Accueil Site Page 32

Royal!

Cette fabuleuse collection de 92 tapis de la Savonnerie pensée pour revêtir le sol de la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV en réunit ici une trentaine dans une débauche de couleurs d’un luxe tout royal.


L’immensité du Grand Palais suffit à peine à abriter cette interminable succession de tapis de la Savonnerie tissés au XVIIe siècle au cours d’une vingtaine d’années, en un temps où Louis XIV était jeune encore et plus prétentieux que jamais.  

Ils étaient 92 au moment de leur conception, destinés à revêtir, avec une somptuosité inégalée et sur une longueur de 460 mètres, le sol de la Grande Galerie du Louvre, plus joliment nommée Galerie du bord de l’eau, celle que Henri IV avait voulue pour relier le Louvre aux Tuileries. Ils ne sont plus que 42 aujourd’hui à avoir survécu aux vicissitudes de l’Histoire et à être en partie réunis pour créer cette immensité mordorée jamais exposée en près de quatre siècles d’existence.

Dans l’esprit des débordements baroques

C’est à l’aube du règne de Louis le Grand que naquit ce projet d’orner la Grande Galerie du Louvre d’une suite de 92 tapis de neuf mètres de largeur composant une surface de 4000 mètres carrés de couleurs éclatantes, de paysages, de figures allégoriques, de trophées, de rinceaux, de motifs ornementaux d’une richesse inégalée depuis et où chacun d’entre eux illustrait un thème glorieux. Jamais on n’avait conçu ensemble aussi considérable et aussi somptueux devant conduire de la Galerie d’Apollon au Pavillon de Flore où il était prévu d’installer le trône royal. Jamais non plus on ne s’y risqua une autre fois.

A lire aussi, Julien San Frax: Ode au « Versailles » de messire Maral

Les dessins en avaient été évidemment confiés au Premier peintre du Roi, à Charles Le Brun. Et avec les membres de son atelier, celui-ci donna libre cours à une imagination foisonnante, bien dans l’esprit des débordements baroques. Les ateliers de la Couronne nouvellement créés à la Savonnerie allaient se charger de leur exécution durant une vingtaine d’années. Mais entretemps Louis XIV avait choisi Versailles comme lieu de résidence de la Cour, au grand dam de Colbert, son ministre, qui avait tout fait pour maintenir le siège de la monarchie dans la capitale. Et ce splendide projet s’écroula donc avant d’être né, cependant que des sommes mirifiques lui avaient été consacrées.

En France, que ce soit aujourd’hui ou sous l’Ancien Régime, le pouvoir a toujours su dilapider à profusion les deniers publics.

Les vicissitudes de l’Histoire

Ils ne sont donc plus que 42 tapis aujourd’hui à avoir triomphé du temps. Ils proviennent avant tout du Mobilier national où ils sont déposés désormais, mais aussi de collections publiques ou privées dispersées au Danemark, au Royaume Uni, en Italie, aux Etats-Unis, au gré des présents royaux, des ventes révolutionnaires, des vols et des rapines. Ils ont orné les palais de la République et ce sont désormais des pieds roturiers qui les foulent dans les ministères, les résidences présidentielles, les ambassades…  alors qu’ils étaient destinés à ravir les monarques, les princes du sang, les souverains étrangers, les ambassadeurs extraordinaires et tous ceux qui bénéficiaient des Honneurs du Louvre.

Bordant cette suite de tapis de la Savonnerie, quelques-unes des somptueuses tapisseries des Gobelins tissées pour illustrer l’Histoire du Roi sont exposées également au Grand Palais, renforçant ainsi cette débauche de luxe, d’art et de savoir-faire provenant des manufactures royales.

A lire aussi : Des saintes, des cris et des rires nerveux

Quel luxe également que cette spectaculaire exposition hélas éphémère, mais si remarquablement mise en scène, que de multiples commentaires apposés un peu partout enrichissent encore, cependant que des artistes du Mobilier national partagent un peu de leur savoir avec le public.

L’entreprise est admirable. Et la brièveté de l’exposition la rend plus précieuse encore. Plus irréelle aussi. Ceux qui en ont eu l’idée, ceux qui en ont conçu l’installation, tous ceux qui ont mené à bien cet éblouissant projet sont à saluer. Il y a peu ou pas de nations au monde assez prodigues pour savoir concevoir ce genre d’événement. Peu aussi à disposer d’un patrimoine aussi extraordinaire. Il ne manque à l’exposition que la diffusion de musiques de Lulli ou de Charpentier sous les voûtes spectaculaires du Grand Palais pour en achever l’enchantement.


Le Trésor retrouvé du Roi Soleil. Grand Palais. Jusqu’au 8 février

De 10h à 19h30, Le vendredi 6 février de 10h à minuit. Le dimanche 8 février de 10h à 16h. 8€ l’entrée

La foi sous le « calot » chirurgical: un accommodement déraisonnable

0

Islamisation. L’infirmière de l’AP-HP qui refusait de retirer le calot chirurgical qu’elle portait en permanence pour voiler ses cheveux, est finalement suspendue huit mois.


Majdouline B, infirmière depuis 2018 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, est licenciée le 10 novembre dernier, la direction lui reprochant de porter quotidiennement un calot (protection en tissu portée au bloc opératoire). La direction affirme que « la jurisprudence administrative rappelle que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination” ». L’infirmière conteste et ne revendique pas d’appartenance religieuse – elle avait du reste signé la charte de laïcité lors de son embauche. Saisi en référé par l’infirmière, le tribunal administratif gèle le renvoi début janvier, dans l’attente d’un examen sur le fond. Verdict samedi 31 janvier : l’infirmière est suspendue pour huit mois, car le port du calot a déjà été remarqué comme une façon détournée de porter le voile, dans des affaires similaires.

Manquement aux obligations de l’agent public

Derrière cette bataille d’Hernani, se profile la question de la pratique de l’islam à l’hôpital. En effet, porter un voile rend-il l’infirmière inopérante ? Non, évidemment. Néanmoins, le législateur a tranché : le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations selon le principe de laïcité et de neutralité dans l’enceinte de l’établissement (Circulaire PM n° 5209 du 13 avril 2007 relative à la Charte de la laïcité dans les services publics).Saisie de la question de l’interdiction du port du voile, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 26 novembre 2015, a même jugé que cette neutralité n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

A lire aussi: Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

Pour synthétiser le sujet, à l’hôpital, la patiente peut déambuler voilée dans les couloirs, mais pas le personnel soignant, sauf s’il travaille dans le privé : dans le cas d’un hôpital confessionnel, la sœur catholique peut arborer la coiffe traditionnelle ou une croix, et la musulmane le voile, si l’établissement n’est pas géré par l’État.

Des problèmes qui ne vont pas aller en diminuant

Du côté de la patiente, celle-ci doit montrer entre autres son cou et sa bouche, impérativement, d’où la nécessité de se dévoiler – a fortiori si elle est chez le dentiste ! Un refus de le faire peut constituer une impossibilité technique d’auscultation pour le praticien. Restent les cas de maris vétilleux : plusieurs exemples de musulmans rigoristes refusant que leur épouse ou sœur soit examinée par des hommes ont défrayé la chronique ces dernières années, mais en nombre finalement restreint, semble-t-il. Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique dispose ceci dès 1993 : « en règle générale, si une femme médecin spécialisée est disponible, il est obligatoire qu’elle se charge d’examiner la patiente. En l’absence d’une telle spécialiste, cette tâche sera confiée à une femme médecin non musulmane et digne de confiance (…) Le traitement de la femme par un homme doit se faire en présence d’un Mahram, de son époux ou d’une autre femme de confiance, évitant ainsi tout aparté »… Heureusement en France, ces règles n’ont pas lieu d’être retenues dans les hôpitaux, le principe de la laïcité tenant lieu de barrage républicain.

JO: c’est parti mon kiki!

Selon le journal Bild, augmenter temporairement la taille de leurs parties génitales afin d’obtenir une mesure de l’entrejambe plus importante lors des scans corporels servant à définir la taille des combinaisons serait une pratique de triche courante chez les athlètes de saut à ski.


Alors que les Jeux à la neige vont débuter (JO de Milan-Cortina du 6 au 22 février), une affaire secoue les membres de la Fédération de saut à ski, cette discipline où les skieurs dévalent un tremplin avant de s’envoyer en l’air pour atterrir le plus loin possible… Mi-janvier, le magazine allemand Bild a affirmé que certains concurrents procédaient à des injections pour augmenter le volume de leur pénis ! Le règlement imposant que les combinaisons enfilées par les athlètes soient sur-mesure, au poil près (car les dimensions du tissu améliorent la pénétration dans l’air), augmenter la taille du pénis permettrait, primo de gagner à l’entrejambe quelques centimètres carrés du précieux tissu, et secundo de baisser le centre de gravité ! Pour nous, cela ne signifie pas grand-chose, mais pour les spécialistes cela veut dire beaucoup. Sur RMC, Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, a reconnu qu’en théorie ce n’est pas farfelu: « Si un athlète gagne un centimètre dans cette zone il est content, ça change la donne pour lui… Cela modifie légèrement le centre de gravité et sa façon de voler pour gagner un à deux mètres pour un saut ».

A lire aussi, du même auteur: Zidane perd la boule

Et si personne ne pipe mot sur l’agrandissement de pénis, des langues se délient pour raconter que des athlètes bourrent leur slip de mousse ou de serviettes hygiéniques.

L’Autrichien Mika Vermeulen (26 ans), skieur de fond passé par le saut à ski, assure que des athlètes expérimentés mettent… de la pâte à modeler dans leurs sous-vêtements pour améliorer leurs performances. La nature humaine est ainsi faite. Pour tricher, l’imagination peut se nicher dans les endroits les plus improbables. En 1976, aux JO de Montréal, l’Allemagne de l’Ouest avait imaginé améliorer la position dans l’eau de ses nageurs en leur injectant via le rectum un gaz rare dans les intestins. L’affaire éventée, les Allemands s’étaient dégonflés, déballonnés… mais il se murmure que certaines nations auraient amélioré le procédé pour faire de leurs nageurs des poissons-volants et inscrire leurs noms dans les annales olympiques.

Des saintes, des cris et des rires nerveux

Tiré de la pièce de Paul Claudel et créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, puis à ceux d’Angers et de Rennes, l’ouvrage lyrique de Philippe Leroux est mis en scène par Célie Pauthe. « L’Annonce faite à Marie » au Châtelet fascine par son esthétique hors du temps et sa musique troublante, mais dérange, fait fuir une bonne partie du public et interroge cruellement la possibilité même de transformer Claudel en opéra.


La Cage aux folles à l’affiche en décembre, L’Annonce faite à Marie en janvier, Jean Poiret précédant Paul Claudel : qui serait d’assez mauvaise foi pour reprocher au Théâtre du Châtelet une programmation monochrome ? 

Le grand écart est tel qu’on pourrait plutôt dénoncer un éclectisme erratique, un programme parfaitement incohérent. De fait, il reflète parfaitement la personnalité qu’on qualifiera de contrastée de l’actuel directeur du Châtelet, brandissant d’une part un catholicisme tapageur, affichant d’autre part une homosexualité militante. Une rareté assez piquante pour n’être pas saluée et qui au fond trouve ici son acmé.

