Islamisation de la France. Au Fauga, en Haute-Garonne, une institutrice a été menacée de décapitation par le père d’un élève, vendredi 4 septembre, après qu’une de ses collègues a sanctionné son fils. L’enseignante a porté plainte et le père a été condamné ce jeudi à six mois de prison ferme. Ses deux enfants seront désormais scolarisés dans une autre école.
Oui, enfin ! À Toulouse, un président de tribunal courageux, prenant l’exacte mesure de la gravité des faits, a dit le droit et rendu la justice. Six mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre d’un père d’élèves de quarante-sept ans coupable d’avoir menacé de décapitation une enseignante de l’établissement où sont accueillis deux de ses enfants. Le mandat de dépôt nous indique que, dès le soir du jugement, le coupable a dormi en taule. La main du magistrat, décidément, n’a pas tremblé.
M. Abdelkader B. – Oui, il se nomme Abdelkader, je n’y peux rien. Il s’appellerait Antoine, Raymond, Bébert ou Archibald, je donnerais aussi son prénom, évidemment. Il ne s’agit nullement de stigmatiser (j’entends d’ici les belles âmes…) mais tout simplement de rendre compte des faits, rendre compte de la réalité en répondant aux basiques questions journalistiques : qui, quoi, où, quand, etc. Qui ? nous venons de désigner le condamné. Quoi ? Menace de décapitation à l’encontre d’une enseignante après que le rejeton du condamné en question a été puni à l’école. Où ? Précisément dans cette école, au Fauga, petite ville de Haute-Garonne.
De son propre aveu, la victime « s’est vu finir en Samuel Paty ». On la comprend. Il y a, chez nous en France, en effet, d’atroces précédents, des enseignants immolés sur l’autel de la bêtise, de la barbarie et de la haine réunies. Ce sont donc Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Probablement, M. Abdelkader B. n’en avait jamais entendu parler ? Par bonheur, le président du tribunal, lui, ne les avait pas oubliés. Qu’il en soit remercié et félicité.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme se plaisait à dire ce vieil Aristote, mais si la fermeté de ce magistrat pouvait sonner quelque chose comme la fin d’un certain laxisme judiciaire qui n’a que trop duré et fait tant de dégâts chez les victimes, ce serait, oui, une sacrée embellie.
Mais le chemin est certainement encore long et semé d’embûches. Il y aura beaucoup à faire, c’est certain, pour changer les mentalités.
Au cours du procès, l’avocate du prévenu a cru présenter une défense non seulement cohérente mais décente, en proposant que son client ne soit condamné qu’à une peine d’intérêt général. Elle ajouta pour tout argument que « cela suffirait à réparer le mal fait à la société ».
Et le mal fait à la victime, on s’en tape ?
L’avocate non plus n’aura probablement jamais entendu parler des trois martyrs que nous avons cités.
Certes, cette dame est dans son rôle de défenseur. Mais pour qu’une défense soit efficace, digne, rationnelle et raisonnable, ne doit-elle pas tenir compte de la réelle gravité des actes commis, leur être proportionnée ? Donner à penser qu’une peine de balayage de square ou de surveillance de sortie d’école pourrait réparer si peu que ce soit les dommages causés par une menace de mort par décapitation me semble juste friser le foutage de gueule caractérisé avec effets de manche… Quand je disais qu’il y aurait du boulot pour faire évoluer certaines mentalités, je crois que je ne me trompais guère…
Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.
Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.
Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.
Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »
Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?
Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.
Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »
Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.
Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.
Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?
Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.
C’était il y a trente-six ans.
Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.
Sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Les Mythes de Napoléon brosse le portrait de l’Empereur sous un angle inédit : les rêves, les mythes et les idées reçues qu’il a suscités toute sa vie, et bien après.
Encore un livre sur Napoléon ? Mais sur Napoléon, on a déjà presque tout dit et tout écrit, direz-vous !
« Presque » en effet. Et tout est dans ce « presque » qui laisse encore beaucoup d’occasions de visiter, revisiter et interpréter l’épopée napoléonienne, ses origines, ses dynamiques, son héritage. Si Napoléon, l’homme, constitue évidemment en tant que tel un sujet historique immense et passionnant, que dire alors de l’autre Napoléon, le mythe. Car autour de cette figure et de son œuvre se rattachent tout un imaginaire, véritable construction mentale faite de mythes, de rêves et d’idées reçues – des plus favorables aux plus sombres.
Deux experts incontournables
C’est à cette dimension que s’attaque Les Mythes de Napoléon. Sous l’impulsion de Thierry Lentz, ancien directeur de la Fondation Napoléon, et de Charles-Éloi Vial, conservateur au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, tous deux experts incontestables de cette période, l’ouvrage propose une relecture des grandes interrogations qui touchent à l’Empereur des Français. À travers dix-sept questions, aussi diverses que passionnantes, historiens et spécialistes analysent faits et contextes, espérances et conséquences…
Au fil de l’étude de ces « mythes », se dégagent de nouvelles clés de lecture de l’épopée napoléonienne qui nous éloignent aussi bien des raccourcis faciles que des interprétations manichéennes ou partisanes en tout genre.
Conquête et conservation du pouvoir, occupation et organisation de l’Europe, stratégie militaire et ambition diplomatique, place de Dieu et de la religion dans la société, rétablissement de l’esclavage, statut de la femme… autant de thèmes qui permettent de mieux cerner le personnage de Napoléon, ses aspirations et la véritable dimension de son œuvre. Plus encore, ces réflexions sont l’occasion d’interroger nos propres conceptions tant leur pertinence semble parfois d’une extraordinaire actualité.
Ainsi, abordant la question européenne, Joseph Fiévée, préfet et conseiller de Napoléon, écrit : « On a des pensées européennes, on voudrait une politique européenne, on annonce ces désirs et ces prétentions sans se douter qu’on appelle l’ambition à tenter de réunir l’Europe sous une seule domination. » Une analyse qui trouverait sa place dans bien des débats sur la construction européenne actuelle !
Lorsque l’Empereur déchu brosse le portrait du maître du Kremlin dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il semble nous parler : « On doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire […]. Il est fin, faux, adroit. » Napoléon n’est surement pas le dernier chef d’État français à s’être laissé séduire, et endormir, par les belles paroles venues du Grand Est…
Éternel
Plus inattendu, quand Napoléon aborde son « génie militaire », il nous livre une formidable leçon d’humilité pour notre temps. « Si je parais prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c’est qu’avant de rien entreprendre, j’ai longtemps médité, j’ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres ; c’est ma réflexion. » Combien de nos contemporains, persuadés de leur génie, seraient inspirés de relire ces propos et de se souvenir que le talent n’exonère ni du travail ni de l’effort.
On pourrait s’étonner d’une telle pertinence des mythes napoléoniens… mais n’est-ce pas après tout le propre des mythes que d’être éternels ? Ils invitent chaque époque à en réinterroger la signification sans jamais perdre sa force et sa pertinence.
Les Mythes de Napoléon, sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Perrin, 2026. 352 pages.
Une pression s’exerce actuellement sur les candidats présidentiels du centre et de la droite pour qu’ils se réunissent derrière Edouard Philippe. Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont déjà rejeté la proposition du maire du Havre de former un comité. Le plus grand problème posé par un tel rassemblement, c’est qu’il ne serait fondé sur aucun vrai projet, mais uniquement sur l’idée de faire barrage contre une menace « d’extreme-droite » qui n’existe plus. La vraie menace « fasciste » se trouve plutôt à gauche, du côté de LFI. Et comme l’a dit David Lisnard, à quoi bon se réunir derrière des gens qui ont déjà échoué à la tête du pays? Gabriel Attal garde l’air d’un clone d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, bien qu’il ait pris la mesure des vrais enjeux, ne décolle pas parce qu’il est handicapé par l’image de LR, toujours associée aux échecs du passé.
L’incapacité gouvernementale se traduit en ce moment par le recours à des hypothèses de croissance pour le moins optimistes afin de construire le budget. Certes, cela relève d’une pratique devenue traditionnelle pour l’Etat français, mais c’est particulièrement grave au moment où l’économie risque de s’effondrer. Dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie, on parle d’un retour possible des Gilets jaunes et des ronds-points occupés. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle à des manifestations géantes le 15 septembre et le 17 octobre, et veut voir le PDG de TotalEnergies traduit devant la justice. Il est évidemment motivé par le besoin d’exister face au candidat de LFI. A cette fin, il cherche à réveiller la vieille haine des riches qui dort dans le psyché français. Mesure-t-il combien il joue avec le feu?
France Télévisions est l’objet de critiques, non de la droite, comme on aurait pu le supposer, mais de la gauche. Le replay de l’épisode de la Grande Librairie, d’Augustin Trapenard sur France 5, où Adèle Haenel fait un discours comparant l’invisibilisation des violences faites aux femmes avec celle d’un supposé « génocide » à Gaza, a été supprimé du site. Cela n’a pas empêché l’extrait de circuler largement sur les réseaux sociaux. Certains crient à la censure, mais le discours de l’ex-actrice devenue auteure a été tenu au moment où l’accusation de génocide contre Israël s’effondre, faute de preuves réelles. Il n’aurait pas dû être diffusé sans qu’un contradicteur n’y réponde. Cette accusation reste tenace parce que ces peoples militants s’y accrochent. Dans quelle mesure sont-ils conscients qu’elle représentent un appel à la haine à peine dissimulé?
La commémoration des attentats du 11 septembre, responsables de presque trois mille décès ce jour-là, est un événement solennel. Pendant que tous les autres présidents vivants, de George W. Bush qui était en fonction à cette époque, à Joe Biden, se réunissent sur le site des deux tours à New York, Donald Trump fait cavalier seul en se rendant au Pentagone. Pourtant, en France comme ailleurs, on a trop tendance à vouloir pleurer les morts sans rappeler le pourquoi de cet acte terroriste, sans parler du djihad et sans désigner les responsables. L’Occident a refusé d’apprendre la leçon du 11 septembre, qui est qu’il est menacé par une volonté de conquête.
Ecoutez les analyses de Céline Pina et Jeremy Stubbs dans notre nouveau podcast 👇
La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et ça nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui considèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?
Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».
Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise.
Progressisme : ça sent le Sapin
Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…
Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.
On n’est pas bien, entre couilles ?
Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « sesprofesseurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête – qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.
De gauche à droite, Noémie Halioua, Alain Finkielkraut et Victoire Tuaillon.
Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!
Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.
Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.
Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.
La révolte du résistant Sylvain Bourmeau
Sylvain Bourmeau.
Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”,alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.
Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce quidégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…
[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.
[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.
Ses chefs annoncent avec fracas qu’aucun de ses membres ne se rendra aux invitations de la chaîne d’information continue BFMTV. Pour l’heure, la sanction ne porterait que sur une semaine. En effet, en période électorale, il convient de ne pas pousser la bouderie trop loin et de se priver trop longtemps de présence médiatique.
