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Rappeneau, la grâce et l’enchantement

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Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur, entre autres, de Cyrano de Bergerac, du Hussard sur le toit ou du Sauvage est mort l’âge de 94 ans. Il s’était raconté avec l’aide de Kéthévane Davrichewy dans Vive Allure aux éditions Grasset à l’automne 2025. Monsieur Nostalgie, admiratif de ce cinéma gracieux et littéraire, se souvient…


À l’heure du déconstruit, Rappeneau a cultivé l’art du détail et de l’ellipse, voilà ce que j’écrivais, il y a huit mois, à la sortie de ses « mémoires ». Il prenait son temps. Sa lenteur était proverbiale dans le métier. Comme si la productivité était le signe d’une créativité foisonnante. Comme s’il fallait ramener une filmographie à une performance vulgairement quantifiée. Pour ce réalisateur né en 1932, ayant passé son enfance sur l’axe Auxerre-Orléans, huit films jusqu’à aujourd’hui fut un score tout à fait honorable. Respectable. Enviable même. Ses longs-métrages s’appellent : Cyrano de Bergerac, Les Mariés de l’An II, Le Sauvage, Tout feu, tout flamme ou l’inoubliable La Vie de château. Cette filmographie « réduite » est l’expression de notre exception culturelle, une qualité France qui se dégage dans le soin apporté à la narration, aux costumes, à l’atmosphère, au ping-pong verbal ; le juste équilibre patiemment dosé, longuement réfléchi entre la sincérité et l’émotion.


Rappeneau, c’est la France des préfectures décaties, des bâtisses alanguies, des rapports de classe étouffés, de notre belle langue tourangelle, de l’amour courtois et des frisottis du destin. Rappeneau, c’est le contraire des vies réglées en province car l’aventure arrive par la porte de service, la fantaisie vient contrecarrer l’éducation. Qui n’a pas vu Adjani en polytechnicienne sensuelle et désuète ne peut comprendre les élans incertains du cœur. Qui n’a pas vu Deneuve lisant dans un hamac ou allongée dans un champ de blé en mousseline faussement sage ne connaît rien des blondeurs assassines. Rappeneau, élégamment, sans la brusquerie maladroite a emprunté ce chemin étroit de la dissidence amusée, de l’intrusion poétique, de l’emballement buissonnier, du plaisir enfantin d’imaginer la vie. Alors que tout semble installé, immuable, la bourgeoisie se repose sur ses lauriers, elle dort tranquille, un élément fantasque, un héros irrégulier, une peine intime vont entraîner une mécanique nouvelle. Chez Rappeneau, le spectateur n’était pas agressé, il n’était pas le punching-ball des idées confuses, il est ce promeneur sensible à la beauté, totalement perméable à l’inattendu. Rappeneau savait des histoires (comme dans la chanson de Reggiani), l’année dernière, il nous les a contées dans Vive allure, entre secrets de fabrication, souvenirs de tournage et points de vue esthétique. Les cinéphiles en apprirent plus sur ses rapports avec Louis Malle, Daniel Boulanger, Claude Sautet et Roman Polanski. Et le compagnonnage avec son frère « ennemi », Philippe de Broca. Rappeneau a participé activement au scénario de L’Homme de Rio, du Magnifique, de Tendre Poulet ou du Cavaleur. Ces deux-là se sont aimés et brouillés en même temps. Une relation particulière qui « se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité » écrivait-il. Il nous expliquait sa façon de concevoir un film, la patience, les doutes ; il s’amusait du caractère d’un Montand égocentré, il louait le charme et l’intelligence d’Anne Brochet, il n’avait pas été satisfait de la voix d’Olivier Martinez et se rappelait l’agacement de voir son nom mal orthographié au générique de L’Homme de Rio, il manquait un « p » ! Rappeneau a fait notre éducation cinématographique, notre imaginaire lui doit beaucoup. Sans le savoir, il a façonné les hommes murs d’aujourd’hui. Grâce à lui, nous avons rencontré le beau et le sensible. Il n’a pas aigri nos sentiments, il n’a pas sali nos foucades, il nous a inculqué le culte de la légèreté, il a nourri notre sentimentalisme. Ce soir, dans la nuit triste des rentrées scolaires, on repensera à l’élégance joufflue de Noiret, au panache révolutionnaire de Jean-Paul Belmondo, à la pudeur érotique de Marlène Jobert, au verbe chaud et puissant de Depardieu et à l’incandescence naturelle d’Isabelle Adjani. Nous revisiterons notre patrimoine.

Vive Allure de Jean-Paul Rappeneau avec Kéthévane Davrichewy – Grasset 256 pages

Irresponsables mais pas coupables

Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique.


Marine Le Pen, condamnée une deuxième fois par la justice de son pays, la France qui pense bien sait à quoi s’en tenir à son sujet. Elle a été reconnue coupable à deux reprises de détournement de plus de 2 millions de fonds publics. Deux jugements assortis d’une inéligibilité qui, bien que réduite en appel, la frappe d’un opprobre mérité. Toutes choses qui auraient dû, à l’évidence, la conduire à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle. Suite logique que le bon sens imposait, face à l’ignominie de ce dossier des assistants parlementaires européens, le Rassemblement national se serait abstenu de présenter tout candidat – un suicide rituel de l’ensemble de ses cadres au milieu de Montretout en flammes aurait même constitué une expiation honorable. Mais on ne peut rien attendre de tel chez des démons fascistes. Plus de 2 millions d’euros pris dans la poche des Français. Et elle ose y aller !

Face à tant de pudibonderie surjouée, faire quelques pas de côté pour réfléchir deux secondes aux enjeux et au contexte ne nuit pas. Depuis quarante-cinq ans, nous sommes gouvernés par des gens appartenant au « cercle de la raison », qui ont consciencieusement ruiné leur pays chéri et défait son héritage pompido-gaullien. Sans faire l’historique de nos 3 000 milliards de dettes (une fastidieuse encyclopédie en huit volumes), intéressons-nous à quelques dossiers dont on aimerait pouvoir rire. Sept dossiers menés dans une parfaite légalité, il va sans dire, et qui n’ont valu à leurs responsables aucun souci avec la justice.

Lionel Jospin et Dominique Voynet ouvrent ce bal des traîtres faux-culs, avec, en 1997, l’arrêt de Superphénix, réacteur nucléaire de pointe, sacrifié sur l’autel de la gauche plurielle (paix à son âme) pour 9 à 12 milliards de dégâts. Dix ans après, Sarkozy et Fillon lancent Ecomouv, une éco-taxe dont les bonnets rouges auront raison, et que François Hollande et Jean-Marc Ayrault préféreront enterrer pour un milliard d’euros, sans parler des 10 milliards de recettes annoncées. Après avoir fait définitivement valider par référendum le projet de Notre-Dame-des-Landes – du moins le croyait-on – l’État que dirigeaient Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’a finalement abandonné. Les votants ne savaient pas qu’on allait s’asseoir sur la démocratie et leur présenter une addition d’environ un milliard.

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Revenons au terrain de jeu favori du « cercle de la raison », le nucléaire (hou méchant le nucléaire). Macron a vendu aux Américains la filiale d’Alstom spécialisée dans les turbines (Arabelle) puis l’a fait racheter en catastrophe huit ans plus tard – au prix fort, il va sans dire. Suite à un accord électoral entre les Verts – encore eux – et François Hollande, Emmanuel Macron et Édouard Philippe valident le sabotage et plantent un dernier clou dans le cercueil de Fessenheim. Juste avant de relancer le nucléaire, évidemment (qui a ri ?). Une blague qui, je l’espère, vous aura fait pouffer comme moi, surtout quand on sait que l’addition se situe entre 2 et 5 milliards d’euros. Tous ces chiffres figurent au demeurant dans les nombreux rapports de la Cour des comptes, mais ces messieurs-dames du gouvernement qui entretiennent généralement une relation symbiotique avec l’État de droit (loué soit son nom) n’aiment guère être confrontés aux conséquences de leur nullité.

Le « cercle de la raison » nous expliquera – trémolos républicains poignants, arguments techniques imparables en bandoulière – que cela n’a rien à voir avec (le révoltant) dossier du RN. Et ils auront raison. Sans avoir besoin d’y ajouter d’autres fiascos – tel le logiciel de paie Louvois, avec un modeste gâchis de 500 millions d’euros – la somme des lâchetés et des incompétences réunies ci-dessus tutoie les 27 milliards d’euros. Un montant environ 12 millions de fois supérieur à l’affaire des assistants parlementaires du RN (vous avez bien lu : 12 millions). Une affaire qui, rappelons-le, n’a de surcroît pas coûté un euro aux contribuables français ou européens. Que les assistants parlementaires du RN tondent la pelouse de Marine ou phosphorent sur une loi fixant la hauteur minimale des socquettes, les 2,3 millions d’euros auraient été dépensés. Du point de vue des fonds publics, il ne s’est rien passé.

En ce qui concerne les Fessenheim, Superphénix et consorts, les règles ayant été, en revanche, scrupuleusement respectées (notamment le bras d’honneur aux votants du référendum de Notre-Dame-des-Landes), aucun des protagonistes cités ne sera jamais inquiété par un juge. Malgré le coût astronomique de décisions ineptes qui ont grandement nui aux finances et à la souveraineté des Français, ils demeurent tous parfaitement éligibles et Hollande compte bien se représenter. Pourquoi se gêner ?

À titre personnel, je préférerais des élites corrompues, mais efficaces – sur le modèle de Richelieu ou Mazarin (« Qui ça ? » demande Mathilde Panot). Je serais prêt rétroactivement à laisser Macron piquer un milliard dans la caisse s’il nous avait épargnés de tout ce qui précède et (pourquoi ne pas rêver) renoncé à nous endetter de mille milliards supplémentaires. J’aurais toléré des orgies au Fort de Brégançon aux frais du contribuable pour une remise en ordre de l’État. À défaut, je suis preneur d’une loi spéciale pour traduire tout ce consternant aréopage de traîtres cyniques devant un tribunal d’exception (sans explicitement exiger le rétablissement de la peine de mort pour haute trahison, humanisme oblige). J’enrage que tous les irresponsables qui nous dirigent le soient à ce point. Ou que mes contemporains fassent semblant de croire que la faute de MLP (pour qui je ne voterai pas, car elle est aussi nulle en économie que François Mitterrand) serait autre chose qu’un péché véniel et un pur prétexte pour lui mettre des bâtons dans les roues. Je remercie toutefois la possibilité du pourvoi en cassation – preuve concrète des bienfaits de l’État de droit dont le « cercle de la raison » tarde, pour des motifs ayant sans doute trait à la variabilité de la géométrie, à se réjouir avec moi.

Léna Situations coincée dans un épisode sinistre de «Black Mirror»

Quand la peur de déplaire sur YouTube et la pression politique annulent une amitié


En 1958, l’Internationale situationniste définissait les situations comme des « moment[s] de la vie, concrètement et délibérément construit[s] par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements ». Avec Léna Situations (de son vrai nom Léna Mahfouf) aussi, il y a des situations : la célèbre influenceuse de 28 ans expose depuis une dizaine d’années son quotidien sur les réseaux sociaux, fait de bamboches autour de la piscine et autres joies post-adolescentes apparemment spontanées, mais où rien n’échappe à un contrôle absolu de l’image.

Si vous n’avez pas d’élevage d’adolescentes à la maison ou si vous vivez réfugié sur la planète Zébulon, vous avez pu échapper au phénomène. Sur Instagram, la starlette atteint les 4,9 millions de followers — à peine 2 millions de moins qu’Emmanuel Macron. Un filon exploité à l’envi, jusque dans les librairies, avec des ouvrages parus : Toujours plus (titre honteusement piqué à François de Closets !) et Encore mieux. Frédéric Beigbeder avait écrit à leur sujet : « Entre l’Être et le Néant, Léna Situations privilégie plutôt la seconde option ».

Une campagne de haine accélérée par Rima Hassan

Une communication maîtrisée à l’extrême, ce qui n’empêche pas les erreurs de parcours. Léna Situations vient d’en commettre une. Dans sa bande d’amis avec qui elle fait la java des étés entiers, on apercevait jusque-là une certaine Gisèle Journo, agente d’influenceurs1. Celle-ci passait encore l’été 2026 à l’île de Ré avec Léna au milieu de la joyeuse bande. Oui mais voilà, Gisèle Journo est juive. Au lendemain du 7 octobre 2023, elle a liké et posté des vidéos en soutien à l’armée israélienne, et publié un message rendant hommage à un soldat tombé au combat qu’elle connaissait personnellement. Une vague de haine antisémite s’est alors déchaînée contre elle durant l’été 2026, avec des amabilités comme : « Mourrez bande de sionistes », « Vous serez chassés, traqués, tabassés », ou encore « À la douche vulgaire insecte ». À la mi-août dernièr, la campagne a été relayée et accélérée par l’eurodéputée lfiste Rima Hassan.

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Après le lancement de cette campagne de haine, le changement d’ambiance fut total parmi notre bande de noceurs. Pas un petit camarade pour adresser une marque de sympathie à Gisèle Journo ; au contraire. Celle-ci est même désormais coupée sur plusieurs montages. Sur certaines vidéos, elle est carrément floutée, à la manière de Joe dans l’épisode Blanc comme neige de Black Mirror, qui n’apparaît plus dans la rue que pixellisé après son inscription sur la liste des délinquants sexuels, dans un monde où interactions sociales et fonctions des réseaux sociaux se sont complètement rejointes.