Inutile de préciser que L’Annonce faite à Marie, programmée pour quatre représentations, fera beaucoup moins courir les foules que La Cage aux folles à l’affiche durant cinq semaines, avec prolongation à la Seine musicale : la France, fille aînée de l’Eglise, est aujourd’hui plus folâtre que confite en dévotion, plus encline à la farce qu’au mysticisme chrétien.

Couleurs tranchées, coupe vieillotte

Sur la scène du Châtelet, on se trouve incontinent transporté dans un autre temps. Un temps qui n’est pas d’ailleurs celui des cathédrales au cours duquel Claudel situe son drame. Mais, à la faveur de l’architecture singulière d’un décor d’une extrême sévérité, clos sur lui-même ou parfois s’ouvrant sur de vastes paysages de cultures céréalières, comme on en trouve aux environs de Chartres, du fait aussi des costumes d’Anaïs Romand, aux couleurs tranchées et à la coupe vieillotte, on est confronté à une vision du Moyen Age semblable à celle qu’on aurait pu proposer sur les scènes alors novatrices de la première moitié du XXe siècle. Sentiment étrange et pas du tout désagréable que de contempler un exemple de modernité relevant d’une époque largement révolue, comme si les auteurs du spectacle, à la façon de la Belle au bois dormant, s’étant assoupis durant près d’un siècle, reproduisaient à leur éveil une esthétique en vogue avant leur endormissement.

Solistes de l’Ensemble intercontemporain

Séduisantes, très séduisantes même, les premières mesures de l’opéra de Philippe Leroux donnent corps à un univers d’abord nimbé de mystère. Et nous plongent aussitôt dans un climat très tendu, dans un climat de drame. La musique expose des sonorités qui, elles aussi, évoquent une modernité d’un autre temps, une modernité d’avant-guerre ou d’immédiat après-guerre. Comme si, là aussi, le compositeur s’était longuement assoupi et réapparaissait en n’ayant rien oublié de son époque. Alors que ressurgissent dans sa partition de lointaines réminiscences du Pierrot lunaire de Schönberg, créé en 1912 à Berlin, l’année même où à Paris L’Annonce faite à Marie était mise en scène par Lugné-Poe au Théâtre de l’Œuvre, accompagnée d’une musique de Vincent d’Indy. 

A lire aussi, Julien San Frax: Lyrique: Un bal… presque manqué

Exécutée par une huitaine de solistes de l’Ensemble intercontemporain placés sous la conduite d’Ariane Matiakh, la partition de Philippe Leroux pourrait être belle, éloquente même. Mais le traitement des voix est la plupart du temps assez rude, sinon infiniment éprouvant. Ce chant parlé, ces voix délirantes semblent bien mal traduire les inflexions du texte. On le torture avec des stridences, des accents gutturaux, des grincements, des dissonances appuyées. Et, chez Mara la Noire, avec des chevrotements de possédée qui virent parfois à la caricature. En prétendant dévoiler l’obscurité de son âme, la violence de sa haine, l’emprise du mal qui l’habite, ces chevrotements ont un effet désastreux. Ils font irrémédiablement sourire ou ricaner, là où les imprécations de la sœur venimeuse devraient impérativement nous glacer.

C’est cela sans doute qui a poussé d’innombrables spectateurs, douloureuse hémorragie, à quitter la salle dans la première heure d’un ouvrage qui ne dure pas loin de trois heures. 

Claudel en voix off

Pour qui aurait la fantaisie de vouloir entendre le texte de Claudel, l’entreprise est quelque peu téméraire. Chantés ou psalmodiés, parlés ou éructés, les mots demeurent généralement inaudibles. En revanche, il faut s’appuyer par moments la voix antipathique de Claudel, cette voix de nanti solennel captée par des enregistrements de jadis, et qui, diffusée tout au long de l’ouvrage, semble en commenter l’action. 

A lire aussi, du même auteur: «Siegfried» à l’Opéra de Paris: un héros frappé d’impuissance

Voix parlantes voix chantantes, « parlé chanté » cousin du « Sprechgesang » de l’Ecole de Vienne, les effets vocaux accompagnant ce qui subsiste du texte de Claudel ne portent guère au mysticisme et sont difficilement émouvants, n’en déplaise aux thuriféraires de cette Annonce faite à Marie qui se répandent en termes admiratifs. Et sur le plan dramatique, la version lyrique est bien peu convaincante en regard de la version théâtrale.

Une sainte résolument professionnelle

Pour les interprètes, la partie vocale doit être extrêmement difficile à exécuter en l’absence de ligne mélodique franche imposée par les instruments. Dans le rôle d’Elisabeth Vercors, Els Janssens est la plus convaincante d’entre tous parce qu’elle y répond avec un naturel, une humanité qui donnent chair à son personnage. Incarnant la figure ingrate de la sœur de Violaine, cette Mara la Noire dévorée par la jalousie la plus tortueuse, par une haine criminelle envers celle dont la bonté et le rayonnement lui sont insupportables, Sophia Burgos est aussi remarquable comme actrice alors qu’elle n’est guère aidée par les excès vocaux qu’on lui impose. Fallait-il alors que la sainteté de Violaine s’exprimât par des regards extatiques, des langueurs, des soupirs saint-sulpiciens ? Raphaële Kennedy, en incarnant Violaine, se précipite tête baissée dans un expressionisme de cinéma muet qui a fait jadis, il est vrai, quelque effet dans les sacristies ultramontaines ; dans un mysticisme de théâtre de patronage où faire chavirer son regard vers le ciel en adoptant des airs languides de vierge immolée relevait de la panoplie obligée pour toute sainte ou bienheureuse résolument professionnelle.

Réduite à six personnages, la distribution comprend encore la belle et solide présence du baryton Marc Scoffoni incarnant Anne Vercors, père de Violaine et de Mara ; celle de Vincent Bouchot en Pierre de Craon ; celle enfin de Charles Rice qui dessert avec beaucoup de bonne volonté le rôle déjà peu reluisant de Jacques Hury. 

Il est permis de penser que cette Annonce faite à Marie ne fera pas nécessairement la belle carrière de Carmen sur la scène lyrique mondiale. Les filles perdues, même si on le déplore à juste titre dans les réunions paroissiales, auront toujours plus de succès que les saintes en épectase. Mais qui sait ? Malgré le génie de Bizet, Carmen avait été violemment désavouée à sa création, quand aujourd’hui c’est l’opéra, dit-on, le plus joué au monde.


L’Annonce faite à Marie.
Théâtre du Châtelet. Dernière représentation le mardi 3 juillet 2026.

de 10 à 99 €

Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

Le gouvernement fédéral canadien participe à la transformation des abattoirs pour produire plus facilement de la viande halal à hauteur de 40 millions de dollars. De quoi scandaliser le contribuable laïque pendant que le multiculturalisme entérine l’invasion des mets halal dans les écoles du pays.


Manger, c’est incorporer un territoire.
Jean Brunhes.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles mais il a un sacré nez.
Alphonse Allais.

Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
1 Cor. 8:4


Au Canada, comme en Union européenne, en dérogation du droit commun fondé sur des critères scientifiques modernes, est légal l’abattage des bovins selon les rites juif et musulman : est autorisé, sans étourdissement préalable, l’égorgement de l’animal selon une technique par laquelle est tranché l’œsophage. Il en résulte une entorse à la séparation de la mosquée et de la synagogue et de l’État; sur le plan de la santé publique, elle se traduit par un risque de contamination de la viande; enfin, il y a mépris de la souffrance animale.

En principe, le non-respect des règles sanitaires concerne la société entière et non pas uniquement le consommateur lambda: le gastronome qui, après avoir ingurgité un aliment toxique, fait gicler par spasmes à partir de ses orifices des liquides et semi-liquides biologiques verdâtres, compte sur le système de santé national pour se remettre sur pied; est aussi malsaine la tolérance de la cruauté animale. Cependant, aux fins de la présente discussion, l’on admettra charitablement la prémisse portant que la loi civile peut, malgré tout, licitement prévoir ce genre d’exemption et laisser chaque quidam aspirant à la transcendance libre de ses choix culinaires, lesquels, en théorie, n’engagent que lui seul.

Bien-pensance canadienne

Jusqu’à une époque relativement récente, les musulmans croyants pouvaient s’approvisionner sans problèmes dans les établissements classiques, en application du principe de nécessité reconnu par la charia, qui permet d’arrondir les angles : l’interdiction totale du porc demeurait évidemment intangible, mais l’on pouvait, sans risque d’anathème, commander ses viandes en elles-mêmes licites mais provenant d’animaux abattus selon l’hygiène moderne à la séculaire boucherie Sanzot (à condition d’en trouver le numéro de téléphone exact). Par contre, les orthodoxes ont toujours été tenus de faire leurs achats dans les boutiques approuvées par le rabbinat, même si la halakhah connaît le précepte « la loi du Royaume est la loi » en v.f. (« dina d’makhulta dina » en v.o.).

L’on voit mal en quoi la simple phase d’étourdissement préalable et une technique d’un égorgement relativement indolore du bestiau constituent une violation grave de la méthode religieuse. La solution la plus simple eût donc été d’imposer l’abattage conforme à la loi civile, quitte à organiser la présence des rabbins et des imams, qui eussent pu alors accorder leurs certifications, cachère et halal, après avoir scandé leur bénédiction. Au Canada, l’on invoque ad nauseam le principe d’« accommodements raisonnables », lequel, hélas, est à sens unique.

A lire aussi: KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Mais… c’était sans compter sur une volonté de ségrégation socioreligieuse, de contrôle du groupe. Et, pour les islamistes, sur la juteuse source de financement d’un réseau parallèle d’abattoirs halal, qui connait en effet un substantiel développement depuis une trentaine d’années, ce qui n’est pas le cas des établissements cachère, la population juive orthodoxe étant considérablement plus faible et stable.

En outre, multiculturalisme canadien à toutes les sauces oblige, on constate un phénomène insidieux : l’invasion des mets halal dans les institutions publiques, notamment les cantines scolaires. Selon une certaine bien-pensance, s’ils sont servis à tous les élèves sans distinction de race ou de religion, chacun y trouve son compte : les jeunes musulmans mastiquent conformément aux prescriptions religieuses que leur imposent leurs parents, tandis que pour les petits roumis, rien ne change puisque les recettes sont les mêmes, la préparation est la même et surtout, oui, surtout, aucune différence de goût pour les jeunes palais! Tout le monde est content et personne n’est lésé. Un admirable d’exemple d’œcuménisme. Où est le problème?

La réponse est on ne peut plus simple : cette pratique impose, précisément, aux familles laïques, la consommation de produits contestables sur le plan sanitaire et moral. Nul besoin d’être vegan ou carnivore islamophobe pour défendre des méthodes d’abattage conformes à la science moderne. Que des écoles islamiques privées s’en tiennent à un menu halal, grand bien leur fasse, mais c’est une hérésie en ce qui concerne l’école publique. En revanche, il revient aux parents concernés qui optent pour l’école publique canadienne (qui ne saurait, malheureusement, être qualifiée ni de « républicaine » et ni vraiment de « laïque ») pour leurs enfants de leur préparer un repas du midi selon leurs coutumes ancestrales.

Cela dit, il faut impérativement noter que chacun a droit à ses répulsions et inclinaisons alimentaires, peu importe qu’elles soient fondées sur des considérations d’ordre religieux, culturel, ou purement gastronomique. Les planificateurs de menus scolaires peuvent, et doivent donc, très laïquement, s’en tenir uniquement aux statistiques de consommation, qu’il s’agisse de plats de porc, de viande le vendredi, de chèvre, ou même d’alligator.