La décision aura été prise après que les censeurs politiques de ce mouvement au fonctionnement démocratique des plus étranges auront considéré que la ligne éditoriale de la chaîne en question se droitise. Présences facho-compatibles sur les plateaux, propos racistes et climatosceptiques tenus sans vergogne sur ces mêmes plateaux, voilà ce qui la motive, cette décision de boycott.
Cela augure assez bien de ce que seraient les lignes éditoriales admises sur nos écrans en cas de victoire de Super Mélenchon à la prochaine élection présidentielle. Chaque propos, chaque article devra répondre à un cahier des charges idéologique dûment estampillé « Insoumis ». Des listes de mots à proscrire seront probablement diffusées et affichées à la porte des studios. D’autres listes, noires celles-ci, seront établies, déterminant qui peut être invité à s’exprimer et qui ne le pourra pas. Ainsi nous aurons l’heure Mélenchon les sept jours de la semaine en début de soirée, la demi-heure Panot le samedi matin, le quart d’heure Hassan le dimanche midi. Et pour commencer avec entrain la journée, nous aurons une heure de mise en forme — elle aussi idéologiquement millimétrée — avec l’excellent et vivifiant Bally Bagayoko, spécialement libéré de ses épuisantes obligations à la RATP. Ce programme vaut pour la première année de mandature, car dès la deuxième année, les purges habituelles qui animent ce genre de partis hautement démocratiques auront abouti à la diabolisation des premiers nommés, Mélenchon, Panot et quelques autres, au profit de leurs actuels seconds couteaux qui présentent, eux, l’insigne avantage d’être correctement racisés, et encore plus intensément islamisés, wokisés, etc. Ce sera, je vous le dis, notre âge d’or télévisuel…
Quant à nos chères têtes blondes — expression dont l’emploi sera rigoureusement prohibé parce que jugé trop stigmatisant pour la France scolaire créolisée —, elles pourront montrer la vigueur de leur engagement et de leur soutien aux règles, principes et consignes de la nouvelle France en marche en venant en classe vêtues de l’abaya. Cela pour les filles, on l’aura compris, auxquelles il convient de montrer dès les bancs de l’école qu’on ne s’habille pas comme on veut, selon ses propres goûts, mais comme le dicte la sainte doctrine en vigueur. Là aussi, nous aurons atteint l’âge d’or de notre système éducatif. On a hâte.
Il n’empêche, le boycott annoncé de BFM devrait nous ouvrir les yeux sur ce qui nous attend. Le fascisme mélenchonien se met en branle et il nous l’annonce clairement. Oui, le fascisme, selon la très fameuse définition qu’en donnait Roland Barthes : « Le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est obliger à dire. » C’est ce que s’emploient très exactement à mettre en œuvre le gourou suprême Mélenchon et sa clique chamarrée. Dicter le verbe, imposer la pensée. Castrer les intelligences. Demandez le programme…
Après le spectaculaire cambriolage du Louvre, le gouvernement a dévoilé fin juillet un plan de sûreté en 33 mesures. L’État reprend-il vraiment les choses en main ? Ou a-t-il, comme souvent, un coup de retard et formule-t-il des promesses sans budget ?
« À trente secondes près, les policiers auraient pu empêcher la fuite des voleurs ! » C’est ce que déclarait sans rire le directeur de l’inspection générale des Affaires culturelles, après le fric-frac du Louvre le 19 octobre 2025, et le vol des bijoux de la Couronne. À trente secondes près, c’est ballot. Or, ces secondes perdues sont devenues des minutes, puis des heures, des journées et des mois, sans que réapparaissent les bijoux de famille. Certes quatre personnes ont été arrêtées, des monte-en-l’air qui, redescendus sur terre, ont oublié le nom de leur commanditaire, s’ils l’ont connu un jour. C’est promis, plus jamais ça. Le 29 juillet, le ministère de la Culture a dévoilé un « Plan d’action de sûreté des établissements patrimoniaux et des lieux de conservation de biens culturels » en 33 mesures. La première donne le tempo : « Mettre à l’abri, dans des lieux adaptés […], les objets les plus vulnérables dans l’attente de la sécurisation de leur présentation » ! C’est ce qu’a fait le directeur du Louvre en 1939, avant l’arrivée des Allemands, en transférant les plus belles pièces du musée dans des cachettes en province.
Le reste est un empilement de bonnes résolutions, d’autant plus gratuites que le plan n’est pas budgété, car suspendu à une loi qui sera votée un jour. Bref, ce plan est un trompe-l’œil pour amuser la galerie. Mais le tableau est le même partout. Quand la France brûle, le gouvernement découvre que le bois est combustible et annonce un plan pour développer des forêts plus résilientes, de quoi faire rire les vieux chênes. Quand on apprend que les hackers se promènent sur les sites de l’État comme des touristes sur les Champs-Élysées, on promet un plan pour lutter contre la cybercriminalité. C’est le modèle Macron, avoir toujours un coup de retard. Il a cependant tenu à être le premier à féliciter l’astronaute Sophie Adenot pour sa sortie dans l’espace. Si on mettait sur orbite les présidents sages après coup, Macron n’aurait pas fini de tourner.
Islamisme. Il y a 25 ans jour pour jour, dix-neuf terroristes détournent quatre avions de ligne. Un peu après 8 heures (heure locale), un premier avion s’encastre sur l’une des tours jumelles du World Trade Center sur l’île de Manhattan, à New-York.
Le 11 septembre demeure l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire contemporaine. Hors les dix-neuf pirates de l’air, 2 977 personnes furent tuées. Au-delà du bilan, l’événement referma la parenthèse géopolitique ouverte par la chute du mur de Berlin en 1989. Douze années d’un monde dit unipolaire, dominé par les États-Unis, s’achevèrent dans la poussière de Manhattan.
L’Occident sous menace islamiste permanente
Les conséquences concrètes furent immédiates. Avant 2001, il était encore possible d’arriver à l’aéroport une demi‑heure avant un vol. Les contrôles restaient succincts. Dans les villes européennes, des blocs de béton apparurent devant les marchés et les rues commerçantes pour prévenir les attaques à la voiture‑bélier. La menace permanente d’un attentat devint un paramètre incontournable des politiques de sécurité. Le terrorisme islamiste, qui n’a plus jamais cessé, a profondément modifié nos vies quotidiennes, on l’oublie trop souvent.
Les États-Unis répondirent au 11 septembre par deux guerres. L’intervention en Afghanistan, déclenchée dès octobre 2001, dura vingt ans — l’une des plus longues de l’histoire contemporaine — et s’acheva par le retrait chaotique de 2021 et le retour au pouvoir des Talibans. La guerre d’Irak devait produire un effet domino, derrière le projet des néoconservateurs : exporter la démocratie libérale au Moyen‑Orient sous leadership américain, l’Allemagne et le Japon de l’après‑1945 servant de modèles. Ces apprentis‑sorciers négligeaient le poids de la culture. Le remodelage échoua. L’élection de Donald Trump, portée par le slogan America First, fut aussi une réplique à cet interventionnisme.
Les États-Unis demeurèrent la première puissance mondiale, mais la Chine les concurrençait, la Russie se reconstruisait, l’Inde émergeait et l’islam politique imposait sa marque. Le monde devint et est resté multipolaire.
Deux lectures s’étaient affrontées dès les années 1990. En 1989, dans la revue The National Interest, puis en 1992 dans La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Francis Fukuyama soutint que la démocratie libérale et l’économie de marché constituaient l’aboutissement du processus historique: plus d’alternative idéologique crédible, une ère apaisée fondée sur le droit et le marché.
En 1996, dans Le Choc des civilisations, Samuel Huntington proposa la thèse inverse: les conflits à venir seraient civilisationnels, opposant de grands ensembles culturels — occidental, chinois, russe, indien, musulman. Après le 11 septembre, cette seconde grille s’imposa. Elle éclaire encore l’essentiel des affrontements contemporains: Ukraine et Russie, Israël et Palestiniens, Inde et Pakistan, guerres du Sahel…
Fin de l’Histoire : c’est fini
Fukuyama était passé à côté d’un phénomène décisif: le renouveau identitaire, et singulièrement le réveil de l’islam, avec son corollaire, le terrorisme au nom d’Allah. Ce mouvement ne naît pas en 2001. Ses racines sont plus profondes : les Frères musulmans sont fondés en 1928, Sayyid Qutb, l’un de leurs penseurs majeurs, est exécuté en 1966 sous Nasser. Mais il prend une ampleur nouvelle avec la révolution iranienne de 1979, dix ans avant la fin symbolique de la guerre froide. Une théocratie chiite s’installe à Téhéran et déclenche, dans le monde musulman, une compétition pour le titre de meilleur défenseur de l’islam, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite, sur fond de rivalité sunnite‑chiite.
Dans les années 1980, la majorité des jeunes femmes dans le monde musulman n’étaient pas voilées, certaines portaient des jupes. Quatre décennies plus tard, le voile, parfois intégral, s’est largement imposé y compris de plus en plus en Occident. Dans les années 1990, l’Algérie officiellement socialiste bascula dans la guerre civile après l’annulation des élections législatives de 1991, remportées par le Front islamique du salut, dix ans avant le 11 septembre.
Israël, frontière civilisationnelle de l’Occident
Fukuyama écrivait pourtant une décennie après l’arrivée de l’ayatollah Khomeini au pouvoir et en pleine guerre en Algérie. Il ne vit ni ce réveil ni cette radicalisation. Le 11 septembre en fut l’aboutissement, une forme d’apothéose, saluée par des manifestations de joie dans une partie du monde musulman. L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 s’inscrit dans la même continuité : non seulement une agression contre Israël et les juifs, mais une frappe contre la civilisation occidentale.
Le 11 septembre eut une autre postérité, moins spectaculaire et tout aussi durable: l’édification d’un appareil sécuritaire inédit. Dès octobre 2001, le Patriot Act autorisa une surveillance électronique sans précédent, y compris des citoyens américains. La NSA, jusque‑là agence relativement obscure, devint tentaculaire au point d’espionner des dirigeants alliés, dont Angela Merkel. Au niveau fédéral, les États-Unis comptent désormais dix‑huit agences de renseignement. Ces dispositifs ont contribué à contenir le terrorisme, mais ils ont aussi entamé les libertés.
La logique s’étendit ensuite à la vie civile. Avec l’apparition des réseaux sociaux, les données personnelles circulèrent, furent stockées et analysées hors de tout contrôle réel des individus. Le concept même de vie privée changea de nature. S’ouvrit enfin une ère inédite de désinformation d’État. Certes, les gouvernements ont toujours menti, mais les moyens dont ils disposent n’ont plus rien de comparable. Conséquence directe du 11 septembre, la seconde guerre d’Irak fut justifiée – et largement relayée par les médias – par la nécessité de détruire des armes de destruction massive … qui n’existaient pas.
Photo aérienne du site du World Trade Center à New York, le 23 septembre 2001. DR.
