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Radio Bisounours ou Beauvau ?

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Ce matin, disons en fin de matinée, j’écoutais « Le fou du roi » de Stéphane Bern en faisant ma gym. Ou disons que je faisais ma gym en écoutant Stéphane Bern et sa joyeuse troupe – très bons pour les abdos. Il est vrai qu’il a un peu trop tendance à aimer tous ses invités et tout ce qu’ils font. Mais, bon dans le genre promo qui n’en a pas l’air, il s’en tire vraiment bien. Et puis, je lui serai éternellement reconnaissante pour mes cuisses de bronze.

Et voilà qu’à midi moins cinq, quasiment au milieu d’une phrase, le maître des lieux dont l’exquise urbanité est pourtant connue (je ne blague pas, en plus, il cause français comme une église comme disait une de mes copines) interrompt son invité, le commissaire Régnier ou Moulin je n’ai pas bien compris, dont les confessions machistes me mettaient en joie. « Nous devons rendre l’antenne pour un flash spécial de la rédaction », a dit Bern, la voix à peine un peu fébrile. Peut-être pensait-il à la même chose que moi.

Pendant les quelques secondes qui ont suivi, je me suis retrouvée plus de trente ans en arrière. Le coup de la madeleine, quoi. J’avais dix ans et ce 2 avril 1974 je regardais un film à la télé – était-elle encore en noir et blanc ? Est-ce parce que ça n’arrivait pas très souvent ou à cause de la solennité de l’événement, mais je me souviens (ou crois me souvenir) du film qui s’appelait L’homme de Kiev et avait quelque chose à voir avec la dissidence. Je me souviens de l’interruption, peut-être des zébrures sur l’écran pas franchement plat. « Le président Pompidou est mort », sans doute suivi (là j’invente un peu) du programme « musique classique et recueillement pour tout le monde ». Le genre de trucs qui ferait bien rigoler aujourd’hui. Mes parents, eux, s’en sont tirés avec une séance de questions pénibles et opiniâtres sur ce machin appelé « mort ».

Voilà donc ce qui m’a traversé l’esprit ce matin. Qu’allait-on nous annoncer ? Qui était mort ? Journaleuse en diable, j’ai bondi, prête à réagir et à envoyer les vaillantes hordes de Causeur sur la piste du scoop. Et puis, au lancement de ce flash spécial, j’ai compris que la nouvelle venait de la cour de l’Elysée et là j’ai pensé « remaniement », et presqu’en même temps, qu’une info de ce tonneau-là méritait peut-être l’interruption des programmes de France Inter mais, malheureusement, pas celle de ma séance de torture. Eh bien, je me trompais. Parce qu’il valait son pesant d’âneries le « flash spécial ». Cramponnez-vous à vos sièges : si la rédaction de France Inter a jugé bon de faire taire, cinq minutes avant midi, le roi et ses fous, c’était pour que la France entière puisse apprendre sans délai que Michèle Alliot-Marie avait annoncé à la fin du Conseil des ministres que le bébé enlevé dans une maternité d’Orthez (ou Rodez ?) avait été retrouvé et qu’elle en était très heureuse ! Je n’ai pas bien compris ce qui nous avait valu ce « flash spécial », le retrouvage du bébé ou l’intervention de sainte-MAM-notre-mère-à-tous (vous remarquerez que j’ai évité Sainte MAM, elle), tant ces deux informations apparaissent également de nature à bouleverser nos existences et peut-être notre vision du monde. Et moi, j’en ai eu trois pour le prix de deux parce que j’ignorais tout de la disparition du nourrisson (si jeune, sont-ce vraiment des êtres humains[1. C’est une blague ! Pitié !] ?). L’excellent Miclo me souffle que cet événement cosmique a été l’occasion d’une charmante coproduction médias-gouvernement autour du plan « mioches en goguette », pardon de « l’alerte enlèvements », genre grâce-à-vous-tout-peut-changer. Si on était à la radio, je vous ferais Claire Chazal.

Ce matin, on n’en était plus à « l’alerte enlèvements » mais au sauvetage du divin enfant. Et je me demanderai longtemps qui, à la rédaction de France Inter, a pris la savoureuse décision de tout arrêter pour nous faire communier dans la joie de l’événement, amen. Mais c’est sûr : il existe quelque part dans le seizième arrondissement de Paris, un cerveau dans lequel le mot « enfant » ou peut-être « bébé » a immédiatement brouillé toutes les connections – et je ne voudrais pas la ramener exagérément mais c’est la confirmation expérimentale d’une idée que j’ai lancée dans un précédent papier. « Bébé retrouvé !? On arrête tout ! » Je suppose que dans ce cerveau s’est aussi interposée l’image de concurrents réels ou supposés qui n’allaient pas avoir de scrupules et qu’il fallait pas se faire griller. Et peut-être qu’en prime quelqu’un a voulu faire plaisir à MAM (encore que ce serait assez surprenant). Elle a eu bien raison de ne pas bouder le sien. C’est tout de même plus amusant d’annoncer que la petite Laguna a été rendue à l’affection des siens (sans avoir subi de violences sexuelles) que de justifier le peu de doigté des flics du Raincy.

Allez, je vous rassure : j’ai fini ma gym.

Les fables de Lafontaine

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Ça va mal pour Angela Merkel. La gauche lui tape dessus, la droite lui tape dessus, les verts lui tapent dessus, la presse lui tape dessus, les grands patrons lui tapent dessus, Sarkozy lui tape dessus, enfin sur les nerfs, mais c’est pareil… Ce n’est plus une chancelière, mais un djembé. La femme la plus battue d’Allemagne mérite pourtant du Vaterland : alors que le monde entier s’enlise dans une crise économique qui ne fait pourtant que commencer, Angie se démène pour relancer le commerce extérieur du pays.

Pour tout vous avouer, j’ai voté SPD en 2005, mais je dois admettre qu’Angie s’en tire plutôt pas mal. Certes, les esprits chagrins maugréeront qu’elle n’est pas parvenue à tripler les exportations de machines-outils vers la Chine ni à multiplier par dix les ventes extérieures de Jägermeister[1. Liqueur à base d’un savant mélange de plantes que seule une autopsie peut éventuellement parvenir à lister.] vers l’Autriche et le Liechtenstein. Mais elle a fait mieux encore ! Elle est parvenue à exporter ce que nous avions en Allemagne de plus inexportable : l’oskarlafontaine !

Ne demandez pas à quoi sert un oskarlafontaine. Personne ne saura vous répondre. C’est le schmilblick perpétuel de la politique allemande et certains sont morts sans avoir pu en maîtriser l’usage. C’est ce qui est arrivé au regretté Willy Brandt à la fin des années 1980. Notre ancien chancelier s’était mis une idée en tête : « C’est pas possible qu’un truc comme ça n’ait aucune utilité. Il y a des ingénieurs qui ont réfléchi au modèle pendant des années, ont fait des plans, avant de lancer la production. L’oskarlafontaine doit bien servir à quelque chose. » Brandt a voulu installer le bidule à la tête du SPD, mais rien à faire : l’oskarlafontaine refusa, prétextant qu’il ne servait à rien, qu’il en était content et qu’il entendait bien continuer sur cette voie.

Nous ne sommes donc pas peu fiers que notre chancelière ait pu exporter en France l’oskarlafontaine. Il faut reconnaître que l’acquéreur n’était pas très regardant : ce qu’il lui fallait c’était un homme politique européen de gauche en état de marche, alors un allemand ou autre chose… Pourtant, Jean-Luc Mélenchon aurait dû y regarder à deux fois avant d’accepter la camelote qu’on lui refilait. Je ne veux pas trahir les intérêts supérieurs de mon pays en dénigrant le machin made in Germany qu’on vient de vous refourguer, mais l’oskarlafontaine c’est pas le meilleur truc pour gagner des élections. Pour les faire perdre, c’est une autre affaire, il ne se débrouille pas si mal que ça : il suffit de demander à Gerhard Schröder ce qu’il en pense. Si réellement vous avez l’intention de lui poser la question, essayer de garder une distance suffisante. Je dis ça pour votre sécurité.

N’empêche, si le jeanlucmelenchon fonctionne aussi bien pour la gauche française que l’oskarlafontaine marche pour la gauche allemande, les députés de droite peuvent se faire graver des ronds de serviette à la cantine de l’Assemblée nationale : ils y sont pour un sacré bout de temps. Je me demande même si Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas mieux fait de s’en tenir à la doctrine Chevènement : « Allemand ? Méfiance. »

C’est certain, je suis très partiale et même injuste. Mais il faut dire que l’oskarlafontaine n’y met pas non plus du sien : internationaliste quand ça lui chante, il a dirigé la Sarre, dont il a été pendant quinze ans le Ministre Président, en petit roitelet : on le vit même un jour prendre un décret pour empêcher la diffusion d’un reportage le concernant, avant de modifier le droit de la presse dans son Land… Les journaux s’étaient vus alors infliger l’obligation de publier les droits de réponse, sans les commenter ni avoir la faculté de revenir sur l’affaire abordée.

Ajoutez à cela que cet actuel eurosceptique se posait au début des années 1990 en défendeur de « l’esprit fédéral européen » pour s’opposer à la réunification allemande, et vous aurez tout compris à ce personnage extravagant qui proclamait « la fin de l’Etat-nation » et rêvait d’une RDA indépendante au sein d’une grande Europe…

Avec un tel parrain, le parti de Gauche est mal parti. Parrain, non ! C’est une erreur de frappe, je n’ai pas employé le mot. Parler des relations d’un homme politique avec le milieu, c’est moyen. Et puis, je ne voudrais pas qu’il m’advienne ce qui est advenu à mon collègue de Panorama lorsqu’il s’avisa d’évoquer les sujets qui fâchent… L’oskarlafontaine serait bien capable de faire promulguer un décret pour interdire la diffusion de causeur en Sarre (si ça ne marche pas, il fera interdire Internet dans tout le Land) ou de me bannir à vie de Saarbrücken. Et ça, ce serait très cruel : le frère de Patricia Kaas y a justement ouvert récemment une boite de nuit où quelques fans, alignés au bar, les yeux éteints devant leur verre, touillent leur cocktail en attendant la venue d’une idole qui ne vient pas. Il y en a toujours qui croiront aux fables. Même à celles de Lafontaine.

