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Identité nationale, Joffrin accepte de débattre

Laurent Joffrin, un éditorialiste ouvert au débat.
Laurent Joffrin, un éditorialiste ouvert au débat.

On se souvient. On devait avoir vaguement 17 ans et, pour avoir le bac, il fallait être capable de faire un commentaire composé qui tienne vaguement la route. Manifestement, aujourd’hui, pour sembler être de gauche à propos de l’identité nationale, il faut être capable de ficeler un devoir sur table avec un certain nombre de mots-clés (mixité, mélange, métissage, etc.). À ce petit exercice, Laurent Joffrin excelle, comme il vient de nous le prouver dans son édito de Libération de ce mardi. Du coup, lecteur, au titre de la légitime défense, nous reprenons, nous aussi, nos talents de commentateurs composés pour te désosser la bête. Histoire que tu ne sois pas surpris si, demain, à table, tu te fais traiter de gauche scrogneugneu.

Principe : on prend l’édito tel quel et on fait les commentaires fielleux au fur et à mesure. On précise pour les mauvais coucheurs : rien n’a été rajouté dans la prose joffrinienne ; pas besoin, elle tient debout toute seule…

« Un débat sur l’identité nationale… Et pourquoi pas ? On comprend que l’opposition dénonce, dans la proposition d’Eric Besson, un calcul électoral destiné à siphonner les voix du FN, autant qu’une conception méfiante et essentiellement défensive de la nation, qui serait menacée par l’immigration, comme l’indique l’intitulé même de son ministère. Mais précisément : plutôt que de traiter la discussion par le sarcasme ou le rejet de principe, ne faut-il pas opposer à cette craintive attitude qui débouche, entre autres, sur le renvoi de trois réfugiés afghans dans leur pays en guerre, une autre conception, ouverte, évolutive et généreuse ?
On passera sur l’amorce de l’édito, le « et pourquoi pas » qui montre que Joffrin tout de gauche qu’il est, n’a pas froid aux yeux, lui, contrairement ces affreux socialo-communistes qui sont habités par une « craintive attitude ». La Nation, lui, il en fait son affaire.

« Il est passé le temps où un soixante-huitardisme mal compris faisait de la nation, vocable projeté sur la scène de l’histoire à Valmy, un mot plus ou moins obscène. Ce qui est national n’est pas nécessairement louche, intolérant ou vichyste. Cette «reductio ad petainum» paralyse la réflexion. Faut-il jeter aux orties Hoche, Lamartine, Jaurès ou Jean Moulin, coupables de défendre le drapeau, c’est-à-dire la République ? »
Miracle rue Béranger : à ce stade du texte, Laurent Joffrin est soudain devenu chevènementiste ! Et si ça se trouve, plus que Jean-Pierre lui-même, comme le prouve la suite.

« Ou encore la Commune, insurrection patriote autant que sociale, noyée dans le sang par une bourgeoisie empressée de se rendre pour massacrer à loisir la classe ouvrière, comme d’autres préféraient Hitler au Front populaire ? Après tout, il y a aussi du rouge dans le drapeau tricolore et s’il a couvert les crimes de la colonisation ou de la collaboration, heures sombres qu’il faut stigmatiser sans faiblesse, il reste celui de la Révolution française, qui fut, comme le disait Hegel, un lever de soleil. »
Ouf, fausse alerte ! La crise de boboïte aïgue au sens archéologique du terme bobo (bolchévique-bonapartiste) n’était qu’une éruption cutanée, on est revenu illico presto à l’acception libérale-libertaire courante de la boboïtude. Si ça se trouve, cette trop brève incursion joffrinienne dans le camp social-républicain n’était qu’un leurre, une bête argutie stylistique destinée à mangouster l’adversaire. La suite nous prouvera que oui.

« Les républicains et la gauche dénoncent justement le poison mortel du nationalisme, qui porte la guerre et l’intolérance comme la nuée l’orage. Ils ne sauraient laisser la nation au Front national ou à l’UMP, qui s’en serviront contre elle, alors que la gauche en est, autant ou plus qu’eux, partie intégrante. »
Ah, « la nuée et l’orage »… ça faisait longtemps. Mais ça aurait pu être pire, on était à deux doigts du « ventre encore fécond »… Mais, trêve de plaisanterie, on va passer aux choses sérieuses.

« Le débat est d’autant plus légitime que la définition de l’identité nationale doit évidemment changer. Il y a sur ce point urgence conceptuelle. Depuis deux siècles, la France est terre d’immigration. Or on sait que l’assimilation longtemps pratiquée et qui exhale aujourd’hui des relents coloniaux, ne saurait servir de viatique pour le siècle nouveau, quoi qu’en dise une certaine gauche républicaine et scrogneugneu qui s’accroche à ce modèle vétuste comme à un canot percé et laisse du coup la droite mener la discussion.
Donc, premier enseignement, Joffrin ne cible pas la droite, mais la gauche. Enfin, une certaine gauche. La nôtre. Celle pour qui l’assimilation n’est pas un gros mot, mais un impératif catégorique, une machine à gagner ensemble. Qui pendant vingt siècles a fait tourner la boutique en fabriquant de bons Français à la chaîne, sans distinction de pedigree. En privilégiant le droit à la ressemblance à celui à la différence. Justement ce que Lolo trouve dégoûtant.

