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Alors, ça vient ces émeutes ?

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Nos jeunes sont des branleurs. Malgré les appels à peine subliminaux à l’émeute lancés par Le Monde, Libération et quelques dirigeants socialistes qui espéraient se refaire une santé sur le dos des manifestants grecs, nos-étudiants-et-lycéens-en-lutte (et avec de bonnes raisons de l’être même si ce ne sont généralement pas celles qu’ils choisissent) ont refusé d’égayer nos fêtes de fin d’année en nous offrant un remake hexagonal de la révolte grecque – et de celle de nos banlieues qui, maintenant que le temps a fait son effet et que les Grecs ont arraché le titre aux Français, paraît un peu pâlotte. En début de semaine, j’en ai même entendu un, un de nos jeunes en colère à nous, expliquer, probablement sur France Inter (impossible à retrouver sauf à me payer une demi-journée d’archéologie radiophonique), qu’on ne risquait guère de voir le mouvement anti-Darcos dégénérer en tragédie grecque (c’est juste pour faire un bon mot et aussi parce que je ne trouve pas le bon mot). Plutôt honnête, le jeune homme a expliqué, après avoir entendu des témoignages, saisissants du reste, de Grecs de toutes générations sur la dureté de leur condition, qu’on n’en était pas là en France. Encore un qui gâche le métier. S’il est à l’Unef, c’est-à-dire au PS, il a dû se faire engueuler sévère. La lucidité n’était pas au programme, on te l’avait pas dit, petit ?

« Ici, c’est pire, ou ça le sera bientôt. » C’est la ligne que le parti des bonnes consciences a essayé de faire prévaloir en fin de semaine. Il est vrai qu’au bout de quatre jours d’affrontements chez nos amis les Grecs, et alors que des dizaines de témoignages effarants avaient été diffusés, on ne savait plus très bien quoi raconter. « Après la Grèce, la France peut-elle s’enflammer ? », s’interrogeait Libé, vendredi, avec, en « une », la photo plein pot d’une manifestante bordelaise. Vous l’aurez compris, la véritable question était : la France doit-elle s’enflammer ? Et bien entendu, la réponse était comprise dans la question. L’après-midi, Le Monde jouait sur le même registre, avec le ton calme qui sied aux institutions honorables : « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude », annonçait-il en première page.

On me dira que nos deux estimables quotidiens se sont contentés de faire écho aux préoccupations de l’ensemble de la classe politique – on se demande que fait le CRAN. Ben voyons ! Dans son éditorial, Le Monde légitimait par avance la montée aux extrêmes si elle devait avoir lieu. Non seulement les raisons de désespérer ne manquent pas, expliquait-il en substance mais en outre, « il ne reste plus guère d’écrans protecteurs et de corps intermédiaires ». Pas même une victime à sacrifier à la foule en colère puisque « l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy a fait disparaître le gouvernement et son chef, fusibles commodes depuis un demi-siècle ». Bref, livré sans défense au capitalisme le plus dégueulasse, le peuple ne peut même plus se défouler en coupant quelques têtes. Retenez-le ou il fait un malheur ! Et l’éditorialiste de conclure : « La France n’est pas la Grèce. Mais. »

À Libé, on a tiré sur la même ficelle. « La France a le profil grec », écrivait Didier Pourquery après avoir pareillement expliqué qu’il serait bien étonnant (décevant ?) que l’agitation grecque ne s’exporte pas. En prime, nous avons eu droit aux péroraisons de l’inénarrable sociologue de service (je vous épargne son nom, inutile de le retenir ou alors, allez le chercher vous-mêmes !). Au journaliste qui craignait qu’en période de chômage la résignation ne l’emporte, elle a fait cette réponse magnifique : « Il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s’enflammer, plus qu’en 2005. » Allez les p’tits gars, ne laissez pas la flamme s’éteindre !

Certes, nos deux journaux n’ont pas tout inventé. Les politiques de tous bords n’ont cessé de proclamer leur inquiétude. Seulement, du côté de la gauche, cette inquiétude ne m’a semblé ni parfaitement désintéressée, ni parfaitement honnête. Quand Laurent Fabius déclare sur Europe 1 (cité par Le Monde) que « ce qu’on voit en Grèce n’est pas du tout, malheureusement, hors du champ de ce qui peut arriver en France », qu’il en remet une compresse sur « la dépression économique et la désespérance sociale », pour conclure en fustigeant « un gouvernement qui, vis-à-vis de la jeunesse ne montre pas de compréhension », quand Julien Dray, jeunologue éternel, proclame que « le syndrome grec menace l’ensemble des pays », je ne sais pas pourquoi mais j’entends autant de gourmandise que d’inquiétude. C’est sous couvert du même genre d’inquiétude qu’en mai 2007, Ségolène Royal avait promis de la casse si Nicolas Sarkozy était élu.

Bref, la gauche s’inquiète mais en se frottant les mains – encore que beaucoup doivent réellement flipper en se demandant si ce ne sont pas les copains de la maison d’à côté qui rafleront la mise au cas où la prophétie répétée en boucle se révèlerait auto-réalisatrice. Quoi qu’il en soit, il est bien plus rigolo de flatter la jeunesse dans le sens du poil victimaire que de combattre sur le fond les projets insensés de monsieur Darcos. Il est vrai qu’à gauche, ce que Darcos fait, beaucoup l’avaient rêvé. Il prétend faire de l’histoire une matière optionnelle ? Il a raison, l’histoire c’est sale. Il pense que pour être prof de français, il est plus important de « connaître l’institution scolaire » (nouvelle épreuve envisagée pour le Capes) que de comprendre quelque chose à la littérature ? Il a enfin compris que la littérature ne pouvait engendrer que d’affreuses discriminations. Bon, je caricature, mais on en est à peu près là. Sauf que toutes ces questions de savoir et de culture, ça prend la tête. Alors la gauche, au moins unie dans la démagogie, préfère ânonner, pour l’édification des jeunes et des moins jeunes : « Vous êtes pauvres ? C’est la faute au gouvernement. » Puisqu’on a toujours raison de se révolter.

Et pourtant, cette mayonnaise-là n’a pas pris. Reste à savoir pourquoi. J’hasarderai une hypothèse : ça n’a pas pris parce que la télé n’a pas joué le jeu. Un coup d’œil sur les sommaires des « 20 heures » de la semaine de France 2 et TF1 montre en effet que, passés les deux premiers jours, la Grèce était traitée en quelques secondes, en fin de journal, quand elle n’était pas purement et simplement absente. Il faut dire qu’entre les foyers privés d’électricité et le bébé perdu-retrouvé, on avait peu de temps pour les broutilles. En tout cas, sauf erreur de ma part, nos grandes chaînes n’ont pas jugé nécessaire d’inviter un dirigeant-lycéen à expliquer que la Grèce ce n’était rien à côté de ce qu’on allait voir en France. D’ailleurs, elles n’ont pas vraiment mis le paquet sur les mouvements lycéens. Du coup, la question reste entière. Il serait intéressant de comprendre les raisons de cette abstinence, curieuse quand on se rappelle l’enthousiasme avec lequel les mêmes chaînes avaient couvert le CPE. Certains verront là, une fois de plus, la main invisible de Sarkozy. Il est vrai que l’actuel président a sinon encouragé du moins suivi avec un grand intérêt les manifestations qui ont abouti à la chute de son rival. On ne saurait totalement exclure que Patrick de Carolis et Martin Bouygues aient cherché, l’un à éviter d’énerver encore plus le chef de l’Etat, l’autre à lui faire plaisir. J’aurais plutôt tendance à chercher l’explication de cette réserve du côté de la « bourse aux émotions », définition que Peter Sloterdijk donne des médias. Pour faire court, les émeutes, c’était pas le mood du moment. Autrement dit, si la télévision n’a pas rallié le chœur des vierges plus ou moins faussement effarouchées, c’est pour de mauvaises raisons.

N’empêche que Lolo Ferrari, David Pujadas et surtout leurs patrons respectifs ont sauvé nos fêtes de fin d’année. Merci à eux. Quant aux autres, qu’ils ne s’impatientent pas. La jeunesse finira par les entendre.

NB. Je sais, le titre, j’ai déjà fait le coup. Mais justement, eux aussi, ils l’ont déjà fait.

Bartholomé Dantony

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Le navigateur Bartholomé Dantony vécut dans l’ombre de Christophe Colomb qui le priva d’exercer une carrière d’explorateur à sa mesure. « Il est génois, moi je suis gêné », avait coutume de répéter le plus malchanceux navigateur de l’histoire humaine. Quand Colomb s’embarqua en août 1492 à bord de la Santa Maria pour ouvrir la route occidentale des Indes, Bartholomé Dantony renfloua La Relance, une caravelle française, afin d’ouvrir la route orientale. L’idée aurait pu s’avérer excellente si le frêle esquif ne s’était pas échoué au large d’Izmir, obligeant Dantony à accomplir le reste du trajet à pied. Las, les Ottomans le firent prisonnier et ce n’est qu’en 1507 qu’il parvint aux Indes. Nous ne pouvons malheureusement en dire davantage sur Bartholomé Dantony : les sources manquent et se bornent à cet unique tableau dont nous ignorons l’auteur. Quant à l’historiographie, elle se limite à un article écrit en 1971 dans le numéro 567 de L’Indicateur Bertrand.

Anonyme, Bartholomé Dantony. Huile sur toile, conservée au siège de l’Union maritime et portuaire (rue de la Boétie, Paris).

Mon pote le manouche

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J’ai évoqué dans mon dernier billet (qui a été publié alors j’en profite, tant que je gagne, je joue !) mes voisins les manouches. Une aire d’accueil pour les gens du voyage a été aménagée au bord de la forêt, à deux pas de chez moi. Comme la briqueterie où j’ai élu domicile, elle est séparée du village par le chemin de fer.

La mairie, socialiste, a sélectionné les familles invitées à y résider en choisissant celles qui n’étaient pas reparties l’année précédente avec le cuivre des sanitaires du stade sur la pelouse duquel elles avaient séjourné, ou celles dont les enfants étaient scolarisés. Depuis, il y a une dizaine de caravanes. L’été, ils partent aux Saintes-Marie-de-la-Mer.

On peut rire de la bonne conscience de gauche qui fait le tri parmi les nomades mais les communes de droite dans le coin évitent la question et ne construisent pas les aménagements réglementaires – tant pis pour les directives européennes. Du coup, les manouches s’installent où ils peuvent, ce qui n’est pas très bien vu. Rares sont ceux qui aiment voir arriver ces oiseaux de passage. Même mes copains de gauche, purs de tout fantasme raciste, ferment leur porte à double-tour. D’autres seraient prêts à rappeler Pétain pourvu qu’on arrête de les cambrioler.

Evidemment, les « gens du voyage » n’ont pas le monopole du vol de poules. Mais leur sale réputation les précède.

