Dans son dernier livre, Philippe Besson lève le voile sur un secret familial. Si certains trouvent parfois un peu agaçant médiatiquement l’écrivain un peu maniéré qui a Brigitte Macron pour grande copine, Une pension en Italie est un livre lumineux sur le prix à payer pour être soi.

Son grand père, Philippe Besson ne l’a pas connu. Personne n’en parlait jamais. Les secrets de famille, on le sait, ont la particularité d’être bien gardés. Pourtant par une belle après-midi d’automne sa mère accepte d’évoquer l’histoire de son père, lui intimant toutefois de ne jamais écrire sur le sujet – « les morts méritent qu’on les laisse tranquilles tu ne crois pas ? » L’écrivain désireux de faire toute la lumière sur ses origines décide pourtant de mener l’enquête. Jusqu’au jour où l’autrice de ses jours lui donne l’autorisation de raconter.
Une pension en Italie est l’histoire de cet aïeul qui, en l’espace d’un été, a vu sa vie basculer. Juillet 1964, Paul Virsac, sa femme et leurs deux filles embarquent à bord de leur 404 pour un voyage en Italie. San Donato, Florence, San Gimignano, Sienne. Les collines écrasées de soleil, les pins parasols, les cyprès. C’est dans ce décor de rêve qu’éclate le drame. Dans une de ces pensione typiques de la Toscane. Là, Paul Virsac, « un visage fin et doux, des yeux clairs, probablement vert pâle, des cheveux châtains » va rencontrer celui qui va bouleverser sa vie : Sandro le chef cuisinier. En un regard les deux hommes se reconnaissent. Le père de famille va tout faire pour juguler son attirance pour le bel Italien. De même qu’il a tout fait sa vie durant pour étouffer ses penchants. Il finira par capituler. Ce sera une déflagration. Une révélation. La certitude après des années passées à se mentir de s’être enfin trouvé. Voilà pour le secret. Celui d’un homme dans les années 60 qui découvre son homosexualité et va faire le choix d’en assumer les conséquences. Choix qu’il faut replacer dans le contexte d’une époque où être homosexuel pouvait être passible de prison. Mais ce qui intéresse Besson ce sont moins les faits que le cheminement d’un homme, son combat intérieur et le prix à payer pour être en accord avec soi-même. Une trajectoire faite de sentiments ambivalents, de peurs et de soulagements qu’il excelle à transcrire. Et ce d’autant qu’il se reconnaît en cet aïeul fin et délicat. Il sait mieux que quiconque « cette lutte incessante que tant d’hommes (…) ont menée contre leur propre nature. (…) la petite voix intérieure, l’angoisse qui dévore, la terreur permanente, la terreur (…) d’être repéré, reconnu ». Avec une finesse d’analyse, une empathie et une sensibilité peu commune, Besson brosse le portrait d’un homme en proie à ses démons. Mais pas seulement. Une pension en Italie est aussi un livre sur l’écriture dans lequel l’auteur d’En l’absence des hommes donne accès aux coulisses de son travail. Il ne cache pas connaître les faits mais ignorer les détails alors, de son propre aveu, il devine, imagine, extrapole, remplit les blancs. « De toute façon -écrit-il- il faut raconter comme on raconte une histoire ». Force est de constater qu’il est un conteur hors pair. Il sait l’art des révélations savamment distillées, du suspens subtilement entretenu, de l’émotion qui prend à la gorge. Enquête intime aussi bouleversante qu’édifiante Une pension en Italie brille d’un éclat incomparable. Philippe Besson au sommet de son art.
Une pension en Italie de Philippe Besson Editions Julliard, 240 pages.
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