«Messieurs les ronds de cuir» de l’édition en ont mis, du temps, pour le rééditer…
Le constat est implacable, sondage après sondage, deux tiers des français ne veulent pas de cette réforme des retraites. Il en est un autre, encore plus alarmant sur la vitalité du théâtre français et l’aphasie éditoriale. On ne lit plus Georges Courteline et, plus grave, on ne le réédite pas. Il est passé de mode, placardisé, lambrissé dans des intérieurs bourgeois, boulevardisé dans les portes qui claquent et les adultères duveteux, relégué à cette toute fin XIXème, juste au moment de l’avènement de la fée lumière et de l’érection d’une Tour boulonnée sur des terrains mouvants. Ses histoires de préposés aux écritures et d’altercations caustiques dans les transports publics sont-elles si éloignées de notre morne réalité où la loi inique et les interdits s’abattent sur nos têtes depuis maintenant trois longues années ?
Moraliste des réunions de syndic
Courteline avait déjà tout écrit, tout prédit sur les illusions perdues, la rapacité commerçante, la médiocrité bureaucratique et les élans incertains du cœur. Il savait intimement que l’Homme libre serait perpétuellement en proie à des forces administratives obscures, d’étranges règlements tentaculaires et la méchanceté inhérente à l’âme humaine, plus commandée par la bêtise que par la malignité des sentiments.
Ce moraliste des réunions de syndic, à l’humour grinçant, pousse les situations banales de l’humiliation ménagère en bombe à retardement. Quand personne ne veut céder, de peur d’être atteint dans son honneur, c’est là que le sport commence, la joute pathétique s’emballe, les arguments glaiseux s’affrontent avec cette outrance surjouée et cette envie de ne pas céder une once de terrain à son adversaire, qu’il s’agisse de payer un ticket de bus à un contrôleur malveillant ou de ne pas réveiller une épouse acariâtre après une nuit trop arrosée. Chez Courteline, l’honneur est souvent bafoué, l’injustice rampante, les maris accablés et les palabres sans fin, l’individu lambda devient alors, selon la formule de Michel Audiard, la mascotte des tortionnaires. Avec Courteline, point de sang et d’armes à feu, seulement des paroles blessantes lancées avec une rogue attitude et toujours sûr de son bon droit, le code à la main. Les faux-héros de ce styliste à l’encre noire, sont souvent de petits bourgeois vindicatifs, des fonctionnaires transparents ou des théâtreuses rapaces.
Cruauté et désespoir derrière le comique
Dans la collection Exhumérante où l’on trouve, entre autres, Octave Mirbeau, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Jules Renard ou O. Henry, « l’Arbre Vengeur », toujours inspiré dans sa préservation du patrimoine littéraire publie Ah ! Jeunesse ! de Courteline, illustré avec beaucoup d’à-propos par Stéphane Trapier que Chaval aurait certainement adoubé. Courteline a dédié cette série de nouvelles et saynètes à Marcel Schwob qui avait préfacé Messieurs les ronds-de-cuir (tableau-roman de la vie de bureau) en 1893. Ces morceaux d’ironie tordante se déroulent souvent Place de la Bastille ou rue du Faubourg-Saint-Denis, dans un Paris couleur sépia, voguant entre le vaudeville et l’étude des mœurs, dans un environnement, en apparence, sans histoire. Mais un détail, une réflexion, un minuscule abus d’autorité vont venir dérégler cette grande machinerie que nous appelons aujourd’hui le « vivre ensemble ». Courteline sait faire monter cette mayonnaise, la maïeutique des gens ordinaires.
Avec les années, le côté vaudevillesque l’a emporté dans les mémoires sur la philosophie du désespoir, et surtout, nous avons oublié combien l’écrivain élevé dans sa prime enfance en Touraine chez ses grands-parents, se révèle un auteur plein de perfidies réjouissantes. On se love dans son écriture saignante, faite d’arabesques et de précisions d’entomologiste. Admirez le maître : « Il y a, pour les gens très bêtes, un spectacle très récréatif : c’est celui d’un homme de lettres dans l’exercice de ses fonctions. Non, je ne crois pas qu’il soit un champ où fleurisse, s’épanouisse, prospère de plus luxuriante façon l’observation narquoise des niais et de leur ineffable goguenarderie ». C’est drôlement envoyé, et, celle-là, d’une cruauté abyssale, à propos d’une jeune personne : « La vérité me force pourtant à le dire: au régiment des perruches, Mlle Mariannet eût pu être tambour-major. Sa taille le lui eût permis, et aussi l’insondable point de profondeur où atteignait sa puérilité ». Alors, on se lève tous pour Courteline !
Il y a deux sortes de guides de voyage, bien plus efficaces que le Routard, pour découvrir un pays. C’est son roman noir et sa poésie (contemporaine). Dans les deux cas, il s’agit d’un pas de côté, d’un changement de l’angle de tir, d’un réagencement de la réalité, des sentiments, du désir, de la pulsion.
Je fais mon miel, ces temps-ci, d’une anthologie bilingue de la poésie britannique, L’île Rebelle (Poésie Gallimard). Elle rassemble des poètes nés entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 60, qui publient encore pour la plupart aujourd’hui. Les traductions sont de Jacques Darras, un de nos plus grands poètes vivants dont nous vous parlerons bientôt, et Martine De Clercq.
J’ai particulièrement aimé, entre autres, deux poèmes de Selima Hill, née en 1945, « Vache » et « Portait de mon amant en animal étrange »: elle a l’humour inquiet d’une Sylvia Plath, un art de la métaphore aussi surprenante qu’évocatrice qui fait penser au Morand des débuts, et elle pratique un féminisme sans dogmatisme, comme un art du bestiaire.
Je veux être une vache pas la fille de ma mère. Je veux être une vache pas amoureuse de toi. Je veux me sentir libre d’être calme Je veux être une vache qui jamais ne va connaître le genre d’amour dont on « tombe amoureux », une vache royale avec des hanches aussi amples et saines qu’un grand magasin, une vache que le fermier trait à genoux, qui a sa mort sentira l’aurore se pencher sur elle comme une prairie et lui mouiller les lèvres.
Pétrole, le livre testamentaire et maudit de Pasolini ressort dans la collection « l’Imaginaire » de Gallimard…
Lorsqu’il est mort en 1975, assassiné sur une plage d’Ostie, près de Rome, Pier Paolo Pasolini travaillait depuis trois ans à la rédaction d’un roman extrêmement ambitieux, intitulé Pétrole. Malgré son inachèvement évident, le livre fut publié une première fois en Italie en 1992, et en 1995 en France, dans une traduction de René de Ceccatty. La critique ne reçut pas très favorablement ces quelque mille pages, plutôt désarçonnantes et au contenu audacieux. Et pourtant, comme le soutient René de Ceccatty dans la préface à cette nouvelle édition revue et corrigée, Pétrole éclairait en partie les causes de la mort de Pasolini, non pas seulement un « crime sexuel », mais le fruit d’un complot politique.
Lors de diverses enquêtes menées depuis, pour tenter de résoudre cette affaire, les policiers italiens « ont trouvé dans Pétrole, écrit René de Ceccatty, des éléments, selon eux, déterminants pour expliquer les circonstances ou plutôt les causes politiques de son assassinat ». C’est dire l’importance de ce roman dans le dévoilement de la vérité, et du reste personne ne s’y est trompé. Comme si, au centre même de Pétrole, se dissimulait l’énigme du destin de Pasolini.
L’agitation des années 70
Il faut donc se pencher sur ce gros volume, d’un abord il est vrai peu facile. Ce qu’on perçoit en premier lieu, c’est la volonté de Pasolini de faire une synthèse de la littérature de son temps. Nous sommes, rappelons-le, c’est essentiel, dans les années 70, période où les avant-gardes fleurissaient, comme Tel Quel en France. Tout un courant postmoderne s’était développé dans la littérature et les sciences humaines, qui semble avoir retenu l’attention de Pasolini. René de Ceccatty énumère les auteurs classiques qu’il prendra pour modèles, afin de s’en inspirer ou, plus directement, de les pasticher, quand ce n’est pas pour les recopier purement et simplement (comme avec Les Démons de Dostoïevski). On reconnaît, parmi les influences de Pasolini, l’Ulysse de Joyce, les Cantos de Pound, Tristram Shandy de Sterne ou encore La Tentation de saint Antoine de Flaubert. On pourrait encore mentionner La Divine Comédie de Dante, ou bien le marquis de Sade. On le voit, c’est un flux ininterrompu de grands auteurs, qui noierait le texte sans, à chaque fois, une note pour nous indiquer de quoi il s’agit.
Constatons à ce propos l’importance des notes, dans la lecture de Pétrole. Elles proviennent en grande partie des deux éditions italiennes, auxquelles René de Ceccatty a ajouté les siennes pour sa traduction en français. Il est passionnant de poursuivre la lecture de ce roman grâce aux notes, qui ouvrent bien des portes sur le travail de Pasolini. Celui-ci ne lisait pas seulement Dante ou Sade, mais aussi les livres et la presse de son époque. On apprend ainsi, à l’occasion d’une expression particulière que Pasolini emploie dans Pétrole, qu’elle est « tirée d’un essai de l’ethnologue américain, spécialiste de l’Inde, David G. Mandelbaum (1911-1987) […] Pasolini possédait cet ouvrage et l’avait étudié attentivement… » Ce genre de précision mettra en joie le lecteur érudit et fétichiste, amoureux des livres. Je ne dis pas pour autant que les notes sont plus intéressantes que le texte de Pasolini, mais elles jouent un rôle prépondérant dans notre lecture.
Idéologie et illisibilité du récit
De son côté, Pasolini commente, dans le corps même de son roman, l’avancée de son récit. Il fait de nombreuses remarques sur ce qu’il est en train d’écrire, sur ce qu’il veut dire. Aurait-il laissé ces passages dans la version finale ? Difficile de trancher. Mais ces remarques intéressent néanmoins le lecteur, et, selon moi, il aurait été dommage de s’en priver. Pasolini précise par exemple, à propos de son récit, qu’il « appartient par sa nature à l’ordre de l’illisible », et que « sa lisibilité est donc artificielle : une deuxième nature non moins réelle, en tout cas, que la première ». Plus loin, il confie, de la même manière, que « la psychologie est remplacée par l’idéologie ». Cette réflexion est à souligner dans la mesure où elle caractérise les personnages que met en scène Pétrole. Le livre est censé raconter un assassinat réel (bizarre coïncidence, tout de même), celui de l’homme d’affaires Enrico Mattei. Mais Pasolini se concentre sur d’autres personnages tout à fait imaginaires, dont certains, livrés à eux-mêmes, se dédoublent. Ils ont signé un pacte avec le Diable, et leur vie est une descente aux enfers. La sexualité est chez eux une obsession malsaine, avec des fantasmes rudimentaires. On connaît la part centrale pour Pasolini de l’érotisme. René de Ceccatty souligne très bien que, dans ce dernier roman, de même que dans son film posthume, Salò ou Les 120 Journées de Sodome (1976), il y a un « revirement de Pasolini quant à son usage de la sexualité dans son art ». En clair : « Le sexe peu à peu devenait un ennemi, pour lui. »
Un livre à reprendre et à relire
Pétrole est certainement un de ces livres qu’il ne faut pas hésiter à reprendre. Sa lecture en est problématique, parfois. C’est un livre d’une grande ambition, dans lequel Pasolini essaie de mettre noir sur blanc des choses quasi incompréhensibles. Pour ma part, je ne me suis pas laissé intimider par ce monument, car Pasolini, intellectuel généreux, sait toujours rester un homme simple, avec un arrière-fond de sagesse évident. Il reste que, dans les années 70, ce n’était pas la sagesse qui comptait le plus. On pourrait se demander légitimement : « Et aujourd’hui ? »
Pier Paolo Pasolini, Pétrole.Édition revue et augmentée. Traduit de l’italien par René de Ceccatty. Préfaces de Bertrand Bonello et René de Ceccatty. Éd. Gallimard, collection « L’Imaginaire ».
Pour l’occasion, il s’est confié à Mireille Dumas, notre confesseur(e) nationale, dans un documentaire émouvant: «Serge Lama la vie à la folie», toujours visible en replay sur France 5.
Bien sûr, comme dans tous les documentaires qui retracent la vie d’un artiste, on nous montre des images d’archives. Cependant, concernant celui-ci, elles sont peu nombreuses : Mireille Dumas, avec sa façon subtile de poser des questions, un peu en retrait, laisse toute la place à celui qui se trouve en face d’elle.
Et nous sommes immédiatement captivés par l’histoire de Serge Chauvier dit Serge Lama, parce que sa vie est un roman, mais surtout parce que Lama est un conteur, qui sait trouver les mots, ceux qui nous transpercent d’émotion. Nous le sentons également apaisé, lui qui fut secoué par tant de drames, comme celui de perdre la femme aimée, celui d’avoir vécu une enfance pas toujours rose, mais qui lui fit le cuir. Nous avons l’impression que Serge Lama a laissé la place au petit Serge Chauvier : « Qu’importe ma vie, je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus » aurait pu dire Lama, comme Bernanos.
