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Ne m’appelez plus jamais France libre!

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Ne m’appelez plus jamais France libre!
Emmanuel Macron et des ministres se tiennent devant la maquette du nouveau porte-avions de nouvelle génération, baptisé « Le France Libre », dévoilée sur le site de Naval Group à Nantes-Indret le mercredi 18 mars 2026 © Billioux Yannick-Pool/SIPA

En visite hier à Nantes-Indret, en Loire-Atlantique, le président de la République a dévoilé le nom choisi pour notre futur porte-avions destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle. Le bâtiment, doté de trois pistes de catapultage et long de 310 mètres sera livré en 2038. Son chantier est estimé à 10 milliards d’euros.


J’ai assisté au baptême du futur porte-avions français à la télévision hier. C’est notre royal baby à nous. Alors forcément, les paris allaient bon train sur le nom du futur nouveau-né – il ne verra le jour que dans dix ans mais le travail a commencé.

Avant de le dévoiler, le curé, un brin sadique a infligé à son auditoire et à votre servante une longue homélie sur cet exploit militaire et industriel, réellement admirable d’ailleurs. Promettant un nom inscrit dans l’avenir, il a enfin lâché: le France libre succèdera au Charles-de-Gaulle. Sauf qu’on dirait un bégaiement. France libre, c’est l’autre nom de Charles de Gaulle. Comme si, dans notre Panthéon, il n’y avait plus que le Général qui fasse encore consensus. Pasteur, Marie Curie ou Balzac, ce serait un peu pacifique pour un navire de guerre – en supposant que leurs noms disent quelque chose à la jeunesse. Charlemagne, c’est un peu allemand. Napoléon, ce n’est même pas envisageable dans un pays qui n’a pas osé célébrer Austerlitz. Les lecteurs du Figaro avaient plébiscité Jeanne d’Arc et Richelieu, mais imaginez les braillements des insoumis sur cette histoire trop catholique, trop blanche etc. Reste donc le Général, même si de nombreux lycéens le confondent avec Louis XIV.

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Numéro 109 de « Causeur »

France libre, ce n’est pas seulement un nom propre, c’est un programme. Un programme qui ne peut choquer personne. Qui se déclarerait pour une France affaiblie, vassalisée et dépendante (particulièrement de la bonne volonté financière de nos partenaires) ? Seulement, la liberté, comme le vivre-ensemble, on les brandit d’autant plus qu’ils ont disparu ou sont en passe de l’être. En écoutant Emmanuel Macron parler de notre volonté de rester libre, et proclamer une fois de plus que « pour être puissant, il faut être prêts aux efforts », on avait l’impression qu’il parlait de ce que nous ne sommes plus. Et ce n’est pas seulement à cause d’Emmanuel Macron et de nos dirigeants politiques. La liberté, l’indépendance et la souveraineté ont un prix et un peuple qui pleurniche pour sa retraite et réclame des subventions à cor et à cri en permanence n’est pas prêt à le payer. Rappelez-vous les cris d’orfraie quand le chef d’Etat-major des Armées a expliqué que pour rester souverains, nous devions accepter de perdre des enfants. Nous nous réclamons de De Gaulle mais sommes prêts à troquer la liberté pour le confort. Ne m’appelez plus jamais France libre. Parce que la France, on l’a laissée tomber. Et la liberté aussi.


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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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