J’en parle à l’occasion avec l’un de mes nouveaux voisins manouches qui passe de temps en temps. J’ai construit une niche pour son chien, depuis on est en affaires. Il a souvent besoin de planches qu’il tente de négocier contre des tickets de manège, une batterie de cuisine ou un sac à main. Inutile de vous dire que le sac, je n’oserais l’offrir qu’à ma grand mère et encore parce qu’elle est morte. Il m’appelle « mon copain ». Salut mon copain, ça va mon copain ?

Un jour où il est venu chercher une planche, je lui parle de mon camion volé, il y a une dizaine d’années.
– Ah bon ? Ah bon ? Un Master aussi, un Master ?
– Non, un Ford Transit, un modèle de 96 que j’avais acheté un an plus tôt, avec les formes des portières un peu courbes, un autoradio et des super enceintes que je venais d’installer – mon premier camion presque neuf après la série de poubelles dans lesquelles j’avais roulé des années.
– Ah bon ? Ah bon ? Il dit tout deux fois mais tellement vite qu’on n’entend qu’une fois et demi.
– Ah ben oui, c’est comme ça, un jour, un jour ça s’ra toi, pis un jour, ça s’ra an aut’. C’est comme ça ! Et ça le fait rire : idiot, filou les deux, difficile à dire.

Je le regarde et je me souviens du gendarme qui, alors que j’étais venu déclarer le vol, m’avait confié : « Les camions, on sait que c’est les gens du voyage. » Je me souviens que les nuits suivantes, je rêvais de meurtres, je me voyais choper les enfoirés qui me l’avaient piqué et aller les torturer dans la forêt. (Je sais, c’est très mal de ne pas avoir plutôt pensé à l’enfance difficile de mes voleurs.) Et puis la galère, racheter un camion, emprunter. Bien sûr, je n’étais pas assuré pour le vol. Mon père m’a bien aidé sur ce coup-là – merci.

Et l’autre en face de moi : « Ben oui, c’est comme ça, un jour, ça s’ra toi pis… »

Et je me souviens aussi de ceux qui m’avaient fait le coup de l’affutage.
Un midi, un freluquet débarque à l’atelier, un manouche endimanché dans un costard avec une mallette. Il fait l’affutage – cela signifie qu’il veut affuter mes outils.
Bon, l’histoire du camion remonte déjà à cinq ans, ma colère est retombée, allez faut que tout le monde bosse. Je lui confie des fers, des mèches. Je lui demande le prix.
– Tu t’inquiètes pas ! Un bon prix !
– D’accord, mais dis-moi comment tu fais ton prix.
Il prend une mèche de 10, en mesure le diamètre (c’est important) et me dit : « 10 mm c’est 2 francs. » Tope là. Il repart avec les outils et me les rapportera affutés le soir.

Vers 20 heures, trois mecs celui du midi plus deux autres, sapés comme des maquereaux, font irruption dans ma cour en Mercedes. Ils en sortent avec mes fers affutés dans un carton et commencent à compter devant moi. L’un des trois prend une mèche et la mesure dans le sens de la longueur. Voilà l’arnaque. Résultat, le prix de l’affutage d’une mèche de 10 millimètres de diamètre a été multiplié par les 25 centimètres de long de ladite mèche. Et passe, d’un seul coup d’un seul de 2 francs à 50 francs.

Je leur dis que non, que ça ne marche pas comme ça.
– Mais si, c’est comme ça qu’on compte!
Ils font le total et me demandent 5000 francs pour le travail – qui vaut au maximum 1000 francs. Je leur dis que je ne payerai pas. Deux heures, ça a duré, le ton montait, le prix baissait. Ils ont vaguement menacé de venir stationner des caravanes dans ma cour, ont fait des allusions à tout mon bois qui pourrait bien brûler si ça se trouve. Ils gueulent, moi aussi. Tout le monde bluffe mais ça peut virer à la baston. À un moment, c’est très chaud, je téléphone à mon voisin d’en face.
– J’ai une embrouille avec les manouches, viens qu’on fasse le poids.
– J’arrive mais fais-moi passer pour un client à toi.
Il ne veut pas que les manouches sachent où il habite. « Et surtout, il rajoute, faut pas qu’ils partent fâchés. » Dans la boite de BTP où travaille son beau-frère, ils ont eu la même arnaque, trois mecs, ils voulaient 400.000 balles, ils sont partis avec un chèque de 50.000, mais comme ils gueulaient que ce n’était pas assez et qu’ils ne voulaient pas partir, les ouvriers les ont virés à coups de lattes. Le mois suivant, une nuit, la taule brulait. Ils ne s’en sont pas remis, la boite a fermé…

Bon, ce soir-là (je suis toujours dans mes souvenirs), le voisin finit par s’amener. Pas une fillette, le gars : plus de 100 kilos, il est charpentier. Avant, il était équarisseur dans un abattoir. Une fois, il a explosé l’avant de son camion contre un sanglier qui traversait la route. Pas moyen de faire un constat, il s’est payé sur la bête. Avec son beau-frère (celui de la boite de BTP qui a fermé depuis) ils ont étalé une bâche sur le carrelage du salon et le bestiau a fini dans les congélateurs. En principe on n’en parle pas trop, mais avec vous ça ne risque rien. C’est qu’on n’a pas le droit, il faut le déclarer aux garde-forestiers, et après, ils se le gardent pour eux, l’animal…

Il arrive, les gominés font encore un peu de cirque et repartent avec un chèque de 1000 francs. Le pire c’est qu’on aurait pu les latter à l’aise, ces harengs saur, mais après, on fait quoi ? On passe nos nuits à veiller ? C’est pas mon cabot qui va monter la garde.
Mais ça va, ils ne sont pas partis fâchés. L’année d’après, l’un des macs me rappelle pour de l’affutage. « Tu rigoles ? », je lui dis. Ils tentent le coup. Des fois qu’ils tomberaient sur un Alzheimer qu’ils pourraient niquer tous les ans.

Bon je m’égare dans mes souvenirs et l’autre qui est là à attendre. Il repart avec sa planche et je le prie de garder ses casseroles. « Merci mon copain. »

Après la Halde, faut-il aussi dissoudre la SPA ?

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Il ne leur suffisait pas d’avoir kidnappé Vox, le chien si peu errant de Cyril Benassar, les amis des bêtes veulent en plus faire la police sur le réseau social : la SPA vient de demander très officiellement à Facebook la fermeture du groupe pour de rire intitulé « Fédération Française de Lancer de Chiot ».
Virginie Pocq Saint-Jean, présidente de la SPA s’est même fendue d’un communiqué : « Internet peut être la pire ou la meilleure des choses. Il est alarmant que de tels groupes, comptant exercer des activités de mauvais goût puissent se créer ainsi sur Facebook. Il y a un véritable problème de société. La SPA ne peut que désapprouver la création d’un tel groupe et demande à Facebook de le fermer dans les plus brefs délais. » Car figurez-vous qu’en vrai nous sommes confrontés à un problème de société : « Les animaux une fois de plus font les frais du malaise d’une société en perte de repères, c’est inacceptable et nous devons réagir ! », conclut la présidente du Hezbolouahouah.

Il ne faut pas désespérer Montfermeil

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L’antisémitisme nouveau est arrivé. Il remporte un certain succès parmi ce que les journalistes appellent, à leur manière pateline, les jeunes des quartiers, c’est-à-dire, en gros, parmi des adolescents issus de l’immigration africaine. Evidemment, le phénomène gêne un peu. Pour le prêt-à-penser de gauche, il était plus facile d’envisager le bon vieil antisémitisme à la Drumont, que l’on pouvait tranquillement imputer au seul Français de souche. Comment ? immigré, victime, et antisémite ? Ça n’existe pas, ce n’est pas possible. Ou alors, il y a des excuses. Cette excuse est toute trouvée : elle s’appelle Israël. Tout va bien : l’antisémitisme n’est plus de l’antisémitisme, c’est de l’antisionisme. Et comme le sionisme, depuis 1975, est assimilé au racisme, être antisioniste, c’est être antiraciste.

Les jeunes d’origine maghrébine ne font après tout qu’exprimer leur solidarité avec les frères palestiniens opprimés. Entre victimes de l’injustice et du néocolonialisme, il faut bien s’entraider. De même, les jeunes gens originaires d’Afrique noire ne s’attaquent aux Juifs que parce que ceux-ci incarnent à leurs yeux l’esclavagisme, selon la pertinente analyse historique de la tribu Ka et de Dieudonné. Merci, bonne fée Israël. Grâce à ta baguette magique, tu transformes une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre. Que ferions-nous sans toi ?

Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable. Soit. Depuis soixante ans, sans relâche, les médias du monde entier se focalisent sur ce conflit. On se dit tout de même que la rentabilité injustice/information est très faible, si l’on ne considère que le rapport entre le nombre de morts et la quantité de papiers et d’images déversés sur le monde en général, et les masses arabes en particulier. Même rentabilité faible si l’on prend en compte la quantité de personnes concernées, importante certes, mais moins qu’en d’autres lieux de la planète. Quant aux atrocités commises, n’en parlons pas, une plaisanterie.

Au nombre de morts, de réfugiés, d’horreurs, il y a beaucoup mieux, un peu partout. Remarquons, à titre d’apéritif, qu’avec la meilleure volonté du monde, Tsahal aura du mal à exterminer autant de Palestiniens que l’ont fait, sans états d’âmes, les régimes arabes de la région, notamment la Syrie, le Liban et la Jordanie, qui n’en veulent pas, eux non plus, des Palestiniens, et qui ont peu de scrupules humanitaires lorsqu’il s’agit de s’en débarrasser. Mais Israël est un coupable idéal, non seulement dans nos banlieues, mais en Europe en général. Nous le chargeons de toute notre mauvaise conscience d’anciens colonisateurs. Une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption, voilà un scandale. Il faut donc bien que cela soit intrinsèquement coupable, sinon où serait la justice ? L’injustice est avant tout israélienne. Ce n’est même pas un fait, c’est une métaphysique.

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie. Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais. Pourquoi seulement Israël ? A moins que la haine d’Israël ne soit que le paravent du bon vieil antisémitisme ; mais non, cela n’est pas possible, bien entendu.