Maman Chauvier
Serge Chauvier est né en 1943 à Bordeaux, il est fils unique, et son père était un chanteur d’opérette qui remportait un certain succès. Serge adore traîner dans les coulisses des théâtres, il se souviendra toujours de l’odeur « de femmes et de fards » qui y régnait.
Mais papa Chauvier voulut conquérir Paris, qui ne voulut pas de lui. La famille en est donc réduite à vivre à trois dans une chambre, cependant au cœur du XIᵉ arrondissement. Ce premier traumatisme, Serge le raconte superbement dans une chanson un peu méconnue: Maman Chauvier : « En 50, j’avais 7 ans, j’habitais la rue Duvivier, pauvre dans un quartier diamant, trois dans une chambre meublée. » Mais pourquoi ce titre : Maman Chauvier ? Cette chanson est bien sûr dédiée à sa mère, qui selon ses propres mots, lui fit vivre l’enfer. Et fit vivre l’enfer à son mari, à cause de sa jalousie morbide.
Lorsque Serge était au faîte de sa gloire, elle lui disait qu’elle aurait préféré qu’il soit avocat. Les artistes ne trouvèrent jamais grâce à ses yeux. Cependant, parce qu’on aime toujours sa mère, cette chanson est une déclaration d’amour du petit Serge à sa maman : « Maman Chauvier, un enfant t’aime, 19 rue Duvivier Paris 7ᵉ. » A travers ses chansons, Lama a finalement écrit son autobiographie, il a même déclaré qu’il est devenu chanteur pour venger son père, qui ne trouva jamais le succès qu’il avait si ardemment désiré.
Autobiographie en chansons
Serge voulait devenir écrivain, il y est parvenu : en distillant, chansons après chansons ses mots si justes et émouvants, de ceux qui vous vont droit au cœur, et qui nous laissent avec des larmes au bord des yeux.
Et puis, il y a cet épisode bien connu, cet accident qui faillit avoir sa peau, et qui eut la peau de la femme qu’il ne cessa jamais d’aimer. Il raconte que lorsqu’il apprit sa mort, qu’on lui avait cachée, il poussa toute une nuit des cris de bête. Ces cris, il les sublima dans une magnifique chanson : D’aventure en aventure. « Bien sûr j’ai d’autres certitudes, j’ai d’autres habitudes, et d’autres que toi sont venues, marquer leurs dents sur ma peau nue. » Cette femme, qui en perdant la vie, a fait naître Serge Lama, était Liliane Benelli, la pianiste de Barbara, qui lui rendit hommage dans « Une petite cantate » : « Mais tu es partie fragile, vers l’au-delà. »
Lama, dans son corps massif à la patte folle, englobe également toute la chanson française de la deuxième partie du XXᵉ siècle, il les connut tous : de Barbara à Brassens, en passant par Marcel Amont. Comme eux, il fit ses débuts au fameux cabaret l’Écluse, comme eux, il connut les vaches maigres avant le succès. Cependant, il ne gagna jamais les galons de chanteur à textes, lui qui en écrivit de si beaux. Il devint ce qu’on appelle un chanteur de variété, ce qui est à mon sens un statut hautement respectable, la variété française est ma marotte, et je ne cesse de la défendre.
Un de ses plus grands tours de force est d’avoir mis des mots, si simples et si vrais sur la sale guerre, celle que l’on n’osa pas nommer pendant des décennies, la guerre d’Algérie : « L’Algérie, écrasée par l’azur, c’était une aventure dont on ne voulait pas, l’Algérie, du désert à Blida, c’est là qu’on est parti jouer les petits soldats. » Et, il faut croire que les Français en avaient besoin de ces mots-là, car lorsqu’il la chantait sur scène, elle avait encore plus de succès que Je suis malade. Je passe sur l’épisode Napoléon, et Lama semble également, au soir de sa vie, vouloir l’oublier, il l’esquive presque lors de sa conversation avec Mireille Dumas.
Il préfère évoquer le petit garçon qui n’a pas eu de ballon rouge, et il a bien raison.
Le gouvernement pense réguler (mais comment ?) l’accès aux sites pornographiques. La CNIL et l’ARCOM vont présenter dans la semaine à venir un dispositif pour empêcher les mineurs d’y accéder. Notre chroniqueur, à qui rien de ce qui est érotique n’est étranger, et qui s’est jadis ému lui-même des dégâts de la « société pornographique », fait le tour de la question.
Dans Le Figaro, c’est une psychologue, Sabine Duflo, qui s’inquiète : « L’âge moyen du premier visionnage d’images pornographiques est de dix ans aujourd’hui, contre quatorze ans en 2017. Un tiers des enfants de douze ans ont déjà été exposés à des images pornographiques. Chaque mois, près d’un tiers des garçons de moins de 15 ans visite un site porno. » [1]Et de citer le rapport établi par quatre sénatrices, Porno, l’enfer du décor.
Encore un (mauvais) coup de Pfizer
J’ai jadis moi-même écrit un livre sur la question, La Société pornographique (2012). J’y déplorais déjà le fait que, comme le dit Sabine Duflo, les premières relations sexuelles se fassent sous l’injonction de la pornographie — et se passent très mal. Entre les garçons pré-traumatisés parce qu’ils correspondent rarement au pseudo-standard de taille établi par des hardeurs sélectionnés (il y a jusqu’à 25% de cas d’impuissance chez les moins de 25 ans), et les filles en attente d’étreintes majuscules (faites rimer l’adjectif avec ce que vous voulez), il n’y a que des déceptions. J’avais eu l’occasion d’en parler chez Laurent Ruquier (voir vidéo plus bas). Ça alors, le sexe sur Internet fait les affaires de Pfizer…
Rappelez-vous. Quand on a mis au point le Viagra, Pfizer (ils sont partout !) a sollicité le vice (c’est le cas de le dire)-président des Etats-Unis, Bob Dole, pour faire la publicité de ce produit pour vieillards en libido défaillante. Aujourd’hui, les stimulants sont majoritairement consommés par des hommes jeunes, en (qué)quête de performances: on a vu sur Internet les prouesses de tel ou tel hardeur, on veut l’égaler, le surpasser, le con / fondre. Et on se détruit.
D’autant que les acteurs pornographiques trichent eux-mêmes, consomment des produits divers et variés, s’injectent de la papavérine dans la verge, — et, le soir, rentrant chez eux, rêvent d’un pot-au-feu, d’un livre et de plantes vertes. Surtout pas de femmes. Les hardeuses, saturées d’érections maximalistes, sont lesbiennes pour la plupart. Les uns et les autres connaissent un taux de suicides sans commune mesure avec les statistiques générales. À ne plus exister que par la cheville ouvrière ou quelques réceptacles, on cesse d’exister en soi et pour soi. Comme dit un site spécialisé : « Non, le porno n’est pas glamour. »
Tout est faux dans le sexe sur Internet. Tout est joué.
Des intérêts XXL
Il y a quelques années, j’avais suggéré au ministère de l’Education de me confier une mission pour me rendre dans les lycées, escorté (si je puis m’exprimer ainsi) d’une professionnelle du hard, afin d’expliquer aux jeunes ce qui est normal, et ce qui ne l’est pas. Hé non, mesdemoiselles, vous n’êtes pas obligées de vous faire sodomiser, d’autant que statistiquement, il n’y a guère que 15% des femmes qui y trouvent un réel plaisir. Et oui, l’acte sexuel quasi absent des sites pornographiques, c’est le baiser.
On mesure l’écart entre fiction et réalité.
Plusieurs pays (la Chine, oui, mais aussi l’Islande) ont complètement banni la pornographie. Ce n’est pas très difficile à faire — mais on froisse alors des intérêts monstrueux : quand on évoque le chiffre d’affaires de la pornographie, on parle en centaine de milliards de dollars (vous remarquerez que le cul se mesure en dollars, c’est plus chic qu’en euros ou en zlotys. L’idée de réguler l’accès des sites aux mineurs (mais comment ? Sur déclaration préalable ? Ça existe déjà, il suffit d’affirmer que l’on a plus de 18 ans) est l’exemple-type de ces demi-mesures qui servent à faire parler, et n’ont aucune efficacité réelle.
Près de la Canebière, Brighelli: c’est plus fort que toi
On me dira : « Il est étonnant, de la part d’un individu qui a écrit des livres érotiques, et qui parraine depuis des années un blog intégralement con / sacré à la chose, d’en arriver à promouvoir la censure la plus stricte… » Oui : mais c’est justement en défense de l’érotisme que je récuse la pornographie. On peut abominer la pornographie et adorer le sexe. On peut tolérer la prostitution et vomir les barbeaux. L’un des bons souvenirs de ma vie est d’avoir cassé, contre la margelle de la fontaine des Danaïdes à Marseille, toutes les incisives d’un proxénète qui prétendait mettre deux amies d’enfance en coupe réglée. L’idée qu’il a avalé de la purée liquide à la paille pendant quelques semaines me fait encore rire, cinquante ans plus tard.
La Dépêche a fait la liste des propositions de la CNIL [2], et émis avec intelligence des réserves sur leur application. Oui, on peut passer par une « attestation numérique » qui fonctionnerait comme une attestation bancaire : mais comment faire appliquer une législation française à des sites pour la plupart localisés à l’étranger ? Internet, c’est la mondialisation supra-nationale. Oui, on peut confier le contrôle de l’identité à un organisme tiers — mais des modes de contournement existent déjà. Après tout, les sites de streaming ont contourné sans peine la loi Hadopi de 2009, censée protéger la création et la diffusion sur Internet.
Seul un blocage total aurait une réelle efficacité : tout le monde n’a pas envie de se risquer sur le DarkNet, qui est certes opaque, mais qui est scruté de près par la police. Je mesure bien le risque d’une telle proposition : c’est requérir les bons services de Big Brother. Mais quand ce seront vos enfants qui hanteront les sites pornographiques grâce aux smartphones que vous leur aurez achetés (et que vous ne devriez pas leur acheter), vous y réfléchirez à deux fois avant de crier à, la censure.
Jean-Paul Brighelli, La Société pornographique, François Bourin / Les Pérégrines 2012, 130p.
Les courageuses militantes féministes, Marguerite Stern et Dora Moutot, s’insurgent contre l’idéologie transgenre, et l’influence démesurée qu’elle exerce sur la société, au point de censurer systématiquement toute critique. Elles viennent de lancer leur plateforme: Femelliste.com. Rencontre.
Causeur. Pourriez-vous commencer par vous présenter, mesdemoiselles ?
Marguerite Stern. J’ai 32 ans, je suis une militante féministe. J’ai fait partie des FEMEN pendant trois ans, j’ai été la première à réaliser des collages contre les féminicides. Et je viens donc de créer la plateforme Femelliste.com, avec Dora Moutot. Son but est d’informer sur les dangers de l’idéologie transgenre.
Dora Moutot. J’ai 35 ans, je suis journaliste, auteure de deux livres, A fleur de pet et Mâles baisées, documentariste, créatrice du compte Instagram @tasjoui, et cofondatrice de Femelliste .com.
Votre but, à travers cette plateforme, est de fédérer tous ceux qui remettent en question l’idéologie transgenre…
Marguerite Stern. Nous recevons des messages de gens qui nous disent : je pense comme vous, mais je n’ose pas parler, car j’ai peur de perdre mon emploi, ou que cela ait des conséquences sur ma famille. C’est pour cela que nous proposons aux gens de publier des tribunes sur le site, même de façon anonyme.
Comment une minorité comme la communauté transgenre peut-elle avoir autant d’influence ?
Marguerite Stern. C’est avant tout un effet de mode, et un effet communautaire. L’être humain a besoin de ce sentiment d’appartenance à un groupe. C’est ce que propose le transgenrisme. Si on prend un peu de recul, il s’agit d’une étape de plus dans notre processus de déconnexion par rapport à la biosphère. Il y a 10 000 ans, on a inventé l’agriculture. Avant, on prélevait dans la nature ce qui nous était nécessaire pour survivre. Avec l’agriculture, on s’est mis à produire plus que ce dont on avait besoin. On a domestiqué les animaux, on a inventé le concept de propriété. Puis, on est passé par Descartes qui nous a invités à nous rendre « maîtres et possesseurs de la nature ». Aujourd’hui, le transgenrisme constitue un pan du transhumanisme. Cela revient à dire : « je ne supporte pas les limites naturelles que me posent la nature. »
Le transgenrisme, c’est considérer que le masculin et le féminin sont des constructions sociales ?
Marguerite Stern. Absolument. D’ailleurs, dans le lexique trans du planning familial, on vous dit que le sexe est un « construit social ». Ça veut tout dire…
Dora Moutot. Certaines réalités ne sont pas déconstructibles. Les lois physiques, par exemple. Les lois biologiques régissent aussi notre monde. On essaie de contourner ça aujourd’hui, par la chirurgie ou l’endocrinologie, mais pour reproduire un humain, il faut un mâle et une femelle. Jusqu’à preuve du contraire.
