un grand nombre de camions, de camions citernes, de remorques) que les Russes n’ont pas encore démontré avoir. Quand une armée n’arrive pas à approvisionner régulièrement ses forces qui avancent, alors non seulement elle cesse d’avancer (à court d’essence et de munitions) mais elle devient la proie facile à des contrattaques.

L’idée que les Ukrainiens vont être écrasés par un rouleau compresseur russe exécutant une offensive massive et bien planifiée est donc assez improbable, surtout tant que le pays attaqué demeure alimenté par des renseignements américains et occidentaux de grande qualité. La semaine dernière, le Wall Street Journal détaillait le partage des renseignements américains avec l’Ukraine, dont on sait qu’il a lieu depuis le printemps 2022 [2]

« More of the same »

On a beaucoup parlé de l’apprentissage militaire russe, et de l’importance que cela aura pour toute offensive majeure. Il y a certainement eu des signes d’adaptation de la part de l’armée russe, comme l’éloignement des dépôts. Mais fondamentalement, l’essentiel n’a pas changé. Leurs unités blindées sont incapables de lancer les types d’offensives auxquels beaucoup s’attendaient avant la guerre, et leur armée de l’Air est toujours incapable de maitriser le ciel au-dessus du champ de bataille. Si adaptation il y a eu, c’est justement celle qui a conduit les Russes à utiliser artillerie et infanterie pour réaliser des avancées lentes et couteuses. Les deux dernières semaines, marquées par des pertes russes massives, démontrent que cette manière de se battre n’est pas l’apanage de Wagner et de ses soldats-prisonniers.

Ce à quoi il faut s’attendre, c’est : « more of the same », une accélération du rythme de ce que les Russes ont fait au cours des dernières semaines et des derniers mois. Tant que l’Ukraine dispose de suffisamment de munitions (c’est, pour ce pays attaqué, toujours la considération clé), ces offensives russes massives devraient pouvoir être contenues. On peut même avancer que l’Ukraine a intérêt à voir les Russes dépenser leurs ressources de cette manière.

Tout repose donc sur la résilience de l’Ukraine et de l’alliance qui la soutient, car la Russie n’a pas encore trouvé la clé du coffre-fort.   


[1] https://foreignpolicy.com/2023/02/08/ukraine-russia-counteroffensive-abrams-tanks-putin-war/

[2] https://www.wsj.com/livecoverage/ukraine-zelensky-biden-congress-washington-trip-russia/card/u-s-has-eased-intelligence-sharing-rules-to-help-ukraine-target-russians-6pgEkPNCQRX8z4KBu4V4

La Vendée à l’honneur

0
Le Prince Louis de Bourbo se réjouit du succès du film "Vaincre ou Mourir". Photo: Marie-Béatrice Seillant

«Vaincre ou mourir», comme une lueur d’espérance.


Dans une période où les sujets graves abondent, ne faut-il pas voir comme un heureux signe qu’un film – un simple film – fasse l’actualité ?  Je veux parler de Vaincre ou mourir.

Il est rare qu’un film suscite un tel débat. Tel est pourtant le cas de celui réalisé et produit par Le Puy du Fou. Mais, à mon sens, voilà qui n’est pas le fruit du hasard ou de la chance. Ce film arrive au bon moment et est le signe de quelque chose qui le dépasse infiniment. Vaincre ou mourir est un triple symbole.

Symbole d’une France fière de son histoire qui de siècle en siècle a été écrite par des héros qui sont autant de modèles.  Héros que l’on admire car ils ont su tout donner animés par l’honneur, la fidélité, le respect de la parole donnée, le courage physique et mental. Charrette comme les autres combattants de la cause vendéenne était de ceux-là. A peine mort, il est entré dans la légende et deux cent trente ans après les évènements il est toujours un exemple. Il est de la race des héros dont on aime faire des films que l’on revoie, de ceux que l’on retrouve dans la Cité de l’Histoire créée il y a peu à La Défense. Ce film est la réponse à toutes les tentatives de gommer notre histoire de France. La France au contraire la revendique, d’où le succès du film alors même qu’il est en dehors des grands circuits habituels et « dérange » une partie des critiques. L’enthousiasme du public en dit plus que les critiques idéologiques.

Ce film est aussi le symbole d’une province qui depuis le génocide ordonné pour l’exterminer a toujours souhaité marquer son identité. Être fier d’être vendéen. En être fier car cette fierté a été payée par plus de 400 000 morts. A l’heure où certains voudraient voir disparaitre les identités nationales, la Vendée revendique aussi une identité locale. Ce film rappelle qu’il y a des différences notables d’une région à l’autre. Les Vendéens sont uniques et ont payé cette identité de leur sang versé. L’épopée commencée en 1793 est celle de tout un peuple qui a réagi. Cette volonté très forte anime toujours la Vendée qui demeure en France une des régions les plus dynamiques, au taux de chômage inférieur à la moyenne nationale, à la croissance économique supérieure. Ce film a donc trouvé dans les bocages de l’ouest le terreau qui lui fallait et il en incarne le dynamisme. Mémoire et futur y sont intimement liés.

J’en viens à mon troisième point. Ce film me parait être aussi à l’image d’une nouvelle génération qui se lève et qui reprend son destin en mains. Exactement comme il y a 40 ans il fallait redécouvrir une forme de la culture populaire (ce qui fut réalisé par la création, le succès et la croissance du Puy du Fou), il convient désormais de réinvestir tous les pans de la société. Régulièrement remontent vers moi les initiatives de jeunes entrepreneurs qui s’engagent dans les domaines économiques, culturels, de la santé, de l’éducation, demain politiques. Toujours avec succès car ils sont animés du souci du bien commun. Ce film est à cette aune. Il marque un renouveau. Qui aurait pu penser qu’un secteur aussi encadré que celui de la création cinématographique pouvait être bousculé par des initiatives individuelles animées par une intense volonté de faire bien et mieux ? Cette victoire de la volonté est à féliciter.

Vaincre et mourir apparaît bel et bien comme le film d’une espérance retrouvée d’une nouvelle France qui compte gagner et reprendre sa place, dans tous les domaines, dans la vie sociale et dans le concert des nations.

Bars à coquillettes et kebabs: la gastronomie française mondialisée

0
Publicité pour le restaurant temporaire proposant des coquillettes dans le centre de Paris. Photo: Capture Instagram

Alors que l’hécatombe des bistrots d’autrefois continue, de nouveaux concepts de restauration, qu’on jugera pratiques ou ridicules selon sa propre sensibilité, prolifèrent dans le pays.


Sans chercher à dénigrer les coquillettes, qui sustentent petits et grands, réjouissant les plus fortunés comme les plus démunis par toutes les saisons, l’idée d’un bar consacré exclusivement à cette petite pâte creuse en forme de demi-lune n’a pu germer que dans l’esprit retors d’un ancien étudiant en école de commerce cherchant à réaliser les plus grosses marges du secteur de la restauration.