Israël, 20.000 km2, 7 millions d’habitants, dont 5 millions de Juifs, est responsable du malheur des Arabes, de tous les Arabes, qu’ils soient égyptiens, saoudiens ou français. Israël est l’Injustice même. En le rayant de la face du globe, en massacrant les Juifs, on effacerait l’injustice. C’est bon, de se sentir animé par une juste colère. C’est bon, d’éprouver la joie de frapper et de persécuter pour une juste cause. Voilà pourquoi il ne faut pas dire aux « jeunes des cités » que les deux millions d’Arabes israéliens ont le droit de vote, élisent leurs députés librement. Ne leur dites pas qu’Israël soutient financièrement la Palestine. Ne leur dites pas que des milliers de Palestiniens vont se faire soigner dans les hôpitaux israéliens. Ne leur dites pas que l’université hébraïque de Jérusalem est pleine de jeunes musulmanes voilées. Ne leur demandez pas où sont passés les milliers de Juifs d’Alexandrie. Il en reste trente aujourd’hui. Ne leur demandez ce qu’il est advenu de tous les Juifs des pays arabes. Ne leur demandez pas s’ils ont le droit au retour, eux aussi. Ne leur demandez pas quelle est la société la plus « métissée », Israël ou la Syrie. Ne leur dites pas que, s’il y a de nombreux pro-palestiniens en Israël, on attend toujours de voir les pro-israéliens dans les pays arabes. Ne leur dites pas que le négationnisme ou l’admiration pour Hitler ne sont pas rares dans les pays arabes ; que, lorsqu’il s’est agi d’illustrer les différentes cultures par leurs grands textes, la bibliothèque d’Alexandrie a choisi d’exposer, pour le judaïsme, le Protocole des Sages de Sion ; que ce faux antisémite est largement diffusé dans les pays arabes. Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Mais après tout, on peut tout de même essayer de leur dire tout cela sans trop de risque. Ils traiteront l’informateur de menteur, d’agent du Mossad, de représentant du lobby sioniste ou de raciste. Ils auront raison. Pourquoi se défaire de la commode figure du Croquemitaine responsable de toute la misère du monde ? Elle évite de s’interroger sur ses propres insuffisances.

La cantatrice avariée

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Les « Infiltrés » : haut les masques !

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Plutôt distrayante, la polémique “déontologique” déclenchée dans le microcosme médiatique par “Les Infiltrés”, le nouveau magazine de David Pujadas sur France 2.

Le principe de départ en est simple : “infiltrer”, précisément, un journaliste, muni d’une fausse identité et d’une caméra cachée, dans une entreprise ou une institution pour montrer ce qu’on souhaite à tout prix y dissimuler.

Problème : la charte des journalistes interdit, paraît-il, d’utiliser des moyens “déloyaux” pour obtenir des infos. Mais où commence la déloyauté, et où s’arrête la complaisance ?

Il y a beau temps que les stars de la politique et du showbiz se plaignent des journalistes, ces “chiens” qui font mine d’être leurs amis pour mieux les démolir ensuite, au détour d’un article ou même dans un livre ad hoc. Mais ce genre de “trahison” ne choque guère, et pour cause : elle est bilatérale ! Le gazetier et son “sujet” savent fort bien tous deux à quel jeu ils jouent – et la parade de séduction est aussi sincère d’un côté que de l’autre.

Même les journalistes embedded, comme on dit maintenant – en français : embarqués dans la suite d’un politicien en campagne et traités comme des intimes – n’ignorent pas à quoi s’en tenir ; ou alors, ils auraient mieux fait de rester savetiers…

Dans notre feuilleton “Les Infiltrés”, dira-t-on, l’affaire est plus grave : seul le chat sait à quel jeu il joue avec la souris … Mais ne pleurons pas trop vite sur l’infortuné rongeur : lui aussi a eu le temps de s’adapter : la preuve, il a troqué de longtemps mentors et autres pères Joseph au profit “d’experts en communication”. Leur job ? Manipuler les manipulateurs, comme dirait Pasqua.

Depuis Séguéla, ces gens-là ne se cachent même plus d’être ce qu’ils sont : des spin doctors dont la mission consiste à masquer la réalité grâce au story-telling. En VF : des laveurs de cerveaux chargés de nous “raconter des histoires”. (Désolé pour l’abus de jargon anglo-saxon ; c’est que, comme souvent depuis deux ou trois siècles, la chose a débarqué chez nous avant le nom.)

Désormais, toutes les personnes physiques ou morales dignes de ce nom – à défaut de l’adjectif – peuvent se payer les services de ce genre d’illusionnistes. Un journaliste “à l’ancienne” se trouverait fort dépourvu, avec sa lourde carapace déontologique, pour affronter un tel progrès ! Comment débusquer la vérité, à travers le plaisant rideau de fumée parfumée dont elle est enveloppée ?

Je les entends d’ici, les sirènes de ces grands communicants : “Pourquoi ne pas travailler en bonne intelligence ? Nous avons tellement d’intérêts en commun, n’est-ce pas ? Et puis d’ailleurs, nos comptes sont clairs ; nous n’avons rien à cacher… La preuve : je vais vous les montrer moi-même, nos coulisses ! Parce que je vous aime bien …”

Face à ce genre d’hypnose, un Tintin-reporter digne de ce nom n’a qu’une alternative : trahir sa “déontologie”, ou changer de camp (Il y a des exemples…)

“Donnez-moi un masque, et je vous dirai la vérité”, écrivait Oscar Wilde. En l’occurrence le pauvre journaliste, invité à ce genre de bal masqué, ne saurait faire correctement son métier qu’en chaussant un loup à son tour. “Larvatus prodeo”, comme disait Descartes.

Il y a une trentaine d’années, un journaliste allemand nommé Gunther Walraff s’était fait une tête de Turc juste pour mesurer in vivo le taux de xénophobie chez les Boches. Résultat décevant : on apprit essentiellement, au terme de cette ébouriffante enquête, que les Turcs se sentaient turcs et les Allemands plutôt allemands…

Voici quelque dix ans de cela, une journaliste nommée Anne Tristan s’était fait passer six mois durant pour une adhérente du Front National. Son but ? Montrer de l’intérieur la terrible réalité du FN !

A l’époque, il ne s’était trouvé personne pour protester contre une telle méthode. Mais laissez donc l’oncle Paul resituer pour vous le contexte : dans ces années noires (1984-2007), tous les moyens étaient légitimes pour combattre le FN, puisqu’il menaçait la démocratie – et par la voie du suffrage universel, en plus !

Aujourd’hui, qui penserait encore à s’introduire par effraction dans ce “Grand Corps Malade” qu’est devenu le FN ? (Sans parler du PC, petit cadavre à la renverse…)

Mais le modèle de “déloyauté” journalistique vient de plus loin. Albert Londres fut le premier à trahir le serment d’Hypocrite de sa profession ambiguë : pour voler au-dessus du nid de coucous de la psychiatrie des années 20, le fourbe n’avait-il pas dissimulé son état civil et mental ?

Le premier sujet abordé par nos “Infiltrés” n’était guère éloigné : la maltraitance dans une maison de retraite ordinaire. Une telle enquête, d’utilité publique, justifiait à l’évidence le recours à ce procédé. Sans sa blouse “d’aide-soignante”, jamais la journaliste n’aurait pu montrer le cauchemar quotidien que vivent ces “résidents” victimes en permanence de négligences, d’humiliations, voire de sévices. Manque de moyens, d’hygiène, de personnel compétent – et même de simple compassion : l’horreur est humaine…

Toutes choses égales par ailleurs, nos “Barbares” – qui ne connaissaient même pas la Déclaration universelle des droits de l’homme ! – traitaient souvent mieux leurs anciens que ne le font nos Modernes…

A coup sûr les sujets annoncés pour les prochains numéros de l’émission justifient un tel procédé. Comment filmer “dans la transparence” le travail au noir, ou le quotidien d’une secte ?

L’urgence était moins évidente l’autre mercredi. Pour leur deuxième épisode, “Les Infiltrés” avaient choisi de prendre au piège de ses propres pratiques un hebdo people (Closer en l’occurrence). A quoi bon ? Nul n’imagine que des “enquêteurs” en quête de bourrelets et d’infidélités sont allés poser directement la question à l’intéressé(e) !

Aussi bien n’a-t-on pas appris grand chose ce soir-là (surtout moi !) Sauf peut-être dans le débat sur “l’arroseur arrosé”, où la rédactrice en chef du magazine incriminé a tenu bon sous une mitraille convenue. Mais, vous savez ce que c’est : question Audimat, “Les dessous de la presse people”, ça marche quand même mieux que “les nouvelles filières de l’immigration clandestine”, bizarrement…

Photo de une : David Pujadas, par Ksenia B, flickr.com

L’homo n’en a pas

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Mary Robinson (illustre lectrice de Vendredi) n’est pas contente et l’a fait savoir lundi à Nicolas Sarkozy qui célébrait à l’Elysée le 60e anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme. L’ancienne présidente irlandaise ne goûte guère le vice des Français à utiliser le terme « droits de l’Homme » en lieu et place de « droits humains » – expression bien plus « moderne », dit-elle, puisque directement traduite de l’anglais. Cependant, c’est une faute contre la langue et la logique qu’elle commet là : en français, l’homme descend du latin homo et n’a pas forcément de couilles. Et si jamais il en avait, on ne se contenterait pas de l’appeler mon oncle mais l’adjectif humain qui en dérive en aurait aussi… En avoir ou pas, c’est au fond la seule question qu’il faut se poser en matière de droits de l’Homme. Et ce n’est pas Rama Yade qui dira pas le contraire.

Merde aux générations futures

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Au siècle dernier, lors d’une session du Parlement européen, une députée verte allemande retourne à son banc après voir gratifié ses collègues d’un sermon moralisateur sur l’irresponsabilité des gouvernements puisant sans mesure dans les ressources naturelles de la planète. « Vous hypothéquez l’avenir des générations futures ! », s’est-elle exclamée avec une véhémence telle que l’on s’était cru à Bayreuth au moment de l’irruption des Walkyries sur la scène du Festspielhaus. C’est alors qu’un député conservateur britannique chargé d’ans et d’expérience se lève et demande la parole au président, qui la lui accorde : « Hum! hum… (l’orateur s’éclaircit la voix) j’ai écouté avec attention et intérêt l’intervention de mon estimée collègue du groupe des Verts. Il serait donc, selon elle, nécessaire que nous fassions des sacrifices au profit des générations futures. Alors moi, monsieur le président et chers collègues, je vous pose la question : qu’ont-elles fait pour nous, ces générations futures, qui puisse justifier ces sacrifices ? » Tollé de protestations sur les bancs écolos et franche rigolade sur les autres.

Le chantage aux générations futures que notre goinfrerie énergétique, nos émissions inconsidérées de CO2 et notre perversité technologique (OGM) priveraient d’une qualité de vie acceptable sur la planète fait désormais partie de la rhétorique des écolos de tout poil.

Le racolage électoral par injections répétées de mauvaise conscience dans les neurones des citoyens de nos pays démocratiques est désormais pratiqué à grande échelle. Il ne suffit plus de se proclamer défenseur des intérêts des pauvres, des femmes, des enfants ou des vieillards pour solliciter les suffrages du peuple. Sur un mode subliminal mais ferme, les démagogues de l’écologie militante menacent des flammes de l’enfer éternel ceux qui auront égoïstement accaparé à leur profit les biens que la nature à mis à leur disposition : l’air, l’eau, le pétrole et autres richesses naturelles que le génie des générations précédentes avait su découvrir, utiliser, mettre en valeur.

On ne cesse de répéter la plus stupide des maximes « cette terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants », pour rajouter une couche de culpabilité aux hédonistes qui parcourent la planète en jet, roulent en 4X4, et ne voient aucun inconvénient à ce que le maïs transgénique contribue à la lutte contre les famines en Afrique… Mais si ! ballots, cette terre nous appartient, comme elle appartiendra à nos descendants qui trouveront les moyens de remplacer les matières premières épuisées, comme cela s’est toujours produit dans le passé : la pénurie de bois a engendré l’utilisation du charbon, auquel se sont substitués le pétrole et l’énergie nucléaire et ainsi de suite !