« Plus de 4 millions de citoyens d’origine étrangère, qui ne sont pas moins français que les autres, demandent à garder une part de leur identité traditionnelle. Au nom de quoi le leur interdirait-on ? La France future sera tissée, en même temps que de christianisme ou de laïcisme, de culture musulmane, d’esprit africain ou de tradition ultra-marine. Ces apports sont un enrichissement et non une menace. Se contenter de dénoncer la burka, ce qui peut certes se comprendre, c’est refuser de voir cette réalité nouvelle et à bien des égards positive. La dénonciation du communautarisme – fondée en théorie – finit par couvrir une forme d’allergie à la différence. La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage.
Roulement de tambours, on vient d’atteindre le climax de l’édito. En bon artisan, Joffrin vient de parachever le chef-d’œuvre de compagnon du Tour de néo-France. Tout y est. La mauvaise foi : « Au nom de quoi leur interdirait-on ? » L’amalgame : « Un enrichissement et non une menace ». La caricature : « L’allergie à la différence ». Et surtout Lolo fait massivement appel aux mots magiques de la France qui pense bien, ceux qui comptent triple au scrabble de l’éditorialiste : métissage, France plurielle, culture musulmane, Europe, bref tous les gadgets qui structurent l’arc idéologique de la modernitude, qui va d’Olivier Besancenot à Carla Bruni. Et comme nous sommes de très vilains enfants, nous voulions juste – en toute mauvaise foi, après tout pourquoi en laisserions-nous la jouissance à autrui – nous adresser à l’inconscient de Laurent qui, manifestement, a encore une fois débordé (remembre la « race juive »), cette fois, en accolant comme par malice le substantif « esprit » à l’adjectif « africain ». C’est bien connu, là-bas, au pays des esprits, c’est grigri, féticheurs et compagnie… Mais trêve de mauvaise psy, retournons à notre analyse.

« Encore faut-il rappeler les valeurs communes de la nation, au moment où une partie des citoyens voient leurs droits niés ou dépréciés par la relégation sociale. Elles ne sont ni ethniques, ni religieuses ni culturelles. Il n’y a pas d’essence nationale. Il y a une adhésion volontaire à des principes, qui sont ceux de la République et des droits de l’homme, comme le préconisait déjà Renan. C’est la volonté de vivre ensemble dans la coopération et la liberté qui définit la nation, et non un soi-disant fait de nature ou d’histoire, intangible et fermé. A condition, bien entendu, que ces principes deviennent réalité et que l’égalité des droits entre dans les faits pour les minorités victimes de discrimination. Renan disait aussi que la nation repose sur une histoire et une culture communes, établies par le temps. La chose est toujours vraie, à condition d’admettre que cet héritage puisse être enrichi, modifié, amendé par des apports nouveaux, et qu’il laisse leur place aux influences du grand large dans une nation à l’humeur résolument cosmopolite. Une nation nouvelle qu’une gauche tournée vers l’avenir devrait promouvoir sans complexes.
Evidemment, là, il faut remettre une couche de social, pour faire degauche. Pas de panique, on ne va pas tout de même pas embêter le lecteur en parlant de chômage, d’emplois précaires ou autres vieilleries conceptuelles. On va broder sur la nouvelle ligne de fracture, la discrimination. Chirac 1995 reloadé Sarkozy 2005, le tout remixé par DJ Derrida, bingo !

En conclusion, nous dirons que, si une fois de plus l’élève Joffrin est stylistiquement faiblichon (Lolo, nom de Dieu, vas-y mollo sur le dico des citaces !), il est politiquement efficace : il fait tout ce qu’il peut pour empêcher toute riposte organisée à Eric Besson. En ciblant uniquement ceux qui, à gauche, n’ont pas peur de s’écarter de la vulgate métisso-mondialisatrice, ceux pour qui ni la burqa ni même le voile ne sont solubles dans la République, ceux pour qui la sacro-sainte mixité ne s’arrête pas aux portes des piscines, bref ceux qui pouvaient rendre les coups à une UMP de plus en plus communautariste, il aura contribué au rétablissement d’une Sarkozie défaillante. Merci qui ?

Castrez-les tous !

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Castration : la partie est entre les mains du garde des Sceaux.
Castration : la partie est entre les mains du garde des Sceaux.

Le débat sur le sort à réserver aux criminels sexuels, et plus particulièrement aux récidivistes de la chose, est récurrent dans notre société, et ressurgit à chaque fois qu’un fait divers particulièrement horrible met le public en émoi.

L’affrontement des « laxistes » et des « répressifs » constitue le rituel agonistique d’une querelle où l’on fait assaut de mauvaise foi et d’arguments péremptoires sur le mode yaka et faucon.

Dans une société régie par le principe de précaution et l’impératif du risque zéro, il est impossible aux gouvernants de tenir un discours qui prendrait acte de l’impossibilité de prévenir totalement ce genre de drame. C’est pourtant le seul qui tiendrait compte de tout l’acquis scientifique rassemblé à ce jour sur la dangerosité potentielle des criminels sexuels répertoriés.

Du côté des « laxistes », ceux qui s’opposent au durcissement continu des peines infligées aux pédophiles, violeurs et incestueux, on tire argument que le taux de récidive des criminels sexuels relâchés après avoir purgé leur peine n’est que « de 1 à 2% ». En conséquence, il serait inhumain de faire payer à l’écrasante majorité des non-récidivistes les crimes de quelques individus dangereux et pervers. Comme on peut faire dire aux chiffres n’importe quoi, on va pêcher dans un amas de statistiques ceux qui conviennent le mieux à votre démonstration, en laissant soigneusement de côté d’autres plus dérangeants pour la thèse que l’on défend.

Ce taux extrêmement réduit de récidive des criminels sexuels est établi à partir de données policières et judiciaires sur les actes relevant de cette criminalité répertoriés sur le territoire. Il signifie seulement que 1 à 2% des crimes élucidés sont le fait de personnes ayant déjà été condamnées pour des faits semblables, et ayant recouvré la liberté. Cela exclut de la statistique toutes les affaires non signalées et non élucidées.