Toujours plus loin

Mais, au Canada, l’on va encore plus loin. Très loin. Trop loin. L’abattage halal et cachère y bénéficie maintenant de subventions étatiques.

C’est ce qu’annonce fièrement au début de l’an de grâce 2026 le ministère confédéral de l’agriculture. Oui, le contribuable confédéral laïc, immolé sur l’autel des sacrificateurs, contribue maintenant aux rites religieux. Combien? Une première enveloppe de 25 millions $ pour les deux prochaines années, et il est projeté un total 40 millions $ jusqu’en 2030. Rien que ça[1]. La légalité des viandes halal et cachère, déjà difficile à avaler, est une chose, mais voir l’État les prendre à sa charge est un comble. Une onéreuse tartufferie, d’autant plus que qu’elle stimule ainsi financièrement les activités islamiques se déroulant hors de la cuisine.

A lire aussi: Chagos: quand Londres brade la puissance occidentale

L’évidence est que, en réalité, ce programme vise essentiellement les électeurs islamistes. En y incluant aussi et en instrumentalisant le judaïsme orthodoxe, aux effectifs comparativement négligeables, on s’offre le luxe de noyer le poisson (avec ou sans écailles) : le juif observant sert de caution passive et même d’alibi. Tant mieux pour lui s’il profite ainsi, au passage, d’une manne inattendue. Ironiquement, il doit ce ruissellement financier aux islamistes, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Cela dit, il faut lui rendre cette justice : lui, au moins, n’a pas la prétention d’imposer à la société civile les prescriptions de la cacheroute.

Détail aussi piquant qu’un oursin, ce programme vient d’être lancé à… l’Île-du-Prince-Édouard, grande productrice de fruits de mer, mais moins connue pour ses yechivot.

Le gouvernement de Mark Carney, digne successeur du nouveau minet de Katy Perry, se livre, sans vergogne, à l’achat pur et simple des voix islamistes (il serait incongru de parler ici de pot-de-« vin »…). Cependant, le désespoir civique est prématuré. Une pétition citoyenne vient d’être lancée contre ce cynique détournement de pouvoir. Et y aura-t-il contestation devant la justice?

Seul un aruspice expérimenté pourra trouver la réponse dans les entrailles d’un sanglier dûment sacrifié à cette fin, lesquelles pourront être recyclées en andouillettes. 


[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

La résistance par l’habit

0

L’élégance masculine comme manière de s’affirmer et de reconquérir notre souveraineté vestimentaire : Monsieur Nostalgie sonne le tocsin


La rue est devenue désespérante. Nous nous sommes collectivement habitués et résignés à la laideur de nos habits. Le vêtement mondialisé a emporté la bataille des mentalités. Matières consommables, qualité déplorable, cycle infernal de surproduction, gabegie environnementale et confection inhumaine ; là-bas, à des milliers de kilomètres, dans la moiteur des climats changeants, on fabrique pour alimenter un marché sans garde-fous. La machine tourne à plein régime et on préfère regarder ailleurs.

Défaitisme

Il y a comme une défaite intellectuelle dans nos rues, dans nos hémicycles, à la sortie de nos écoles, aucun espace n’échappe à cette forme d’abandon, aussi bien chez nos dirigeants que dans la foule anonyme. Le bel habit masculin a disparu. Le soulier cousu et le cuir patiné sont les témoins d’une époque révolue. S’afficher avec, oser le brio si incommode, renoncer à la transparence, casser la monotonie sont les marques d’une résistance intérieure. Ne pas abdiquer au confort du tyran « jogging » et de la reine basket ; il en faut du courage pour se soulever et dire non. Le laisser-aller est un prêt-à-porter si facile à adopter. L’invisibilité a gagné. Nous sommes tous tombés dans ce piège de l’indifférenciation. Peu importe l’âge ou le milieu d’appartenance, la profession ou le nombre d’années d’études au compteur, dans les bureaux des étages élevés ou au restaurant, le samedi soir, une vague de défaitisme a envahi nos penderies. L’habit moderne, ample et jetable, bavard et insane, est notre nouveau corset. Tous, nous avons entassé des kilos de vêtements « bon marché », dans une sorte de frénésie acheteuse irresponsable. Nous avons été faibles. Au début, nous étions heureux d’accumuler et de suivre cette mode tempétueuse. Nous étions les bons soldats de la « Fashion culture ». Et puis, un jour, notre état de délitement nous a frappés. Nous sommes tombés sur de vieilles photos de famille.

A lire aussi: Les confessions de Madame Claude…

C’était mieux avant !

L’allure de nos aïeux a jeté le trouble. Ils avaient une prestance inhabituelle, une mise soignée, la courtoisie du costume bien taillé, le désir de faire honneur à leur famille, que ce soit lors d’un baptême ou d’une noce. Après souvent un travail de force, manuel et salissant, ils s’habillaient convenablement pour le respect des autres et aussi pour leur propre plaisir. Comme ils relisaient vingt fois une lettre traquant une faute d’orthographe avant de l’envoyer à une administration tatillonne, ils nouaient leur cravate avec une attention d’airain, avant de sortir de chez eux. Leur chemise amidonnée et leur pantalon repassé. Sans faux pli et parfois en faux col. Ces gestes simples et répétés au fil d’une longue vie étaient empreints d’une grande dignité. Ils nous paraissent aujourd’hui incroyablement audacieux, presque chevaleresques. Ils brouillaient aussi les cartes du destin. Qui aurait pu croire que derrière ces élégants-là, portant fièrement le trois pièces, se cachaient des menuisiers, des bistrotiers, des ouvriers tanneurs ou des employés des Postes. Nous avons eu alors, tout à coup, honte de nos guenilles, de nos tissus industriels, de nos chaussures collées à la va-vite et de notre indolence satisfaite. Il semble que ce relâchement généralisé soit arrivé à son terme. Un sursaut salutaire se met en marche timidement. Notre pays se réveille doucement, il ouvre un œil, encore groggy d’avoir subi tant de tenues infâmes. Ce n’est pas un raz-de-marée. L’étincelle est pourtant là. L’envie d’exister et de ne plus subir. Le goût de s’afficher avec un joli manteau en laine, avec un blazer à l’épaule suave ou avec une paire de richelieu brillante n’est plus l’apanage d’une caste en particulier ou d’un portefeuille rebondi. La seconde main a sonné le tocsin du relâchement. Les jeunes générations ont désormais soif de connaître la vérité sur les méthodes de fabrication et de retrouver l’éclat du passé. Ils s’habillent en conscience. Ils comprennent pourquoi la France a perdu tant de savoir-faire au contraire de l’Italie plus sensible à la notion d’atelier.

Un enjeu de souveraineté nationale

Il s’agit là, d’un enjeu de souveraineté et d’éducation. L’apprentissage étant à l’origine de tout. Les réseaux sociaux ont été, en l’espèce, de précieux lanceurs d’alerte. Des figures se sont imposées sur ce secteur sinistré. Le grand public a été touché par le sartorialisme partageur d’un Hugo Jacomet, par la réussite du magazine L’Etiquette et surtout par des centaines de bottiers, de tailleurs, de chemisiers qui ont diffusé leur expérience sur Internet dans de courtes vidéos. Ils ont enfin communiqué ! Nous avons été fascinés par l’intelligence de la main et le cheminement de la création. Le beau travail, dans les règles d’art, précision et virtuosité, nous rassure et nous ancre. On ne s’endort plus en « scrollant » des images de chats mais en visionnant des ressemelages de brogues et de boots. L’effet est à la fois hypnotique et apaisant. Le meilleur des antidépresseurs. La trépointe n’a plus de secret pour nous. On écouterait des heures ce collectionneur de blousons d’aviateur de la Seconde guerre ou cet as du ciseau évoquant le tombé d’une veste, ce dos impeccable comme s’il parlait d’une sculpture. Entre Le Bernin et lui, un fil se tend.

Les tendresses de Zanzibar

Price: ---

0 used & new available from

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Lyrique: Un bal… presque manqué

Même prisonnier d’un décor figé, Verdi bouleverse encore notre chroniqueur


Verdi ne s’interdisait pas de remettre ses partitions à l’ouvrage, voire de réécrire certains de ses chefs d’œuvre pour en proposer, au soir de sa vie, des versions réorchestrées et profondément remaniées. Deux ans avant Un ballo in maschera, ç’avait été le cas en 1857 avec Simon Boccanegra, qu’il retouchera à plusieurs reprises, jusqu’à le recomposer en 1881. Idem pour le Macbeth de 1847, opéra qui se verra profondément transformé en 1865 pour sa version en français, au Théâtre lyrique, et l’ajout du traditionnel ballet tant prisé du public parisien ; avec Don Carlos, encore (Don Carlo dans une autre version), daté 1847 mais durablement révisé jusqu’à 1869. Ou en 1862, avec La forza del destino, promis à se voir largement revisité en 1869 par les soins du compositeur.  

Bal fatal

A contrario ce Bal masqué, ‘’mélodrame en trois actes’’ millésimé 1859, nous parvient inchangé depuis l’heure de sa création en 1859, au théâtre Apollo de Rome, puis deux ans plus tard au Théâtre-italien de Paris. Seul se verra remanié le livret d’Antonio Somma, inspiré de Gustave III ou le bal masqué, fastueux autant qu’oubliable opéra en cinq actes fort distendus, écrit vingt-cinq ans plus tôt par le bien-nommé Eugène Scribe pour Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris : contraint, à son exaspération, par la censure napolitaine, Verdi déplace par prudence l’ancrage historique primitivement planté à  Stockholm,  le resituant, dans un premier temps, à Florence, puis le faisant migrer vers Naples, pour finalement l’installer à Boston : c’est cette version qui s’est définitivement imposée au répertoire. Mais surtout, le génial compositeur resserre à bon escient l’action de son melodramma : trois actes, pas un de plus.

Œuvre de transition, après La Traviata (1853), Les vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué annonce les feux incandescents de La force du destin (1862) et de Don Carlos (1867). Ce n’est pas pour autant un opéra mineur. Conspiration, soupçon d’adultère, convoitise amoureuse, incantations d’une pythie, désir de vengeance, assassinat, in fine, au cours du bal fatal qui clôt ce chef d’œuvre lyrique… Combinant le drame et la comédie, l’intime et le magistral, c’est d’un bout à l’autre, une partition miraculeuse sur le plan mélodique.

Paris, le 20 janvier 2026. Generale Piano du Bal Masque de Giuseppe Verdi. (C) Benjamin Girette / OnP

L’Opéra-Bastille a choisi de reconduire la mise en scène de Gilbert Delfo, millésimée 2007, déjà reprise par deux fois, en 2009 puis en 2018. C’est peu dire qu’elle a beaucoup vieilli : assez sinistre, la pesante symétrie de ce décor monumental, tout à tour blanc de craie, anthracite et plombé de noir, surchargé d’une imposante, prétentieuse statuaire à l’effigie de l’aigle romain, ces costumes de deuil enfilés par les chœurs comme par l’ensemble des protagonistes, excepté le rôle travesti d’Oscar, tout cela ne rend pas justice aux couleurs contrastées d’un opéra qui mériterait d’être traité de manière moins constamment ténébreuse.