L’Apocalypse, stade suprême du capitalisme

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Demi-tour, camarade ! La fin du monde est devant toi… Jérôme Leroy ne manque pas d’air. Ce prof récemment défroqué « pour se consacrer à la littérature, l’alcoolisme et le mauvais esprit » s’attaque ici à un sujet tellement balisé qu’il a engendré un genre à part entière – et pas toujours pour le meilleur… Mais si la qualité d’un roman apocalyptique se mesure à l’aune de l’angoisse qu’il suscite chez ses lecteurs, alors La minute prescrite pour l’assaut (titre extrait d’un vers d’Apollinaire) est une pleine réussite. Le monde en perdition de Leroy, ravagé par la maladie, la folie, l’avidité et la guerre nous fait peur parce qu’il fait salement penser au nôtre. Tout est vraisemblable ; tout est déjà presque vrai.

Drôle de zigue ! Si le sens des mots ne s’était perdu dans le brouillard sémantique de l’époque, on dirait volontiers de cet amateur de langue classique et de pop déjantée, lecteur de Philippe Muray, Léon Bloy et Karl Marx, qu’il est réactionnaire. N’a-t-il pas signé, il y a quelques années, de fort réjouissants articles dans Immédiatement, étonnante revue « monarchiste tendance Chevènement » où j’eus moi-même le bonheur de sévir?

Cela n’empêche pas Jérôme Leroy de souffrir de fortes pulsions révolutionnaires qu’il se refuse obstinément à soigner. Ainsi appartient-il encore et toujours à cette espèce menacée (et même pas protégée !) que constituent les communistes-maintenus. Question d’élégance – on sombre avec les siens. Car l’ami Leroy ne se la raconte pas, pas trop, et encore moins à nous : pas d’avenir radieux en perspective, encore moins d’au-delà. Après la chute finale, ni résurrection, ni rédemption, ni trampoline, rien !

Leroy n’invente pas ; il se contente de pousser l’époque dans ses retranchements « pour en libérer toutes les potentialités », comme on dit. Catastrophes écologiques en chaîne, terrorisme nucléaire, villes anéanties, englouties, désertées, exodes massifs, disparition de la loi, fragmentation des territoires : il suffirait que toutes ces bombes à retardement explosent simultanément pour que l’existence devienne, comme dans le livre, une fuite éperdue vers nulle part.

Un virus nouveau et intéressant ramène le redoutable Ebola au rang d’aimable grippe. Des enfants rendus fous par un jeu vidéo se muent en tueurs en série. Des flics surarmés instaurent une terreur d’Etat. À Oissel, près de Rouen, des insurgés établissent une république islamique. Et dans la périphérie de Roubaix les « quartiers chauds », devenus autonomes, sont livrés à la loi de barbus qui s’empressent d’imposer la burqa aux femmes et de trancher la main des voleurs.

Ce n’est pas pareil, dira-t-on. De fait, ce n’est jamais pareil. Les « Zatoc » (Zones d’autonomie temporaire d’organisation communautaire) du roman n’ont rien à voir avec la ZEP de Roubaix où Jérôme Leroy a enseigné durant 18 ans. Ce monde rendu fou par la consommation et le profit, ce monde « de halls d’aéroports, de galeries marchandes pour peuples sans mémoire » n’est pas celui où, malgré tout, nous continuons à vivre. C’est juste la porte à côté.

Dans ce chaos où les humains retournent vers l’animalité en ordre dispersé, les héros de Leroy se repèrent aisément : ils lisent de vieux livres, aiment le bon vin, l’amour et les longues discussions (bref, des survivants de l’ancien monde). Il est fort tentant de se reconnaître en eux. Tentant, et illusoire : comment résister quand on patauge dans un « blob » intellectuel où tout le monde se dit – voire se croit – résistant ?

Après nous avoir minutieusement désespérés, Jérôme Leroy aurait pu se dispenser de lancer à ses lecteurs, in fine, cette bouée-canard qui ne les sauvera pas du naufrage général. Mieux vaut regarder la réalité en face : ces post-humains qui ont réinstauré la loi de la jungle, c’est nous.

La Minute prescrite pour l'assaut

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Victoria Silvstedt, première dans un fauteuil

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Un ami belge m’a envoyé cette pub. Funny, isn’t it ?

Comment se faire trente millions d’ennemis ?

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Peut-être ai-je eu tort de vous parler de moi et mon chien, de moi et les femmes, et de moi et moi. Peut-être aurais-je dû, comme certains de vos commentaires m’y ont invité être plus précis, plus honnête ou plus absent.

Peut-être aurais-je dû préciser que mon chien, un bâtard qui n’effraie même pas les chats, dort sur son canapé la plupart du temps, marche jusqu’à la route devant mon atelier et, comme il ne se passe rien, revient se coucher. Nous vivons à la campagne, il n’y a même pas de trottoir. Ce jour-là, alors qu’il traînait dehors pendant que je bossais, une employée de la SPA est passée par là, par hasard, pas du tout alertée par une plainte. De toutes façons, qui se serait plaint, et de quoi ? Ce n’est pas le genre des manouches qui vivent à deux pas d’appeler les flics. Donc, la voiture s’arrête, le chien renifle une odeur femelle, monte avec la fille et se barre. Pas partageur, le corniaud. Et après, c’est moi qui me fait engueuler. Voilà pour la précision.

Quant à l’honnêteté, peut-être aurais-je aussi dû rappeler qu’il convient d’observer des codes, des lois, pour une bonne cohabitation des hommes avec les animaux, des hommes entre eux, et même des hommes avec les femmes. D’ailleurs, quand il m’arrive d’emmener mon chien en ville, il a droit à sa laisse, comme je change de chaussures. Nous savons aussi être urbains.

À partir de là, ceux qui s’intéressent seulement aux histoires de chiens peuvent aller se balader sur www.30millionsdamis.fr. Les mêmes commentaires peuvent remarcher.

J’aurais pu aussi tenter de philosopher sur la difficulté de trouver un équilibre entre nos besoins de liberté et de sécurité. Nous aspirons individuellement et collectivement à l’une et à l’autre. On peut accumuler les interdits, les principes de précaution, limiter les risques partout et toujours plus, mais on réduit forcément le champ du possible. On se rapprocherait sans doute du zéro mort sur les routes en limitant partout la vitesse à 30 km/h mais on crèverait d’ennui en conduisant.

J’aurais pu également insister sur les savoureuses complications qui apparaissent quand le conflit évoqué plus haut éclate entre un homme et une femme. Là, il convient de prendre quelques pincettes. Je sais bien que dans la vraie vie, les femmes ne décorent pas toujours la niche pendant que les hommes partent à l’aventure. Et l’idée que le masculin incarne plutôt le dehors et le féminin le dedans, enfin tous ces vieux trucs anthropologiques qui ont façonné l’espèce, ne nous destinent pas à être tout l’un ou tout l’autre. Le guerrier opposé à la gardienne du foyer, ça ne marche pas absolument, il suffit de comparer Elisabeth Lévy à mon facteur pour en être convaincu.

Pourtant je ne peux m’empêcher de voir, dans le conflit entre sécurité et liberté, une trace de celui qui oppose les hommes aux femmes. Dans notre façon d’éduquer nos gosses ou nos chiens, nous nous comportons plutôt en mâles ou plutôt en femelles. Ok, il y a aussi des papas-poules et des mères frivoles, mais ils ne sont pas la généralité de l’espèce.

On peut également distinguer les comportements sexuels des hommes des comportements amoureux des femmes simplement en regardant autour de soi. Les femmes veulent un protecteur et un séducteur, un type qui les surprenne et n’oublie jamais leur anniversaire, un aventurier fidèle, un Indiana Jones qui rentre à la maison tous les soirs et les amène voir « Picasso et les maîtres ». Et bien sûr qui leur parle. Nous, nous on veut juste baiser. Evidemment, j’observe là des tendances ancestrales et chacun en fait ce qu’il en veut. Et puis dans la vie, on négocie, on trouve des compromis et tout le charme est là.

J’aurais encore pu dire que cette brave dame de la SPA et moi, dans un échange de cinq minutes, aussi éloignés l’un de l’autre par notre culture que par nos natures, nous avons pris un raccourci vertigineux vers l’inéluctable fracture.

Mais bon, j’ai envoyé mon texte à Marc Cohen et Elisabeth Lévy qui, après avoir arasé un tenon qui dépassait de l’assemblage (que ceux et celles qui veulent en savoir plus commencent par me signer une décharge pour la Halde), ont pensé que ce récit serait plus digeste qu’un long discours et que l’historiette valait bien un billet. Merci chaleureusement à tous ceux qui ont apprécié la friandise. Merci aussi aux autres pour qui, c’est juré, on ajoutera la prochaine fois des sous-titres et un rectangle blanc, et s’il le faut, une muselière au chien, ainsi qu’au maître.

Yes we can’t

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Un mois après les élections, les Américains sont contents de leur choix. Selon un sondage de Newsweek, le casting présidentiel est largement soutenu par l’opinion : 68 % approuvent la nomination de Hillary Clinton au secrétariat d’Etat, 73 % approuvent sa décision de maintenir le secrétaire de la Défense, Robert Gates, dans ses fonction et 63 % souscrivent à son choix de nommer Timothy Geithner au poste-clé au Trésor. En outre, trois sondés sur quatre espèrent qu’Obama améliorera l’état de leurs finances et rendra l’assurance maladie plus abordable. On retrouve des chiffres et des espérances similaires en matière d’indépendance énergétique et d’environnement. Bref, l’électorat américain souhaite en masse que le nouveau président investisse lourdement dans le social et le développement durable.
Seul petit problème : ils sont 61 % d’électeurs à espérer qu’en même temps Obama baissera les impôts pour la classe moyenne… Si j’étais astronaute, c’est le moment où je reprendrai contact avec la terre. Houston, it seems we have a problem.

Le suicide est-il de gauche ?