Si l’on essaie de fouiner un peu dans la littérature psychiatrique et criminologique relative à la question, on découvre que le taux de récidive de ce type de criminel est nettement plus élevé. Les études les plus récentes (la plupart effectuées dans les pays anglo-saxons, Etats-Unis, Angleterre et Canada) établissent un taux moyen de récidive entre 15 et 20 % avec des variations significatives selon les catégories de criminels. Les parents ou beaux-parents incestueux réitèrent beaucoup moins fréquemment leurs forfaits que les prédateurs sexuels extra-familiaux. Pour l’anecdote, les plus incorrigibles sont les exhibitionnistes, qui sont plus de 40% à persister à ouvrir leur imperméable à la sortie des écoles après avoir subi les foudres de la justice.

Le problème des récidivistes n’est donc pas marginal ou seulement surgi de la boite à outils populiste de quelques politiciens de droite et d’extrême droite.

D’autres études essaient d’établir une corrélation entre le suivi médico-social des criminels libérés et la récidive. La comparaison du comportement d’un groupe d’individus laissés à eux-mêmes à leur sortie de prison et d’un groupe pris en charge dans le cadre de thérapies comportementales et cognitives est peu concluante : certaines d’entre elles montrent une nette diminution de la récidive chez les seconds, d’autres, au contraire révèlent qu’une thérapie imposée aux sortants n’a aucun effet sur leur comportement ultérieur.

L’argument des « laxistes » consistant à affirmer qu’en y mettant les moyens, une prise en charge thérapeutique sérieuse au cours de la détention et à la sortie préviendrait de nouveaux drames n’est donc pas corroboré, loin s’en faut, par l’état actuel de nos connaissances.

En revanche, il existe une méthode, paraît-il assez fiable, d’établir un pronostic sur la potentialité de récidive des criminels sexuels, la pléthysmographie. Cela consiste à enregistrer les variations de volume du pénis du sujet lorsqu’il est soumis à des stimuli sexuels interdits au sens du code pénal (pédophilie, scènes de viols etc…).

Cette technique, largement pratiquée aux Etats-Unis, ne semble pas avoir traversé l’Atlantique…
Mais, même si l’on arrivait à prévoir avec un degré de fiabilité suffisant le comportement des condamnés ayant purgé leur peine, il resterait à décider ce que l’on en fait. Bouclage à vie ? Castration chimique ? Castration physique ? Tout cela n’est pas compatible avec l’idée que notre civilisation se fait de la morale et des droits de l’homme, et ne garantit même pas que ces individus ne trouveront pas d’autres moyens que l’usage de leur sexe pour assouvir leurs pulsions.

Et si l’on décidait, tout simplement, de faire avec ?

Joyandet remet en selle le Tour du Faso

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En ces temps de surenchère castratrice et de gadgetisation de l’identité nationale, c’est trop peu souvent que j’ai l’occasion de féliciter un membre du gouvernement. Et croyez-moi, je le regrette : après tout, moi aussi je paye des impots, et je serais bien content qu’il servent à autre chose qu’à gonfler, grâce à la TVA réduite, la marge brute de McDonald ou à faire prospérer la PME de sondages de Pierre Giacometti. Un grand bravo donc à Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, qui est intervenu personnellement en fin de semaine dernière auprès de l’AFD, l’Agence Française de Développement, pour que le Tour du Faso, en proie au pires difficultés financières, puisse se tenir cette année, grâce à un chèque de 115 000 Euros, qui a permis de boucler le budget, ou plutôt de budgétiser la Boucle. Vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole, mais ce Tour-là, qui se court cette semaine au Burkina, est une des plus belles épreuves cyclistes du monde. Un Tour à la dure, sans aucune concession au XXIème siècle où les cadors réparent eux-mêmes leurs vélos au bord des pistes et dorment chaque nuit à la belle étoile. Vous pouvez d’ailleurs vous faire une idée par vous-même en regardant le résumé quotidien tous les soirs sur TV5 Monde, qu’on félicitera donc aussi au passage.

Un charter, pour quoi faire ?

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avion

« Charter pour la guerre. » Ils ont dû être contents, à Libé, d’avoir trouvé ce titre. En quatre mots tout est dit. Leur fragilité et notre inhumanité. On les imagine, des centaines de malheureux jetés sans ménagement dans le pays embrasé auquel ils avaient réussi à échapper au péril de leur vie. On aimerait connaître les bureaucrates insensibles ou les juges au cœur dur qui ont pris cette décision. On veut être du côté de la générosité, avec Philippe Lioret, réalisateur de Welcome, promu expert es sans-papiers, ce qui serait rigolo si le sujet était un peu moins lourd. À ce compte-là, on fera bientôt témoigner Al Pacino aux procès de la mafia et Christian Clavier écrira une thèse sur le Moyen Âge.

On n’a guère envie d’ironiser, même si toute la presse évoque un « charter » pour trois hommes (il semble qu’il y avait pas mal de journalistes dans ce charter-là). Parce que trois hommes, c’est trois hommes et que leur « rapatriement forcé » – terme propre destiné à noyer le poisson de l’expulsion – décrit précisément le fossé tragique qui sépare la politique de l’humanitaire, la raison d’Etat des droits de l’individu et la gestion technocratique de la compassion humaine. Il n’y a pas, en politique, une main invisible qui réconcilie le bien commun et la vie des gens. Que l’immigration clandestine soit difficilement supportable pour les heureux habitants du monde développé ne change rien au fait qu’elle est pour un très grand nombre d’êtres humains une nécessité vitale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle « l’infraction à la législation sur les étrangers » n’est pas un délit comme un autre : sur le plan moral, on admet parfaitement que le délinquant transgresse la loi. En conséquence, notre cerveau droit peut approuver une décision raisonnable et notre cerveau gauche saigner pour le sort de ceux qui jouent le rôle des œufs dans l’omelette indigeste qu’est la politique migratoire (c’est peut-être le contraire, j’oublie toujours). Encore faut-il accepter de mobiliser l’un et l’autre.

