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Justice: les citoyens se rebiffent…

Le billet justice de Philippe Bilger


Justice: les citoyens se rebiffent…
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Face à l’explosion de l’insécurité, la colère des victimes bouscule une justice déconnectée et marque un tournant dans le rapport des Français à la protection et à la légitime défense, observe notre chroniqueur.


Plutôt que de lire ou d’entendre des absurdités ou des approximations sur la justice pénale (et sur certaines condamnations que des considérations de proximité personnelle ou de partialité empêchent d’appréhender avec lucidité), il vaudrait mieux interroger la France profonde, appréhender ses mouvements et ses évolutions, et se féliciter que, désormais, face à l’insécurité et à la criminalité, les citoyens en aient assez et se rebiffent, en particulier les femmes.

Un univers technique qu’il faut bousculer

Elles ne se contentent plus de critiquer banalement les pratiques judiciaires, leur faiblesse, voire leur impuissance. Elles protestent, se révoltent, demandent des comptes, exigent des explications et, par leur attitude, constituent un aiguillon salutaire ainsi qu’une incitation pour l’institution, désormais contrainte de prendre acte de leurs injonctions à mieux faire.

J’ai considéré que, trop souvent, la magistrature traitait avec une forme de condescendance, voire de mépris, ces intrusions qu’elle jugeait inadmissibles de la part du peuple, alors même qu’elles le concernaient au premier chef.

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Un excellent article de Guillaume Poingt[1] a mis en lumière le fait que, « il y a un an, le jeune Elias était tué à Paris d’un coup de machette. Sa mère a alors pris la parole dans les médias, à l’instar de Claire Geronimi et de Harmonie Comyn, toutes deux victimes de récidivistes ».

Ce n’est pas rien que ces douloureux et convaincants réquisitoires de la douleur, où l’indignation se mêle aux larmes. Cette irruption du profane meurtri dans l’univers technique de la justice et dans le monde trop en vase clos des juges, va changer la donne, pour le meilleur, en ne laissant plus jamais le pire être traité avec indifférence.

Malgré les apparences, je ne m’éloigne pas de cette analyse en m’appuyant à nouveau sur un article du Figaro[2]. Christophe Cornevin y rapporte un constat dramatique : « 454 vols avec arme à feu commis contre des particuliers à leur domicile au cours des onze premiers mois de l’année 2025, soit plus d’une dizaine d’attaques chaque semaine ».

Derrière ce chiffre impressionnant – quand je songe qu’un ancien garde des Sceaux a osé parler de « sentiment » d’insécurité – se cachent l’angoisse des familles, la peur de mourir, la profanation de l’intimité et, « lorsque les cambriolages virent à l’épouvante », la lancinante question de la légitime défense, l’honneur du courage, ainsi que l’inquiétude d’être mal jugé à tous points de vue.

Double peine

Face à ce fléau social, qui ne touche plus seulement les métropoles et les grandes villes, je ne cesse de songer à ce renversement des valeurs qui, trop souvent, n’accable pas le transgresseur autant qu’il le faudrait mais qui, en revanche, fait subir l’enfer au citoyen – victime ou propriétaire – lorsqu’il s’est protégé, lui et les siens, parfois jusqu’à provoquer la mort du cambrioleur, et qu’il se voit reprocher de n’avoir pas respecté le sacro-saint principe jurisprudentiel de proportionnalité.

Comme si, face à une violence intolérable et maximale, l’innocence avait le loisir de doser sa riposte au trébuchet.

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Comme si, plongé dans l’épouvante, le père ou l’époux pouvait encore disposer d’une maîtrise millimétrée, lui permettant une réaction licite jusque-là mais pas au-delà. Quand le dérèglement délictuel ou criminel domine, ils seraient donc les seuls à être coupables d’un manque de mesure contre la fureur et la violence ?

Il est hors de question de favoriser la dégradation de la France en un immense Far West ; mais, pour échapper à cette dérive, il convient, d’une part, que l’État soit à la hauteur de sa mission régalienne de protection et, d’autre part, qu’il ne laisse pas certains de ses citoyens mourir – au lieu de survivre – en raison d’un pointillisme juridique dérisoire face au feu de la vie. Il y a, en France, un air de révolte.

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[1] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/harmonie-comyn-claire-geronimi-la-mere-d-elias-ces-femmes-qui-brisent-le-silence-des-victimes-et-demandent-des-comptes-a-l-etat-20260122

[2] https://www.lefigaro.fr/actualite-france/jeunes-et-febriles-les-cambrioleurs-frappent-leurs-victimes-a-coups-de-marteaux-quand-les-sequestrations-a-domicile-virent-a-l-epouvante-20260117



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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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