Jusqu’au 5 février prochain, vous pourrez donc déguster les coquillettes sous toutes leurs formes dans un « pop-up store » situé rue Saint-Denis et exclusivement dédié à ce produit ménager que tous les étudiants de France possèdent dans leur placard. Pour la modique somme de 12,90 euros, vous aurez l’insigne privilège de repartir avec un bol en carton – il n’y a pas de petites économies -, dans lequel se trouvera un plat d’une simplicité biblique « revisité » et surtout rebaptisé avec un nom en franglish comme le Coqui’chicken boursin qui doit utiliser cet autre standard de la gastronomie française qu’est le fromage à tartiner du même nom.

Le mono-produit présente de nombreux avantages

Il n’en fallait évidemment pas plus pour que quelques internautes facétieux se moquent de cet énième concept, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, puisque Toulouse peut déjà se targuer d’avoir un restaurant permanent dont le chef n’est occupé qu’à la difficile confection de recettes employant les coquillettes comme ingrédient principal. Ainsi, une internaute a proposé d’ouvrir un bar à pain de mie où le client tartinera lui-même avec les « toppings » de son choix. Idée géniale s’il en est puisque ce restaurant ne nécessiterait qu’un personnel en nombre limité, le client accomplissant lui-même une bonne part du travail. L’Hippopotamus, le Buffalo Grill cher à Emmanuel Macron, et le Diners à l’américaine des aires d’autoroute ont donc désormais leurs homologues des quartiers-dortoirs estudiantins et des salariés du tertiaire, à Paris comme dans les métropoles provinciales.

A lire aussi: France qui bosse, France qui glande

Des concepts de ce type, qu’on jugera pratiques ou ridicules selon sa propre sensibilité, fleurissent un peu partout en France. La France découvre un type de restauration jusqu’alors réservé à l’Asie ou aux Etats-Unis, hors quelques exceptions comme la chaîne familiale des Relais de l’Entrecôte, où la traditionnelle carte et les menus sont remplacés par un produit décliné en plusieurs recettes. Ceux qui connaissent un peu le monde de l’entreprise auront vite compris le filon. Le mono-produit présente en effet de nombreux avantages concurrentiels. Il demande moins de travail une fois le concept rôdé, n’exige pas un personnel très formé en cuisine, et, last but not least, permet de réaliser d’importants profits.

Même les chefs s’y mettent

Ces raisons poussent donc de nombreux jeunes entrepreneurs à lancer des établissements du genre, mais également des grands chefs qui voient là une occasion de rentabiliser le reste de leurs activités. Certains le font avec succès et lancent des franchises qu’on finira immanquablement par retrouver dans les halls de gares. Citons notamment Michel Sarran, restaurateur doublement étoilé et ancien juré de Top Chef, qui a exporté avec bonheur un peu partout dans l’hexagone son « Croc’Michel ». D’autres ont connu des revers, à l’image de l’Aveyronnais Michel Bras dont les crêpes coniques n’ont pas su faire oublier l’aligot.

Qu’il s’agisse du croque-monsieur, du sandwich au pastrami de la gastronomie juive d’Amérique du Nord, des bo-buns vietnamiens, des paninis transalpins, des gaufres aux formes les plus originales (allez faire un tour dans le Marais pour les découvrir), ou bien sûr de cette création franchouillarde qu’est le tacos banlieusard fourré aux cordons-bleus du Père Dodu, il y a une visée commerciale qui signe aussi malheureusement un appauvrissement culturel et s’appuie sur la livraison à domicile par les plateformes de type Uber Eats. Les confinements dus à l’épidémie de coronavirus ont évidemment renforcé le phénomène mais il serait faux d’affirmer qu’ils en sont la cause unique et le fait générateur.

La gastronomie de la France d’avant disparait

La disparition des bistrots et cafés est une tendance lourde depuis plusieurs décennies. Une étude Statista produite par Tristan Gaudiaut le 5 mai 2020 le montrait très clairement [1]. La France avait 200 000 débits de boisson en 1960, on n’en décompterait plus que 38 800. Pis encore, entre 2010 et 2016, la France a encore perdu 10 000 établissements. Dans les zones rurales, c’est une véritable hécatombe. Il n’est d’ailleurs qu’à se promener dans des villes moyennes de la France dite des préfectures pour en sortir profondément triste – on y trouvera désormais plus facilement kebabs et pizzerias que restaurants traditionnels. Si plus de la moitié des cafés ont disparu en 20 ans, c’est parce qu’il est très difficile d’en faire des entreprises prospères et rentables.

A lire aussi: Vers l’effondrement de la filière sucre française

Paris est aussi touchée. La hausse spectaculaire des loyers couplée à l’apparition de groupes ayant pour stratégie la multiplication de franchises imposent une pression intenable pour le tenancier d’un bistrot familial. Mais il n’y a pas que ça. Il est malheureusement désormais difficile de trouver à Paris comme dans le reste de la France des restaurants bon marché où le choix ne se résume pas à une carte estampillée « Metro » (où vous aurez droit aux mêmes « burgers », salades dites « César », tartares, etc.). La cuisine régionale n’est plus qu’un lointain souvenir, de même que le répertoire bourgeois hérité d’Auguste Escoffier. Ces recettes demandent beaucoup de travail et des produits de qualité. Plus personne ne veut de plats mijotés qui nous obligent à nous installer à table avec une serviette et des couverts. Du reste, les goûts se sont de plus en plus mondialisés, les cartes présentant souvent un mélange d’influences asiatiques, italiennes et américaines, la France se retrouvant avec la portion congrue.

La civilisation française est mortelle

Dans une société liquide et nomade, la cuisine sédentaire ne fait plus vraiment recette. En recherche de terroir et de traditions, les Français s’abandonnent parfois aussi à une forme de caricature, où seule la viande est honorée, négligeant soupes, légumineuses, tartes et autres poules au pot. Les orgies rabelaisiennes de l’humoriste Jason Chicandier en témoignent. Mais que ces quelques excès soient pardonnés, car nous en sommes arrivés à un stade terminal où il semble qu’il faudra bientôt éditer des guides des restaurants authentiquement français pour que les touristes étrangers puissent encore s’y retrouver ! Je force le trait, mais la tendance est réelle. Massimo Mori, chef italien et propriétaire du Mori’s Bar à Paris, l’explique : « La cuisine italienne souffre d’être dénaturée à l’étranger, mais la cuisine française se mondialise en France. C’est triste. Vous avez pourtant une cuisine régionale fabuleuse. J’ai peur qu’elle ne sombre dans l’oubli ».