Ami, si tu tombes…

Mieux encore, Léna Situations a même adressé un like sur la publication de Rima Hassan appelant au boycott de son amie ! Elle s’est aussi désabonnée des réseaux de son amie et a effacé toute trace de sa relation passée avec celle-ci. Étonnante façon de traiter une personne avec qui Léna Situations barbotait encore autour de la piscine il y a quelques semaines. Léger Ça antisémite de l’influenceuse ou bien crainte absolue de perdre des fans et des suiveurs, au sein d’une génération (les 15-25 ans) où l’hostilité à Israël fait office de kit idéologique de base depuis que la troupe de Mélenchon est plus ou moins parvenue à mettre dans leur tête un signe égal entre « sionisme » et « nazisme » et passe son temps à dire que l’armée israélienne commet un « génocide » ? En tout cas, c’est une bien cruelle façon de concevoir l’amitié au moment où Clémence Guetté compte élever cette notion et la substituer à la famille traditionnelle. En attendant, Léna Situations recevait ce lundi 20 000 de ses fans à Bercy pour la fin de la diffusion de ses vlogs du mois d’août — l’équivalent moderne des séances diapos chez tante Yvette.

  1. https://www.gisele-paris.fr/ ↩︎

Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs

Invasion à Ceuta. «Après les 30 et 31 juillet, il y a eu une diffusion de rumeurs et de désinformation, de la part de réseaux sociaux liés aussi bien à la Russie qu’à Israël, et à une internationale d’ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne mais aussi pour attaquer l’Europe et la diviser» estime le Premier ministre espagnol.


Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs. Les deux ont en effet, toute honte bue, livré la même explication de la submersion qu’a connue cet été l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc. Si 70 000 à 80 000 migrants ont mis le pied sur le sol de ce territoire, ce serait la faute — je vous le donne en mille — à la Russie, à Israël et aux partis et mouvements d’extrême droite européens.

Ces malfaisants auraient en effet fabriqué et lancé de fausses informations que les réseaux sociaux, habilement manipulés, se seraient empressés de relayer. Fausses informations selon lesquelles « la Cour suprême espagnole interdirait désormais l’expulsion vers le Maroc de toute personne arrivée par la mer, à la nage à Ceuta ». Certaines infos fallacieuses auraient affirmé en outre que les candidats à l’émigration trouveraient frontière ouverte, à défaut de tapis rouge.

Avant-hier, le 31 août, interviewé par la radio espagnole Cadena SER — entretien repris par le quotidien anglais The Guardian —, le Premier ministre Sanchez livrait donc l’explication que nous venons d’évoquer, dédouanant au passage le Maroc de toute implication dans l’intrusion de cette marée humaine. Marée humaine composée, comme le plus souvent dans ces mouvements migratoires, de 90 % à 95 % d’éléments masculins, donnée qu’il serait tout de même intéressant de prendre en compte quand on prétend analyser et gérer ces flux massifs. Est-il besoin de souligner qu’un tel déséquilibre, qui n’existe dans aucune population de par le monde, ne va pas sans poser quelques problèmes pour les sociétés qui en héritent ?

Sur BFMTV, où il semble bien qu’il ait au chaud son rond de serviette, Monsieur Thierry Breton, brushing impeccable, nous servit la même explication. Sortant de sa poche, avec la théâtralité qui convient, son téléphone portable, il déclara, péremptoire, que les responsables de la massive marée humaine de Ceuta étaient à chercher dans ce petit objet de haute technologie, et donc du côté des abominables auteurs des affreuses et insidieuses fausses informations que nous venons de mentionner.

Bien évidemment, le premier comme le second s’abstiennent de poser la vraie question, de soulever le vrai problème.

A lire aussi, David Duquesne: Voiles et vapeurs de la République

Qu’est-ce qui a rendu non seulement possibles, mais crédibles ces informations diffusées sur les réseaux, si ce n’est la politique totalement irresponsable et potentiellement suicidaire du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez ? Lui qui se fait une gloire de vouloir régulariser quelque cinq cent mille clandestins ? Information plutôt biaisée elle aussi, puisque, selon certaines sources très proches du gouvernement de Madrid, le vrai nombre serait en fait d’un million à un million deux.

Les vrais responsables de Ceuta sont donc bien Sanchez, sa politique et son gouvernement. Comme le seraient en France, à Mayotte par exemple, les Bretons bretonnants tendance Thierry-le-bien-coiffé et le Medef, ce dernier affirmant le plus sérieusement du monde que notre pays aurait le plus grand et le plus urgent besoin de trois millions et quelques d’immigrés supplémentaires. Personne n’est dupe : en fait, ce dont le Medef a besoin, c’est du bas salaire à foison, un prolétariat plus ou moins déclassé aux exigences bien tempérées. Comme si la prospérité d’un pays pouvait se bâtir sur l’accroissement des bataillons de chômeurs — le chômage est de beaucoup plus important chez les travailleurs issus de l’immigration que chez les autres — et la prolifération de bas salaires dont l’apport dans le dynamisme de l’économie marchande du pays est donc, par le fait même, limité. Il faut croire qu’au Medef on en est convaincu, dans les rangs duquel, lors du tournoi à sept de Roland-Garros, on a applaudi si chaleureusement aux propos pro-immigration de la candidate écolo.

En fait, au petit bal des faux-culs où brillent MM. Sanchez et Breton, on en serait presque à se bousculer pour entrer dans la danse. De mon point de vue, vraiment pas de quoi applaudir…

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« Soudain », ou la force de vivre

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Encore un film avec Virginie Efira? Oui, mais celui-ci mérite tout particulièrement le détour. Avec Soudain, Ryūsuke Hamaguchi livre une œuvre magnifique sur la vieillesse, la maladie et la mort, mais aussi sur cette mystérieuse force qui nous pousse à vivre.


Avec Soudain, le formidable cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi, auteur de nombreux très beaux longs-métrages — Senses (2015), fresque magistrale disséquant le quotidien et les secrets de quatre amies à Kobe ; Asako I & II (2018), drame romantique hypnotique sur une femme amoureuse successivement de deux parfaits sosies ; Contes du hasard et autres fantaisies (2021), triptyque subtil sur les coïncidences qui bouleversent les relations humaines ; Drive My Car (2021), chef-d’œuvre sur le deuil, la reconstruction et la puissance du théâtre ; Le Mal n’existe pas (2023), fable écologique et politique sur l’affrontement entre promoteurs et communauté rurale — signe une nouvelle fois un grand film, d’une beauté, d’une intelligence et d’une profondeur bouleversantes. La rencontre entre deux femmes devient peu à peu une extraordinaire méditation sur le vieillissement, la maladie, Alzheimer, la souffrance, la mort, mais surtout sur ce qui demeure lorsque le corps et la mémoire vacillent : le désir et la force de vivre.

Deux actrices magnifiques

Il faut saluer ici l’extraordinaire travail de Virginie Efira et Tao Okamoto, qui portent le film avec une intensité exceptionnelle. Leur interprétation a justement été récompensée à Cannes : les deux comédiennes ont obtenu conjointement le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes 2026. Virginie Efira est magnifique de présence, de fragilité et de détermination. Tao Okamoto lui répond avec une force intérieure bouleversante. Deux femmes, deux cultures, deux langues, deux expériences de la maladie et de la vie qui se rencontrent, se confrontent et finissent par s’enrichir mutuellement. 

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Hamaguchi fait de cette rencontre un véritable espace de pensée. Chez lui, les dialogues ne sont jamais de simples dialogues : ils deviennent des combats intérieurs, des interrogations philosophiques, des tentatives parfois désespérées pour comprendre l’autre et, à travers l’autre, tenter de se comprendre soi-même.

L’humanitude contre la logique de l’abandon

Soudain est aussi un film profondément politique. Hamaguchi montre des soignants confrontés à des femmes et des hommes vieillissants qui ne sont pas simplement des corps à nourrir, laver, déplacer ou médicaliser. Ce sont des êtres humains qui continuent à éprouver, à désirer, à aimer, à souffrir, à se souvenir, à rire et à vouloir vivre. C’est là que le film devient profondément politique : quelle place notre société accorde-t-elle encore à ceux qui ne produisent plus, qui ne travaillent plus, qui dépendent des autres et dont le corps est devenu fragile ?

À travers l’EHPAD, Hamaguchi interroge notre civilisation. Il oppose à la logique comptable, à la pénurie de personnel, à l’épuisement des soignants et à la tentation de considérer la vieillesse comme une charge une autre conception de l’être humain: celle d’un individu dont la dignité ne disparaît jamais avec l’âge. Et cette vision entre évidemment en résonance avec le débat contemporain sur la fin de vie et les lois sur l’euthanasie votées par les gouvernements de certains pays défaillants moralement. Soudain rappelle avec une force singulière qu’une existence diminuée n’est pas une existence sans valeur. La dépendance n’abolit pas le désir de vivre. La souffrance n’annule pas la dignité. La vieillesse n’est pas une maladie.

Absence de l’âme

Mais c’est précisément ici que surgit la limite, et peut-être une certaine faiblesse du film. Hamaguchi filme admirablement la souffrance du corps et celle de l’esprit. Il filme la maladie, Alzheimer, la perte de mémoire, la peur de mourir, l’angoisse de la disparition. Il filme avec une immense humanité les gestes des soignants et leur volonté de préserver jusqu’au bout la dignité de ceux dont ils ont la charge.

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Mais où est l’âme ? Où est la spiritualité ? Où est cette part mystérieuse de l’être humain qui ne se réduit ni à son corps, ni à son cerveau, ni à sa mémoire, ni même à ses sentiments ? Où est Dieu ? Le film ne pose pratiquement jamais cette question. Il semble considérer l’être humain dans sa totalité corporelle et psychologique, mais il laisse dans l’ombre cette dimension spirituelle qui, pour des millions d’hommes et de femmes, constitue pourtant une part essentielle de leur rapport à la mort. Naoko affirme que lorsqu’elle mourra, il ne subsistera plus rien d’elle. Cette phrase terrible est peut-être l’une des clés du film. Elle exprime une conception radicalement matérialiste de la disparition : lorsque le corps s’éteint, lorsque la mémoire disparaît, lorsque le cerveau cesse de fonctionner, tout s’achève.

C’est peut-être là que se situe la frontière de l’Humanitude défendue par les soignants. Elle restitue magnifiquement l’humanité à ceux qui souffrent, mais elle ne répond pas à la question de ce qui pourrait subsister lorsque toute humanité corporelle aura disparu. Le film est immense lorsqu’il parle de la dignité de vivre. Il devient plus limité lorsqu’il s’agit de penser le mystère de mourir.

Un film qui défend la vie

Cette réserve n’enlève rien à mon admiration pour Soudain. Les grands films sont ceux qui continuent à nous interroger après la projection, ceux avec lesquels nous pouvons être profondément en accord tout en discutant de leurs limites. Hamaguchi filme la fragilité sans jamais réduire l’être humain à sa fragilité. Il filme la vieillesse sans mépris, la maladie sans voyeurisme, les soignants sans angélisme et la mort sans facilité. Et surtout, il nous rappelle quelque chose d’essentiel : tant qu’un être humain désire vivre, il n’appartient à personne de décider que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Un film humaniste d’une grande douceur.

3h16


Pluralisme et féodalités médiatiques

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Bizarrement, l’actualité médiatique me confronte à des réflexions qui concernent deux de mes amies : Élisabeth Lévy, qui a écrit dans le nouveau magazine Causeur un éditorial intitulé « Liberté, liberté cherra », et Sonia Mabrouk, qui fait l’objet d’une polémique parce qu’elle inviterait sur BFMTV des personnalités de droite ou d’extrême droite.

Cette dernière a répondu sur France Inter à Benjamin Duhamel de manière à la fois convaincante et acide.

Il n’empêche qu’on a le droit de s’interroger sur la liberté intellectuelle et médiatique ainsi que sur le pluralisme.

Il me semble que deux écueils principaux menacent la première.

D’abord, bien sûr, l’absence de pluralisme, que la gauche ou la droite en soit victime. Sur CNews, la gauche n’était pas vraiment souhaitée, ou alors sur un mode étique.

Que des personnalités de droite, journalistes ou analystes, soient invitées sur BFMTV n’est pas un problème. Cela ne le deviendrait que s’il n’y avait plus la moindre imprévisibilité ni la moindre spontanéité dans l’expression de leur pensée sur la France, la société ou l’état du monde.

C’est parce qu’il existe, en réalité, des esprits systématiquement partisans, enkystés dans leurs certitudes, que le défaut de pluralisme est un fléau. Sur BFM, une atmosphère rafraîchissante a précisément surgi lorsque de véritables débats contradictoires ont été organisés.

Le second écueil, à l’inverse, consiste à ranger sous le pavillon de la liberté d’expression des postures qui n’en relèvent pas — à confondre l’exercice, même provocateur ou dérangeant, d’une pensée libre avec l’allégeance à une cause ou à une puissance qui la dicte. C’est précisément ce que l’éditorial à la fois brillant et, selon moi, discutable d’Élisabeth Lévy me conduit à interroger.

A lire ensuite, Thomas Morales: Philippe Bouvard (1929-2026), le dernier nabab

En substance, elle considère que Franz-Olivier Giesbert (ciblé par l’Arcom pour certains propos tenus sans contradiction sur CNews), des rassemblements libertins interdits et Xénia Fedorova (ostensiblement et constamment prorusse) auraient dû être protégés au nom de la liberté d’expression : ce beau pavillon devrait donc recouvrir n’importe quelle marchandise, n’importe quelle posture intellectuelle et médiatique.

L’assimilation qu’elle opère entre ces trois problématiques me semble confondre l’exercice d’une liberté honorable, aussi discutable et controversé puisse-t-il être, avec l’asservissement à une puissance étrangère, responsable et coupable de l’invasion de l’Ukraine.

De FOG, on peut, j’en suis persuadé, espérer, sur tel ou tel thème, des glissements, des variations, l’affirmation d’une solitude intellectuelle évolutive qui, par exemple, l’inciterait un jour à ne plus cracher systématiquement sur la justice.

De Xénia Fedorova, aucune imprévisibilité à attendre ni à espérer : le même sillon est sans cesse creusé. Mais le plus grave, ce qui à mes yeux lui interdit de se réclamer de la protection d’une liberté d’expression démocratique, n’est pas là.