Marguerite, y-a-t-il une continuité entre votre engagement au sein des FEMEN et votre démarche actuelle ?
Marguerite Stern. J’ai vraiment du mal à comprendre la position de mes anciennes co-activistes FEMEN. Certaines refusent de me parler, parce que je serais devenue une « sale TERF » [acronyme de Trans-exclusionary radical feminist : féministes radicales excluant les personnes trans. Le terme est perçu comme une insulte par les féministes NDLR]. Pour moi, être FEMEN, c’est associer le corps et l’esprit. On écrit un message politique sur son torse. On est un corps pensant. Pour moi, le transgenrisme promeut une dissociation entre le corps et l’esprit, en affirmant, par exemple, que l’on peut « naître dans le mauvais corps ». Je veux remettre le corps des femmes au centre du féminisme. Je me suis aussi rendue compte que certains activistes détournaient les collages contre les féminicides pour en faire des outils de propagande pour le transgenrisme, avec des messages du genre : « une femme trans est une femme », etc. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre position.
Quelle serait votre définition de la femme ?
Marguerite Stern. Une définition très simple : une « femelle adulte humaine ». « Femelle » relève de la nature, et « adulte humaine », de la culture. Le terme « femelle » n’a rien de dégradant.
Quelle différence faites-vous entre féminisme et « femellisme » ?
Marguerite Stern. Le femellisme insiste sur le fait que nous sommes des animaux. Nous sommes en train d’oublier des bases scientifiques importantes. Dans un moment de notre histoire ou l’on a plus que jamais besoin d’écologie, il est important de rappeler que l’on fait partie de la biosphère. En fait, féminisme et femellisme, c’est la même chose. Nous avons juste ressenti le besoin de faire sécession par rapport au féminisme « orwellien » actuel. Nous voulons créer le débat. Certaines personnes sont intéressées par notre démarche, mais n’aiment pas le terme « femelliste ». Ça a le mérite de créer du débat autour de cette question fondamentale : qu’est-ce qu’être une femme ?
Dora Moutot. Le mot femellisme a été utilisé aussi par une psychologue, Nicole Roelens, et par une féministe anglaise, Posie Parker, qui utilise le terme femalism. On n’a pas inventé le terme, mais il se trouve que beaucoup de gens lui trouvent une utilité, pour redéfinir ce qu’est une femme. Le femellisme, c’est LE féminisme, se battre pour les droits des femelles. Se revendiquer du femellisme, c’est dire de quel type de féminisme on fait partie. Selon moi, le féminisme ce n’est pas censé inclure les droits des mâles à s’autodéterminer comme des femmes. C’est même antiféministe pour moi. Le féminisme, depuis 100 ans, déconstruit les stéréotypes de genre. Quand les femmes voulaient porter un pantalon, ou ouvrir un compte en banque, ou travailler, c’était déjà déconstruire des stéréotypes de genre. Si être une femme n’est plus une réalité biologique et sexuée, ça devient une somme de stéréotypes genrés, ceux-là même dont on a essayé de se débarrasser. Le féminisme actuel a été parasité par l’idéologie transgenre et queer. « Femellisme » est un nouveau mot pour susciter de l’attention. Si nous avions créé un site qui s’appelle « féminisme.com », vous ne seriez pas en train de m’interviewer…
Un homme qui effectue une transition ne deviendra jamais, selon vous, une femme à part entière ?
Marguerite Stern. C’est ce que nous pensons. Une femme trans ne sera jamais une femme. Mais nous faisons la différence entre les gens qui souffrent de dysphorie de genre, et les tenants de l’idéologie transgenre qui ont un projet politique.
Pourquoi la théorie du genre a-t-elle rencontré un tel succès ?
Marguerite Stern. Je me pose encore la question C’est sans doute une sorte de contrecoup de metoo. A l’époque, la voix des femmes a été entendue, les médias se sont remis à parler de féminisme. Certains hommes souffrant de dysphorie de genre se sont alors engouffrés à l’intérieur du féminisme pour attirer l’attention, comme une sorte de cheval de Troie à paillettes ! Nous, les femmes, voulons trop accueillir toute la misère du monde. Dans d’autres luttes, par exemple dans l’antiracisme, il n’y a pas cette injonction à l’intersectionnalité, à l’inclusivité. On n’imagine pas des hommes blancs se mettre en tête d’une manif pour attirer l’attention sur les violences policières commises contre eux. Mais parfois, dans les manifs féministes, on trouve en tête de cortèges des femmes trans ou des hommes qui portent des jupes, pour qu’on leur accorde un peu d’importance à eux aussi. On se retrouve envahies dans nos luttes, jusqu’à en oublier ce pour quoi nous nous battions à l’origine !
L’idéologie trans est donc un danger pour les droits des femmes…
Marguerite Stern. Oui. Par exemple, à partir du moment où l’on considère qu’un individu peut s’autodéterminer, qu’un homme qui se déclare femme est une femme à part entière, ça pose un problème pour la sécurité des femmes dans les espaces non-mixtes, par exemple : compétitions sportives, toilettes, prisons… Les chiffres de la pédocriminalité féminine ont augmenté au Royaume-Uni, parce qu’on ne prend plus en compte le sexe de naissance dans les statistiques, mais simplement le genre déclaré.
Marguerite Stern. Énormément. Sur notre plateforme, nous avons détaillé toutes les techniques de harcèlement mises en œuvre contre nous. Depuis que j’ai commencé à m’exprimer sur la transgenrisme, j’ai perdu ma santé mentale. Quand vous vivez trois ans de harcèlement quotidien, ça use. Mais nous recevons aussi beaucoup de messages de soutien, de gens qui nous disent « je ne peux pas parler publiquement, merci de le faire pour moi ».
Dora Moutot. Si vous saviez ! Sur notre site, nous avons une partie « cancel culture etharcèlement », ou l’on a classé 14 types de harcèlements. Si, il y a quelques années, on m’avait dit qu’affirmer qu’une femme est une femelle adulte humaine allait me poser tellement de problèmes, j’aurais ri ! Hier encore, j’ai reçu un message disant qu’on allait se prendre une balle dans la tête ! Marguerite a reçu ce message : « tu vas te prendre du sperme de femme dans les yeux ! » Quand ce ne sont pas des insultes, ce sont des menaces sur ma carrière, des gens qui vont à la FNAC coller des étiquettes « transphobe » sur mes livres. Toutes les marques avec lesquelles je travaillais sur mon compte @tajoui m’ont laissée tomber. Les gens me disent qu’ils sont d’accord avec moi, mais qu’ils ne peuvent pas continuer. Heureusement, j’ai encore 500 000 abonnés sur @tajoui, avec des femmes qui n’en ont rien à faire de tout ça ! Avant, j’étais rédactrice en chef adjointe chez Konbini, donc plutôt à gauche, et aujourd’hui, pour ces gens-là, je n’existe plus, je suis devenue la sorcière de service ! Mais le plus grave, c’est la censure des plateformes. Aujourd’hui, quand on écrit sur Twitter : « être une femme, c’est être une femelle adulte humaine », on est censuré. Si vous tapez mon nom sur Instagram, je n’apparais même pas dans les recherches ! Avec Marguerite, nous avions fait une pétition sur Change.org pour protester contre la dernière campagne du planning familial, elle été retirée au bout d’une heure pour « propos haineux ». Même si elles ne le disent pas, toutes les plateformes sont pro idéologie transgenre. C’est du délire.
La 3e affiche de la série que j'ai eu l'honneur de réaliser pour le #PlanningFamilial🥰 Le PF c'est : des outils pour mieux connaitre son corps, contraceptions, IVG, santé sexuelle.. sans jugement ni discriminations. Dans un monde de + en + conservateur le PF est vital pr toustes pic.twitter.com/NWRjB49mEq
— LaurierTheFox #StopMutilationsIntersexe (@Laurier_the_Fox) August 17, 2022
Vous êtes totalement à contrecourant. Vous n’avez pas peur d’être récupérées par des mouvements conservateurs ?
Dora Moutot. C’est vrai qu’une grande partie de la droite se sent en phase avec nos propos, mais je ne suis pas mal à l’aise avec ça. Je considère que notre site devrait parler à tous les bords politiques. Je m’adresse à toutes les femmes. Si ces idées sont récupérées par la droite aujourd’hui, c’est de la faute de la gauche, qui a créé une omerta sur ce sujet. Elle est incapable d’émettre une quelconque pensée critique sur le sujet.
Il y a des êtres tellement vivants que les faire mourir est un crime contre la condition humaine. J’ai souvent croisé Philippe Tesson, j’ai échangé avec lui, je l’ai écouté, je l’ai lu, j’ai été le témoin admiratif de ses multiples activités où son esprit libre et inventif s’en donnait à cœur joie, sans jamais laisser sa gaîté être envahie, devant les autres, par la lucidité et le pessimisme de son intelligence. Pour moi, Philippe Tesson était le son miraculeux, toujours déconnecté de l’aigreur et de la vulgarité, pétillant, spirituel, cultivé sans lourdeur, aimable sans mièvrerie, léger sans superficialité, d’une personnalité hors du commun.
Il était aussi la lumière éclatante, mozartienne dans son humeur toujours victorieuse des ombres de l’existence, toute d’infinie tolérance pour ses frères humains, emplie d’une insatiable curiosité à l’égard des mystères et des trésors de la vie. Il était la lumière qui, dès la première minute d’une rencontre, éclairait et donnait le moral. Son allégresse n’était jamais ridicule et sa mélancolie avait toujours l’élégance de se cacher. Je ne pouvais m’empêcher de comparer Philippe Tesson à l’un de ces abbés du XVIIIe siècle chez qui on pouvait venir puiser l’universel parce qu’ils avaient réponse à tout, et de quelle manière ! Philippe Tesson était un maître singulier : toutes les fibres de son être, de son esprit et de sa sensibilité nous apprenaient « le dur métier de vivre » et il demeurait fraternel dans ses enseignements.
Le faire mourir est un scandale de plus dans l’absurdité du monde.
Invité à échanger avec Marion Maréchal (Reconquête), le comique de France Inter n’en démord pas: c’est une raciste obsessionnelle
N’a pas l’insomnie féconde qui veut. Pour la Nuit de Feu où Pascal découvrit « qu’il estraisonnable de croire », ou la Nuit de Gênes qui permit à Valéry de « répudier lesidoles » de la littérature, de l’amour et de l’imprécision afin de vouer son existence à « la vie del’esprit », combien de nuits perdues, pour nous autres médiocres, condamnés à nous vautrer dans le pire pour amadouer un sommeil fuyant ? Insomniaque, on est prêt à tout, même à suivre, avec un masochisme qu’on ne se connaissait pas, n’importe quelle émission de « l’odieux -visuel », et à subir le « sévice public », pour reprendre la nomenclature savoureuse de Gilles-William Goldnadel.
C’est ainsi que le 4 février, à 23H 25, je me suis retrouvée devant « Quelle Époque ! » Ce divertissement est vendu comme un « talk-showspectaculaire, drôle et festif, une émission de société et de divertissement, qui raconte notre époque et interroge notre société. » Why not ? Après tout… Toutefois, l’émission est animée par Léa Salamé, et y intervient, ce qui n’augure rien de bon, non plus, Christophe Dechavanne flanqué des subtils humoristes Philippe Caverivière et Paul de Saint Sernin.
L’heure du crime
Ce petit monde, complice, communie dans la bien-pensance autour de conviés inféodés à leurs nobles idées. L’ensemble constitue un tribunal inquisitorial qui cloue au pilori « l’invité de minuit », à savoir : « un homme ou une femme politique qui fait l’actualité. »
L’animatrice de « Quelle époque », Léa SalaméL’ancienne députée Marion Maréchal
Ce soir-là, c’est Marion Maréchal qui se jetait dans l’arène. Pour tester son endurance face à l’adversité et à l’hostilité ? Son Koh-Lanta personnel ? À moins que, dans un moment d’égarement, elle ne se soit prise pour l’âne des Animaux malades de la Peste, et ait décidé de se sacrifier « au céleste courroux » pour obtenir « la guérison commune ». Quoi qu’il en soit, c’est bien « haro sur le baudet » (Marion) qu’on hurla.
Cette séance d’exorcisme, m’a permis de découvrir l’un de nos humoristes les plus prometteurs, Waly Dia. Ce jeune talent, s’est ici conduit comme la véritable mouche d’un coche qu’aurait été Marion. Omniprésent, il vrombissait toutes ailes déployées contre « l’extrême droite » et le « racisme ». C’est la recension de ce grand moment télévisuel qui insistera sur la prestation de ce petit moustique que je vous propose ici.
Avant la mise au pilori de Marion Maréchal, la démoniaque invitée de minuit, imaginez un plateau d’invités suintant le Bien comme des saucisses sur un grill. Parmi eux, notre Waly Dia, Marlène Schiappa et Philippe Besson. Tous se congratulaient, sourires larges, tout en dents, œillades énamourées échangées : célébration de la fraternité, de l’élection, autosatisfaction, morgue et connivence.