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Les choses n’ont pas l’air de s’arranger au Parti socialiste, où Martine Aubry et ses alliés ne sont pas parvenus à s’entendre avec les « royalistes » pour constituer une direction où seraient représentées l’ensemble des sensibilités du Parti.

Il semble bien, au bout du compte, que le mode de scrutin majoritaire aux législatives et la nécessité, pour un candidat sérieux à l’élection présidentielle, de disposer de l’appareil d’un grand parti soit le seul ciment qui fasse tenir aujourd’hui la « vieille maison » chère à Léon Blum.

Outre que cette tragi-comédie voit sa vertu divertissante sévèrement concurrencée par les coups de talon judiciaires de Nicolas Sarkozy sur la gueule de son ex-rival à terre, Dominique de Villepin, on commence à se demander si la gauche réformiste française n’est pas entrée dans une spirale suicidaire.

Un récent voyage en Israël, pays qui se trouve actuellement en pleine campagne électorale, m’a permis de comprendre que les partis, même perclus d’histoire glorieuse, sont aussi mortels que peuvent l’être les empires.

Ainsi, le Parti travailliste israélien ne lutte plus pour la première place, celle qu’il occupa pendant des décennies, dans le Yischouv (les colonies juives) de Palestine d’abord, puis à la tête de l’Etat d’Israël jusqu’en 1977.

Aujourd’hui, les sondages le placent en quatrième ou cinquième position des formations en lice pour entrer à la Knesset, derrière le parti ultra-religieux sépharade Shas et au même niveau qu’Israël Beteinou, formation de la droite russophone d’Avigdor Lieberman.

Cette désaffection de l’électorat israélien pour un parti dont la contribution à la construction et à la survie de l’Etat juif a été essentielle prouve d’abord que le peuple possède des réserves infinies d’ingratitude.

« Oignez vilain, il vous poindra, poignez vilain, il vous oindra. » Cette maxime, peut-être abominablement aristocratique et élitiste, peut se révéler utile dans la vie politique, même démocratique. Mais un parti peut aussi grandement contribuer à sa propre décadence en considérant qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper de ce que vit, pense et espère le peuple dont on sollicite les suffrages. La qualité intellectuelle et l’habileté manœuvrière des cadres du parti permettent alors de faire de la politique « hors sol », comme l’agriculture israélienne est devenue experte à produire des tomates sans avoir besoin de se salir les mains dans la glèbe.

Et c’est ainsi qu’un parti « de gauche », le Parti travailliste israélien, se retrouve, au bout de quelques décennies, sociologiquement coupé de son substrat électoral naturel, les ouvriers, les salariés, les plus défavorisés, le peuple, quoi!, comme dirait l’excellent Pierre Mauroy. L’équivalent des énarques en Israël étant les généraux, il n’est pas étonnant qu’ils se soient retrouvés en masse chez les travaillistes, où ils estimaient que leurs éminentes qualités stratégiques et tactiques faisaient d’eux des dirigeants civils naturels et incontestables. Le dernier rejeton de cette espèce, Ehud Barak, est caricatural de cette évolution: brillant militaire, il est intimement persuadé qu’il est le seul, dans ce pays de 7 millions d’habitants à posséder les qualités nécessaires pour le diriger dans ces temps difficiles. Sans se rendre compte que le train de vie somptueux qu’il mène dans les beaux quartiers de Tel Aviv rend assez peu crédibles les postures électorales gauchistes qu’il est amené à prendre pour se différencier de ses principaux rivaux, à droite et au centre…

Nous ne sommes pas encore, en France, dans une configuration politico-sociologique à l’israélienne, où l’on verrait le XVIe, le VIIe et le VIe arrondissement de Paris voter massivement socialiste, alors que les quartiers populaires apporteraient la majorité de leurs suffrages à la droite et à l’extrême droite. Mais on peut percevoir quelques signes annonciateurs d’une évolution dans ce sens : « boboïsation » du parti à Paris et dans les grandes villes, transformation de l’organisation en un syndicat d’élus, où ceux qui ne le sont pas aspirent à l’être, substitution de la lutte pour les places au débat d’idées…

Il y a aujourd’hui quelque chose de pathétique à observer aujourd’hui deux femmes, énarques et élevées depuis leur sortie de l’école dans les meilleures couveuses politiques, partir à la recherche du peuple perdu. Martine Aubry cherche son peuple dans les syndicats, les associations, dans les vestiges branlants du réseau social construit par la gauche au temps où elle était dans le peuple comme un poisson dans l’eau. Ségolène Royal s’efforce, elle, de rassembler autour d’elles un peuple de fidèles ravis, électrisés par sa présence charismatique et cathodique. Comment alors pourraient-elles s’entendre et, à plus forte raison mener un combat commun?

La question qui maintenant risque de se poser est la suivante : a-t-on vraiment besoin de la gauche par les temps qui courent ? Et si oui, pour quoi ?

Ne détricotez pas la loi de 1881 !

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Parmi les nombreuses prises de position qui ont suivi l’affaire Filippis, il en est une qui mérite d’être analysée. Ce n’est certes pas le mot de félicitations adressé par l’impayable Rachida Dati à sa juge Josié, qui relève au mieux de la démagogie ordinaire et au pire de l’empathie instinctive entre femmes au bord de la crise de nerfs. Non, ce qui nous intéresse, c’est la prise de position de Nicolas Sarkozy, qui surfant sur l’émotion provoquée par cet abus de droit, a voulu participer à l’émotion générale en lançant l’une de ces idées à l’emporte-pièce dont il est coutumier : il faut, a-t-il déclaré, dépénaliser la diffamation. Puisqu’il y a eu dérapage dans l’application de la loi, plutôt que de sanctionner le dérapage ou de prendre des mesures pour qu’il ne se reproduise plus, changeons la loi !

Pour la plupart des commentateurs, et pour le public, peu au fait des subtilités et des chausse-trappes du droit, dépénaliser est un verbe plutôt obscur qui évoque l’idée de rendre les choses moins graves. L’exemple le plus connu de débat sur une éventuelle dépénalisation étant celui des divers dérivés du haschich. Après avoir entendu le président s’exprimer, beaucoup en ont donc déduit que de même qu’on ne va plus au trou, normalement, pour un vulgaire pétard, on n’irait désormais plus au TGI menotté dans le dos pour une banale affaire de diffamation. Sauf que c’est beaucoup plus compliqué que ça et beaucoup plus grave. Car si la loi sur la diffamation protège les journalistes – car elle encadre strictement les possibilités de poursuivre et plus encore de gagner –, il ne faudrait pas oublier qu’elle protège aussi tous les citoyens qui voient leur honneur et leur réputation gravement atteintes par les mêmes journalistes. (Et à causeur, nous sommes particulièrement sensibles à ces atteintes-là précisément parce que les journalistes détiennent un pouvoir dont ils sont souvent portés à abuser.) Bref, le résultat de cette dépénalisation-là risque d’être calamiteux non seulement pour la liberté de la presse, mais aussi pour la protection des citoyens contre les abus de cette liberté. Parlons d’abord d’eux, donc, de vous.

Quelle est la donne actuelle, celle issue de la Loi de 1881 sur la liberté de la presse ? Jusqu’à présent, mine de rien, un quidam qui s’estime diffamé a des moyens de justice relativement importants pour faire valoir ses droits, y compris si la source du délit est lointaine, et la piste brouillée plus ou moins volontairement par l’auteur de la diffamation. Cas de figure standard : M. X dont la femme est partie avec M. Y prend le pseudonyme du Vengeur masqué berrichon et accuse nommément sur son site vierzonscoop.com M. Y d’avoir piqué dans la caisse du club de foot local. Manque de bol, ce site est en réalité hébergé par une société américaine, elle-même sise au Delaware, un authentique paradis anti-inquisitorial. Vous vous doutez bien que si M. Y essaie de faire taire le corbeau, il ne trouvera jamais de gendarmes ou de flics disponibles pour se faire suer sur des faits passibles de simple contravention. La dépénalisation est une très mauvaise affaire pour les victimes. Si cette foucade sarkozyenne devenait une réalité (ça arrive !), ce serait d’abord une cata pour les victimes sans surface sociale, celles dont l’Etat est la seule planche de salut car elles n’ont pas les moyens d’embaucher une batterie d’avocats et d’orchestrer un contrefeu médiatique. Mais elle le serait aussi pour les diffamés en col blanc, ceux qui, dans la grande valse des « affaires », ont été cloués au pilori médiatique au nom de la jurisprudence notable-coupable.

Passons maintenant aux conséquences de cette dépénalisation putative pour les journalistes, mais, de fait, plus largement pour les médias, y compris donc ceux que l’on dit « nouveaux » depuis une bonne douzaine d’années. Là encore, la loi de 1881 s’est avérée efficace pour protéger la liberté d’expression (un droit auquel les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme ont tenu à donner un éclat particulier puisqu’il est défini comme l’un des plus précieux de l’homme[1. « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen]). Est-ce pour cela que certains internautes, pour une fois d’accord avec un certain président de la République, pensent qu’il est urgent de la détricoter ? C’est vrai, quoi, une loi qui date de 1881, c’est forcément ringard. A ce moment-là du récit, j’en vois déjà qui se frottent les mains et préparent déjà des commentaires vengeurs et des attaques ad cohenem du genre : « Dans sa défense éhontée de ses petits camarades de la presse branchée, ce monsieur est vraiment le roi des imposteurs. Ce plumitif des beaux quartiers nous bassine depuis dix jours avec l’affaire Filippis et maintenant il essaie de nous faire croire que les lois en vigueur protègent efficacement les journalistes. N’importe quoi pourvu que ça mousse, tous pareils, tous pourris, nous les petits les sans-grades, etc. » Sauf que mes chéris, là où le bât blesse, c’est que justement la Josié ne l’a pas appliqué la Loi de 1881, et je pense qu’elle l’a carrément violée et, en plus, en connaissance de cause, parce que pour être vice-présidente du TGI, il faut, j’imagine, avoir des compétences supérieures à celles de la moyenne des magistrats – un peu comme sa groupie Dati, quoi. Que nous dit cette loi, à son article 52 ? Que par dérogation au droit commun, elle interdit, lorsque le mis en examen est domicilié en France, qu’il puisse être « préventivement arrêté » en matière de diffamation. A mon avis, la juge Josié devrait repasser le Code. Pas celui de la route.

