C’est une belle histoire à raconter dans les écoles, les prêches et les veillées chez les personnes de bonne volonté.
Figurez-vous qu’aux États-Unis ils ont aussi leur Jake Lang. Mais avec un « e » de plus à la fin du prénom et, autre différence notable, le leur se veut militant d’extrême-droite. Il se montre en particulier très actif dans le soutien à la police de l’immigration, ICE, celle dont on a tant parlé dans nos médias français de référence et de bien-pensance après deux bavures, de fait extrêmement regrettables, puisque deux personnes y ont perdu la vie.
Cet ancien émeutier du Capitole gracié par Donald Trump avait cru judicieux d’organiser, voilà quelques semaines, le 17 janvier dernier pour être précis, une manifestation en faveur de la police sus-mentionnée à Minneapolis, dans le Minnesota.
Il s’attendait à ce qu’il y ait foule. Ce ne fut pas vraiment le cas. Il paraît que l’événement aurait surtout réussi à mobiliser le camp d’en face, les anti-police de l’immigration. De ce côté-là, on est venu en nombre, et notre aventureux Jake Lang a bien failli passer là un très sale quart d’heure. Pris à parti, malmené, insulté, il aurait même pu y laisser non seulement des plumes, mais la vie. Carrément.
Or, là où l’histoire devient non seulement plaisante mais édifiante et jolie est que ce gars qui fait profession de détester les Noirs, qui conchie autant qu’il le peut les transsexuels, les homos, se vit protégé des coups par un Black de trente ans, Ishciah Blackwell, genre costaud de chez costaud, et sauvé de la meute par un(e) transgenre, noire elle aussi, qui passait par là en voiture en compagnie son amie. Daye Gottche – c’est son nom – a arrêté l’auto pour permettre au gringalet bien mal parti de s’enfuir. Notre vaillant et calamiteux activiste Lang doit donc une fière chandelle à deux personnes appartenant aux catégories sociales qu’il combat aussi violemment qu’il le peut, qu’il méprise matin, midi et soir, et qu’il voudrait voir réduites au silence et à l’inexistence.
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Les déclarations de ses sauveurs sont intéressantes, elles aussi édifiantes. Autant au moins que leur action. Blackwell, le costaud, a simplement dit : « Je suis un homme et je crois que tous les humains doivent être traités de la même manière. » Précisons que, faisant un rempart de son corps, il a ménagé assez d’espace à Lang pour que celui-ci puisse s’éloigner de la zone sensible et grimper dans la voiture.
Daye Cottsche, quant à elle – ou lui, ou iel, au choix – a reconnu ne pas avoir reconnu le boutefeu extrémiste au moment où elle l’a fait monter dans la voiture. Cependant elle a tenu à préciser que si elle l’avait reconnu elle aurait agi exactement de la même manière. Joli, non ? « Si nous ne nous étions pas arrêtés, a-t-elle ajouté, sans doute aurait-il été mort. »
Belle histoire, en effet. Le maire de Minneapolis y est allé de son commentaire : « Lang considérait cet homme noir comme inférieur à lui, cet homme noir, lui, le considérait comme un être humain. Est-ce suffisant pour le faire réfléchir ? »
Rien n’est moins certain. À un certain degré, la haine abolit toute faculté de réflexion, hélas…
En revanche, nous pouvons être certain d’une chose : s’il s’était agi de notre Jack Lang à nous, le fait que la jeune trans à l’auto ne l’ait pas reconnu l’aurait sans aucun doute tué net. Son ego n’y aurait pas survécu.
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