Ensauvagement. Quand ce n’est pas pour une victoire du PSG, notre jeunesse des quartiers s’enflamme au moindre contrôle policier jugé suspect. Une violente nuit d’émeutes a éclaté ainsi lundi soir à Chambéry et Cognin (73) après le décès d’un jeune conducteur, retrouvé grièvement blessé par balle à l’issue d’un contôle routier. Toutefois, l’autopsie et l’enquête disculperaient les policiers, le parquet privilégiant désormais la thèse d’un tir accidentel ou auto-infligé avec une arme retrouvée dans le véhicule. Suite au déploiement d’importants renforts de police, le calme est finalement revenu dans les rues de la ville.
Chambéry, il y a quelques nuits : ce n’était ni une finale de football, ni une manifestation politique, ni même l’un de ces grands embrasements auxquels la France semble s’être peu à peu accoutumée, mais un simple contrôle routier, presque rien, l’un de ces incidents minuscules dont une société encore unie aurait attendu que la police et la justice établissent les circonstances. Et pourtant, quelques heures plus tard, la nuit avait changé de visage. Des voitures brûlaient, un centre social était dévoré par les flammes, des groupes couraient dans les rues, et les habitants, réveillés par les alarmes, les cris et la lumière des incendies, regardaient leur quartier devenir pour quelques heures un territoire livré à une violence qui semblait n’avoir attendu qu’un prétexte pour surgir.
Rumeur et vengeance collective
Car c’est peut-être cela qui devrait désormais nous inquiéter davantage que l’événement lui-même : cette facilité de l’embrasement, cette disponibilité de la violence, cette manière qu’a une partie de notre société de passer presque instantanément du fait divers à l’émeute, de la colère à l’incendie, du soupçon à la vengeance collective. Il suffit d’une rumeur, d’une interpellation, d’un refus d’obtempérer, parfois d’un match, parfois d’une manifestation, et voici que réapparaissent les mêmes silhouettes dans la fumée, les mêmes visages dissimulés, les mêmes mortiers tirés vers ceux qui portent l’uniforme, les mêmes voitures incendiées qui appartiennent pourtant, presque toujours, à des gens qui n’ont rien à voir avec ce qui vient de se produire.
Chambéry n’est d’ailleurs qu’un nom parmi d’autres, car l’été avait déjà montré combien ce langage de la violence s’était installé dans le paysage français : au cours des seules nuits entourant le 14 juillet, des centaines de communes avaient connu des violences urbaines, des centaines de véhicules avaient brûlé, des incendies avaient été allumés sur la voie publique et les forces de l’ordre avaient été visées par plus d’un millier de tirs ou usages détournés d’artifices. Ce qui autrefois aurait été perçu comme une rupture extraordinaire de l’ordre commun semble désormais entrer dans le calendrier ordinaire de la République, comme si nous avions fini par admettre que certaines nuits doivent nécessairement avoir leurs voitures brûlées, leurs policiers attaqués, leurs vitrines brisées et leurs quartiers transformés en champs clos où l’État ne revient qu’avec ses casques, ses boucliers et ses véhicules blindés.
Et derrière ces incendies matériels, il y en a un autre, moins visible et peut-être plus redoutable : celui des appartenances qui se séparent, des mémoires qui deviennent ennemies, des colères importées qui viennent se greffer sur les colères françaises, des drapeaux étrangers qui surgissent dans nos manifestations comme les signes d’autres guerres désormais transportées au cœur de nos villes. Le drapeau palestinien, en particulier, n’est plus seulement pour certains le symbole d’une solidarité avec un peuple dont ils disent défendre les droits ; il devient parfois l’emblème sous lequel se rassemblent des passions beaucoup plus vastes, où la dénonciation d’Israël se mêle à la détestation de l’Occident, où l’antisionisme peut servir de passage à l’antisémitisme et où le conflit du Proche-Orient fournit à des frustrations nées ici la langue, les images et les ennemis dont elles avaient besoin.
Lente maturation
Mais les violences collectives ne surgissent jamais d’un ciel clair. Elles sont comme ces orages d’été qu’on sent monter longtemps à l’avance : dans l’épaisseur de l’air, dans le silence des bêtes, dans la lourdeur du ciel. Elles murissent lentement, dans l’amertume, dans les frustrations rentrées, dans les replis communautaires où fermente la haine. Elles germent au cœur des sociétés fracturées, rongées par le soupçon, par le mépris, par l’usure de l’idéal commun. Et alors, il suffit d’un souffle, d’une étincelle, pour que tout s’embrase.
Sarajevo, Beyrouth : jadis vitrines idéalisées d’un vivre-ensemble bigarré, désormais noms gravés sur les pierres tombales de l’histoire. Le mythe romantique d’une coexistence heureuse entre juifs et musulmans au Moyen-Orient oublie les humiliations codifiées, les discriminations patiemment infligées, le statut précaire des minorités : tolérées, mais à genoux, protégées, mais vulnérables, comme des oiseaux sous cloche. Ce n’était pas l’égalité, c’était l’attente du choc.
Comme ailleurs. Comme toujours.
Hutus et Tutsis partagèrent les mêmes terres, les mêmes semailles, les mêmes veillées, jusqu’à ce que la politique vienne, comme une faux, séparer les têtes des corps, raviver les différences, transformer les visages aimés en ennemis. La paix sans justice n’est qu’un vernis — et sous ce vernis, la fracture, le précipice, le gouffre qui attend.
Ivresse de la haine
Quand l’économie chancelle, quand les élites se délitent, quand la langue commune se défait, on se cherche des racines, un socle, une appartenance. Mais si ce besoin n’est pas élevé par l’éducation, la culture, la beauté, il se replie, il s’aigrit, il se racornit. Alors on se rabat sur des identités closes, sur des drapeaux rêches, sur des mythes rances. On fabrique des coupables, on simplifie l’inextricable. L’autre devient le bouc émissaire : le juif, l’israélien, le riche, le laïque, l’occidental. Peu importe : ce qui compte, c’est l’ivresse de la haine, ce vin noir qu’on boit à la coupe, jusqu’à en perdre raison.
Et qu’on ne s’y trompe pas : les révoltes populaires, souvent, enfantent des monstres. Elles accouchent de nouveaux maîtres, plus cruels que les anciens. Derrière le cri pour la liberté se cache souvent la soif d’un gourou, d’un chef, d’un dogme. Les printemps arabes ont fleuri dans l’espérance et ont fané dans l’obscurantisme. L’Europe sait trop bien que la colère des peuples peut enfanter le fascisme, ce visage défiguré de la nation.
Ces révolutions ne réveillent pas : elles engourdissent. Elles rejettent l’autorité pour mieux se jeter dans les bras d’un pouvoir plus dur, plus total. Elles crient à l’émancipation et réclament une idéologie qui pense à leur place. Ce n’est pas un pas en avant, c’est un pas en arrière, une régression vers l’indistinct, vers la masse, vers l’obéissance aveugle. On ne conquiert pas la liberté en l’offrant à un prophète de haine.
La haine, fille de l’humiliation, devient poison quand elle se fige en système. Dans ce monde désorienté, la pensée complotiste est une berceuse douce-amère, qui apaise les angoisses par des récits simplistes. Elle désigne des coupables, elle dispense de la responsabilité, elle tisse autour des esprits un brouillard où tout devient possible, où la violence se pare des atours de la légitimité.
Frapper un pompier, blesser des policiers, incendier une voiture, traquer des enseignants: voilà le visage moderne de la barbarie. Ce ne sont pas des actes de bravoure, ce sont des actes de lâcheté. Ce n’est pas une révolte, c’est un suicide civilisationnel. Et que certains politiciens, au nom d’un antiracisme dévoyé, excusent, glorifient, justifient ces violences, c’est une trahison. Une trahison des valeurs universelles, de la liberté, de la justice, de l’égalité réelle.
Pendant ce temps, la culture populaire s’extasie devant des mondes où la violence règne sans partage. Game of Thrones, les jeux vidéo, miroirs de notre époque, les films d’horreur fascinent parce qu’ils racontent un univers où la force prime, où la loi du plus cruel l’emporte, où la pitié est morte, où la vérité s’efface sous le poids du fer et du sang.
Nous sommes à l’instant du basculement. Ce que nous vivons n’est pas un simple accès de violence, c’est une menace directe, une fracture vive, une déchirure ouverte sur ce que l’humanité a mis des siècles à construire : la raison, la liberté, la dignité. Le fanatisme avance parce que nous reculons. Il se nourrit de nos silences, de nos renoncements, de notre peur d’affirmer que certaines valeurs valent plus que d’autres.
La barbarie ne revient pas en haillons. En survêtement et en cagoule, elle revient aussi en costume, en tribune, en réseau, en chaire. Elle infiltre nos écoles, nos médias, nos institutions. Et pendant qu’elle avance, ceux qui devraient la combattre l’analysent, la justifient, la normalisent. Qu’ils profitent bien de leurs éditoriaux lénifiants, de leurs dîners en ville, de leurs postures progressistes : ils seront, eux aussi, balayés. La bête ne fait pas de distinction. Elle dévore tout. Même ses complices.
Célébrer l’avortement comme un accomplissement est une dérive, s’alarme Elisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.
Le gouvernement veut « réévaluer » le cadre légal de l’IVG. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une info dénichée par La Croix dans la « troisième feuille de route de la stratégie nationale santé sexuelle 2026-2030 » publiée lundi[1]. Le gouvernement y annonce qu’il va saisir ou plutôt ressaisir le Comité consultatif national d’Ethique (CCNE) puis légiférer en 2027-28. Deux objectifs : allonger le délai légal de recours à l’avortement (fixé à 14 semaines depuis la loi Gaillot de 2022) et abroger la clause de conscience spécifique.
En retard !
Un mot d’abord concernant les délais: comme la Grande Bretagne va jusqu’à 24 semaines (six mois, tout de même), la France est forcément en retard. Les militants finiront un jour par demander qu’on puisse ramener les enfants au magasin un mois après leur naissance. Pardon d’ironiser sur un sujet grave.
Abordons à présent cette affaire de la clause de conscience. Le code de santé publique comprend une clause de conscience générale autorisant les personnels de santé à refuser de pratiquer un acte contraire à leurs convictions (tous les personnels soignants, pas seulement les médecins, et tous les actes). La loi Veil, considérant que l’IVG n’est pas un acte médical comme un autre, a ajouté une clause les autorisant explicitement à refuser de pratiquer l’IVG. Le CCNE a recommandé son maintien en 2020, en soulignant que, contrairement à la clause générale, la clause spécifique impose de trouver une alternative à la patiente. Si un médecin refuse de pratiquer l’IVG, il doit indiquer à sa patiente où elle peut le faire. Donc, la législation en place est protectrice pour les médecins et pour les femmes.
