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A l’assaut de Provins

Quand un député RN brigue une ville gaulliste hautement symbolique


A l’assaut de Provins
Le député Julien Limongi pédale au milieu de son équipe pour la fête des moissons de Provins, dimanche 24 août 2025. Lucien Rabouille.

A Provins, en Seine-et-Marne, Julien Limongi (RN) sera l’un des 95 députés qui se présenteront aux prochaines élections municipales des 15 et 22 mars. Ce qui se joue dans la sublime cité médiévale dit tout de la porosité entre les électorats de la droite classique et ceux de Marine Le Pen.


A une heure vingt de Paris en roulant vers l’est direction la Champagne, le plateau briard est, avec ses champs de blé, ses serres, ses prairies, ses pépinières et ses bosquets, l’une des plus vastes circonscriptions de France. « Ici, on passe notre temps à conduire », glisse un collaborateur de Julien Limongi, le député RN local.

Son jeune patron, 29 ans, a ravi il y a deux ans ce fief gaulliste – qui fut pendant presque 40 ans la terre d’élection d’Alain Peyrefitte avant d’être pendant 25 ans celle de Christian Jacob  –  en obtenant 51,7 % des voix au second tour des législatives. CV impeccable : Sciences-Po Toulouse, expérience à l’étranger, costume bleu moyen, sourire de gendre idéal. Sur les marchés, les mamies s’extasient. « Il est beau, notre jeune député ! »

Notabilisation

Pas une semaine ne passe sans que Limongi se démène dans les foires et les kermesses de campagne, coupe ici un ruban, s’incline là devant un monument au mort. L’art de se notabiliser. Fin août, nous le croisons à l’occasion d’un festival folklorique à Jouy-sur-Morin. Trois cents badauds et estivants sont venus ce jour-là admirer une réplique de taxi de la Marne et un troupeau d’oies guidé par un chien de berger.

Soudain la fanfare municipale s’avance. Déguisé en édile de la Belle Epoque, avec son haut-de-forme façon Anatole France, le maire « sans étiquette » défile en tête avec à ses côtés Limongi, en écharpe tricolore. « On n’a pas les mêmes opinions, mais des relations cordiales et républicaines », nous confiera-t-il un peu plus tard à la buvette.

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Au contact des habitants, Limongi excelle. Atteint d’hypermnésie, il sait le prénom de chacun, se souvient d’une rencontre passée sur une brocante ou d’une communion sans qu’un assistant ne fasse le souffleur. Autour d’un verre, on discute avec quelques élus municipaux LR venus des patelins alentour. Ils avouent avoir reçu de leur parti la consigne de ne pas s’afficher avec le député RN. L’un d’eux rigole : « Ah mais je ne fais rien avec le député, mais on se voit très régulièrement, c’est vrai. On ne devrait pas mais on le fait. » Traduction : le RN, hier infréquentable, est devenu indispensable dans des communes qui l’ont placé en tête.

Quelques mois plus tard, rendez-vous à Provins, 12 000 âmes, principale ville de la circo et « baronnie » gaulliste s’il en est. Ici, les céréaliers, pour la plupart membres de la FNSEA, tiennent le haut du pavé. Comme le maire de La Soupe aux choux, ils sont pour l’« expansion économique ». « Cette droite est pire que la gauche » peste un collaborateur de Limongi. « C’est ici, à Provins, que se situent nos marges de progression », dit avec plus de diplomatie le député qui n’était pas majoritaire intramuros aux dernières législatives.

 Julien Limongi parmi les jeunes agriculteurs. Un contact fluide et cordial avec les syndicats paysans. 

A Provins, comme déjà au XIVe siècle, la gueuserie se masse dans la ville basse et vote RN, tandis que dans la ville haute, les bonnes familles vivent dans la pierre de taille classée au Patrimoine mondiale de l’humanité et votent Macron ou LR. Dans les rues, on s’adresse à Limongi comme s’il était le maire. Une vieille dame l’interpelle : pas pour parler de Marine ni de Jordan, mais de la Tour 18, une tourelle des anciens remparts qui a été détruite l’an dernier dans le cadre des travaux de la ceinture verte. Le député RN était monté au créneau, si l’on ose dire, contre sa démolition.

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Courtoisie républicaine

D’autres passants viennent à sa rencontre pour évoquer l’absence de crèche. Le député écoute attentivement, et promet des solutions. Il faut dire que, le 9 janvier, il a annoncé sa candidature aux municipales de la ville. La suite logique d’une stratégie briarde tous azimuts. Face à lui, le sortant, Olivier Lavenka, adoubé par Jacob, sait que la partie va être serrée. « Limongi sera-t-il le premier maire RN du département ? » s’interroge l’édition seine-et-marnaise du Parisien. La ville aura sans doute valeur de test national.

A Provins, Limongi fait campagne sur des thèmes parfaitement « droite locale » : renforcement de la police municipale, fluidification de la circulation, entretien des vieilles pierres… Le programme aurait pu être celui d’un candidat RPR ou UMP. Sur le marché, Christian Jacob passe justement, panier à la main. Limongi et lui se saluent. Courtoisie républicaine de rigueur. Il est loin le temps de la diabolisation. Dans cette cité médiévale, un jeune mariniste pratique un art ancien de la politique française : imiter les patriciens pour mieux les déloger.



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