Quant au fond du problème posé par la dépénalisation, donc par le passage des règles du droit pénal à celles droit civil, il est hélas un peu plus complexe. Je vais donc passer la parole à la défense, en l’occurrence Me Basile Ader, avocat de presse redouté et spécialiste pointu du problème. Pour lui, c’est clair : la dépénalisation de la diffamation est une fausse bonne idée. Tout d’abord, il y a les questions de procédure : « La procédure pénale, explique-t-il, offre les meilleures garanties d’un procès équitable : oralité des débats, audition des témoins, caractère contradictoire des échanges et respect des droits de la défense. » En lieu de quoi, ce qui nous attend n’est pas rassurant : « Le procès civil a vocation à devenir de plus en plus dématérialisé, sans audience de plaidoirie, par simple envoi de dossier. Il n’offrirait donc pas les mêmes garanties, alors surtout que l’inclinaison du juge civil est d’apprécier un litige à l’aune du préjudice subi. »

Là encore l’inégalité devant la loi repointe son nez : le « préjudice subi » pour diffamation sera estimé forcément moins important pour Kamel Dupont, manœuvre intérimaire chez Olida, que pour Konnyfer, de la StarAc 8, ou pour Simone Veil, de l’Académie française.

De plus, répétons-le, la loi actuelle est directement issue des principes, supposés irréfragables, des Droits de l’homme. Attention, prévient Me Ader, ramener le délit de presse à une infraction ordinaire annihilerait la puissance que cette parenté confère à la loi. « Le procès de presse est gouverné par le principe pénal de prévisibilité des infractions. Ce principe découle directement de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme selon lequel le principe est la liberté et la restriction l’exception. Ce principe impose aussi au juge d’interpréter ‘strictement’ la restriction à la liberté d’expression. »

De la relaxe de Péan à celle de Vanneste, nombre d’affaires récentes, nous ont montré à quel point cet adverbe « strictement » protégeait nos libertés élémentaires, notamment celle de ne pas penser comme tout le monde. A contrario, on imagine sans trop de peine à quelles cochonneries judiciaires pourrait mener une interprétation moins stricte, plus souple, plus dans l’air du temps et dans l’évolution des mœurs des limites imposables à la liberté d’expression.

Trop cool, la dépénalisation ?

Je veux être Miss France !

27

Depuis 1927 et l’élection de Roberte Cusey, le concours Miss France répète chaque année, aux yeux de tous, la plus flagrante et la plus effroyable discrimination jamais pratiquée dans notre pays : en 81 ans d’existence, aucun homme n’a remporté le titre ! Le scandale serait bien moindre si la statistique ne nous apportait pas des informations autrement plus graves sur les visées proprement réactionnaires de ce concours : aucun gay ni aucun garçon de couleur n’a jamais été élu ! Bien pire, les seniors sont sous-représentés dans le palmarès d’un concours qui décidément se refuse à représenter la société française dans toute sa diversité. Que fait donc la Halde ?

Le logiciel libre ne cotise pas chez Besancenot

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Les philosophes étranglent leurs femmes. C’est dans leur nature. Dès que se présente à eux le moment opportun, on les voit refermer leurs paluches sur le cou de leur légitime. Vous voulez en avoir la preuve ? Souvenez-vous de ce qui fit Louis Althusser le 16 novembre 1980 dans l’appartement conjugal de la rue d’Ulm. Stupeur et tremblement !

Peut-on d’un événement singulier ou d’un phénomène marginal tirer une généralité ? Evidemment que non. En bonne logique, le particulier ne dicte jamais sa loi à l’universel. C’est pourtant ce que François-Xavier Ajavon s’est essayé à faire dans ces mêmes colonnes en voulant modéliser l’un ou l’autre épiphénomène (les facéties de Richard Stallman ou encore les Install party dans le Finistère) pour en conclure que le monde du logiciel libre serait une secte un peu bizarroïde, professant une idéologie de beatnik et communiant dans un même rejet du libéralisme et du marché.

Certes, il se trouve bien quelques esprits suffisamment bas du front pour proclamer que les logiciels libres sont une solution « citoyenne » et quasiment révolutionnaire, censée battre en brèche le capitalisme éhonté de ces ignobles sociétés qui osent commercialiser, elles, le fruit de leur travail… Il se trouve bien encore quelques proudhoniens sur le retour pour professer que « la propriété c’est le vol ». Seulement, appliqué aux logiciels libres, ce discours ne tient pas la route trente secondes.

Aux dernières nouvelles, personne n’a encore vu le très standard Tristan Nitot (Mozilla) déballer sa panoplie de garde rouge ni l’excellent Daniel Glazman (Disruptive innovations) faire la couverture d’Anti-Davos hebdo habillé en Che Guevara. Et ça fait même longtemps que personne n’a vu ces deux Stakhanov du logiciel libre en France turbiner au kolkhoze – que deviennent-ils d’ailleurs me demande, insistante, Marie-George Buffet[1. Nous contacter. On transmettra.]. C’est qu’en soi le logiciel libre n’est porteur d’aucune idéologie.

Ni José Bové ni Olivier Besancenot n’ont persuadé le ministère français de la Défense et celui de l’Intérieur de passer à Thunderbird et à Firefox. Ce n’est pas par altermondialisme forcené ni parce qu’il se serait subitement amouraché de Clémentine Autain qu’Hervé Morin a pris en début d’année 2008 la décision que l’administration de la Défense migrerait de Windows XP vers Ubuntu d’ici l’horizon 2013.

Le libre ne s’oppose pas au logiciel propriétaire ; ils répondent l’un comme l’autre à des modèles économiques qui leur sont propres. Dans le cas d’un logiciel propriétaire, le cas de figure est assez simple : une société dépose un brevet, commercialise un logiciel et prospère grâce à la vente de ce dernier. Pour le logiciel libre, les choses sont un peu plus complexes, puisque les revenus qu’il génère ne sont pas liés à la vente dudit logiciel. Ils peuvent concerner la prestation de services, l’assistance, la maintenance, la mise en place de fonctionnalités spécifiques, la formation, la vente de morceaux de code en vue de développer un logiciel propriétaire, etc. En bref, pour parler en maquignon, les développeurs du libre ne vous vendent pas la bête, mais vivent en s’occupant d’elle, en lui trouvant des pâturages plus gras ou en lui tricotant un manteau pour l’hiver. Les idées ne manquent pas quand on est maquignon ou développeur.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, l’apparition du logiciel libre ces dernières années a réinscrit le marché des logiciels dans le libéralisme. Pas besoin d’avoir un poster de Friedrich Hayek au-dessus de son lit (de toute façon ce type a quitté depuis un bail Tokio Hotel) pour comprendre que la pire plaie dans une économie libérale c’est le monopole. Or, pour s’en tenir au seul exemple des navigateurs Internet, après la perte de vitesse de Netscape, Microsoft exerçait un quasi monopole avec Internet Explorer, jusqu’à ce que l’apparition de Firefox crée un véritable contexte concurrentiel.

Le logiciel libre est donc bien loin d’être un parangon de l’altermondialisme ou de la lutte contre les aliénations du système capitaliste. La cause est même un peu fichue pour José Bové : le logiciel libre n’est pas autre chose que le plus récent OGM du libéralisme. Pour reprendre ce qu’écrivait en 1980 Alvin Toffler (qui faisait déjà de la futurologie quand Jacques Attali commençait à se faire payer pour faire semblant d’en faire), il se pourrait même bien que le logiciel libre soit l’une des facettes du prosumérisme qu’il décrivait alors. Pour faire bref et ne pas enquiquiner ni le geek,, ni le nerd et encore moins le gerd (sont coriaces, cette race-là comme le dirait Zemmour), Toffler écrit qu’au consommateur, apparu avec la IIe Révolution industrielle, succéderait le prosumer, c’est-à-dire le consommateur qui contribuerait lui-même à produire ce qu’il consomme.

C’est exactement le cas dans la communauté du libre – ou plutôt dans les communautés du libre. Les développeurs y coproduisent ce qu’ils vont « consommer ». Et s’ils existent bien des communautés dans le sens le plus noble du terme, c’est là qu’elles sont : les gens ne s’y rassemblent pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. L’aspect communautaire n’est pas exogène au logiciel libre, il lui est endogène : c’est l’accès au code source qui permet le développement du logiciel et c’est l’existence d’une communauté active de développeurs qui permet l’innovation maximale.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle causeur a adopté une solution libre : WordPress. Nous ne l’avons pas fait parce que nous nous étions convertis à l’altermondialisme, ni parce qu’Elisabeth Lévy s’était allumé un tarpé gros à virer beatnik, ni même encore pour des raisons financières – on n’est pas des radins. Si nous avons opté pour WordPress, c’est qu’à notre sens c’était la solution qui offrait, grâce à ses caractéristiques et à sa communauté très active de développeurs, le plus de potentialités.

Reste un problème : dans l’esprit du public comme dans celui de quelques confrères journalistes, le logiciel libre reste au mieux une aubaine (moins cher que gratuit, c’est pas cher) ou une version logicielle du piratage MP3 (si tu paies pas, c’est du vol et je taperai sur la tête jusqu’à ce que la fondation Bill Gates te juge suffisamment amoché pour t’aider). Il faudra donc du temps et un surcroît de pédagogie pour qu’ils comprennent de quoi il retourne réellement. Pour le reste, non, le monde du libre n’est pas une secte dont Stallman serait tout à la fois le dieu, le gourou et le prophète : il introduit un peu plus de concurrence dans un modèle voué il y a quelques années au monopole. Une économie n’est jamais libérale quand elle n’offre aucun choix. C’est comme ça, camarade, mais y a pas autrement.

Opposer le logiciel libre au logiciel propriétaire, c’est un peu comme opposer Mac et PC : les gens sont bien libres de choisir un Mac ou un PC. Deux logiques et deux modèles économiques se concurrencent, même si je suis d’avis qu’il faudrait envoyer définitivement à Sainte-Anne les utilisateurs de PC. Foi d’utilisateur de Mac !

La 3ème vague

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Radio Bisounours ou Beauvau ?