Anna Netrebko, une déception

Et pourtant, une première à guichet fermé !  De fait, le public était venu surtout pour entendre la diva Anna Netrebko chanter le personnage d’Amelia – rôle qu’elle a inauguré à Naples en octobre dernier. Hélas, sans offense il semblerait qu’à 54 ans la soprano austro-russe ait, elle aussi, pris de l’âge: en ce 27 janvier où votre serviteur avait pris sa place, Netrebko a déçu : vibrato excessivement espacé, voix peinant sur des aigus approximatifs, legato manquant de souplesse… Et puis, quelque chose de mécanique dans le jeu scénique, qui empêchait décidément l’émotion de passer.

Il est vrai que la rigidité de la mise en scène n’y aide guère: les interprètes s’y voient forcés de chanter trop souvent debout, immobiles, face au public, comme des statues figées au premier plan du plateau, sans qu’entre eux la moindre interaction ne vienne tant soit peu animer celui-ci. Consolation, le baryton montréalais Etienne Dupuis fait merveille dans l’emploi de Renato. Quant à Riccardo, il est campé par le ténor américain Matthew Polenzani, doué d’un timbre magnifique, au phrasé impeccable. Dans le rôle de la sorcière Ulrica, la mezzo Elizabeth DeShong fait son entrée à l’Opéra de Paris de façon remarquable, la palme revenant à la soprano espagnole Sara Blanch, brillante, délicate et gracieuse dans son interprétation d’Oscar.

Une nouvelle distribution prend bientôt le relai, partiellement : la soprano américaine Angela Meade remplaçant madame Netrebko dès le 11 février ; Renato empruntant les traits de notre Ludovic Tézier national à partir du 5 février, star auquel succèdera le baryton natif de Mongolie Ariunbaatar Ganbaatar, qu’on découvrira donc sur la scène parisienne pour les dernières représentations (du 20 au 26 février)…

Voilà qui est de bon augure pour la suite, au moins sur le plan vocal. Quoiqu’il en soit,  Un bal masqué mérite le déplacement, ne serait-ce que pour l’aria d’Amelia et la sublime mélodie du violoncelle, au premier tableau du troisième acte : « Morro, ma primera in grazia,/Deh ! mi consenti almento/L’unico figlio moi/Avvincere al mio ceno.[…] Morro, ma queste viscere/ Condolino i suori baci,/ Or che l’estrema è giunta/ Dell’ore ùie gugati », traduction : « Je mourrai, mais avant,/ de grâce, consens/ que sur mon cœur j’étreigne/ mon seul, unique enfant.[…] Je mourrai, mais qu’au moins ses baisers/ consolent ma pauvre âme/ puisque je suis au terme/ d’une vie éphémère »….  Même un cœur de pierre en pleurerait.  


Un bal masqué/Un ballo in maschera, opéra de Giuseppe Verdi. Mise en scène : Gilbert Deflo. Direction : Speranza Scappucci. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Matthew Polenzani, Anna Netrebko/Angela Maede, Igor Golovatenko/Ludovic Tézier/Andrii Kimach, Sara Blanch, Elizabeth DeShong, Christian Rodrigue Moungoungou, Blake Denson, Andres Cascante, Ju In Yoon, Se-Jin Hwang.

Durée : 3h

Opéra Bastille, les 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23, 26 février à 19h30, le 8 février à 14h30.

La beauté transfigurée du deuil

0

Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

http://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

Ode au « Versailles » de messire Maral

0

Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

Price: ---

0 used & new available from


[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.

Je voudrais tant que tu sois là

0

Monsieur Nostalgie avait depuis longtemps envie de nous parler de l’actrice Marie Dubois (1937-2014). Il cherchait un prétexte pour rattacher la comédienne à l’actualité. Et puis, il décida que Marie Dubois, par sa carrière, son charme fissuré, son courage, l’amour que les gens du métier lui ont voué toute sa vie, se suffisait à elle-même…


Je cherchais une amorce. C’est le sacerdoce du chroniqueur, aborder un sujet par un prisme nouveau, un lien dans l’actualité plus ou moins probant, une reparution, une biographie, une restauration de film, un pèlerinage, un bout de sparadrap en somme, pour coller à l’actualité, singer les apparences, forcer les évidences ; la peur du « papier » hors-sol, tombant comme ça, sans tutelle, sans perspective historique est une tare de bon élève. Presque une faute professionnelle. Je raisonnais trop, donc mal.

J’étais parti sur une fausse bonne idée, raccrocher Marie Dubois à La Grande Vadrouille dont nous fêterons cette année les 60 ans, le tournage eut lieu en mai et le film de Gérard Oury sortit en décembre. L’absurdité de cette collusion me sauta à la figure. J’avais honte d’une telle bassesse, d’un tel traficotage des dates. Je marchandais le souvenir de Marie comme un chineur du dimanche.

A lire aussi, du même auteur: Delpech, chantre de la nostalgie

A-t-on besoin d’un prétexte, d’un anniversaire, pour parler de Marie Dubois ? C’est à la fois insultant pour cette comédienne au teint de porcelaine et une faillite de l’esprit pour le journaliste nostalgique. Marie Dubois nous touche au-delà du long combat qu’elle a mené contre cette salope de sclérose en plaques. La maladie ne résume pas Marie, pendant vingt ans, elle la mit à l’index, en sourdine, puis un jour, le démon se réveilla. Elle fit face dans ce duel déloyal, perdu d’avance ; pudique, elle ne fit pas étalage de ses souffrances. Le métier savait et il était sincèrement ému. Dans une profession d’apparences trompeuses où l’image et le vedettariat font des ravages, où les égos sont perclus de venin, Marie était aimée, profondément aimée par les autres acteurs. Tous lui portaient une immense affection, Gabin l’appelait « la p’tite Dubois », il l’imposa dans L’Âge ingrat et Gainsbourg l’invitait chez Régine et Castel. Jamais, vous n’entendrez quelqu’un salir sa mémoire. Elle est intouchable. Trintignant, Ronet, Depardieu, Carmet, son voisin, Belmondo son vieux complice du Conservatoire, Bourvil « sans doute le grand amour de ma vie de comédienne » disait-elle, Lino dans une scierie des Vosges et même Montand charmeur et impossible dans une brasserie, adoraient cette fille-là. Le public avait confiance dans cette fille aux yeux bleus de France. Il ne la cantonna pas aux rôles de jeune première naïve et amoureuse, « bonne pâte » et « bonne copine », fiancée au cœur tendre. Intimement, nous savions, les réalisateurs aussi, les plus intelligents qui l’avaient justement choisi pour sa grande plasticité, sa grande palette d’émotions, que Marie incarnait, emportait avec elle, un plus large imaginaire, que se mêlaient dans son jeu, une part de timidité et de sauvagerie, une part de pudeur et d’indécence, que le trouble qu’elle dégageait était tout en nuances, tout en délicatesse, tout en entrechats. Que l’innocence affichée dans son regard n’était qu’une partie infime de sa personnalité. Que derrière la candeur, la fougue, la passion et le drame n’attendaient qu’un signal pour déborder, pour ruisseler, pour nous inonder. Marie était de ces actrices qui compriment les sentiments jusqu’à les faire exploser dans une forme de sobriété. On ne peut expliquer ça de façon rationnelle, elle est là, sur l’écran, jolie, d’autres le sont aussi, plus encore peut-être, je crois que l’on ne se méfie pas de cette « bonne fille », de ses intentions, elle pourrait presque paraître transparente, puis elle s’anime, sa voix, sa bouche, ses dents, son rire rempli d’écho et de profondeur nous saisit, elle va nous déstabiliser, c’est certain.

A lire aussi: Des morts et des vivants

Et surtout, on se souviendra d’elle. Plus tard, Claude Jade, et encore plus tard, Sophie Barjac, des comédiennes d’autres générations emprunteront les mêmes chemins. Appelons-ça le talent, le naturel, la présence, cette beauté francilienne qui ne se fane pas. Fiancée chez François Truffaut ou vamp chez Louis Malle, sa grâce n’échappa ni à la Nouvelle Vague, ni au cinéma plus commercial. Marie fut accueillie à bras ouvert chez Godard, Vadim, Sautet, Lautner, Resnais, Visconti, elle fut l’égérie des Suisses, un visage familier de la télévision et des planches. Dans le Figaro, le critique Jean-Jacques Gautier avait vu juste en 1962, cette année-là elle partageait l’affiche avec Elvire Popesco au Théâtre de Paris : « J’ai beaucoup remarqué, apprécié et applaudi la charmante fille aux yeux clairs, à la retenue efficace, aux moyens sensibles qu’est Marie Dubois. Elle a quelque chose de pur, de sain, de lumineux. Elle sent le bon pain frais ». Ce dimanche, je pense donc à elle et ses deux grands amis Anny Duperey et Serge Lama.

Royal!

0
© Didier Plowy pour Grand Palais Rmn, 2026

Cette fabuleuse collection de 92 tapis de la Savonnerie pensée pour revêtir le sol de la Grande Galerie du Louvre sous Louis XIV en réunit ici une trentaine dans une débauche de couleurs d’un luxe tout royal.


L’immensité du Grand Palais suffit à peine à abriter cette interminable succession de tapis de la Savonnerie tissés au XVIIe siècle au cours d’une vingtaine d’années, en un temps où Louis XIV était jeune encore et plus prétentieux que jamais.  

Ils étaient 92 au moment de leur conception, destinés à revêtir, avec une somptuosité inégalée et sur une longueur de 460 mètres, le sol de la Grande Galerie du Louvre, plus joliment nommée Galerie du bord de l’eau, celle que Henri IV avait voulue pour relier le Louvre aux Tuileries. Ils ne sont plus que 42 aujourd’hui à avoir survécu aux vicissitudes de l’Histoire et à être en partie réunis pour créer cette immensité mordorée jamais exposée en près de quatre siècles d’existence.

Dans l’esprit des débordements baroques

C’est à l’aube du règne de Louis le Grand que naquit ce projet d’orner la Grande Galerie du Louvre d’une suite de 92 tapis de neuf mètres de largeur composant une surface de 4000 mètres carrés de couleurs éclatantes, de paysages, de figures allégoriques, de trophées, de rinceaux, de motifs ornementaux d’une richesse inégalée depuis et où chacun d’entre eux illustrait un thème glorieux. Jamais on n’avait conçu ensemble aussi considérable et aussi somptueux devant conduire de la Galerie d’Apollon au Pavillon de Flore où il était prévu d’installer le trône royal. Jamais non plus on ne s’y risqua une autre fois.

A lire aussi, Julien San Frax: Ode au « Versailles » de messire Maral

Les dessins en avaient été évidemment confiés au Premier peintre du Roi, à Charles Le Brun. Et avec les membres de son atelier, celui-ci donna libre cours à une imagination foisonnante, bien dans l’esprit des débordements baroques. Les ateliers de la Couronne nouvellement créés à la Savonnerie allaient se charger de leur exécution durant une vingtaine d’années. Mais entretemps Louis XIV avait choisi Versailles comme lieu de résidence de la Cour, au grand dam de Colbert, son ministre, qui avait tout fait pour maintenir le siège de la monarchie dans la capitale. Et ce splendide projet s’écroula donc avant d’être né, cependant que des sommes mirifiques lui avaient été consacrées.

En France, que ce soit aujourd’hui ou sous l’Ancien Régime, le pouvoir a toujours su dilapider à profusion les deniers publics.

