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Pigasse: j’y va, j’y va pas?

Le billet sarcastique de Dominique Labarrière


Pigasse: j’y va, j’y va pas?
Matthieu Pigasse, homme d'affaires et banquier, à la Fête de l'Humanité, au cœur de la campagne politique pour l’élection présidentielle de 2027. © Arnaud César Vilette/SIPA

Il voulait entrer dans la primaire socialiste: on lui a fermé la porte au nez. A la Fête de l’Humanité, Matthieu Pigasse s’est dit «prêt» avant de se plaindre d’être laissé en rade par Olivier Faure et ses camarades.


Matthieu Pigasse appartient à une minorité dont on ne dit pas assez, chez nous, en France, combien elle est mal traitée : le millionnaire rouge. Je pense qu’il conviendrait de créer une association de défense, une sorte d’ONG pour endiguer la discrimination dont ces quelques-uns, au premier rang desquels le sieur Pigasse, sont les innocentes victimes. Le siège de cette structure, si nécessaire, pourrait être situé dans l’île Moustique, une île des Caraïbes qui est une représentation assez exacte de ce que serait pour de bon le paradis sur terre. Pourquoi là plutôt qu’ailleurs ? Parce que M. Pigasse aurait plaisir à s’y replier pour se ressourcer et cautériser les blessures d’ego que lui infligent ceux qui devraient être ses amis, ses frères, et qui, en réalité, ne font rien qu’à le contrarier. Faut-il redire que le millionnaire Pigasse est de gauche. La gauche bien marquée. Quasi révolutionnaire, mélenchonisante, quoi.

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Voilà peu, à peine rentré d’une retraite monastique dans les délices de ladite île, et se retrouvant dans le concret de la vie du peuple à la fête de l’Humanité, il caressait publiquement le projet de se lancer dans la course folle de la primaire socialiste. On le sentait revivre, ainsi, près du peuple, au milieu des forçats de la faim, des damnés de la terre, lui qui venait de s’infliger les solitudes de l’esprit et de l’âme sous le ciel immense et face à la mer d’un bleu irréel de la Moustique. Dix-neuf jours de pénitence à près de 470 000 euros le séjour. Enfin, juste la location, parce que tout le reste, nourriture, menus plaisirs, est à ajouter, soit, aux dires de ceux qui s’y connaissent, sensiblement la même chose, c’est-à-dire qu’on avoisinerait au total quelque chose comme tout près d’un million pour le séminaire de méditation approfondie. On comprend qu’après une telle épreuve, la joie bon enfant de la fête de l’Huma fasse l’effet d’un bain de jouvence.

Dans l’euphorie de la fête, le voilà donc qui déclare : « Je suis prêt. » Prêt à candidater à la primaire et aux présidentielles, on l’aura compris. Il aurait bien sorti son gros chéquier et fait une offre d’achat du PS, mais on lui a expliqué que ça ne marchait pas comme ça. Le PS n’est pas à vendre, vu que, vendu, il l’est déjà depuis belle lurette à des bonimenteurs de rencontre de type Hollande et compagnie.

Il paraît que le chef du PS déliquescent, l’ébouriffant Olivier Faure, l’aurait fort incité à se porter candidat. Avant, selon une habitude dont il semble ne pas parvenir à se défaire, de girouetter une fois de plus et de disparaître hors de la vue du cousu d’or. Bref, du Pigasse aux primaires, on n’en voulait plus trop, sans doute considérait-on qu’en matière de Tartuffes, on avait d’ores et déjà largement de quoi faire chez les socialos post-mitterrandiens, fossoyeurs accomplis de Jaurès et consorts.

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Sieur Pigasse, de dépit, s’en retournera-t-il bouder sur sa très chère île ? Ou fera-t-il donner à plein, dans les campagnes, celle de la primaire rose et la présidentielle, la puissance de nuisance dont il dispose via ses médias d’une haute tenue déontologique que sont Radio Nova, les Inrockuptibles, Mediawan ? Ou encore continuera-t-il d’arrondir ses fins de mois en grenouillant dans les sombres opérations de restructuration des dettes vénézuélienne, grecque, irakienne, ukrainienne, ou la nationalisation du gaz bolivien ? Affaire à suivre, à n’en pas douter. La compassion que nous inspire cet homme si mal traité, ayant une si belle âme qu’il eût mérité d’échapper à la malédiction d’être si riche, est, bien évidemment, infinie.

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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