Les militants veulent faire de l’IVG un acte anodin
Peut-être mais l’accès à l’IVG est difficile. En êtes-vous sûr ? En 2024, on a dénombré 663000 naissances en France et 251000 IVG. Ce nombre est constant, ce qui signifie que ce n’est pas toujours un recours ultime mais un quasi-moyen de contraception (d’autant que 80% des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse). Rappelons aux jeunes qu’il existe de nombreux moyens de faire l’amour sans procréer. L’IVG est l’un d’eux, peut-être pas le plus simple ni le plus joyeux.
Pourtant, les féministes et les nigauds progressistes veulent absolument que l’avortement soit archi-banal. Ils ne défendent pas le droit à l’avortement, ils le célèbrent comme si c’était un accomplissement merveilleux. Toute réserve, tout rappel des souffrances qu’il occasionne est réactionnaire. La clause de conscience est, selon la députée Albane Gaillot, « le symbole d’une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes ». Obliger les médecins à pratiquer un acte qu’ils jugent attentatoire à la vie, ça ce n’est pas grave. Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?
Reste que toute cette discussion est un peu théorique. Un gouvernement infichu aujourd’hui de faire voter un budget prétend légiférer sur l’IVG le jour où il ne sera plus en fonction… Tout ça est une diversion ou, comme le dit le président, du « bullshit ».
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth dans la matinale du lundi au jeudi.
Islamisation de la France. Au Fauga, en Haute-Garonne, une institutrice a été menacée de décapitation par le père d’un élève, vendredi 4 septembre, après qu’une de ses collègues a sanctionné son fils. L’enseignante a porté plainte et le père a été condamné ce jeudi à six mois de prison ferme. Ses deux enfants seront désormais scolarisés dans une autre école.
Oui, enfin ! À Toulouse, un président de tribunal courageux, prenant l’exacte mesure de la gravité des faits, a dit le droit et rendu la justice. Six mois de prison ferme avec mandat de dépôt à l’encontre d’un père d’élèves de quarante-sept ans coupable d’avoir menacé de décapitation une enseignante de l’établissement où sont accueillis deux de ses enfants. Le mandat de dépôt nous indique que, dès le soir du jugement, le coupable a dormi en taule. La main du magistrat, décidément, n’a pas tremblé.
M. Abdelkader B. – Oui, il se nomme Abdelkader, je n’y peux rien. Il s’appellerait Antoine, Raymond, Bébert ou Archibald, je donnerais aussi son prénom, évidemment. Il ne s’agit nullement de stigmatiser (j’entends d’ici les belles âmes…) mais tout simplement de rendre compte des faits, rendre compte de la réalité en répondant aux basiques questions journalistiques : qui, quoi, où, quand, etc. Qui ? nous venons de désigner le condamné. Quoi ? Menace de décapitation à l’encontre d’une enseignante après que le rejeton du condamné en question a été puni à l’école. Où ? Précisément dans cette école, au Fauga, petite ville de Haute-Garonne.
De son propre aveu, la victime « s’est vu finir en Samuel Paty ». On la comprend. Il y a, chez nous en France, en effet, d’atroces précédents, des enseignants immolés sur l’autel de la bêtise, de la barbarie et de la haine réunies. Ce sont donc Samuel Paty, Dominique Bernard et Agnès Lassalle. Probablement, M. Abdelkader B. n’en avait jamais entendu parler ? Par bonheur, le président du tribunal, lui, ne les avait pas oubliés. Qu’il en soit remercié et félicité.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, comme se plaisait à dire ce vieil Aristote, mais si la fermeté de ce magistrat pouvait sonner quelque chose comme la fin d’un certain laxisme judiciaire qui n’a que trop duré et fait tant de dégâts chez les victimes, ce serait, oui, une sacrée embellie.
Mais le chemin est certainement encore long et semé d’embûches. Il y aura beaucoup à faire, c’est certain, pour changer les mentalités.
Au cours du procès, l’avocate du prévenu a cru présenter une défense non seulement cohérente mais décente, en proposant que son client ne soit condamné qu’à une peine d’intérêt général. Elle ajouta pour tout argument que « cela suffirait à réparer le mal fait à la société ».
Et le mal fait à la victime, on s’en tape ?
L’avocate non plus n’aura probablement jamais entendu parler des trois martyrs que nous avons cités.
Certes, cette dame est dans son rôle de défenseur. Mais pour qu’une défense soit efficace, digne, rationnelle et raisonnable, ne doit-elle pas tenir compte de la réelle gravité des actes commis, leur être proportionnée ? Donner à penser qu’une peine de balayage de square ou de surveillance de sortie d’école pourrait réparer si peu que ce soit les dommages causés par une menace de mort par décapitation me semble juste friser le foutage de gueule caractérisé avec effets de manche… Quand je disais qu’il y aurait du boulot pour faire évoluer certaines mentalités, je crois que je ne me trompais guère…
Après les mégafeux qui ont ravagé les Landes cet été, les pompiers réclament davantage de moyens, en hommes et en matériel. Le vote du budget 2027 sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité.
Dans mon « premier monde », celui de l’enfance, à bord de la 2 CV familiale que ma mère conduisait sur les longues routes boisées des Landes girondines, l’immense clarté de la plage de Biscarrosse était notre destination favorite. Quand les pins maritimes commençaient à se faire plus rares et que les grandes dunes de sable apparaissaient enfin, je savais que nous arrivions. Une journée avec les vagues océanes pouvait commencer. « Attention aux baïnes ! » Mais j’étais déjà dans le grand bain.
Ma mère aimait rester jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, je m’endormais à l’arrière de la 2 CV avec des rêves où j’étais tour à tour pirate, vendeur de chichis ou maître-nageur-sauveteur.
Adolescent, j’ai découvert la terrasse du domaine de Malagar, toute proche des vignes de mes grands-parents paternels. Depuis son banc, François Mauriac aimait venir y poser son regard et son âme. « Paysage le plus beau du monde à mes yeux, palpitant, fraternel, seul à connaître ce que je sais. » Ici, la Garonne serpente entre les coteaux, quelques cyprès se lancent vers le ciel et la forêt des Landes ferme l’horizon. Dans Thérèse Desqueyroux (1927), il écrit : « Le gémissement des pins d’Argelouse, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. »
Qu’aurait ressenti et écrit Mauriac face aux grands feux de l’été 2026 ? Face à ce feu gigantesque de notre nouveau monde climatique ?
Les pompiers parlent d’une puissance inouïe, d’un « ogre ». Le feu crée son propre vent, le vent attise le feu, puis vient l’« orage de feu », le pyrocumulonimbus. Du jamais-vu en France.
Sur des braises encore chaudes, exténués par un effort surhumain, au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer, les pompiers ont dit la vérité. Avec pudeur, parfois avec colère. Ils ne veulent plus que le qualificatif de « héros » serve à dissimuler la réalité d’un système de lutte contre les incendies au bord de la rupture. « Après nous, il n’y a plus personne, confiait l’un d’eux à Libération le 1er août. Nous sommes face à des risques qui ont changé de nature et, pour y répondre, il faut des moyens adaptés, donc une augmentation du budget. »
Ils réclament des effectifs professionnels supplémentaires, un plan massif de recrutement, un financement national durable des SDIS, la modernisation du matériel et des investissements à la hauteur de ce qui nous attend. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers estime à 10 000 le nombre de camions-citernes feux de forêt nécessaires, contre moins de 4 000 aujourd’hui.
Et puis, il faudra aussi une autre forêt. Plus tout à fait celle de mon enfance.
Dans notre prise de conscience collective, un cap a-t-il véritablement été franchi cet été 2026 ? Plus rien ne sera comme avant ? Ou allons-nous, une fois encore, passer à autre chose jusqu’au retour de l’« Ogre » ? Allons-nous nous habituer aux désordres climatiques, toujours plus fréquents, plus violents, plus proches de nous ? Ou agir enfin ?
Le prochain budget sera un rendez-vous de vérité et de responsabilité. Dans son premier rapport d’évaluation, en août 1990, le GIEC présentait déjà clairement les conséquences prévisibles d’un réchauffement climatique provoqué par l’activité humaine et l’accumulation des gaz à effet de serre. Il y était déjà question du risque d’aggravation des grands feux de forêt.
C’était il y a trente-six ans.
Depuis, aucun budget de la nation n’a pris cette question à bras-le-corps.
Sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Les Mythes de Napoléon brosse le portrait de l’Empereur sous un angle inédit : les rêves, les mythes et les idées reçues qu’il a suscités toute sa vie, et bien après.
Encore un livre sur Napoléon ? Mais sur Napoléon, on a déjà presque tout dit et tout écrit, direz-vous !
« Presque » en effet. Et tout est dans ce « presque » qui laisse encore beaucoup d’occasions de visiter, revisiter et interpréter l’épopée napoléonienne, ses origines, ses dynamiques, son héritage. Si Napoléon, l’homme, constitue évidemment en tant que tel un sujet historique immense et passionnant, que dire alors de l’autre Napoléon, le mythe. Car autour de cette figure et de son œuvre se rattachent tout un imaginaire, véritable construction mentale faite de mythes, de rêves et d’idées reçues – des plus favorables aux plus sombres.
Deux experts incontournables
C’est à cette dimension que s’attaque Les Mythes de Napoléon. Sous l’impulsion de Thierry Lentz, ancien directeur de la Fondation Napoléon, et de Charles-Éloi Vial, conservateur au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, tous deux experts incontestables de cette période, l’ouvrage propose une relecture des grandes interrogations qui touchent à l’Empereur des Français. À travers dix-sept questions, aussi diverses que passionnantes, historiens et spécialistes analysent faits et contextes, espérances et conséquences…
Au fil de l’étude de ces « mythes », se dégagent de nouvelles clés de lecture de l’épopée napoléonienne qui nous éloignent aussi bien des raccourcis faciles que des interprétations manichéennes ou partisanes en tout genre.
Conquête et conservation du pouvoir, occupation et organisation de l’Europe, stratégie militaire et ambition diplomatique, place de Dieu et de la religion dans la société, rétablissement de l’esclavage, statut de la femme… autant de thèmes qui permettent de mieux cerner le personnage de Napoléon, ses aspirations et la véritable dimension de son œuvre. Plus encore, ces réflexions sont l’occasion d’interroger nos propres conceptions tant leur pertinence semble parfois d’une extraordinaire actualité.
Ainsi, abordant la question européenne, Joseph Fiévée, préfet et conseiller de Napoléon, écrit : « On a des pensées européennes, on voudrait une politique européenne, on annonce ces désirs et ces prétentions sans se douter qu’on appelle l’ambition à tenter de réunir l’Europe sous une seule domination. » Une analyse qui trouverait sa place dans bien des débats sur la construction européenne actuelle !
