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Ode au « Versailles » de messire Maral


Ode au « Versailles » de messire Maral
L'historien Alexandre Maral. DR.

Le Versailles d’Alexandre Maral est une somme, un monument de 1600 pages qui retrace l’histoire du château et de la ville. Un travail d’Hercule qui mérite d’être salué en alexandrins.


À Versailles manquait le livre magistral.

En vos mains le tenez : Alexandre Maral

Au palais du Grand Roi a consacré sa vie.

Dans les pas de Verlet[1] mais sans qu’il ne ravît

Rien à l’historien du lieu phénoménal,

Voilà qu’à nouveau frais, apôtre original,

Érudit mais emprunt aussi d’un fort beau style,

Maral en ce volume épatant joint la ville

Au site légendaire. Et, de fait, le récit

Enveloppe Versailles au château que voici.

Des lieux en leur entier, à leur chronologie,

Versailles – c’est le titre – ajoute la magie

Du visiteur féru du moindre agencement,

De la disposition du moindre appartement,

De tout apport versé sur la modénature,

Des étapes par quoi tel lieu se dénature,

Du moindre objet, décor ou distribution,

Comme la durée fait, soit la progression,

Soit l’évanouissement, voire la sauvegarde…

D’un même mouvement le lecteur se hasarde

Au fil de ce recueil savant et fabuleux,

Toujours tracé au trait d’un œil vif, scrupuleux,

Depuis le descriptif précis d’une enfilade

Jusqu’à l’évocation d’une de ces parades

Qui façonnaient Versailles en façonnant le Roi,

Car l’ombre des Bourbons plane sur cet arroi.

Salons, communs, boudoirs, régis par l’étiquette,

Cabinets arpentés dans cette vaste enquête

Raniment les rituels contraignants de la cour

Tour à tour jalonnés des stations du parcours.

Le Vau, Le Brun, Louvois, Gabriel et Le Nôtre,

Hardouin-Mansart, Colbert ou Antoine Lepautre

Hantent ces lieux autant que Puget, Girardon,

Richard Mique ou Mignard. Mais là n’est point le don

Essentiel de l’ouvrage : il est ce mariage

Étonnant et subtil, nourri de page en page

Entre approche historique, inventaire et état

Des lieux. En cinquante ans Louis XIV jeta

Un domaine enchanteur sur l’ancienne garenne

Où chassait feu son père. En ce livre s’étrenne

Le délectable attrait de ces moments ravis

Joint à la connaissance – au point qu’on en pâlit

D’admiration ! – intime de chaque aire,

Et de tous ses recoins. Sache te satisfaire,

Lecteur, de l’appétit gourmand qui naît en toi :

À Maral rien n’échappe, on en reste pantois !

« La ville allait porter la livrée du château » :

Citant Verlet, l’auteur emprunte son manteau

Mais c’est pour raviver d’un regard neuf l’enseigne

Du splendide Versailles, avant que ne s’éteignent

Ses pompes et ses feux. Naufrage d’un seul jour !

« Tout a fui, des grandeurs tu n’es plus le séjour »,

Se chagrine Chénier, penché sur la dépouille.

Maral s’attarde encor sur ce palais de rouille

Que le siècle suivant honore – on a vu pire ! –

D’un musée. Expiation du long Second Empire,

Versailles du traité ; las, Versailles « occupé »…

L’ordre républicain venu, voilà happé

Versailles en ornement clinquant de pur prestige.

Alexandre Maral voit ce lieu sans rival,

Lucide, prospérer dans un fier revival

Mais point ne méconnaît le péril mercantile

Dont l’établissement public est l’antre vile.

Ainsi donc sur ces bords veille le preux Maral :

Au moins sa somme existe et conjure le mal

De l’ignare et triviale engeance du touriste

Rivé à son selfie dont le fléau persiste.

À lire

Versailles, Alexandre Maral, Perrin, 2025. 1580 pages

Versailles

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[1] L’historien de l’art Pierre Verlet (1908-1987) publie en 1961 ce qui devient le plus important ouvrage de référence sur Versailles. Vite épuisée, sa monographie est rééditée par Fayard en 1985 sous le titre Le Château de Versailles. Alexandre Maral assume ici fort élégamment sa dette à son auguste devancier.



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