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Nouvelle-Calédonie: l’État doit soutenir les loyalistes attachés à la France

Alain Destexhe joue cartes sur table


Nouvelle-Calédonie: l’État doit soutenir les loyalistes attachés à la France
Militants indépendantistes du FLNKS à Nouméa, 13 avril 2024 © Nicolas Job/SIPA

Demain, 16 janvier, Emmanuel Macron réunit à Paris les responsables politiques calédoniens pour relancer les discussions sur l’avenir institutionnel du territoire. Mais la rencontre semble vouée à l’échec avant même d’avoir commencé, le FLNKS ayant, dans un ultime affront au chef de l’Etat, refusé d’y participer.


Depuis mai 2024, l’État recule face à une stratégie indépendantiste fondée sur le rapport de force. Les faits sont éloquents. Cette année-là, le gouvernement entreprend de corriger une anomalie démocratique majeure issue des accords de Nouméa: le gel du corps électoral, privant des citoyens français du vote là où ils habitent, pour les élections provinciales déterminantes sur ce territoire largement autonome.

Chronique d’un abandon progressif

À l’initiative de Gérald Darmanin et de Gabriel Attal, une réforme est proposée pour intégrer les natifs et les résidents installés depuis plus de dix ans : près de 26 000 citoyens français, soit environ un quart du corps électoral potentiel, jusque-là exclus du vote provincial, qui détermine également la composition du Congrès de Nouvelle-Calédonie, organe législatif dont est issu l’exécutif local. Le Sénat puis l’Assemblée nationale adoptent le texte à une très large majorité, lui conférant une légitimité politique et institutionnelle incontestable.

Les émeutes insurrectionnelles

Le jour même du vote à l’Assemblée nationale, des émeutes insurrectionnelles éclatent sur le Caillou. Elles durent plusieurs semaines, provoquant 14 morts – dont deux gendarmes –, plus de 700 blessés, ainsi qu’une paralysie économique durable. Les dégâts matériels sont estimés à 2,2 milliards d’euros. L’État cède immédiatement : la réforme est suspendue, puis abandonnée à l’automne 2024 et les élections provinciales sont reportées.

C’est dans ce contexte que Manuel Valls, nommé ministre des Outre-mer, reprend le dossier. En mai 2025, lors de la réunion de Deva en Nouvelle Calédonie, il propose – à la stupéfaction générale – un schéma d’« indépendance-association » perçu par beaucoup comme un renoncement à la souveraineté française. Le projet prévoit le transfert de compétences régaliennes essentielles à un futur « État calédonien », ne laissant à la France que des prérogatives résiduelles. Les loyalistes s’y opposent, estimant qu’il s’agirait d’un abandon du territoire au profit des indépendantistes.

Le compromis de Bougival, puis son effondrement

Face à un rapport de force défavorable, avec désormais un gouvernement qui ne les défend plus, les loyalistes adoptent une stratégie de repli pragmatique. À Bougival, en juillet 2025, ils acceptent un compromis institutionnel déséquilibré, comportant de nombreuses concessions : création d’un « État de Nouvelle-Calédonie » au sein de la République, reconnaissance d’une nationalité calédonienne distincte, élargissement des compétences locales et possibilité de transferts régaliens par un vote renforcé du Congrès. En échange, ils obtiennent un dégel partiel du corps électoral pour les résidents depuis plus de dix ans.  L’accord est signé par toutes les parties, y compris le FLNKS.

Mais dès l’été 2025, le FLNKS renie sa signature et se retire de l’accord sous la pression de sa base, jugeant le texte incompatible avec l’objectif d’indépendance pleine et entière. L’État tente alors de sauver le processus en annonçant une consultation populaire sur le texte de Bougival, avant d’y renoncer face à la menace de boycott et au risque de nouvelles violences.

Retour à la case départ

La concertation annoncée début 2026 par Emmanuel Macron intervient dans un climat d’incertitude totale : la réforme électorale a été abandonnée, l’accord de Bougival est caduc et la Nouvelle-Calédonie se retrouve dans une situation identique à celle de début 2024, mais avec un État affaibli et une économie exsangue.

Dans cette séquence, les loyalistes apparaissent comme les grands perdants. Ils ont accepté des compromis défavorables proposés par l’État et assumé la responsabilité de la stabilité de l’île, sans jamais obtenir de réciprocité.

Le dégel du corps électoral, une nécessité

Le dégel du corps électoral est indispensable. Il conditionne la légitimité des élections provinciales et l’égalité civique des citoyens français de Nouvelle-Calédonie. Tant que l’État n’affirmera pas clairement cette priorité, il restera prisonnier d’un dialogue asymétrique où l’un des acteurs refuse toute solution qui ne conduirait pas mécaniquement à l’indépendance.

Il faut également tirer une conclusion politique évidente : le FLNKS n’acceptera aucun compromis significatif.  Son objectif est l’indépendance, et rien d’autre. L’État doit en prendre acte et cesser de structurer sa stratégie autour d’un acteur qui refuse la démocratie et mise sur le départ des non kanak de l’île.  A trois reprises, les Calédoniens ont voté par référendum pour rester français. La responsabilité de Paris est désormais d’avancer avec la population calédonienne attachée à la France, à l’égalité civique et à la stabilité.

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Sénateur honoraire belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

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