Lorsque l’Empereur déchu brosse le portrait du maître du Kremlin dans le Mémorial de Sainte-Hélène, il semble nous parler : « On doit s’en défier ; il est sans franchise ; c’est un vrai Grec du Bas-Empire […]. Il est fin, faux, adroit. » Napoléon n’est surement pas le dernier chef d’État français à s’être laissé séduire, et endormir, par les belles paroles venues du Grand Est…
Éternel
Plus inattendu, quand Napoléon aborde son « génie militaire », il nous livre une formidable leçon d’humilité pour notre temps. « Si je parais prêt à répondre à tout, à faire face à tout, c’est qu’avant de rien entreprendre, j’ai longtemps médité, j’ai prévu ce qui pourrait arriver. Ce n’est pas un génie qui me révèle tout à coup, en secret, ce que j’ai à dire ou à faire dans une circonstance inattendue pour les autres ; c’est ma réflexion. » Combien de nos contemporains, persuadés de leur génie, seraient inspirés de relire ces propos et de se souvenir que le talent n’exonère ni du travail ni de l’effort.
On pourrait s’étonner d’une telle pertinence des mythes napoléoniens… mais n’est-ce pas après tout le propre des mythes que d’être éternels ? Ils invitent chaque époque à en réinterroger la signification sans jamais perdre sa force et sa pertinence.
Les Mythes de Napoléon, sous la direction de Thierry Lentz et Charles-Éloi Vial, Perrin, 2026. 352 pages.
Une pression s’exerce actuellement sur les candidats présidentiels du centre et de la droite pour qu’ils se réunissent derrière Edouard Philippe. Bruno Retailleau et Gabriel Attal ont déjà rejeté la proposition du maire du Havre de former un comité. Le plus grand problème posé par un tel rassemblement, c’est qu’il ne serait fondé sur aucun vrai projet, mais uniquement sur l’idée de faire barrage contre une menace « d’extreme-droite » qui n’existe plus. La vraie menace « fasciste » se trouve plutôt à gauche, du côté de LFI. Et comme l’a dit David Lisnard, à quoi bon se réunir derrière des gens qui ont déjà échoué à la tête du pays? Gabriel Attal garde l’air d’un clone d’Emmanuel Macron. Bruno Retailleau, bien qu’il ait pris la mesure des vrais enjeux, ne décolle pas parce qu’il est handicapé par l’image de LR, toujours associée aux échecs du passé.
L’incapacité gouvernementale se traduit en ce moment par le recours à des hypothèses de croissance pour le moins optimistes afin de construire le budget. Certes, cela relève d’une pratique devenue traditionnelle pour l’Etat français, mais c’est particulièrement grave au moment où l’économie risque de s’effondrer. Dans le contexte de la flambée des prix de l’énergie, on parle d’un retour possible des Gilets jaunes et des ronds-points occupés. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, appelle à des manifestations géantes le 15 septembre et le 17 octobre, et veut voir le PDG de TotalEnergies traduit devant la justice. Il est évidemment motivé par le besoin d’exister face au candidat de LFI. A cette fin, il cherche à réveiller la vieille haine des riches qui dort dans le psyché français. Mesure-t-il combien il joue avec le feu?
France Télévisions est l’objet de critiques, non de la droite, comme on aurait pu le supposer, mais de la gauche. Le replay de l’épisode de la Grande Librairie, d’Augustin Trapenard sur France 5, où Adèle Haenel fait un discours comparant l’invisibilisation des violences faites aux femmes avec celle d’un supposé « génocide » à Gaza, a été supprimé du site. Cela n’a pas empêché l’extrait de circuler largement sur les réseaux sociaux. Certains crient à la censure, mais le discours de l’ex-actrice devenue auteure a été tenu au moment où l’accusation de génocide contre Israël s’effondre, faute de preuves réelles. Il n’aurait pas dû être diffusé sans qu’un contradicteur n’y réponde. Cette accusation reste tenace parce que ces peoples militants s’y accrochent. Dans quelle mesure sont-ils conscients qu’elle représentent un appel à la haine à peine dissimulé?
La commémoration des attentats du 11 septembre, responsables de presque trois mille décès ce jour-là, est un événement solennel. Pendant que tous les autres présidents vivants, de George W. Bush qui était en fonction à cette époque, à Joe Biden, se réunissent sur le site des deux tours à New York, Donald Trump fait cavalier seul en se rendant au Pentagone. Pourtant, en France comme ailleurs, on a trop tendance à vouloir pleurer les morts sans rappeler le pourquoi de cet acte terroriste, sans parler du djihad et sans désigner les responsables. L’Occident a refusé d’apprendre la leçon du 11 septembre, qui est qu’il est menacé par une volonté de conquête.
Ecoutez les analyses de Céline Pina et Jeremy Stubbs dans notre nouveau podcast 👇
La bande d'humoristes de Guillaume Meurice, "La dernière" sur Radio Nova.
La rentrée médiatique démarre sur les chapeaux de roues et ça nous promet de bien belles choses d’ici aux prochaines élections. Alors que la militante néoféministe Adèle Haenel suscite le malaise en faisant la tournée des plateaux pour son livre Viser juste, les journalistes des robinets d’info en continu, les humoristes de France Inter ou de Radio Nova et l’éditorialiste Patrick Cohen se pensent en ordre de bataille pour la présidentielle… Mais, une petite musique s’installe dans toutes les rédactions progressistes qui considèrent leurs médias comme des zones à défendre: et si le pluralisme était le nouveau synonyme de fascisme ?
Quentin Lafay a été la plume de l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine, puis celle d’Emmanuel Macron, avant d’être recruté, fin 2019, par France Culture. Il anime dorénavant, avec Eva Roque, qui écrit également pour Libération, la matinale du week-end sur France Inter. La Société des journalistes (SDJ) et les rédacteurs de France Inter n’ont pas protesté contre l’arrivée de ce jeune macroniste qui se qualifie lui-même de « socialiste tempéré ».
Ce matin du 4 septembre, Quentin Lafay recevait notre effrayant et belliciste ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Celui-ci s’est dit « assez affligé » de voir Xénia Fedorova, expulsée du territoire français par ses soins, invitée à continuer de s’exprimer dans les médias Bolloré. La labellisation des chaînes d’info et des radios, si elle n’est pas encore officielle, est déjà inscrite dans l’esprit de M. Barrot. Sont autorisés : 1) BFMTV, propriété du richissime armateur Rodolphe Saadé présenté comme proche du président Macron ; 2 ) France Inter, radio progressiste affublée de valeurs républicaines au-dessus de tout soupçon et spécialisée dans la construction de barrages républicains, de fronts antifascistes et de cordons sanitaires tout ce qu’il y a de plus pluralistes ; 3 ) France Info, idem ; 4 ) LCI, chaîne d’info va-t-en-guerre où se relaient des experts géopolitiques et militaires et où l’invité permanent Thierry Breton ajoute une touche originale de pluralisme en insistant tout particulièrement sur la nécessité de contrôler les médias et les réseaux sociaux. Quant à CNews et Europe 1, placés sous la surveillance assidue de M. Barrot, de l’Arcom, de Conspiracy Watch, de Nathalie Loiseau, de Thierry Breton, de Patrick Cohen et de Libération, il semblerait que leur labellisation soit loin d’être acquise.
Progressisme : ça sent le Sapin
Pluralisme. Selon l’institut Thomas-More, sur les 73 chroniqueurs officiant sur France Inter, 67 sont classés à gauche. Tout allait donc bien jusqu’au jour où le journaliste Charles Sapin a été engagé par la radio pour une chronique dominicale d’à peine trois minutes. Aussitôt, la Société des journalistes (SDJ) a menacé de se mettre en grève. Il faut dire que Charles Sapin est passé par Le Point et Le Figaro avant de devenir le directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles. C’est grave, c’est très grave ! Vade retro satanas ! « France Inter continue sa descente idéologique vers les enfers », dixit L’Humanité. Heureusement, affirme le journal communiste, un humoriste dénommé Jessé a « évoqué avec talent » la triste décision de la direction de France Inter en suggérant la future présence de « néo-nazis » dans les studios de la Maison ronde. Et hop ! un petit point Godwin, ça manquait…
Gags et facéties se succèdent sur la radio publique. Ameziane, énième humoriste france-intérien, a comparé la tête du député RN Jean-Philippe Tanguy à celle d’un « rat qui se serait transformé en humain mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ». Les chroniqueurs et les journalistes dans le studio ont ri de bon cœur. Il y a eu une petite polémique, vite étouffée dans l’œuf. Merwane Benlazar, autre comique de France Inter, a pris la défense de son collègue humoriste en expliquant qu’il ne fallait reculer devant aucune blague pouvant « perturber les fachos ». Interrogé sur Sud Radio, le député LFI François Piquemal considère de son côté que « c’est de l’humour » et que « cela fait partie de la liberté d’expression ». Il faut savoir que M. Piquemal est un aficionado de Radio Nova, qu’il défend et fréquente régulièrement. L’humour outrancièrement graveleux et ordurier ne lui fait donc pas peur. Ameziane semble par ailleurs avoir toutes les qualités requises pour finir un jour là où ont échoué Guillaume Meurice, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret, ex-trublions de France Inter. Cela dit, pourquoi changer de boutique ? L’humour france-intérien ressemble de plus en plus souvent aux bouffonneries sordides de la radio pigassienne.
On n’est pas bien, entre couilles ?
Sur Radio Nova, justement, la rentrée préfigure une saison chatoyante. La bande de Guillaume Meurice, de retour sur les ondes, a en effet reçu Victoire Tuaillon. Ce nom ne vous dit rien ? Victoire Tuaillon, après des études à Sciences Po, a opportunément créé en 2017 un podcast sur « les masculinités » au titre tranchant: Les Couilles sur la table. « La question des masculinités, quelque part, c’est comme celle de la blanchité : c’est interroger notre regard sur le monde en prenant conscience que ce regard n’est pas neutre. Le monde est si androcentré qu’on ne réalise pas forcément qu’on pense d’un point de vue masculin », déclara-t-elle alors aux Inrocks, quelques semaines avant de recevoir toute la fine fleur de l’intelligentsia gauchiste et woke, de Virginie Despentes à Alice Coffin, d’Édouard Louis à Paul B. Preciado, de Rokhaya Diallo à Éric Fassin. Sur Radio Nova, Mme Tuaillon a enfilé les perles et les lieux communs du déconstructivisme et du wokisme sur le patriarcat, la « culture du viol » et le masculinisme, et n’a pas eu de mots assez durs pour l’Éducation nationale et « sesprofesseurs eux-mêmes pétris d’une culture sexiste et raciste » – là, j’avoue, il fallait oser. Mais il y a mieux. Le pompon, c’est quand Victoire Tuaillon explique pour quelle raison elle a accepté, il y a maintenant deux ans, de confronter ses idées sur l’amour à celles de Noémie Halioua dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut : « J’y suis allée parce que, en fait, France Culture, c’est une radio qui est payée par nos impôts, par l’argent public, donc je ne vois pas pourquoi on laisserait des espaces à l’extrême droite. » Le problème, c’est que les seuls qui lui ont reproché d’être allée se colleter avec « l’extrême droite » sur la radio publique sont justement ceux qui partagent ses opinions. Il fut rappelé dans ces colonnes[1] les remarques acerbes que subit Victoire Tuaillon après cette émission, remarques qui vinrent de son propre camp – l’ultra-gauche et Libération en tête – qui lui reprocha, outre une photo forcément compromettante avec ce « réactionnaire raciste et misogyne » d’Alain Finkielkraut, sa blanchité et son hétérosexualité. Les wokistes sont tellement bêtes que c’est un bonheur de les voir s’automutiler et s’entredéchirer en utilisant leurs propres machettes idéologiques.