Si les civilisations sont mortelles, les gastronomies le sont aussi. Quelques chefs font de la résistance. Le Café des Ministères dans le septième arrondissement ou encore un Yves Camdeborde mettent à l’honneur la France éternelle, pas une France figée dans le passé, mais une France qui connait encore les classiques de ses grands-mères paysannes sans s’interdire de les dépoussiérer. Aidons-les et avec eux tous les jeunes chefs qui ne veulent pas passer leur vie à préparer des coquillettes au jambon !

Le non du peuple

Price: ---

0 used & new available from

Gabriel Robin est essayiste (Le Non Du Peuple, Cerf) et directeur de l’Agence Monceau, il travaille avec plusieurs chefs.


[1] https://fr.statista.com/infographie/21597/evolution-du-nombre-de-bistrots-et-cafes-en-france/

Pourquoi le Maroc a-t-il rappelé son ambassadeur?

0
Le président Macron avec le Roi du Maroc, Rabat, 15 novembre 2018 © Christophe Archambault/AP/SIPA

Le 19 janvier, le parlement européen adoptait une résolution intitulée «La situation des journalistes au Maroc, en particulier le cas d’Omar Radi». Cette résolution demande notamment au Maroc la remise en liberté provisoire de ce journaliste. Elle a pour double conséquence de questionner le rôle du parlement européen et de tendre un peu plus les relations entre la France et le Maroc, ce dernier ayant rappelé son ambassadeur auprès de la République française… Analyse.


Cofondateur du Desk, média marocain en ligne, Omar Radi est né en 1986 à Kénitra, près de Rabat. En 2021, alors accusé de viol et d’espionnage, il est condamné par son pays à six ans de prison ferme. Reconnu coupable de « viol et atteinte à la pudeur d’une femme avec violence » et « atteinte à la sécurité intérieure et extérieure de l’État », sa peine fut confirmée en appel le 3 mars 2022. Le vote du parlement européen a été très mal reçu au Maroc et son parlement a immédiatement réagi lors de sa séance plénière du 23 janvier, dénonçant une campagne d’accusations « fallacieuses » et une ingérence dans son système judiciaire.

Afin de comprendre la portée de cette résolution, il convient de rappeler et de bien comprendre quelles sont les compétences du parlement européen. Ayant pour rôle de représenter les citoyens des pays membres de l’Union européenne, il dispose d’une triple compétence : législative, budgétaire et de contrôle de l’exécutif, c’est-à-dire de la Commission européenne. Il peut également émettre des résolutions, illustrant une position commune des députés européens et demandant souvent, sans aucune valeur contraignante, à ce que certaines mesures soient prises en conséquence. L’absence de valeur contraignante permet donc au parlement de s’adresser aussi bien aux États membres, qu’à une institution de l’Union ou à une organisation tierce, que ce soit un pays hors de l’UE ou une organisation « civile » etc.

Deux poids deux mesures

Juridiquement la résolution adoptée le 19 janvier n’a pas de valeur. Elle revêt en revanche une symbolique particulière. En effet, cet avis du parlement qui attaque sans faux semblant le Maroc a été adopté en même temps que d’autres résolutions portant sur des situations internationales bien plus préoccupantes comme les conséquences humanitaires du blocus dans le Haut-Karabakh, les crimes d’agression contre l’Ukraine ou encore les exécutions en Iran. Il s’agit là d’un message très osé : l’UE met au même niveau le système judiciaire chérifien que les exécutions iraniennes et d’autres situations dramatiques.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le dîner du vaniteux

Au Maroc, l’opinion a été touchée dans son ensemble et les réactions ont émané spontanément de toutes les catégories socio-politiques. Les médias locaux relatent une ingérence étrangère dans le système judiciaire local.  Il est également question d’arrogance et certains, sur les réseaux sociaux, évoquent une attitude « colonialiste » de la part de l’Europe. De même, il s’agirait de faire oublier le récent scandale de corruption Qatar/UE, en même temps qu’une concertation des adversaires du Maroc. La situation est perçue comme un « deux poids deux mesures ». La France est également la cible des articles de ces derniers jours. Les plus virulents affirment sa culpabilité, d’autres lui reprochent son ambiguïté. Il est notable qu’en France, cette actualité soit passée quasiment inaperçue jusqu’à présent, preuve d’un oubli des fondamentaux de nos relations internationales dans la sphère médiatique.

Une ingérence

Le parlement marocain, dans la même logique, reçoit avec beaucoup de « ressentiment cette recommandation qui a mis à mort la confiance entre les institutions législatives marocaines et européennes », qui risque de « nuire aux acquis accumulés au fil de décennies d’actions communes ».  Les mots sont forts et bien choisis, le Maroc menace presque l’Union européenne qui ne devrait pas avoir la vanité de penser qu’elle peut se priver d’un tel partenaire, notamment sur les plans économique, géopolitique et sécuritaire. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) note lui une ingérence européenne et rappelle que les journalistes condamnés, et au premier rang desquels Omar Radi, le sont au regard du droit commun et qu’en aucun cas ils ne seraient des prisonniers d’opinion. Le CSPJ considère le texte du parlement européen comme « une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire » et se targue d’une leçon de démocratie en expliquant ainsi à l’Union européenne que l’indépendance de la justice est une valeur fondamentale qu’elle ne devrait pas ignorer…

De même, l’économiste et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences juridiques, Economiques et Sociales de Fès, Abderrazak Ek Hiri affirme que l’action du parlement européen « cible directement les avancées économiques et géopolitiques du Royaume du Maroc et ne fait qu’entacher [sa] crédibilité (…) et instaurer un climat tendu dans un environnement extrêmement complexe ».

Cette résolution aura donc fait grand bruit et ses conséquences concrètes se dessineront petit à petit pour la France comme pour l’Europe. Le parlement marocain a en effet affirmé « reconsidérer ses relations avec le parlement européen et de les soumettre à une évaluation globale ».

Une résolution pourtant non contraignante

Cette résolution, sans valeur contraignante, est éminemment politique. Il est étonnant qu’elle intervienne néanmoins dans un contexte où les relations du Maroc avec l’Union européenne tendent à se dégrader. En effet, depuis 2016 notamment, la Cour de justice de l’Union européenne est plusieurs fois sortie de ses compétences et a émis d’autres décisions mal reçues au Maroc dans des affaires d’accords commerciaux en matière d’agriculture et de pêche. Ces décisions, qui n’ont pas eu de conséquences sur la politique extérieure de l’UE qui est l’affaire de l’exécutif, ont d’ailleurs été vivement critiquées par des juristes internationaux, tant sur la forme que sur le fond. Le 19 janvier, le parlement européen s’est inscrit dans la même démarche. Depuis longtemps maintenant, il s’est octroyé une compétence de juge moral des situations internationales, au travers de ses résolutions.

