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Échecs mondiaux: la bataille du pouvoir, des millions et de la voix française

Le 26 septembre, la Fédération internationale des échecs choisira son nouveau président


Échecs mondiaux: la bataille du pouvoir, des millions et de la voix française
DR.

Le 26 septembre, à Samarcande, la Fédération internationale des échecs (FIDE) choisira son nouveau président. Derrière une élection en apparence sportive se joue une bataille d’influence entre trois hommes d’affaires, leurs réseaux internationaux et des fédérations courtisées jusqu’au dernier moment. La France, elle, a déjà choisi son camp.


Trois hommes d’affaires briguent la succession d’Arkadi Dvorkovitch : l’Allemand Vadim Rosenstein, le Kazakhstanais Timur Turlov et l’Allemand Jan Henric Buettner. M. Rosenstein se présente avec Gordon Tang, milliardaire singapourien de l’immobilier et figure influente des échecs asiatiques. M. Turlov a choisi Viswanathan Anand, quintuple champion du monde. M. Buettner s’appuie sur l’organisateur britannique Malcolm Pein.

Arkadi Vladimirovitch Dvorkovitch DR.

Éloi Relange, président de la Fédération française des échecs, a rejoint l’équipe internationale de Rosenstein. La fédération française a publiquement soutenu sa candidature. Un engagement qui place la France au cœur du rapport de force européen.

Car présider la FIDE ne consiste pas seulement à administrer des championnats du monde ou arbitrer des querelles de calendrier. Son président dialogue avec des gouvernements, des ministères des Sports, des comités olympiques, des sponsors et de grandes institutions internationales. La fonction offre une visibilité mondiale et un réseau qui dépasse largement les 64 cases.

Deux candidats liés à l’espace post-soviétique

Vadim Rosenstein est né en Ukraine en 1990 avant de s’installer en Allemagne dans son enfance. De nationalité allemande, il a développé ses activités dans la logistique, l’immobilier et la fabrication d’équipements destinés à l’industrie minière.

Timur Turlov est né à Moscou en 1987. Il a commencé sa carrière dans les affaires en Russie avant de s’installer au Kazakhstan. Selon ses déclarations, il a renoncé à la citoyenneté russe en 2022 et possède désormais la nationalité kazakhstanaise. Depuis octobre 2022, Turlov figure sur une liste de sanctions ukrainiennes, aux côtés de structures liées à son groupe Freedom Holding. L’entreprise conteste cette décision, qu’elle estime fondée sur des liens supposés avec la Russie, et cherche à en obtenir le retrait. Quatre ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, ces trajectoires pèsent sur le scrutin.

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Arkadi Dvorkovitch, ancien vice-Premier ministre de Russie, dirige la FIDE depuis 2018. Visé cet été par des sanctions de l’Union européenne, il a suspendu ses fonctions. Anand a pris la tête de la fédération par intérim. À l’origine, Turlov devait participer à l’élection aux côtés de Dvorkovitch. Après son retrait, Turlov a pris la tête du ticket et Anand est devenu son colistier. Ses adversaires y voient la marque d’une continuité avec la direction sortante.

Fide.

Le duel Rosenstein-Turlov se durcit

C’est entre Rosenstein et Turlov que la campagne est devenue la plus agressive.

Le Deutscher Schachbund (DSB) avait désigné Rosenstein comme son délégué auprès de la FIDE, avant d’annoncer un accord de sponsoring de deux ans avec WR Events, société liée à l’entrepreneur, présenté comme l’un des plus importants de son histoire. Turlov y a vu une violation des règles électorales et demandé l’exclusion de Rosenstein ainsi que la suspension du droit de vote de l’Allemagne.

Le DSB a répliqué que sa relation avec M. Rosenstein et les discussions commerciales étaient antérieures à sa candidature, et qu’aucune clause du contrat ne concernait le choix des candidats, le vote ou un soutien politique. Il a même accusé M. Turlov de donner l’impression de chercher à « déstabiliser » la fédération allemande. La commission électorale de la FIDE a rejeté la plainte de Turlov.

Le coup Azmaiparashvili

En juillet, MM. Buettner et Pein avaient salué la réélection de Zurab Azmaiparashvili à la tête de l’Union européenne des échecs. Son équipe avait obtenu 35 voix sur 53, contre sept pour une liste associée au camp Rosenstein et conduite par l’ancien champion de France Bachar Kouatly. Buettner avait utilisé ce résultat pour tenter d’attirer les soutiens de Rosenstein. Depuis, retournement spectaculaire, Azmaiparashvili a rejoint l’équipe Rosenstein…

Les 35 voix de l’ECU ne sont pas transférables à la FIDE. Mais politiquement, le signal est fort. En reprenant la logique autrefois utilisée par Buettner, les sept voix associées à Rosenstein pourraient s’ajouter au réseau ayant porté Azmaiparashvili à 35 voix, soit un potentiel théorique de 42 voix européennes. Cette arithmétique ne garantit aucun vote, mais le ralliement ouvre à Rosenstein une partie importante du réseau politique européen.

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L’entrepreneur allemand a construit une équipe internationale : Gordon Tang pour l’Asie, Azmaiparashvili pour l’Europe, Éloi Relange pour le soutien français. Rosenstein met aussi en avant ses investissements dans l’organisation de tournois, les compétitions par équipes, les échecs féminins et les programmes destinés à la jeunesse. Son argument : avoir déjà démontré sa capacité à mobiliser des financements et à transformer ses engagements en projets concrets.

Face à lui, Turlov dispose lui aussi d’une puissance financière considérable et de la stature internationale d’Anand. Mais sa candidature reste davantage associée à la continuité, du fait de la recomposition de l’ancienne équipe de Dvorkovitch.

Buettner, troisième homme, mise sur le développement commercial, la transparence et une redistribution accrue vers les fédérations nationales.

Une partie de pouvoir

À Samarcande, les fédérations départageront trois hommes d’affaires, trois réseaux et trois visions du pouvoir. La France est engagée derrière Rosenstein. En Europe, le ralliement d’Azmaiparashvili a renforcé sa position. Reste à savoir si cette dynamique se traduira dans les urnes. Derrière les calculs de voix, les sponsors et les alliances, la question est simple : une FIDE bâtie autour des fédérations, des partenariats et des projets revendiqués par Rosenstein ? Une continuité institutionnelle soutenue par la puissance financière de Turlov ? Ou le modèle plus commercial de Buettner ? Le 26 septembre, à Samarcande, les 64 cases deviendront le théâtre d’une véritable partie de pouvoir.



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Philippe Karsenty est homme d’affaires, ancien élu de Neuilly et porte-parole du Comité Trump France

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