44

Ce matin, disons en fin de matinée, j’écoutais « Le fou du roi » de Stéphane Bern en faisant ma gym. Ou disons que je faisais ma gym en écoutant Stéphane Bern et sa joyeuse troupe – très bons pour les abdos. Il est vrai qu’il a un peu trop tendance à aimer tous ses invités et tout ce qu’ils font. Mais, bon dans le genre promo qui n’en a pas l’air, il s’en tire vraiment bien. Et puis, je lui serai éternellement reconnaissante pour mes cuisses de bronze.

Et voilà qu’à midi moins cinq, quasiment au milieu d’une phrase, le maître des lieux dont l’exquise urbanité est pourtant connue (je ne blague pas, en plus, il cause français comme une église comme disait une de mes copines) interrompt son invité, le commissaire Régnier ou Moulin je n’ai pas bien compris, dont les confessions machistes me mettaient en joie. « Nous devons rendre l’antenne pour un flash spécial de la rédaction », a dit Bern, la voix à peine un peu fébrile. Peut-être pensait-il à la même chose que moi.

Pendant les quelques secondes qui ont suivi, je me suis retrouvée plus de trente ans en arrière. Le coup de la madeleine, quoi. J’avais dix ans et ce 2 avril 1974 je regardais un film à la télé – était-elle encore en noir et blanc ? Est-ce parce que ça n’arrivait pas très souvent ou à cause de la solennité de l’événement, mais je me souviens (ou crois me souvenir) du film qui s’appelait L’homme de Kiev et avait quelque chose à voir avec la dissidence. Je me souviens de l’interruption, peut-être des zébrures sur l’écran pas franchement plat. « Le président Pompidou est mort », sans doute suivi (là j’invente un peu) du programme « musique classique et recueillement pour tout le monde ». Le genre de trucs qui ferait bien rigoler aujourd’hui. Mes parents, eux, s’en sont tirés avec une séance de questions pénibles et opiniâtres sur ce machin appelé « mort ».

Voilà donc ce qui m’a traversé l’esprit ce matin. Qu’allait-on nous annoncer ? Qui était mort ? Journaleuse en diable, j’ai bondi, prête à réagir et à envoyer les vaillantes hordes de Causeur sur la piste du scoop. Et puis, au lancement de ce flash spécial, j’ai compris que la nouvelle venait de la cour de l’Elysée et là j’ai pensé « remaniement », et presqu’en même temps, qu’une info de ce tonneau-là méritait peut-être l’interruption des programmes de France Inter mais, malheureusement, pas celle de ma séance de torture. Eh bien, je me trompais. Parce qu’il valait son pesant d’âneries le « flash spécial ». Cramponnez-vous à vos sièges : si la rédaction de France Inter a jugé bon de faire taire, cinq minutes avant midi, le roi et ses fous, c’était pour que la France entière puisse apprendre sans délai que Michèle Alliot-Marie avait annoncé à la fin du Conseil des ministres que le bébé enlevé dans une maternité d’Orthez (ou Rodez ?) avait été retrouvé et qu’elle en était très heureuse ! Je n’ai pas bien compris ce qui nous avait valu ce « flash spécial », le retrouvage du bébé ou l’intervention de sainte-MAM-notre-mère-à-tous (vous remarquerez que j’ai évité Sainte MAM, elle), tant ces deux informations apparaissent également de nature à bouleverser nos existences et peut-être notre vision du monde. Et moi, j’en ai eu trois pour le prix de deux parce que j’ignorais tout de la disparition du nourrisson (si jeune, sont-ce vraiment des êtres humains[1. C’est une blague ! Pitié !] ?). L’excellent Miclo me souffle que cet événement cosmique a été l’occasion d’une charmante coproduction médias-gouvernement autour du plan « mioches en goguette », pardon de « l’alerte enlèvements », genre grâce-à-vous-tout-peut-changer. Si on était à la radio, je vous ferais Claire Chazal.

Ce matin, on n’en était plus à « l’alerte enlèvements » mais au sauvetage du divin enfant. Et je me demanderai longtemps qui, à la rédaction de France Inter, a pris la savoureuse décision de tout arrêter pour nous faire communier dans la joie de l’événement, amen. Mais c’est sûr : il existe quelque part dans le seizième arrondissement de Paris, un cerveau dans lequel le mot « enfant » ou peut-être « bébé » a immédiatement brouillé toutes les connections – et je ne voudrais pas la ramener exagérément mais c’est la confirmation expérimentale d’une idée que j’ai lancée dans un précédent papier. « Bébé retrouvé !? On arrête tout ! » Je suppose que dans ce cerveau s’est aussi interposée l’image de concurrents réels ou supposés qui n’allaient pas avoir de scrupules et qu’il fallait pas se faire griller. Et peut-être qu’en prime quelqu’un a voulu faire plaisir à MAM (encore que ce serait assez surprenant). Elle a eu bien raison de ne pas bouder le sien. C’est tout de même plus amusant d’annoncer que la petite Laguna a été rendue à l’affection des siens (sans avoir subi de violences sexuelles) que de justifier le peu de doigté des flics du Raincy.

Allez, je vous rassure : j’ai fini ma gym.

Les fables de Lafontaine

12

Ça va mal pour Angela Merkel. La gauche lui tape dessus, la droite lui tape dessus, les verts lui tapent dessus, la presse lui tape dessus, les grands patrons lui tapent dessus, Sarkozy lui tape dessus, enfin sur les nerfs, mais c’est pareil… Ce n’est plus une chancelière, mais un djembé. La femme la plus battue d’Allemagne mérite pourtant du Vaterland : alors que le monde entier s’enlise dans une crise économique qui ne fait pourtant que commencer, Angie se démène pour relancer le commerce extérieur du pays.

Pour tout vous avouer, j’ai voté SPD en 2005, mais je dois admettre qu’Angie s’en tire plutôt pas mal. Certes, les esprits chagrins maugréeront qu’elle n’est pas parvenue à tripler les exportations de machines-outils vers la Chine ni à multiplier par dix les ventes extérieures de Jägermeister[1. Liqueur à base d’un savant mélange de plantes que seule une autopsie peut éventuellement parvenir à lister.] vers l’Autriche et le Liechtenstein. Mais elle a fait mieux encore ! Elle est parvenue à exporter ce que nous avions en Allemagne de plus inexportable : l’oskarlafontaine !

Ne demandez pas à quoi sert un oskarlafontaine. Personne ne saura vous répondre. C’est le schmilblick perpétuel de la politique allemande et certains sont morts sans avoir pu en maîtriser l’usage. C’est ce qui est arrivé au regretté Willy Brandt à la fin des années 1980. Notre ancien chancelier s’était mis une idée en tête : « C’est pas possible qu’un truc comme ça n’ait aucune utilité. Il y a des ingénieurs qui ont réfléchi au modèle pendant des années, ont fait des plans, avant de lancer la production. L’oskarlafontaine doit bien servir à quelque chose. » Brandt a voulu installer le bidule à la tête du SPD, mais rien à faire : l’oskarlafontaine refusa, prétextant qu’il ne servait à rien, qu’il en était content et qu’il entendait bien continuer sur cette voie.

Nous ne sommes donc pas peu fiers que notre chancelière ait pu exporter en France l’oskarlafontaine. Il faut reconnaître que l’acquéreur n’était pas très regardant : ce qu’il lui fallait c’était un homme politique européen de gauche en état de marche, alors un allemand ou autre chose… Pourtant, Jean-Luc Mélenchon aurait dû y regarder à deux fois avant d’accepter la camelote qu’on lui refilait. Je ne veux pas trahir les intérêts supérieurs de mon pays en dénigrant le machin made in Germany qu’on vient de vous refourguer, mais l’oskarlafontaine c’est pas le meilleur truc pour gagner des élections. Pour les faire perdre, c’est une autre affaire, il ne se débrouille pas si mal que ça : il suffit de demander à Gerhard Schröder ce qu’il en pense. Si réellement vous avez l’intention de lui poser la question, essayer de garder une distance suffisante. Je dis ça pour votre sécurité.

N’empêche, si le jeanlucmelenchon fonctionne aussi bien pour la gauche française que l’oskarlafontaine marche pour la gauche allemande, les députés de droite peuvent se faire graver des ronds de serviette à la cantine de l’Assemblée nationale : ils y sont pour un sacré bout de temps. Je me demande même si Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas mieux fait de s’en tenir à la doctrine Chevènement : « Allemand ? Méfiance. »

C’est certain, je suis très partiale et même injuste. Mais il faut dire que l’oskarlafontaine n’y met pas non plus du sien : internationaliste quand ça lui chante, il a dirigé la Sarre, dont il a été pendant quinze ans le Ministre Président, en petit roitelet : on le vit même un jour prendre un décret pour empêcher la diffusion d’un reportage le concernant, avant de modifier le droit de la presse dans son Land… Les journaux s’étaient vus alors infliger l’obligation de publier les droits de réponse, sans les commenter ni avoir la faculté de revenir sur l’affaire abordée.

Ajoutez à cela que cet actuel eurosceptique se posait au début des années 1990 en défendeur de « l’esprit fédéral européen » pour s’opposer à la réunification allemande, et vous aurez tout compris à ce personnage extravagant qui proclamait « la fin de l’Etat-nation » et rêvait d’une RDA indépendante au sein d’une grande Europe…

Avec un tel parrain, le parti de Gauche est mal parti. Parrain, non ! C’est une erreur de frappe, je n’ai pas employé le mot. Parler des relations d’un homme politique avec le milieu, c’est moyen. Et puis, je ne voudrais pas qu’il m’advienne ce qui est advenu à mon collègue de Panorama lorsqu’il s’avisa d’évoquer les sujets qui fâchent… L’oskarlafontaine serait bien capable de faire promulguer un décret pour interdire la diffusion de causeur en Sarre (si ça ne marche pas, il fera interdire Internet dans tout le Land) ou de me bannir à vie de Saarbrücken. Et ça, ce serait très cruel : le frère de Patricia Kaas y a justement ouvert récemment une boite de nuit où quelques fans, alignés au bar, les yeux éteints devant leur verre, touillent leur cocktail en attendant la venue d’une idole qui ne vient pas. Il y en a toujours qui croiront aux fables. Même à celles de Lafontaine.