Il réside dans le constat que ses propos et ses écrits procèdent d’une même source et d’une même inspiration, qu’ils sont prémédités, organisés, commandés, peut-être rémunérés. On n’est pas libre quand sa dépendance est tarifée, quand on pense sur ordre et qu’on déroule un récit venu d’ailleurs. Et je n’évoque même pas son contenu, qui a cette particularité de constituer la victime en coupable, avec un cynisme qui dépasse l’entendement.

Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé.

À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.

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Causeur #148: La dette publique, c’est moi!

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Aujourd’hui nous craignons la mélenchonisation des esprits, surtout chez les jeunes. Mais comme l’explique Elisabeth Lévy dans son introduction à notre dossier, si le rôle du croque-mitaine dans notre comédie électorale, longtemps tenu par Jean-Marie le Pen, échoit maintenant à Jean-Luc Mélenchon, ce serait une faute que de rejouer contre LFI le cirque antifasciste. Ses jeunes électeurs ne sont ni des monstres ni des imbéciles : ils sont nos enfants, et nous sommes responsables de leur crédulité.

Pour mieux comprendre leur état d’esprit, notre envoyé spécial, Jean-Baptiste Roques, est parti à Châteauneuf-sur-Isère assister à l’université d’été de LFI. Il y a trouvé que, certes, on a rangé les keffiehs et soigné son profil présidentiel, mais la rhétorique de l’extrême-gauche a tourné à plein régime. Dominants et dominés, frustrateurs et frustrés, chacun a trouvé sa place désignée dans ce grand bain de culture de colère politique. Gil Mihaely se penche sur le programme économique de Mélenchon. Pour ce dernier, dette, prix, propriété, rareté ne sont que viles oppressions à abolir par décret. L’État écrasera ainsi les riches et sauvera les braves gens. Mais quand LFI promet de brûler les créances, ce sera aux Français de payer les cendres. Pour Françoise Degois, femme de gauche, les colères des jeunes électeurs progressistes sont justes, mais leur champion, Mélenchon, l’est beaucoup moins. Leurs engagements sur la justice, l’écologie ou la Palestine méritent mieux que ses fureurs, ses slogans et ses calculs. Selon Rodolphe Cart, Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. C’est la politique du baril de poudre. Renée Fregosi analyse la politique étrangère d’une présidence mélenchonienne : il s’agirait de prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de flatter Alger et de réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran. Autrement dit, de se soumettre aux régimes les plus déplorables de la planète. Enfin, j’examine les huit premiers mois du mandat du maire de New York, Zohran Mamdani, pour voir ce qui se passe quand le socialisme « génération Z » rencontre le réel.

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Un grand entretien avec Laurent Ruquier, qui se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, introduit notre deuxième sujet du mois : l’état de l’humour aujourd’hui. Congédié sans élégance par France 2, Laurent Ruquier ne s’est pas plaint, n’a pas lancé de pétition ni dénoncé un complot fasciste : il a gardé les « grosses têtes » sur RTL et s’est tourne vers le théâtre, en reprenant la Comédie des Champs-Élysées. A 63 ans, ce fils d’ouvrier normand se lance dans une nouvelle carrière. On voulait le mettre au placard, le voilà sur les planches ! Pour Charles Rojzman, l’homme d’humour rit de lui-même, du public, du théâtre, de son propre camp, de celui d’en face. Un Pierre Desproges savait ainsi nous prendre au dépourvu. Mais au royaume de France Inter et de Radio Nova, on ne rit plus qu’au garde à vous, dans le sens du poil, et d’ennemis désignés d’avance. Gaël Nofri interroge le rire totalitaire qui s’oppose toujours aux bonnes blagues de ses adversaires, et Walter dresse une comparaison entre le grand Desproges et ses héritiers qui s’avèrent beaucoup moins drôles.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy cite les cas de Franz-Olivier Giesbert, de Xenia Fedorova et des amateurs de gangs-bangs. Que l’on approuve ou non leurs paroles ou leurs actions, tous sont victimes d’une offensive contre les libertés. Cette offensive est menée au nom d’un État de droit qui, aujourd’hui, prétend encadrer nos conduites privées et nos propos publics – autrement dit, faire régner en même temps l’ordre idéologique et l’ordre moral. « Je suis aussi horrifié par les idées de Rima Hassan que par celles de Xenia Fedorova » : voilà ce que déclare Frédéric Martel dans un entretien avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Le sociologue revient d’un voyage à travers 52 pays avec un bagage rarement déclaré à la douane intellectuelle : des remords. La gauche s’est trompée sur l’islamisme, comme elle s’était trompée sur Staline, Mao ou Castro, reconnaît-il. Exit Mélenchon, donc… Reste à ressusciter une gauche antitotalitaire et universaliste : l’espèce était portée disparue, mais elle n’est pas tout à fait éteinte.

Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution, nous dit Stéphane Germain. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des-Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique. Nous traversons l’Atlantique, d’abord avec Donatien Charlton qui nous présente les cerveaux du trumpisme qui, fait surprenant dans ce mouvement majoritairement protestant, sont des catholiques. Ensuite, en compagnie d’Etienne Fauchaire qui a interrogé Shabbos Kestenbaum. Ce graduate en études religieuses a fait front contre l’antisémitisme à Harvard. Malgré les menaces et les intimidations, il s’est battu pour dénoncer l’ostracisme des Juifs sur le campus.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles évoque les difficultés du vote du budget 2027, et Ivan Rioufol épingle l’« extrême centre », cette caricature d’un pouvoir paranoïaque, qui cet été est allé jusqu’à brandir un délit d’« ingérence intérieure » pour légitimer le délit d’opinion. Et Gilles-William Goldnadel juge les cas de Bally Bagayoko, Louis Boyard et – la vraie star de la rentrée – Salah Hamouri.

« J’écris, contre tout ce qui écrase la littérature ». Avec cette déclaration, Patrice Jean ouvre nos pages culture. Se confiant à Grégory Rateau, le romancier parle de son nouveau livre, Stay Free (le Cherche Midi), où trois adolescents des années 1980 découvrent le rock, le cinéma et la vie intérieure. Un roman qui revêt de chair et de singularité l’enfance de notre époque. Bérénice Levet a lu L’Écrivain français. Tombeau (Les Provinciales) de Richard Millet. En 2012, un mauvais titre a suffi à enterrer le romancier sous cent-vingt signatures indignées. Le proscrit revient d’entre les morts avec ce nouveau livre, selon lequel il n’y aurait plus ni langue, ni histoire, ni paysages capables, en France, de produire de grands hommes de lettres. Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier : du sang, des mystères, et la plume se dresse. Selon Alexandra Lemasson, Anne Plantagenet (En l’absence de corps, Julliard) et Philippe Jaenada (L’Inconnue du quai de Javel, Flammarion) résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume : le premier rôle.

Deux expositions – l’une sur Victor Hugo à Paris, l’autre sur le Danois Vilhelm Hammershøi à Zurich – ont attiré le regard averti de Georgia Ray. Si la demi-pénombre de nos architectures intérieures grouille de sens et de réminiscences, ces deux très grandes âmes ont fait du dévoilement de leurs pièces et gouffres intimes le centre de leur œuvre plastique. L’oreille fine de Stéphane Koechlin est capable de trouver, entre deux morceaux industriels de Taylor Swift ou de Billie Eilish, des nourritures âpres et authentiques. Jagger et McCartney, monstres sacrés de la pop anglaise, refusent la mort. Leurs nouveaux disques (Foreign Tongues, The Boys of Dungeon Lane) sont imparfaits, chevrotants, bruyants : humains, en somme. Selon le palais averti qu’est Emmanuel Tresmontant, l’agroalimentaire et la haute gastronomie déclinent à l’envi des aliments mous. Au McDo comme aux tables étoilées, c’est chaise-bébé pour tout le monde ! Une civilisation qui refuse le moindre croquant dans l’assiette finit par fuir les aspérités de la pensée. Enfin, pour le grand fréquenteur des salles noires, Jean Chauvet, le cinéma français, après un été placé sous le signe du général de Gaulle, fait sa rentrée avec le portrait d’un collabo ordinaire : deux belles leçons d’histoire sur grand écran. Quoi que l’on puisse dire, Causeur n’est jamais mou, toujours croquant !

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Voiles et vapeurs de la République

Au nom de l’antiracisme, au nom de «l’immigration, chance pour la France», on a trop souvent refusé de se demander si certaines pratiques, certaines conceptions religieuses ou certaines normes familiales étaient réellement compatibles avec la société française que nous voulions, observe David Duquesne, auteur de Ne fais pas ton Français ! Itinéraire d’un bâtard de la République (Grasset, 2024)


Le Rassemblement national propose aujourd’hui de soumettre à référendum l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, avec à la clé une forte amende pour les femmes qui continueraient à le porter. Immédiatement, le débat s’est installé : constitutionnalité de la mesure, faisabilité des contrôles, efficacité réelle d’une interdiction, risque de tensions sociales. On nous explique qu’on ne peut pas faire la « police du vêtement », que la mesure serait juridiquement fragile, matériellement difficile à appliquer et peut-être même contre-productive.

Le problème est que je partage, au moins sur un point, une partie de ces inquiétudes : une telle interdiction pourrait effectivement produire des conséquences considérables. Mais j’arrive à une conclusion différente de ceux qui pensent qu’il suffirait alors de renoncer à la contrainte pour gagner tranquillement la bataille culturelle. Car cette seconde solution me paraît, elle aussi, vouée à l’échec.

Aliénés

Voilà précisément le piège dans lequel nous nous sommes enfermés : il n’y a plus de bonne solution.

Imaginons d’abord l’interdiction.

Je vois assez facilement ce qui pourrait se produire dans certains quartiers où l’islam constitue désormais une force culturelle importante. Une femme contrôlée, verbalisée parce qu’elle porte un voile ne sera pas nécessairement perçue comme une citoyenne ayant enfreint une règle commune. Elle pourra être considérée comme une femme musulmane agressée dans son identité. Le contrôle individuel deviendra une affaire collective.

Les solidarités familiales, communautaires et religieuses joueront à plein. On pourrait même voir certaines femmes qui ne portent habituellement pas le voile décider de le mettre par défi ou par solidarité avec leurs « sœurs ». Le vêtement que l’on voulait faire reculer deviendrait alors un étendard.

Ajoutons à cela la réaction politique. Une partie de la gauche radicale dénoncera immédiatement une persécution des musulmans, le fascisme, les « heures sombres ». Des images de femmes verbalisées circuleront sur les réseaux sociaux. Des refus de contrôle surviendront. Des rassemblements pourront dégénérer. Dans les quartiers les plus inflammables, l’affrontement autour d’un simple morceau de tissu pourra devenir l’étincelle d’affrontements beaucoup plus larges.

L’État devra alors choisir : appliquer réellement l’interdiction, avec tout ce que cela suppose de coercition, ou reculer devant les premières violences, ce qui serait peut-être pire encore puisqu’il démontrerait que la loi ne s’applique plus dès lors que sa contestation devient suffisamment massive.

On comprend donc les risques de l’interdiction.

Mais faut-il pour autant se contenter de « gagner la bataille culturelle » ?

C’est l’autre solution que l’on nous propose : expliquer, convaincre, argumenter. Dire aux femmes musulmanes que le voile les enferme, qu’il constitue une forme d’aliénation, qu’il entretient une séparation entre les sexes et qu’il favorise une forme d’autoségrégation.

Le problème, c’est que cette bataille culturelle ne commence pas aujourd’hui.


Elle dure depuis près de quarante ans.

Depuis l’affaire de Creil en 1989, depuis les premières prises de position d’Élisabeth Badinter, d’Alain Finkielkraut et de nombreux intellectuels sur cette question, la France discute du voile. Elle en discute sans cesse. Elle argumente, légifère dans certains espaces, organise des débats, publie des livres, produit des émissions et tente d’expliquer pourquoi ce vêtement pose problème dans une société façonnée par plusieurs siècles d’émancipation individuelle et de sécularisation.

Et quel est le résultat ? Le voile n’a pas disparu. Il s’est installé dans le paysage français.

Une affirmation identitaire contre la France

C’est précisément ce qui me rend extrêmement sceptique devant l’idée selon laquelle quelques décennies supplémentaires de pédagogie permettraient de résoudre le problème. Car la critique du voile peut elle-même nourrir son développement. Plus une société désigne un symbole comme problématique, plus ceux qui se sentent visés peuvent s’y attacher. Le voile cesse alors d’être seulement une prescription religieuse ou une coutume familiale : il devient affirmation identitaire, résistance culturelle, parfois provocation politique.

Une jeune femme peut alors le porter non seulement parce qu’elle croit devoir le porter, mais parce qu’on lui demande de l’enlever.

C’est là que le problème dépasse, à mes yeux, les seuls débats féministe ou laïque.

Il est devenu anthropologique.

Le voile matérialise dans l’espace public une frontière entre deux conceptions de la société, des rapports entre hommes et femmes, de la religion et de l’appartenance collective. Il ne signifie pas seulement, dans l’interprétation que j’en fais, une certaine conception de la pudeur féminine ou du rapport entre les sexes. Il marque également une frontière matrimoniale et communautaire : la femme musulmane appartient symboliquement à un univers dont l’homme non musulman demeure extérieur, puisque, dans les conceptions religieuses traditionnelles concernées, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman n’est pas admis.

Voilà pourquoi je parle de frontière anthropologique.

Et cette frontière est devenue d’autant plus difficile à combattre que nous avons laissé s’installer en France, pendant plusieurs décennies, des populations provenant de sociétés dans lesquelles ces conceptions religieuses et familiales restent beaucoup plus présentes qu’elles ne le sont dans la France contemporaine.

C’est là, selon moi, que se trouve l’erreur originelle.

