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Un terrain très politique

"Le Sport à l’épreuve des idéologies" (FYP Editions) vient de sortir en librairie


Un terrain très politique
Le joueur Demba Ba de Chelsea après avoir marqué un but, Stade de Stamford Bridge, Londres, 6 novembre 2013 © Joe Toth/BPI/REX/REX/SIPA

Dans son dernier livre, notre contributeur Frédéric Magellan montre que le sport est devenu le lieu d’expression favori des contestations politiques et de l’entrisme religieux.


Et si, malgré ce qu’affirment les manuels d’histoire, la Guerre froide avait commencé le 21 novembre 1945 sur un terrain de football anglais? Ce jour-là, au stade du White Hart Lane, dans la banlieue de Londres, le club local d’Arsenal affronte le Dynamo de Moscou. Devant 100.000 spectateurs, le match est le point d’orgue de la visite de la plus fameuse des équipes soviétiques au Royaume-Uni, invitée pour célébrer la victoire des Alliés sur le nazisme et sceller l’amitié entre la Russie stalinienne et l’Empire britannique.

Une guerre sans coups de feu

Redoutant une cuisante défaite, la Chambre des Communes a, quelques jours auparavant, demandé au gouvernement d’autoriser que les deux footballeurs stars du pays, Stanley Matthews, de Stoke City, et Stanley Mortensen, de Blackpool, intègrent momentanément Arsenal. Un manque de fair play qui n’a d’égal que la tricherie auxquels se livreront les Russes au cours de la partie, en jouant à douze pendant une vingtaine de minutes, à la faveur du brouillard à couper au couteau. Score final : 3-3. Le mois suivant, George Orwell écrit dans le quotidien Tribune: « A un certain niveau, le sport c’est une guerre sans coups de feu. »

Dès l’Antiquité, le sport a entretenu des liens étroits avec la politique. Conçus comme la mise en scène symbolique d’un conflit entre cités, les Jeux olympiques sont censés permettre la pacification des relations entre les peuples. Puis deux millénaires plus tard, à partir de Mussolini (lors de la Coupe du monde de football en Italie en 1934) et de Hitler (durant les JO de Berlin en 1936), les pouvoirs utilisent les compétitions comme vitrines idéologiques.

Les belles histoires de Frédéric Magellan

Seulement nous sommes rentrés à présent dans une nouvelle ère, constate Frédéric Magellan dans un livre passionnant consacré à la question, fourmillant d’exemples  percutants et de récits truculents. Nous voilà désormais à l’ère d’une politisation non plus seulement orchestrée par les Etats, mais aussi par les mouvements contestataires, notamment religieux et progressistes. Le moment fondateur de ce phénomène remonte sans doute aux JO de Mexico de 1968, quand les sprinteurs américains Tommie Smith et John Carlos levèrent le poing sur le podium en soutien au mouvement des droits civiques.

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Mais c’est plus récemment que cette politisation contestataire est devenue un système. En 2016, la question raciale a fait sa réapparition dans les stades avec le geste du joueur de football américain Colin Kaepernick, qui s’est agenouillé pendant l’hymne national pour dénoncer les violences policières envers les Afro-Américains, et qui a fait école.

Tensions

Ainsi, depuis une dizaine d’années, le sport est devenu un terrain de confrontation permanent entre différentes formes de militantisme, à commencer par l’antiracisme donc, mais auquel il faut ajouter l’islamisme et la lutte pour les droits LGBT. Des dynamiques à l’image de nos sociétés où les identités individuelles s’expriment de façon toujours plus spectaculaire dans l’espace public. Résultat, de nouvelles tensions apparaissent sur les terrains notamment lorsque certains athlètes, soutenus par des Etats comme le Qatar, revendiquent la manifestation ostensible de leur foi tandis que les campagnes contre l’homophobie sont organisées par les fédérations occidentales. Dernier exemple en date en France : le 16 mai dernier, quand l’attaquant du FC Nantes Mostafa Mohamed a boycotté la dernière journée de Ligue 1 afin de ne pas porter les couleurs de la gay pride sur son maillot.

Et dire que pendant ce temps, le sport continue d’être un îlot de résistance, où se célèbrent les principes du monde d’avant. Les drapeaux nationaux, les hymnes et les rivalités entre pays restent ainsi des passages obligés. Et l’’élitisme et le capitalisme y sont glorifiés d’une manière tellement décomplexée que même Donald Trump ressemble à un être sans prétention à côté de certains athlètes stars. Enfin, une forme de sexisme structure encore la plupart des disciplines. La séparation stricte entre catégories masculines et féminines, les écarts de médiatisation ou de rémunération témoignant d’une organisation “genrée” persistante, contre laquelle il est étonnant que les organisations féministes n’aient pas encore fait d’action d’éclat.

254 pages



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