L’Apocalypse, stade suprême du capitalisme

26

Demi-tour, camarade ! La fin du monde est devant toi… Jérôme Leroy ne manque pas d’air. Ce prof récemment défroqué « pour se consacrer à la littérature, l’alcoolisme et le mauvais esprit » s’attaque ici à un sujet tellement balisé qu’il a engendré un genre à part entière – et pas toujours pour le meilleur… Mais si la qualité d’un roman apocalyptique se mesure à l’aune de l’angoisse qu’il suscite chez ses lecteurs, alors La minute prescrite pour l’assaut (titre extrait d’un vers d’Apollinaire) est une pleine réussite. Le monde en perdition de Leroy, ravagé par la maladie, la folie, l’avidité et la guerre nous fait peur parce qu’il fait salement penser au nôtre. Tout est vraisemblable ; tout est déjà presque vrai.

Drôle de zigue ! Si le sens des mots ne s’était perdu dans le brouillard sémantique de l’époque, on dirait volontiers de cet amateur de langue classique et de pop déjantée, lecteur de Philippe Muray, Léon Bloy et Karl Marx, qu’il est réactionnaire. N’a-t-il pas signé, il y a quelques années, de fort réjouissants articles dans Immédiatement, étonnante revue « monarchiste tendance Chevènement » où j’eus moi-même le bonheur de sévir?

Cela n’empêche pas Jérôme Leroy de souffrir de fortes pulsions révolutionnaires qu’il se refuse obstinément à soigner. Ainsi appartient-il encore et toujours à cette espèce menacée (et même pas protégée !) que constituent les communistes-maintenus. Question d’élégance – on sombre avec les siens. Car l’ami Leroy ne se la raconte pas, pas trop, et encore moins à nous : pas d’avenir radieux en perspective, encore moins d’au-delà. Après la chute finale, ni résurrection, ni rédemption, ni trampoline, rien !

Leroy n’invente pas ; il se contente de pousser l’époque dans ses retranchements « pour en libérer toutes les potentialités », comme on dit. Catastrophes écologiques en chaîne, terrorisme nucléaire, villes anéanties, englouties, désertées, exodes massifs, disparition de la loi, fragmentation des territoires : il suffirait que toutes ces bombes à retardement explosent simultanément pour que l’existence devienne, comme dans le livre, une fuite éperdue vers nulle part.

Un virus nouveau et intéressant ramène le redoutable Ebola au rang d’aimable grippe. Des enfants rendus fous par un jeu vidéo se muent en tueurs en série. Des flics surarmés instaurent une terreur d’Etat. À Oissel, près de Rouen, des insurgés établissent une république islamique. Et dans la périphérie de Roubaix les « quartiers chauds », devenus autonomes, sont livrés à la loi de barbus qui s’empressent d’imposer la burqa aux femmes et de trancher la main des voleurs.

Ce n’est pas pareil, dira-t-on. De fait, ce n’est jamais pareil. Les « Zatoc » (Zones d’autonomie temporaire d’organisation communautaire) du roman n’ont rien à voir avec la ZEP de Roubaix où Jérôme Leroy a enseigné durant 18 ans. Ce monde rendu fou par la consommation et le profit, ce monde « de halls d’aéroports, de galeries marchandes pour peuples sans mémoire » n’est pas celui où, malgré tout, nous continuons à vivre. C’est juste la porte à côté.

Dans ce chaos où les humains retournent vers l’animalité en ordre dispersé, les héros de Leroy se repèrent aisément : ils lisent de vieux livres, aiment le bon vin, l’amour et les longues discussions (bref, des survivants de l’ancien monde). Il est fort tentant de se reconnaître en eux. Tentant, et illusoire : comment résister quand on patauge dans un « blob » intellectuel où tout le monde se dit – voire se croit – résistant ?

Après nous avoir minutieusement désespérés, Jérôme Leroy aurait pu se dispenser de lancer à ses lecteurs, in fine, cette bouée-canard qui ne les sauvera pas du naufrage général. Mieux vaut regarder la réalité en face : ces post-humains qui ont réinstauré la loi de la jungle, c’est nous.

La Minute prescrite pour l'assaut

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Victoria Silvstedt, première dans un fauteuil

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Un ami belge m’a envoyé cette pub. Funny, isn’t it ?

Comment se faire trente millions d’ennemis ?

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Peut-être ai-je eu tort de vous parler de moi et mon chien, de moi et les femmes, et de moi et moi. Peut-être aurais-je dû, comme certains de vos commentaires m’y ont invité être plus précis, plus honnête ou plus absent.

Peut-être aurais-je dû préciser que mon chien, un bâtard qui n’effraie même pas les chats, dort sur son canapé la plupart du temps, marche jusqu’à la route devant mon atelier et, comme il ne se passe rien, revient se coucher. Nous vivons à la campagne, il n’y a même pas de trottoir. Ce jour-là, alors qu’il traînait dehors pendant que je bossais, une employée de la SPA est passée par là, par hasard, pas du tout alertée par une plainte. De toutes façons, qui se serait plaint, et de quoi ? Ce n’est pas le genre des manouches qui vivent à deux pas d’appeler les flics. Donc, la voiture s’arrête, le chien renifle une odeur femelle, monte avec la fille et se barre. Pas partageur, le corniaud. Et après, c’est moi qui me fait engueuler. Voilà pour la précision.

Quant à l’honnêteté, peut-être aurais-je aussi dû rappeler qu’il convient d’observer des codes, des lois, pour une bonne cohabitation des hommes avec les animaux, des hommes entre eux, et même des hommes avec les femmes. D’ailleurs, quand il m’arrive d’emmener mon chien en ville, il a droit à sa laisse, comme je change de chaussures. Nous savons aussi être urbains.

À partir de là, ceux qui s’intéressent seulement aux histoires de chiens peuvent aller se balader sur www.30millionsdamis.fr. Les mêmes commentaires peuvent remarcher.

J’aurais pu aussi tenter de philosopher sur la difficulté de trouver un équilibre entre nos besoins de liberté et de sécurité. Nous aspirons individuellement et collectivement à l’une et à l’autre. On peut accumuler les interdits, les principes de précaution, limiter les risques partout et toujours plus, mais on réduit forcément le champ du possible. On se rapprocherait sans doute du zéro mort sur les routes en limitant partout la vitesse à 30 km/h mais on crèverait d’ennui en conduisant.

J’aurais pu également insister sur les savoureuses complications qui apparaissent quand le conflit évoqué plus haut éclate entre un homme et une femme. Là, il convient de prendre quelques pincettes. Je sais bien que dans la vraie vie, les femmes ne décorent pas toujours la niche pendant que les hommes partent à l’aventure. Et l’idée que le masculin incarne plutôt le dehors et le féminin le dedans, enfin tous ces vieux trucs anthropologiques qui ont façonné l’espèce, ne nous destinent pas à être tout l’un ou tout l’autre. Le guerrier opposé à la gardienne du foyer, ça ne marche pas absolument, il suffit de comparer Elisabeth Lévy à mon facteur pour en être convaincu.

Pourtant je ne peux m’empêcher de voir, dans le conflit entre sécurité et liberté, une trace de celui qui oppose les hommes aux femmes. Dans notre façon d’éduquer nos gosses ou nos chiens, nous nous comportons plutôt en mâles ou plutôt en femelles. Ok, il y a aussi des papas-poules et des mères frivoles, mais ils ne sont pas la généralité de l’espèce.

On peut également distinguer les comportements sexuels des hommes des comportements amoureux des femmes simplement en regardant autour de soi. Les femmes veulent un protecteur et un séducteur, un type qui les surprenne et n’oublie jamais leur anniversaire, un aventurier fidèle, un Indiana Jones qui rentre à la maison tous les soirs et les amène voir « Picasso et les maîtres ». Et bien sûr qui leur parle. Nous, nous on veut juste baiser. Evidemment, j’observe là des tendances ancestrales et chacun en fait ce qu’il en veut. Et puis dans la vie, on négocie, on trouve des compromis et tout le charme est là.

J’aurais encore pu dire que cette brave dame de la SPA et moi, dans un échange de cinq minutes, aussi éloignés l’un de l’autre par notre culture que par nos natures, nous avons pris un raccourci vertigineux vers l’inéluctable fracture.

Mais bon, j’ai envoyé mon texte à Marc Cohen et Elisabeth Lévy qui, après avoir arasé un tenon qui dépassait de l’assemblage (que ceux et celles qui veulent en savoir plus commencent par me signer une décharge pour la Halde), ont pensé que ce récit serait plus digeste qu’un long discours et que l’historiette valait bien un billet. Merci chaleureusement à tous ceux qui ont apprécié la friandise. Merci aussi aux autres pour qui, c’est juré, on ajoutera la prochaine fois des sous-titres et un rectangle blanc, et s’il le faut, une muselière au chien, ainsi qu’au maître.

Yes we can’t

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Un mois après les élections, les Américains sont contents de leur choix. Selon un sondage de Newsweek, le casting présidentiel est largement soutenu par l’opinion : 68 % approuvent la nomination de Hillary Clinton au secrétariat d’Etat, 73 % approuvent sa décision de maintenir le secrétaire de la Défense, Robert Gates, dans ses fonction et 63 % souscrivent à son choix de nommer Timothy Geithner au poste-clé au Trésor. En outre, trois sondés sur quatre espèrent qu’Obama améliorera l’état de leurs finances et rendra l’assurance maladie plus abordable. On retrouve des chiffres et des espérances similaires en matière d’indépendance énergétique et d’environnement. Bref, l’électorat américain souhaite en masse que le nouveau président investisse lourdement dans le social et le développement durable.
Seul petit problème : ils sont 61 % d’électeurs à espérer qu’en même temps Obama baissera les impôts pour la classe moyenne… Si j’étais astronaute, c’est le moment où je reprendrai contact avec la terre. Houston, it seems we have a problem.

Le suicide est-il de gauche ?

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Les choses n’ont pas l’air de s’arranger au Parti socialiste, où Martine Aubry et ses alliés ne sont pas parvenus à s’entendre avec les « royalistes » pour constituer une direction où seraient représentées l’ensemble des sensibilités du Parti.