Pendant des décennies, le débat sur l’immigration a été paralysé par des réflexes idéologiques. Parce que le Front national historique était hostile à l’immigration, une partie considérable du monde politique, intellectuel et associatif a considéré presque mécaniquement que s’opposer à lui supposait de défendre l’immigration, puis la diversité, puis le multiculturalisme, puis progressivement la légitimité de presque toutes les pratiques culturelles apportées par les populations immigrées.

Au nom de l’antiracisme, au nom de « l’immigration, chance pour la France », on a trop souvent refusé de se demander si certaines pratiques, certaines normes familiales, certaines conceptions religieuses étaient réellement compatibles avec la société que nous voulions continuer à former ensemble.

Et nous découvrons aujourd’hui la difficulté du mouvement inverse.

Pendant des décennies, nous avons dit : « Venez comme vous êtes. » Et maintenant nous découvrons que nous voudrions dire : « Venez comme vous êtes, mais pas avec ça. » Bon courage.

Car une pratique que l’on a laissée s’enraciner pendant quarante ans ne disparaît pas parce qu’une majorité parlementaire décide soudain qu’elle n’en veut plus. Mais elle ne disparaît pas davantage parce qu’un intellectuel explique une millième fois sur un plateau de télévision qu’elle constitue une aliénation.

C’est pourquoi je ne crois ni au scénario enchanté de l’interdiction, ni à celui de la persuasion.

L’interdiction peut radicaliser ceux que l’on voulait assimiler. La bataille culturelle peut renforcer le symbole qu’elle voulait affaiblir. Et l’inaction laisse poursuivre une dynamique que l’on prétend justement vouloir arrêter. Voilà le véritable problème.

Il reste enfin un argument que j’entends souvent et qui me paraît particulièrement trompeur : celui du confinement. On nous dit, en substance : « Pendant le Covid, nous avons bien réussi à interdire aux Français de sortir de chez eux sans autorisation. Nous avons contrôlé des attestations, verbalisé ceux qui ne respectaient pas les règles, limité les déplacements de dizaines de millions de personnes. Pourquoi serait-il matériellement impossible, demain, de verbaliser une femme qui porte un voile dans l’espace public ? »

La comparaison me paraît précisément révéler le problème plutôt que le résoudre.

Pendant les confinements, l’immense majorité de la population française a accepté des restrictions extraordinaires à sa liberté de circulation. Des millions de Français ont rempli leurs attestations, indiqué l’heure de leur sortie, justifié leurs déplacements, accepté de ne plus voir leurs proches, de ne plus aller au restaurant, au cinéma ou simplement de se promener librement. On peut discuter aujourd’hui de la pertinence de chacune de ces mesures ; ce n’est pas mon sujet. Ce qui m’intéresse ici, c’est le comportement collectif : dans leur immense majorité, les Français ont obéi.

Mais cette discipline n’a pas été uniforme sur tout le territoire. Dans certains quartiers populaires, les restrictions furent plus difficiles à faire respecter et leur contrôle plus délicat. Des policiers et des responsables publics ont alors eux-mêmes évoqué les difficultés particulières rencontrées dans certains secteurs.

Et c’est précisément là que la comparaison avec une éventuelle interdiction du voile devient intéressante.

Car nous ne parlons plus d’une mesure temporaire, applicable à tout le monde et justifiée par les pouvoirs publics au nom d’une urgence sanitaire. Nous parlons d’une interdiction permanente visant une pratique religieuse et identitaire, qui devrait notamment être appliquée dans certains territoires où cette pratique est particulièrement visible et où l’autorité de l’État peut déjà rencontrer des résistances.

Autrement dit, on prend comme preuve de la faisabilité future d’une interdiction l’exemple d’une période durant laquelle l’application uniforme des interdictions avait justement rencontré des difficultés dans certains des territoires où la question du voile se poserait demain avec le plus d’acuité.

Et imaginons concrètement la scène.

Il ne suffira pas de voter une loi à l’Assemblée nationale ou de faire approuver une interdiction par référendum. Il faudra ensuite qu’un policier s’approche d’une femme voilée. Il faudra lui demander son identité. Il faudra constater l’infraction. Il faudra dresser une contravention. Il faudra gérer son éventuel refus. Puis l’intervention pourra attirer un frère, un mari, des proches, des voisins, des jeunes du quartier. Quelqu’un sortira son téléphone. La vidéo sera immédiatement diffusée sur les réseaux sociaux avec quelques secondes d’images sorties ou non de leur contexte. Et l’intervention policière destinée à faire respecter une interdiction vestimentaire pourra, en quelques minutes, devenir une affaire politique, communautaire et nationale.

Perspectives

C’est exactement ce que je veux dire lorsque j’affirme qu’il n’existe plus de bonne solution.

Sur le papier, interdire est simple. Dans le Journal officiel, quelques lignes suffisent. Mais entre voter une interdiction et être capable de la faire respecter partout, quotidiennement et durablement, il existe un gouffre. Et l’expérience du Covid ne me rassure nullement sur ce point. Au contraire, elle pose une question que les partisans de l’interdiction devraient regarder en face : sommes-nous réellement prêts à employer, pendant des années, les moyens nécessaires pour faire respecter cette interdiction précisément là où elle rencontrera la résistance la plus forte ?

Car une loi que l’État vote mais qu’il n’ose plus appliquer dans certains territoires serait peut-être encore plus désastreuse que l’absence de loi.

Elle matérialiserait alors ce que nous prétendions combattre : non plus seulement une frontière anthropologique entre deux populations, mais une frontière territoriale entre les endroits où la République peut faire respecter ses décisions et ceux où elle ne le peut plus.

Et nous retombons sur le même piège.

Interdire comporte un risque considérable. Ne pas interdire signifie accepter la progression d’un phénomène que l’on juge préoccupant. Espérer le faire disparaître par la seule bataille culturelle revient à miser sur une stratégie qui, jusqu’ici, n’a pas inversé la tendance.

Nous cherchons aujourd’hui une solution juridique ou culturelle à une situation démographique, historique et anthropologique que nous avons laissé se constituer pendant plusieurs décennies.

Je ne sais pas s’il faudrait cent ans ou mille ans pour renverser certaines dynamiques culturelles. Je crains surtout que nous n’allions, dans l’immédiat, dans la direction opposée. Je pense que le voile continuera à progresser et qu’il pourrait devenir majoritaire parmi les femmes musulmanes dans les années à venir.

C’est une perspective que je regrette profondément.

Mais entre une interdiction susceptible d’embraser une partie du pays, une bataille culturelle dont quarante années ont montré les limites et une résignation qui reviendrait à accepter l’installation durable de cette frontière anthropologique, je ne vois aucune solution indolore.

Et peut-être est-ce précisément cela que personne ne veut vraiment reconnaître dans ce débat : nous ne sommes plus au moment où il fallait éviter le problème. Nous sommes au moment où il faut gérer les conséquences de l’avoir laissé se former.

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Mini-jupe, moquerie et liberté: mon programme pour la rue

Faut-il interdire le voile dans la rue ? Élisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio.


S’il arrive à l’Élysée en 2027, le RN veut interdire le voile islamique dans l’espace public. L’annonce a été faite par Jean-Philippe Tanguy dimanche soir sur BFMTV. Le port du voile serait puni d’une amende. Comme pour “les gens qui ne mettent pas de ceinture de sécurité en voiture”. Objectif : combattre l’islamisme et exprimer notre solidarité avec les femmes obligées de le porter. Cette loi serait adoptée par référendum pour contrer le risque de censure du Conseil constitutionnel.

Soyons clairs. La multiplication des voiles dans l’espace public me chiffonne. Pas parce qu’ils attentent à la liberté des femmes voilées (je ne vais pas décider pour elles et à leur place ce qu’est être libre), mais parce que le voile islamique est contraire à l’identité française : mixité, liberté, discrétion religieuse.

Le voile, pour les Français, c’est une proclamation de séparatisme sexuel (ne soyons pas naïfs, beaucoup choisissent leurs partenaires dans leur communauté, mais on n’est pas obligés de l’afficher). C’est un étendard politique (peut-être purement religieux chez certaines femmes, il est assurément identitaire et donc politique chez beaucoup de jeunes femmes qui y voient la traduction visible du refus des valeurs et des mœurs communes. Musulman d’abord !). Et ne l’oublions pas, le voile est l’uniforme de nos ennemis djihadistes et le front prioritaire de l’entrisme frériste. Les Frères musulmans mobilisent les jeunes femmes pour nous tester. On les a récemment vus à la manœuvre dans le sport avec le mouvement des « hijabeuses ».

Donc, je devrais en toute logique approuver cette proposition du RN.

A lire aussi, Hamid Derrouich: Ce que la «romance halal» fait à Maupassant

Non. Je suis pour le respect intransigeant de l’interdiction des signes religieux à l’école publique et son extension dans les administrations, les tribunaux et sur les terrains de football. Mais je suis totalement contre l’interdiction dans la rue. Pas parce que ce serait inapplicable : si on dresse des amendes pour excès de vitesse, on peut bien mettre des amendes aussi efficaces pour le voile.

Pour les jeunes musulmanes — remontées par les imams TikTok, l’audiovisuel public et Jean-Luc Mélenchon, qui parle d’une « mesure ignoble » —, ce serait une bénédiction. Pourquoi ? Hurler à l’islamophobie, c’est encore plus gratifiant que se voiler. On créerait ainsi une escouade de « victimes » brailleuses.

Mais c’est d’abord pour moi. Je veux vivre dans une société libérale. Je ne peux pas défendre les Iraniennes en réinventant la police du vêtement, même pour la bonne cause. Le voile exprime des opinions et une vision du monde qui me choquent, mais tout comme je demande aux musulmans d’accepter les caricatures de Mahomet, j’accepte de vivre avec des idées et des symboles qui me choquent. Dans la rue, les musulmanes doivent être libres de se voiler. À une condition : je suis libre de le désapprouver et même d’ironiser. Et peu importe que leur voile soit religieux ou identitaire. En France, on a le droit de se moquer des religions et des identités. Ce n’est pas du racisme. Déconner sur la kippa ou même sur le prépuce de Bibi, ce n’est pas pareil qu’agresser des étudiants juifs.

Pour conclure, je dirai simplement et fraternellement à mes compatriotes musulmanes qu’elles se font manipuler par les islamo-gauchistes qui ne les aiment pas, et que les cheveux au vent et la mini-jupe, c’est super.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jacques Cardoze à 8 heures, du lundi au jeudi.

Influenceurs, abstenez-vous !

Alors que le gouvernement prépare déjà un nouveau texte sur la régulation des réseaux sociaux, des influenceurs plutôt droitards se découvrent une vocation électorale. Mais entre millions de vues et millions de voix, il y a un monde: celui des urnes.


Regardant droit dans la caméra de TVLibertés le 22 juillet, l’influenceur Greg Tabibian est très colère. Le trublion s’alarme : le vote de la loi d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans va mettre au pas les médias alternatifs. Pire : le RN s’est abstenu de voter contre cette mesure qui oblige tout internaute lambda à décliner son identité pour accéder à YouTube ou Facebook. « Si jamais Chenu ou Marine ou n’importe quel plouc de ce parti d’escrocs me regardent, oubliez LFI, nous sommes votre pire cauchemar ! Réunis à une vingtaine [d’influenceurs], nous représentons 2 à 4 millions de vos électeurs. Nous avons un objectif à partir de maintenant : vous faire perdre cette élection ». Sur X, Tatiana Ventôse, influenceuse pro-Frexit venue de la gauche, lui emboîte le pas pour dénoncer le « flicage » et traiter le RN de « lâches et de traîtres ». De son côté, Pierre Sautarel (Fdesouche) crie lui aussi à la « trahison », tout en concédant, amer, que le RN a surtout craint d’indisposer des parents soucieux de protéger leurs enfants. Car voilà le nœud du problème : la régulation d’internet est devenue une préoccupation parentale majeure, y compris chez les électeurs du RN.

A lire aussi: Liberté, liberté cherra

Un parti en quête de normalisation préfère froisser quelques vedettes du Web plutôt que des millions de familles. Sans compter peut-être l’angoisse inavouée de certains de ces créateurs de contenu : voir filer une partie de la « clientèle » qui profite parfois de l’anonymat pour déverser racisme, menaces ou misogynie crasse dans les espaces de commentaires… Mais Marine Le Pen peut dormir tranquille. En confondant nombre de vues et intentions de vote, et en cumulant des abonnés qui se recoupent, les ténors du clic se prêtent un pouvoir électoral qu’ils n’ont pas. Fin juillet, Libération s’émoustillait déjà d’un « départ de feu » incontrôlable que le RN n’a pas vu venir. Perdu ! Le 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré la mesure phare du texte après un recours de LFI. Cela ne dispensera pas le RN d’une réflexion plus aboutie concernant l’évolution du pseudonymat sur internet. D’autant que depuis la décision du Conseil constitutionnel, le président Macron a chargé son Premier ministre de préparer un texte plus solide pour le printemps 2027, juste avant l’élection que vous savez…

Rappeneau, la grâce et l’enchantement

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Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau (à droite) et son acteur Vincent Perez à Cannes, le 14 mai 2018 © NIVIERE/VILLARD/SIPA

Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur, entre autres, de Cyrano de Bergerac, du Hussard sur le toit ou du Sauvage est mort l’âge de 94 ans. Il s’était raconté avec l’aide de Kéthévane Davrichewy dans Vive Allure aux éditions Grasset à l’automne 2025. Monsieur Nostalgie, admiratif de ce cinéma gracieux et littéraire, se souvient…


À l’heure du déconstruit, Rappeneau a cultivé l’art du détail et de l’ellipse, voilà ce que j’écrivais, il y a huit mois, à la sortie de ses « mémoires ». Il prenait son temps. Sa lenteur était proverbiale dans le métier. Comme si la productivité était le signe d’une créativité foisonnante. Comme s’il fallait ramener une filmographie à une performance vulgairement quantifiée. Pour ce réalisateur né en 1932, ayant passé son enfance sur l’axe Auxerre-Orléans, huit films jusqu’à aujourd’hui fut un score tout à fait honorable. Respectable. Enviable même. Ses longs-métrages s’appellent : Cyrano de Bergerac, Les Mariés de l’An II, Le Sauvage, Tout feu, tout flamme ou l’inoubliable La Vie de château. Cette filmographie « réduite » est l’expression de notre exception culturelle, une qualité France qui se dégage dans le soin apporté à la narration, aux costumes, à l’atmosphère, au ping-pong verbal ; le juste équilibre patiemment dosé, longuement réfléchi entre la sincérité et l’émotion.