Si on adopte le seul point de vue des trois Afghans renvoyés chez eux, on ne peut que se désoler. Or, c’est celui que les médias, producteurs d’émotion à jets continus, font naturellement prévaloir. Une décision politique, ça ne fait pas une bonne histoire. Dans le village planétaire, la raison collective est priée de s’incliner devant le malheur individuel. Ces hommes, nous connaissons leurs visages, nous les avons vus pleurer. Nous avons lu dans leurs yeux le désespoir de ceux qui ne peuvent plus rêver d’un avenir meilleur. Leur souffrance est la nôtre. Nous avons entendu la gauche s’indigner en boucle et un responsable associatif nous expliquer qu’ils n’auraient d’autre choix que « de se faire mutiler ou enrôler par les Talibans ». Nous avons été un peu soulagés de savoir que l’ambassade de France les avait pris en charge. Reste que nous nous sentons coupables et comptables de l’injustice qui les a fait naître dans un pays qui a raté l’entrée dans la modernité sans parvenir à se faire oublier de l’Histoire.

Face à ces existences détruites, les arguments d’Eric Besson (qui sont, peu ou prou, ceux de tout ministre en charge, de droite ou de gauche, sur l’immigration clandestine) sont glacés, à côté de la plaque. Le ministre de l’Immigration et du Reste est inaudible quand il affirme que les trois expulsés avaient épuisé toutes les voies de recours (ce qui signifie notamment qu’ils n’avaient pas demandé l’asile en France ou que ce statut leur a été régulièrement refusé). On ne l’écoute pas plus quand il explique que le fait de venir d’un pays en guerre ne vaut pas titre de séjour. D’accord, c’est triste. On a le droit de récuser cette proposition et de refuser les expulsions mais alors, il faut être cohérent et décréter que la France est un droit pour tous les ressortissants de tous les pays en guerre. Oui, nous serions fiers si notre pays accueillait toute la misère du monde tout en intégrant au roman républicain tous ceux qui se trouvent régulièrement sur son sol. Pour autant, sommes-nous prêts à manifester pour une augmentation massive des impôts ? Il convient aussi de demander à tous les Français de se porter volontaires pour que leur ville ou leur quartier abrite les prochaines « jungles » – il est à craindre que les habitants de Calais et ceux du Xe arrondissement de Paris ne soient guère enthousiastes mais sans doute sont-ils lepénistes. (Du reste, à en croire l’inévitable sondage CSA-Le Parisien, l’opinion est plutôt partagée sur le sujet, 44 % des sondés se déclarant opposés au renvoi tandis que 36 % s’y disent favorables.)

On dit, pour le dénoncer avec force, que cette expulsion est un « coup » politique. Certes, mais est-il condamnable en soi de faire de la politique ? Oui, il s’agit bien d’adresser un message à tous les candidats potentiels à l’immigration, de leur faire savoir que s’ils décident quand même de tenter l’aventure ils courent le risque de perdre beaucoup de temps, d’argent, d’énergie et d’espoir pour se retrouver à la case départ. En vrai, c’est un tout petit signal et il est possible que beaucoup d’Afghans tirent de la mésaventure de leurs compatriotes l’idée qu’ils pourront passer à travers les mailles du filet – trois expulsés pour combien qui ont réussi ? Seulement, ce n’est pas l’efficacité de la politique migratoire du gouvernement qui est contestée mais, comme toujours, son existence même. Il est tout de même curieux que toute la presse pousse des cris d’orfraie parce qu’un ministre propose un débat sur le thème « Qu’est-ce qu’être français ? ». Comme si la question était dénuée d’intérêt voire moralement indigne. Peut-être que pour nos belles âmes, poser la question, c’est déjà y répondre. En clair, Eric Besson a forcément derrière la tête l’idée qu’être français, c’est être blanc (si c’était aussi simple, on n’aurait sans doute pas besoin de se poser la question).

Un débat, et puis quoi encore ? Les mecs de droite, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Pour ma part, je trouve que dans la confusion ambiante, la question vaut d’être posée mais c’est sans doute la preuve que, moi aussi, je suis de droite.

La politique consiste à concilier le bien commun et celui de chacun, parfois à sacrifier celui-ci à celui-là. En matière d’immigration, c’est le prix à payer pour ne pas mettre un peu plus en danger la cohésion nationale. Pour autant, on a le droit de s’attrister. Et l’indifférence britannique aux expulsions (qui ne concernent pas, là-bas, trois personnes mais plusieurs dizaines et plusieurs fois par an) n’est pas plus sympathique que le sentimentalisme qui, chez nous, tient lieu de toute réflexion. On apprend en effet dans un excellent sujet diffusé au « 20 heures » de France 2 le 21 octobre que la presse anglaise n’a pas consacré une ligne à la question.

François Fillon estime que la France n’a pas à se sentir coupable. Il me semble qu’il a un peu tort. La culpabilité qu’on éprouve quand on fait du mal, même si on n’a pas d’autre choix, fait partie de notre humanité. Avoir des états d’âme peut être inutile, parfois dangereux, mais c’est la preuve qu’on a une âme.

Autocritique

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evolution

Le pire, quand on a écrit un bouquin, c’est les questions débiles auxquelles il faut répondre, genre : « Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? » ou, pire encore : « Pourquoi ce livre ? Et pourquoi vous ? »

La première réponse qui me vienne à l’esprit tient tout entière dans ce mot d’Oscar Wilde : « Tout ce qui vous arrive vous ressemble ! ». Et avec tout ce qui m’est arrivé sans me vanter, je pourrais en remontrer à n’importe qui question inculture générale.