Les générations futures bénéficieront des investissements que les pauvres couillons des générations présentes ont consacré à scruter l’infiniment grand et l’infiniment petit afin d’y trouver quelques pépites à l’usage de leurs rejetons.

Les générations futures profiteront, dans nos contrées européennes, des conséquences d’une période de paix et de prospérité d’une durée inégalée dans l’histoire moderne, permettant une accumulation de capital collectif et familial dont notre génération a été dépourvue.

Ah, mais, objectera-t-on, quid du réchauffement climatique, que presque tous les savants imputent, pour une part, à l’activité humaine ?

Sans entrer dans les querelles scientifiques qui portent sur la plus ou moins grande influence des hommes dans le cycle de réchauffement, on peut tout de même observer que l’humanité n’est pas égale face à cette question. Il est pour le moins délicat de forcer les pays émergents à renoncer au développement économique et industriel au motif que nos arrière petits-enfants pourraient être privés de l’enneigement dont jouit actuellement la charmante station de Megève. Il n’est pas « irresponsable » de considérer les choses comme inéluctables quand il est don quichottesque de vouloir s’y opposer à tout prix, comme nous y invitent les Bové, Mamère et Cohn-Bendit.

Personnellement, je n’ai pour les générations futures aucune sympathie ni inimitié, pour la bonne raison que je n’en connais aucun représentant me permettant de me forger une opinion à son sujet. J’ai, en revanche, le plus grand mépris pour ces membres des générations présentes, tuteurs autoproclamés de ceux qui seront amenés à assumer le destin de l’espèce dans les siècles à venir. Qu’on leur lâche une bonne fois la grappe, à ces générations futures, et qu’on les crédite d’au moins autant d’intelligence, d’astuce et de savoir-faire que leur glorieux ancêtres !

Bakchich : quand Fontenelle déraille

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Au déclenchement de l’affaire de Filippis, quelques-uns de mes camarades internautes ou blogueurs se sont étonnés de l’absence totale de réaction à chaud de Bakchich, alors même que la grande presse commençait à en parler, et que tout le web sarkophobe était déjà vent debout contre la juge Josié. Un étonnement certes compréhensible puisque cette affaire mêlant politique, police, justice et liberté de la presse était a priori pile-poil au cœur de la zone de chalandise de Bakchich, site dont on apprend sur la page d’accueil qu’il est spécialisé en « Informations, enquêtes et mauvais esprit » et qui était jusque-là spécialisé dans la recension exhaustive des brutalités policières et bavures judiciaires. Néanmoins, pour ma part, je mettais plutôt ce mutisme sur le compte du week-end, qui, dans ma vision du monde, est essentiellement fait pour boire, écouter du rock n’ roll, aller troller les sites des copains ou compter fleurette à qui de droit. (En vérité, je pense que le reste de la semaine devrait être aussi consacré au même type d’activités, mais il semble que la plupart des humains en soient privés pour une obscure affaire de péché originel.) N’empêche, ce silence commençait à faire beaucoup de bruit dans la gauchosphère.

Heureusement, le site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » a fini par évoquer l’affaire, le lundi 1er décembre, sous la plume de l’un de ses contributeurs réguliers, mon excellent confrère Sébastien Fontenelle. Voilà qui aurait dû réjouir les bakchichonautes, tant les écrits circonstanciés de Sébastien Fontenelle contre la police, les flics, les forces de l’ordre, la maréchaussée ou encore les condés (et même les keufs !) font la joie des amateurs du genre, sans parler de tous ceux qu’enchante le seul phrasé inimitable de sa prose post-rimbaldienne.

Las ! Dans ce billet intitulé Vittorio de Filippis déraille ? Sébastien Fontenelle se contente de ricaner sur l’indignation provoquée par l’affaire. Le texte commençait ainsi : « Le big boss de Libération (poils (de barbiche) au menton), Laurent Joffrin, n’est pas content : un salarié de son quotidien burlesque, Vittorio de Filippis, a été quelque peu rudoyé par des keufs de la Seine-Saint-Denis. » Tout le reste du billet, poil au pied, était à l’avenant. Humour compris, poil au zizi.

Certains lecteurs de Bakchich ont trouvé que cet article signait un abandon de poste, voire un coup de couteau dans le dos. Certains parmi ces certains allaient encore plus loin dans leurs commentaires, imputant carrément la ligne de Bakchich au fait que Xavier Niel, de Free, (qui est à l’origine de la plainte en diffamation contre Libé qui a dégénéré en affaire de Filippis) est également actionnaire du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit ». Ce que pour ma part, j’ignorais complètement. Et qui d’ailleurs ne me dérange absolument pas. Je ne suis plus gauchiste et je pense qu’il est parfaitement normal d’aller chercher son capital chez les capitalistes.

Comme je ne vais pas non plus écouter aux portes, je n’ai pas la moindre idée quant à d’éventuelles pressions de Xavier Niel sur Bakchich, ou d’un renvoi d’ascenseur du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » à son actionnaire. Bref tout ça ne me dérange pas, ou plutôt ne me dérangerait pas si ça avait existé. Car en l’état actuel des faits, je le redis, rien ne permet de supposer que la qualité d’actionnaire de Xavier Niel ait pesé sur l’attitude de Bakchich. Faute de disposer du moindre élément pour étayer le contraire, nous continuerons de penser que cette affaire ne leur paraissait pas intéressante, ce qui est leur droit le plus absolu. Je n’aimerais pas que ces gens viennent nous dicter nos choix éditoriaux, la réciproque vaut.

Il faut croire que les lecteurs de Bakchich sont parfois moins larges d’esprit que moi, puisque après quelques réactions insinuantes au billet de Fontenelle, Laurent Léger, le rédacteur en chef du site, a jugé utile d’intervenir officiellement dans la discussion. Voici l’intégralité de son texte : « Désolé cher lecteur, mais il n’y a pas de complot Niel+Bakchich contre Libération et son ex-PDG. Que Xavier Niel – qui est en effet actionnaire de Bakchich – porte plainte pour diffamation, c’est son droit. Chaque jour des plaintes pour diffamation sont déposées dans les tribunaux contre des journaux. Mais Xavier Niel n’a pas la maîtrise de la police et de la justice. C’est en l’occurrence la juge Muriel Josié qui a signé le mandat d’amener, et ce sont les policiers qui se sont permis les dérapages que l’on sait contre Vittorio de Filippis. » Dérapages que l’on sait, certes, cher Laurent, certes, mais pas grâce à Bakchich, qui n’en avait absolument rien dit. Fin de persiflage, je rends l’antenne à Laurent Léger qui, avant de conclure par les remerciements d’usage aux lecteurs, jugeait indispensable d’ajouter une ultime (et fatale) mise au point : « Et, si cela peut vous rassurer, Xavier Niel a encore moins la maîtrise de la plume de notre collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle ! »

Franchement Laurent Léger, là, vous exagérez : prendre la peine de nier une telle sujétion de votre « collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle » à un grand capitaliste, c’est suggérer qu’on aurait pu le penser, et ça, franchement, personne n’aurait osé. Tant qu’à faire, cher Laurent, pourquoi n’avoir pas pris la peine de préciser, pour plus de transparence, pour que chacun soit sûr de sa totale indépendance dans cette affaire, que Sébastien Fontenelle ne joue pas au foot le dimanche avec les flics du Raincy, qu’il n’est pas le partenaire de bridge habituel de la juge Muriel Josié ou encore qu’il n’est pas le papa du futur bébé de Rachida Dati ?

Bref, m’est avis, cher rédacteur en chef de Bakchich, que votre vibrante plaidoirie qui a un vague parfum de ce qu’on appelle déni – a mis votre collaborateur-blogueur dans une merde plus noire que celle où il s’était vautré tout seul comme un grand en moquant un citoyen victime de violence judiciaire. Déjà que ça ne doit pas être bien agréable pour lui que Laurent Léger révèle à tous ses camarades altermondialistes que lui, l’intrépide despérado du Grand soir, il collabore à un site financé par une des figures emblématiques de la Bourse de Paris.

M’est avis qu’on ne reverra pas de sitôt l’ami Fontenelle dauber sur Vittorio de Filippis dans vos colonnes.

Pour tout dire, je crois qu’à l’heure qu’il est, l’irréductible anticapitaliste Sébastien Fontenelle a l’air un peu con. Désolé pour les amateurs « d’informations et d’enquêtes », ce n’est pas vraiment un scoop. Juste une litote.

De la voyoucratie en Amérique

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Quand le gouverneur d’Illinois a mis aux enchères le poste vacant de sénateur de l’Etat libéré par l’élection du sénateur Obama à la Maison Blanche, il n’y est pas allé par quatre chemin. Les enregistrements du FBI sont un document incroyable, qu’on croirait pompés dans un film de gangsters. Parmi une pléiade de perles, les deux citations suivantes sont particulièrement horripilantes, on vous les a laissées en VO (le résumé en VF est « ou ils sortent la thune de leur fouille, ou je garde le berlingot pour mézigue »). Imaginez-les dites par Edward G. Robonson: « Unless I get something real good I’ll just send myself, you know what I’m saying » et plus tard il ajoute : « I’ve got this thing and it’s golden, and, uh, uh, I’m not just giving it up for nothing. I’m not gonna do it. And, and I can always use it. I can parachute me there. » Tocqueville, ou-es-tu ?

Alors, ça vient ces émeutes ?

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Nos jeunes sont des branleurs. Malgré les appels à peine subliminaux à l’émeute lancés par Le Monde, Libération et quelques dirigeants socialistes qui espéraient se refaire une santé sur le dos des manifestants grecs, nos-étudiants-et-lycéens-en-lutte (et avec de bonnes raisons de l’être même si ce ne sont généralement pas celles qu’ils choisissent) ont refusé d’égayer nos fêtes de fin d’année en nous offrant un remake hexagonal de la révolte grecque – et de celle de nos banlieues qui, maintenant que le temps a fait son effet et que les Grecs ont arraché le titre aux Français, paraît un peu pâlotte. En début de semaine, j’en ai même entendu un, un de nos jeunes en colère à nous, expliquer, probablement sur France Inter (impossible à retrouver sauf à me payer une demi-journée d’archéologie radiophonique), qu’on ne risquait guère de voir le mouvement anti-Darcos dégénérer en tragédie grecque (c’est juste pour faire un bon mot et aussi parce que je ne trouve pas le bon mot). Plutôt honnête, le jeune homme a expliqué, après avoir entendu des témoignages, saisissants du reste, de Grecs de toutes générations sur la dureté de leur condition, qu’on n’en était pas là en France. Encore un qui gâche le métier. S’il est à l’Unef, c’est-à-dire au PS, il a dû se faire engueuler sévère. La lucidité n’était pas au programme, on te l’avait pas dit, petit ?

