C’est la stupéfação ! En doublant son score par rapport au dernier scrutin présidentiel portugais, le populiste de droite André Ventura accède au second tour. Ses chances de l’emporter sont minces, même si le Premier ministre de droite Luis Montenegro a indiqué qu’il ne donnera pas de consigne de vote. Les nostalgiques portugais, sortis de leur dictature en 1974, sont à leur tour gagnés par la crise identitaire.
Séisme politique au Portugal. En ce dimanche 19 janvier, le candidat de droite nationale, André Ventura, 43 ans, est arrivé en seconde position au soir du premier tour des élections présidentielles portugaises. Annoncé dimanche soir entre 20 et 25 %, il est pour le moment distancé par le socialiste António José Seguro, qui est passé de 23 % dans les sondages à un score compris entre 30 et 35 %. Cela reste suffisant pour accéder au second tour : une première historique.
Plus Jean-Marie que Marine Le Pen
Cheveux poivre et sel, barbe de trois jours, sourire Colgate, André Ventura a des airs de mandataire en assurances ou de chanteur pour dames. Il est né en 1983 dans les environs de Sintra, ville où Paul Morand et Jacques Chardonne avaient leurs habitudes et où quelques dynasties en exil se sont éteintes à l’ombre des châteaux de style néo-gothique. André Ventura est le fils d’un propriétaire de magasin de vélos et d’une employée de bureau. Il se fait baptiser à quatorze ans (ce qui est tard, dans ce pays fortement catholique), entre au séminaire mais renonce à la prêtrise par amour. Il se tourne vers l’Irlande, où il soutient un doctorat de droit. Il entreprend au pays une carrière de commentateur sportif sur la chaîne CMTV, de 2014 à 2020 et envisage un temps de prendre la tête de Benfica, le club de football de Lisbonne. Pour avoir défendu la création d’un plan de confinement spécifique à la communauté rom, durant l’épidémie, il se fait virer par la chaîne de télévision.
A lire aussi: Téhéran: bagatelle pour un massacre
C’est alors qu’il s’investit totalement en politique, avec le parti Chega. Le personnage se distingue par des sorties tonitruantes. En 2016, après l’attentat de Nice, il déclare qu’il « défend la réduction drastique de la présence islamique dans l’Union européenne ». En 2019, il défend la castration chimique des violeurs d’enfants. Son style, les thèmes qu’il choisit et ses déclarations sur la corruption des élites le rapprochent davantage du Jean-Marie Le Pen des années 80 que de Marine Le Pen. Une sorte de national-poujadisme, plus libéral que social.
« Nous sommes un petit pays »
Les débuts politiques sont modestes. De 2019 à 2022, il siège d’abord tout seul au Parlement portugais. Puis la marée monte. En 2025, Chegacompte 60 sièges sur les 230 possibles. La diaspora établie en France n’est pas insensible à l’appel de M. Ventura : en 2024, Chega obtient l’un des deux sièges de la diaspora établie en Europe. Au consulat de Marseille, le vote Chega se retrouvait en tête et montait alors à 20 %. Au pays, le Sud pauvre (c’est moins vrai dans l’Algarve), plutôt à gauche, cède davantage aux sirènes de Chegaque le Nord, de tradition chrétienne-démocrate. Le Portugal a su surmonter la crise des dettes souveraines des années 2010. Il dégage aujourd’hui un excédent commercial et se finance moins cher que la France sur les marchés internationaux. Et pourtant, un mal-être lusitanien subsiste, sur fond de flux migratoires incontrôlés. A Entroncamento, ville dirigée par Chega, Emidio Gomes, chauffeur de taxi, explique :« Les immigrés qui arrivent sont surtout africains, ils viennent d’Angola, du Mozambique, de Guinée. Leur arrivée a fait flamber les prix de l’immobilier et a créé un fort climat d’insécurité. Il faut bien que quelqu’un donne un coup de pied dans la fourmilière, au moins pour notre sécurité et pour trier la population, notamment ceux qui volent, agressent ou que sais-je encore ». La propagande de la dictature rappelait en permanence que le Portugal n’était pas un petit pays, grâce à son empire. Aujourd’hui, M. Ventura déclare : « Nous sommes un petit pays qui risque de perdre son identité ».
Le travail en plus
En 2024, le Portugal a célébré en grande pompe les cinquante ans de la fin de la dictature. Un peu comme le régime de Vichy, le régime de Salazar obsède la vie politique portugaise. André Ventura, issu du parti social-démocrate jadis incarné par José Durão Barroso, a pris soin de tenir les groupuscules nostalgiques à l’écart de Chega. Et en 2020, il s’est montré extrêmement critique à l’égard de cet héritage : « La République dirigée par le Dr António de Oliveira Salazar, dans l’ensemble, n’a pas résolu les problèmes du pays et nous a considérablement retardés sur plusieurs points. Elle ne nous a pas permis d’atteindre le développement que nous aurions pu connaître, notamment dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale. Le Portugal aurait pu se développer de façon extraordinaire et nous avons pris du retard, tout comme l’Espagne ». Mais parallèlement, il a tout de même recyclé la devise de Salazar, « Dieu, patrie, famille » en ajoutant le « travail » au triptyque.





