Alors que Marine Le Pen promet qu’elle baissera les taxes sur les carburants si elle est élue, le socialiste Faure dit qu’il sera «aux côtés» des Français s’ils se soulèvent contre la vie chère et qu’il «comprendra parfaitement» une nouvelle mobilisation de type «gilets jaunes». Le lfiste Manuel Bompard annonce de son côté qu’il soutiendra une mobilisation le 17 octobre, si celle-ci se confirme, y compris si elle provient d’on ne sait trop où sur les réseaux sociaux. Le communiste Roussel est encore plus explicite et appelle à «descendre dans la rue et à occuper les ronds-points.» Les gilets jaunes historiques, eux, sont plus sceptiques.
Un retour des gilets jaunes ? La date du 17 octobre s’est imposée sur les réseaux. Mais la gauche dénature déjà ce mouvement populaire en espérant se l’approprier. PC, PS, LFI : tous caressent l’idée d’une insurrection. Fabien Roussel (PC) appelle ainsi les Français « à se mobiliser, comme nous avons su le faire en 2018, avec les gilets jaunes sur les ronds-points ». À l’évidence, les sujets ne manquent pas pour alimenter une explosion sociale. À commencer par l’augmentation des prix des carburants : ils furent le détonateur, avec la taxe carbone, du 17 novembre 2018, qui allait mobiliser les foules dans la durée. « La trajectoire carbone, nous allons la tenir », déclarait alors le Premier ministre Édouard Philippe, incapable de mesurer la profondeur des exaspérations provinciales. Un même aveuglement perdure avec ce gouvernement qui exclut de baisser la moindre taxe sur l’essence. Cependant les gilets jaunes, salués aujourd’hui pour leur réactivité, ont de la mémoire. Pour les avoir accompagnés dès le premier jour, j’ai rendu compte à l’époque des insultes et des infamies qu’ont eu à supporter, de la part des progressistes parisiens, ces révoltés de la classe moyenne, avant que l’extrême gauche ne sabote par la violence le réveil des oubliés, sans leaders ni slogans.
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La diabolisation de cette révolte longtemps incomprise, qui rejetait partis et syndicats, fut la ligne du pouvoir oligarchique, des journalistes moutonniers, de la gauche populophobe. Édouard Philippe assurera avoir vu « l’anarchie, la pression et la violence ». Laurent Berger (CFDT) dénoncera « une forme de totalitarisme ». La CGT évoquera des « idées xénophobes, racistes, homophobes ». Précédemment, Jean-Luc Mélenchon avait qualifié de « nigauds » les bonnets rouges mobilisés en Bretagne contre l’écotaxe sur les poids lourds. Bernard-Henri Lévytweetera dès le 17 novembre : « Poujadisme des gilets jaunes. Échec d’un mouvement qu’on nous annonçait massif. Irresponsabilité des chaînes d’info, qui attisent et dramatisent. Soutien à Macron, à son combat contre les populistes et la fiscalité écolo ». Sur CNews, ma défense des gilets jaunes, que je voyais comme précurseurs d’une rupture attendue avec un système obsolète, fut d’abord un combat solitaire.
C’est pourquoi la colère populaire ne répondra pas aux invitations intéressées d’une gauche déracinée, qui ne comprend rien à la vie des « prolos » perdus de vue. Si les gilets jaunes ont échoué à ébranler le pouvoir macronien, la prochaine élection présidentielle reste l’opportunité historique qui permettrait de concrétiser une rupture avec un système qui demeure insensible aux détresses des plus faibles. Dans l’immédiat, ce sont les policiers qui, mobilisés hier, ont émis l’intention de lancer les « gilets bleus ». À coup sûr, l’extrême gauche ne s’y associera pas. En revanche, il n’est pas exclu que les parias se joignent un jour aux forces de l’ordre qui se disent pareillement exclues d’un régime n’ayant d’intérêt que pour les nouvelles minorités, dont certains militants désignent la police comme un ennemi et les autochtones comme ayant fait leur temps.




