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UE: obsolescence programmée?

Madame von der Leyen a signé l’accord du Mercosur au Paraguay samedi. M. Macron avait finalement indiqué que la France y était opposée, «l’accord UE-Mercosur étant un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes»


UE: obsolescence programmée?
Le président du Panama, Jose Raul Mulino, à gauche, le président bolivien Rodrigo Paz, le président du Conseil européen Antonio Costa, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président du Paraguay Santiago Peña, le président de l’Argentine Javier Milei, le président de l’Uruguay Yamandú Orsi et le ministre brésilien des Affaires étrangères Mauro Vieira posent pour une photo de groupe lors de la signature de l'accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, à Asunción, au Paraguay, samedi 17 janvier 2026 © Jorge Saenz/AP/SIPA

L’adoption de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur constitue une victoire à la Pyrrhus pour la Commission européenne. Alors qu’à travers le monde le globalisme recule et que certains peuples — dont le peuple français — y étaient opposés, cette victoire pourrait précipiter un peu plus la chute de l’Union européenne en révélant l’idéologie mortifère qui la sous-tend, selon cette analyse.


« De la bière dans l’intelligence allemande », n’hésitait pas à répéter Nietzsche pour montrer l’étroitesse et le grobianisme allemand. Nous y revoilà avec le Mercosur. L’Allemagne impose ; la France s’incline. L’Allemagne vendra ses voitures quand la France détruira un peu plus son terroir agricole ; la France peste, râle, gesticule ; l’Allemagne avance, dicte sa méthode, écrase de son mouvement une France aux abois et impuissante. L’Union européenne rejoue la même pièce grotesque, pathétique et sans manière : étendre le libre-échange ou plutôt imposer le pas de son diktat !

Mais au-delà ou plutôt en deçà de cet accord de libre-échange avec certains pays d’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), d’une domination allemande sans conteste sur l’Union européenne, il y a au cœur de ce projet la présence constante d’une volonté de mourir des Européens. Encore une fois, face aux barrières protectionnistes qui s’élèvent et se dressent comme autant de remparts, prélude à la nouvelle crise du libéralisme qui nous attend, l’Union Européenne ne croit bon que de poursuivre son dogme aveugle et estropié du libre-échange. Elle a été élevée ainsi, elle n’a d’autre but, d’autre fonction que de promouvoir la morale du renoncement, de l’abnégation et du nirvana libéral. 

Du temps acheté

Certes quiconque peut regretter les malices juridiques, « la maladresse des habiles » (Nietzsche) de la présidente de la Commission, Mme von der Leyen, qui fit passer sous le manteau un accord commercial échappant ainsi aux parlements nationaux, il n’empêche qu’il faut y voir une vérité cachée : l’Union européenne joue ses derniers instants. Le globalisme est terminé. Dans tous les pays de l’Union, le projet européen souffle ses dernières bougies. Discussions sur l’entrée de l’Ukraine dans l’Union, élargissement des Balkans occidentaux, ou encore accord sur le Mercosur, l’UE tente désespérément de retrouver une unité fédératrice pour éviter sa dislocation. Son réarmement militaire sur l’autel d’une invasion fantasmée de la Russie n’a pas d’autre finalité. Il est de fédérer l’empire de la dette européenne, de poursuivre l’idéal multilatéral et transnational en arrimant toutes les ouailles naïves et fébriles à son nouveau projet fédérateur. 

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Mais il ne faut pas être dupe. Il suffit à tout un chacun de se faire « regardeur » (Maupassant) du réel, de chercher à comprendre ce qui se joue dans la rue, d’être un entomologiste du vivant pour voir que les Européens s’enfoncent mortellement dans la fange de leur propre désastre. Alors, Bruxelles tentera, signe que la maladie est incurable, dans les derniers mouvements de sa philosophie fatiguée et ascétique, de gagner du temps; elle tentera d’escamoter encore une fois le réel, et d’entretenir l’illusion d’une Union forte et pacifiste. 

« Alea jacta est »

Mais le réel est obstiné. Il revient sans cesse tel un ressac, et chaque nouvel événement ou phénomène ne fait que défaire les coutures de cette organisation malade et chétive. Envahie par l’immigration, déclassée économiquement, épuisée moralement et exsangue, l’Union Européenne reçoit déjà l’extrême-onction. Madame von der Leyen peut bien se rendre en Paraguay, triomphante de sa victoire sur le Mercosur, elle ne sait pas encore qu’il s’agit de son viatique… 

Il n’y a qu’à entendre un peu partout en Europe les limes de la colère qui scient déjà les barreaux de la prison des peuples pour constater que la fin approche. Fort bientôt, ils finiront par s’échapper des quartiers de haute sécurité de la prison libérale de l’Union européenne. Le rapt des peuples entre dans son dénouement tragique. Dès lors l’UE tente dans ses derniers élans, dans les derniers mouvements universalistes de sa philosophie fatiguée et moralisante d’achever sa Tour de Babel. Mais elle ne fait que précipiter sa chute inéluctable au nom de la croyance à un idéal qui nie sans cesse le réel, qui l’escamote, et qui plonge les corps dans le formol d’une illusion rédemptrice. Et si l’Union européenne était en réalité déjà morte ? « Ce qui veut tomber, il ne faut pas le retenir ; il faut encore le pousser » écrivait Nietzsche. Il n’y a plus alors qu’à précipiter l’arrivée du médecin légiste pour constater le décès. 



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