De gauche à droite, Noémie Halioua, Alain Finkielkraut et Victoire Tuaillon.
Islamo-gauchisme : ta carrière n’est pas morte, Adèle!
Le 3 septembre, sur Radio Nova toujours, Azzeddine Ahmed-Chaouch et Emma Razafimahefa recevaient l’ex-actrice Adèle Haenel. Un grand moment de néant ! Le regard vide, la voix monocorde, la militante d’extrême gauche a ânonné pendant trente minutes des lambeaux de phrases desquels émergèrent dans le plus grand désordre les expressions les plus plates et les plus convenues des lexiques insoumis et wokes. À la question de savoir ce qu’elle attend pour 2027, Adèle Haenel répond : « Franchement, j’espère que Mélenchon y sera élu, quoi, ça c’est clair ! Parce que ce sera le début de la lutte, ça c’est clair ! » Ce sera la plus brillante intervention de la militante insoumise. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur inquiétude et reproché aux deux journalistes de ne pas avoir abrégé la souffrance de leur invitée, ainsi que celle des auditeurs, en arrêtant net un entretien pénible faisant ressortir l’état de délabrement intellectuel de cette militante d’extrême gauche visiblement au bout du rouleau.
Carte blanche pour idées rouges : Adèle Haenel le 9 septembre sur le plateau de France 5. La direction de France TV a préféré supprimer la vidéo en replay où la militante évoquait la Palestine, estimant l’absence de contradiction pendant la séquence problématique. Capture.
Retour à France Inter. La station compte à ce jour 27 humoristes qui sont en réalité 27 militants politiques sortant tous du même moule woke, gauchiste et écologiste – ce qui amoindrit inévitablement la portée drolatique de leurs interventions. Sous le regard énamouré de Daniel Morin et les rires automatiques de ses comparses, Fiona Gianilla, la dernière et jeune recrue de la radio publique, a récemment amusé la galerie en avouant adorer pleurer dans l’avion : « Pleurer dans l’avion, c’est incroyable ! J’aime trop ça ! J’aime autant ça que les gens âgés aiment fixer les gens trans ! » Ce n’est pas drôle, mais cela permet de montrer tout à la fois sa détestation des vieux supposément réactionnaires et forcément transphobes, son adhésion aux revendications de la communauté LGBTiste et, donc, son appartenance au camp du bien. Quelques secondes plus tard, Mme Gianilla expliquera avoir des remords parce qu’elle prend régulièrement l’avion et que « ça pollue ». Mais, ajoutera-t-elle aussitôt, « pour l’environnement j’ai déjà fait ma part : j’ai avorté. » Ce n’est toujours pas drôle, mais cela permet cette fois de montrer son allégeance à l’écologie punitive et au féminisme le plus sinistre. Mme Gianilla confirme que les mauvais sketchs des humoristes france-intériens n’ont pas pour objectif de faire rire l’auditoire mais celui de lui faire la morale et de lui enseigner le catéchisme woke. Dans le studio, gloussements de connivence et ricanements mécaniques sont autant de signes de reconnaissance entre initiés et autres évangélisateurs du camp du bien. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne rit pas, Monsieur, on ne rit pas – on prêche.
La révolte du résistant Sylvain Bourmeau
Sylvain Bourmeau.
Sylvain Bourmeau, ancien journaliste et directeur adjoint de Libération, a officié pendant vingt-sept ans sur France Culture, radio dont la direction a décidé de ne pas reconduire son émission La Suite dans les idées. Son dernier livre, paru aux éditions d’extrême gauche La Découverte, s’intitule Ils ne sont pas d’extrême droite, ils font l’extrême droite. Qui sont ces affreux « ils » qui font le lit des fachos ? Tous les médias, d’après Bourmeau, et en particulier Le Monde et… France Culture ! La thèse tient en une phrase : le pluralisme n’est qu’un confusionnisme au service du fascisme. C’est une thèse très à la mode en ce moment. M. Bourmeau l’étire et la pétrit jusqu’à mécontenter Libération qui pense que son laborieux ouvrage est « un brin excessif et donneur de leçon ». Faut dire que… selon M. Bourmeau, trop d’opinions contradictoires et une trop faible adhésion aux programmes progressistes créent de la confusion et alimentent une cacophonie politique qui profite à l’extrême droite. Ainsi reproche-t-il à France Culture d’avoir invité Renaud Camus à plusieurs reprises il y a… quinze ans, et au Monde de n’avoir pas suffisamment soutenu le Nouveau Front populaire lors des législatives de 2024. M. Bourmeau semble partager avec M. de Lagasnerie l’idée selon laquelle le débat médiatique ne peut finalement que légitimer les idées réactionnaires. Le mieux serait donc d’éviter le débat, source de « confusion méthodiquement recherchée pour faire en sorte que les gens n’aient plus de repères », surtout les repères socialistes ou écologistes : le camarade Bourmov, comme l’appelle malicieusement l’écrivain Pierre Jourde, évoque en tremblant le temps où des « médias organisaient des débats entre scientifiques et climatosceptiques avec le sentiment sincère de bien faire leur travail ». Heureusement, ce temps est révolu. Toutefois, regrette M. Bourmeau sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen de Matthieu Noël qui ne pouvait manquer de faire la publicité de cet ouvrage indispensable pour comprendre les fourberies réactionnaires, il y a encore des débats sur « le concept de “grand remplacement”,alors que tous les scientifiques s’accordent pour dire que c’est n’importe quoi, que cela ne correspond à aucune réalité observable ». Avertissement : la langue utilisée par M. Bourmeau pour écrire sa brochure relève du registre galimatias conceptuel, registre qui permet de noyer le poisson idéologique et d’occulter le véritable propos de l’auteur, propos que nous pouvons résumer ainsi : le pluralisme, c’est mieux quand il n’y a qu’une seule idéologie à la manœuvre, quand on débat uniquement entre gens de gauche culturellement au-dessus de la plèbe réactionnaire et qu’on peut ainsi développer les raisonnements les plus totalitaires sous couvert de défendre la démocratie, le progrès, l’égalité et toutes ces sortes de choses. M. Bourmeau ne supporte pas de voir le magistère moral de la gauche s’étioler. Il en éprouve une certaine aigreur ; il est parfois difficile de se confronter à la réalité. D’où, peut-être, la nécessité de s’évader et de se réfugier dans l’écriture. Un de ses anciens et facétieux camarades de France Culture lui aurait à ce propos suggéré un autre titre pour son essai : La Fuite dans les idées. Oh ! le vilain.
Dernières nouvelles de France Inter. 10 septembre 2026. L’éditorial politique de Patrick Cohen confirme l’analyse et les craintes de Charles Rojzman exprimées dans ces colonnes[2]. Le journaliste qui, on s’en souvient, avait minimisé les faits et inversé l’accusation de racisme pour l’affaire de Crépol, s’est jeté sur celle de Carcassonne comme un goinfre sur une pâtisserie dégoulinante. Il faut dire qu’il attendait ça depuis longtemps. Un enregistrement dans lequel les policiers municipaux d’une mairie dirigée par le RN vomissent toute leur bile raciste, misogyne et homophobe, quelle aubaine ! De là à essentialiser le personnel politique et les électeurs du RN, il n’y avait qu’un pas que Patrick Cohen n’a pas hésité à franchir. Dans un « pays qui s’apprête à voter à l’extrême droite », l’éditorialiste tire la sonnette d’alarme : « Combien sont-ils à se nourrir de haine et à partager leurs remugles, tranquillement, une fois les portes fermées et les volets clos ? » Cet enregistrement décrit, selon lui, un « écosystème idéologique dont il est difficile de croire à la marginalité » et qui alimente « la violence, la stigmatisation, la polarisation, le mépris de l’autre, la déshumanisation, le rejet de toute différence, tout ce quidégueule sur les réseaux sociaux et se répand sur certains écrans de chaîne info (devinez laquelle !)». À huit mois des élections présidentielles, l’éditorialiste est content de lui : il a construit, pense-t-il sûrement, de solides fondations au barrage républicain qu’il appelle d’ores et déjà de ses vœux. Patrick Cohen croit-il vraiment que c’est en les rabaissant et en les insultant, que les millions d’électeurs s’apprêtant à voter pour Marine Le Pen vont retourner au bercail, dans le giron d’une caste politico-médiatique qui les méprise et les a conduits, eux et leur pays, à la ruine ? S’il le pense réellement, il est de notre devoir de lui dire qu’il se met le micro dans l’œil…
[1] Sur le site de Causeur : Pierre Cormary, Il faut sauver la soldate Tuaillon, 7 mars 2024.
[2] Sur le site de Causeur : L’Affaire de Carcassonne et le mensonge antiraciste, 10 sept. 2026.
Ses chefs annoncent avec fracas qu’aucun de ses membres ne se rendra aux invitations de la chaîne d’information continue BFMTV. Pour l’heure, la sanction ne porterait que sur une semaine. En effet, en période électorale, il convient de ne pas pousser la bouderie trop loin et de se priver trop longtemps de présence médiatique.
La décision aura été prise après que les censeurs politiques de ce mouvement au fonctionnement démocratique des plus étranges auront considéré que la ligne éditoriale de la chaîne en question se droitise. Présences facho-compatibles sur les plateaux, propos racistes et climatosceptiques tenus sans vergogne sur ces mêmes plateaux, voilà ce qui la motive, cette décision de boycott.
Cela augure assez bien de ce que seraient les lignes éditoriales admises sur nos écrans en cas de victoire de Super Mélenchon à la prochaine élection présidentielle. Chaque propos, chaque article devra répondre à un cahier des charges idéologique dûment estampillé « Insoumis ». Des listes de mots à proscrire seront probablement diffusées et affichées à la porte des studios. D’autres listes, noires celles-ci, seront établies, déterminant qui peut être invité à s’exprimer et qui ne le pourra pas. Ainsi nous aurons l’heure Mélenchon les sept jours de la semaine en début de soirée, la demi-heure Panot le samedi matin, le quart d’heure Hassan le dimanche midi. Et pour commencer avec entrain la journée, nous aurons une heure de mise en forme — elle aussi idéologiquement millimétrée — avec l’excellent et vivifiant Bally Bagayoko, spécialement libéré de ses épuisantes obligations à la RATP. Ce programme vaut pour la première année de mandature, car dès la deuxième année, les purges habituelles qui animent ce genre de partis hautement démocratiques auront abouti à la diabolisation des premiers nommés, Mélenchon, Panot et quelques autres, au profit de leurs actuels seconds couteaux qui présentent, eux, l’insigne avantage d’être correctement racisés, et encore plus intensément islamisés, wokisés, etc. Ce sera, je vous le dis, notre âge d’or télévisuel…
Quant à nos chères têtes blondes — expression dont l’emploi sera rigoureusement prohibé parce que jugé trop stigmatisant pour la France scolaire créolisée —, elles pourront montrer la vigueur de leur engagement et de leur soutien aux règles, principes et consignes de la nouvelle France en marche en venant en classe vêtues de l’abaya. Cela pour les filles, on l’aura compris, auxquelles il convient de montrer dès les bancs de l’école qu’on ne s’habille pas comme on veut, selon ses propres goûts, mais comme le dicte la sainte doctrine en vigueur. Là aussi, nous aurons atteint l’âge d’or de notre système éducatif. On a hâte.