La question qui doit être soulevée n’est pas tant celle des avis du parlement européen que celle de l’agenda politique de ses avis. Pourquoi, alors que la situation entre la France et le Maroc laissait espérer un renouveau après quelques années de brouilles, le groupe Renew (c’est-à-dire les eurodéputés du groupe de la majorité du président de la République française) a-t-il initié cette résolution, et, logiquement, voté pour ? Pourquoi la fermeture du média algérien Radio-M et l’emprisonnement de son directeur, le journaliste algérien Ihsane el Kadi en décembre dernier n’ont pas fait l’objet d’une résolution similaire?

C’est donc cet agenda politique qui questionne : pourquoi l’Union européenne et le groupe Renew s’attaquent-ils en ce moment au Maroc ? Les causes sont multiples et sans doute faut-il entendre ici la volonté européenne de donner des gages, dans un contexte énergétique tendu et avec une volonté d’établir une coopération au Sahel, au voisin algérien qui montre une hostilité de plus en plus virulente à l’égard du Royaume du Maroc.

L’Espagne tente d’apaiser la situation

L’Espagne est intervenue pour embellir quelque peu le tableau diplomatique, et rappelle ainsi la force et l’importance des relations bilatérales dans les relations entre les pays européens et le Maroc. L’Union européenne n’est pas seule détentrice de la politique extérieure des Etats membres. Le parti du Premier ministre, le Parti socialiste espagnol (PSOE), s’est prononcé contre cette résolution, tandis que l’eurodéputé PSOE Juan Fernando López Aguilar a confirmé cette position face caméra en demandant si les Espagnols accepteraient « de voir des interventions impitoyables contre l’Espagne et son Roi à l’étranger » et s’ils ne trouveraient « pas ça louche », soulignant que tout cela n’avait rien « d’anodin ».

A lire ensuite, Gil Mihaely: Séisme en Turquie: la corruption première cause de décès

La France a beau être traditionnellement une alliée, et historiquement très proche du Maroc, la situation diplomatique entre Rabat et Paris est au plus mal ces dernières années. Crise des visas, légèreté française à propos de la souveraineté du Maroc sur le Sahara marocain, réaction marocaine quant à l’accueil de ses ressortissants faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, etc. : la liste était déjà longue. Malgré cela, le Roi Mohammed VI et le président français avaient laissé entrevoir un espoir d’embellie à la fin de l’année 2022, et une visite officielle d’Emmanuel Macron devait marquer le début d’une nouvelle ère.

Malheureusement, la résolution européenne du 19 janvier vient à nouveau assombrir le tableau. Nul doute que l’initiative du Groupe Renew a bien été notée du côté des institutions chérifiennes.  Lors de la séance parlementaire du 23 janvier, Ahmed Touizi, membre du Parti Authenticité et Modernité (PAM), accuse un pays « que l’on croyait ami et partenaire sûr ». Il affirme que « l’odeur du gaz lui a fait perdre sa tête »… Difficile de ne pas y entendre que la France, qui s’est rapprochée d’Alger notamment pour son gaz, est responsable de cet incident européen.

Lors d’un point presse du 26 janvier, le ministère français de l’Europe et des Affaires Étrangères a tenu à calmer le jeu en déclarant être, vis-à-vis du Maroc, « dans un partenariat d’exception que nous entendons nourrir » et qui a vocation à s’étendre dans les deux décennies à venir. La position officielle du gouvernement semble donc vouloir se détacher des prérogatives du parlement européen, en insistant sur les relations bilatérales entre Paris et Rabat, la porte-parole du ministère évoquant une « amitié profonde ». La volonté était à l’apaisement, au « en même temps » cher à Emmanuel Macron.  Seulement, les amis de la France la jugent à ses actes plus qu’à ses déclarations, et les tentatives de Christophe Lecourtier, ambassadeur de France à Rabat, qui s’efforçait d’expliquer le 3 février dans le magazine marocain Tel Quel que « la résolution du parlement européen n’engage aucunement la France », resteront vaines. En effet, le Bulletin officiel marocain, d’une manière particulièrement sobre et singulière, mentionne à sa dernière page que « suite aux instructions royales, il a été décidé de mettre fin à la mission de M. Mohammed Benchaâboun en tant qu’ambassadeur de Sa Majesté auprès de la République française, et ce, à compter du 19 janvier 2023 ». La date ne trompe pas : il s’agit là bel et bien d’une réponse au vote du parlement européen – qui a eu lieu ce même jour. Vote dont le Maroc tient la France pour responsable, d’autant que le Roi Mohammed VI a pris le soin de ne pas désigner de remplaçant.

Marine Le Pen au centre de l’arc républicain?

0
Marine Le Pen entourée d'autres députés lors des débats sur la réforme des retraites à l'Assemblée nationale, Paris, 6 février 2023 © Jacques Witt/SIPA

Aurore Bergé (Renaissance) se trompe: même s’ils y mettent beaucoup du leur, il n’y a pas que les députés LFI pour dérouler le tapis rouge au parti de Marine Le Pen. L’analyse de Philippe Bilger.


Est-il nécessaire de se pencher chaque jour sur les débats de l’Assemblée nationale alors qu’ils ne cessent de démontrer à quel point l’infantilisme mêlé d’idéologie – le pire mélange – gangrène notre vie démocratique et que les citoyens en ont honte ? Il y a LFI qui a réussi son pari : se distinguer pour le pire, pour qu’on parle d’elle avec stupéfaction et indignation. LFI parvient, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hémicycle, à défier le bon sens, la bienséance et la correction républicaine.

La mauvaise foi abyssale du chef de la Nupes

Il y a la Nupes qui derrière une union affichée, obligatoire pour son futur, n’est pas forcément sur la même longueur d’onde que ceux qui s’adonnent à ce brouhaha permanent et grossier, qui ne laisse plus le moindre doute sur la pauvreté des répliques sur le fond alors qu’elles sont rendues délibérément impossibles. Il est effarant de constater combien Jean-Luc Mélenchon s’est dévoyé sur le plan intellectuel, politique et médiatique. Avec une mauvaise foi abyssale au point par exemple, dans un entretien de deux heures, d’être à plusieurs reprises injurieux à l’égard des journalistes et de légitimer avec ironie le geste du député Thomas Portes (exclu 15 jours) posant le pied sur un ballon à l’effigie d’Emmanuel Macron et d’Olivier Dussopt, en faisant mine de ne s’inquiéter que pour le ballon. Pour se rassurer un peu, en dépit du soutien inconditionnel de Manuel Bompard, de Danièle Obono et de Louis Boyard, on doit se rabattre sur la dissidence et la contestation discrètes de ceux qui ont été écartés. Par exemple Clémentine Autain, Raquel Garrido, Alexis Corbière et François Ruffin. Il est symptomatique de relever que ces derniers, sans craindre les coups d’éclat, apparaissent légèrement en deçà pour le tohu-bohu et ont probablement conscience que cette tactique parlementaire les dessert plus qu’elle ne les favorise.