Debbouze, Vanhoenacker: les plus grands voient en Dia leur semblable
Le jeune comique fut présenté à l’assemblée par Léa Salamé. On apprit que Charline Vanhoenacker l’avait surnommé : « la mitraillette » et que Jamel Debbouze le voyait comme « un mélange de Will Smith et d’une crise d’épilepsie ». La présentatrice poursuivit l’éloge du jeune prodige, précisant qu’il n’avait pas peur de toucher à tous les sujets épineux. Et de citer : « l’islamisme », « le féminisme », « l’antisémitisme », « la pédocriminalité », « l’homophobie », « la pédophilie ». Là, ce fut le moment d’envoyer un extrait du spectacle de l’humoriste. Tout naturellement, le choix se porta sur un bon mot à propos du curé pédophile : « Y’en a à qui ça rappelle des souvenirs douloureux du catéchisme ? Le cliché du curé qui se tape des gamins, faut arrêter ? Bah promis, quand ils arrêtent, j’arrête. » Un moment de franche rigolade, s’il en est. Le jeune prodige précisa ensuite : ce qu’il aimait, c’était : « tirerles gens sur les sujetsles plus compliqués et s’amuser avec. » On l’a vu à l’œuvre avec Marion Maréchal. Elle-même l’a constaté, le bougre excelle dans le comique de répétition.
Revenons au moment où notre amusant apprit que la vice-présidente de Reconquête participerait à l’émission. « C’est pas vrai, s’est-il écrié, on va parler d’immigration avecMarion Maréchal ? Pardon, on me dit rien, à moi.Mais vous avez besoin d’avoir son avis surce qu’elle pense de l’immigration ? », poursuivit le jeune talent, désabusé. « Ici onose », précisa Léa Salamé. « Peut-être, elle a changé d’avis, peut- être maintenant, elle veut plein de Noirs et d’Arabes en France ? », tenta Waly, pour se rassurer… Christophe Dechavanne intervint : « On ne peutpas être tous contre elle. » Ce à quoi, le sage Philippe Besson rétorqua : « Ohsi ! On peut ». Le jeune troubadour pointa alors la place vacante du plateau et nous gratifia d’une vanne fine : « Au niveau du plan de table, c’est là ? », trait d’espritaccueilli par des applaudissements nourris…
La démoniaque Marion fit enfin son entrée, sur les notes du Thriller de Michael Jackson et Léa Salamé fit les présentations: « Étoile montante de la politique, elle a marqué laprésidentielle en choisissant Éric Zemmour plutôt que sa tante, Marine Le Pen. Un an après a-t-elle des regrets ? Comment peut-elle rebondir ? Sera-t-elle candidate aux Européennes ? » Le ton était, d’emblée, donné pour un échange de haute volée. On n’a pas été déçu.
Maréchal victime de mansplaining
Rien n’aura été épargné à la jeune femme, essorée par la pensée unique, ni les blagues salaces ni le coupage de parole. Sous couvert d’un simulacre d’échange démocratique, on a assisté en direct à l’habituelle humiliation et à la mise à mort sociale orchestrée de l’une des représentantes du Mal. Marlène Schiappa plastronnait, confite de suffisance et le jeune humoriste, auquel on va continuer à s’intéresser, caution de gauche par excellence, attaquait Marion Maréchal aussi finement que Christian de Neuvilette parlant de son nez à Cyrano.
La vice-présidente de Reconquête le précisa d’abord : participer à une émission comme « Quelle Époque » était difficile pour elle car il fallait allier humour et politique, exercice périlleux. Elle s’adressa à Waly Dia, souhaitant étayer son propos : « Vous, vous êtes sur le terrain de l’humour… » Mais, elle n’eut malheureusement pas le temps de développer. La « mitraillette » arrosa : « Et vous, vous êtes sur leterrain du racisme, c’est un autre truc. »
Les attaques fusèrent de tous côtés. Bien sûr, on entraîna Marion Maréchal sur le « GrandRemplacement » et un Philippe Besson grimaçant lui cracha toute sa bonne haine au visage : « Il n’y paslieu de s’inquiéter avant 50, 60, 70 ans. Le « Grand Remplacement » n’existe pas, sauf dans votre esprit et dans vos fantasmes. » Besson convulsait : « Vous les voyez où, dans la rue, les50% d’Arabes et de Noirs ! » Waly, inspiré, hurla alors, empoignant le romancier : « Mais, je suis là ! » Marlène Schiappa, docte et posée, pointa à son tour l’indigence politique de Marion Maréchal ainsi que sa sécheresse de cœur. Dechavanne renchérit. Enfin, Léa Salamé conseilla à la jeune femme de prendre un coach pour mener sa carrière.
Notre Waly décida alors que le dénouement du show mettrait en lumière sa petite personne. Il posa donc à l’encan la question suivante : « De cette interview, on a appris quoi ? » Schiappa finement précisa : « On a appris qu’on ne dit plus « extrême droite », mais« droite civisilationnelle ». Dia, poursuivit : « Qu’est-ce que je pense de l’extrême droite qui n’existe plus ? Ah, je ne sais pas, on est en face de gens qui rabâchent toujours les mêmes trucs. On parlait des retraites, on arrive sur l’immigration. On parle de l’état des hôpitaux, on arrive sur l’immigration. C’est une obsession (…) On est quand même face à des gens qui exploitent le filon depuis très longtemps, parce que c’est un business, cette politique, ces partis. »
Sauvez Waly, faites-la sortir du plateau !
Marion, mise à rude épreuve par les picadors qui s’acharnaient sur elle depuis le début de l’émission, se départit ici fugacement de sa « ligne Cyrano », cédant, on le déplore, à un léger agacement. « Je neme lève pas le matin en me disant : je me fais du blé sur le dos des Français. Faites des blagues, ça marchera mieux. Quoi que… » Toujours à l’affut, Madame Salamé pointa la violence insoutenable de la réponse de Marion : « Là, c’est méprisant. » Et notre jeune coq renchérit : « En tout cas, on remarque que j’ai énormément de liberté d’expression. »
« Qu’est-ce qu’il vous a dit de violent, là ? » poursuivit Léa, tout à la défense de son poulain. « Que je suis d’extrême droite et obsessionnelle. » En effet, pas de quoi fouetter un chat ! Quant à notre coquelet de combat, tous ergots sortis, il poursuivit, variant l’argumentaire : « Marion Maréchal n’estpas d’extrême droite, là, celle-là, je vais dormir dessus. »
Cette soirée placée sous le signe de la tolérance et de l’échange bienveillant, s’acheva quand Marlène Schiappa demanda enfin à Marion Maréchal si elle soutiendrait sa fille, amoureuse d’un migrant sans papier. « On va la perdre ! », s’exclama le comique. Le jeune drôle conclut le débat sur ces propos intellectuellement imparables : « J’ai le droit de décider que vousêtes une raciste. » Quant à nous, jeune puceau, nous usons, nous aussi, de notre droit imprescriptible à affirmer que vous êtes un peu niais, à jouer ainsi les mouches du coche, dans une répétition exempte de tout comique. Aussi, je vous renvoie à la lecture de La Fontaine :
Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S’introduisent dans les affaires : Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés.
Le coche et la Mouche, Livre VII, fable 9, La Fontaine.
Dans «Animals», de Nabil Ben Yadir, en salles mercredi prochain, nous assistons au supplice d’un jeune homosexuel, Brahim, tabassé par une sale petite bande…
C’est l’anniversaire de la vieille maman. La fête réunit famille et amis dans le pavillon. Beaucoup de monde. L’époux, barbe chenue, patriarche maghrébin qui a dès longtemps pris racine en Belgique (le film est belge), a préparé un discours émouvant, qu’il fera lire à Brahim, 30 ans, son fils, pour avis, avant de le prononcer devant ses hôtes : avec émotion et tendresse, l’homme y fait l’aveu de la « trahison » à laquelle il s’est jadis livré, en abandonnant les « saintes valeurs de l’islam » pour ce lointain mariage d’amour avec une infidèle. Également issu de cette « diversité » assumée par leur géniteur, l’intraitable frère de Brahim détient un secret trop mal gardé : Brahim est gay. Ce dernier aurait rêvé d’inviter son petit copain à l’anniversaire de maman.
Homophobie (maghrébine) ordinaire
Hélas, tout part en vrille. Hors champ, le petit ami, de souche européenne, depuis qu’il a été molesté par le frangin de Brahim, reste désespérément injoignable. Désespéré, Brahim quitte la fête, et part à sa recherche dans les bars de la ville. Mauvaise idée. Au pied d’un établissement gay, il tombe par hasard sur trois beurs éméchés, en voiture, à la recherche de plans cul hétéros pour la nuit. Brahim, gentiment, calme le jeu, sauvant au passage une pauvre fille harcelée par ces crétins, et monte à bord pour guider ceux-ci vers des lieux mieux appropriés au défouloir de leurs poussées d’endorphines. Mal lui en prend. Dans l’habitacle, le dialogue s’envenime. Bientôt, les coups pleuvent. « Qu’est-ce que tu faisais devant un bar de pédés ? Avoue que t’en est un, allez ! » Puis les tortures, dans le véhicule lancé à tombeau ouvert. Inexorable.
Tout est filmé en plan serré, sans échappatoire, par une caméra mobile et survoltée. Parvenue en rase campagne, la bagnole stoppe. La sale petite bande en extrait Brahim, impuissant, gémissant, déjà sacrément amoché. Cette fois, à l’écran, c’est un téléphone portable qui prend le relai de l’image, format vertical, donc – et du son. Brahim dénudé, traîné au sol. Violé. Supplicié. Massacré. Dans une sorte de transe hallucinée, la caméra ne néglige aucune station de son martyre. Ni de la furie de ses tortionnaires, qui filment rageusement leurs exploits en se mettant en scène par selfies.
On pense à Gaspar Noé
Dans une dernière partie, moins éprouvante, Animals – mais pourquoi ce titre en faux franglais ? Pourquoi pas plutôt : « Animaux » ? – se recentre sur le plus jeune de ces pitoyables bêtes féroces, au retour de cette nuit d’amour beur : pâle ange exterminateur à binocles, blondinet photogénique à cheveux ras, manifestement en famille d’accueil et garçon mal aimé, il tente, telle une lady Macbeth, de dissimuler dans le coffre à linge les traces sanglantes de son crime, avant d’enfiler un costard trop grand pour lui, pour rejoindre la cérémonie de mariage de son père, à laquelle il s’était promis d’assister.
Ces noces noires se clôturent abruptement sur la face archangélique du jeune démon. Exit les comparses. A tout cinéphile, Animals rappellera immanquablement Irréversible, le brûlot de Gaspar Noé qui fit tant scandale. Mais ici, la fatalité du Mal prend un tout autre sens : le cinéaste Nabil Ben Yadir est-il conscient que, dans une forme de pulsion masochiste, il fourbit clairement contre lui armes et munitions à ceux qui, légitimement, seront tentés de ne voir dans Animals que complaisance racoleuse dans l’exhibition de l’insoutenable, mais aussi, et surtout, l’expression exacte, probante, définitive, de la collusion ontologique entre foi mahométane et homophobie : deux fanatismes indissociables. Des verges pour se faire battre, en somme ?
Animals. Film de Nabil Ben Yadir. Belgique, 2022. Durée : 1h31. En salles le 15 février 2023
Square Honoré-Champion. Au nom de la liberté d’expression et de notre histoire, signons, comme beaucoup déjà, la pétition et appuyons le projet d’une statue en bronze pour remplacer celle en pierre.
Ils sont académiciens ou postiers, antiquaires ou chauffeurs de bus, enseignants ou comédiens, industriels ou libraires, français ou étrangers…
En quelques semaines, plus de 2 200 personnes (à l’heure où nous bouclons) ont signé la pétition lancée par Causeur pour réclamer le retour de la statue de Voltaire square Honoré-Champion, à deux pas de l’Institut de France.
La mairie de Paris l’a retirée il y a trois ans, car maintes fois vandalisée, et refuse de lui faire regagner son socle. Selon l’Hôtel de Ville, il est impossible de replacer le philosophe dans l’espace public, car la pierre de son effigie serait trop fragile pour supporter de nouvelles attaques – y compris celles de la pluie ! Pour faire face aux ennemis de la liberté d’expression et aux ondées, cette pétition demande que soit fondu un modèle en bronze, comme celui d’origine. Le projet sera présenté en « budget participatif » et son devis comporte nettement moins de zéros que tous ceux votés jusqu’à présent pour « réenchanter » notre quotidien.
Nous ne serons jamais trop nombreux pour soutenir le retour de Voltaire et il est toujours possible de le faire sur : leretourdevoltaire.com.
Georges Courteline, écrivain français (1858-1929). Photo : D.R.