« Ici, c’est pire, ou ça le sera bientôt. » C’est la ligne que le parti des bonnes consciences a essayé de faire prévaloir en fin de semaine. Il est vrai qu’au bout de quatre jours d’affrontements chez nos amis les Grecs, et alors que des dizaines de témoignages effarants avaient été diffusés, on ne savait plus très bien quoi raconter. « Après la Grèce, la France peut-elle s’enflammer ? », s’interrogeait Libé, vendredi, avec, en « une », la photo plein pot d’une manifestante bordelaise. Vous l’aurez compris, la véritable question était : la France doit-elle s’enflammer ? Et bien entendu, la réponse était comprise dans la question. L’après-midi, Le Monde jouait sur le même registre, avec le ton calme qui sied aux institutions honorables : « Social, jeunesse, banlieues : la France gagnée par l’inquiétude », annonçait-il en première page.

On me dira que nos deux estimables quotidiens se sont contentés de faire écho aux préoccupations de l’ensemble de la classe politique – on se demande que fait le CRAN. Ben voyons ! Dans son éditorial, Le Monde légitimait par avance la montée aux extrêmes si elle devait avoir lieu. Non seulement les raisons de désespérer ne manquent pas, expliquait-il en substance mais en outre, « il ne reste plus guère d’écrans protecteurs et de corps intermédiaires ». Pas même une victime à sacrifier à la foule en colère puisque « l’hyper-présidence de Nicolas Sarkozy a fait disparaître le gouvernement et son chef, fusibles commodes depuis un demi-siècle ». Bref, livré sans défense au capitalisme le plus dégueulasse, le peuple ne peut même plus se défouler en coupant quelques têtes. Retenez-le ou il fait un malheur ! Et l’éditorialiste de conclure : « La France n’est pas la Grèce. Mais. »

À Libé, on a tiré sur la même ficelle. « La France a le profil grec », écrivait Didier Pourquery après avoir pareillement expliqué qu’il serait bien étonnant (décevant ?) que l’agitation grecque ne s’exporte pas. En prime, nous avons eu droit aux péroraisons de l’inénarrable sociologue de service (je vous épargne son nom, inutile de le retenir ou alors, allez le chercher vous-mêmes !). Au journaliste qui craignait qu’en période de chômage la résignation ne l’emporte, elle a fait cette réponse magnifique : « Il peut y avoir une explosion. Nous sommes sur une poudrière. Une étincelle peut s’enflammer, plus qu’en 2005. » Allez les p’tits gars, ne laissez pas la flamme s’éteindre !

Certes, nos deux journaux n’ont pas tout inventé. Les politiques de tous bords n’ont cessé de proclamer leur inquiétude. Seulement, du côté de la gauche, cette inquiétude ne m’a semblé ni parfaitement désintéressée, ni parfaitement honnête. Quand Laurent Fabius déclare sur Europe 1 (cité par Le Monde) que « ce qu’on voit en Grèce n’est pas du tout, malheureusement, hors du champ de ce qui peut arriver en France », qu’il en remet une compresse sur « la dépression économique et la désespérance sociale », pour conclure en fustigeant « un gouvernement qui, vis-à-vis de la jeunesse ne montre pas de compréhension », quand Julien Dray, jeunologue éternel, proclame que « le syndrome grec menace l’ensemble des pays », je ne sais pas pourquoi mais j’entends autant de gourmandise que d’inquiétude. C’est sous couvert du même genre d’inquiétude qu’en mai 2007, Ségolène Royal avait promis de la casse si Nicolas Sarkozy était élu.

Bref, la gauche s’inquiète mais en se frottant les mains – encore que beaucoup doivent réellement flipper en se demandant si ce ne sont pas les copains de la maison d’à côté qui rafleront la mise au cas où la prophétie répétée en boucle se révèlerait auto-réalisatrice. Quoi qu’il en soit, il est bien plus rigolo de flatter la jeunesse dans le sens du poil victimaire que de combattre sur le fond les projets insensés de monsieur Darcos. Il est vrai qu’à gauche, ce que Darcos fait, beaucoup l’avaient rêvé. Il prétend faire de l’histoire une matière optionnelle ? Il a raison, l’histoire c’est sale. Il pense que pour être prof de français, il est plus important de « connaître l’institution scolaire » (nouvelle épreuve envisagée pour le Capes) que de comprendre quelque chose à la littérature ? Il a enfin compris que la littérature ne pouvait engendrer que d’affreuses discriminations. Bon, je caricature, mais on en est à peu près là. Sauf que toutes ces questions de savoir et de culture, ça prend la tête. Alors la gauche, au moins unie dans la démagogie, préfère ânonner, pour l’édification des jeunes et des moins jeunes : « Vous êtes pauvres ? C’est la faute au gouvernement. » Puisqu’on a toujours raison de se révolter.

Et pourtant, cette mayonnaise-là n’a pas pris. Reste à savoir pourquoi. J’hasarderai une hypothèse : ça n’a pas pris parce que la télé n’a pas joué le jeu. Un coup d’œil sur les sommaires des « 20 heures » de la semaine de France 2 et TF1 montre en effet que, passés les deux premiers jours, la Grèce était traitée en quelques secondes, en fin de journal, quand elle n’était pas purement et simplement absente. Il faut dire qu’entre les foyers privés d’électricité et le bébé perdu-retrouvé, on avait peu de temps pour les broutilles. En tout cas, sauf erreur de ma part, nos grandes chaînes n’ont pas jugé nécessaire d’inviter un dirigeant-lycéen à expliquer que la Grèce ce n’était rien à côté de ce qu’on allait voir en France. D’ailleurs, elles n’ont pas vraiment mis le paquet sur les mouvements lycéens. Du coup, la question reste entière. Il serait intéressant de comprendre les raisons de cette abstinence, curieuse quand on se rappelle l’enthousiasme avec lequel les mêmes chaînes avaient couvert le CPE. Certains verront là, une fois de plus, la main invisible de Sarkozy. Il est vrai que l’actuel président a sinon encouragé du moins suivi avec un grand intérêt les manifestations qui ont abouti à la chute de son rival. On ne saurait totalement exclure que Patrick de Carolis et Martin Bouygues aient cherché, l’un à éviter d’énerver encore plus le chef de l’Etat, l’autre à lui faire plaisir. J’aurais plutôt tendance à chercher l’explication de cette réserve du côté de la « bourse aux émotions », définition que Peter Sloterdijk donne des médias. Pour faire court, les émeutes, c’était pas le mood du moment. Autrement dit, si la télévision n’a pas rallié le chœur des vierges plus ou moins faussement effarouchées, c’est pour de mauvaises raisons.

N’empêche que Lolo Ferrari, David Pujadas et surtout leurs patrons respectifs ont sauvé nos fêtes de fin d’année. Merci à eux. Quant aux autres, qu’ils ne s’impatientent pas. La jeunesse finira par les entendre.

NB. Je sais, le titre, j’ai déjà fait le coup. Mais justement, eux aussi, ils l’ont déjà fait.

Bartholomé Dantony

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Le navigateur Bartholomé Dantony vécut dans l’ombre de Christophe Colomb qui le priva d’exercer une carrière d’explorateur à sa mesure. « Il est génois, moi je suis gêné », avait coutume de répéter le plus malchanceux navigateur de l’histoire humaine. Quand Colomb s’embarqua en août 1492 à bord de la Santa Maria pour ouvrir la route occidentale des Indes, Bartholomé Dantony renfloua La Relance, une caravelle française, afin d’ouvrir la route orientale. L’idée aurait pu s’avérer excellente si le frêle esquif ne s’était pas échoué au large d’Izmir, obligeant Dantony à accomplir le reste du trajet à pied. Las, les Ottomans le firent prisonnier et ce n’est qu’en 1507 qu’il parvint aux Indes. Nous ne pouvons malheureusement en dire davantage sur Bartholomé Dantony : les sources manquent et se bornent à cet unique tableau dont nous ignorons l’auteur. Quant à l’historiographie, elle se limite à un article écrit en 1971 dans le numéro 567 de L’Indicateur Bertrand.

Anonyme, Bartholomé Dantony. Huile sur toile, conservée au siège de l’Union maritime et portuaire (rue de la Boétie, Paris).

Mon pote le manouche

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J’ai évoqué dans mon dernier billet (qui a été publié alors j’en profite, tant que je gagne, je joue !) mes voisins les manouches. Une aire d’accueil pour les gens du voyage a été aménagée au bord de la forêt, à deux pas de chez moi. Comme la briqueterie où j’ai élu domicile, elle est séparée du village par le chemin de fer.

La mairie, socialiste, a sélectionné les familles invitées à y résider en choisissant celles qui n’étaient pas reparties l’année précédente avec le cuivre des sanitaires du stade sur la pelouse duquel elles avaient séjourné, ou celles dont les enfants étaient scolarisés. Depuis, il y a une dizaine de caravanes. L’été, ils partent aux Saintes-Marie-de-la-Mer.

On peut rire de la bonne conscience de gauche qui fait le tri parmi les nomades mais les communes de droite dans le coin évitent la question et ne construisent pas les aménagements réglementaires – tant pis pour les directives européennes. Du coup, les manouches s’installent où ils peuvent, ce qui n’est pas très bien vu. Rares sont ceux qui aiment voir arriver ces oiseaux de passage. Même mes copains de gauche, purs de tout fantasme raciste, ferment leur porte à double-tour. D’autres seraient prêts à rappeler Pétain pourvu qu’on arrête de les cambrioler.

Evidemment, les « gens du voyage » n’ont pas le monopole du vol de poules. Mais leur sale réputation les précède.

J’en parle à l’occasion avec l’un de mes nouveaux voisins manouches qui passe de temps en temps. J’ai construit une niche pour son chien, depuis on est en affaires. Il a souvent besoin de planches qu’il tente de négocier contre des tickets de manège, une batterie de cuisine ou un sac à main. Inutile de vous dire que le sac, je n’oserais l’offrir qu’à ma grand mère et encore parce qu’elle est morte. Il m’appelle « mon copain ». Salut mon copain, ça va mon copain ?

Un jour où il est venu chercher une planche, je lui parle de mon camion volé, il y a une dizaine d’années.
– Ah bon ? Ah bon ? Un Master aussi, un Master ?
– Non, un Ford Transit, un modèle de 96 que j’avais acheté un an plus tôt, avec les formes des portières un peu courbes, un autoradio et des super enceintes que je venais d’installer – mon premier camion presque neuf après la série de poubelles dans lesquelles j’avais roulé des années.
– Ah bon ? Ah bon ? Il dit tout deux fois mais tellement vite qu’on n’entend qu’une fois et demi.
– Ah ben oui, c’est comme ça, un jour, un jour ça s’ra toi, pis un jour, ça s’ra an aut’. C’est comme ça ! Et ça le fait rire : idiot, filou les deux, difficile à dire.

