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Mercosur, festival de postures

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Mercosur, festival de postures
Paris, 13 janvier 2026 © Stephane Lemouton/SIPA

L’Assemblée nationale n’a pas adopté les deux motions de censure défendues par Mathilde Panot pour LFI et Hélène Laporte pour le RN, hier. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen devrait signer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur le 17 janvier au Paraguay.


En dépit de l’opposition française, le traité du Mercosur sera signé. Ce qui nous offre un impayable festival de postures. Comme l’a dit le Premier ministre en réponse aux motions de censure à venir de la part du RN ou LFI, tout le monde en France est désormais contre, y compris ceux qui l’ont soutenu.

À l’exception de quelques éditorialistes courageux, traités de « libéraux » – une insulte suprême en France, nous observons une soudaine unanimité contre un traité négocié depuis 30 ans.

Torrents d’émotion et de pleurnicheries

Les Européistes qui nous expliquaient qu’être contre l’UE, c’était fasciste découvrent que dans l’Europe à 27 très peu de décisions sont prises à l’unanimité et que donc, une opposition de la France peut être surmontée. Si le Mercosur peut exister contre la France, c’est parce que le traité de Lisbonne a fait revenir par la fenêtre la Constitution chassée par la porte.

Les libre-échangistes qui éructaient dès qu’on parlait de protectionnisme découvrent tout à coup les vertus des frontières. Même Emmanuel Macron, président qui assume en temps normal son européisme, renonce à défendre les améliorations qu’il a obtenues dans la négociation pour aller dans le sens de l’opinion.

Résultat : le Mercosur, c’est notre bouc-émissaire idéal, le nouveau diable, le Goldstein de 1984 qui est responsable de tous nos maux.

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Mais on peut comprendre la colère des agriculteurs, bien sûr. On peut et on doit la comprendre. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont raison sur tout. Or, comme les gilets jaunes à leurs débuts, les agriculteurs et leur colère sont sanctifiés. Les « agriculteurs », déjà, cela ne veut rien dire. Ils ne pensent pas tous la même chose. On pleure sur leur sort et pendant ce temps on achète de la sauce tomate fabriquée en Chine ou des ananas en décembre.

Si des paysans se suicident, si leurs enfants abandonnent, si tant d’exploitations disparaissent, ce n’est pas à cause du Mercosur, lequel n’est pas encore entré en vigueur. La concurrence intra-européenne voire chinoise les pénalise beaucoup plus, ainsi que l’avalanche de normes européennes parfois alourdies par la France. Le Mercosur devrait être bénéfique, non seulement pour notre industrie, mais aussi pour certains secteurs agricoles. Il ne s’agit pas d’applaudir le Mercosur, mais on doit pouvoir aussi le dire.

Par ailleurs, de même qu’on ne peut pas avoir une industrie française et payer nos iPhones au prix du travail chinois, on ne peut pas exiger une alimentation à bas prix et une agriculture de qualité. Il faut choisir. Si on veut des poulets qui gambadent en France et des vaches qui broutent de l’herbe dans nos jolies provinces, il faut changer de téléphone ou de Nike moins souvent. Les agriculteurs devraient se méfier de leurs 60 millions d’amis qui dénoncent en cœur les effets dont ils chérissaient les causes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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