«Messieurs les ronds de cuir» de l’édition en ont mis, du temps, pour le rééditer…
Le constat est implacable, sondage après sondage, deux tiers des français ne veulent pas de cette réforme des retraites. Il en est un autre, encore plus alarmant sur la vitalité du théâtre français et l’aphasie éditoriale. On ne lit plus Georges Courteline et, plus grave, on ne le réédite pas. Il est passé de mode, placardisé, lambrissé dans des intérieurs bourgeois, boulevardisé dans les portes qui claquent et les adultères duveteux, relégué à cette toute fin XIXème, juste au moment de l’avènement de la fée lumière et de l’érection d’une Tour boulonnée sur des terrains mouvants. Ses histoires de préposés aux écritures et d’altercations caustiques dans les transports publics sont-elles si éloignées de notre morne réalité où la loi inique et les interdits s’abattent sur nos têtes depuis maintenant trois longues années ?
Moraliste des réunions de syndic
Courteline avait déjà tout écrit, tout prédit sur les illusions perdues, la rapacité commerçante, la médiocrité bureaucratique et les élans incertains du cœur. Il savait intimement que l’Homme libre serait perpétuellement en proie à des forces administratives obscures, d’étranges règlements tentaculaires et la méchanceté inhérente à l’âme humaine, plus commandée par la bêtise que par la malignité des sentiments.
Ce moraliste des réunions de syndic, à l’humour grinçant, pousse les situations banales de l’humiliation ménagère en bombe à retardement. Quand personne ne veut céder, de peur d’être atteint dans son honneur, c’est là que le sport commence, la joute pathétique s’emballe, les arguments glaiseux s’affrontent avec cette outrance surjouée et cette envie de ne pas céder une once de terrain à son adversaire, qu’il s’agisse de payer un ticket de bus à un contrôleur malveillant ou de ne pas réveiller une épouse acariâtre après une nuit trop arrosée. Chez Courteline, l’honneur est souvent bafoué, l’injustice rampante, les maris accablés et les palabres sans fin, l’individu lambda devient alors, selon la formule de Michel Audiard, la mascotte des tortionnaires. Avec Courteline, point de sang et d’armes à feu, seulement des paroles blessantes lancées avec une rogue attitude et toujours sûr de son bon droit, le code à la main. Les faux-héros de ce styliste à l’encre noire, sont souvent de petits bourgeois vindicatifs, des fonctionnaires transparents ou des théâtreuses rapaces.
Cruauté et désespoir derrière le comique
Dans la collection Exhumérante où l’on trouve, entre autres, Octave Mirbeau, Alphonse Allais, Tristan Bernard, Jules Renard ou O. Henry, « l’Arbre Vengeur », toujours inspiré dans sa préservation du patrimoine littéraire publie Ah ! Jeunesse ! de Courteline, illustré avec beaucoup d’à-propos par Stéphane Trapier que Chaval aurait certainement adoubé. Courteline a dédié cette série de nouvelles et saynètes à Marcel Schwob qui avait préfacé Messieurs les ronds-de-cuir (tableau-roman de la vie de bureau) en 1893. Ces morceaux d’ironie tordante se déroulent souvent Place de la Bastille ou rue du Faubourg-Saint-Denis, dans un Paris couleur sépia, voguant entre le vaudeville et l’étude des mœurs, dans un environnement, en apparence, sans histoire. Mais un détail, une réflexion, un minuscule abus d’autorité vont venir dérégler cette grande machinerie que nous appelons aujourd’hui le « vivre ensemble ». Courteline sait faire monter cette mayonnaise, la maïeutique des gens ordinaires.
Avec les années, le côté vaudevillesque l’a emporté dans les mémoires sur la philosophie du désespoir, et surtout, nous avons oublié combien l’écrivain élevé dans sa prime enfance en Touraine chez ses grands-parents, se révèle un auteur plein de perfidies réjouissantes. On se love dans son écriture saignante, faite d’arabesques et de précisions d’entomologiste. Admirez le maître : « Il y a, pour les gens très bêtes, un spectacle très récréatif : c’est celui d’un homme de lettres dans l’exercice de ses fonctions. Non, je ne crois pas qu’il soit un champ où fleurisse, s’épanouisse, prospère de plus luxuriante façon l’observation narquoise des niais et de leur ineffable goguenarderie ». C’est drôlement envoyé, et, celle-là, d’une cruauté abyssale, à propos d’une jeune personne : « La vérité me force pourtant à le dire: au régiment des perruches, Mlle Mariannet eût pu être tambour-major. Sa taille le lui eût permis, et aussi l’insondable point de profondeur où atteignait sa puérilité ». Alors, on se lève tous pour Courteline !
Il y a deux sortes de guides de voyage, bien plus efficaces que le Routard, pour découvrir un pays. C’est son roman noir et sa poésie (contemporaine). Dans les deux cas, il s’agit d’un pas de côté, d’un changement de l’angle de tir, d’un réagencement de la réalité, des sentiments, du désir, de la pulsion.
Je fais mon miel, ces temps-ci, d’une anthologie bilingue de la poésie britannique, L’île Rebelle (Poésie Gallimard). Elle rassemble des poètes nés entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 60, qui publient encore pour la plupart aujourd’hui. Les traductions sont de Jacques Darras, un de nos plus grands poètes vivants dont nous vous parlerons bientôt, et Martine De Clercq.
J’ai particulièrement aimé, entre autres, deux poèmes de Selima Hill, née en 1945, « Vache » et « Portait de mon amant en animal étrange »: elle a l’humour inquiet d’une Sylvia Plath, un art de la métaphore aussi surprenante qu’évocatrice qui fait penser au Morand des débuts, et elle pratique un féminisme sans dogmatisme, comme un art du bestiaire.
Je veux être une vache pas la fille de ma mère. Je veux être une vache pas amoureuse de toi. Je veux me sentir libre d’être calme Je veux être une vache qui jamais ne va connaître le genre d’amour dont on « tombe amoureux », une vache royale avec des hanches aussi amples et saines qu’un grand magasin, une vache que le fermier trait à genoux, qui a sa mort sentira l’aurore se pencher sur elle comme une prairie et lui mouiller les lèvres.
Pétrole, le livre testamentaire et maudit de Pasolini ressort dans la collection « l’Imaginaire » de Gallimard…
Lorsqu’il est mort en 1975, assassiné sur une plage d’Ostie, près de Rome, Pier Paolo Pasolini travaillait depuis trois ans à la rédaction d’un roman extrêmement ambitieux, intitulé Pétrole. Malgré son inachèvement évident, le livre fut publié une première fois en Italie en 1992, et en 1995 en France, dans une traduction de René de Ceccatty. La critique ne reçut pas très favorablement ces quelque mille pages, plutôt désarçonnantes et au contenu audacieux. Et pourtant, comme le soutient René de Ceccatty dans la préface à cette nouvelle édition revue et corrigée, Pétrole éclairait en partie les causes de la mort de Pasolini, non pas seulement un « crime sexuel », mais le fruit d’un complot politique.
Lors de diverses enquêtes menées depuis, pour tenter de résoudre cette affaire, les policiers italiens « ont trouvé dans Pétrole, écrit René de Ceccatty, des éléments, selon eux, déterminants pour expliquer les circonstances ou plutôt les causes politiques de son assassinat ». C’est dire l’importance de ce roman dans le dévoilement de la vérité, et du reste personne ne s’y est trompé. Comme si, au centre même de Pétrole, se dissimulait l’énigme du destin de Pasolini.
L’agitation des années 70
Il faut donc se pencher sur ce gros volume, d’un abord il est vrai peu facile. Ce qu’on perçoit en premier lieu, c’est la volonté de Pasolini de faire une synthèse de la littérature de son temps. Nous sommes, rappelons-le, c’est essentiel, dans les années 70, période où les avant-gardes fleurissaient, comme Tel Quel en France. Tout un courant postmoderne s’était développé dans la littérature et les sciences humaines, qui semble avoir retenu l’attention de Pasolini. René de Ceccatty énumère les auteurs classiques qu’il prendra pour modèles, afin de s’en inspirer ou, plus directement, de les pasticher, quand ce n’est pas pour les recopier purement et simplement (comme avec Les Démons de Dostoïevski). On reconnaît, parmi les influences de Pasolini, l’Ulysse de Joyce, les Cantos de Pound, Tristram Shandy de Sterne ou encore La Tentation de saint Antoine de Flaubert. On pourrait encore mentionner La Divine Comédie de Dante, ou bien le marquis de Sade. On le voit, c’est un flux ininterrompu de grands auteurs, qui noierait le texte sans, à chaque fois, une note pour nous indiquer de quoi il s’agit.
Constatons à ce propos l’importance des notes, dans la lecture de Pétrole. Elles proviennent en grande partie des deux éditions italiennes, auxquelles René de Ceccatty a ajouté les siennes pour sa traduction en français. Il est passionnant de poursuivre la lecture de ce roman grâce aux notes, qui ouvrent bien des portes sur le travail de Pasolini. Celui-ci ne lisait pas seulement Dante ou Sade, mais aussi les livres et la presse de son époque. On apprend ainsi, à l’occasion d’une expression particulière que Pasolini emploie dans Pétrole, qu’elle est « tirée d’un essai de l’ethnologue américain, spécialiste de l’Inde, David G. Mandelbaum (1911-1987) […] Pasolini possédait cet ouvrage et l’avait étudié attentivement… » Ce genre de précision mettra en joie le lecteur érudit et fétichiste, amoureux des livres. Je ne dis pas pour autant que les notes sont plus intéressantes que le texte de Pasolini, mais elles jouent un rôle prépondérant dans notre lecture.
Idéologie et illisibilité du récit
De son côté, Pasolini commente, dans le corps même de son roman, l’avancée de son récit. Il fait de nombreuses remarques sur ce qu’il est en train d’écrire, sur ce qu’il veut dire. Aurait-il laissé ces passages dans la version finale ? Difficile de trancher. Mais ces remarques intéressent néanmoins le lecteur, et, selon moi, il aurait été dommage de s’en priver. Pasolini précise par exemple, à propos de son récit, qu’il « appartient par sa nature à l’ordre de l’illisible », et que « sa lisibilité est donc artificielle : une deuxième nature non moins réelle, en tout cas, que la première ». Plus loin, il confie, de la même manière, que « la psychologie est remplacée par l’idéologie ». Cette réflexion est à souligner dans la mesure où elle caractérise les personnages que met en scène Pétrole. Le livre est censé raconter un assassinat réel (bizarre coïncidence, tout de même), celui de l’homme d’affaires Enrico Mattei. Mais Pasolini se concentre sur d’autres personnages tout à fait imaginaires, dont certains, livrés à eux-mêmes, se dédoublent. Ils ont signé un pacte avec le Diable, et leur vie est une descente aux enfers. La sexualité est chez eux une obsession malsaine, avec des fantasmes rudimentaires. On connaît la part centrale pour Pasolini de l’érotisme. René de Ceccatty souligne très bien que, dans ce dernier roman, de même que dans son film posthume, Salò ou Les 120 Journées de Sodome (1976), il y a un « revirement de Pasolini quant à son usage de la sexualité dans son art ». En clair : « Le sexe peu à peu devenait un ennemi, pour lui. »
Un livre à reprendre et à relire
Pétrole est certainement un de ces livres qu’il ne faut pas hésiter à reprendre. Sa lecture en est problématique, parfois. C’est un livre d’une grande ambition, dans lequel Pasolini essaie de mettre noir sur blanc des choses quasi incompréhensibles. Pour ma part, je ne me suis pas laissé intimider par ce monument, car Pasolini, intellectuel généreux, sait toujours rester un homme simple, avec un arrière-fond de sagesse évident. Il reste que, dans les années 70, ce n’était pas la sagesse qui comptait le plus. On pourrait se demander légitimement : « Et aujourd’hui ? »
Pier Paolo Pasolini, Pétrole.Édition revue et augmentée. Traduit de l’italien par René de Ceccatty. Préfaces de Bertrand Bonello et René de Ceccatty. Éd. Gallimard, collection « L’Imaginaire ».
Pour l’occasion, il s’est confié à Mireille Dumas, notre confesseur(e) nationale, dans un documentaire émouvant: «Serge Lama la vie à la folie», toujours visible en replay sur France 5.
Bien sûr, comme dans tous les documentaires qui retracent la vie d’un artiste, on nous montre des images d’archives. Cependant, concernant celui-ci, elles sont peu nombreuses : Mireille Dumas, avec sa façon subtile de poser des questions, un peu en retrait, laisse toute la place à celui qui se trouve en face d’elle.
Et nous sommes immédiatement captivés par l’histoire de Serge Chauvier dit Serge Lama, parce que sa vie est un roman, mais surtout parce que Lama est un conteur, qui sait trouver les mots, ceux qui nous transpercent d’émotion. Nous le sentons également apaisé, lui qui fut secoué par tant de drames, comme celui de perdre la femme aimée, celui d’avoir vécu une enfance pas toujours rose, mais qui lui fit le cuir. Nous avons l’impression que Serge Lama a laissé la place au petit Serge Chauvier : « Qu’importe ma vie, je veux seulement qu’elle reste jusqu’au bout fidèle à l’enfant que je fus » aurait pu dire Lama, comme Bernanos.
