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Dernier adieu

Habayta, le retour à la maison...


Dernier adieu
Le président israélien Isaac Herzog s'incline devant le cercueil de l’otage israélien Ran Gvili, dont la dépouille a été rapatriée en Israël, dans la ville méridionale de Meitar, le mercredi 28 janvier 2026 © Chaim Goldberg/AP/SIPA

Les Israéliens ont enterré hier leur dernier otage. Ran Gvili a été le premier à partir, et le dernier à revenir. Si sa mort symbolise la fin du chapitre des otages, ce n’est ni la fin de la guerre ni celle du traumatisme national.


Habayta, le retour à la maison, c’est le mot qui a symbolisé l’élan de tous les Israéliens depuis le 7 octobre 2023.
Habayta, c’est l’espoir du retour des otages, du retour des soldats, du retour à la normalité de la vie et, plus profondément, du retour à soi-même. Cette chanson, écrite il y a une quinzaine d’années par un auteur religieux, Ishay Ribo, a unifié le pays.
Habayta, comme l’autre chanson symbole de ces vingt-huit mois tragiques, « Eyn li Eretz aheret » (je n’ai pas d’autre pays), c’est aussi le lien charnel entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël.

Le 26 janvier, le corps de Ran Gvili a été rapatrié en Israël, Habayta. C’était le dernier des otages. Depuis deux ans, le Shin Bet[1] avait informé sa famille que ce jeune homme, sergent dans l’unité d’élite de la police, Yassam, enlevé le 7 octobre, était mort au combat.

Fierté collective

Convalescent d’une fracture à l’épaule, Ran Gvili avait enfilé sa tenue militaire dès qu’il eut entendu les nouvelles et était parti en moto vers le pourtour de Gaza. Il combattit au kibboutz Aloumim et il y fut tué. On dit qu’il avait, à lui seul, abattu une douzaine de terroristes.

Ran Gvili a été enterré en présence du président de la République et du Premier ministre. Dans le même kibboutz Aloumim, les frères Noam et Yishai Slotki, fils d’un rabbin de Zaka, deux réservistes accourus spontanément, ont été tués côte à côte en combattant. Grâce à Ran Gvili, grâce à eux et grâce aux autres défenseurs, la zone résidentielle de ce petit kibboutz religieux du Bné Akiva, placé entre Beeri au sud et Kfar Aza au nord, a échappé au carnage — un carnage qui a néanmoins fauché les travailleurs agricoles népalais et thaïlandais qui étaient logés près des champs. Ils ne ressemblaient guère à des impérialistes sionistes, mais furent tous massacrés, car la frénésie de mort de terroristes biberonnés à la haine ne fait aucune distinction.

Les défenseurs d’Aloumim, comme tous les Israéliens d’origines diverses — et dont certains sont Arabes — qui sont tombés ce jour-là en combattant, sont une source de fierté collective et un signal d’unité pour Israël. Dans ce pays qui se déchire si souvent, ils devraient imposer, par décence, une diminution des invectives.

Une analyse ADN confirme l’identité du corps

La découverte du corps de Ran Gvili est le fruit d’un travail impressionnant, où l’on décèle la plaie non refermée de la disparition de l’aviateur Ron Arad il y a quarante ans. Après avoir déterminé que le cadavre pouvait avoir été enterré dans un cimetière du nord de la bande de Gaza, à l’intérieur de la zone contrôlée par Israël, l’unité israélienne spécialisée, célèbre dans le monde entier, a procédé à l’analyse dentaire de plusieurs centaines de cadavres, a retrouvé celui de Ran Gvili, et ses conclusions ont été confirmées par l’analyse ADN.

Coïncidence saisissante, le dernier otage israélien est revenu chez lui le jour anniversaire de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.

Le 27 janvier 1945, des soldats de l’Armée rouge arrivent, un peu par hasard, à Auschwitz, qu’ont quitté 60 000 déportés partis dans les terribles marches de la mort. Ils y trouvent 7 000 prisonniers trop faibles pour marcher, que les nazis n’ont pas eu le temps d’assassiner. Parmi eux, il y a Primo Levi, futur auteur de Si c’est un homme. Ballotté d’un pays à l’autre, il ne retrouvera sa maison à Turin qu’après un périple de neuf mois dans une Europe en plein chaos. Lui a de la chance. La majorité de ses compagnons n’ont plus de maison où aller et plus de famille à embrasser. Enfermés dans des camps pour personnes déplacées, beaucoup chercheront à rejoindre un pays où sont déjà installés des centaines de milliers de Juifs, parce que c’est la terre de leurs ancêtres. Ils vont en faire leur État, là où les Juifs n’auront plus à subir les soubresauts de la haine, de l’ignorance, des calculs, du fanatisme, de la jalousie, du mépris, de l’indifférence ou du bon vouloir de certains de leurs concitoyens. Habayta. Israël.

Quatre-vingt-un ans plus tard, nous pensions que tous, horrifiés, avaient appris et compris. C’était une illusion. Dans un centre de mémoire français, au moment même de la commémoration de la Shoah, une élue de la République accuse Israël de génocide.

Avec la diffusion des mensonges du palestinisme, la haine d’Israël devient ainsi une arme de destruction du langage. L’un de mes amis, qui évoquait les 30 000 morts iraniens, a été assailli de commentaires accusant le Mossad d’être responsable du massacre. Qu’importe à ces calomniateurs une vérité qui n’est pas celle qu’ils désirent ?

Les otages israéliens sont rentrés à la maison, mais le combat doit continuer. C’est à nous tous désormais de sauvegarder les mots de notre maison commune, ceux d’un langage qui doit représenter d’aussi près que possible la vérité des faits. Il en va de l’avenir de notre civilisation.


[1] renseignements intérieurs israéliens NDLR.




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est président d'honneur du CRIF.

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