Je le regarde et je me souviens du gendarme qui, alors que j’étais venu déclarer le vol, m’avait confié : « Les camions, on sait que c’est les gens du voyage. » Je me souviens que les nuits suivantes, je rêvais de meurtres, je me voyais choper les enfoirés qui me l’avaient piqué et aller les torturer dans la forêt. (Je sais, c’est très mal de ne pas avoir plutôt pensé à l’enfance difficile de mes voleurs.) Et puis la galère, racheter un camion, emprunter. Bien sûr, je n’étais pas assuré pour le vol. Mon père m’a bien aidé sur ce coup-là – merci.

Et l’autre en face de moi : « Ben oui, c’est comme ça, un jour, ça s’ra toi pis… »

Et je me souviens aussi de ceux qui m’avaient fait le coup de l’affutage.
Un midi, un freluquet débarque à l’atelier, un manouche endimanché dans un costard avec une mallette. Il fait l’affutage – cela signifie qu’il veut affuter mes outils.
Bon, l’histoire du camion remonte déjà à cinq ans, ma colère est retombée, allez faut que tout le monde bosse. Je lui confie des fers, des mèches. Je lui demande le prix.
– Tu t’inquiètes pas ! Un bon prix !
– D’accord, mais dis-moi comment tu fais ton prix.
Il prend une mèche de 10, en mesure le diamètre (c’est important) et me dit : « 10 mm c’est 2 francs. » Tope là. Il repart avec les outils et me les rapportera affutés le soir.

Vers 20 heures, trois mecs celui du midi plus deux autres, sapés comme des maquereaux, font irruption dans ma cour en Mercedes. Ils en sortent avec mes fers affutés dans un carton et commencent à compter devant moi. L’un des trois prend une mèche et la mesure dans le sens de la longueur. Voilà l’arnaque. Résultat, le prix de l’affutage d’une mèche de 10 millimètres de diamètre a été multiplié par les 25 centimètres de long de ladite mèche. Et passe, d’un seul coup d’un seul de 2 francs à 50 francs.

Je leur dis que non, que ça ne marche pas comme ça.
– Mais si, c’est comme ça qu’on compte!
Ils font le total et me demandent 5000 francs pour le travail – qui vaut au maximum 1000 francs. Je leur dis que je ne payerai pas. Deux heures, ça a duré, le ton montait, le prix baissait. Ils ont vaguement menacé de venir stationner des caravanes dans ma cour, ont fait des allusions à tout mon bois qui pourrait bien brûler si ça se trouve. Ils gueulent, moi aussi. Tout le monde bluffe mais ça peut virer à la baston. À un moment, c’est très chaud, je téléphone à mon voisin d’en face.
– J’ai une embrouille avec les manouches, viens qu’on fasse le poids.
– J’arrive mais fais-moi passer pour un client à toi.
Il ne veut pas que les manouches sachent où il habite. « Et surtout, il rajoute, faut pas qu’ils partent fâchés. » Dans la boite de BTP où travaille son beau-frère, ils ont eu la même arnaque, trois mecs, ils voulaient 400.000 balles, ils sont partis avec un chèque de 50.000, mais comme ils gueulaient que ce n’était pas assez et qu’ils ne voulaient pas partir, les ouvriers les ont virés à coups de lattes. Le mois suivant, une nuit, la taule brulait. Ils ne s’en sont pas remis, la boite a fermé…

Bon, ce soir-là (je suis toujours dans mes souvenirs), le voisin finit par s’amener. Pas une fillette, le gars : plus de 100 kilos, il est charpentier. Avant, il était équarisseur dans un abattoir. Une fois, il a explosé l’avant de son camion contre un sanglier qui traversait la route. Pas moyen de faire un constat, il s’est payé sur la bête. Avec son beau-frère (celui de la boite de BTP qui a fermé depuis) ils ont étalé une bâche sur le carrelage du salon et le bestiau a fini dans les congélateurs. En principe on n’en parle pas trop, mais avec vous ça ne risque rien. C’est qu’on n’a pas le droit, il faut le déclarer aux garde-forestiers, et après, ils se le gardent pour eux, l’animal…

Il arrive, les gominés font encore un peu de cirque et repartent avec un chèque de 1000 francs. Le pire c’est qu’on aurait pu les latter à l’aise, ces harengs saur, mais après, on fait quoi ? On passe nos nuits à veiller ? C’est pas mon cabot qui va monter la garde.
Mais ça va, ils ne sont pas partis fâchés. L’année d’après, l’un des macs me rappelle pour de l’affutage. « Tu rigoles ? », je lui dis. Ils tentent le coup. Des fois qu’ils tomberaient sur un Alzheimer qu’ils pourraient niquer tous les ans.

Bon je m’égare dans mes souvenirs et l’autre qui est là à attendre. Il repart avec sa planche et je le prie de garder ses casseroles. « Merci mon copain. »

Après la Halde, faut-il aussi dissoudre la SPA ?

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Il ne leur suffisait pas d’avoir kidnappé Vox, le chien si peu errant de Cyril Benassar, les amis des bêtes veulent en plus faire la police sur le réseau social : la SPA vient de demander très officiellement à Facebook la fermeture du groupe pour de rire intitulé « Fédération Française de Lancer de Chiot ».
Virginie Pocq Saint-Jean, présidente de la SPA s’est même fendue d’un communiqué : « Internet peut être la pire ou la meilleure des choses. Il est alarmant que de tels groupes, comptant exercer des activités de mauvais goût puissent se créer ainsi sur Facebook. Il y a un véritable problème de société. La SPA ne peut que désapprouver la création d’un tel groupe et demande à Facebook de le fermer dans les plus brefs délais. » Car figurez-vous qu’en vrai nous sommes confrontés à un problème de société : « Les animaux une fois de plus font les frais du malaise d’une société en perte de repères, c’est inacceptable et nous devons réagir ! », conclut la présidente du Hezbolouahouah.

Il ne faut pas désespérer Montfermeil

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L’antisémitisme nouveau est arrivé. Il remporte un certain succès parmi ce que les journalistes appellent, à leur manière pateline, les jeunes des quartiers, c’est-à-dire, en gros, parmi des adolescents issus de l’immigration africaine. Evidemment, le phénomène gêne un peu. Pour le prêt-à-penser de gauche, il était plus facile d’envisager le bon vieil antisémitisme à la Drumont, que l’on pouvait tranquillement imputer au seul Français de souche. Comment ? immigré, victime, et antisémite ? Ça n’existe pas, ce n’est pas possible. Ou alors, il y a des excuses. Cette excuse est toute trouvée : elle s’appelle Israël. Tout va bien : l’antisémitisme n’est plus de l’antisémitisme, c’est de l’antisionisme. Et comme le sionisme, depuis 1975, est assimilé au racisme, être antisioniste, c’est être antiraciste.

Les jeunes d’origine maghrébine ne font après tout qu’exprimer leur solidarité avec les frères palestiniens opprimés. Entre victimes de l’injustice et du néocolonialisme, il faut bien s’entraider. De même, les jeunes gens originaires d’Afrique noire ne s’attaquent aux Juifs que parce que ceux-ci incarnent à leurs yeux l’esclavagisme, selon la pertinente analyse historique de la tribu Ka et de Dieudonné. Merci, bonne fée Israël. Grâce à ta baguette magique, tu transformes une vieille crapulerie raciste en militantisme de damnés de la terre. Que ferions-nous sans toi ?

Les Palestiniens sont victimes d’une injustice inacceptable. Soit. Depuis soixante ans, sans relâche, les médias du monde entier se focalisent sur ce conflit. On se dit tout de même que la rentabilité injustice/information est très faible, si l’on ne considère que le rapport entre le nombre de morts et la quantité de papiers et d’images déversés sur le monde en général, et les masses arabes en particulier. Même rentabilité faible si l’on prend en compte la quantité de personnes concernées, importante certes, mais moins qu’en d’autres lieux de la planète. Quant aux atrocités commises, n’en parlons pas, une plaisanterie.

Au nombre de morts, de réfugiés, d’horreurs, il y a beaucoup mieux, un peu partout. Remarquons, à titre d’apéritif, qu’avec la meilleure volonté du monde, Tsahal aura du mal à exterminer autant de Palestiniens que l’ont fait, sans états d’âmes, les régimes arabes de la région, notamment la Syrie, le Liban et la Jordanie, qui n’en veulent pas, eux non plus, des Palestiniens, et qui ont peu de scrupules humanitaires lorsqu’il s’agit de s’en débarrasser. Mais Israël est un coupable idéal, non seulement dans nos banlieues, mais en Europe en général. Nous le chargeons de toute notre mauvaise conscience d’anciens colonisateurs. Une poignée de Juifs qui transforme un désert en pays prospère et démocratique, au milieu d’un océan de dictatures arabes sanglantes, de misère, d’islamisme et de corruption, voilà un scandale. Il faut donc bien que cela soit intrinsèquement coupable, sinon où serait la justice ? L’injustice est avant tout israélienne. Ce n’est même pas un fait, c’est une métaphysique.

Cent chrétiens lynchés au Pakistan valent moins, médiatiquement parlant, qu’un mort palestinien. Pourquoi l’injustice commise envers les Palestiniens reçoit-elle vingt fois plus d’écho que celle faite aux Tibétains, aux Tamouls, aux chrétiens du Soudan, aux Indiens du Guatemala, aux Touaregs du Niger, aux Noirs de Mauritanie ? Y a-t-il plus de gens concernés, plus de sang versé, une culture plus menacée dans son existence ? En fait, ce serait plutôt l’inverse. Que la Papouasie soit envahie par des colons musulmans qui massacrent les Papous et trouvent, en plus, inacceptable de voir les rescapés manger du cochon, voilà qui ne risque pas de remporter un franc succès à Mantes la Jolie. Que des sales Nègres, considérés et nommés comme tels, soient exterminés par des milices arabes au Darfour, les femmes enceintes éventrées, les bébés massacrés, voilà qui ne soulève pas la colère des jeunes des cités. Et c’est dommage : si l’on accorde des circonstances atténuantes à un jeune Français d’origine maghrébine qui s’en prend à un Juif à cause de la Palestine, alors il serait tout aussi logique de trouver excellent que tous les Maliens, Sénégalais ou Ivoiriens d’origine s’en prennent aux Algériens et aux Tunisiens. Voilà qui mettrait vraiment de l’ambiance dans nos banlieues. Le racisme franchement assumé des Saoudiens ou des Emiratis envers les Noirs, les Indiens ou les Philippins, traités comme des esclaves, ne soulève pas la vindicte de la tribu Ka, ni des Noirs de France. La responsabilité directe des Africains dans la traite des Noirs n’induit pas des pogroms de guinéens par les Antillais. Pourquoi seulement Israël ? A moins que la haine d’Israël ne soit que le paravent du bon vieil antisémitisme ; mais non, cela n’est pas possible, bien entendu.