Rappeneau, c’est la France des préfectures décaties, des bâtisses alanguies, des rapports de classe étouffés, de notre belle langue tourangelle, de l’amour courtois et des frisottis du destin. Rappeneau, c’est le contraire des vies réglées en province car l’aventure arrive par la porte de service, la fantaisie vient contrecarrer l’éducation. Qui n’a pas vu Adjani en polytechnicienne sensuelle et désuète ne peut comprendre les élans incertains du cœur. Qui n’a pas vu Deneuve lisant dans un hamac ou allongée dans un champ de blé en mousseline faussement sage ne connaît rien des blondeurs assassines. Rappeneau, élégamment, sans la brusquerie maladroite a emprunté ce chemin étroit de la dissidence amusée, de l’intrusion poétique, de l’emballement buissonnier, du plaisir enfantin d’imaginer la vie. Alors que tout semble installé, immuable, la bourgeoisie se repose sur ses lauriers, elle dort tranquille, un élément fantasque, un héros irrégulier, une peine intime vont entraîner une mécanique nouvelle. Chez Rappeneau, le spectateur n’était pas agressé, il n’était pas le punching-ball des idées confuses, il est ce promeneur sensible à la beauté, totalement perméable à l’inattendu. Rappeneau savait des histoires (comme dans la chanson de Reggiani), l’année dernière, il nous les a contées dans Vive allure, entre secrets de fabrication, souvenirs de tournage et points de vue esthétique. Les cinéphiles en apprirent plus sur ses rapports avec Louis Malle, Daniel Boulanger, Claude Sautet et Roman Polanski. Et le compagnonnage avec son frère « ennemi », Philippe de Broca. Rappeneau a participé activement au scénario de L’Homme de Rio, du Magnifique, de Tendre Poulet ou du Cavaleur. Ces deux-là se sont aimés et brouillés en même temps. Une relation particulière qui « se transformera au cours des années en une amitié forte et complexe, faite de rivalité » écrivait-il. Il nous expliquait sa façon de concevoir un film, la patience, les doutes ; il s’amusait du caractère d’un Montand égocentré, il louait le charme et l’intelligence d’Anne Brochet, il n’avait pas été satisfait de la voix d’Olivier Martinez et se rappelait l’agacement de voir son nom mal orthographié au générique de L’Homme de Rio, il manquait un « p » ! Rappeneau a fait notre éducation cinématographique, notre imaginaire lui doit beaucoup. Sans le savoir, il a façonné les hommes murs d’aujourd’hui. Grâce à lui, nous avons rencontré le beau et le sensible. Il n’a pas aigri nos sentiments, il n’a pas sali nos foucades, il nous a inculqué le culte de la légèreté, il a nourri notre sentimentalisme. Ce soir, dans la nuit triste des rentrées scolaires, on repensera à l’élégance joufflue de Noiret, au panache révolutionnaire de Jean-Paul Belmondo, à la pudeur érotique de Marlène Jobert, au verbe chaud et puissant de Depardieu et à l’incandescence naturelle d’Isabelle Adjani. Nous revisiterons notre patrimoine.

Vive Allure de Jean-Paul Rappeneau avec Kéthévane Davrichewy – Grasset 256 pages

Irresponsables mais pas coupables

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DR.

Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique.


Marine Le Pen, condamnée une deuxième fois par la justice de son pays, la France qui pense bien sait à quoi s’en tenir à son sujet. Elle a été reconnue coupable à deux reprises de détournement de plus de 2 millions de fonds publics. Deux jugements assortis d’une inéligibilité qui, bien que réduite en appel, la frappe d’un opprobre mérité. Toutes choses qui auraient dû, à l’évidence, la conduire à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle. Suite logique que le bon sens imposait, face à l’ignominie de ce dossier des assistants parlementaires européens, le Rassemblement national se serait abstenu de présenter tout candidat – un suicide rituel de l’ensemble de ses cadres au milieu de Montretout en flammes aurait même constitué une expiation honorable. Mais on ne peut rien attendre de tel chez des démons fascistes. Plus de 2 millions d’euros pris dans la poche des Français. Et elle ose y aller !

Face à tant de pudibonderie surjouée, faire quelques pas de côté pour réfléchir deux secondes aux enjeux et au contexte ne nuit pas. Depuis quarante-cinq ans, nous sommes gouvernés par des gens appartenant au « cercle de la raison », qui ont consciencieusement ruiné leur pays chéri et défait son héritage pompido-gaullien. Sans faire l’historique de nos 3 000 milliards de dettes (une fastidieuse encyclopédie en huit volumes), intéressons-nous à quelques dossiers dont on aimerait pouvoir rire. Sept dossiers menés dans une parfaite légalité, il va sans dire, et qui n’ont valu à leurs responsables aucun souci avec la justice.

Lionel Jospin et Dominique Voynet ouvrent ce bal des traîtres faux-culs, avec, en 1997, l’arrêt de Superphénix, réacteur nucléaire de pointe, sacrifié sur l’autel de la gauche plurielle (paix à son âme) pour 9 à 12 milliards de dégâts. Dix ans après, Sarkozy et Fillon lancent Ecomouv, une éco-taxe dont les bonnets rouges auront raison, et que François Hollande et Jean-Marc Ayrault préféreront enterrer pour un milliard d’euros, sans parler des 10 milliards de recettes annoncées. Après avoir fait définitivement valider par référendum le projet de Notre-Dame-des-Landes – du moins le croyait-on – l’État que dirigeaient Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’a finalement abandonné. Les votants ne savaient pas qu’on allait s’asseoir sur la démocratie et leur présenter une addition d’environ un milliard.

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Revenons au terrain de jeu favori du « cercle de la raison », le nucléaire (hou méchant le nucléaire). Macron a vendu aux Américains la filiale d’Alstom spécialisée dans les turbines (Arabelle) puis l’a fait racheter en catastrophe huit ans plus tard – au prix fort, il va sans dire. Suite à un accord électoral entre les Verts – encore eux – et François Hollande, Emmanuel Macron et Édouard Philippe valident le sabotage et plantent un dernier clou dans le cercueil de Fessenheim. Juste avant de relancer le nucléaire, évidemment (qui a ri ?). Une blague qui, je l’espère, vous aura fait pouffer comme moi, surtout quand on sait que l’addition se situe entre 2 et 5 milliards d’euros. Tous ces chiffres figurent au demeurant dans les nombreux rapports de la Cour des comptes, mais ces messieurs-dames du gouvernement qui entretiennent généralement une relation symbiotique avec l’État de droit (loué soit son nom) n’aiment guère être confrontés aux conséquences de leur nullité.

Le « cercle de la raison » nous expliquera – trémolos républicains poignants, arguments techniques imparables en bandoulière – que cela n’a rien à voir avec (le révoltant) dossier du RN. Et ils auront raison. Sans avoir besoin d’y ajouter d’autres fiascos – tel le logiciel de paie Louvois, avec un modeste gâchis de 500 millions d’euros – la somme des lâchetés et des incompétences réunies ci-dessus tutoie les 27 milliards d’euros. Un montant environ 12 millions de fois supérieur à l’affaire des assistants parlementaires du RN (vous avez bien lu : 12 millions). Une affaire qui, rappelons-le, n’a de surcroît pas coûté un euro aux contribuables français ou européens. Que les assistants parlementaires du RN tondent la pelouse de Marine ou phosphorent sur une loi fixant la hauteur minimale des socquettes, les 2,3 millions d’euros auraient été dépensés. Du point de vue des fonds publics, il ne s’est rien passé.

En ce qui concerne les Fessenheim, Superphénix et consorts, les règles ayant été, en revanche, scrupuleusement respectées (notamment le bras d’honneur aux votants du référendum de Notre-Dame-des-Landes), aucun des protagonistes cités ne sera jamais inquiété par un juge. Malgré le coût astronomique de décisions ineptes qui ont grandement nui aux finances et à la souveraineté des Français, ils demeurent tous parfaitement éligibles et Hollande compte bien se représenter. Pourquoi se gêner ?

À titre personnel, je préférerais des élites corrompues, mais efficaces – sur le modèle de Richelieu ou Mazarin (« Qui ça ? » demande Mathilde Panot). Je serais prêt rétroactivement à laisser Macron piquer un milliard dans la caisse s’il nous avait épargnés de tout ce qui précède et (pourquoi ne pas rêver) renoncé à nous endetter de mille milliards supplémentaires. J’aurais toléré des orgies au Fort de Brégançon aux frais du contribuable pour une remise en ordre de l’État. À défaut, je suis preneur d’une loi spéciale pour traduire tout ce consternant aréopage de traîtres cyniques devant un tribunal d’exception (sans explicitement exiger le rétablissement de la peine de mort pour haute trahison, humanisme oblige). J’enrage que tous les irresponsables qui nous dirigent le soient à ce point. Ou que mes contemporains fassent semblant de croire que la faute de MLP (pour qui je ne voterai pas, car elle est aussi nulle en économie que François Mitterrand) serait autre chose qu’un péché véniel et un pur prétexte pour lui mettre des bâtons dans les roues. Je remercie toutefois la possibilité du pourvoi en cassation – preuve concrète des bienfaits de l’État de droit dont le « cercle de la raison » tarde, pour des motifs ayant sans doute trait à la variabilité de la géométrie, à se réjouir avec moi.

Léna Situations coincée dans un épisode sinistre de «Black Mirror»

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Lena Mahfouf, dite Léna Situations à la Fashion week de Paris, 7 juillet 2025 © JM HAEDRICH/SIPA

Quand la peur de déplaire sur YouTube et la pression politique annulent une amitié


En 1958, l’Internationale situationniste définissait les situations comme des « moment[s] de la vie, concrètement et délibérément construit[s] par l’organisation collective d’une ambiance unitaire et d’un jeu d’événements ». Avec Léna Situations (de son vrai nom Léna Mahfouf) aussi, il y a des situations : la célèbre influenceuse de 28 ans expose depuis une dizaine d’années son quotidien sur les réseaux sociaux, fait de bamboches autour de la piscine et autres joies post-adolescentes apparemment spontanées, mais où rien n’échappe à un contrôle absolu de l’image.

Si vous n’avez pas d’élevage d’adolescentes à la maison ou si vous vivez réfugié sur la planète Zébulon, vous avez pu échapper au phénomène. Sur Instagram, la starlette atteint les 4,9 millions de followers — à peine 2 millions de moins qu’Emmanuel Macron. Un filon exploité à l’envi, jusque dans les librairies, avec des ouvrages parus : Toujours plus (titre honteusement piqué à François de Closets !) et Encore mieux. Frédéric Beigbeder avait écrit à leur sujet : « Entre l’Être et le Néant, Léna Situations privilégie plutôt la seconde option ».

Une campagne de haine accélérée par Rima Hassan

Une communication maîtrisée à l’extrême, ce qui n’empêche pas les erreurs de parcours. Léna Situations vient d’en commettre une. Dans sa bande d’amis avec qui elle fait la java des étés entiers, on apercevait jusque-là une certaine Gisèle Journo, agente d’influenceurs1. Celle-ci passait encore l’été 2026 à l’île de Ré avec Léna au milieu de la joyeuse bande. Oui mais voilà, Gisèle Journo est juive. Au lendemain du 7 octobre 2023, elle a liké et posté des vidéos en soutien à l’armée israélienne, et publié un message rendant hommage à un soldat tombé au combat qu’elle connaissait personnellement. Une vague de haine antisémite s’est alors déchaînée contre elle durant l’été 2026, avec des amabilités comme : « Mourrez bande de sionistes », « Vous serez chassés, traqués, tabassés », ou encore « À la douche vulgaire insecte ». À la mi-août dernièr, la campagne a été relayée et accélérée par l’eurodéputée lfiste Rima Hassan.

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Après le lancement de cette campagne de haine, le changement d’ambiance fut total parmi notre bande de noceurs. Pas un petit camarade pour adresser une marque de sympathie à Gisèle Journo ; au contraire. Celle-ci est même désormais coupée sur plusieurs montages. Sur certaines vidéos, elle est carrément floutée, à la manière de Joe dans l’épisode Blanc comme neige de Black Mirror, qui n’apparaît plus dans la rue que pixellisé après son inscription sur la liste des délinquants sexuels, dans un monde où interactions sociales et fonctions des réseaux sociaux se sont complètement rejointes.

Ami, si tu tombes…

Mieux encore, Léna Situations a même adressé un like sur la publication de Rima Hassan appelant au boycott de son amie ! Elle s’est aussi désabonnée des réseaux de son amie et a effacé toute trace de sa relation passée avec celle-ci. Étonnante façon de traiter une personne avec qui Léna Situations barbotait encore autour de la piscine il y a quelques semaines. Léger Ça antisémite de l’influenceuse ou bien crainte absolue de perdre des fans et des suiveurs, au sein d’une génération (les 15-25 ans) où l’hostilité à Israël fait office de kit idéologique de base depuis que la troupe de Mélenchon est plus ou moins parvenue à mettre dans leur tête un signe égal entre « sionisme » et « nazisme » et passe son temps à dire que l’armée israélienne commet un « génocide » ? En tout cas, c’est une bien cruelle façon de concevoir l’amitié au moment où Clémence Guetté compte élever cette notion et la substituer à la famille traditionnelle. En attendant, Léna Situations recevait ce lundi 20 000 de ses fans à Bercy pour la fin de la diffusion de ses vlogs du mois d’août — l’équivalent moderne des séances diapos chez tante Yvette.