François Ruffin, sur un mode plus net que Clémentine Autain (qui met en cause seulement l’exercice du pouvoir par Mélenchon), discute la ligne de LFI et trace son sillon qui relève d’un retour au peuple, à ses angoisses sur tous les plans et à ses difficultés. Il oppose une contradiction forte à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon qui – c’est son immense faiblesse – se réfère, avec une modestie ostentatoire, aux « gens » qu’il invoque trop pour en être réellement proche.

Comportement formellement irréprochable

Il me semble – c’est le cœur de mon billet – que cette nouvelle donne exprimée depuis plusieurs mois par François Ruffin constitue pour lui la seule riposte possible aux avancées du RN. Ruffin mesure le péril, plus que tout autre dans son camp. En tout cas bien plus que les orthodoxes, les trublions systématiques, les inféodés à Jean-Luc Mélenchon qui font semblant de ne pas saisir à quel point ce RN massif à l’Assemblée nationale, à la fois présent mais absent (par son comportement formellement irréprochable), intervenant mais en s’économisant, habilement classique, classiquement vêtu, pèse lourd et comme, en feignant de l’oublier, par contraste, ils amplifient sa vigueur. On peut d’ailleurs se demander si LFI ne calque pas son attitude à rebours sur celle du RN. Aurait-il été débraillé et vociférant que l’extrême gauche sans doute aurait joué superficiellement l’apaisement !

Le RN, témoin, observateur, tacticien, en dehors du rituel des dénonciations stéréotypées, n’est pas assez pris au sérieux par Renaissance pour une double raison. Parce qu’Emmanuel Macron ne sera pas candidat en 2027 et qu’une lutte interne dans la majorité met déjà aux prises ceux qui aspirent à lui succéder. Aurore Bergé se trompe et devrait se culpabiliser avec son groupe : il n’y a pas que LFI pour dérouler le tapis rouge à l’extrême droite… Pourtant ils sont de plus en plus nombreux ceux qui prévoient, espèrent ou craignent une victoire de Marine Le Pen en 2027. Pour ma part je continue à penser que son principal obstacle sera ce nom de Le Pen qu’elle a contribué à dédiaboliser (quoi qu’on prétende). Mais il n’est plus du tout inconcevable, quel que soit l’avenir qui ne sera pas dans tous les cas un chemin national et international semé de roses, qu’elle l’emporte. Et si on l’essayait, elle ? Probablement une curiosité risquée que beaucoup seraient prêts à assumer. Avec ce paradoxe inouï dont la démocratie est en de rares circonstances porteuse.

Après Macron…

Emmanuel Macron, par sa faiblesse régalienne et son mépris du peuple si subtilement affiché qu’il ressemble à de l’empathie surjouée, aura beaucoup fait progresser le RN. Mais puis-je dire que pour 2027, face à elle, il manquera ? Non qu’il l’aurait vaincue en 2017 et en 2022 parce qu’il aurait été le meilleur mais seulement grâce à ce raisonnement simpliste que j’ai beaucoup entendu: qui d’autre à sa place ? c’est le moins mauvais ! En 2027, il est certain que la République ne nous privera pas de candidats de valeur. Mais à gauche et à l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s’il s’obstine perdra à nouveau, François Ruffin étonnera, convaincra mais ne gagnera pas, le sympathique Fabien Roussel ne pourra pas faire oublier qu’il est communiste et qu’un petit bout de Staline reste dans son cœur, les écologistes n’ont plus que Marine Tondelier… À droite et au centre cela se bousculera : Laurent Wauquiez, David Lisnard, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Edouard Philippe… Aucune certitude de victoire contre Marine Le Pen ! C’est à cause de 2027 que ce climat parlementaire est suicidaire ; la tenue de la rue lui donnerait presque des leçons. Le RN, absent, présent, qu’on a prétendu sortir de l’arc républicain est en plein dedans : au point de présider la République en 2027 ? Pour le battre, il faudrait autre chose que des mots !

Le dîner du vaniteux

0
Le président Macron et le président de l'Ukraine Volodymyr Zelensky, Paris, 8 février 2023 © Lewis Joly/AP/SIPA

Emmanuel Macron n’entendait pas forcément faire venir à Paris le président ukrainien avant la date du premier anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Mais, devant le faste déployé par les Britanniques, le président français a rapidement organisé une réception à l’Élysée, mercredi 8 février. Coulisses.


Le soir du mercredi 8 février, le président ukrainien a été invité et reçu à l’Élysée de manière parfaitement impromptue. Selon nos confrères de Politico [1], cette invitation surprise aurait été motivée par la nouvelle de la visite-éclair rendue par M. Zelensky à Londres le même jour. Au fur et à mesure que le programme de la journée londonienne se dévoilait, Paris devenait de plus en plus anxieux à l’idée de ne pas être aussi le centre de l’attention internationale. Il est vrai que les Britanniques avaient tout préparé pour faire de cette visite non seulement une démonstration de solidarité internationale, mais aussi un grand spectacle médiatique. 

À Londres, un programme royal

Arrivant en Angleterre dans un avion britannique, M. Zelensky a été reçu à l’aéroport par le Premier ministre, Rishi Sunak, et emmené au 10 Downing Street où il a été accueilli par les applaudissements des fonctionnaires – devant les caméras. Ensuite, visite au parlement où, après avoir échangé une poignée de main avec le leader de l’opposition, le travailliste, Sir Keir Starmer, le président ukrainien a rencontré les présidents de la Chambre des Communes et de celle des Lords. Au premier, il a donné un casque de pilote de chasseur ayant appartenu à un as de l’armée de l’air ukrainienne. Inscrite dessus, il y avait la formule suivante : « Nous avons la liberté, donnez-nous des ailes pour la protéger ». C’était d’ailleurs le message essentiel du discours qu’il a prononcé par la suite devant les élus rassemblés dans Westminster Hall, la partie la plus ancienne du parlement de Londres. L’étape suivante a été une visite au palais de Buckingham où M. Zelensky a été reçu par le roi Charles. Pour compléter le programme, il est parti en hélicoptère avec Rishi Sunak afin de se rendre à une base militaire dans le Dorset où il a rencontré des soldats ukrainiens qui se formaient sur le char britannique, Challenger 2. Après avoir donné des médailles à certains de ces hommes, il a tenu une conférence de presse commune avec le Premier ministre devant un tank. C’est là que Rishi Sunak a annoncé que les premiers chars britanniques arriveraient en Ukraine au mois de mars et que son gouvernement évaluait la possibilité d’envoyer des avions de chasse, en soulignant que, en matière de soutien à l’Ukraine, rien n’était à exclure. 

