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L’impuissance des gouvernements à arrêter la désindustrialisation est spectaculaire

Le mur des comptes, la chronique éco de Jean-Jacques Netter


L’impuissance des gouvernements à arrêter la désindustrialisation est spectaculaire
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Toujours plus d’impôts et toujours pas de réformes


La plus mauvaise note du mois mérite d’être décernée au Parti socialiste. On a bien vu que leurs députés s’intéressaient beaucoup plus à la hausse des impôts qu’à la baisse des dépenses publiques. Leurs attaques contre un monde économique qu’ils ne comprennent pas n’ont pas cessé. Pourtant face à un endettement de 3 482 milliards d’euros (+ 66 milliards sur les trois derniers mois), il faut ajouter 800 milliards, qui correspondent aux retraites des fonctionnaires qui n’ont pas fait l’objet de provisions. Leurs pensions sont mises sous le tapis et cachées dans les nébuleux comptes publics. La dette réelle de la France est donc de 4 282 milliards d’euros soit plus de 140 % du PIB. Nous vivons au pays du gâchis, de la suradministration et de la décentralisation ratée. À ce niveau, ce n’est vraiment pas une bonne idée pour les socialistes de reprendre les idées de François Mitterrand en 1981 sur l’âge de départ à la retraite, sur les nationalisations, sur l’impôt sur la fortune… Si on rajoute à cette liste les 35 heures, elles ont toutes échoué. La fiscalité confiscatoire qu’ils proposent doit être ensuite corrigée par des niches fiscales, quitte à les retirer ensuite. Tout cela ne fonctionne pas. Pour trouver des solutions à la dette sociale qui est un véritable malheur français, il faut impérativement commencer par la diminution des dépenses publiques…

Tout plan de réduction des dépenses publiques passe par les points suivants : une réduction des pensions de retraite pour les aligner sur le niveau de la retraite européenne moyenne. Cela passe par un alignement du taux de CSG des retraites sur celui des salaires ; une réduction des aides personnelles au logement (APL), une baisse du RSA et une augmentation du reste à charge demandé par la Sécurité sociale ; une suppression d’au moins 200 000 postes de fonctionnaires. En 26 ans les effectifs de la fonction publique ont progressé de 24 %. Ils continuent de grimper alors que l’emploi baisse depuis des mois dans le secteur privé.

Ces idées, déjà lancées par François Fillon en 2017, ont été développées à de nombreuses reprises par Agnès Verdier-Molinié de l’Ifrap et les chercheurs de l’Institut Montaigne. Si ces mesures étaient appliquées, elles permettraient de réaliser environ 120 milliards d’économies dans le budget de l’État. Le problème, c’est que dans un pays où les créateurs de richesse représentent 40 % des électeurs et ceux qui profitent du système 60 %, les aspirants au pouvoir ne s’intéressent qu’aux bénéficiaires de la dépense publique.

Brandt n’aura pas réussi à survivre dans le grand mouvement de désindustrialisation. Le dernier gros fabricant d’électroménager en France sous les marques Vedette, Sauter et De Dietrich va disparaître. On est dans le grand sabordage. L’impuissance des gouvernements successifs à arrêter l’hémorragie des emplois industriels en France est spectaculaire. Elle est la conséquence du système social qui étouffe les entreprises françaises avec des charges de toutes sortes sur les retraites, le chômage, la prévoyance, les mutuelles obligatoires, le 1 % logement, le 2 % formation, sans oublier les cotisations pour les syndicats afin qu’ils soient en bonne forme pour torpiller l’industrie. Elle vient aussi de l’incapacité de l’Union européenne à construire une politique industrielle à l’échelle du continent, laissant la Chine nous submerger avec tous ses produits. La seule réponse apportée sur ce dossier par Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, qui se déclare confiant dans la réindustrialisation de la France, est son plan très innovant pour Brandt. Il s’agirait pour l’État d’apporter cinq millions d’euros à un projet de reprise par les salariés sous la forme d’une Société coopérative ouvrière de production (SCOP) ! On pourrait lui suggérer de regarder ce qui s’est passé chez Lip en 1973. L’affaire Lip a marqué à l’époque un changement radical du ton syndical et la montée des mouvements « spontanés » largement relayés dans les médias. Elle a suscité une abondante production journalistique et cinématographique présentant le chef d’entreprise et les actionnaires comme des « pourris ».

Teisseire va fermer son usine historique. Le leader du marché des sirops va fermer son usine située en Isère. La société rachetée en 2024 par une filiale de Carlsberg n’est plus rentable, car les cours du sucre ont progressé de 40 % entre 2022 et 2023.

Dans la voiture électrique, on est dans la panique. La majorité des clients potentiels n’en veut toujours pas. Le leasing social d’Emmanuel Macron promettant une voiture électrique à 100 euros par mois est un gadget. Le marché de l’occasion n’a pas décollé, car les nombreux obstacles n’ont pas été levés. L’Union européenne et les décideurs politiques français auront probablement organisé le plus grand suicide de l’histoire industrielle. D’ailleurs la voiture qui s’est le plus vendue en Europe sur les dix premiers mois de 2025 est le modèle Dacia Sandero à essence vendu à 13 290 euros. Tout cela montre bien qu’au-delà de l’innovation, c’est le prix qui est devenu le principal critère d’achat.

Il faudrait encore aborder l’agriculture française, qui est désormais déficitaire. Le secteur de la chimie est en véritable détresse. Et après les constructeurs, les équipementiers automobiles sont menacés par les sociétés chinoises qui veulent s’implanter en Europe.

Parmi les rares bonnes nouvelles du mois, on peut retenir Carmat, le concepteur du premier cœur artificiel bioprothétique autorégulé, au plus proche du cœur humain. Il a été sauvé de la faillite in extremis par Pierre Bastid son fondateur actionnaire à hauteur de 17 %, qui a finalement pu mobiliser les fonds nécessaires pour tenir les engagements de son plan de reprise.

Brevo, le spécialiste français de la relation client lève 500 millions d’euros pour essayer de devenir le « Salesforce européen ». Armand Thiberge, le fondateur de l’entreprise, a su convaincre deux fonds anglo-saxons, General Atlantic et Oakley Capital. Il compte réaliser un milliard de chiffre d’affaires en 2030.

Janvier 2026 – #141

Article extrait du Magazine Causeur




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Vice-président de l'Institut des Libertés

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