  1. https://www.gisele-paris.fr/ ↩︎

Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs

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Ceuta, Espagne, 26 août 2026 © Francis Gonzalez / SOPA Images/SIPA

Invasion à Ceuta. «Après les 30 et 31 juillet, il y a eu une diffusion de rumeurs et de désinformation, de la part de réseaux sociaux liés aussi bien à la Russie qu’à Israël, et à une internationale d’ultradroite qui utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne mais aussi pour attaquer l’Europe et la diviser» estime le Premier ministre espagnol.


Pedro Sanchez, Thierry Breton: le pas-de-deux des faux-culs. Les deux ont en effet, toute honte bue, livré la même explication de la submersion qu’a connue cet été l’enclave espagnole de Ceuta, au Maroc. Si 70 000 à 80 000 migrants ont mis le pied sur le sol de ce territoire, ce serait la faute — je vous le donne en mille — à la Russie, à Israël et aux partis et mouvements d’extrême droite européens.

Ces malfaisants auraient en effet fabriqué et lancé de fausses informations que les réseaux sociaux, habilement manipulés, se seraient empressés de relayer. Fausses informations selon lesquelles « la Cour suprême espagnole interdirait désormais l’expulsion vers le Maroc de toute personne arrivée par la mer, à la nage à Ceuta ». Certaines infos fallacieuses auraient affirmé en outre que les candidats à l’émigration trouveraient frontière ouverte, à défaut de tapis rouge.

Avant-hier, le 31 août, interviewé par la radio espagnole Cadena SER — entretien repris par le quotidien anglais The Guardian —, le Premier ministre Sanchez livrait donc l’explication que nous venons d’évoquer, dédouanant au passage le Maroc de toute implication dans l’intrusion de cette marée humaine. Marée humaine composée, comme le plus souvent dans ces mouvements migratoires, de 90 % à 95 % d’éléments masculins, donnée qu’il serait tout de même intéressant de prendre en compte quand on prétend analyser et gérer ces flux massifs. Est-il besoin de souligner qu’un tel déséquilibre, qui n’existe dans aucune population de par le monde, ne va pas sans poser quelques problèmes pour les sociétés qui en héritent ?

Sur BFMTV, où il semble bien qu’il ait au chaud son rond de serviette, Monsieur Thierry Breton, brushing impeccable, nous servit la même explication. Sortant de sa poche, avec la théâtralité qui convient, son téléphone portable, il déclara, péremptoire, que les responsables de la massive marée humaine de Ceuta étaient à chercher dans ce petit objet de haute technologie, et donc du côté des abominables auteurs des affreuses et insidieuses fausses informations que nous venons de mentionner.

Bien évidemment, le premier comme le second s’abstiennent de poser la vraie question, de soulever le vrai problème.

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Qu’est-ce qui a rendu non seulement possibles, mais crédibles ces informations diffusées sur les réseaux, si ce n’est la politique totalement irresponsable et potentiellement suicidaire du Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sanchez ? Lui qui se fait une gloire de vouloir régulariser quelque cinq cent mille clandestins ? Information plutôt biaisée elle aussi, puisque, selon certaines sources très proches du gouvernement de Madrid, le vrai nombre serait en fait d’un million à un million deux.

Les vrais responsables de Ceuta sont donc bien Sanchez, sa politique et son gouvernement. Comme le seraient en France, à Mayotte par exemple, les Bretons bretonnants tendance Thierry-le-bien-coiffé et le Medef, ce dernier affirmant le plus sérieusement du monde que notre pays aurait le plus grand et le plus urgent besoin de trois millions et quelques d’immigrés supplémentaires. Personne n’est dupe : en fait, ce dont le Medef a besoin, c’est du bas salaire à foison, un prolétariat plus ou moins déclassé aux exigences bien tempérées. Comme si la prospérité d’un pays pouvait se bâtir sur l’accroissement des bataillons de chômeurs — le chômage est de beaucoup plus important chez les travailleurs issus de l’immigration que chez les autres — et la prolifération de bas salaires dont l’apport dans le dynamisme de l’économie marchande du pays est donc, par le fait même, limité. Il faut croire qu’au Medef on en est convaincu, dans les rangs duquel, lors du tournoi à sept de Roland-Garros, on a applaudi si chaleureusement aux propos pro-immigration de la candidate écolo.

En fait, au petit bal des faux-culs où brillent MM. Sanchez et Breton, on en serait presque à se bousculer pour entrer dans la danse. De mon point de vue, vraiment pas de quoi applaudir…

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« Soudain », ou la force de vivre

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© Diaphana Distribution

Encore un film avec Virginie Efira? Oui, mais celui-ci mérite tout particulièrement le détour. Avec Soudain, Ryūsuke Hamaguchi livre une œuvre magnifique sur la vieillesse, la maladie et la mort, mais aussi sur cette mystérieuse force qui nous pousse à vivre.


Avec Soudain, le formidable cinéaste japonais Ryūsuke Hamaguchi, auteur de nombreux très beaux longs-métrages — Senses (2015), fresque magistrale disséquant le quotidien et les secrets de quatre amies à Kobe ; Asako I & II (2018), drame romantique hypnotique sur une femme amoureuse successivement de deux parfaits sosies ; Contes du hasard et autres fantaisies (2021), triptyque subtil sur les coïncidences qui bouleversent les relations humaines ; Drive My Car (2021), chef-d’œuvre sur le deuil, la reconstruction et la puissance du théâtre ; Le Mal n’existe pas (2023), fable écologique et politique sur l’affrontement entre promoteurs et communauté rurale — signe une nouvelle fois un grand film, d’une beauté, d’une intelligence et d’une profondeur bouleversantes. La rencontre entre deux femmes devient peu à peu une extraordinaire méditation sur le vieillissement, la maladie, Alzheimer, la souffrance, la mort, mais surtout sur ce qui demeure lorsque le corps et la mémoire vacillent : le désir et la force de vivre.

Deux actrices magnifiques

Il faut saluer ici l’extraordinaire travail de Virginie Efira et Tao Okamoto, qui portent le film avec une intensité exceptionnelle. Leur interprétation a justement été récompensée à Cannes : les deux comédiennes ont obtenu conjointement le Prix d’interprétation féminine du Festival de Cannes 2026. Virginie Efira est magnifique de présence, de fragilité et de détermination. Tao Okamoto lui répond avec une force intérieure bouleversante. Deux femmes, deux cultures, deux langues, deux expériences de la maladie et de la vie qui se rencontrent, se confrontent et finissent par s’enrichir mutuellement. 

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Hamaguchi fait de cette rencontre un véritable espace de pensée. Chez lui, les dialogues ne sont jamais de simples dialogues : ils deviennent des combats intérieurs, des interrogations philosophiques, des tentatives parfois désespérées pour comprendre l’autre et, à travers l’autre, tenter de se comprendre soi-même.

L’humanitude contre la logique de l’abandon

Soudain est aussi un film profondément politique. Hamaguchi montre des soignants confrontés à des femmes et des hommes vieillissants qui ne sont pas simplement des corps à nourrir, laver, déplacer ou médicaliser. Ce sont des êtres humains qui continuent à éprouver, à désirer, à aimer, à souffrir, à se souvenir, à rire et à vouloir vivre. C’est là que le film devient profondément politique : quelle place notre société accorde-t-elle encore à ceux qui ne produisent plus, qui ne travaillent plus, qui dépendent des autres et dont le corps est devenu fragile ?

À travers l’EHPAD, Hamaguchi interroge notre civilisation. Il oppose à la logique comptable, à la pénurie de personnel, à l’épuisement des soignants et à la tentation de considérer la vieillesse comme une charge une autre conception de l’être humain: celle d’un individu dont la dignité ne disparaît jamais avec l’âge. Et cette vision entre évidemment en résonance avec le débat contemporain sur la fin de vie et les lois sur l’euthanasie votées par les gouvernements de certains pays défaillants moralement. Soudain rappelle avec une force singulière qu’une existence diminuée n’est pas une existence sans valeur. La dépendance n’abolit pas le désir de vivre. La souffrance n’annule pas la dignité. La vieillesse n’est pas une maladie.

Absence de l’âme

Mais c’est précisément ici que surgit la limite, et peut-être une certaine faiblesse du film. Hamaguchi filme admirablement la souffrance du corps et celle de l’esprit. Il filme la maladie, Alzheimer, la perte de mémoire, la peur de mourir, l’angoisse de la disparition. Il filme avec une immense humanité les gestes des soignants et leur volonté de préserver jusqu’au bout la dignité de ceux dont ils ont la charge.

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Mais où est l’âme ? Où est la spiritualité ? Où est cette part mystérieuse de l’être humain qui ne se réduit ni à son corps, ni à son cerveau, ni à sa mémoire, ni même à ses sentiments ? Où est Dieu ? Le film ne pose pratiquement jamais cette question. Il semble considérer l’être humain dans sa totalité corporelle et psychologique, mais il laisse dans l’ombre cette dimension spirituelle qui, pour des millions d’hommes et de femmes, constitue pourtant une part essentielle de leur rapport à la mort. Naoko affirme que lorsqu’elle mourra, il ne subsistera plus rien d’elle. Cette phrase terrible est peut-être l’une des clés du film. Elle exprime une conception radicalement matérialiste de la disparition : lorsque le corps s’éteint, lorsque la mémoire disparaît, lorsque le cerveau cesse de fonctionner, tout s’achève.

C’est peut-être là que se situe la frontière de l’Humanitude défendue par les soignants. Elle restitue magnifiquement l’humanité à ceux qui souffrent, mais elle ne répond pas à la question de ce qui pourrait subsister lorsque toute humanité corporelle aura disparu. Le film est immense lorsqu’il parle de la dignité de vivre. Il devient plus limité lorsqu’il s’agit de penser le mystère de mourir.

Un film qui défend la vie

Cette réserve n’enlève rien à mon admiration pour Soudain. Les grands films sont ceux qui continuent à nous interroger après la projection, ceux avec lesquels nous pouvons être profondément en accord tout en discutant de leurs limites. Hamaguchi filme la fragilité sans jamais réduire l’être humain à sa fragilité. Il filme la vieillesse sans mépris, la maladie sans voyeurisme, les soignants sans angélisme et la mort sans facilité. Et surtout, il nous rappelle quelque chose d’essentiel : tant qu’un être humain désire vivre, il n’appartient à personne de décider que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Un film humaniste d’une grande douceur.

3h16


Pluralisme et féodalités médiatiques

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Bizarrement, l’actualité médiatique me confronte à des réflexions qui concernent deux de mes amies : Élisabeth Lévy, qui a écrit dans le nouveau magazine Causeur un éditorial intitulé « Liberté, liberté cherra », et Sonia Mabrouk, qui fait l’objet d’une polémique parce qu’elle inviterait sur BFMTV des personnalités de droite ou d’extrême droite.

Cette dernière a répondu sur France Inter à Benjamin Duhamel de manière à la fois convaincante et acide.

Il n’empêche qu’on a le droit de s’interroger sur la liberté intellectuelle et médiatique ainsi que sur le pluralisme.

Il me semble que deux écueils principaux menacent la première.

D’abord, bien sûr, l’absence de pluralisme, que la gauche ou la droite en soit victime. Sur CNews, la gauche n’était pas vraiment souhaitée, ou alors sur un mode étique.

Que des personnalités de droite, journalistes ou analystes, soient invitées sur BFMTV n’est pas un problème. Cela ne le deviendrait que s’il n’y avait plus la moindre imprévisibilité ni la moindre spontanéité dans l’expression de leur pensée sur la France, la société ou l’état du monde.

C’est parce qu’il existe, en réalité, des esprits systématiquement partisans, enkystés dans leurs certitudes, que le défaut de pluralisme est un fléau. Sur BFM, une atmosphère rafraîchissante a précisément surgi lorsque de véritables débats contradictoires ont été organisés.

Le second écueil, à l’inverse, consiste à ranger sous le pavillon de la liberté d’expression des postures qui n’en relèvent pas — à confondre l’exercice, même provocateur ou dérangeant, d’une pensée libre avec l’allégeance à une cause ou à une puissance qui la dicte. C’est précisément ce que l’éditorial à la fois brillant et, selon moi, discutable d’Élisabeth Lévy me conduit à interroger.

A lire ensuite, Thomas Morales: Philippe Bouvard (1929-2026), le dernier nabab

En substance, elle considère que Franz-Olivier Giesbert (ciblé par l’Arcom pour certains propos tenus sans contradiction sur CNews), des rassemblements libertins interdits et Xénia Fedorova (ostensiblement et constamment prorusse) auraient dû être protégés au nom de la liberté d’expression : ce beau pavillon devrait donc recouvrir n’importe quelle marchandise, n’importe quelle posture intellectuelle et médiatique.

L’assimilation qu’elle opère entre ces trois problématiques me semble confondre l’exercice d’une liberté honorable, aussi discutable et controversé puisse-t-il être, avec l’asservissement à une puissance étrangère, responsable et coupable de l’invasion de l’Ukraine.

De FOG, on peut, j’en suis persuadé, espérer, sur tel ou tel thème, des glissements, des variations, l’affirmation d’une solitude intellectuelle évolutive qui, par exemple, l’inciterait un jour à ne plus cracher systématiquement sur la justice.

De Xénia Fedorova, aucune imprévisibilité à attendre ni à espérer : le même sillon est sans cesse creusé. Mais le plus grave, ce qui à mes yeux lui interdit de se réclamer de la protection d’une liberté d’expression démocratique, n’est pas là.

Il réside dans le constat que ses propos et ses écrits procèdent d’une même source et d’une même inspiration, qu’ils sont prémédités, organisés, commandés, peut-être rémunérés. On n’est pas libre quand sa dépendance est tarifée, quand on pense sur ordre et qu’on déroule un récit venu d’ailleurs. Et je n’évoque même pas son contenu, qui a cette particularité de constituer la victime en coupable, avec un cynisme qui dépasse l’entendement.

Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé.

À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.

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Causeur #148: La dette publique, c’est moi!

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© Causeur

Notre numéro de septembre est en vente. Découvrez le sommaire de notre nouveau numéro.


Le numéro de septembre est disponible dès maintenant dans la boutique en ligne, et mercredi 2 septembre chez votre marchand de journaux.

Aujourd’hui nous craignons la mélenchonisation des esprits, surtout chez les jeunes. Mais comme l’explique Elisabeth Lévy dans son introduction à notre dossier, si le rôle du croque-mitaine dans notre comédie électorale, longtemps tenu par Jean-Marie le Pen, échoit maintenant à Jean-Luc Mélenchon, ce serait une faute que de rejouer contre LFI le cirque antifasciste. Ses jeunes électeurs ne sont ni des monstres ni des imbéciles : ils sont nos enfants, et nous sommes responsables de leur crédulité.

Pour mieux comprendre leur état d’esprit, notre envoyé spécial, Jean-Baptiste Roques, est parti à Châteauneuf-sur-Isère assister à l’université d’été de LFI. Il y a trouvé que, certes, on a rangé les keffiehs et soigné son profil présidentiel, mais la rhétorique de l’extrême-gauche a tourné à plein régime. Dominants et dominés, frustrateurs et frustrés, chacun a trouvé sa place désignée dans ce grand bain de culture de colère politique. Gil Mihaely se penche sur le programme économique de Mélenchon. Pour ce dernier, dette, prix, propriété, rareté ne sont que viles oppressions à abolir par décret. L’État écrasera ainsi les riches et sauvera les braves gens. Mais quand LFI promet de brûler les créances, ce sera aux Français de payer les cendres. Pour Françoise Degois, femme de gauche, les colères des jeunes électeurs progressistes sont justes, mais leur champion, Mélenchon, l’est beaucoup moins. Leurs engagements sur la justice, l’écologie ou la Palestine méritent mieux que ses fureurs, ses slogans et ses calculs. Selon Rodolphe Cart, Mélenchon désigne à chacune des chapelles de LFI un ennemi à abattre : aux palestinistes, Israël ; aux antifascistes, le RN ; aux écologistes, le capitalisme ; à la « Nouvelle France », la vieille France. C’est la politique du baril de poudre. Renée Fregosi analyse la politique étrangère d’une présidence mélenchonienne : il s’agirait de prôner l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de flatter Alger et de réhabiliter Moscou tout en ménageant Pékin et Téhéran. Autrement dit, de se soumettre aux régimes les plus déplorables de la planète. Enfin, j’examine les huit premiers mois du mandat du maire de New York, Zohran Mamdani, pour voir ce qui se passe quand le socialisme « génération Z » rencontre le réel.

Lire le magazine dans le kiosque numérique

Un grand entretien avec Laurent Ruquier, qui se confie à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, introduit notre deuxième sujet du mois : l’état de l’humour aujourd’hui. Congédié sans élégance par France 2, Laurent Ruquier ne s’est pas plaint, n’a pas lancé de pétition ni dénoncé un complot fasciste : il a gardé les « grosses têtes » sur RTL et s’est tourne vers le théâtre, en reprenant la Comédie des Champs-Élysées. A 63 ans, ce fils d’ouvrier normand se lance dans une nouvelle carrière. On voulait le mettre au placard, le voilà sur les planches ! Pour Charles Rojzman, l’homme d’humour rit de lui-même, du public, du théâtre, de son propre camp, de celui d’en face. Un Pierre Desproges savait ainsi nous prendre au dépourvu. Mais au royaume de France Inter et de Radio Nova, on ne rit plus qu’au garde à vous, dans le sens du poil, et d’ennemis désignés d’avance. Gaël Nofri interroge le rire totalitaire qui s’oppose toujours aux bonnes blagues de ses adversaires, et Walter dresse une comparaison entre le grand Desproges et ses héritiers qui s’avèrent beaucoup moins drôles.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy cite les cas de Franz-Olivier Giesbert, de Xenia Fedorova et des amateurs de gangs-bangs. Que l’on approuve ou non leurs paroles ou leurs actions, tous sont victimes d’une offensive contre les libertés. Cette offensive est menée au nom d’un État de droit qui, aujourd’hui, prétend encadrer nos conduites privées et nos propos publics – autrement dit, faire régner en même temps l’ordre idéologique et l’ordre moral. « Je suis aussi horrifié par les idées de Rima Hassan que par celles de Xenia Fedorova » : voilà ce que déclare Frédéric Martel dans un entretien avec Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques. Le sociologue revient d’un voyage à travers 52 pays avec un bagage rarement déclaré à la douane intellectuelle : des remords. La gauche s’est trompée sur l’islamisme, comme elle s’était trompée sur Staline, Mao ou Castro, reconnaît-il. Exit Mélenchon, donc… Reste à ressusciter une gauche antitotalitaire et universaliste : l’espèce était portée disparue, mais elle n’est pas tout à fait éteinte.

Marine Le Pen a été condamnée et nul n’est tenu de lui donner l’absolution, nous dit Stéphane Germain. Les vertueux dénoncent sa coupable légèreté avec l’argent du contribuable européen. Mais avec Superphénix, Fessenheim ou Notre-Dame-des-Landes, les dirigeants du « cercle de la raison » ont jeté par les fenêtres des dizaines de milliards d’euros sans jamais en répondre devant un juge. Drôle de morale publique. Nous traversons l’Atlantique, d’abord avec Donatien Charlton qui nous présente les cerveaux du trumpisme qui, fait surprenant dans ce mouvement majoritairement protestant, sont des catholiques. Ensuite, en compagnie d’Etienne Fauchaire qui a interrogé Shabbos Kestenbaum. Ce graduate en études religieuses a fait front contre l’antisémitisme à Harvard. Malgré les menaces et les intimidations, il s’est battu pour dénoncer l’ostracisme des Juifs sur le campus.

Parmi nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles évoque les difficultés du vote du budget 2027, et Ivan Rioufol épingle l’« extrême centre », cette caricature d’un pouvoir paranoïaque, qui cet été est allé jusqu’à brandir un délit d’« ingérence intérieure » pour légitimer le délit d’opinion. Et Gilles-William Goldnadel juge les cas de Bally Bagayoko, Louis Boyard et – la vraie star de la rentrée – Salah Hamouri.

« J’écris, contre tout ce qui écrase la littérature ». Avec cette déclaration, Patrice Jean ouvre nos pages culture. Se confiant à Grégory Rateau, le romancier parle de son nouveau livre, Stay Free (le Cherche Midi), où trois adolescents des années 1980 découvrent le rock, le cinéma et la vie intérieure. Un roman qui revêt de chair et de singularité l’enfance de notre époque. Bérénice Levet a lu L’Écrivain français. Tombeau (Les Provinciales) de Richard Millet. En 2012, un mauvais titre a suffi à enterrer le romancier sous cent-vingt signatures indignées. Le proscrit revient d’entre les morts avec ce nouveau livre, selon lequel il n’y aurait plus ni langue, ni histoire, ni paysages capables, en France, de produire de grands hommes de lettres. Le fait divers est l’aphrodisiaque du romancier : du sang, des mystères, et la plume se dresse. Selon Alexandra Lemasson, Anne Plantagenet (En l’absence de corps, Julliard) et Philippe Jaenada (L’Inconnue du quai de Javel, Flammarion) résistent aux charmes tapageurs du coupable. Du procès Jubillar au meurtre oublié de Louise Cansot, ils rendent aux victimes leur nom, leur visage, et cet honneur posthume : le premier rôle.

Deux expositions – l’une sur Victor Hugo à Paris, l’autre sur le Danois Vilhelm Hammershøi à Zurich – ont attiré le regard averti de Georgia Ray. Si la demi-pénombre de nos architectures intérieures grouille de sens et de réminiscences, ces deux très grandes âmes ont fait du dévoilement de leurs pièces et gouffres intimes le centre de leur œuvre plastique. L’oreille fine de Stéphane Koechlin est capable de trouver, entre deux morceaux industriels de Taylor Swift ou de Billie Eilish, des nourritures âpres et authentiques. Jagger et McCartney, monstres sacrés de la pop anglaise, refusent la mort. Leurs nouveaux disques (Foreign Tongues, The Boys of Dungeon Lane) sont imparfaits, chevrotants, bruyants : humains, en somme. Selon le palais averti qu’est Emmanuel Tresmontant, l’agroalimentaire et la haute gastronomie déclinent à l’envi des aliments mous. Au McDo comme aux tables étoilées, c’est chaise-bébé pour tout le monde ! Une civilisation qui refuse le moindre croquant dans l’assiette finit par fuir les aspérités de la pensée. Enfin, pour le grand fréquenteur des salles noires, Jean Chauvet, le cinéma français, après un été placé sous le signe du général de Gaulle, fait sa rentrée avec le portrait d’un collabo ordinaire : deux belles leçons d’histoire sur grand écran. Quoi que l’on puisse dire, Causeur n’est jamais mou, toujours croquant !

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Voiles et vapeurs de la République

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Contrôle des titres de transport dans le métro de Toulouse, mai 2025 © FRED SCHEIBER/SIPA

Au nom de l’antiracisme, au nom de «l’immigration, chance pour la France», on a trop souvent refusé de se demander si certaines pratiques, certaines conceptions religieuses ou certaines normes familiales étaient réellement compatibles avec la société française que nous voulions, observe David Duquesne, auteur de Ne fais pas ton Français ! Itinéraire d’un bâtard de la République (Grasset, 2024)


Le Rassemblement national propose aujourd’hui de soumettre à référendum l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, avec à la clé une forte amende pour les femmes qui continueraient à le porter. Immédiatement, le débat s’est installé : constitutionnalité de la mesure, faisabilité des contrôles, efficacité réelle d’une interdiction, risque de tensions sociales. On nous explique qu’on ne peut pas faire la « police du vêtement », que la mesure serait juridiquement fragile, matériellement difficile à appliquer et peut-être même contre-productive.

Le problème est que je partage, au moins sur un point, une partie de ces inquiétudes : une telle interdiction pourrait effectivement produire des conséquences considérables. Mais j’arrive à une conclusion différente de ceux qui pensent qu’il suffirait alors de renoncer à la contrainte pour gagner tranquillement la bataille culturelle. Car cette seconde solution me paraît, elle aussi, vouée à l’échec.

Aliénés

Voilà précisément le piège dans lequel nous nous sommes enfermés : il n’y a plus de bonne solution.

Imaginons d’abord l’interdiction.

Je vois assez facilement ce qui pourrait se produire dans certains quartiers où l’islam constitue désormais une force culturelle importante. Une femme contrôlée, verbalisée parce qu’elle porte un voile ne sera pas nécessairement perçue comme une citoyenne ayant enfreint une règle commune. Elle pourra être considérée comme une femme musulmane agressée dans son identité. Le contrôle individuel deviendra une affaire collective.

Les solidarités familiales, communautaires et religieuses joueront à plein. On pourrait même voir certaines femmes qui ne portent habituellement pas le voile décider de le mettre par défi ou par solidarité avec leurs « sœurs ». Le vêtement que l’on voulait faire reculer deviendrait alors un étendard.

Ajoutons à cela la réaction politique. Une partie de la gauche radicale dénoncera immédiatement une persécution des musulmans, le fascisme, les « heures sombres ». Des images de femmes verbalisées circuleront sur les réseaux sociaux. Des refus de contrôle surviendront. Des rassemblements pourront dégénérer. Dans les quartiers les plus inflammables, l’affrontement autour d’un simple morceau de tissu pourra devenir l’étincelle d’affrontements beaucoup plus larges.

L’État devra alors choisir : appliquer réellement l’interdiction, avec tout ce que cela suppose de coercition, ou reculer devant les premières violences, ce qui serait peut-être pire encore puisqu’il démontrerait que la loi ne s’applique plus dès lors que sa contestation devient suffisamment massive.

On comprend donc les risques de l’interdiction.

Mais faut-il pour autant se contenter de « gagner la bataille culturelle » ?

C’est l’autre solution que l’on nous propose : expliquer, convaincre, argumenter. Dire aux femmes musulmanes que le voile les enferme, qu’il constitue une forme d’aliénation, qu’il entretient une séparation entre les sexes et qu’il favorise une forme d’autoségrégation.

Le problème, c’est que cette bataille culturelle ne commence pas aujourd’hui.


Elle dure depuis près de quarante ans.

Depuis l’affaire de Creil en 1989, depuis les premières prises de position d’Élisabeth Badinter, d’Alain Finkielkraut et de nombreux intellectuels sur cette question, la France discute du voile. Elle en discute sans cesse. Elle argumente, légifère dans certains espaces, organise des débats, publie des livres, produit des émissions et tente d’expliquer pourquoi ce vêtement pose problème dans une société façonnée par plusieurs siècles d’émancipation individuelle et de sécularisation.

Et quel est le résultat ? Le voile n’a pas disparu. Il s’est installé dans le paysage français.

Une affirmation identitaire contre la France

C’est précisément ce qui me rend extrêmement sceptique devant l’idée selon laquelle quelques décennies supplémentaires de pédagogie permettraient de résoudre le problème. Car la critique du voile peut elle-même nourrir son développement. Plus une société désigne un symbole comme problématique, plus ceux qui se sentent visés peuvent s’y attacher. Le voile cesse alors d’être seulement une prescription religieuse ou une coutume familiale : il devient affirmation identitaire, résistance culturelle, parfois provocation politique.

Une jeune femme peut alors le porter non seulement parce qu’elle croit devoir le porter, mais parce qu’on lui demande de l’enlever.

C’est là que le problème dépasse, à mes yeux, les seuls débats féministe ou laïque.

Il est devenu anthropologique.