Les vicissitudes de l’Histoire

Ils ne sont donc plus que 42 tapis aujourd’hui à avoir triomphé du temps. Ils proviennent avant tout du Mobilier national où ils sont déposés désormais, mais aussi de collections publiques ou privées dispersées au Danemark, au Royaume Uni, en Italie, aux Etats-Unis, au gré des présents royaux, des ventes révolutionnaires, des vols et des rapines. Ils ont orné les palais de la République et ce sont désormais des pieds roturiers qui les foulent dans les ministères, les résidences présidentielles, les ambassades…  alors qu’ils étaient destinés à ravir les monarques, les princes du sang, les souverains étrangers, les ambassadeurs extraordinaires et tous ceux qui bénéficiaient des Honneurs du Louvre.

Bordant cette suite de tapis de la Savonnerie, quelques-unes des somptueuses tapisseries des Gobelins tissées pour illustrer l’Histoire du Roi sont exposées également au Grand Palais, renforçant ainsi cette débauche de luxe, d’art et de savoir-faire provenant des manufactures royales.

A lire aussi : Des saintes, des cris et des rires nerveux

Quel luxe également que cette spectaculaire exposition hélas éphémère, mais si remarquablement mise en scène, que de multiples commentaires apposés un peu partout enrichissent encore, cependant que des artistes du Mobilier national partagent un peu de leur savoir avec le public.

L’entreprise est admirable. Et la brièveté de l’exposition la rend plus précieuse encore. Plus irréelle aussi. Ceux qui en ont eu l’idée, ceux qui en ont conçu l’installation, tous ceux qui ont mené à bien cet éblouissant projet sont à saluer. Il y a peu ou pas de nations au monde assez prodigues pour savoir concevoir ce genre d’événement. Peu aussi à disposer d’un patrimoine aussi extraordinaire. Il ne manque à l’exposition que la diffusion de musiques de Lulli ou de Charpentier sous les voûtes spectaculaires du Grand Palais pour en achever l’enchantement.


Le Trésor retrouvé du Roi Soleil. Grand Palais. Jusqu’au 8 février

De 10h à 19h30, Le vendredi 6 février de 10h à minuit. Le dimanche 8 février de 10h à 16h. 8€ l’entrée

La foi sous le « calot » chirurgical: un accommodement déraisonnable

0
Image d'illustration.

Islamisation. L’infirmière de l’AP-HP qui refusait de retirer le calot chirurgical qu’elle portait en permanence pour voiler ses cheveux, est finalement suspendue huit mois.


Majdouline B, infirmière depuis 2018 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, est licenciée le 10 novembre dernier, la direction lui reprochant de porter quotidiennement un calot (protection en tissu portée au bloc opératoire). La direction affirme que « la jurisprudence administrative rappelle que tout signe peut devenir religieux par la volonté de celui qui le porte et ainsi être considéré comme un ”signe religieux par destination” ». L’infirmière conteste et ne revendique pas d’appartenance religieuse – elle avait du reste signé la charte de laïcité lors de son embauche. Saisi en référé par l’infirmière, le tribunal administratif gèle le renvoi début janvier, dans l’attente d’un examen sur le fond. Verdict samedi 31 janvier : l’infirmière est suspendue pour huit mois, car le port du calot a déjà été remarqué comme une façon détournée de porter le voile, dans des affaires similaires.

Manquement aux obligations de l’agent public

Derrière cette bataille d’Hernani, se profile la question de la pratique de l’islam à l’hôpital. En effet, porter un voile rend-il l’infirmière inopérante ? Non, évidemment. Néanmoins, le législateur a tranché : le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations selon le principe de laïcité et de neutralité dans l’enceinte de l’établissement (Circulaire PM n° 5209 du 13 avril 2007 relative à la Charte de la laïcité dans les services publics).Saisie de la question de l’interdiction du port du voile, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dans un arrêt du 26 novembre 2015, a même jugé que cette neutralité n’était pas contraire à l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

A lire aussi: Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

Pour synthétiser le sujet, à l’hôpital, la patiente peut déambuler voilée dans les couloirs, mais pas le personnel soignant, sauf s’il travaille dans le privé : dans le cas d’un hôpital confessionnel, la sœur catholique peut arborer la coiffe traditionnelle ou une croix, et la musulmane le voile, si l’établissement n’est pas géré par l’État.

Des problèmes qui ne vont pas aller en diminuant

Du côté de la patiente, celle-ci doit montrer entre autres son cou et sa bouche, impérativement, d’où la nécessité de se dévoiler – a fortiori si elle est chez le dentiste ! Un refus de le faire peut constituer une impossibilité technique d’auscultation pour le praticien. Restent les cas de maris vétilleux : plusieurs exemples de musulmans rigoristes refusant que leur épouse ou sœur soit examinée par des hommes ont défrayé la chronique ces dernières années, mais en nombre finalement restreint, semble-t-il. Le Conseil de l’Académie Internationale du Fiqh Islamique dispose ceci dès 1993 : « en règle générale, si une femme médecin spécialisée est disponible, il est obligatoire qu’elle se charge d’examiner la patiente. En l’absence d’une telle spécialiste, cette tâche sera confiée à une femme médecin non musulmane et digne de confiance (…) Le traitement de la femme par un homme doit se faire en présence d’un Mahram, de son époux ou d’une autre femme de confiance, évitant ainsi tout aparté »… Heureusement en France, ces règles n’ont pas lieu d’être retenues dans les hôpitaux, le principe de la laïcité tenant lieu de barrage républicain.

JO: c’est parti mon kiki!

0
© Ulrich Wagner/DPA/SIPA

Selon le journal Bild, augmenter temporairement la taille de leurs parties génitales afin d’obtenir une mesure de l’entrejambe plus importante lors des scans corporels servant à définir la taille des combinaisons serait une pratique de triche courante chez les athlètes de saut à ski.


Alors que les Jeux à la neige vont débuter (JO de Milan-Cortina du 6 au 22 février), une affaire secoue les membres de la Fédération de saut à ski, cette discipline où les skieurs dévalent un tremplin avant de s’envoyer en l’air pour atterrir le plus loin possible… Mi-janvier, le magazine allemand Bild a affirmé que certains concurrents procédaient à des injections pour augmenter le volume de leur pénis ! Le règlement imposant que les combinaisons enfilées par les athlètes soient sur-mesure, au poil près (car les dimensions du tissu améliorent la pénétration dans l’air), augmenter la taille du pénis permettrait, primo de gagner à l’entrejambe quelques centimètres carrés du précieux tissu, et secundo de baisser le centre de gravité ! Pour nous, cela ne signifie pas grand-chose, mais pour les spécialistes cela veut dire beaucoup. Sur RMC, Nicolas Dessum, entraîneur de l’équipe de France de la discipline, a reconnu qu’en théorie ce n’est pas farfelu: « Si un athlète gagne un centimètre dans cette zone il est content, ça change la donne pour lui… Cela modifie légèrement le centre de gravité et sa façon de voler pour gagner un à deux mètres pour un saut ».

A lire aussi, du même auteur: Zidane perd la boule

Et si personne ne pipe mot sur l’agrandissement de pénis, des langues se délient pour raconter que des athlètes bourrent leur slip de mousse ou de serviettes hygiéniques.

L’Autrichien Mika Vermeulen (26 ans), skieur de fond passé par le saut à ski, assure que des athlètes expérimentés mettent… de la pâte à modeler dans leurs sous-vêtements pour améliorer leurs performances. La nature humaine est ainsi faite. Pour tricher, l’imagination peut se nicher dans les endroits les plus improbables. En 1976, aux JO de Montréal, l’Allemagne de l’Ouest avait imaginé améliorer la position dans l’eau de ses nageurs en leur injectant via le rectum un gaz rare dans les intestins. L’affaire éventée, les Allemands s’étaient dégonflés, déballonnés… mais il se murmure que certaines nations auraient amélioré le procédé pour faire de leurs nageurs des poissons-volants et inscrire leurs noms dans les annales olympiques.

Des saintes, des cris et des rires nerveux

0
Mara Vercors (Sophia Burgos) et Violaine Vercors (Raphaële Kennedy) © Thomas Amouroux - Théâtre du Châtelet

Tiré de la pièce de Paul Claudel et créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, puis à ceux d’Angers et de Rennes, l’ouvrage lyrique de Philippe Leroux est mis en scène par Célie Pauthe. « L’Annonce faite à Marie » au Châtelet fascine par son esthétique hors du temps et sa musique troublante, mais dérange, fait fuir une bonne partie du public et interroge cruellement la possibilité même de transformer Claudel en opéra.


La Cage aux folles à l’affiche en décembre, L’Annonce faite à Marie en janvier, Jean Poiret précédant Paul Claudel : qui serait d’assez mauvaise foi pour reprocher au Théâtre du Châtelet une programmation monochrome ? 

Le grand écart est tel qu’on pourrait plutôt dénoncer un éclectisme erratique, un programme parfaitement incohérent. De fait, il reflète parfaitement la personnalité qu’on qualifiera de contrastée de l’actuel directeur du Châtelet, brandissant d’une part un catholicisme tapageur, affichant d’autre part une homosexualité militante. Une rareté assez piquante pour n’être pas saluée et qui au fond trouve ici son acmé.

Inutile de préciser que L’Annonce faite à Marie, programmée pour quatre représentations, fera beaucoup moins courir les foules que La Cage aux folles à l’affiche durant cinq semaines, avec prolongation à la Seine musicale : la France, fille aînée de l’Eglise, est aujourd’hui plus folâtre que confite en dévotion, plus encline à la farce qu’au mysticisme chrétien.

Couleurs tranchées, coupe vieillotte

Sur la scène du Châtelet, on se trouve incontinent transporté dans un autre temps. Un temps qui n’est pas d’ailleurs celui des cathédrales au cours duquel Claudel situe son drame. Mais, à la faveur de l’architecture singulière d’un décor d’une extrême sévérité, clos sur lui-même ou parfois s’ouvrant sur de vastes paysages de cultures céréalières, comme on en trouve aux environs de Chartres, du fait aussi des costumes d’Anaïs Romand, aux couleurs tranchées et à la coupe vieillotte, on est confronté à une vision du Moyen Age semblable à celle qu’on aurait pu proposer sur les scènes alors novatrices de la première moitié du XXe siècle. Sentiment étrange et pas du tout désagréable que de contempler un exemple de modernité relevant d’une époque largement révolue, comme si les auteurs du spectacle, à la façon de la Belle au bois dormant, s’étant assoupis durant près d’un siècle, reproduisaient à leur éveil une esthétique en vogue avant leur endormissement.

Solistes de l’Ensemble intercontemporain

Séduisantes, très séduisantes même, les premières mesures de l’opéra de Philippe Leroux donnent corps à un univers d’abord nimbé de mystère. Et nous plongent aussitôt dans un climat très tendu, dans un climat de drame. La musique expose des sonorités qui, elles aussi, évoquent une modernité d’un autre temps, une modernité d’avant-guerre ou d’immédiat après-guerre. Comme si, là aussi, le compositeur s’était longuement assoupi et réapparaissait en n’ayant rien oublié de son époque. Alors que ressurgissent dans sa partition de lointaines réminiscences du Pierrot lunaire de Schönberg, créé en 1912 à Berlin, l’année même où à Paris L’Annonce faite à Marie était mise en scène par Lugné-Poe au Théâtre de l’Œuvre, accompagnée d’une musique de Vincent d’Indy. 