En principe, le président Macron n’avait pas l’intention de recevoir M. Zelensky à Paris mercredi. Ce soir-là, il aurait plutôt projeté d’aller au théâtre avec sa femme. Mais face aux images triomphales de la visite du président ukrainien à Londres, tout a changé. Un fonctionnaire de l’Élysée a confié à Politico qu’une décision spontanée a été prise pour attirer M. Zelensky à Paris. Sans doute afin de rivaliser avec le faste et la solennité londoniens, l’Élysée a tenté d’organiser une cérémonie aux Invalides pour honorer son visiteur. Pourtant, comme le président ukrainien ne pouvait pas être à Paris à temps, M. Macron a dû annuler l’événement et se contenter d’un dîner à 22h00. Il a néanmoins pu décerner la Légion d’honneur à son invité, et pour gonfler l’importance de l’occasion, il a réussi à persuader M. Scholtz de sauter dans un avion et de se rendre lui aussi à Paris. 

Improvisation parisienne

Toute cette activité improvisée était d’autant plus curieuse que le président français avait caressé le projet d’inviter M. Zelensky à Paris pour marquer l’anniversaire de l’invasion de son pays par la Russie. Pourtant, à la fin, rien ne s’était concrétisé. Toujours selon Politico, cette inaction s’explique en partie par le fait que, quand le président ukrainien s’adresse ou rend visite à ses homologues occidentaux, c’est surtout pour quémander des livraisons d’armes. Cela ne fait pas peur à M. Sunak, car le Royaume Uni fournit l’Ukraine depuis longtemps. Il a été le premier pays à promettre des chars et le premier pays européen à livrer des missiles antichars. Il est possible qu’il soit le premier à livrer des chasseurs.

Faire de telles promesses, ce serait sans doute aller trop loin pour M. Macron. Être obligé de refuser d’en faire, devant M. Zelensky, le jour symbolique de l’anniversaire de l’invasion, ce n’est pas valorisant.

Pourtant, le président semble n’avoir pas pu résister à la tentation de saisir l’opportunité de se montrer en homme d’État sur la scène internationale. C’est sûrement plus flatteur que de faire face aux manifestations provoquées sur la scène domestique par la réforme des retraites. À croire que M. Macron serait parfois motivé par la vanité. Certes, en politique il ne serait pas le seul. On pense au bon mot d’Elie Faure :

« La vanité et la crainte du ridicule sont les traits les plus saillants du caractère français. C’est étrange, à coup sûr, la vanité étant neuf fois sur dix la source du ridicule ».

[1] https://www.politico.eu/article/emmanuel-macron-volodymyr-zelenskyy-ukraine-behind-the-scenes-scramble-to-paris/

La tête comme un ballon

0
Twitter

Thomas Portes, député LFI d’AOC, a les pieds carrés. Donc, incapable de faire plus de deux jongles, il a préféré mettre le pied droit sur le ballon. Un ballon avec la tête à Olivier Dussopt en photo. Problème, gros problème, ce pur gaucher ceint de son écharpe tricolore sur la photo d’avant-match, se rend coupable, selon la majorité, d’un appel au meurtre, voire à la décapitation. “Si tous les cons volaient il ferait nuit.” (Frédéric Dard)


Sans l’écharpe ça passe. Dans une colère froide, feinte ou bouillante, les députés de la majorité se relaient derrière les micros pour dire à quel point le port de l’écharpe pour jouer au foot avec la tête à Dussopt est anti-sportif. Dans la mesure où le match avait lieu hors de l’hémicycle, si le député Portes n’avait pas arboré son accessoire républicain, il pouvait taper dans la tête à Dudu. Intérieur ou extérieur du pied, demi-volée ou reprise de volée, tout est permis avec la tête à Dudule. Mais pas avec l’écha… Ok on a compris.

Avec l’écharpe sans le pied ça passe. Au fur et à mesure de l’après-midi le règlement du jeu avec la tête à Dédé s’est affiné. Avec l’écharpe en paréo ou en smoking ça peut le faire, mais pas avec les pieds. Au hand, au volley ou en dunk in the panier le Dudu est compatible. En punching-ball dans les salles de boxe c’est jouable. Mais pas avec les pie… Ok on a compris. 

Ça passe ou ça casse. Dans cet après-midi de chienchien, les enfants de la baballe se sont déchirés. Le temple de notre démocratie est donc sous la garde de ces foufous de députés. Et ils ne sont ni les aigles de l’Empire, ni les a Oies du Capito… Ok on a compris.

A ne pas manquer, notre nouveau numéro en vente: Causeur #109: Tous retraités! Le dernier rêve français

Portes au placard. 15 jours de suspension. La sanction est tombée. Lourde, impitoyable. À l’unanimité. Si le Ministre Dustop and go a une tête à claques, il est interdit de s’essuyer les crampons sur sa bobine. Quant au député Thomas Portes que dire, que faire ? Si ce n’est que de la petite à la grande porte, il sera long son chemin à Toto. Pour les cocos et les socialos il va être très long le chemin à supporter les jobards et leurs jobarderies. Ce chemin de croix, ils l’ont choisi. Quant aux ovins de la Macronie, mon dieu mon dieu le niveau… Après cet incident que n’a-t-on pas entendu ? Certains ont fait rouler le ballon jusqu’à la tête de Samuel Paty. Ils ont osé et c’est à ça… Ok on a compris.

Bref. Les saucissons ne poussant pas aux arbres et les ânes n’étant pas des chevaux de course, ce n’est pas de l’hémicycle que jaillira la lumière dans ce pays éclairé aux bouts de chandelles. Dans ce contexte de pénurie d’intelligence pas artificielle et de menaces on ne peut plus réelles on est vraiment dans la m.… Ok on a compris.

La complainte du phoque en Alaska. (Beau Dommage)
Ca vaut pas la peine
De laisser ceux qu’on aime
Pour aller faire tourner
Des ballons sur son nez
Ça fait rire les enfants
Ça dure jamais longtemps
Ça fait plus rire personne
Quand les enfants sont grands

Marie-Thérèse Orain: « J’ai vu le monde de la nuit et des cabarets s’éteindre tout doucement »

0
Marie-Thérèse Orain © Hannah Assouline

La chanteuse et comédienne Marie-Thérèse Orain est le témoin privilégié du Paris des cabarets et des music-halls. Elle a connu les plus grands et les derniers feux d’une époque bénie où la chanson française était un vivier de talents.


