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À la bonne heure du Bergé…

Le billet politique de Philippe Bilger


À la bonne heure du Bergé…
Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations (© NICOLAS MESSYASZ/SIPA) , et Prisca Thévenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine (© J.E.E/SIPA).

Entre deux figures de la macronie, le débat sur le « grand remplacement » aura vite tourné au règlement de comptes. Pour Prisca Thevenot, fidèle de Gabriel Attal, cette théorie est « raciste » et « complotiste ». Aurore Bergé, elle, refuse cette condamnation et défend la liberté d’en discuter. Reste à savoir où cette dernière posera ses valises en 2027: chez Attal, chez Edouard Philippe ou dans sa propre boutique?


Quand on a une personnalité libre et courageuse dans l’espace politique, il faut la briser. Lorsque, dans la vie intellectuelle, une résistance se manifeste contre le bêlement collectif, elle est inadmissible. La ministre Aurore Bergé, en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a récemment déclaré que la théorie du « grand remplacement » était fausse, qu’elle la combattait, mais qu’elle était une opinion politique et que, donc, elle refusait de la qualifier de « raciste ».

En dépit de la controverse qu’elle a suscitée et de l’opposition, au sein de son propre camp, à ses propos, elle a tout à fait raison et son point de vue n’est pas à stigmatiser mais, au mieux, à approuver, au pire, à discuter. En aucun cas à pourfendre (Le Monde1).

Bien sûr, on a eu l’inévitable intervention de Prisca Thevenot, dont la propension à se tromper est infinie. Elle règle le problème à l’envers : elle qualifie le « grand remplacement » de « raciste » et, le racisme étant un délit, ce qu’a osé dire Aurore Bergé est gravissime. Elle est tombée dans le travers qui représente la plaie d’aujourd’hui et explique l’accroissement jamais entravé du Rassemblement national : comme le réel n’est pas moral, il convient de l’exclure.

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On peut, comme Aurore Bergé, être totalement hostile à ce prétendu « grand remplacement ». Ou on peut juger qu’il existe ou qu’on est en train de basculer vers lui. On peut avoir peur devant certaines évolutions et leur substituer une notion qui inspire encore plus d’angoisse : celle de la « Nouvelle France » à la Jean-Luc Mélenchon. En tout cas, à partir de ce constat, de cette illusion ou de cette perversion, tout est possible et l’éthique n’a rien à y voir, pas davantage que le racisme.

Il faut féliciter Aurore Bergé, qui a formulé une évidence, a tenu et ne s’est pas rétractée. C’est grâce à sa lucidité que le combat pourra être mené contre le poison de commentaires plus inspirés par la bonne conscience que par la justesse sur le réel. Celui-ci n’est pas un crime quand il ne correspond pas à nos fantasmes, il ne le devient que s’il est occulté par lâcheté ou bêtise !

Plutôt que de donner des leçons de morale, tentons l’action politique. Et le courage.

  1. https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/10/grand-remplacement-aurore-berge-critiquee-jusque-
    dans-son-camp-apres-avoir-refuse-de-qualifier-l-expression-de-raciste_6769886_823448.html ↩︎


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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