A lire aussi, Julien San Frax: Lyrique: Un bal… presque manqué

Exécutée par une huitaine de solistes de l’Ensemble intercontemporain placés sous la conduite d’Ariane Matiakh, la partition de Philippe Leroux pourrait être belle, éloquente même. Mais le traitement des voix est la plupart du temps assez rude, sinon infiniment éprouvant. Ce chant parlé, ces voix délirantes semblent bien mal traduire les inflexions du texte. On le torture avec des stridences, des accents gutturaux, des grincements, des dissonances appuyées. Et, chez Mara la Noire, avec des chevrotements de possédée qui virent parfois à la caricature. En prétendant dévoiler l’obscurité de son âme, la violence de sa haine, l’emprise du mal qui l’habite, ces chevrotements ont un effet désastreux. Ils font irrémédiablement sourire ou ricaner, là où les imprécations de la sœur venimeuse devraient impérativement nous glacer.

C’est cela sans doute qui a poussé d’innombrables spectateurs, douloureuse hémorragie, à quitter la salle dans la première heure d’un ouvrage qui ne dure pas loin de trois heures. 

Claudel en voix off

Pour qui aurait la fantaisie de vouloir entendre le texte de Claudel, l’entreprise est quelque peu téméraire. Chantés ou psalmodiés, parlés ou éructés, les mots demeurent généralement inaudibles. En revanche, il faut s’appuyer par moments la voix antipathique de Claudel, cette voix de nanti solennel captée par des enregistrements de jadis, et qui, diffusée tout au long de l’ouvrage, semble en commenter l’action. 

A lire aussi, du même auteur: «Siegfried» à l’Opéra de Paris: un héros frappé d’impuissance

Voix parlantes voix chantantes, « parlé chanté » cousin du « Sprechgesang » de l’Ecole de Vienne, les effets vocaux accompagnant ce qui subsiste du texte de Claudel ne portent guère au mysticisme et sont difficilement émouvants, n’en déplaise aux thuriféraires de cette Annonce faite à Marie qui se répandent en termes admiratifs. Et sur le plan dramatique, la version lyrique est bien peu convaincante en regard de la version théâtrale.

Une sainte résolument professionnelle

Pour les interprètes, la partie vocale doit être extrêmement difficile à exécuter en l’absence de ligne mélodique franche imposée par les instruments. Dans le rôle d’Elisabeth Vercors, Els Janssens est la plus convaincante d’entre tous parce qu’elle y répond avec un naturel, une humanité qui donnent chair à son personnage. Incarnant la figure ingrate de la sœur de Violaine, cette Mara la Noire dévorée par la jalousie la plus tortueuse, par une haine criminelle envers celle dont la bonté et le rayonnement lui sont insupportables, Sophia Burgos est aussi remarquable comme actrice alors qu’elle n’est guère aidée par les excès vocaux qu’on lui impose. Fallait-il alors que la sainteté de Violaine s’exprimât par des regards extatiques, des langueurs, des soupirs saint-sulpiciens ? Raphaële Kennedy, en incarnant Violaine, se précipite tête baissée dans un expressionisme de cinéma muet qui a fait jadis, il est vrai, quelque effet dans les sacristies ultramontaines ; dans un mysticisme de théâtre de patronage où faire chavirer son regard vers le ciel en adoptant des airs languides de vierge immolée relevait de la panoplie obligée pour toute sainte ou bienheureuse résolument professionnelle.

Réduite à six personnages, la distribution comprend encore la belle et solide présence du baryton Marc Scoffoni incarnant Anne Vercors, père de Violaine et de Mara ; celle de Vincent Bouchot en Pierre de Craon ; celle enfin de Charles Rice qui dessert avec beaucoup de bonne volonté le rôle déjà peu reluisant de Jacques Hury. 

Il est permis de penser que cette Annonce faite à Marie ne fera pas nécessairement la belle carrière de Carmen sur la scène lyrique mondiale. Les filles perdues, même si on le déplore à juste titre dans les réunions paroissiales, auront toujours plus de succès que les saintes en épectase. Mais qui sait ? Malgré le génie de Bizet, Carmen avait été violemment désavouée à sa création, quand aujourd’hui c’est l’opéra, dit-on, le plus joué au monde.


L’Annonce faite à Marie.
Théâtre du Châtelet. Dernière représentation le mardi 3 juillet 2026.

de 10 à 99 €

Le contribuable canadien est bien abattu et passe à la casserole

0
Le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, au centre, est accompagné de la ministre du Développement économique de l’Île-du-Prince-Édouard, Darlene Compton, à droite, et de Russ Mallard, président d’Atlantic Beef Products Inc., lors d’une conférence de presse à Albany le 9 janvier, afin d’annoncer des aides gouvernementales pour une expansion halal à l’usine de transformation de bœuf © Instragram de M. MacDonald

Le gouvernement fédéral canadien participe à la transformation des abattoirs pour produire plus facilement de la viande halal à hauteur de 40 millions de dollars. De quoi scandaliser le contribuable laïque pendant que le multiculturalisme entérine l’invasion des mets halal dans les écoles du pays.


Manger, c’est incorporer un territoire.
Jean Brunhes.

Ventre affamé n’a pas d’oreilles mais il a un sacré nez.
Alphonse Allais.

Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu.
1 Cor. 8:4


Au Canada, comme en Union européenne, en dérogation du droit commun fondé sur des critères scientifiques modernes, est légal l’abattage des bovins selon les rites juif et musulman : est autorisé, sans étourdissement préalable, l’égorgement de l’animal selon une technique par laquelle est tranché l’œsophage. Il en résulte une entorse à la séparation de la mosquée et de la synagogue et de l’État; sur le plan de la santé publique, elle se traduit par un risque de contamination de la viande; enfin, il y a mépris de la souffrance animale.

En principe, le non-respect des règles sanitaires concerne la société entière et non pas uniquement le consommateur lambda: le gastronome qui, après avoir ingurgité un aliment toxique, fait gicler par spasmes à partir de ses orifices des liquides et semi-liquides biologiques verdâtres, compte sur le système de santé national pour se remettre sur pied; est aussi malsaine la tolérance de la cruauté animale. Cependant, aux fins de la présente discussion, l’on admettra charitablement la prémisse portant que la loi civile peut, malgré tout, licitement prévoir ce genre d’exemption et laisser chaque quidam aspirant à la transcendance libre de ses choix culinaires, lesquels, en théorie, n’engagent que lui seul.

Bien-pensance canadienne

Jusqu’à une époque relativement récente, les musulmans croyants pouvaient s’approvisionner sans problèmes dans les établissements classiques, en application du principe de nécessité reconnu par la charia, qui permet d’arrondir les angles : l’interdiction totale du porc demeurait évidemment intangible, mais l’on pouvait, sans risque d’anathème, commander ses viandes en elles-mêmes licites mais provenant d’animaux abattus selon l’hygiène moderne à la séculaire boucherie Sanzot (à condition d’en trouver le numéro de téléphone exact). Par contre, les orthodoxes ont toujours été tenus de faire leurs achats dans les boutiques approuvées par le rabbinat, même si la halakhah connaît le précepte « la loi du Royaume est la loi » en v.f. (« dina d’makhulta dina » en v.o.).

L’on voit mal en quoi la simple phase d’étourdissement préalable et une technique d’un égorgement relativement indolore du bestiau constituent une violation grave de la méthode religieuse. La solution la plus simple eût donc été d’imposer l’abattage conforme à la loi civile, quitte à organiser la présence des rabbins et des imams, qui eussent pu alors accorder leurs certifications, cachère et halal, après avoir scandé leur bénédiction. Au Canada, l’on invoque ad nauseam le principe d’« accommodements raisonnables », lequel, hélas, est à sens unique.

A lire aussi: KFC, Quick, Five Guys… Quand le halal fait recette

Mais… c’était sans compter sur une volonté de ségrégation socioreligieuse, de contrôle du groupe. Et, pour les islamistes, sur la juteuse source de financement d’un réseau parallèle d’abattoirs halal, qui connait en effet un substantiel développement depuis une trentaine d’années, ce qui n’est pas le cas des établissements cachère, la population juive orthodoxe étant considérablement plus faible et stable.

En outre, multiculturalisme canadien à toutes les sauces oblige, on constate un phénomène insidieux : l’invasion des mets halal dans les institutions publiques, notamment les cantines scolaires. Selon une certaine bien-pensance, s’ils sont servis à tous les élèves sans distinction de race ou de religion, chacun y trouve son compte : les jeunes musulmans mastiquent conformément aux prescriptions religieuses que leur imposent leurs parents, tandis que pour les petits roumis, rien ne change puisque les recettes sont les mêmes, la préparation est la même et surtout, oui, surtout, aucune différence de goût pour les jeunes palais! Tout le monde est content et personne n’est lésé. Un admirable d’exemple d’œcuménisme. Où est le problème?

La réponse est on ne peut plus simple : cette pratique impose, précisément, aux familles laïques, la consommation de produits contestables sur le plan sanitaire et moral. Nul besoin d’être vegan ou carnivore islamophobe pour défendre des méthodes d’abattage conformes à la science moderne. Que des écoles islamiques privées s’en tiennent à un menu halal, grand bien leur fasse, mais c’est une hérésie en ce qui concerne l’école publique. En revanche, il revient aux parents concernés qui optent pour l’école publique canadienne (qui ne saurait, malheureusement, être qualifiée ni de « républicaine » et ni vraiment de « laïque ») pour leurs enfants de leur préparer un repas du midi selon leurs coutumes ancestrales.

Cela dit, il faut impérativement noter que chacun a droit à ses répulsions et inclinaisons alimentaires, peu importe qu’elles soient fondées sur des considérations d’ordre religieux, culturel, ou purement gastronomique. Les planificateurs de menus scolaires peuvent, et doivent donc, très laïquement, s’en tenir uniquement aux statistiques de consommation, qu’il s’agisse de plats de porc, de viande le vendredi, de chèvre, ou même d’alligator.

Toujours plus loin

Mais, au Canada, l’on va encore plus loin. Très loin. Trop loin. L’abattage halal et cachère y bénéficie maintenant de subventions étatiques.

C’est ce qu’annonce fièrement au début de l’an de grâce 2026 le ministère confédéral de l’agriculture. Oui, le contribuable confédéral laïc, immolé sur l’autel des sacrificateurs, contribue maintenant aux rites religieux. Combien? Une première enveloppe de 25 millions $ pour les deux prochaines années, et il est projeté un total 40 millions $ jusqu’en 2030. Rien que ça[1]. La légalité des viandes halal et cachère, déjà difficile à avaler, est une chose, mais voir l’État les prendre à sa charge est un comble. Une onéreuse tartufferie, d’autant plus que qu’elle stimule ainsi financièrement les activités islamiques se déroulant hors de la cuisine.

A lire aussi: Chagos: quand Londres brade la puissance occidentale

L’évidence est que, en réalité, ce programme vise essentiellement les électeurs islamistes. En y incluant aussi et en instrumentalisant le judaïsme orthodoxe, aux effectifs comparativement négligeables, on s’offre le luxe de noyer le poisson (avec ou sans écailles) : le juif observant sert de caution passive et même d’alibi. Tant mieux pour lui s’il profite ainsi, au passage, d’une manne inattendue. Ironiquement, il doit ce ruissellement financier aux islamistes, mais les voies du Seigneur sont impénétrables. Cela dit, il faut lui rendre cette justice : lui, au moins, n’a pas la prétention d’imposer à la société civile les prescriptions de la cacheroute.

Détail aussi piquant qu’un oursin, ce programme vient d’être lancé à… l’Île-du-Prince-Édouard, grande productrice de fruits de mer, mais moins connue pour ses yechivot.