Maman Chauvier
Serge Chauvier est né en 1943 à Bordeaux, il est fils unique, et son père était un chanteur d’opérette qui remportait un certain succès. Serge adore traîner dans les coulisses des théâtres, il se souviendra toujours de l’odeur « de femmes et de fards » qui y régnait.
Mais papa Chauvier voulut conquérir Paris, qui ne voulut pas de lui. La famille en est donc réduite à vivre à trois dans une chambre, cependant au cœur du XIᵉ arrondissement. Ce premier traumatisme, Serge le raconte superbement dans une chanson un peu méconnue: Maman Chauvier : « En 50, j’avais 7 ans, j’habitais la rue Duvivier, pauvre dans un quartier diamant, trois dans une chambre meublée. » Mais pourquoi ce titre : Maman Chauvier ? Cette chanson est bien sûr dédiée à sa mère, qui selon ses propres mots, lui fit vivre l’enfer. Et fit vivre l’enfer à son mari, à cause de sa jalousie morbide.
Lorsque Serge était au faîte de sa gloire, elle lui disait qu’elle aurait préféré qu’il soit avocat. Les artistes ne trouvèrent jamais grâce à ses yeux. Cependant, parce qu’on aime toujours sa mère, cette chanson est une déclaration d’amour du petit Serge à sa maman : « Maman Chauvier, un enfant t’aime, 19 rue Duvivier Paris 7ᵉ. » A travers ses chansons, Lama a finalement écrit son autobiographie, il a même déclaré qu’il est devenu chanteur pour venger son père, qui ne trouva jamais le succès qu’il avait si ardemment désiré.
Autobiographie en chansons
Serge voulait devenir écrivain, il y est parvenu : en distillant, chansons après chansons ses mots si justes et émouvants, de ceux qui vous vont droit au cœur, et qui nous laissent avec des larmes au bord des yeux.
Et puis, il y a cet épisode bien connu, cet accident qui faillit avoir sa peau, et qui eut la peau de la femme qu’il ne cessa jamais d’aimer. Il raconte que lorsqu’il apprit sa mort, qu’on lui avait cachée, il poussa toute une nuit des cris de bête. Ces cris, il les sublima dans une magnifique chanson : D’aventure en aventure. « Bien sûr j’ai d’autres certitudes, j’ai d’autres habitudes, et d’autres que toi sont venues, marquer leurs dents sur ma peau nue. » Cette femme, qui en perdant la vie, a fait naître Serge Lama, était Liliane Benelli, la pianiste de Barbara, qui lui rendit hommage dans « Une petite cantate » : « Mais tu es partie fragile, vers l’au-delà. »
Lama, dans son corps massif à la patte folle, englobe également toute la chanson française de la deuxième partie du XXᵉ siècle, il les connut tous : de Barbara à Brassens, en passant par Marcel Amont. Comme eux, il fit ses débuts au fameux cabaret l’Écluse, comme eux, il connut les vaches maigres avant le succès. Cependant, il ne gagna jamais les galons de chanteur à textes, lui qui en écrivit de si beaux. Il devint ce qu’on appelle un chanteur de variété, ce qui est à mon sens un statut hautement respectable, la variété française est ma marotte, et je ne cesse de la défendre.
Un de ses plus grands tours de force est d’avoir mis des mots, si simples et si vrais sur la sale guerre, celle que l’on n’osa pas nommer pendant des décennies, la guerre d’Algérie : « L’Algérie, écrasée par l’azur, c’était une aventure dont on ne voulait pas, l’Algérie, du désert à Blida, c’est là qu’on est parti jouer les petits soldats. » Et, il faut croire que les Français en avaient besoin de ces mots-là, car lorsqu’il la chantait sur scène, elle avait encore plus de succès que Je suis malade. Je passe sur l’épisode Napoléon, et Lama semble également, au soir de sa vie, vouloir l’oublier, il l’esquive presque lors de sa conversation avec Mireille Dumas.
Il préfère évoquer le petit garçon qui n’a pas eu de ballon rouge, et il a bien raison.
Le gouvernement pense réguler (mais comment ?) l’accès aux sites pornographiques. La CNIL et l’ARCOM vont présenter dans la semaine à venir un dispositif pour empêcher les mineurs d’y accéder. Notre chroniqueur, à qui rien de ce qui est érotique n’est étranger, et qui s’est jadis ému lui-même des dégâts de la « société pornographique », fait le tour de la question.
Dans Le Figaro, c’est une psychologue, Sabine Duflo, qui s’inquiète : « L’âge moyen du premier visionnage d’images pornographiques est de dix ans aujourd’hui, contre quatorze ans en 2017. Un tiers des enfants de douze ans ont déjà été exposés à des images pornographiques. Chaque mois, près d’un tiers des garçons de moins de 15 ans visite un site porno. » [1]Et de citer le rapport établi par quatre sénatrices, Porno, l’enfer du décor.
Encore un (mauvais) coup de Pfizer
J’ai jadis moi-même écrit un livre sur la question, La Société pornographique (2012). J’y déplorais déjà le fait que, comme le dit Sabine Duflo, les premières relations sexuelles se fassent sous l’injonction de la pornographie — et se passent très mal. Entre les garçons pré-traumatisés parce qu’ils correspondent rarement au pseudo-standard de taille établi par des hardeurs sélectionnés (il y a jusqu’à 25% de cas d’impuissance chez les moins de 25 ans), et les filles en attente d’étreintes majuscules (faites rimer l’adjectif avec ce que vous voulez), il n’y a que des déceptions. J’avais eu l’occasion d’en parler chez Laurent Ruquier (voir vidéo plus bas). Ça alors, le sexe sur Internet fait les affaires de Pfizer…
Rappelez-vous. Quand on a mis au point le Viagra, Pfizer (ils sont partout !) a sollicité le vice (c’est le cas de le dire)-président des Etats-Unis, Bob Dole, pour faire la publicité de ce produit pour vieillards en libido défaillante. Aujourd’hui, les stimulants sont majoritairement consommés par des hommes jeunes, en (qué)quête de performances: on a vu sur Internet les prouesses de tel ou tel hardeur, on veut l’égaler, le surpasser, le con / fondre. Et on se détruit.
D’autant que les acteurs pornographiques trichent eux-mêmes, consomment des produits divers et variés, s’injectent de la papavérine dans la verge, — et, le soir, rentrant chez eux, rêvent d’un pot-au-feu, d’un livre et de plantes vertes. Surtout pas de femmes. Les hardeuses, saturées d’érections maximalistes, sont lesbiennes pour la plupart. Les uns et les autres connaissent un taux de suicides sans commune mesure avec les statistiques générales. À ne plus exister que par la cheville ouvrière ou quelques réceptacles, on cesse d’exister en soi et pour soi. Comme dit un site spécialisé : « Non, le porno n’est pas glamour. »
Tout est faux dans le sexe sur Internet. Tout est joué.
Des intérêts XXL
Il y a quelques années, j’avais suggéré au ministère de l’Education de me confier une mission pour me rendre dans les lycées, escorté (si je puis m’exprimer ainsi) d’une professionnelle du hard, afin d’expliquer aux jeunes ce qui est normal, et ce qui ne l’est pas. Hé non, mesdemoiselles, vous n’êtes pas obligées de vous faire sodomiser, d’autant que statistiquement, il n’y a guère que 15% des femmes qui y trouvent un réel plaisir. Et oui, l’acte sexuel quasi absent des sites pornographiques, c’est le baiser.
On mesure l’écart entre fiction et réalité.
Plusieurs pays (la Chine, oui, mais aussi l’Islande) ont complètement banni la pornographie. Ce n’est pas très difficile à faire — mais on froisse alors des intérêts monstrueux : quand on évoque le chiffre d’affaires de la pornographie, on parle en centaine de milliards de dollars (vous remarquerez que le cul se mesure en dollars, c’est plus chic qu’en euros ou en zlotys. L’idée de réguler l’accès des sites aux mineurs (mais comment ? Sur déclaration préalable ? Ça existe déjà, il suffit d’affirmer que l’on a plus de 18 ans) est l’exemple-type de ces demi-mesures qui servent à faire parler, et n’ont aucune efficacité réelle.
Près de la Canebière, Brighelli: c’est plus fort que toi
On me dira : « Il est étonnant, de la part d’un individu qui a écrit des livres érotiques, et qui parraine depuis des années un blog intégralement con / sacré à la chose, d’en arriver à promouvoir la censure la plus stricte… » Oui : mais c’est justement en défense de l’érotisme que je récuse la pornographie. On peut abominer la pornographie et adorer le sexe. On peut tolérer la prostitution et vomir les barbeaux. L’un des bons souvenirs de ma vie est d’avoir cassé, contre la margelle de la fontaine des Danaïdes à Marseille, toutes les incisives d’un proxénète qui prétendait mettre deux amies d’enfance en coupe réglée. L’idée qu’il a avalé de la purée liquide à la paille pendant quelques semaines me fait encore rire, cinquante ans plus tard.
La Dépêche a fait la liste des propositions de la CNIL [2], et émis avec intelligence des réserves sur leur application. Oui, on peut passer par une « attestation numérique » qui fonctionnerait comme une attestation bancaire : mais comment faire appliquer une législation française à des sites pour la plupart localisés à l’étranger ? Internet, c’est la mondialisation supra-nationale. Oui, on peut confier le contrôle de l’identité à un organisme tiers — mais des modes de contournement existent déjà. Après tout, les sites de streaming ont contourné sans peine la loi Hadopi de 2009, censée protéger la création et la diffusion sur Internet.
Seul un blocage total aurait une réelle efficacité : tout le monde n’a pas envie de se risquer sur le DarkNet, qui est certes opaque, mais qui est scruté de près par la police. Je mesure bien le risque d’une telle proposition : c’est requérir les bons services de Big Brother. Mais quand ce seront vos enfants qui hanteront les sites pornographiques grâce aux smartphones que vous leur aurez achetés (et que vous ne devriez pas leur acheter), vous y réfléchirez à deux fois avant de crier à, la censure.
Jean-Paul Brighelli, La Société pornographique, François Bourin / Les Pérégrines 2012, 130p.
Les courageuses militantes féministes, Marguerite Stern et Dora Moutot, s’insurgent contre l’idéologie transgenre, et l’influence démesurée qu’elle exerce sur la société, au point de censurer systématiquement toute critique. Elles viennent de lancer leur plateforme: Femelliste.com. Rencontre.
Causeur. Pourriez-vous commencer par vous présenter, mesdemoiselles ?
Marguerite Stern. J’ai 32 ans, je suis une militante féministe. J’ai fait partie des FEMEN pendant trois ans, j’ai été la première à réaliser des collages contre les féminicides. Et je viens donc de créer la plateforme Femelliste.com, avec Dora Moutot. Son but est d’informer sur les dangers de l’idéologie transgenre.
Dora Moutot. J’ai 35 ans, je suis journaliste, auteure de deux livres, A fleur de pet et Mâles baisées, documentariste, créatrice du compte Instagram @tasjoui, et cofondatrice de Femelliste .com.
Votre but, à travers cette plateforme, est de fédérer tous ceux qui remettent en question l’idéologie transgenre…
Marguerite Stern. Nous recevons des messages de gens qui nous disent : je pense comme vous, mais je n’ose pas parler, car j’ai peur de perdre mon emploi, ou que cela ait des conséquences sur ma famille. C’est pour cela que nous proposons aux gens de publier des tribunes sur le site, même de façon anonyme.
Comment une minorité comme la communauté transgenre peut-elle avoir autant d’influence ?
Marguerite Stern. C’est avant tout un effet de mode, et un effet communautaire. L’être humain a besoin de ce sentiment d’appartenance à un groupe. C’est ce que propose le transgenrisme. Si on prend un peu de recul, il s’agit d’une étape de plus dans notre processus de déconnexion par rapport à la biosphère. Il y a 10 000 ans, on a inventé l’agriculture. Avant, on prélevait dans la nature ce qui nous était nécessaire pour survivre. Avec l’agriculture, on s’est mis à produire plus que ce dont on avait besoin. On a domestiqué les animaux, on a inventé le concept de propriété. Puis, on est passé par Descartes qui nous a invités à nous rendre « maîtres et possesseurs de la nature ». Aujourd’hui, le transgenrisme constitue un pan du transhumanisme. Cela revient à dire : « je ne supporte pas les limites naturelles que me posent la nature. »
Le transgenrisme, c’est considérer que le masculin et le féminin sont des constructions sociales ?
Marguerite Stern. Absolument. D’ailleurs, dans le lexique trans du planning familial, on vous dit que le sexe est un « construit social ». Ça veut tout dire…
Dora Moutot. Certaines réalités ne sont pas déconstructibles. Les lois physiques, par exemple. Les lois biologiques régissent aussi notre monde. On essaie de contourner ça aujourd’hui, par la chirurgie ou l’endocrinologie, mais pour reproduire un humain, il faut un mâle et une femelle. Jusqu’à preuve du contraire.