Le voile matérialise dans l’espace public une frontière entre deux conceptions de la société, des rapports entre hommes et femmes, de la religion et de l’appartenance collective. Il ne signifie pas seulement, dans l’interprétation que j’en fais, une certaine conception de la pudeur féminine ou du rapport entre les sexes. Il marque également une frontière matrimoniale et communautaire : la femme musulmane appartient symboliquement à un univers dont l’homme non musulman demeure extérieur, puisque, dans les conceptions religieuses traditionnelles concernées, le mariage d’une musulmane avec un non-musulman n’est pas admis.

Voilà pourquoi je parle de frontière anthropologique.

Et cette frontière est devenue d’autant plus difficile à combattre que nous avons laissé s’installer en France, pendant plusieurs décennies, des populations provenant de sociétés dans lesquelles ces conceptions religieuses et familiales restent beaucoup plus présentes qu’elles ne le sont dans la France contemporaine.

C’est là, selon moi, que se trouve l’erreur originelle.

Pendant des décennies, le débat sur l’immigration a été paralysé par des réflexes idéologiques. Parce que le Front national historique était hostile à l’immigration, une partie considérable du monde politique, intellectuel et associatif a considéré presque mécaniquement que s’opposer à lui supposait de défendre l’immigration, puis la diversité, puis le multiculturalisme, puis progressivement la légitimité de presque toutes les pratiques culturelles apportées par les populations immigrées.

Au nom de l’antiracisme, au nom de « l’immigration, chance pour la France », on a trop souvent refusé de se demander si certaines pratiques, certaines normes familiales, certaines conceptions religieuses étaient réellement compatibles avec la société que nous voulions continuer à former ensemble.

Et nous découvrons aujourd’hui la difficulté du mouvement inverse.

Pendant des décennies, nous avons dit : « Venez comme vous êtes. » Et maintenant nous découvrons que nous voudrions dire : « Venez comme vous êtes, mais pas avec ça. » Bon courage.

Car une pratique que l’on a laissée s’enraciner pendant quarante ans ne disparaît pas parce qu’une majorité parlementaire décide soudain qu’elle n’en veut plus. Mais elle ne disparaît pas davantage parce qu’un intellectuel explique une millième fois sur un plateau de télévision qu’elle constitue une aliénation.

C’est pourquoi je ne crois ni au scénario enchanté de l’interdiction, ni à celui de la persuasion.

L’interdiction peut radicaliser ceux que l’on voulait assimiler. La bataille culturelle peut renforcer le symbole qu’elle voulait affaiblir. Et l’inaction laisse poursuivre une dynamique que l’on prétend justement vouloir arrêter. Voilà le véritable problème.

Il reste enfin un argument que j’entends souvent et qui me paraît particulièrement trompeur : celui du confinement. On nous dit, en substance : « Pendant le Covid, nous avons bien réussi à interdire aux Français de sortir de chez eux sans autorisation. Nous avons contrôlé des attestations, verbalisé ceux qui ne respectaient pas les règles, limité les déplacements de dizaines de millions de personnes. Pourquoi serait-il matériellement impossible, demain, de verbaliser une femme qui porte un voile dans l’espace public ? »

La comparaison me paraît précisément révéler le problème plutôt que le résoudre.

Pendant les confinements, l’immense majorité de la population française a accepté des restrictions extraordinaires à sa liberté de circulation. Des millions de Français ont rempli leurs attestations, indiqué l’heure de leur sortie, justifié leurs déplacements, accepté de ne plus voir leurs proches, de ne plus aller au restaurant, au cinéma ou simplement de se promener librement. On peut discuter aujourd’hui de la pertinence de chacune de ces mesures ; ce n’est pas mon sujet. Ce qui m’intéresse ici, c’est le comportement collectif : dans leur immense majorité, les Français ont obéi.

Mais cette discipline n’a pas été uniforme sur tout le territoire. Dans certains quartiers populaires, les restrictions furent plus difficiles à faire respecter et leur contrôle plus délicat. Des policiers et des responsables publics ont alors eux-mêmes évoqué les difficultés particulières rencontrées dans certains secteurs.

Et c’est précisément là que la comparaison avec une éventuelle interdiction du voile devient intéressante.

Car nous ne parlons plus d’une mesure temporaire, applicable à tout le monde et justifiée par les pouvoirs publics au nom d’une urgence sanitaire. Nous parlons d’une interdiction permanente visant une pratique religieuse et identitaire, qui devrait notamment être appliquée dans certains territoires où cette pratique est particulièrement visible et où l’autorité de l’État peut déjà rencontrer des résistances.

Autrement dit, on prend comme preuve de la faisabilité future d’une interdiction l’exemple d’une période durant laquelle l’application uniforme des interdictions avait justement rencontré des difficultés dans certains des territoires où la question du voile se poserait demain avec le plus d’acuité.

Et imaginons concrètement la scène.

Il ne suffira pas de voter une loi à l’Assemblée nationale ou de faire approuver une interdiction par référendum. Il faudra ensuite qu’un policier s’approche d’une femme voilée. Il faudra lui demander son identité. Il faudra constater l’infraction. Il faudra dresser une contravention. Il faudra gérer son éventuel refus. Puis l’intervention pourra attirer un frère, un mari, des proches, des voisins, des jeunes du quartier. Quelqu’un sortira son téléphone. La vidéo sera immédiatement diffusée sur les réseaux sociaux avec quelques secondes d’images sorties ou non de leur contexte. Et l’intervention policière destinée à faire respecter une interdiction vestimentaire pourra, en quelques minutes, devenir une affaire politique, communautaire et nationale.

Perspectives

C’est exactement ce que je veux dire lorsque j’affirme qu’il n’existe plus de bonne solution.

Sur le papier, interdire est simple. Dans le Journal officiel, quelques lignes suffisent. Mais entre voter une interdiction et être capable de la faire respecter partout, quotidiennement et durablement, il existe un gouffre. Et l’expérience du Covid ne me rassure nullement sur ce point. Au contraire, elle pose une question que les partisans de l’interdiction devraient regarder en face : sommes-nous réellement prêts à employer, pendant des années, les moyens nécessaires pour faire respecter cette interdiction précisément là où elle rencontrera la résistance la plus forte ?

Car une loi que l’État vote mais qu’il n’ose plus appliquer dans certains territoires serait peut-être encore plus désastreuse que l’absence de loi.

Elle matérialiserait alors ce que nous prétendions combattre : non plus seulement une frontière anthropologique entre deux populations, mais une frontière territoriale entre les endroits où la République peut faire respecter ses décisions et ceux où elle ne le peut plus.

Et nous retombons sur le même piège.

Interdire comporte un risque considérable. Ne pas interdire signifie accepter la progression d’un phénomène que l’on juge préoccupant. Espérer le faire disparaître par la seule bataille culturelle revient à miser sur une stratégie qui, jusqu’ici, n’a pas inversé la tendance.

Nous cherchons aujourd’hui une solution juridique ou culturelle à une situation démographique, historique et anthropologique que nous avons laissé se constituer pendant plusieurs décennies.

Je ne sais pas s’il faudrait cent ans ou mille ans pour renverser certaines dynamiques culturelles. Je crains surtout que nous n’allions, dans l’immédiat, dans la direction opposée. Je pense que le voile continuera à progresser et qu’il pourrait devenir majoritaire parmi les femmes musulmanes dans les années à venir.

C’est une perspective que je regrette profondément.

Mais entre une interdiction susceptible d’embraser une partie du pays, une bataille culturelle dont quarante années ont montré les limites et une résignation qui reviendrait à accepter l’installation durable de cette frontière anthropologique, je ne vois aucune solution indolore.

Et peut-être est-ce précisément cela que personne ne veut vraiment reconnaître dans ce débat : nous ne sommes plus au moment où il fallait éviter le problème. Nous sommes au moment où il faut gérer les conséquences de l’avoir laissé se former.

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Mini-jupe, moquerie et liberté: mon programme pour la rue

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Le député RN Jean-Philippe Tanguy, avril 2025 © LEO VIGNAL/SIPA

Faut-il interdire le voile dans la rue ? Élisabeth Lévy donne son avis dans sa chronique radio.


S’il arrive à l’Élysée en 2027, le RN veut interdire le voile islamique dans l’espace public. L’annonce a été faite par Jean-Philippe Tanguy dimanche soir sur BFMTV. Le port du voile serait puni d’une amende. Comme pour “les gens qui ne mettent pas de ceinture de sécurité en voiture”. Objectif : combattre l’islamisme et exprimer notre solidarité avec les femmes obligées de le porter. Cette loi serait adoptée par référendum pour contrer le risque de censure du Conseil constitutionnel.

Soyons clairs. La multiplication des voiles dans l’espace public me chiffonne. Pas parce qu’ils attentent à la liberté des femmes voilées (je ne vais pas décider pour elles et à leur place ce qu’est être libre), mais parce que le voile islamique est contraire à l’identité française : mixité, liberté, discrétion religieuse.

Le voile, pour les Français, c’est une proclamation de séparatisme sexuel (ne soyons pas naïfs, beaucoup choisissent leurs partenaires dans leur communauté, mais on n’est pas obligés de l’afficher). C’est un étendard politique (peut-être purement religieux chez certaines femmes, il est assurément identitaire et donc politique chez beaucoup de jeunes femmes qui y voient la traduction visible du refus des valeurs et des mœurs communes. Musulman d’abord !). Et ne l’oublions pas, le voile est l’uniforme de nos ennemis djihadistes et le front prioritaire de l’entrisme frériste. Les Frères musulmans mobilisent les jeunes femmes pour nous tester. On les a récemment vus à la manœuvre dans le sport avec le mouvement des « hijabeuses ».

Donc, je devrais en toute logique approuver cette proposition du RN.

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Non. Je suis pour le respect intransigeant de l’interdiction des signes religieux à l’école publique et son extension dans les administrations, les tribunaux et sur les terrains de football. Mais je suis totalement contre l’interdiction dans la rue. Pas parce que ce serait inapplicable : si on dresse des amendes pour excès de vitesse, on peut bien mettre des amendes aussi efficaces pour le voile.

Pour les jeunes musulmanes — remontées par les imams TikTok, l’audiovisuel public et Jean-Luc Mélenchon, qui parle d’une « mesure ignoble » —, ce serait une bénédiction. Pourquoi ? Hurler à l’islamophobie, c’est encore plus gratifiant que se voiler. On créerait ainsi une escouade de « victimes » brailleuses.

Mais c’est d’abord pour moi. Je veux vivre dans une société libérale. Je ne peux pas défendre les Iraniennes en réinventant la police du vêtement, même pour la bonne cause. Le voile exprime des opinions et une vision du monde qui me choquent, mais tout comme je demande aux musulmans d’accepter les caricatures de Mahomet, j’accepte de vivre avec des idées et des symboles qui me choquent. Dans la rue, les musulmanes doivent être libres de se voiler. À une condition : je suis libre de le désapprouver et même d’ironiser. Et peu importe que leur voile soit religieux ou identitaire. En France, on a le droit de se moquer des religions et des identités. Ce n’est pas du racisme. Déconner sur la kippa ou même sur le prépuce de Bibi, ce n’est pas pareil qu’agresser des étudiants juifs.

Pour conclure, je dirai simplement et fraternellement à mes compatriotes musulmanes qu’elles se font manipuler par les islamo-gauchistes qui ne les aiment pas, et que les cheveux au vent et la mini-jupe, c’est super.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Jacques Cardoze à 8 heures, du lundi au jeudi.

Influenceurs, abstenez-vous !

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Le vidéaste Greg Tabibian sur TV Libertés. D.R.

Alors que le gouvernement prépare déjà un nouveau texte sur la régulation des réseaux sociaux, des influenceurs plutôt droitards se découvrent une vocation électorale. Mais entre millions de vues et millions de voix, il y a un monde: celui des urnes.


Regardant droit dans la caméra de TVLibertés le 22 juillet, l’influenceur Greg Tabibian est très colère. Le trublion s’alarme : le vote de la loi d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans va mettre au pas les médias alternatifs. Pire : le RN s’est abstenu de voter contre cette mesure qui oblige tout internaute lambda à décliner son identité pour accéder à YouTube ou Facebook. « Si jamais Chenu ou Marine ou n’importe quel plouc de ce parti d’escrocs me regardent, oubliez LFI, nous sommes votre pire cauchemar ! Réunis à une vingtaine [d’influenceurs], nous représentons 2 à 4 millions de vos électeurs. Nous avons un objectif à partir de maintenant : vous faire perdre cette élection ». Sur X, Tatiana Ventôse, influenceuse pro-Frexit venue de la gauche, lui emboîte le pas pour dénoncer le « flicage » et traiter le RN de « lâches et de traîtres ». De son côté, Pierre Sautarel (Fdesouche) crie lui aussi à la « trahison », tout en concédant, amer, que le RN a surtout craint d’indisposer des parents soucieux de protéger leurs enfants. Car voilà le nœud du problème : la régulation d’internet est devenue une préoccupation parentale majeure, y compris chez les électeurs du RN.

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Un parti en quête de normalisation préfère froisser quelques vedettes du Web plutôt que des millions de familles. Sans compter peut-être l’angoisse inavouée de certains de ces créateurs de contenu : voir filer une partie de la « clientèle » qui profite parfois de l’anonymat pour déverser racisme, menaces ou misogynie crasse dans les espaces de commentaires… Mais Marine Le Pen peut dormir tranquille. En confondant nombre de vues et intentions de vote, et en cumulant des abonnés qui se recoupent, les ténors du clic se prêtent un pouvoir électoral qu’ils n’ont pas. Fin juillet, Libération s’émoustillait déjà d’un « départ de feu » incontrôlable que le RN n’a pas vu venir. Perdu ! Le 14 août, le Conseil constitutionnel a censuré la mesure phare du texte après un recours de LFI. Cela ne dispensera pas le RN d’une réflexion plus aboutie concernant l’évolution du pseudonymat sur internet. D’autant que depuis la décision du Conseil constitutionnel, le président Macron a chargé son Premier ministre de préparer un texte plus solide pour le printemps 2027, juste avant l’élection que vous savez…