Le gouvernement de Mark Carney, digne successeur du nouveau minet de Katy Perry, se livre, sans vergogne, à l’achat pur et simple des voix islamistes (il serait incongru de parler ici de pot-de-« vin »…). Cependant, le désespoir civique est prématuré. Une pétition citoyenne vient d’être lancée contre ce cynique détournement de pouvoir. Et y aura-t-il contestation devant la justice?

Seul un aruspice expérimenté pourra trouver la réponse dans les entrailles d’un sanglier dûment sacrifié à cette fin, lesquelles pourront être recyclées en andouillettes. 


[1] https://agriculture.canada.ca/fr/programmes/investissement-casher-halal

La résistance par l’habit

0
Défilé Hermès, Paris, 24 janvier 2026 © IK ALDAMA/DPA/SIPA

L’élégance masculine comme manière de s’affirmer et de reconquérir notre souveraineté vestimentaire : Monsieur Nostalgie sonne le tocsin


La rue est devenue désespérante. Nous nous sommes collectivement habitués et résignés à la laideur de nos habits. Le vêtement mondialisé a emporté la bataille des mentalités. Matières consommables, qualité déplorable, cycle infernal de surproduction, gabegie environnementale et confection inhumaine ; là-bas, à des milliers de kilomètres, dans la moiteur des climats changeants, on fabrique pour alimenter un marché sans garde-fous. La machine tourne à plein régime et on préfère regarder ailleurs.

Défaitisme

Il y a comme une défaite intellectuelle dans nos rues, dans nos hémicycles, à la sortie de nos écoles, aucun espace n’échappe à cette forme d’abandon, aussi bien chez nos dirigeants que dans la foule anonyme. Le bel habit masculin a disparu. Le soulier cousu et le cuir patiné sont les témoins d’une époque révolue. S’afficher avec, oser le brio si incommode, renoncer à la transparence, casser la monotonie sont les marques d’une résistance intérieure. Ne pas abdiquer au confort du tyran « jogging » et de la reine basket ; il en faut du courage pour se soulever et dire non. Le laisser-aller est un prêt-à-porter si facile à adopter. L’invisibilité a gagné. Nous sommes tous tombés dans ce piège de l’indifférenciation. Peu importe l’âge ou le milieu d’appartenance, la profession ou le nombre d’années d’études au compteur, dans les bureaux des étages élevés ou au restaurant, le samedi soir, une vague de défaitisme a envahi nos penderies. L’habit moderne, ample et jetable, bavard et insane, est notre nouveau corset. Tous, nous avons entassé des kilos de vêtements « bon marché », dans une sorte de frénésie acheteuse irresponsable. Nous avons été faibles. Au début, nous étions heureux d’accumuler et de suivre cette mode tempétueuse. Nous étions les bons soldats de la « Fashion culture ». Et puis, un jour, notre état de délitement nous a frappés. Nous sommes tombés sur de vieilles photos de famille.

A lire aussi: Les confessions de Madame Claude…

C’était mieux avant !

L’allure de nos aïeux a jeté le trouble. Ils avaient une prestance inhabituelle, une mise soignée, la courtoisie du costume bien taillé, le désir de faire honneur à leur famille, que ce soit lors d’un baptême ou d’une noce. Après souvent un travail de force, manuel et salissant, ils s’habillaient convenablement pour le respect des autres et aussi pour leur propre plaisir. Comme ils relisaient vingt fois une lettre traquant une faute d’orthographe avant de l’envoyer à une administration tatillonne, ils nouaient leur cravate avec une attention d’airain, avant de sortir de chez eux. Leur chemise amidonnée et leur pantalon repassé. Sans faux pli et parfois en faux col. Ces gestes simples et répétés au fil d’une longue vie étaient empreints d’une grande dignité. Ils nous paraissent aujourd’hui incroyablement audacieux, presque chevaleresques. Ils brouillaient aussi les cartes du destin. Qui aurait pu croire que derrière ces élégants-là, portant fièrement le trois pièces, se cachaient des menuisiers, des bistrotiers, des ouvriers tanneurs ou des employés des Postes. Nous avons eu alors, tout à coup, honte de nos guenilles, de nos tissus industriels, de nos chaussures collées à la va-vite et de notre indolence satisfaite. Il semble que ce relâchement généralisé soit arrivé à son terme. Un sursaut salutaire se met en marche timidement. Notre pays se réveille doucement, il ouvre un œil, encore groggy d’avoir subi tant de tenues infâmes. Ce n’est pas un raz-de-marée. L’étincelle est pourtant là. L’envie d’exister et de ne plus subir. Le goût de s’afficher avec un joli manteau en laine, avec un blazer à l’épaule suave ou avec une paire de richelieu brillante n’est plus l’apanage d’une caste en particulier ou d’un portefeuille rebondi. La seconde main a sonné le tocsin du relâchement. Les jeunes générations ont désormais soif de connaître la vérité sur les méthodes de fabrication et de retrouver l’éclat du passé. Ils s’habillent en conscience. Ils comprennent pourquoi la France a perdu tant de savoir-faire au contraire de l’Italie plus sensible à la notion d’atelier.

Un enjeu de souveraineté nationale

Il s’agit là, d’un enjeu de souveraineté et d’éducation. L’apprentissage étant à l’origine de tout. Les réseaux sociaux ont été, en l’espèce, de précieux lanceurs d’alerte. Des figures se sont imposées sur ce secteur sinistré. Le grand public a été touché par le sartorialisme partageur d’un Hugo Jacomet, par la réussite du magazine L’Etiquette et surtout par des centaines de bottiers, de tailleurs, de chemisiers qui ont diffusé leur expérience sur Internet dans de courtes vidéos. Ils ont enfin communiqué ! Nous avons été fascinés par l’intelligence de la main et le cheminement de la création. Le beau travail, dans les règles d’art, précision et virtuosité, nous rassure et nous ancre. On ne s’endort plus en « scrollant » des images de chats mais en visionnant des ressemelages de brogues et de boots. L’effet est à la fois hypnotique et apaisant. Le meilleur des antidépresseurs. La trépointe n’a plus de secret pour nous. On écouterait des heures ce collectionneur de blousons d’aviateur de la Seconde guerre ou cet as du ciseau évoquant le tombé d’une veste, ce dos impeccable comme s’il parlait d’une sculpture. Entre Le Bernin et lui, un fil se tend.

Les tendresses de Zanzibar

Price: ---

0 used & new available from

Monsieur Nostalgie

Price: ---

0 used & new available from

Lyrique: Un bal… presque manqué

0
Un bal masqué 25-26 © Benjamin Girette / OnP

Même prisonnier d’un décor figé, Verdi bouleverse encore notre chroniqueur


Verdi ne s’interdisait pas de remettre ses partitions à l’ouvrage, voire de réécrire certains de ses chefs d’œuvre pour en proposer, au soir de sa vie, des versions réorchestrées et profondément remaniées. Deux ans avant Un ballo in maschera, ç’avait été le cas en 1857 avec Simon Boccanegra, qu’il retouchera à plusieurs reprises, jusqu’à le recomposer en 1881. Idem pour le Macbeth de 1847, opéra qui se verra profondément transformé en 1865 pour sa version en français, au Théâtre lyrique, et l’ajout du traditionnel ballet tant prisé du public parisien ; avec Don Carlos, encore (Don Carlo dans une autre version), daté 1847 mais durablement révisé jusqu’à 1869. Ou en 1862, avec La forza del destino, promis à se voir largement revisité en 1869 par les soins du compositeur.  

Bal fatal

A contrario ce Bal masqué, ‘’mélodrame en trois actes’’ millésimé 1859, nous parvient inchangé depuis l’heure de sa création en 1859, au théâtre Apollo de Rome, puis deux ans plus tard au Théâtre-italien de Paris. Seul se verra remanié le livret d’Antonio Somma, inspiré de Gustave III ou le bal masqué, fastueux autant qu’oubliable opéra en cinq actes fort distendus, écrit vingt-cinq ans plus tôt par le bien-nommé Eugène Scribe pour Daniel-François-Esprit Auber et créé à l’Opéra de Paris : contraint, à son exaspération, par la censure napolitaine, Verdi déplace par prudence l’ancrage historique primitivement planté à  Stockholm,  le resituant, dans un premier temps, à Florence, puis le faisant migrer vers Naples, pour finalement l’installer à Boston : c’est cette version qui s’est définitivement imposée au répertoire. Mais surtout, le génial compositeur resserre à bon escient l’action de son melodramma : trois actes, pas un de plus.

Œuvre de transition, après La Traviata (1853), Les vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué annonce les feux incandescents de La force du destin (1862) et de Don Carlos (1867). Ce n’est pas pour autant un opéra mineur. Conspiration, soupçon d’adultère, convoitise amoureuse, incantations d’une pythie, désir de vengeance, assassinat, in fine, au cours du bal fatal qui clôt ce chef d’œuvre lyrique… Combinant le drame et la comédie, l’intime et le magistral, c’est d’un bout à l’autre, une partition miraculeuse sur le plan mélodique.

Paris, le 20 janvier 2026. Generale Piano du Bal Masque de Giuseppe Verdi. (C) Benjamin Girette / OnP

L’Opéra-Bastille a choisi de reconduire la mise en scène de Gilbert Delfo, millésimée 2007, déjà reprise par deux fois, en 2009 puis en 2018. C’est peu dire qu’elle a beaucoup vieilli : assez sinistre, la pesante symétrie de ce décor monumental, tout à tour blanc de craie, anthracite et plombé de noir, surchargé d’une imposante, prétentieuse statuaire à l’effigie de l’aigle romain, ces costumes de deuil enfilés par les chœurs comme par l’ensemble des protagonistes, excepté le rôle travesti d’Oscar, tout cela ne rend pas justice aux couleurs contrastées d’un opéra qui mériterait d’être traité de manière moins constamment ténébreuse.

Anna Netrebko, une déception

Et pourtant, une première à guichet fermé !  De fait, le public était venu surtout pour entendre la diva Anna Netrebko chanter le personnage d’Amelia – rôle qu’elle a inauguré à Naples en octobre dernier. Hélas, sans offense il semblerait qu’à 54 ans la soprano austro-russe ait, elle aussi, pris de l’âge: en ce 27 janvier où votre serviteur avait pris sa place, Netrebko a déçu : vibrato excessivement espacé, voix peinant sur des aigus approximatifs, legato manquant de souplesse… Et puis, quelque chose de mécanique dans le jeu scénique, qui empêchait décidément l’émotion de passer.

Il est vrai que la rigidité de la mise en scène n’y aide guère: les interprètes s’y voient forcés de chanter trop souvent debout, immobiles, face au public, comme des statues figées au premier plan du plateau, sans qu’entre eux la moindre interaction ne vienne tant soit peu animer celui-ci. Consolation, le baryton montréalais Etienne Dupuis fait merveille dans l’emploi de Renato. Quant à Riccardo, il est campé par le ténor américain Matthew Polenzani, doué d’un timbre magnifique, au phrasé impeccable. Dans le rôle de la sorcière Ulrica, la mezzo Elizabeth DeShong fait son entrée à l’Opéra de Paris de façon remarquable, la palme revenant à la soprano espagnole Sara Blanch, brillante, délicate et gracieuse dans son interprétation d’Oscar.