Lorsque j’étais étudiant, il me fallait bien gagner un peu d’argent ; et comme à l’époque l’EPAD n’existait pas encore, eh bien je donnais des cours particuliers.

Mais mes besoins financiers ne cessaient d’augmenter, à tel point que j’ai finalement été contraint d’enseigner aussi des matières que je n’avais jamais apprises, comme par exemple l’allemand.

Bien sûr, je m’étais fixé quelques règles déontologiques de base. Je n’acceptais comme élèves que des débutants de 6ème, et jamais plus intelligents que moi.

Dans ces conditions, ça ne pouvait que marcher ; même les parents s’extasiaient sur cette pédagogie subtile : se mettre au niveau de l’élève, pour mieux l’accompagner dans sa découverte de la langue de Goethe et de Tokio Hotel.

Un peu plus tard, j’ai décroché mon premier vrai boulot : professeur d’histoire-géographie dans une école d’électronique.

L’histoire était pourtant la seule matière où je n’avais pas eu la moyenne au bac, et pour cause : j’avais fait l’impasse sur la Révolution française !

Mais il y a des grâces d’Etat : dans cette école d’électronique, l’histoire-géo ne comptait pas pour passer dans la classe supérieure, et mes élèves n’ont pas tardé à me le faire savoir par tous moyens. Bref, ils s’en foutaient, mais pas autant que moi – et sur ces bases on n’a pas eu trop de mal à s’entendre.

Et puis j’ai fait mes premières armes en tant que nègre d’hommes politiques avec le regretté Raymond Barre. En ce temps-là, Raymond était Premier ministre, et il devait prendre la parole dans, je cite, « un grand meeting des Jeunes Centristes ». J’ai tout de suite senti qu’il y avait un loup.

En fait, ces gens-là ne se faisaient guère d’illusion sur leurs capacités de mobilisation : dans toute la France, ils avaient affrété des cars pour faire monter des jeunes à Paris, en leur promettant un bon repas chaud et un concert gratuit de Chuck Berry !

Mais là encore, problème d’inculture : Raymond n’avait jamais entendu parler de Chuck ! On a eu beau essayer de le raisonner, rien à faire… Pas question pour lui de se produire en première partie : Raymond voulait la vedette !

Alors, ce qui devait arriver arriva. Après le set de Chuck Berry, les gradins se sont vidés en moins de temps qu’il ne faut pour chanter « Johnny B. Goode ». Et c’est devant une salle aux trois quarts vide que Barre a lancé son Appel à la jeunesse de France.

Puisque j’en suis aux révélations, allons-y ! Au fil de ma carrière, peu de gens le savent, j’ai aussi été amené à travailler, entre autres, pour un certain Charles P… au ministère de l’I…

Là-bas, il arrivait parfois qu’on me cherche – notamment le matin. Ma secrétaire avait alors pour consigne de répondre que j’étais à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, en train de ciseler un discours pour le ministre. En fait bien sûr je dormais profondément, après une dure nuit de sociologie du nightclubbing.

C’est de cette riche expérience en matière d’inculture générale que j’ai souhaité faire profiter aujourd’hui mes contemporains. Une démarche humaniste au sens plein du terme, puisqu’elle n’a d’autre but que l’élévation de l’homme.

Elévation spirituelle bien sûr, comme l’ensemble de mon œuvre. Mais élévation sociale aussi : grâce à ce petit livre vert, plus jamais vous n’aurez l’air ridicule en société. « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », disait Édouard Herriot. Eh bien, avec moi, vous pourrez faire mine d’avoir oublié tout ce qu’en fait vous n’avez jamais su !

Manuel d'inculture générale

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Causeur mis en boite!

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Nous commençons à boucler le numéro de novembre et c’est le moment de vous rappeler que primo, Causeur n’est pas seulement un excellent site internet, mais aussi un mensuel imprimé comme dans le monde d’avant et que, secundo, vous aussi pouvez le recevoir tous les mois dans votre boîte aux lettres, si vous en avez une, et si vous vous abonnez, ce que vous pouvez faire illico du bout du doigt. Sinon, vous pouvez aussi acheter Causeur au numéro en cliquant ici. Ceux qui préfèrent toucher la marchandise avant de passer à la caisse sont cordialement invités à le faire à la librairie Kléber à Strasbourg ou au Seuil du Jardin chez l’excellent Michel Kessler à Metz. Je n’ai rien oublié ? Et bien alors, tout va bien, je peux signer et aller regarder le match.

Féminisme anti-fromager

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Fourme de Cantal

L’ami blogueur Max-la-Terreur au détour d’un article m’a appris l’existence du dernier communiqué des fameuses Chiennes de garde. On se souvient qu’il y a quelques années, une crème[1. Alimentaire. Pas une crème de beauté.] avait fait l’objet d’une protestation vigoureuse de la part de la même association, toujours prête à traquer la publicité sexiste. Il me semble qu’on y vantait sur des affiches et dans des spots la possibilité de la battre, de la fouetter et de la passer à la casserole. Les chiennes de garde, Isabelle Alonso en tête, avaient fustigé la pub, laquelle pouvait banaliser la violence conjugale. Cette dernière, nous ne le nions pas, fait des victimes chaque année au point qu’une femme meurt tous les deux jours des coups de son compagnon.

Déjà à l’époque, j’avais trouvé que l’association féministe pouvait avoir un léger problème avec le second degré. On ne voit pas en quoi un homme pourrait être incité par cette publicité à frapper sa compagne. Cette violence conjugale semble davantage provoquée par l’alcoolisme ou les gros connards, et assez souvent les deux à la fois. On m’objectera que les mots « battre » et « fouetter » peuvent tout de même prêter à confusion. Admettons.

