Le Conseil d’Etat vient de rejeter le pourvoi de l’Association Francophonie Avenir contre la Mairie de Paris. Qui peut donc utiliser des points médians sur des plaques commémoratives…
Pendant qu’Emmanuel Macron faisait une réunion à l’Elysée, on apprend que le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’écriture inclusive sur les plaques commémoratives de nos mairies. Ainsi peut-on lire désormais, dans le couloir menant à l’hémicycle de l’Hôtel de Ville de Paris : « Président.e.s et conseillers.e.s. » Que voilà du « bon français » cher à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts !
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C’est en 2017 que cette « réactualisation » des marbres, passée inaperçue, avait eu lieu pour la bagatelle de 18600 euros. Sauf que l’association Francophonie Avenir, qui milite depuis des années pour la défense de notre langue française, avait dévoilé, en 2021, le pot aux roses. Montée au créneau, elle dénonçait une graphie idéologique qui, violant le principe de neutralité et l’article 2 de la Constitution, était illégale. Et de demander à Madame la maire de se corriger et de ne plus recommencer. La maire ne répondit pas. Silence valait refus. L’Association décide alors, en 2022, de porter l’affaire devant le tribunal administratif de Paris qui rejette, en mars 2023, toutes les demandes de la requérante : annulation du « refus implicite » de la maire, illégalité déclarée de l’inclusive, obligation, à l’avenir, pour la mairie de bannir l’inclusive. Qu’à cela ne tienne, dit l’Association qui se bat comme un.e.lion.ne. Portons l’affaire au plus haut niveau : le Conseil d’Etat. Aussi dit que fait que décrété. Le 6 janvier 2026, la plus haute juridiction administrative française (à dire dix fois en 5 secondes) rejette le pourvoi et tranche.
Les arguments de l’AFRAV, dit, en substance, le Conseil d’Etat, ne reposent sur rien de sérieux. Et d’abord, ce point médian n’est pas « un point médian » mais un simple « point de ponctuation » qui ne sert qu’à rendre visible le féminin, évitant de répéter le mot entier. Argument de poids quand on sait le prix du marbre et celui d’un mot gravé supplémentaire. Ensuite, l’inclusive constitue une forme valide de la langue française. Valide, valide… C’est vite dit. Comment le /la maire/e dira-t-elle, à haute voix, si le contexte l’y oblige, dans le cas d’un dévoilement de plaque, par exemple, ce qui est écrit ?
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Les médias ont compris qu’il y avait là une histoire de cornecul. Pourquoi, ont écrit de petits futés, l’inclusive a-t-elle été bannie, par décret, des textes administratifs officiels et est-elle autorisée, sur les plaques où sont inscrits les noms des édiles ? Permise ici, et interdite là ? Pourquoi cette discrimination ? Les Français, tout à leurs souvenirs écoliers traumatisants de circonflexes, voient-ils bien l’entreprise de destruction que subit notre langue à vitesse accélérée depuis trois décennies ? Et de manière vertigineuse depuis trois ou quatre ans ? Tout à leurs écrans, se rendent-ils compte que, dans trente ans, on n’écrira plus le français ?
Enfin, même si on sait que la langue française est subtile voire tarabiscotée, d’une insolente irrationnalité — au pays de Descartes, c’est un comble !– il faudra quand même que nos linguistes et nos Eveillés nous expliquent la différence entre un point médian et un point de ponctuation aux frontons de nos mairies.
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