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Trump: un an qui a tout changé

Alain Destexhe joue cartes sur table


Trump: un an qui a tout changé
Washington, 5 mars 2025 © Julia Demaree Nikhinson/AP/SIPA

Ce 20 janvier, Donald Trump fête la première année de son deuxième mandat.


Le 20 janvier 2025, Donald Trump entamait son second mandat à la tête des États-Unis. Un an plus tard, force est de constater que cet événement a marqué une rupture profonde, tant sur le plan intérieur qu’international.

En politique intérieure, le succès le plus emblématique demeure la quasi-élimination de l’immigration illégale. Là où l’administration Biden avait laissé la frontière sud devenir une passoire, Trump a démontré qu’il suffisait d’appliquer strictement les lois existantes pour reprendre le contrôle. En quatre ans, plus de dix millions de clandestins étaient entrés sur le territoire américain, parmi lesquels un nombre non négligeable de criminels violents. Cette politique rappelle une vérité simple : il n’existe aucune fatalité migratoire.

Inquiétudes sur l’économie

Trump a également marqué une rupture nette avec le wokisme, idéologie progressiste dominante sous les démocrates. En affirmant qu’il n’existe que deux sexes biologiques, il a mis un terme aux financements fédéraux des programmes de transition sexuelle et des transgenres dans le sport féminin. Dans le même esprit, la suppression des politiques de DEI (« diversité, équité et inclusion »), fondées sur la discrimination positive et les quotas, a réaffirmé le principe de l’égalité devant la loi et du mérite, piliers d’un libéralisme authentique.

Sur le plan économique, avec une croissance avoisinant les 4 %, un faible taux de chômage et une suprématie affirmée dans le domaine de l’intelligence artificielle, les États-Unis se portent bien — bien mieux que l’Union européenne. Certes, la politique protectionniste et les droits de douane suscitent des inquiétudes légitimes. Mais l’objectif de Trump est clair : rééquilibrer un commerce extérieur structurellement déficitaire et attirer les investissements industriels. Les annonces de centaines de milliards de dollars en provenance d’Asie, du Golfe et d’Europe suggèrent que cette stratégie pourrait porter ses fruits au cours des prochaines années.

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En politique étrangère, Trump a opéré un tournant stratégique majeur avec une priorité absolue aux intérêts américains prenant peu en compte ceux de ses alliés.
Au Moyen-Orient, la libération des otages et l’arrêt des combats entre Israël et le Hamas constituent un succès indéniable, même si le désarmement du Hamas demeure une question non résolue. L’affaiblissement de l’Iran — avec le bombardement de ses installations nucléaires — et de ses relais régionaux (Houthis au Yémen, chute de Bachar el-Assad en Syrie, Hezbollah provisoirement décapité) marque un rééquilibrage stratégique significatif au profit d’Israël et de l’Arabie saoudite.

Cette politique d’interventions ciblées s’est également illustrée en Amérique latine. Au Venezuela, l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis visait moins un changement de régime qu’un objectif pragmatique : mettre un terme au narcotrafic et à l’hostilité ouverte de Caracas envers Washington. Trump a réaffirmé sans ambiguïté que le « Western Hemisphere » constitue une zone d’intérêt vital pour les États-Unis, où les puissances adverses — Chine, Iran, Russie — n’ont pas vocation à s’implanter. Cette logique s’est également traduite par la volonté de reprendre le contrôle du canal de Panama, un axe essentiel du commerce mondial.

L’Europe brutalisée

C’est en Europe que le tournant stratégique apparaît avec le plus de brutalité. Sur le conflit ukrainien, Washington a clairement affiché sa volonté de mettre un terme au  « bain de sang » et d’ouvrir la voie à une paix négociée avec la Russie. Donald Trump considère que l’Ukraine ne relève pas des intérêts géostratégiques fondamentaux des États-Unis et que, dès lors, il appartient aux Européens d’en assumer seuls le financement et le coût politique. Le président américain souhaite également rétablir des relations plus apaisées avec Moscou, tant pour des raisons économiques que dans l’espoir, sans doute illusoire, de desserrer l’alliance désormais solide entre la Russie et la Chine.

Parallèlement, dans le cadre de l’OTAN, il a contraint les Européens à accepter une hausse massive de leurs dépenses militaires à hauteur de 5 % du PIB. Un objectif que des États-providence déjà lourdement endettés, entravés par le pacte vert européen, auront les plus grandes difficultés à atteindre. Pour la première fois depuis 1945, Trump a ainsi placé l’Europe face à ses responsabilités historiques : assurer elle-même la défense de son continent.

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Mais le fossé idéologique entre les deux rives de l’Atlantique n’a jamais été aussi profond. L’administration Trump accuse ouvertement l’Union européenne de s’éloigner des valeurs occidentales fondamentales en matière de liberté d’expression, de souveraineté et de respect du suffrage populaire — à travers le DSA, la censure des réseaux sociaux, les lois liberticides ou les manœuvres visant à entraver l’accès au pouvoir de partis comme le Rassemblement national en France ou l’AfD en Allemagne. La Hongrie, mise au ban par Bruxelles, est devenue son principal allié européen. Trump et Vance posent une question fondamentale à laquelle les Européens peinent à répondre : pourquoi continuer à garantir militairement la sécurité d’un continent avec lequel l’Amérique ne partage plus ni des principes fondamentaux, ni la vision du monde ?

Les tensions autour duGroenland illustrent cette nouvelle doctrine. Pour Washington, l’île est devenue indispensable à la construction d’un « Golden Dome », système de défense antimissile destiné à neutraliser toute menace balistique venue de Russie ou de Chine. Derrière la crispation diplomatique et le risque de reprise de la guerre commerciale transatlantique se dessine une réalité brutale : dans un monde conflictuel, la géographie et la puissance priment sur le mondialisme, le progressisme à l’européenne et le droit international. Les empires sont de retour et l’Union européenne n’en fait pas partie. La première année du second mandat de Trump agit ainsi comme un révélateur implacable de la faiblesse et de l’impuissance européennes, alors qu’aucune des grandes promesses formulées depuis le traité de Maastricht en 1992 n’a été tenue.

Donald Trump s’impose dès lors comme l’homme de l’année 2025, contraignant alliés comme adversaires à se positionner par rapport à l’Amérique et à repenser le monde tel qu’il est et non selon leurs désirs ou leurs utopies.



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