Mais pour les spots du Comité interprofessionnel du Cantal, rien ne prête à confusion. Les situations – abandonner Chantal au bord de la route, lui dire non devant monsieur le maire, ou se désolidariser d’elle dans une escalade, parce qu’elle a, à chaque fois, oublié le Cantal – sont volontairement irréalistes. Le second degré, l’humour, c’est marqué dessus, comme pour un autre fromage. Je me souviens d’avoir été agoni d’injures lorsque j’avais commis au mois de janvier dernier un texte, très second degré aussi, sur la fille de Rachida Dati. Et je m’étais aperçu alors combien certaines féministes pouvaient manquer d’humour en certaines occasions. Avec cette histoire de fromage du Cantal, qu’elles appellent d’ailleurs à boycotter, on atteint des sommets assurément plus hauts que ceux du Massif Central.

À quand l’interdiction totale, sous peine de tribunal correctionnel, des blagues sur les blondes[2. Ces histoires, qui viennent du Québec, concernent toutes les femmes. Au pays de Gilles Vigneault, une “blonde”, c’est une femme, quelle que soit sa couleur de cheveux.] ? Peut-on continuer à tolérer des titres de journaux ainsi écrits les lendemains d’élections : « 3e circonscription du Loir-et-Cher : Gisèle Dugenou battue » ? Les publicités pour les sites sado-masochistes ont-elles encore leur place dans les journaux de petites annonces ? Si on n’a plus le droit de plaisanter sur tel ou tel sujet à partir du moment où existent des victimes, si on ne peut plus citer certains mots quel que soit le contexte, on n’a pas fini. J’ai revu récemment Le dîner de cons[3. Au passage, ce film ne respecte guère la parité puisque tous les cons sont des hommes. Très sexiste, ce film.] et je connais des amateurs de boomerangs et de maquettes qui auraient pu, à bon droit, faire interdire le film ou demander des dommages et intérêts pour être ainsi honteusement stigmatisés.

En mesure de rétorsion contre les chiennes de garde qui, je le sais, ne représentent qu’une minorité de femmes non dotées d’humour et de recul, j’incite tous mes lectrices et lecteurs à consommer sans modération ce produit du terroir fort excellent que constitue le fromage du Cantal.

Castration : on n’y coupera pas

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Triste suite française que celle que nous venons de vivre avec son lot d’intensités et ressacs, qui, de Polanski à Frédéric Mitterrand en passant par Jean Sarkozy, égrène ses séquences sulfureuses pour s’achever – juste avant l’hymne à la castration physique de Mme Alliot-Marie par la béatification de Dame Royal, sacre télévisuel de la vacuité.

Le lien entre ces deux séquences mettant en jeu deux femmes politiques d’envergure, a été peu perçu par les commentateurs.

Il est vrai qu’il est difficile, a priori, d’associer ces deux estimables figures de la vie politique française tant leurs styles divergent.

L’une confesse un féminisme provincial relooké en un singulier composé de mère courage et de grande prêtresse glamour. L’autre qui se fait appeler Madame le Ministre et arbore de sages tailleurs s’est imposée comme un pur chef d’œuvre de rectitude dépouillée et de sens du labeur et semble peu encline aux illuminations ou aux débordements extatiques, contrairement à sa consœur poitevine qui allie à une sophistication chichiteuse un talent de prédicatrice ambulante assez proche de celui des télévangélistes étatsuniens.

Et pourtant, l’une et l’autre ont en commun, quoique de manière fort différente de raviver en nous l’angoisse de la castration, l’une de manière métaphorique, l’autre-fidèle à son style de façon beaucoup plus cash, voire dans le cas qui nous (pré)-occupe nettement trash.

Revêtue de sa tenue de lin d’une blancheur immaculée, la reine thaumaturge du Poitou semble en, effet toujours prompte à en découdre avec la rouerie et la perversité – attributs d’une vile masculinité assujettie aux caprices de la pulsion et de la cupidité et à porter ainsi l’ultime estocade au politique au nom de la supériorité d’une morale résolument sexuée.

Ségolène surgit tel un agent purificateur très concentré qui nous lave des péchés d’une masculinité cynique et dominatrice.

Armée d’un sourire immuable, nous l’avons vu se faire l’exégète de ses propres gloires et de ses déconvenues avec cette pudeur de femme blessée dans sa vie de couple, bafouée dans sa vie publique par des hiérarques socialistes ventripotents et infidèles, mauvais pères et mauvais maris.

Bravoure d’une féminitude mère de toutes les rébellions.

Cette fièvre éradicatrice doit être rapprochée des propos ébouriffants récemment tenus par Mme le Garde des Sceaux, considérant dans un entretien au Figaro Magazine, que la castration physique, « ablation des testicules par chirurgie » courtoisement réclamée en ces termes cliniques au président de la République pour lui-même par le pédophile Francis Evrard, « peut se poser et être débattue, y compris au Parlement ».

N’est-ce pas là le point d’orgue de la séquence ? Si le pervers ou cliniquement supposé tel – qui, dans le cas présent, serait atteint de troubles de l’érection, le conduisant à violer ses victimes à l’aide d’objets de substitution – fait la demande d’une castration réelle, il conviendrait que le souverain songe à lui donner satisfaction. Si la loi de la castration n’a pas été symbolisée, si s’est opéré ce que Freud appelait la Verleugnung, le démenti ou désaveu de la castration, qu’Octave Mannoni a explicité sous la formule « je sais bien, mais quand même », Michèle Alliot-Marie nous invite sans délai à convoquer ladite castration dans le réel. Le garde des Sceaux prend ainsi la demande de castration physique, adressée par le titulaire de la supposée perversion à une version du Père – pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du présidentiel destinataire de la missive – au pied de la lettre.