Une nouvelle distribution prend bientôt le relai, partiellement : la soprano américaine Angela Meade remplaçant madame Netrebko dès le 11 février ; Renato empruntant les traits de notre Ludovic Tézier national à partir du 5 février, star auquel succèdera le baryton natif de Mongolie Ariunbaatar Ganbaatar, qu’on découvrira donc sur la scène parisienne pour les dernières représentations (du 20 au 26 février)…

Voilà qui est de bon augure pour la suite, au moins sur le plan vocal. Quoiqu’il en soit,  Un bal masqué mérite le déplacement, ne serait-ce que pour l’aria d’Amelia et la sublime mélodie du violoncelle, au premier tableau du troisième acte : « Morro, ma primera in grazia,/Deh ! mi consenti almento/L’unico figlio moi/Avvincere al mio ceno.[…] Morro, ma queste viscere/ Condolino i suori baci,/ Or che l’estrema è giunta/ Dell’ore ùie gugati », traduction : « Je mourrai, mais avant,/ de grâce, consens/ que sur mon cœur j’étreigne/ mon seul, unique enfant.[…] Je mourrai, mais qu’au moins ses baisers/ consolent ma pauvre âme/ puisque je suis au terme/ d’une vie éphémère »….  Même un cœur de pierre en pleurerait.  


Un bal masqué/Un ballo in maschera, opéra de Giuseppe Verdi. Mise en scène : Gilbert Deflo. Direction : Speranza Scappucci. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris.

Avec Matthew Polenzani, Anna Netrebko/Angela Maede, Igor Golovatenko/Ludovic Tézier/Andrii Kimach, Sara Blanch, Elizabeth DeShong, Christian Rodrigue Moungoungou, Blake Denson, Andres Cascante, Ju In Yoon, Se-Jin Hwang.

Durée : 3h

Opéra Bastille, les 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23, 26 février à 19h30, le 8 février à 14h30.

La beauté transfigurée du deuil

0
"Hamnet" réalisé par Chloé Zhao (2025) © Universal

Hamnet est une exofiction qui nous parle plus de la femme de Shakespeare que du dramaturge lui-même. Chloé Zhao s’impose comme une cinéaste majeure du cinéma contemporain


Chloé Zhao est indubitablement une cinéaste passionnante et talentueuse. Née à Pékin, elle a suivi des études de sciences politiques au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts, puis des études de cinéma — département production — à l’université de New York. Elle vit aux États-Unis et a réalisé cinq longs métrages.

Ses deux premiers films, Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), produits par la société de Forest Whitaker, sont remarqués par la critique lors de leurs présentations à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. The Rider raconte l’histoire de Brady, un jeune cow-boy et entraîneur passionné de chevaux, étoile montante du rodéo, qui voit sa vie basculer lorsqu’un cheval lui écrase le crâne au cours d’une compétition. Le film est une œuvre époustouflante de maîtrise et de grâce, sans doute le plus beau film de Chloé Zhao à ce jour.

Nomadland et l’épreuve du blockbuster

Elle reçoit ensuite le Lion d’or au Festival de Venise pour Nomadland (2020). Dans ce film majestueux, Chloé Zhao dresse le portrait de Fern, une femme blanche sexagénaire — Frances McDormand, juste et bouleversante — qui a tout perdu après la déroute industrielle de sa ville, Empire, dans le Nebraska, la mort de son mari et la perte de sa maison.

En 2021, elle tourne un blockbuster Marvel, Les Éternels, une belle réussite plastique et poétique, légèrement gâchée par certaines situations pensées pour satisfaire la bien-pensance et l’inclusivité contemporaines qui règnent comme on sait dans les milieux du cinéma hollywoodien.


Hamnet : une exofiction lyrique

Hamnet, son nouveau film, est une œuvre ambitieuse et lyrique, adaptée du roman éponyme par la romancière Maggie O’Farrell et la cinéaste. Il s’agit d’une exofiction très libre qui raconte la rencontre de William Shakespeare et de la jeune Agnès. Nous sommes dans l’Angleterre du XVIᵉ siècle. Will (Paul Mescal), jeune précepteur fasciné par les mots, est le fils d’un gantier de Stratford. Chaque jour, il observe Agnès, une belle jeune fille sauvageonne qui aime parcourir la forêt et dresser son faucon. Il provoque leur rencontre, et c’est le coup de foudre.

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Les deux amoureux se marient après la naissance d’une première fille, Susanna. Deux autres enfants viennent au monde, des jumeaux : une fille, Judith, et un garçon, Hamnet. Mais le malheur rôde.

L’entreprise narrative est originale et passionnante du point de vue biographique. Le film n’est pas centré sur William Shakespeare — Paul Mescal, superbe et impeccable, fragile, tiraillé entre culpabilité et passion — ni sur son œuvre, mais sur son couple et ses enfants. Son nom est prononcé tardivement et son succès n’est jamais évoqué directement.

C’est avant tout le portrait de son épouse méconnue, Agnès — Anne Hathaway dans la réalité, femme dont on sait très peu de choses —, figure viscérale, fougueuse, sensible aux forces telluriques, admirablement interprétée par Jessie Buckley. Hamnet est ainsi un splendide portrait de femme : Agnès, belle, un peu sauvage, pleine de bon sens, inscrite dans une mystique profonde de la nature.

Transfiguration par l’art

La beauté et la grandeur du film prennent tout leur sens dans la dernière demi-heure, lorsque l’œuvre bascule dans la magnificence. L’art du maître transfigure la peine et la douleur en beauté pure lors d’une représentation théâtrale qui élève l’âme. La création sublime le drame familial sous les regards extatiques du public.

La mise en scène, très inspirée sur le plan sensoriel, dont la force et la rigueur rappellent celles de Terrence Malick, est servie par l’ampleur et la somptuosité de la photographie du chef opérateur Łukasz Żal (Ida), ainsi que par la musique de Max Richter, à la fois tragique et lumineuse. Hamnet est un film bouleversant, où les émotions ne sont jamais mélodramatiques, mais portées par une ampleur poétique qui confère à l’œuvre une profondeur et une force spirituelles rares.

2h05

http://www.youtube.com/watch?v=b-2Nx-x9Nsg

Ode au « Versailles » de messire Maral

0
L'historien Alexandre Maral. DR.

Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

Price: ---

0 used & new available from


[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.

Je voudrais tant que tu sois là

0
L'actrice française Marie Dubois. DR.

Monsieur Nostalgie avait depuis longtemps envie de nous parler de l’actrice Marie Dubois (1937-2014). Il cherchait un prétexte pour rattacher la comédienne à l’actualité. Et puis, il décida que Marie Dubois, par sa carrière, son charme fissuré, son courage, l’amour que les gens du métier lui ont voué toute sa vie, se suffisait à elle-même…


Je cherchais une amorce. C’est le sacerdoce du chroniqueur, aborder un sujet par un prisme nouveau, un lien dans l’actualité plus ou moins probant, une reparution, une biographie, une restauration de film, un pèlerinage, un bout de sparadrap en somme, pour coller à l’actualité, singer les apparences, forcer les évidences ; la peur du « papier » hors-sol, tombant comme ça, sans tutelle, sans perspective historique est une tare de bon élève. Presque une faute professionnelle. Je raisonnais trop, donc mal.

J’étais parti sur une fausse bonne idée, raccrocher Marie Dubois à La Grande Vadrouille dont nous fêterons cette année les 60 ans, le tournage eut lieu en mai et le film de Gérard Oury sortit en décembre. L’absurdité de cette collusion me sauta à la figure. J’avais honte d’une telle bassesse, d’un tel traficotage des dates. Je marchandais le souvenir de Marie comme un chineur du dimanche.

A lire aussi, du même auteur: Delpech, chantre de la nostalgie

A-t-on besoin d’un prétexte, d’un anniversaire, pour parler de Marie Dubois ? C’est à la fois insultant pour cette comédienne au teint de porcelaine et une faillite de l’esprit pour le journaliste nostalgique. Marie Dubois nous touche au-delà du long combat qu’elle a mené contre cette salope de sclérose en plaques. La maladie ne résume pas Marie, pendant vingt ans, elle la mit à l’index, en sourdine, puis un jour, le démon se réveilla. Elle fit face dans ce duel déloyal, perdu d’avance ; pudique, elle ne fit pas étalage de ses souffrances. Le métier savait et il était sincèrement ému. Dans une profession d’apparences trompeuses où l’image et le vedettariat font des ravages, où les égos sont perclus de venin, Marie était aimée, profondément aimée par les autres acteurs. Tous lui portaient une immense affection, Gabin l’appelait « la p’tite Dubois », il l’imposa dans L’Âge ingrat et Gainsbourg l’invitait chez Régine et Castel. Jamais, vous n’entendrez quelqu’un salir sa mémoire. Elle est intouchable. Trintignant, Ronet, Depardieu, Carmet, son voisin, Belmondo son vieux complice du Conservatoire, Bourvil « sans doute le grand amour de ma vie de comédienne » disait-elle, Lino dans une scierie des Vosges et même Montand charmeur et impossible dans une brasserie, adoraient cette fille-là. Le public avait confiance dans cette fille aux yeux bleus de France. Il ne la cantonna pas aux rôles de jeune première naïve et amoureuse, « bonne pâte » et « bonne copine », fiancée au cœur tendre. Intimement, nous savions, les réalisateurs aussi, les plus intelligents qui l’avaient justement choisi pour sa grande plasticité, sa grande palette d’émotions, que Marie incarnait, emportait avec elle, un plus large imaginaire, que se mêlaient dans son jeu, une part de timidité et de sauvagerie, une part de pudeur et d’indécence, que le trouble qu’elle dégageait était tout en nuances, tout en délicatesse, tout en entrechats. Que l’innocence affichée dans son regard n’était qu’une partie infime de sa personnalité. Que derrière la candeur, la fougue, la passion et le drame n’attendaient qu’un signal pour déborder, pour ruisseler, pour nous inonder. Marie était de ces actrices qui compriment les sentiments jusqu’à les faire exploser dans une forme de sobriété. On ne peut expliquer ça de façon rationnelle, elle est là, sur l’écran, jolie, d’autres le sont aussi, plus encore peut-être, je crois que l’on ne se méfie pas de cette « bonne fille », de ses intentions, elle pourrait presque paraître transparente, puis elle s’anime, sa voix, sa bouche, ses dents, son rire rempli d’écho et de profondeur nous saisit, elle va nous déstabiliser, c’est certain.

A lire aussi: Des morts et des vivants

Et surtout, on se souviendra d’elle. Plus tard, Claude Jade, et encore plus tard, Sophie Barjac, des comédiennes d’autres générations emprunteront les mêmes chemins. Appelons-ça le talent, le naturel, la présence, cette beauté francilienne qui ne se fane pas. Fiancée chez François Truffaut ou vamp chez Louis Malle, sa grâce n’échappa ni à la Nouvelle Vague, ni au cinéma plus commercial. Marie fut accueillie à bras ouvert chez Godard, Vadim, Sautet, Lautner, Resnais, Visconti, elle fut l’égérie des Suisses, un visage familier de la télévision et des planches. Dans le Figaro, le critique Jean-Jacques Gautier avait vu juste en 1962, cette année-là elle partageait l’affiche avec Elvire Popesco au Théâtre de Paris : « J’ai beaucoup remarqué, apprécié et applaudi la charmante fille aux yeux clairs, à la retenue efficace, aux moyens sensibles qu’est Marie Dubois. Elle a quelque chose de pur, de sain, de lumineux. Elle sent le bon pain frais ». Ce dimanche, je pense donc à elle et ses deux grands amis Anny Duperey et Serge Lama.