Il semble bien, au bout du compte, que le mode de scrutin majoritaire aux législatives et la nécessité, pour un candidat sérieux à l’élection présidentielle, de disposer de l’appareil d’un grand parti soit le seul ciment qui fasse tenir aujourd’hui la « vieille maison » chère à Léon Blum.

Outre que cette tragi-comédie voit sa vertu divertissante sévèrement concurrencée par les coups de talon judiciaires de Nicolas Sarkozy sur la gueule de son ex-rival à terre, Dominique de Villepin, on commence à se demander si la gauche réformiste française n’est pas entrée dans une spirale suicidaire.

Un récent voyage en Israël, pays qui se trouve actuellement en pleine campagne électorale, m’a permis de comprendre que les partis, même perclus d’histoire glorieuse, sont aussi mortels que peuvent l’être les empires.

Ainsi, le Parti travailliste israélien ne lutte plus pour la première place, celle qu’il occupa pendant des décennies, dans le Yischouv (les colonies juives) de Palestine d’abord, puis à la tête de l’Etat d’Israël jusqu’en 1977.

Aujourd’hui, les sondages le placent en quatrième ou cinquième position des formations en lice pour entrer à la Knesset, derrière le parti ultra-religieux sépharade Shas et au même niveau qu’Israël Beteinou, formation de la droite russophone d’Avigdor Lieberman.

Cette désaffection de l’électorat israélien pour un parti dont la contribution à la construction et à la survie de l’Etat juif a été essentielle prouve d’abord que le peuple possède des réserves infinies d’ingratitude.

« Oignez vilain, il vous poindra, poignez vilain, il vous oindra. » Cette maxime, peut-être abominablement aristocratique et élitiste, peut se révéler utile dans la vie politique, même démocratique. Mais un parti peut aussi grandement contribuer à sa propre décadence en considérant qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper de ce que vit, pense et espère le peuple dont on sollicite les suffrages. La qualité intellectuelle et l’habileté manœuvrière des cadres du parti permettent alors de faire de la politique « hors sol », comme l’agriculture israélienne est devenue experte à produire des tomates sans avoir besoin de se salir les mains dans la glèbe.

Et c’est ainsi qu’un parti « de gauche », le Parti travailliste israélien, se retrouve, au bout de quelques décennies, sociologiquement coupé de son substrat électoral naturel, les ouvriers, les salariés, les plus défavorisés, le peuple, quoi!, comme dirait l’excellent Pierre Mauroy. L’équivalent des énarques en Israël étant les généraux, il n’est pas étonnant qu’ils se soient retrouvés en masse chez les travaillistes, où ils estimaient que leurs éminentes qualités stratégiques et tactiques faisaient d’eux des dirigeants civils naturels et incontestables. Le dernier rejeton de cette espèce, Ehud Barak, est caricatural de cette évolution: brillant militaire, il est intimement persuadé qu’il est le seul, dans ce pays de 7 millions d’habitants à posséder les qualités nécessaires pour le diriger dans ces temps difficiles. Sans se rendre compte que le train de vie somptueux qu’il mène dans les beaux quartiers de Tel Aviv rend assez peu crédibles les postures électorales gauchistes qu’il est amené à prendre pour se différencier de ses principaux rivaux, à droite et au centre…

Nous ne sommes pas encore, en France, dans une configuration politico-sociologique à l’israélienne, où l’on verrait le XVIe, le VIIe et le VIe arrondissement de Paris voter massivement socialiste, alors que les quartiers populaires apporteraient la majorité de leurs suffrages à la droite et à l’extrême droite. Mais on peut percevoir quelques signes annonciateurs d’une évolution dans ce sens : « boboïsation » du parti à Paris et dans les grandes villes, transformation de l’organisation en un syndicat d’élus, où ceux qui ne le sont pas aspirent à l’être, substitution de la lutte pour les places au débat d’idées…

Il y a aujourd’hui quelque chose de pathétique à observer aujourd’hui deux femmes, énarques et élevées depuis leur sortie de l’école dans les meilleures couveuses politiques, partir à la recherche du peuple perdu. Martine Aubry cherche son peuple dans les syndicats, les associations, dans les vestiges branlants du réseau social construit par la gauche au temps où elle était dans le peuple comme un poisson dans l’eau. Ségolène Royal s’efforce, elle, de rassembler autour d’elles un peuple de fidèles ravis, électrisés par sa présence charismatique et cathodique. Comment alors pourraient-elles s’entendre et, à plus forte raison mener un combat commun?

La question qui maintenant risque de se poser est la suivante : a-t-on vraiment besoin de la gauche par les temps qui courent ? Et si oui, pour quoi ?

Ne détricotez pas la loi de 1881 !

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Parmi les nombreuses prises de position qui ont suivi l’affaire Filippis, il en est une qui mérite d’être analysée. Ce n’est certes pas le mot de félicitations adressé par l’impayable Rachida Dati à sa juge Josié, qui relève au mieux de la démagogie ordinaire et au pire de l’empathie instinctive entre femmes au bord de la crise de nerfs. Non, ce qui nous intéresse, c’est la prise de position de Nicolas Sarkozy, qui surfant sur l’émotion provoquée par cet abus de droit, a voulu participer à l’émotion générale en lançant l’une de ces idées à l’emporte-pièce dont il est coutumier : il faut, a-t-il déclaré, dépénaliser la diffamation. Puisqu’il y a eu dérapage dans l’application de la loi, plutôt que de sanctionner le dérapage ou de prendre des mesures pour qu’il ne se reproduise plus, changeons la loi !

Pour la plupart des commentateurs, et pour le public, peu au fait des subtilités et des chausse-trappes du droit, dépénaliser est un verbe plutôt obscur qui évoque l’idée de rendre les choses moins graves. L’exemple le plus connu de débat sur une éventuelle dépénalisation étant celui des divers dérivés du haschich. Après avoir entendu le président s’exprimer, beaucoup en ont donc déduit que de même qu’on ne va plus au trou, normalement, pour un vulgaire pétard, on n’irait désormais plus au TGI menotté dans le dos pour une banale affaire de diffamation. Sauf que c’est beaucoup plus compliqué que ça et beaucoup plus grave. Car si la loi sur la diffamation protège les journalistes – car elle encadre strictement les possibilités de poursuivre et plus encore de gagner –, il ne faudrait pas oublier qu’elle protège aussi tous les citoyens qui voient leur honneur et leur réputation gravement atteintes par les mêmes journalistes. (Et à causeur, nous sommes particulièrement sensibles à ces atteintes-là précisément parce que les journalistes détiennent un pouvoir dont ils sont souvent portés à abuser.) Bref, le résultat de cette dépénalisation-là risque d’être calamiteux non seulement pour la liberté de la presse, mais aussi pour la protection des citoyens contre les abus de cette liberté. Parlons d’abord d’eux, donc, de vous.

Quelle est la donne actuelle, celle issue de la Loi de 1881 sur la liberté de la presse ? Jusqu’à présent, mine de rien, un quidam qui s’estime diffamé a des moyens de justice relativement importants pour faire valoir ses droits, y compris si la source du délit est lointaine, et la piste brouillée plus ou moins volontairement par l’auteur de la diffamation. Cas de figure standard : M. X dont la femme est partie avec M. Y prend le pseudonyme du Vengeur masqué berrichon et accuse nommément sur son site vierzonscoop.com M. Y d’avoir piqué dans la caisse du club de foot local. Manque de bol, ce site est en réalité hébergé par une société américaine, elle-même sise au Delaware, un authentique paradis anti-inquisitorial. Vous vous doutez bien que si M. Y essaie de faire taire le corbeau, il ne trouvera jamais de gendarmes ou de flics disponibles pour se faire suer sur des faits passibles de simple contravention. La dépénalisation est une très mauvaise affaire pour les victimes. Si cette foucade sarkozyenne devenait une réalité (ça arrive !), ce serait d’abord une cata pour les victimes sans surface sociale, celles dont l’Etat est la seule planche de salut car elles n’ont pas les moyens d’embaucher une batterie d’avocats et d’orchestrer un contrefeu médiatique. Mais elle le serait aussi pour les diffamés en col blanc, ceux qui, dans la grande valse des « affaires », ont été cloués au pilori médiatique au nom de la jurisprudence notable-coupable.

Passons maintenant aux conséquences de cette dépénalisation putative pour les journalistes, mais, de fait, plus largement pour les médias, y compris donc ceux que l’on dit « nouveaux » depuis une bonne douzaine d’années. Là encore, la loi de 1881 s’est avérée efficace pour protéger la liberté d’expression (un droit auquel les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme ont tenu à donner un éclat particulier puisqu’il est défini comme l’un des plus précieux de l’homme[1. « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » Article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen]). Est-ce pour cela que certains internautes, pour une fois d’accord avec un certain président de la République, pensent qu’il est urgent de la détricoter ? C’est vrai, quoi, une loi qui date de 1881, c’est forcément ringard. A ce moment-là du récit, j’en vois déjà qui se frottent les mains et préparent déjà des commentaires vengeurs et des attaques ad cohenem du genre : « Dans sa défense éhontée de ses petits camarades de la presse branchée, ce monsieur est vraiment le roi des imposteurs. Ce plumitif des beaux quartiers nous bassine depuis dix jours avec l’affaire Filippis et maintenant il essaie de nous faire croire que les lois en vigueur protègent efficacement les journalistes. N’importe quoi pourvu que ça mousse, tous pareils, tous pourris, nous les petits les sans-grades, etc. » Sauf que mes chéris, là où le bât blesse, c’est que justement la Josié ne l’a pas appliqué la Loi de 1881, et je pense qu’elle l’a carrément violée et, en plus, en connaissance de cause, parce que pour être vice-présidente du TGI, il faut, j’imagine, avoir des compétences supérieures à celles de la moyenne des magistrats – un peu comme sa groupie Dati, quoi. Que nous dit cette loi, à son article 52 ? Que par dérogation au droit commun, elle interdit, lorsque le mis en examen est domicilié en France, qu’il puisse être « préventivement arrêté » en matière de diffamation. A mon avis, la juge Josié devrait repasser le Code. Pas celui de la route.