Chanteuse et comédienne, Marie-Thérèse Orain aura toute sa vie humblement et passionnément servi son art. Comédienne au boulevard, chanteuse fantaisiste au cabaret, chanteuse lyrique à l’opérette, elle n’a eu de cesse, sa carrière durant, de rebondir vers de nouvelles aventures. Témoin privilégiée de l’époque des « cabarets rive gauche » comme L’Échelle de Jacob ou L’Écluse, Yves Jeuland l’invite en 2012 à raconter cette époque dans son remarquable reportage Il est minuit, Paris s’éveille. En 2015, à l’âge de 80 ans, elle enregistre son premier album, Intacte, laissant enfin une trace de la chanteuse des nuits parisiennes, artiste qui partageait la scène avec Barbara, Brassens, Anne Sylvestre ou encore Patachou.

Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne doit pas pouvoir se remettre d’une main aux fesses. Non vraiment, j’ai du mal à comprendre ce monde…

Sur cet album, d’ailleurs, deux chansons sont consacrées au monde des cabarets, La Chanteuse, de Jacques Debronckart et Va lui dire à la p’tite, texte poignant écrit pour elle par son amie Anne Sylvestre.


Causeur. Vous vouliez devenir comédienne, et vous avez bifurqué vers la chanson et les cabarets. Comment cela s’est-il passé ?

Marie-Thérèse Orain. Je le dois à Patachou ! Après Oscar avec Louis de Funès, on m’a proposé trois petits rôles parlés dans la nouvelle comédie musicale d’Alexandre Breffort (qui venait de faire un triomphe avec Irma la douce). Patachou devait tenir le rôle principal. Durant les répétitions, le metteur en scène était furieux car elle s’absentait souvent pour aller donner des concerts. Il m’a donc proposé d’être sa doublure durant ses absences. J’ai rapidement appris ses airs. Un jour de répétition, j’étais sur scène en train de chanter le rôle principal au milieu des danseurs, très à l’aise, quand Patachou débarque et me voit donc tenir son rôle ! Elle est restée au fond de la salle à me regarder. À la fin de la chanson, elle s’avance jusqu’à la scène et me dit : « T’es chanteuse toi ? » d’un ton assez sec. Je lui réponds que non, qu’on m’a juste demandé de faire ça pour la doubler lors des répétitions. « T’as déjà chanté ? » me lance-t-elle. Je lui assure que non. Elle monte alors sur scène pour que je lui montre ses déplacements que j’avais appris. Et là, à voix basse, elle insiste : « Allez, t’as pas voulu me le dire devant les autres… mais t’as déjà chanté ? » Je lui réponds : « Oui, mais juste un peu, et pas seule, en chœur, dans une revue de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, juste comme ça .» Patachou, surprise, me dit : « T’as jamais chanté seule ?! Eh bah tu devrais ! Allez, chiche ? Je ne te donne pas de directive ni de conseil, tu choisis quatre ou cinq chansons, tu te trouves un pianiste, tu répètes et quand tu es prête, tu me le dis, tu viens me montrer ça à la maison et je te dirai si ça vaut la peine de continuer. » Je me suis directement inscrite dans une école de chant tenue par Christiane Néret. Les cours avaient lieu au Bœuf sur le Toit. On pouvait y aller à n’importe quelle heure, il y avait toujours un pianiste de fonction. J’y suis allée tous les jours après avoir trouvé des chansons dans des maisons d’édition. À l’époque on faisait comme ça. On allait chez un éditeur et on disait : « Bonjour, je cherche des chansons fantaisistes un peu comme ci ou comme ça ». Le type vous disait : « Attendez, je crois que j’ai ce qu’il vous faut. » Il sortait la partition et la donnait à un pianiste de fonction qui vous la jouait. Et si ça nous plaisait, on achetait ! C’était aussi simple que ça de se constituer un petit répertoire. Je prépare donc ces chansons et, lorsque je suis prête, je le dis à Patachou. Elle me reçoit avec ma pianiste dans son somptueux appartement de Neuilly. On se met à table et à la fin du repas, elle me dit : « Allez, on va dans le salon et tu vas me montrer ça ! » J’étais terrifiée. Elle a tout écouté et à la fin elle m’a dit : « Oui, il faut continuer. Et je vois très bien quel répertoire il te faut… le mien ! » Je pensais qu’elle me prenait pour une concurrente plus jeune qu’elle, je pensais que c’était terminé pour moi. Mais pas du tout ! Lorsqu’elle a été directrice artistique du magnifique cabaret de la tour Eiffel, elle m’a engagée pour faire sa première partie. Voilà comment je suis devenue chanteuse !

Comment avez-vous évolué dans ce monde des cabarets ?

En juillet 1962, un type qui m’avait vu chanter au cours Néret – et qui connaissait bien madame Lebrun, la patronne du cabaret L’Échelle de Jacob – m’appelle et me demande : « Est-ce que vous pouvez aller à L’Échelle, ce soir à minuit, avec vos partitions ? Un artiste est malade et il faut d’urgence le remplacer. Comme ça, Suzy Lebrun vous verra ! » J’arrive là-bas avec un trac épouvantable. La salle était vide ! Il n’y avait qu’un couple qui se roulait des pelles sur la banquette du fond. La mère Lebrun a eu pitié de moi et a fait descendre le barman et la fille du vestiaire pour les mettre au premier rang. Je termine mon tour, la patronne vient me voir et me dit : « Bon, très bien. Vous revenez demain ! » Et je suis restée quatre mois. Je jouais dans la pièce Oscar le soir et ensuite je partais à L’Échelle de Jacob faire mon tour de chant. Puis tout s’est enchaîné. J’ai été engagée à La Villa d’Este, un « cabaret bouchon », un « cabaret champagne »… c’est-à-dire qu’il y avait des entraîneuses. C’était à l’Étoile, un cabaret rive droite ! Ça payait mieux que les cabarets rive gauche ! Mouloudji a lui aussi passé des années à chanter à La Villa d’Este.

A lire aussi : Daniel Auteuil et Pierre Perret, deux figures françaises

Vous ne chantiez que dans les cabarets ?

Non, également dans les music-halls [1]. À l’époque il y avait les music-halls de quartier, comme la Gaité Montparnasse. C’étaient des endroits qui avaient essentiellement une clientèle d’arrondissement. J’adorais chanter au Pacra, boulevard Beaumarchais. Le public était composé de petites gens, des concierges, des petits commerçants. Il devait y avoir mille places. L’orchestre était dans la fosse. Les ouvreuses étaient d’époque, c’étaient des dames d’un certain âge qui traînaient la patte. D’ailleurs la régisseuse boitait. C’était une ancienne trapéziste qui s’était cassé la gueule. Ce petit monde du music-hall parisien, c’était quelque chose ! J’adorais ça. C’était une école de vie ! Il fallait travailler, gravir les échelons. Souvent, les chanteurs commençaient dans les cinémas de banlieue car, en ce temps-là, avant le début du film, il y avait des attractions. Parfois un chanteur, parfois un magicien, des jongleurs. Aznavour a commencé comme ça. Après avoir écumé les cinémas de banlieue, les artistes prenaient du galon et passaient aux salles parisiennes. Ensuite seulement, ils accédaient aux music-halls de quartier. Alors, quand on arrivait sur les grandes scènes, on avait du métier.