Or, ce que nous savons du pervers, outre que le mécanisme fondateur de l’inconscient est pour lui la dénégation qui commande et maintient le refoulement, c’est qu’à la différence du psychotique, il reconnaît parfaitement le Père en tant qu’instance symbolique, dépositaire en titre de la loi.

C’est dans l’ordre du réel que le pervers destitue le père. Exilé par le discours maternel, celui-ci est un monarque tenu en échec dans son propre palais, d’où une destitution de l’interdit ramené à une convention de façade. Ce qu’entend démontrer le pervers, ce n’est pas seulement l’existence der la jouissance, c’est sa prédominance sur le désir.

Si le pervers met la loi des hommes au défi, c’est au nom d’une autre loi bien plus tyrannique que celle de la société, une loi par essence non-humaine puisqu’elle prescrit l’obligation de jouir.

Nul doute qu’un passage à l’acte aussi tranchant en réponse à la demande complexe énoncée par M. Francis Evrard consacrerait la défaite du symbolique en rase campagne. Si l’auteur de la requête n’est pas psychotique, cette sorte d’acquiescement du Garde des Sceaux à l’idée d’une possible castration physique ne peut qu’avoir pour lui un effet de jouissance non négligeable.

Lacan nous a posé la loi comme ce qui barre la jouissance incestueuse et permet l’instauration du désir.

Il a défini le phallus comme signifiant d’une jouissance mythique impossible et d’une loi qui en interdit l’accès y inscrivant une perte.

Même si le complexe de castration évoque l’idée d’une mutilation ou d’une menace liée à la découverte de la différence anatomique des sexes, il doit d’abord être entendu comme une limite imposée par la société à la jouissance de l’individu. Et c’est parce que la jouissance absolue est impossible, que toute satisfaction laisse un manque-à-jouir, qu’il y aura là un espace possible pour le désir.

Digression lacanienne ? Ca vous paraît jargonnant, daté, ésotérique. Peut-être, mais faites un effort.

Je résume. La castration correspond au renoncement du sujet à s’assurer en l’Autre la garantie d’une jouissance, car celle-ci est réservée au père, en raison de sa préséance symbolique auprès de la mère. C’est pourquoi le père symbolique est réputé être l’agent de la castration dont l’objet serait le phallus imaginaire. En clair, la castration, c’est du symbolique, et ça doit le rester. Si elle fait irruption dans le réel, sachez qu’on entre dans la psychose. Et c’est grave, surtout quand celle qui sonne le clairon délirant en proposant d’inscrire à l’agenda de la nation la pulpectomie testiculaire est supposée soutenir la fonction symbolique, en sa qualité de Garde des Sceaux – gardienne des symboles vous entendez !

En France, donc, on ne couperait plus les têtes, mais on pourrait délester le pervers, à sa « demande », de ses attributs, – ce qui dénote convenons-en un louable sens du service public – tout en continuant à condamner pénalement l’excision. À ce point d’affolement, de déraison, le retour au symbolique s’impose et d’urgence, un article 16 devrait être invoqué, afin de former sans tarder un comité de salut psychique. Car là, il y a vraiment malaise dans la civilisation, et si le Garde des Sceaux fait défaut, il convient de recruter en urgence un garde-fou.

Digression dites-vous. Oui, mille fois oui, mais reconnaissez chers causeuses et causeurs, que c’est une digression qui s’impose, après cette folle semaine qui s’achève de la pire des manières.

Peut-on critiquer la critique des médias ?

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D’habitude, quand on manque à la solidarité professionnelle entre journalistes (bien connue de tous ceux qui fréquentent les rédactions concrètes), on est au mieux caricaturé, le plus souvent purement et simplement ignoré. La « critique des médias », ce truc de procureurs et de gens qui crachent dans la soupe, a mauvaise réputation dans les médias. Il est rarissime que les gens concernés y répondent et plus rare encore qu’un média fasse état de celles qui lui sont adressées. J’avoue donc avoir été déçue en bien comme on dit en Suisse par Jean-Michel Aphatie[1. Un commentateur me dit que c’est raciste de l’appeler éditorialiste-cassoulet. Franchement, c’était plutôt affectueux et j’espère qu’il ne l’a pas pris autrement. J’adore son accent…et le cassoulet !] qui m’a répondu (pas mal d’ailleurs) en direct sur RTL avant de le faire sur son blog, puis par Bruno Duvic qui a cité jeudi dans sa revue de presse sur France Inter mon article sur « l’affaire Lefebvre ». Que l’un et l’autre en soient remerciés – rien n’est plus agréable que le désaccord intelligent. Duvic, cependant, remarque que France Inter « en prend plein la figure ». C’est un peu exagéré, cher confrère. Il est vrai que je cite très souvent France Inter et qu’elle m’énerve souvent, mais c’est pas de ma faute : le matin, je n’écoute que ça. C’est ma dose d’adrénaline.

Le coup de vice électoral de Sarkozy

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sarkozy

À première vue, la réforme des collectivités territoriales présentée en cette fin octobre par Nicolas Sarkozy semble frappée au coin du bon sens : pour la première fois depuis la création de la Ve République, on essaie de mettre un peu d’ordre et de rationalité dans l’empilement séculaire des structures de la démocratie locale. Communes, intercommunalités, cantons, communautés urbaines, départements, régions, tout cela avait un urgent besoin d’être simplifié et adapté à l’évolution démographique et sociologique de notre beau pays.