Quant au fond du problème posé par la dépénalisation, donc par le passage des règles du droit pénal à celles droit civil, il est hélas un peu plus complexe. Je vais donc passer la parole à la défense, en l’occurrence Me Basile Ader, avocat de presse redouté et spécialiste pointu du problème. Pour lui, c’est clair : la dépénalisation de la diffamation est une fausse bonne idée. Tout d’abord, il y a les questions de procédure : « La procédure pénale, explique-t-il, offre les meilleures garanties d’un procès équitable : oralité des débats, audition des témoins, caractère contradictoire des échanges et respect des droits de la défense. » En lieu de quoi, ce qui nous attend n’est pas rassurant : « Le procès civil a vocation à devenir de plus en plus dématérialisé, sans audience de plaidoirie, par simple envoi de dossier. Il n’offrirait donc pas les mêmes garanties, alors surtout que l’inclinaison du juge civil est d’apprécier un litige à l’aune du préjudice subi. »

Là encore l’inégalité devant la loi repointe son nez : le « préjudice subi » pour diffamation sera estimé forcément moins important pour Kamel Dupont, manœuvre intérimaire chez Olida, que pour Konnyfer, de la StarAc 8, ou pour Simone Veil, de l’Académie française.

De plus, répétons-le, la loi actuelle est directement issue des principes, supposés irréfragables, des Droits de l’homme. Attention, prévient Me Ader, ramener le délit de presse à une infraction ordinaire annihilerait la puissance que cette parenté confère à la loi. « Le procès de presse est gouverné par le principe pénal de prévisibilité des infractions. Ce principe découle directement de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme selon lequel le principe est la liberté et la restriction l’exception. Ce principe impose aussi au juge d’interpréter ‘strictement’ la restriction à la liberté d’expression. »

De la relaxe de Péan à celle de Vanneste, nombre d’affaires récentes, nous ont montré à quel point cet adverbe « strictement » protégeait nos libertés élémentaires, notamment celle de ne pas penser comme tout le monde. A contrario, on imagine sans trop de peine à quelles cochonneries judiciaires pourrait mener une interprétation moins stricte, plus souple, plus dans l’air du temps et dans l’évolution des mœurs des limites imposables à la liberté d’expression.

Trop cool, la dépénalisation ?

Je veux être Miss France !

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Depuis 1927 et l’élection de Roberte Cusey, le concours Miss France répète chaque année, aux yeux de tous, la plus flagrante et la plus effroyable discrimination jamais pratiquée dans notre pays : en 81 ans d’existence, aucun homme n’a remporté le titre ! Le scandale serait bien moindre si la statistique ne nous apportait pas des informations autrement plus graves sur les visées proprement réactionnaires de ce concours : aucun gay ni aucun garçon de couleur n’a jamais été élu ! Bien pire, les seniors sont sous-représentés dans le palmarès d’un concours qui décidément se refuse à représenter la société française dans toute sa diversité. Que fait donc la Halde ?

Le logiciel libre ne cotise pas chez Besancenot

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Les philosophes étranglent leurs femmes. C’est dans leur nature. Dès que se présente à eux le moment opportun, on les voit refermer leurs paluches sur le cou de leur légitime. Vous voulez en avoir la preuve ? Souvenez-vous de ce qui fit Louis Althusser le 16 novembre 1980 dans l’appartement conjugal de la rue d’Ulm. Stupeur et tremblement !

Peut-on d’un événement singulier ou d’un phénomène marginal tirer une généralité ? Evidemment que non. En bonne logique, le particulier ne dicte jamais sa loi à l’universel. C’est pourtant ce que François-Xavier Ajavon s’est essayé à faire dans ces mêmes colonnes en voulant modéliser l’un ou l’autre épiphénomène (les facéties de Richard Stallman ou encore les Install party dans le Finistère) pour en conclure que le monde du logiciel libre serait une secte un peu bizarroïde, professant une idéologie de beatnik et communiant dans un même rejet du libéralisme et du marché.

Certes, il se trouve bien quelques esprits suffisamment bas du front pour proclamer que les logiciels libres sont une solution « citoyenne » et quasiment révolutionnaire, censée battre en brèche le capitalisme éhonté de ces ignobles sociétés qui osent commercialiser, elles, le fruit de leur travail… Il se trouve bien encore quelques proudhoniens sur le retour pour professer que « la propriété c’est le vol ». Seulement, appliqué aux logiciels libres, ce discours ne tient pas la route trente secondes.

Aux dernières nouvelles, personne n’a encore vu le très standard Tristan Nitot (Mozilla) déballer sa panoplie de garde rouge ni l’excellent Daniel Glazman (Disruptive innovations) faire la couverture d’Anti-Davos hebdo habillé en Che Guevara. Et ça fait même longtemps que personne n’a vu ces deux Stakhanov du logiciel libre en France turbiner au kolkhoze – que deviennent-ils d’ailleurs me demande, insistante, Marie-George Buffet[1. Nous contacter. On transmettra.]. C’est qu’en soi le logiciel libre n’est porteur d’aucune idéologie.

Ni José Bové ni Olivier Besancenot n’ont persuadé le ministère français de la Défense et celui de l’Intérieur de passer à Thunderbird et à Firefox. Ce n’est pas par altermondialisme forcené ni parce qu’il se serait subitement amouraché de Clémentine Autain qu’Hervé Morin a pris en début d’année 2008 la décision que l’administration de la Défense migrerait de Windows XP vers Ubuntu d’ici l’horizon 2013.

Le libre ne s’oppose pas au logiciel propriétaire ; ils répondent l’un comme l’autre à des modèles économiques qui leur sont propres. Dans le cas d’un logiciel propriétaire, le cas de figure est assez simple : une société dépose un brevet, commercialise un logiciel et prospère grâce à la vente de ce dernier. Pour le logiciel libre, les choses sont un peu plus complexes, puisque les revenus qu’il génère ne sont pas liés à la vente dudit logiciel. Ils peuvent concerner la prestation de services, l’assistance, la maintenance, la mise en place de fonctionnalités spécifiques, la formation, la vente de morceaux de code en vue de développer un logiciel propriétaire, etc. En bref, pour parler en maquignon, les développeurs du libre ne vous vendent pas la bête, mais vivent en s’occupant d’elle, en lui trouvant des pâturages plus gras ou en lui tricotant un manteau pour l’hiver. Les idées ne manquent pas quand on est maquignon ou développeur.

Si l’on veut bien y regarder de plus près, l’apparition du logiciel libre ces dernières années a réinscrit le marché des logiciels dans le libéralisme. Pas besoin d’avoir un poster de Friedrich Hayek au-dessus de son lit (de toute façon ce type a quitté depuis un bail Tokio Hotel) pour comprendre que la pire plaie dans une économie libérale c’est le monopole. Or, pour s’en tenir au seul exemple des navigateurs Internet, après la perte de vitesse de Netscape, Microsoft exerçait un quasi monopole avec Internet Explorer, jusqu’à ce que l’apparition de Firefox crée un véritable contexte concurrentiel.

Le logiciel libre est donc bien loin d’être un parangon de l’altermondialisme ou de la lutte contre les aliénations du système capitaliste. La cause est même un peu fichue pour José Bové : le logiciel libre n’est pas autre chose que le plus récent OGM du libéralisme. Pour reprendre ce qu’écrivait en 1980 Alvin Toffler (qui faisait déjà de la futurologie quand Jacques Attali commençait à se faire payer pour faire semblant d’en faire), il se pourrait même bien que le logiciel libre soit l’une des facettes du prosumérisme qu’il décrivait alors. Pour faire bref et ne pas enquiquiner ni le geek,, ni le nerd et encore moins le gerd (sont coriaces, cette race-là comme le dirait Zemmour), Toffler écrit qu’au consommateur, apparu avec la IIe Révolution industrielle, succéderait le prosumer, c’est-à-dire le consommateur qui contribuerait lui-même à produire ce qu’il consomme.

C’est exactement le cas dans la communauté du libre – ou plutôt dans les communautés du libre. Les développeurs y coproduisent ce qu’ils vont « consommer ». Et s’ils existent bien des communautés dans le sens le plus noble du terme, c’est là qu’elles sont : les gens ne s’y rassemblent pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font. L’aspect communautaire n’est pas exogène au logiciel libre, il lui est endogène : c’est l’accès au code source qui permet le développement du logiciel et c’est l’existence d’une communauté active de développeurs qui permet l’innovation maximale.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle causeur a adopté une solution libre : WordPress. Nous ne l’avons pas fait parce que nous nous étions convertis à l’altermondialisme, ni parce qu’Elisabeth Lévy s’était allumé un tarpé gros à virer beatnik, ni même encore pour des raisons financières – on n’est pas des radins. Si nous avons opté pour WordPress, c’est qu’à notre sens c’était la solution qui offrait, grâce à ses caractéristiques et à sa communauté très active de développeurs, le plus de potentialités.

Reste un problème : dans l’esprit du public comme dans celui de quelques confrères journalistes, le logiciel libre reste au mieux une aubaine (moins cher que gratuit, c’est pas cher) ou une version logicielle du piratage MP3 (si tu paies pas, c’est du vol et je taperai sur la tête jusqu’à ce que la fondation Bill Gates te juge suffisamment amoché pour t’aider). Il faudra donc du temps et un surcroît de pédagogie pour qu’ils comprennent de quoi il retourne réellement. Pour le reste, non, le monde du libre n’est pas une secte dont Stallman serait tout à la fois le dieu, le gourou et le prophète : il introduit un peu plus de concurrence dans un modèle voué il y a quelques années au monopole. Une économie n’est jamais libérale quand elle n’offre aucun choix. C’est comme ça, camarade, mais y a pas autrement.

Opposer le logiciel libre au logiciel propriétaire, c’est un peu comme opposer Mac et PC : les gens sont bien libres de choisir un Mac ou un PC. Deux logiques et deux modèles économiques se concurrencent, même si je suis d’avis qu’il faudrait envoyer définitivement à Sainte-Anne les utilisateurs de PC. Foi d’utilisateur de Mac !

La 3ème vague

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