Marguerite, y-a-t-il une continuité entre votre engagement au sein des FEMEN et votre démarche actuelle ?
Marguerite Stern. J’ai vraiment du mal à comprendre la position de mes anciennes co-activistes FEMEN. Certaines refusent de me parler, parce que je serais devenue une « sale TERF » [acronyme de Trans-exclusionary radical feminist : féministes radicales excluant les personnes trans. Le terme est perçu comme une insulte par les féministes NDLR]. Pour moi, être FEMEN, c’est associer le corps et l’esprit. On écrit un message politique sur son torse. On est un corps pensant. Pour moi, le transgenrisme promeut une dissociation entre le corps et l’esprit, en affirmant, par exemple, que l’on peut « naître dans le mauvais corps ». Je veux remettre le corps des femmes au centre du féminisme. Je me suis aussi rendue compte que certains activistes détournaient les collages contre les féminicides pour en faire des outils de propagande pour le transgenrisme, avec des messages du genre : « une femme trans est une femme », etc. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre position.
Quelle serait votre définition de la femme ?
Marguerite Stern. Une définition très simple : une « femelle adulte humaine ». « Femelle » relève de la nature, et « adulte humaine », de la culture. Le terme « femelle » n’a rien de dégradant.
Quelle différence faites-vous entre féminisme et « femellisme » ?
Marguerite Stern. Le femellisme insiste sur le fait que nous sommes des animaux. Nous sommes en train d’oublier des bases scientifiques importantes. Dans un moment de notre histoire ou l’on a plus que jamais besoin d’écologie, il est important de rappeler que l’on fait partie de la biosphère. En fait, féminisme et femellisme, c’est la même chose. Nous avons juste ressenti le besoin de faire sécession par rapport au féminisme « orwellien » actuel. Nous voulons créer le débat. Certaines personnes sont intéressées par notre démarche, mais n’aiment pas le terme « femelliste ». Ça a le mérite de créer du débat autour de cette question fondamentale : qu’est-ce qu’être une femme ?
Dora Moutot. Le mot femellisme a été utilisé aussi par une psychologue, Nicole Roelens, et par une féministe anglaise, Posie Parker, qui utilise le terme femalism. On n’a pas inventé le terme, mais il se trouve que beaucoup de gens lui trouvent une utilité, pour redéfinir ce qu’est une femme. Le femellisme, c’est LE féminisme, se battre pour les droits des femelles. Se revendiquer du femellisme, c’est dire de quel type de féminisme on fait partie. Selon moi, le féminisme ce n’est pas censé inclure les droits des mâles à s’autodéterminer comme des femmes. C’est même antiféministe pour moi. Le féminisme, depuis 100 ans, déconstruit les stéréotypes de genre. Quand les femmes voulaient porter un pantalon, ou ouvrir un compte en banque, ou travailler, c’était déjà déconstruire des stéréotypes de genre. Si être une femme n’est plus une réalité biologique et sexuée, ça devient une somme de stéréotypes genrés, ceux-là même dont on a essayé de se débarrasser. Le féminisme actuel a été parasité par l’idéologie transgenre et queer. « Femellisme » est un nouveau mot pour susciter de l’attention. Si nous avions créé un site qui s’appelle « féminisme.com », vous ne seriez pas en train de m’interviewer…
Un homme qui effectue une transition ne deviendra jamais, selon vous, une femme à part entière ?
Marguerite Stern. C’est ce que nous pensons. Une femme trans ne sera jamais une femme. Mais nous faisons la différence entre les gens qui souffrent de dysphorie de genre, et les tenants de l’idéologie transgenre qui ont un projet politique.
Pourquoi la théorie du genre a-t-elle rencontré un tel succès ?
Marguerite Stern. Je me pose encore la question C’est sans doute une sorte de contrecoup de metoo. A l’époque, la voix des femmes a été entendue, les médias se sont remis à parler de féminisme. Certains hommes souffrant de dysphorie de genre se sont alors engouffrés à l’intérieur du féminisme pour attirer l’attention, comme une sorte de cheval de Troie à paillettes ! Nous, les femmes, voulons trop accueillir toute la misère du monde. Dans d’autres luttes, par exemple dans l’antiracisme, il n’y a pas cette injonction à l’intersectionnalité, à l’inclusivité. On n’imagine pas des hommes blancs se mettre en tête d’une manif pour attirer l’attention sur les violences policières commises contre eux. Mais parfois, dans les manifs féministes, on trouve en tête de cortèges des femmes trans ou des hommes qui portent des jupes, pour qu’on leur accorde un peu d’importance à eux aussi. On se retrouve envahies dans nos luttes, jusqu’à en oublier ce pour quoi nous nous battions à l’origine !
L’idéologie trans est donc un danger pour les droits des femmes…
Marguerite Stern. Oui. Par exemple, à partir du moment où l’on considère qu’un individu peut s’autodéterminer, qu’un homme qui se déclare femme est une femme à part entière, ça pose un problème pour la sécurité des femmes dans les espaces non-mixtes, par exemple : compétitions sportives, toilettes, prisons… Les chiffres de la pédocriminalité féminine ont augmenté au Royaume-Uni, parce qu’on ne prend plus en compte le sexe de naissance dans les statistiques, mais simplement le genre déclaré.
Marguerite Stern. Énormément. Sur notre plateforme, nous avons détaillé toutes les techniques de harcèlement mises en œuvre contre nous. Depuis que j’ai commencé à m’exprimer sur la transgenrisme, j’ai perdu ma santé mentale. Quand vous vivez trois ans de harcèlement quotidien, ça use. Mais nous recevons aussi beaucoup de messages de soutien, de gens qui nous disent « je ne peux pas parler publiquement, merci de le faire pour moi ».
Dora Moutot. Si vous saviez ! Sur notre site, nous avons une partie « cancel culture etharcèlement », ou l’on a classé 14 types de harcèlements. Si, il y a quelques années, on m’avait dit qu’affirmer qu’une femme est une femelle adulte humaine allait me poser tellement de problèmes, j’aurais ri ! Hier encore, j’ai reçu un message disant qu’on allait se prendre une balle dans la tête ! Marguerite a reçu ce message : « tu vas te prendre du sperme de femme dans les yeux ! » Quand ce ne sont pas des insultes, ce sont des menaces sur ma carrière, des gens qui vont à la FNAC coller des étiquettes « transphobe » sur mes livres. Toutes les marques avec lesquelles je travaillais sur mon compte @tajoui m’ont laissée tomber. Les gens me disent qu’ils sont d’accord avec moi, mais qu’ils ne peuvent pas continuer. Heureusement, j’ai encore 500 000 abonnés sur @tajoui, avec des femmes qui n’en ont rien à faire de tout ça ! Avant, j’étais rédactrice en chef adjointe chez Konbini, donc plutôt à gauche, et aujourd’hui, pour ces gens-là, je n’existe plus, je suis devenue la sorcière de service ! Mais le plus grave, c’est la censure des plateformes. Aujourd’hui, quand on écrit sur Twitter : « être une femme, c’est être une femelle adulte humaine », on est censuré. Si vous tapez mon nom sur Instagram, je n’apparais même pas dans les recherches ! Avec Marguerite, nous avions fait une pétition sur Change.org pour protester contre la dernière campagne du planning familial, elle été retirée au bout d’une heure pour « propos haineux ». Même si elles ne le disent pas, toutes les plateformes sont pro idéologie transgenre. C’est du délire.
La 3e affiche de la série que j'ai eu l'honneur de réaliser pour le #PlanningFamilial🥰 Le PF c'est : des outils pour mieux connaitre son corps, contraceptions, IVG, santé sexuelle.. sans jugement ni discriminations. Dans un monde de + en + conservateur le PF est vital pr toustes pic.twitter.com/NWRjB49mEq
— LaurierTheFox #StopMutilationsIntersexe (@Laurier_the_Fox) August 17, 2022
Vous êtes totalement à contrecourant. Vous n’avez pas peur d’être récupérées par des mouvements conservateurs ?
Dora Moutot. C’est vrai qu’une grande partie de la droite se sent en phase avec nos propos, mais je ne suis pas mal à l’aise avec ça. Je considère que notre site devrait parler à tous les bords politiques. Je m’adresse à toutes les femmes. Si ces idées sont récupérées par la droite aujourd’hui, c’est de la faute de la gauche, qui a créé une omerta sur ce sujet. Elle est incapable d’émettre une quelconque pensée critique sur le sujet.
Il y a des êtres tellement vivants que les faire mourir est un crime contre la condition humaine. J’ai souvent croisé Philippe Tesson, j’ai échangé avec lui, je l’ai écouté, je l’ai lu, j’ai été le témoin admiratif de ses multiples activités où son esprit libre et inventif s’en donnait à cœur joie, sans jamais laisser sa gaîté être envahie, devant les autres, par la lucidité et le pessimisme de son intelligence. Pour moi, Philippe Tesson était le son miraculeux, toujours déconnecté de l’aigreur et de la vulgarité, pétillant, spirituel, cultivé sans lourdeur, aimable sans mièvrerie, léger sans superficialité, d’une personnalité hors du commun.
Il était aussi la lumière éclatante, mozartienne dans son humeur toujours victorieuse des ombres de l’existence, toute d’infinie tolérance pour ses frères humains, emplie d’une insatiable curiosité à l’égard des mystères et des trésors de la vie. Il était la lumière qui, dès la première minute d’une rencontre, éclairait et donnait le moral. Son allégresse n’était jamais ridicule et sa mélancolie avait toujours l’élégance de se cacher. Je ne pouvais m’empêcher de comparer Philippe Tesson à l’un de ces abbés du XVIIIe siècle chez qui on pouvait venir puiser l’universel parce qu’ils avaient réponse à tout, et de quelle manière ! Philippe Tesson était un maître singulier : toutes les fibres de son être, de son esprit et de sa sensibilité nous apprenaient « le dur métier de vivre » et il demeurait fraternel dans ses enseignements.
Le faire mourir est un scandale de plus dans l’absurdité du monde.
L'acteur Waly Dia. Image : Capture d'écran France 2
Invité à échanger avec Marion Maréchal (Reconquête), le comique de France Inter n’en démord pas: c’est une raciste obsessionnelle
N’a pas l’insomnie féconde qui veut. Pour la Nuit de Feu où Pascal découvrit « qu’il estraisonnable de croire », ou la Nuit de Gênes qui permit à Valéry de « répudier lesidoles » de la littérature, de l’amour et de l’imprécision afin de vouer son existence à « la vie del’esprit », combien de nuits perdues, pour nous autres médiocres, condamnés à nous vautrer dans le pire pour amadouer un sommeil fuyant ? Insomniaque, on est prêt à tout, même à suivre, avec un masochisme qu’on ne se connaissait pas, n’importe quelle émission de « l’odieux -visuel », et à subir le « sévice public », pour reprendre la nomenclature savoureuse de Gilles-William Goldnadel.
C’est ainsi que le 4 février, à 23H 25, je me suis retrouvée devant « Quelle Époque ! » Ce divertissement est vendu comme un « talk-showspectaculaire, drôle et festif, une émission de société et de divertissement, qui raconte notre époque et interroge notre société. » Why not ? Après tout… Toutefois, l’émission est animée par Léa Salamé, et y intervient, ce qui n’augure rien de bon, non plus, Christophe Dechavanne flanqué des subtils humoristes Philippe Caverivière et Paul de Saint Sernin.
L’heure du crime
Ce petit monde, complice, communie dans la bien-pensance autour de conviés inféodés à leurs nobles idées. L’ensemble constitue un tribunal inquisitorial qui cloue au pilori « l’invité de minuit », à savoir : « un homme ou une femme politique qui fait l’actualité. »
L’animatrice de « Quelle époque », Léa SalaméL’ancienne députée Marion Maréchal
Ce soir-là, c’est Marion Maréchal qui se jetait dans l’arène. Pour tester son endurance face à l’adversité et à l’hostilité ? Son Koh-Lanta personnel ? À moins que, dans un moment d’égarement, elle ne se soit prise pour l’âne des Animaux malades de la Peste, et ait décidé de se sacrifier « au céleste courroux » pour obtenir « la guérison commune ». Quoi qu’il en soit, c’est bien « haro sur le baudet » (Marion) qu’on hurla.
Cette séance d’exorcisme, m’a permis de découvrir l’un de nos humoristes les plus prometteurs, Waly Dia. Ce jeune talent, s’est ici conduit comme la véritable mouche d’un coche qu’aurait été Marion. Omniprésent, il vrombissait toutes ailes déployées contre « l’extrême droite » et le « racisme ». C’est la recension de ce grand moment télévisuel qui insistera sur la prestation de ce petit moustique que je vous propose ici.