Israël, 20.000 km2, 7 millions d’habitants, dont 5 millions de Juifs, est responsable du malheur des Arabes, de tous les Arabes, qu’ils soient égyptiens, saoudiens ou français. Israël est l’Injustice même. En le rayant de la face du globe, en massacrant les Juifs, on effacerait l’injustice. C’est bon, de se sentir animé par une juste colère. C’est bon, d’éprouver la joie de frapper et de persécuter pour une juste cause. Voilà pourquoi il ne faut pas dire aux « jeunes des cités » que les deux millions d’Arabes israéliens ont le droit de vote, élisent leurs députés librement. Ne leur dites pas qu’Israël soutient financièrement la Palestine. Ne leur dites pas que des milliers de Palestiniens vont se faire soigner dans les hôpitaux israéliens. Ne leur dites pas que l’université hébraïque de Jérusalem est pleine de jeunes musulmanes voilées. Ne leur demandez pas où sont passés les milliers de Juifs d’Alexandrie. Il en reste trente aujourd’hui. Ne leur demandez ce qu’il est advenu de tous les Juifs des pays arabes. Ne leur demandez pas s’ils ont le droit au retour, eux aussi. Ne leur demandez pas quelle est la société la plus « métissée », Israël ou la Syrie. Ne leur dites pas que, s’il y a de nombreux pro-palestiniens en Israël, on attend toujours de voir les pro-israéliens dans les pays arabes. Ne leur dites pas que le négationnisme ou l’admiration pour Hitler ne sont pas rares dans les pays arabes ; que, lorsqu’il s’est agi d’illustrer les différentes cultures par leurs grands textes, la bibliothèque d’Alexandrie a choisi d’exposer, pour le judaïsme, le Protocole des Sages de Sion ; que ce faux antisémite est largement diffusé dans les pays arabes. Ne leur dites pas que, du point de vue des libertés, de la démocratie et des droits de l’homme, non seulement il vaut mille fois mieux être arabe en Israël que juif dans un pays arabe, mais sans doute même vaut-il mieux être arabe en Israël qu’arabe dans un pays arabe. Ne leur dites pas qu’Alain Soral, du Front national, qu’ils détestent tant, est allé manifester son soutien au Hezbollah, qu’ils admirent si fort.

Si on leur enlève la méchanceté d’Israël, que deviendront ceux d’entre eux qui s’en prennent aux feujs, sinon des brutes incultes, bêtement, traditionnellement antisémites ? Il ne faut pas désespérer Montfermeil.

Mais après tout, on peut tout de même essayer de leur dire tout cela sans trop de risque. Ils traiteront l’informateur de menteur, d’agent du Mossad, de représentant du lobby sioniste ou de raciste. Ils auront raison. Pourquoi se défaire de la commode figure du Croquemitaine responsable de toute la misère du monde ? Elle évite de s’interroger sur ses propres insuffisances.

La cantatrice avariée

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Les « Infiltrés » : haut les masques !

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Plutôt distrayante, la polémique “déontologique” déclenchée dans le microcosme médiatique par “Les Infiltrés”, le nouveau magazine de David Pujadas sur France 2.

Le principe de départ en est simple : “infiltrer”, précisément, un journaliste, muni d’une fausse identité et d’une caméra cachée, dans une entreprise ou une institution pour montrer ce qu’on souhaite à tout prix y dissimuler.

Problème : la charte des journalistes interdit, paraît-il, d’utiliser des moyens “déloyaux” pour obtenir des infos. Mais où commence la déloyauté, et où s’arrête la complaisance ?

Il y a beau temps que les stars de la politique et du showbiz se plaignent des journalistes, ces “chiens” qui font mine d’être leurs amis pour mieux les démolir ensuite, au détour d’un article ou même dans un livre ad hoc. Mais ce genre de “trahison” ne choque guère, et pour cause : elle est bilatérale ! Le gazetier et son “sujet” savent fort bien tous deux à quel jeu ils jouent – et la parade de séduction est aussi sincère d’un côté que de l’autre.

Même les journalistes embedded, comme on dit maintenant – en français : embarqués dans la suite d’un politicien en campagne et traités comme des intimes – n’ignorent pas à quoi s’en tenir ; ou alors, ils auraient mieux fait de rester savetiers…

Dans notre feuilleton “Les Infiltrés”, dira-t-on, l’affaire est plus grave : seul le chat sait à quel jeu il joue avec la souris … Mais ne pleurons pas trop vite sur l’infortuné rongeur : lui aussi a eu le temps de s’adapter : la preuve, il a troqué de longtemps mentors et autres pères Joseph au profit “d’experts en communication”. Leur job ? Manipuler les manipulateurs, comme dirait Pasqua.

Depuis Séguéla, ces gens-là ne se cachent même plus d’être ce qu’ils sont : des spin doctors dont la mission consiste à masquer la réalité grâce au story-telling. En VF : des laveurs de cerveaux chargés de nous “raconter des histoires”. (Désolé pour l’abus de jargon anglo-saxon ; c’est que, comme souvent depuis deux ou trois siècles, la chose a débarqué chez nous avant le nom.)

Désormais, toutes les personnes physiques ou morales dignes de ce nom – à défaut de l’adjectif – peuvent se payer les services de ce genre d’illusionnistes. Un journaliste “à l’ancienne” se trouverait fort dépourvu, avec sa lourde carapace déontologique, pour affronter un tel progrès ! Comment débusquer la vérité, à travers le plaisant rideau de fumée parfumée dont elle est enveloppée ?

Je les entends d’ici, les sirènes de ces grands communicants : “Pourquoi ne pas travailler en bonne intelligence ? Nous avons tellement d’intérêts en commun, n’est-ce pas ? Et puis d’ailleurs, nos comptes sont clairs ; nous n’avons rien à cacher… La preuve : je vais vous les montrer moi-même, nos coulisses ! Parce que je vous aime bien …”

Face à ce genre d’hypnose, un Tintin-reporter digne de ce nom n’a qu’une alternative : trahir sa “déontologie”, ou changer de camp (Il y a des exemples…)

“Donnez-moi un masque, et je vous dirai la vérité”, écrivait Oscar Wilde. En l’occurrence le pauvre journaliste, invité à ce genre de bal masqué, ne saurait faire correctement son métier qu’en chaussant un loup à son tour. “Larvatus prodeo”, comme disait Descartes.

Il y a une trentaine d’années, un journaliste allemand nommé Gunther Walraff s’était fait une tête de Turc juste pour mesurer in vivo le taux de xénophobie chez les Boches. Résultat décevant : on apprit essentiellement, au terme de cette ébouriffante enquête, que les Turcs se sentaient turcs et les Allemands plutôt allemands…

Voici quelque dix ans de cela, une journaliste nommée Anne Tristan s’était fait passer six mois durant pour une adhérente du Front National. Son but ? Montrer de l’intérieur la terrible réalité du FN !

A l’époque, il ne s’était trouvé personne pour protester contre une telle méthode. Mais laissez donc l’oncle Paul resituer pour vous le contexte : dans ces années noires (1984-2007), tous les moyens étaient légitimes pour combattre le FN, puisqu’il menaçait la démocratie – et par la voie du suffrage universel, en plus !

Aujourd’hui, qui penserait encore à s’introduire par effraction dans ce “Grand Corps Malade” qu’est devenu le FN ? (Sans parler du PC, petit cadavre à la renverse…)

Mais le modèle de “déloyauté” journalistique vient de plus loin. Albert Londres fut le premier à trahir le serment d’Hypocrite de sa profession ambiguë : pour voler au-dessus du nid de coucous de la psychiatrie des années 20, le fourbe n’avait-il pas dissimulé son état civil et mental ?

Le premier sujet abordé par nos “Infiltrés” n’était guère éloigné : la maltraitance dans une maison de retraite ordinaire. Une telle enquête, d’utilité publique, justifiait à l’évidence le recours à ce procédé. Sans sa blouse “d’aide-soignante”, jamais la journaliste n’aurait pu montrer le cauchemar quotidien que vivent ces “résidents” victimes en permanence de négligences, d’humiliations, voire de sévices. Manque de moyens, d’hygiène, de personnel compétent – et même de simple compassion : l’horreur est humaine…

Toutes choses égales par ailleurs, nos “Barbares” – qui ne connaissaient même pas la Déclaration universelle des droits de l’homme ! – traitaient souvent mieux leurs anciens que ne le font nos Modernes…

A coup sûr les sujets annoncés pour les prochains numéros de l’émission justifient un tel procédé. Comment filmer “dans la transparence” le travail au noir, ou le quotidien d’une secte ?

L’urgence était moins évidente l’autre mercredi. Pour leur deuxième épisode, “Les Infiltrés” avaient choisi de prendre au piège de ses propres pratiques un hebdo people (Closer en l’occurrence). A quoi bon ? Nul n’imagine que des “enquêteurs” en quête de bourrelets et d’infidélités sont allés poser directement la question à l’intéressé(e) !

Aussi bien n’a-t-on pas appris grand chose ce soir-là (surtout moi !) Sauf peut-être dans le débat sur “l’arroseur arrosé”, où la rédactrice en chef du magazine incriminé a tenu bon sous une mitraille convenue. Mais, vous savez ce que c’est : question Audimat, “Les dessous de la presse people”, ça marche quand même mieux que “les nouvelles filières de l’immigration clandestine”, bizarrement…

Photo de une : David Pujadas, par Ksenia B, flickr.com

L’homo n’en a pas

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Mary Robinson (illustre lectrice de Vendredi) n’est pas contente et l’a fait savoir lundi à Nicolas Sarkozy qui célébrait à l’Elysée le 60e anniversaire de la déclaration des droits de l’Homme. L’ancienne présidente irlandaise ne goûte guère le vice des Français à utiliser le terme « droits de l’Homme » en lieu et place de « droits humains » – expression bien plus « moderne », dit-elle, puisque directement traduite de l’anglais. Cependant, c’est une faute contre la langue et la logique qu’elle commet là : en français, l’homme descend du latin homo et n’a pas forcément de couilles. Et si jamais il en avait, on ne se contenterait pas de l’appeler mon oncle mais l’adjectif humain qui en dérive en aurait aussi… En avoir ou pas, c’est au fond la seule question qu’il faut se poser en matière de droits de l’Homme. Et ce n’est pas Rama Yade qui dira pas le contraire.

Merde aux générations futures

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Au siècle dernier, lors d’une session du Parlement européen, une députée verte allemande retourne à son banc après voir gratifié ses collègues d’un sermon moralisateur sur l’irresponsabilité des gouvernements puisant sans mesure dans les ressources naturelles de la planète. « Vous hypothéquez l’avenir des générations futures ! », s’est-elle exclamée avec une véhémence telle que l’on s’était cru à Bayreuth au moment de l’irruption des Walkyries sur la scène du Festspielhaus. C’est alors qu’un député conservateur britannique chargé d’ans et d’expérience se lève et demande la parole au président, qui la lui accorde : « Hum! hum… (l’orateur s’éclaircit la voix) j’ai écouté avec attention et intérêt l’intervention de mon estimée collègue du groupe des Verts. Il serait donc, selon elle, nécessaire que nous fassions des sacrifices au profit des générations futures. Alors moi, monsieur le président et chers collègues, je vous pose la question : qu’ont-elles fait pour nous, ces générations futures, qui puisse justifier ces sacrifices ? » Tollé de protestations sur les bancs écolos et franche rigolade sur les autres.