Il n’empêche, le boycott annoncé de BFM devrait nous ouvrir les yeux sur ce qui nous attend. Le fascisme mélenchonien se met en branle et il nous l’annonce clairement. Oui, le fascisme, selon la très fameuse définition qu’en donnait Roland Barthes : « Le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est obliger à dire. » C’est ce que s’emploient très exactement à mettre en œuvre le gourou suprême Mélenchon et sa clique chamarrée. Dicter le verbe, imposer la pensée. Castrer les intelligences. Demandez le programme…
Après le spectaculaire cambriolage du Louvre, le gouvernement a dévoilé fin juillet un plan de sûreté en 33 mesures. L’État reprend-il vraiment les choses en main ? Ou a-t-il, comme souvent, un coup de retard et formule-t-il des promesses sans budget ?
« À trente secondes près, les policiers auraient pu empêcher la fuite des voleurs ! » C’est ce que déclarait sans rire le directeur de l’inspection générale des Affaires culturelles, après le fric-frac du Louvre le 19 octobre 2025, et le vol des bijoux de la Couronne. À trente secondes près, c’est ballot. Or, ces secondes perdues sont devenues des minutes, puis des heures, des journées et des mois, sans que réapparaissent les bijoux de famille. Certes quatre personnes ont été arrêtées, des monte-en-l’air qui, redescendus sur terre, ont oublié le nom de leur commanditaire, s’ils l’ont connu un jour. C’est promis, plus jamais ça. Le 29 juillet, le ministère de la Culture a dévoilé un « Plan d’action de sûreté des établissements patrimoniaux et des lieux de conservation de biens culturels » en 33 mesures. La première donne le tempo : « Mettre à l’abri, dans des lieux adaptés […], les objets les plus vulnérables dans l’attente de la sécurisation de leur présentation » ! C’est ce qu’a fait le directeur du Louvre en 1939, avant l’arrivée des Allemands, en transférant les plus belles pièces du musée dans des cachettes en province.
Le reste est un empilement de bonnes résolutions, d’autant plus gratuites que le plan n’est pas budgété, car suspendu à une loi qui sera votée un jour. Bref, ce plan est un trompe-l’œil pour amuser la galerie. Mais le tableau est le même partout. Quand la France brûle, le gouvernement découvre que le bois est combustible et annonce un plan pour développer des forêts plus résilientes, de quoi faire rire les vieux chênes. Quand on apprend que les hackers se promènent sur les sites de l’État comme des touristes sur les Champs-Élysées, on promet un plan pour lutter contre la cybercriminalité. C’est le modèle Macron, avoir toujours un coup de retard. Il a cependant tenu à être le premier à féliciter l’astronaute Sophie Adenot pour sa sortie dans l’espace. Si on mettait sur orbite les présidents sages après coup, Macron n’aurait pas fini de tourner.
Islamisme. Il y a 25 ans jour pour jour, dix-neuf terroristes détournent quatre avions de ligne. Un peu après 8 heures (heure locale), un premier avion s’encastre sur l’une des tours jumelles du World Trade Center sur l’île de Manhattan, à New-York.
Le 11 septembre demeure l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire contemporaine. Hors les dix-neuf pirates de l’air, 2 977 personnes furent tuées. Au-delà du bilan, l’événement referma la parenthèse géopolitique ouverte par la chute du mur de Berlin en 1989. Douze années d’un monde dit unipolaire, dominé par les États-Unis, s’achevèrent dans la poussière de Manhattan.
L’Occident sous menace islamiste permanente
Les conséquences concrètes furent immédiates. Avant 2001, il était encore possible d’arriver à l’aéroport une demi‑heure avant un vol. Les contrôles restaient succincts. Dans les villes européennes, des blocs de béton apparurent devant les marchés et les rues commerçantes pour prévenir les attaques à la voiture‑bélier. La menace permanente d’un attentat devint un paramètre incontournable des politiques de sécurité. Le terrorisme islamiste, qui n’a plus jamais cessé, a profondément modifié nos vies quotidiennes, on l’oublie trop souvent.
Les États-Unis répondirent au 11 septembre par deux guerres. L’intervention en Afghanistan, déclenchée dès octobre 2001, dura vingt ans — l’une des plus longues de l’histoire contemporaine — et s’acheva par le retrait chaotique de 2021 et le retour au pouvoir des Talibans. La guerre d’Irak devait produire un effet domino, derrière le projet des néoconservateurs : exporter la démocratie libérale au Moyen‑Orient sous leadership américain, l’Allemagne et le Japon de l’après‑1945 servant de modèles. Ces apprentis‑sorciers négligeaient le poids de la culture. Le remodelage échoua. L’élection de Donald Trump, portée par le slogan America First, fut aussi une réplique à cet interventionnisme.
Les États-Unis demeurèrent la première puissance mondiale, mais la Chine les concurrençait, la Russie se reconstruisait, l’Inde émergeait et l’islam politique imposait sa marque. Le monde devint et est resté multipolaire.
Deux lectures s’étaient affrontées dès les années 1990. En 1989, dans la revue The National Interest, puis en 1992 dans La Fin de l’histoire et le Dernier Homme, Francis Fukuyama soutint que la démocratie libérale et l’économie de marché constituaient l’aboutissement du processus historique: plus d’alternative idéologique crédible, une ère apaisée fondée sur le droit et le marché.
En 1996, dans Le Choc des civilisations, Samuel Huntington proposa la thèse inverse: les conflits à venir seraient civilisationnels, opposant de grands ensembles culturels — occidental, chinois, russe, indien, musulman. Après le 11 septembre, cette seconde grille s’imposa. Elle éclaire encore l’essentiel des affrontements contemporains: Ukraine et Russie, Israël et Palestiniens, Inde et Pakistan, guerres du Sahel…
Fin de l’Histoire : c’est fini
Fukuyama était passé à côté d’un phénomène décisif: le renouveau identitaire, et singulièrement le réveil de l’islam, avec son corollaire, le terrorisme au nom d’Allah. Ce mouvement ne naît pas en 2001. Ses racines sont plus profondes : les Frères musulmans sont fondés en 1928, Sayyid Qutb, l’un de leurs penseurs majeurs, est exécuté en 1966 sous Nasser. Mais il prend une ampleur nouvelle avec la révolution iranienne de 1979, dix ans avant la fin symbolique de la guerre froide. Une théocratie chiite s’installe à Téhéran et déclenche, dans le monde musulman, une compétition pour le titre de meilleur défenseur de l’islam, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite, sur fond de rivalité sunnite‑chiite.
Dans les années 1980, la majorité des jeunes femmes dans le monde musulman n’étaient pas voilées, certaines portaient des jupes. Quatre décennies plus tard, le voile, parfois intégral, s’est largement imposé y compris de plus en plus en Occident. Dans les années 1990, l’Algérie officiellement socialiste bascula dans la guerre civile après l’annulation des élections législatives de 1991, remportées par le Front islamique du salut, dix ans avant le 11 septembre.
Israël, frontière civilisationnelle de l’Occident
Fukuyama écrivait pourtant une décennie après l’arrivée de l’ayatollah Khomeini au pouvoir et en pleine guerre en Algérie. Il ne vit ni ce réveil ni cette radicalisation. Le 11 septembre en fut l’aboutissement, une forme d’apothéose, saluée par des manifestations de joie dans une partie du monde musulman. L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 s’inscrit dans la même continuité : non seulement une agression contre Israël et les juifs, mais une frappe contre la civilisation occidentale.
Le 11 septembre eut une autre postérité, moins spectaculaire et tout aussi durable: l’édification d’un appareil sécuritaire inédit. Dès octobre 2001, le Patriot Act autorisa une surveillance électronique sans précédent, y compris des citoyens américains. La NSA, jusque‑là agence relativement obscure, devint tentaculaire au point d’espionner des dirigeants alliés, dont Angela Merkel. Au niveau fédéral, les États-Unis comptent désormais dix‑huit agences de renseignement. Ces dispositifs ont contribué à contenir le terrorisme, mais ils ont aussi entamé les libertés.
La logique s’étendit ensuite à la vie civile. Avec l’apparition des réseaux sociaux, les données personnelles circulèrent, furent stockées et analysées hors de tout contrôle réel des individus. Le concept même de vie privée changea de nature. S’ouvrit enfin une ère inédite de désinformation d’État. Certes, les gouvernements ont toujours menti, mais les moyens dont ils disposent n’ont plus rien de comparable. Conséquence directe du 11 septembre, la seconde guerre d’Irak fut justifiée – et largement relayée par les médias – par la nécessité de détruire des armes de destruction massive … qui n’existaient pas.
Photo aérienne du site du World Trade Center à New York, le 23 septembre 2001. DR.
Ensauvagement. Quand ce n’est pas pour une victoire du PSG, notre jeunesse des quartiers s’enflamme au moindre contrôle policier jugé suspect. Une violente nuit d’émeutes a éclaté ainsi lundi soir à Chambéry et Cognin (73) après le décès d’un jeune conducteur, retrouvé grièvement blessé par balle à l’issue d’un contôle routier. Toutefois, l’autopsie et l’enquête disculperaient les policiers, le parquet privilégiant désormais la thèse d’un tir accidentel ou auto-infligé avec une arme retrouvée dans le véhicule. Suite au déploiement d’importants renforts de police, le calme est finalement revenu dans les rues de la ville.
Chambéry, il y a quelques nuits : ce n’était ni une finale de football, ni une manifestation politique, ni même l’un de ces grands embrasements auxquels la France semble s’être peu à peu accoutumée, mais un simple contrôle routier, presque rien, l’un de ces incidents minuscules dont une société encore unie aurait attendu que la police et la justice établissent les circonstances. Et pourtant, quelques heures plus tard, la nuit avait changé de visage. Des voitures brûlaient, un centre social était dévoré par les flammes, des groupes couraient dans les rues, et les habitants, réveillés par les alarmes, les cris et la lumière des incendies, regardaient leur quartier devenir pour quelques heures un territoire livré à une violence qui semblait n’avoir attendu qu’un prétexte pour surgir.