Avant la mise au pilori de Marion Maréchal, la démoniaque invitée de minuit, imaginez un plateau d’invités suintant le Bien comme des saucisses sur un grill. Parmi eux, notre Waly Dia, Marlène Schiappa et Philippe Besson. Tous se congratulaient, sourires larges, tout en dents, œillades énamourées échangées : célébration de la fraternité, de l’élection, autosatisfaction, morgue et connivence.
Debbouze, Vanhoenacker: les plus grands voient en Dia leur semblable
Le jeune comique fut présenté à l’assemblée par Léa Salamé. On apprit que Charline Vanhoenacker l’avait surnommé : « la mitraillette » et que Jamel Debbouze le voyait comme « un mélange de Will Smith et d’une crise d’épilepsie ». La présentatrice poursuivit l’éloge du jeune prodige, précisant qu’il n’avait pas peur de toucher à tous les sujets épineux. Et de citer : « l’islamisme », « le féminisme », « l’antisémitisme », « la pédocriminalité », « l’homophobie », « la pédophilie ». Là, ce fut le moment d’envoyer un extrait du spectacle de l’humoriste. Tout naturellement, le choix se porta sur un bon mot à propos du curé pédophile : « Y’en a à qui ça rappelle des souvenirs douloureux du catéchisme ? Le cliché du curé qui se tape des gamins, faut arrêter ? Bah promis, quand ils arrêtent, j’arrête. » Un moment de franche rigolade, s’il en est. Le jeune prodige précisa ensuite : ce qu’il aimait, c’était : « tirerles gens sur les sujetsles plus compliqués et s’amuser avec. » On l’a vu à l’œuvre avec Marion Maréchal. Elle-même l’a constaté, le bougre excelle dans le comique de répétition.
Revenons au moment où notre amusant apprit que la vice-présidente de Reconquête participerait à l’émission. « C’est pas vrai, s’est-il écrié, on va parler d’immigration avecMarion Maréchal ? Pardon, on me dit rien, à moi.Mais vous avez besoin d’avoir son avis surce qu’elle pense de l’immigration ? », poursuivit le jeune talent, désabusé. « Ici onose », précisa Léa Salamé. « Peut-être, elle a changé d’avis, peut- être maintenant, elle veut plein de Noirs et d’Arabes en France ? », tenta Waly, pour se rassurer… Christophe Dechavanne intervint : « On ne peutpas être tous contre elle. » Ce à quoi, le sage Philippe Besson rétorqua : « Ohsi ! On peut ». Le jeune troubadour pointa alors la place vacante du plateau et nous gratifia d’une vanne fine : « Au niveau du plan de table, c’est là ? », trait d’espritaccueilli par des applaudissements nourris…
La démoniaque Marion fit enfin son entrée, sur les notes du Thriller de Michael Jackson et Léa Salamé fit les présentations: « Étoile montante de la politique, elle a marqué laprésidentielle en choisissant Éric Zemmour plutôt que sa tante, Marine Le Pen. Un an après a-t-elle des regrets ? Comment peut-elle rebondir ? Sera-t-elle candidate aux Européennes ? » Le ton était, d’emblée, donné pour un échange de haute volée. On n’a pas été déçu.
Maréchal victime de mansplaining
Rien n’aura été épargné à la jeune femme, essorée par la pensée unique, ni les blagues salaces ni le coupage de parole. Sous couvert d’un simulacre d’échange démocratique, on a assisté en direct à l’habituelle humiliation et à la mise à mort sociale orchestrée de l’une des représentantes du Mal. Marlène Schiappa plastronnait, confite de suffisance et le jeune humoriste, auquel on va continuer à s’intéresser, caution de gauche par excellence, attaquait Marion Maréchal aussi finement que Christian de Neuvilette parlant de son nez à Cyrano.
La vice-présidente de Reconquête le précisa d’abord : participer à une émission comme « Quelle Époque » était difficile pour elle car il fallait allier humour et politique, exercice périlleux. Elle s’adressa à Waly Dia, souhaitant étayer son propos : « Vous, vous êtes sur le terrain de l’humour… » Mais, elle n’eut malheureusement pas le temps de développer. La « mitraillette » arrosa : « Et vous, vous êtes sur leterrain du racisme, c’est un autre truc. »
Les attaques fusèrent de tous côtés. Bien sûr, on entraîna Marion Maréchal sur le « GrandRemplacement » et un Philippe Besson grimaçant lui cracha toute sa bonne haine au visage : « Il n’y paslieu de s’inquiéter avant 50, 60, 70 ans. Le « Grand Remplacement » n’existe pas, sauf dans votre esprit et dans vos fantasmes. » Besson convulsait : « Vous les voyez où, dans la rue, les50% d’Arabes et de Noirs ! » Waly, inspiré, hurla alors, empoignant le romancier : « Mais, je suis là ! » Marlène Schiappa, docte et posée, pointa à son tour l’indigence politique de Marion Maréchal ainsi que sa sécheresse de cœur. Dechavanne renchérit. Enfin, Léa Salamé conseilla à la jeune femme de prendre un coach pour mener sa carrière.
Notre Waly décida alors que le dénouement du show mettrait en lumière sa petite personne. Il posa donc à l’encan la question suivante : « De cette interview, on a appris quoi ? » Schiappa finement précisa : « On a appris qu’on ne dit plus « extrême droite », mais« droite civisilationnelle ». Dia, poursuivit : « Qu’est-ce que je pense de l’extrême droite qui n’existe plus ? Ah, je ne sais pas, on est en face de gens qui rabâchent toujours les mêmes trucs. On parlait des retraites, on arrive sur l’immigration. On parle de l’état des hôpitaux, on arrive sur l’immigration. C’est une obsession (…) On est quand même face à des gens qui exploitent le filon depuis très longtemps, parce que c’est un business, cette politique, ces partis. »
Sauvez Waly, faites-la sortir du plateau !
Marion, mise à rude épreuve par les picadors qui s’acharnaient sur elle depuis le début de l’émission, se départit ici fugacement de sa « ligne Cyrano », cédant, on le déplore, à un léger agacement. « Je neme lève pas le matin en me disant : je me fais du blé sur le dos des Français. Faites des blagues, ça marchera mieux. Quoi que… » Toujours à l’affut, Madame Salamé pointa la violence insoutenable de la réponse de Marion : « Là, c’est méprisant. » Et notre jeune coq renchérit : « En tout cas, on remarque que j’ai énormément de liberté d’expression. »
« Qu’est-ce qu’il vous a dit de violent, là ? » poursuivit Léa, tout à la défense de son poulain. « Que je suis d’extrême droite et obsessionnelle. » En effet, pas de quoi fouetter un chat ! Quant à notre coquelet de combat, tous ergots sortis, il poursuivit, variant l’argumentaire : « Marion Maréchal n’estpas d’extrême droite, là, celle-là, je vais dormir dessus. »
Cette soirée placée sous le signe de la tolérance et de l’échange bienveillant, s’acheva quand Marlène Schiappa demanda enfin à Marion Maréchal si elle soutiendrait sa fille, amoureuse d’un migrant sans papier. « On va la perdre ! », s’exclama le comique. Le jeune drôle conclut le débat sur ces propos intellectuellement imparables : « J’ai le droit de décider que vousêtes une raciste. » Quant à nous, jeune puceau, nous usons, nous aussi, de notre droit imprescriptible à affirmer que vous êtes un peu niais, à jouer ainsi les mouches du coche, dans une répétition exempte de tout comique. Aussi, je vous renvoie à la lecture de La Fontaine :
Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S’introduisent dans les affaires : Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés.
Le coche et la Mouche, Livre VII, fable 9, La Fontaine.
Dans «Animals», de Nabil Ben Yadir, en salles mercredi prochain, nous assistons au supplice d’un jeune homosexuel, Brahim, tabassé par une sale petite bande…
C’est l’anniversaire de la vieille maman. La fête réunit famille et amis dans le pavillon. Beaucoup de monde. L’époux, barbe chenue, patriarche maghrébin qui a dès longtemps pris racine en Belgique (le film est belge), a préparé un discours émouvant, qu’il fera lire à Brahim, 30 ans, son fils, pour avis, avant de le prononcer devant ses hôtes : avec émotion et tendresse, l’homme y fait l’aveu de la « trahison » à laquelle il s’est jadis livré, en abandonnant les « saintes valeurs de l’islam » pour ce lointain mariage d’amour avec une infidèle. Également issu de cette « diversité » assumée par leur géniteur, l’intraitable frère de Brahim détient un secret trop mal gardé : Brahim est gay. Ce dernier aurait rêvé d’inviter son petit copain à l’anniversaire de maman.
Homophobie (maghrébine) ordinaire
Hélas, tout part en vrille. Hors champ, le petit ami, de souche européenne, depuis qu’il a été molesté par le frangin de Brahim, reste désespérément injoignable. Désespéré, Brahim quitte la fête, et part à sa recherche dans les bars de la ville. Mauvaise idée. Au pied d’un établissement gay, il tombe par hasard sur trois beurs éméchés, en voiture, à la recherche de plans cul hétéros pour la nuit. Brahim, gentiment, calme le jeu, sauvant au passage une pauvre fille harcelée par ces crétins, et monte à bord pour guider ceux-ci vers des lieux mieux appropriés au défouloir de leurs poussées d’endorphines. Mal lui en prend. Dans l’habitacle, le dialogue s’envenime. Bientôt, les coups pleuvent. « Qu’est-ce que tu faisais devant un bar de pédés ? Avoue que t’en est un, allez ! » Puis les tortures, dans le véhicule lancé à tombeau ouvert. Inexorable.
Tout est filmé en plan serré, sans échappatoire, par une caméra mobile et survoltée. Parvenue en rase campagne, la bagnole stoppe. La sale petite bande en extrait Brahim, impuissant, gémissant, déjà sacrément amoché. Cette fois, à l’écran, c’est un téléphone portable qui prend le relai de l’image, format vertical, donc – et du son. Brahim dénudé, traîné au sol. Violé. Supplicié. Massacré. Dans une sorte de transe hallucinée, la caméra ne néglige aucune station de son martyre. Ni de la furie de ses tortionnaires, qui filment rageusement leurs exploits en se mettant en scène par selfies.
On pense à Gaspar Noé
Dans une dernière partie, moins éprouvante, Animals – mais pourquoi ce titre en faux franglais ? Pourquoi pas plutôt : « Animaux » ? – se recentre sur le plus jeune de ces pitoyables bêtes féroces, au retour de cette nuit d’amour beur : pâle ange exterminateur à binocles, blondinet photogénique à cheveux ras, manifestement en famille d’accueil et garçon mal aimé, il tente, telle une lady Macbeth, de dissimuler dans le coffre à linge les traces sanglantes de son crime, avant d’enfiler un costard trop grand pour lui, pour rejoindre la cérémonie de mariage de son père, à laquelle il s’était promis d’assister.
Ces noces noires se clôturent abruptement sur la face archangélique du jeune démon. Exit les comparses. A tout cinéphile, Animals rappellera immanquablement Irréversible, le brûlot de Gaspar Noé qui fit tant scandale. Mais ici, la fatalité du Mal prend un tout autre sens : le cinéaste Nabil Ben Yadir est-il conscient que, dans une forme de pulsion masochiste, il fourbit clairement contre lui armes et munitions à ceux qui, légitimement, seront tentés de ne voir dans Animals que complaisance racoleuse dans l’exhibition de l’insoutenable, mais aussi, et surtout, l’expression exacte, probante, définitive, de la collusion ontologique entre foi mahométane et homophobie : deux fanatismes indissociables. Des verges pour se faire battre, en somme ?
Animals. Film de Nabil Ben Yadir. Belgique, 2022. Durée : 1h31. En salles le 15 février 2023
Square Honoré-Champion. Au nom de la liberté d’expression et de notre histoire, signons, comme beaucoup déjà, la pétition et appuyons le projet d’une statue en bronze pour remplacer celle en pierre.
Ils sont académiciens ou postiers, antiquaires ou chauffeurs de bus, enseignants ou comédiens, industriels ou libraires, français ou étrangers…
En quelques semaines, plus de 2 200 personnes (à l’heure où nous bouclons) ont signé la pétition lancée par Causeur pour réclamer le retour de la statue de Voltaire square Honoré-Champion, à deux pas de l’Institut de France.
La mairie de Paris l’a retirée il y a trois ans, car maintes fois vandalisée, et refuse de lui faire regagner son socle. Selon l’Hôtel de Ville, il est impossible de replacer le philosophe dans l’espace public, car la pierre de son effigie serait trop fragile pour supporter de nouvelles attaques – y compris celles de la pluie ! Pour faire face aux ennemis de la liberté d’expression et aux ondées, cette pétition demande que soit fondu un modèle en bronze, comme celui d’origine. Le projet sera présenté en « budget participatif » et son devis comporte nettement moins de zéros que tous ceux votés jusqu’à présent pour « réenchanter » notre quotidien.
Nous ne serons jamais trop nombreux pour soutenir le retour de Voltaire et il est toujours possible de le faire sur : leretourdevoltaire.com.