Le chantage aux générations futures que notre goinfrerie énergétique, nos émissions inconsidérées de CO2 et notre perversité technologique (OGM) priveraient d’une qualité de vie acceptable sur la planète fait désormais partie de la rhétorique des écolos de tout poil.

Le racolage électoral par injections répétées de mauvaise conscience dans les neurones des citoyens de nos pays démocratiques est désormais pratiqué à grande échelle. Il ne suffit plus de se proclamer défenseur des intérêts des pauvres, des femmes, des enfants ou des vieillards pour solliciter les suffrages du peuple. Sur un mode subliminal mais ferme, les démagogues de l’écologie militante menacent des flammes de l’enfer éternel ceux qui auront égoïstement accaparé à leur profit les biens que la nature à mis à leur disposition : l’air, l’eau, le pétrole et autres richesses naturelles que le génie des générations précédentes avait su découvrir, utiliser, mettre en valeur.

On ne cesse de répéter la plus stupide des maximes « cette terre ne nous appartient pas, nous l’empruntons à nos enfants », pour rajouter une couche de culpabilité aux hédonistes qui parcourent la planète en jet, roulent en 4X4, et ne voient aucun inconvénient à ce que le maïs transgénique contribue à la lutte contre les famines en Afrique… Mais si ! ballots, cette terre nous appartient, comme elle appartiendra à nos descendants qui trouveront les moyens de remplacer les matières premières épuisées, comme cela s’est toujours produit dans le passé : la pénurie de bois a engendré l’utilisation du charbon, auquel se sont substitués le pétrole et l’énergie nucléaire et ainsi de suite !

Les générations futures bénéficieront des investissements que les pauvres couillons des générations présentes ont consacré à scruter l’infiniment grand et l’infiniment petit afin d’y trouver quelques pépites à l’usage de leurs rejetons.

Les générations futures profiteront, dans nos contrées européennes, des conséquences d’une période de paix et de prospérité d’une durée inégalée dans l’histoire moderne, permettant une accumulation de capital collectif et familial dont notre génération a été dépourvue.

Ah, mais, objectera-t-on, quid du réchauffement climatique, que presque tous les savants imputent, pour une part, à l’activité humaine ?

Sans entrer dans les querelles scientifiques qui portent sur la plus ou moins grande influence des hommes dans le cycle de réchauffement, on peut tout de même observer que l’humanité n’est pas égale face à cette question. Il est pour le moins délicat de forcer les pays émergents à renoncer au développement économique et industriel au motif que nos arrière petits-enfants pourraient être privés de l’enneigement dont jouit actuellement la charmante station de Megève. Il n’est pas « irresponsable » de considérer les choses comme inéluctables quand il est don quichottesque de vouloir s’y opposer à tout prix, comme nous y invitent les Bové, Mamère et Cohn-Bendit.

Personnellement, je n’ai pour les générations futures aucune sympathie ni inimitié, pour la bonne raison que je n’en connais aucun représentant me permettant de me forger une opinion à son sujet. J’ai, en revanche, le plus grand mépris pour ces membres des générations présentes, tuteurs autoproclamés de ceux qui seront amenés à assumer le destin de l’espèce dans les siècles à venir. Qu’on leur lâche une bonne fois la grappe, à ces générations futures, et qu’on les crédite d’au moins autant d’intelligence, d’astuce et de savoir-faire que leur glorieux ancêtres !

Bakchich : quand Fontenelle déraille

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Au déclenchement de l’affaire de Filippis, quelques-uns de mes camarades internautes ou blogueurs se sont étonnés de l’absence totale de réaction à chaud de Bakchich, alors même que la grande presse commençait à en parler, et que tout le web sarkophobe était déjà vent debout contre la juge Josié. Un étonnement certes compréhensible puisque cette affaire mêlant politique, police, justice et liberté de la presse était a priori pile-poil au cœur de la zone de chalandise de Bakchich, site dont on apprend sur la page d’accueil qu’il est spécialisé en « Informations, enquêtes et mauvais esprit » et qui était jusque-là spécialisé dans la recension exhaustive des brutalités policières et bavures judiciaires. Néanmoins, pour ma part, je mettais plutôt ce mutisme sur le compte du week-end, qui, dans ma vision du monde, est essentiellement fait pour boire, écouter du rock n’ roll, aller troller les sites des copains ou compter fleurette à qui de droit. (En vérité, je pense que le reste de la semaine devrait être aussi consacré au même type d’activités, mais il semble que la plupart des humains en soient privés pour une obscure affaire de péché originel.) N’empêche, ce silence commençait à faire beaucoup de bruit dans la gauchosphère.

Heureusement, le site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » a fini par évoquer l’affaire, le lundi 1er décembre, sous la plume de l’un de ses contributeurs réguliers, mon excellent confrère Sébastien Fontenelle. Voilà qui aurait dû réjouir les bakchichonautes, tant les écrits circonstanciés de Sébastien Fontenelle contre la police, les flics, les forces de l’ordre, la maréchaussée ou encore les condés (et même les keufs !) font la joie des amateurs du genre, sans parler de tous ceux qu’enchante le seul phrasé inimitable de sa prose post-rimbaldienne.

Las ! Dans ce billet intitulé Vittorio de Filippis déraille ? Sébastien Fontenelle se contente de ricaner sur l’indignation provoquée par l’affaire. Le texte commençait ainsi : « Le big boss de Libération (poils (de barbiche) au menton), Laurent Joffrin, n’est pas content : un salarié de son quotidien burlesque, Vittorio de Filippis, a été quelque peu rudoyé par des keufs de la Seine-Saint-Denis. » Tout le reste du billet, poil au pied, était à l’avenant. Humour compris, poil au zizi.

Certains lecteurs de Bakchich ont trouvé que cet article signait un abandon de poste, voire un coup de couteau dans le dos. Certains parmi ces certains allaient encore plus loin dans leurs commentaires, imputant carrément la ligne de Bakchich au fait que Xavier Niel, de Free, (qui est à l’origine de la plainte en diffamation contre Libé qui a dégénéré en affaire de Filippis) est également actionnaire du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit ». Ce que pour ma part, j’ignorais complètement. Et qui d’ailleurs ne me dérange absolument pas. Je ne suis plus gauchiste et je pense qu’il est parfaitement normal d’aller chercher son capital chez les capitalistes.

Comme je ne vais pas non plus écouter aux portes, je n’ai pas la moindre idée quant à d’éventuelles pressions de Xavier Niel sur Bakchich, ou d’un renvoi d’ascenseur du site d’ »Informations, enquêtes et mauvais esprit » à son actionnaire. Bref tout ça ne me dérange pas, ou plutôt ne me dérangerait pas si ça avait existé. Car en l’état actuel des faits, je le redis, rien ne permet de supposer que la qualité d’actionnaire de Xavier Niel ait pesé sur l’attitude de Bakchich. Faute de disposer du moindre élément pour étayer le contraire, nous continuerons de penser que cette affaire ne leur paraissait pas intéressante, ce qui est leur droit le plus absolu. Je n’aimerais pas que ces gens viennent nous dicter nos choix éditoriaux, la réciproque vaut.

Il faut croire que les lecteurs de Bakchich sont parfois moins larges d’esprit que moi, puisque après quelques réactions insinuantes au billet de Fontenelle, Laurent Léger, le rédacteur en chef du site, a jugé utile d’intervenir officiellement dans la discussion. Voici l’intégralité de son texte : « Désolé cher lecteur, mais il n’y a pas de complot Niel+Bakchich contre Libération et son ex-PDG. Que Xavier Niel – qui est en effet actionnaire de Bakchich – porte plainte pour diffamation, c’est son droit. Chaque jour des plaintes pour diffamation sont déposées dans les tribunaux contre des journaux. Mais Xavier Niel n’a pas la maîtrise de la police et de la justice. C’est en l’occurrence la juge Muriel Josié qui a signé le mandat d’amener, et ce sont les policiers qui se sont permis les dérapages que l’on sait contre Vittorio de Filippis. » Dérapages que l’on sait, certes, cher Laurent, certes, mais pas grâce à Bakchich, qui n’en avait absolument rien dit. Fin de persiflage, je rends l’antenne à Laurent Léger qui, avant de conclure par les remerciements d’usage aux lecteurs, jugeait indispensable d’ajouter une ultime (et fatale) mise au point : « Et, si cela peut vous rassurer, Xavier Niel a encore moins la maîtrise de la plume de notre collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle ! »

Franchement Laurent Léger, là, vous exagérez : prendre la peine de nier une telle sujétion de votre « collaborateur-blogueur Sébastien Fontenelle » à un grand capitaliste, c’est suggérer qu’on aurait pu le penser, et ça, franchement, personne n’aurait osé. Tant qu’à faire, cher Laurent, pourquoi n’avoir pas pris la peine de préciser, pour plus de transparence, pour que chacun soit sûr de sa totale indépendance dans cette affaire, que Sébastien Fontenelle ne joue pas au foot le dimanche avec les flics du Raincy, qu’il n’est pas le partenaire de bridge habituel de la juge Muriel Josié ou encore qu’il n’est pas le papa du futur bébé de Rachida Dati ?

Bref, m’est avis, cher rédacteur en chef de Bakchich, que votre vibrante plaidoirie qui a un vague parfum de ce qu’on appelle déni – a mis votre collaborateur-blogueur dans une merde plus noire que celle où il s’était vautré tout seul comme un grand en moquant un citoyen victime de violence judiciaire. Déjà que ça ne doit pas être bien agréable pour lui que Laurent Léger révèle à tous ses camarades altermondialistes que lui, l’intrépide despérado du Grand soir, il collabore à un site financé par une des figures emblématiques de la Bourse de Paris.

M’est avis qu’on ne reverra pas de sitôt l’ami Fontenelle dauber sur Vittorio de Filippis dans vos colonnes.

Pour tout dire, je crois qu’à l’heure qu’il est, l’irréductible anticapitaliste Sébastien Fontenelle a l’air un peu con. Désolé pour les amateurs « d’informations et d’enquêtes », ce n’est pas vraiment un scoop. Juste une litote.

De la voyoucratie en Amérique

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Quand le gouverneur d’Illinois a mis aux enchères le poste vacant de sénateur de l’Etat libéré par l’élection du sénateur Obama à la Maison Blanche, il n’y est pas allé par quatre chemin. Les enregistrements du FBI sont un document incroyable, qu’on croirait pompés dans un film de gangsters. Parmi une pléiade de perles, les deux citations suivantes sont particulièrement horripilantes, on vous les a laissées en VO (le résumé en VF est « ou ils sortent la thune de leur fouille, ou je garde le berlingot pour mézigue »). Imaginez-les dites par Edward G. Robonson: « Unless I get something real good I’ll just send myself, you know what I’m saying » et plus tard il ajoute : « I’ve got this thing and it’s golden, and, uh, uh, I’m not just giving it up for nothing. I’m not gonna do it. And, and I can always use it. I can parachute me there. » Tocqueville, ou-es-tu ?