Rumeur et vengeance collective
Car c’est peut-être cela qui devrait désormais nous inquiéter davantage que l’événement lui-même : cette facilité de l’embrasement, cette disponibilité de la violence, cette manière qu’a une partie de notre société de passer presque instantanément du fait divers à l’émeute, de la colère à l’incendie, du soupçon à la vengeance collective. Il suffit d’une rumeur, d’une interpellation, d’un refus d’obtempérer, parfois d’un match, parfois d’une manifestation, et voici que réapparaissent les mêmes silhouettes dans la fumée, les mêmes visages dissimulés, les mêmes mortiers tirés vers ceux qui portent l’uniforme, les mêmes voitures incendiées qui appartiennent pourtant, presque toujours, à des gens qui n’ont rien à voir avec ce qui vient de se produire.
Chambéry n’est d’ailleurs qu’un nom parmi d’autres, car l’été avait déjà montré combien ce langage de la violence s’était installé dans le paysage français : au cours des seules nuits entourant le 14 juillet, des centaines de communes avaient connu des violences urbaines, des centaines de véhicules avaient brûlé, des incendies avaient été allumés sur la voie publique et les forces de l’ordre avaient été visées par plus d’un millier de tirs ou usages détournés d’artifices. Ce qui autrefois aurait été perçu comme une rupture extraordinaire de l’ordre commun semble désormais entrer dans le calendrier ordinaire de la République, comme si nous avions fini par admettre que certaines nuits doivent nécessairement avoir leurs voitures brûlées, leurs policiers attaqués, leurs vitrines brisées et leurs quartiers transformés en champs clos où l’État ne revient qu’avec ses casques, ses boucliers et ses véhicules blindés.
Et derrière ces incendies matériels, il y en a un autre, moins visible et peut-être plus redoutable : celui des appartenances qui se séparent, des mémoires qui deviennent ennemies, des colères importées qui viennent se greffer sur les colères françaises, des drapeaux étrangers qui surgissent dans nos manifestations comme les signes d’autres guerres désormais transportées au cœur de nos villes. Le drapeau palestinien, en particulier, n’est plus seulement pour certains le symbole d’une solidarité avec un peuple dont ils disent défendre les droits ; il devient parfois l’emblème sous lequel se rassemblent des passions beaucoup plus vastes, où la dénonciation d’Israël se mêle à la détestation de l’Occident, où l’antisionisme peut servir de passage à l’antisémitisme et où le conflit du Proche-Orient fournit à des frustrations nées ici la langue, les images et les ennemis dont elles avaient besoin.
Lente maturation
Mais les violences collectives ne surgissent jamais d’un ciel clair. Elles sont comme ces orages d’été qu’on sent monter longtemps à l’avance : dans l’épaisseur de l’air, dans le silence des bêtes, dans la lourdeur du ciel. Elles murissent lentement, dans l’amertume, dans les frustrations rentrées, dans les replis communautaires où fermente la haine. Elles germent au cœur des sociétés fracturées, rongées par le soupçon, par le mépris, par l’usure de l’idéal commun. Et alors, il suffit d’un souffle, d’une étincelle, pour que tout s’embrase.
Sarajevo, Beyrouth : jadis vitrines idéalisées d’un vivre-ensemble bigarré, désormais noms gravés sur les pierres tombales de l’histoire. Le mythe romantique d’une coexistence heureuse entre juifs et musulmans au Moyen-Orient oublie les humiliations codifiées, les discriminations patiemment infligées, le statut précaire des minorités : tolérées, mais à genoux, protégées, mais vulnérables, comme des oiseaux sous cloche. Ce n’était pas l’égalité, c’était l’attente du choc.
Comme ailleurs. Comme toujours.
Hutus et Tutsis partagèrent les mêmes terres, les mêmes semailles, les mêmes veillées, jusqu’à ce que la politique vienne, comme une faux, séparer les têtes des corps, raviver les différences, transformer les visages aimés en ennemis. La paix sans justice n’est qu’un vernis — et sous ce vernis, la fracture, le précipice, le gouffre qui attend.
Ivresse de la haine
Quand l’économie chancelle, quand les élites se délitent, quand la langue commune se défait, on se cherche des racines, un socle, une appartenance. Mais si ce besoin n’est pas élevé par l’éducation, la culture, la beauté, il se replie, il s’aigrit, il se racornit. Alors on se rabat sur des identités closes, sur des drapeaux rêches, sur des mythes rances. On fabrique des coupables, on simplifie l’inextricable. L’autre devient le bouc émissaire : le juif, l’israélien, le riche, le laïque, l’occidental. Peu importe : ce qui compte, c’est l’ivresse de la haine, ce vin noir qu’on boit à la coupe, jusqu’à en perdre raison.
Et qu’on ne s’y trompe pas : les révoltes populaires, souvent, enfantent des monstres. Elles accouchent de nouveaux maîtres, plus cruels que les anciens. Derrière le cri pour la liberté se cache souvent la soif d’un gourou, d’un chef, d’un dogme. Les printemps arabes ont fleuri dans l’espérance et ont fané dans l’obscurantisme. L’Europe sait trop bien que la colère des peuples peut enfanter le fascisme, ce visage défiguré de la nation.
Ces révolutions ne réveillent pas : elles engourdissent. Elles rejettent l’autorité pour mieux se jeter dans les bras d’un pouvoir plus dur, plus total. Elles crient à l’émancipation et réclament une idéologie qui pense à leur place. Ce n’est pas un pas en avant, c’est un pas en arrière, une régression vers l’indistinct, vers la masse, vers l’obéissance aveugle. On ne conquiert pas la liberté en l’offrant à un prophète de haine.
La haine, fille de l’humiliation, devient poison quand elle se fige en système. Dans ce monde désorienté, la pensée complotiste est une berceuse douce-amère, qui apaise les angoisses par des récits simplistes. Elle désigne des coupables, elle dispense de la responsabilité, elle tisse autour des esprits un brouillard où tout devient possible, où la violence se pare des atours de la légitimité.
Frapper un pompier, blesser des policiers, incendier une voiture, traquer des enseignants: voilà le visage moderne de la barbarie. Ce ne sont pas des actes de bravoure, ce sont des actes de lâcheté. Ce n’est pas une révolte, c’est un suicide civilisationnel. Et que certains politiciens, au nom d’un antiracisme dévoyé, excusent, glorifient, justifient ces violences, c’est une trahison. Une trahison des valeurs universelles, de la liberté, de la justice, de l’égalité réelle.
Pendant ce temps, la culture populaire s’extasie devant des mondes où la violence règne sans partage. Game of Thrones, les jeux vidéo, miroirs de notre époque, les films d’horreur fascinent parce qu’ils racontent un univers où la force prime, où la loi du plus cruel l’emporte, où la pitié est morte, où la vérité s’efface sous le poids du fer et du sang.
Nous sommes à l’instant du basculement. Ce que nous vivons n’est pas un simple accès de violence, c’est une menace directe, une fracture vive, une déchirure ouverte sur ce que l’humanité a mis des siècles à construire : la raison, la liberté, la dignité. Le fanatisme avance parce que nous reculons. Il se nourrit de nos silences, de nos renoncements, de notre peur d’affirmer que certaines valeurs valent plus que d’autres.
La barbarie ne revient pas en haillons. En survêtement et en cagoule, elle revient aussi en costume, en tribune, en réseau, en chaire. Elle infiltre nos écoles, nos médias, nos institutions. Et pendant qu’elle avance, ceux qui devraient la combattre l’analysent, la justifient, la normalisent. Qu’ils profitent bien de leurs éditoriaux lénifiants, de leurs dîners en ville, de leurs postures progressistes : ils seront, eux aussi, balayés. La bête ne fait pas de distinction. Elle dévore tout. Même ses complices.
Célébrer l’avortement comme un accomplissement est une dérive, s’alarme Elisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.
Le gouvernement veut « réévaluer » le cadre légal de l’IVG. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une info dénichée par La Croix dans la « troisième feuille de route de la stratégie nationale santé sexuelle 2026-2030 » publiée lundi[1]. Le gouvernement y annonce qu’il va saisir ou plutôt ressaisir le Comité consultatif national d’Ethique (CCNE) puis légiférer en 2027-28. Deux objectifs : allonger le délai légal de recours à l’avortement (fixé à 14 semaines depuis la loi Gaillot de 2022) et abroger la clause de conscience spécifique.
En retard !
Un mot d’abord concernant les délais: comme la Grande Bretagne va jusqu’à 24 semaines (six mois, tout de même), la France est forcément en retard. Les militants finiront un jour par demander qu’on puisse ramener les enfants au magasin un mois après leur naissance. Pardon d’ironiser sur un sujet grave.
Abordons à présent cette affaire de la clause de conscience. Le code de santé publique comprend une clause de conscience générale autorisant les personnels de santé à refuser de pratiquer un acte contraire à leurs convictions (tous les personnels soignants, pas seulement les médecins, et tous les actes). La loi Veil, considérant que l’IVG n’est pas un acte médical comme un autre, a ajouté une clause les autorisant explicitement à refuser de pratiquer l’IVG. Le CCNE a recommandé son maintien en 2020, en soulignant que, contrairement à la clause générale, la clause spécifique impose de trouver une alternative à la patiente. Si un médecin refuse de pratiquer l’IVG, il doit indiquer à sa patiente où elle peut le faire. Donc, la législation en place est protectrice pour les médecins et pour les femmes.
Les militants veulent faire de l’IVG un acte anodin
Peut-être mais l’accès à l’IVG est difficile. En êtes-vous sûr ? En 2024, on a dénombré 663000 naissances en France et 251000 IVG. Ce nombre est constant, ce qui signifie que ce n’est pas toujours un recours ultime mais un quasi-moyen de contraception (d’autant que 80% des IVG sont réalisées par voie médicamenteuse). Rappelons aux jeunes qu’il existe de nombreux moyens de faire l’amour sans procréer. L’IVG est l’un d’eux, peut-être pas le plus simple ni le plus joyeux.
Pourtant, les féministes et les nigauds progressistes veulent absolument que l’avortement soit archi-banal. Ils ne défendent pas le droit à l’avortement, ils le célèbrent comme si c’était un accomplissement merveilleux. Toute réserve, tout rappel des souffrances qu’il occasionne est réactionnaire. La clause de conscience est, selon la députée Albane Gaillot, « le symbole d’une médecine qui tente de contrôler le corps des femmes ». Obliger les médecins à pratiquer un acte qu’ils jugent attentatoire à la vie, ça ce n’est pas grave. Que vaut la liberté de conscience à côté d’une lubie militante ?
Reste que toute cette discussion est un peu théorique. Un gouvernement infichu aujourd’hui de faire voter un budget prétend légiférer sur l’IVG le jour où il ne sera plus en fonction… Tout ça est une diversion ou, comme le dit le président, du « bullshit ».
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth dans la matinale du lundi au jeudi.