Combien de temps avez-vous chanté dans les cabarets ?

Malheureusement, j’ai connu la fin des cabarets… Ils ont fermé les uns après les autres. Financièrement, c’était trop difficile pour eux. Les cabarets de la rive gauche étaient taxés autant que ceux de la rive droite – comme La Nouvelle Ève et les boîtes à entraîneuses – où les types dépensaient trois milles balles de champagne dans la nuit, tandis que rive gauche, les gens passaient la soirée à écouter les artistes avec une consommation à vingt balles. La fin des années soixante a été le grand déclin des cabarets.

Dans ces années-là, comment était la nuit parisienne ?

Oh ! Aujourd’hui on ne peut même pas l’imaginer. C’était fantastique ! Moi, avant d’aller chanter au cabaret, vers neuf heures du soir, je m’installais en terrasse sur le boulevard Saint-Michel uniquement pour regarder passer les gens. Ils étaient bien habillés, c’était joyeux, ça bouillonnait ! Je regardais ça émerveillée… puis vers vingt-trois heures, j’allais chanter. La nuit à Paris, il y avait du monde, de l’effervescence, et puis ce n’était pas violent. J’ai été une travailleuse de nuit pendant longtemps, et je peux vous dire qu’en rentrant chez moi tous les soirs après mes prestations, je ne me suis jamais fait voler ou agresser ! Pour moi, la violence et la mauvaise ambiance sont arrivées avec 68. J’ai vu ce monde de la nuit et des cabarets, que j’aimais tant, s’éteindre tout doucement… et là j’ai filé…

A lire aussi : Suzy Solidor: vive l’égérie française!

Filé où ?

J’ai toujours eu de la chance. À chaque fois qu’une chose s’est dérobée sous mes pieds, une autre chose s’est pointée. J’apprends ainsi un jour que monsieur Cartier – directeur du théâtre du Châtelet – a une proposition à me faire. Je suis étonnée car c’est un théâtre lyrique et je ne suis pas chanteuse lyrique. Mais il me reçoit et me dit : « J’ai pensé à vous pour la comédie musicale américaine No, no, Nanette. Je ne vous connaissais pas mais ces derniers jours, quatre personnes m’ont dit que pour le rôle de Pauline, il fallait Marie-Thérèse Orain. » Et voilà comment j’ai été engagée au Châtelet. Sans passer d’audition ! C’était en 1982. Ensuite, j’ai enchaîné les opérettes et les comédies musicales. Ça a duré vingt ans. Et, parfois, avec de très beaux spectacles, comme La Veuve joyeuse mise en scène par Alfredo Arias. Et puis j’ai fait beaucoup de spectacles avec Jérôme Savary, notamment des Offenbach magnifiques comme Le Voyage dans la lune et La Vie parisienne. J’ai chanté dans les plus belles salles durant ces vingt ans… Châtelet, Opéra-Comique, Grand Théâtre de Genève…

Pour en revenir aux cabarets, quelles sont les grandes personnalités qui vous ont marquées ?

J’adorais Christine Sèvres, qui était malheureusement estampillée comme la femme de Ferrat. Mais c’était une grande chanteuse ! J’aimais beaucoup Catherine Sauvage aussi. Ses récitals au Théâtre Montparnasse avec Jacques Loussier au piano étaient bouleversants ! Du grand travail ! Et Barbara ! J’ai fait le cabaret La Tête de l’Art pendant un mois avec elle, dans le même programme. Je l’ai bien connue. Et puis Gribouille… qui est malheureusement partie trop tôt. C’était une des plus grandes. Lorsque je l’ai vue à Bobino, elle m’a tout de suite rappelée Piaf. Il y avait aussi Cora Vaucaire : quelle classe, quelle articulation, c’était remarquable ! Vraiment, il y avait un vivier d’artistes dans la chanson française à cette époque… et puis les Yéyés sont arrivés. Et là, ça a été terminé. Voilà, il n’y en avait plus que pour les Yéyés… On m’a proposé de me « reconvertir », mais je n’ai jamais pu. Chanter des conneries, non merci !

A lire aussi : Qui a peur de la musique française?

Et Brassens ?

C’était un type formidable. J’ai fait deux fois Bobino avec lui. En principe pour les tournées, il ne voulait pas embarquer de femme dans l’équipe. Il disait : « Dès qu’il y a une chanteuse quelque part, la merde commence. » Lors de notre second Bobino ensemble, le soir de la dernière, je vais le voir et je lui dis : « Bon bah, on se dit au revoir. » Il n’aimait pas les au revoir et, comme il sentait que j’allais pleurer, il était très mal à l’aise. Il m’a juste dit : « Si je refais Bobino, tu feras partie du convoi. » Il part, fait trois pas, puis revient et ajoute : « Parce que je vais te dire… pour une bonne femme, tu n’es pas trop emmerdante. » C’était tout Georges : la tendresse, la pudeur, la délicatesse. Il était très délicat, il faisait attention aux autres. Je ne l’ai jamais vu mal parler à qui que ce soit, jamais. Georges, c’était le peuple dans ce qu’il a de plus noble.

Marie-Thérèse Orain et Georges Brassens, dans les coulisses du théâtre Bobino à Paris, 1973. ©Marie-Thérèse Orain.

Que pensez-vous du monde d’aujourd’hui ?

Je le trouve très inquiétant. L’ambiance n’est plus à la rigolade. Même dans le milieu artistique. Quand on voit la chasse aux sorcières que subissent les hommes… je n’aimerais pas être à leur place. Moi, j’ai du mal à comprendre cela. J’étais mignonnette quand j’étais jeune, des gars qui ont essayé de me coincer, il y en a eu ! J’ai même eu très chaud quelques fois… Mais ça ne m’a jamais traumatisée… franchement ! Ça m’est toujours passé au-dessus. Quand j’y repense, ça aurait plutôt tendance à me faire rire. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on ne doit pas pouvoir se remettre d’une main aux fesses. Non vraiment, j’ai du mal à comprendre ce monde que je vois tourner à une vitesse phénoménale, et dans un drôle de sens.

Intacte

Price: ---

0 used & new available from

Le Goût du Sang

Price: ---

0 used & new available from


[1] Le music-hall disposait de grandes salles, plutôt luxueuses (Bobino, Alhambra, Olympia, Concert Pacra). On y présentait des revues avec décors, orchestre, etc., mais aussi des chanteurs et des fantaisistes. Au cabaret, la salle était petite et la scène minuscule. Les artistes s’y succédaient durant la soirée seulement accompagnés d’un pianiste. C’était la chanson sans fioritures ni paillettes. (Barbara, Greco, etc.).