La méthode pour faire avancer le schmilblick était aussi respectable qu’habile : on envoie tout d’abord un chevau-léger, en l’occurrence Jacques Attali, à l’assaut des conservatismes provinciaux. L’ancien conseiller de François Mitterrand, missionné par l’Elysée pour imaginer des réformes permettant de relancer la croissance économique, propose, entre autres, la suppression des départements.

Tollé dans les campagnes, car ce rejeton administratif de la Révolution française est plutôt aimé par le peuple, surtout celui qui vit hors des grandes villes, comme on a pu le constater lors de la modification des immatriculations des automobiles. Le conseiller général est un élu de proximité, qui cajole les petits maires et pratique la bobologie sociale avec les électeurs de son canton.

Pour calmer le jeu, on réunit une commission de « sages », présidée par Edouard Balladur, à laquelle participent d’éminents membres de l’opposition socialiste, Pierre Mauroy et André Vallini. Ses travaux aboutissent à la formulation de vingt propositions dont les plus importantes – suppression de la taxe professionnelle et création de « conseillers territoriaux » remplaçant les actuels conseillers régionaux et généraux pour siéger tout à la fois à l’assemblée départementale et régionale – sont reprises par Nicolas Sarkozy. C’est la « fusion douce » des départements et des régions.

Présentée ainsi, et moyennant quelques ajustements pour amadouer les sénateurs et les notables locaux, cette réforme aurait pu faire l’objet d’un consensus dépassant les clivages politiques, car elle répond aux préoccupations des élus locaux de toutes tendances. Elle pourrait mettre fin à l’enchevêtrement des structures, aux conflits de compétences et aux coûts inutiles engendrés par la multiplication des syndicats intercommunaux et de leurs exécutifs pléthoriques.

Mais on l’aura peut-être déjà remarqué, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme qui recherche systématiquement l’harmonie générale, dans une République apaisée où les décisions importantes pour l’avenir de la nation sont élaborées dans un esprit de coopération avec ceux qui pensent autrement.

Il a donc fallu qu’il introduise dans la belle construction signée Balladur et Mauroy un élément qui déclenche une castagne de grande ampleur avec les socialistes : l’élection au scrutin uninominal à un tour, en 2014, de 80 % des conseillers territoriaux, les 20 % restants étant élus au scrutin de liste départemental.

Et alors, qu’est ce que ça change ? Eh bien, beaucoup de choses, car ce mode de scrutin, qui est celui des élections législatives au Royaume Uni, assure l’élection dès le premier tour du candidat ayant obtenu le plus de voix dans sa circonscription, même s’il n’a pas atteint la majorité absolue. Il favorise donc la famille politique qui est parvenue à rassembler au sein d’un même parti le plus large éventail des sensibilités existant en son sein. Le système « au premier tour on se compte, au second on se rassemble », alpha et oméga de la stratégie politique hexagonale, est balayé. C’est avant les élections qu’il faut se rassembler et non pas dans de chaleureuses retrouvailles d’entre deux tours. Dans la conjoncture politique actuelle, ce mode de scrutin favorise indubitablement la droite de gouvernement. Nicolas Sarkozy a rassemblé presque toute la droite au sein de l’UMP ou dans son orbite, alors que la gauche a beaucoup plus de mal à réunir toutes ses composantes dans un cartel électoral, surtout depuis la montée en puissance des Verts. De plus, la réduction de moitié des élus locaux provoque un assèchement notable du vivier où le PS recrute une bonne partie de ses militants…

Le coup tactique est habile, mais est-il pour autant de nature à purifier les mœurs politiques de notre pays, où le fair-play est encore insuffisamment pratiqué, comme on a pu le constater à l’occasion du procès Clearstream ? Ce mode de scrutin fonctionne à la satisfaction des Britanniques, car le bipartisme est profondément ancré dans le pays depuis très longtemps : conservateurs et travaillistes rassemblent au sein de leurs formations respectives toutes les nuances de la droite et de la gauche.

Il suppose aussi que le combat électoral se fasse à la loyale, sans manœuvres ni coup tordus : ce n’est pas en Angleterre que l’on verrait, par exemple, les conservateurs susciter en sous-main un candidat prétendument de gauche pour piquer des voix aux travaillistes, ou vice-versa. En revanche, pour qui connait un peu les pratiques politiques de notre belle démocratie, il n’est pas exclu que de subtils marchandages, manœuvres de coulisses, passages de rhubarbe et de séné viennent donner à ces élections un délicieux fumet de magouille généralisée.

Le bipartisme n’est pas dans les gènes des Français, pas plus à droite qu’à gauche. Dans la période que nous vivons, la gauche apparaît plus fractionnée qu’une droite tenue d’une main ferme à partir de l’Elysée. Mais, comme dirait Claude François, « ça s’en va et ça revient… », et il n’est pas sûr que le coup de vice électoral de Nicolas Sarkozy ne lui revienne pas, un jour, dans les gencives.

Identité nationale, Joffrin accepte de débattre

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Laurent Joffrin pensée unique réac
Laurent Joffrin, un éditorialiste ouvert au débat.
Laurent Joffrin, un éditorialiste ouvert au débat.

On se souvient. On devait avoir vaguement 17 ans et, pour avoir le bac, il fallait être capable de faire un commentaire composé qui tienne vaguement la route. Manifestement, aujourd’hui, pour sembler être de gauche à propos de l’identité nationale, il faut être capable de ficeler un devoir sur table avec un certain nombre de mots-clés (mixité, mélange, métissage, etc.). À ce petit exercice, Laurent Joffrin excelle, comme il vient de nous le prouver dans son édito de Libération de ce mardi. Du coup, lecteur, au titre de la légitime défense, nous reprenons, nous aussi, nos talents de commentateurs composés pour te désosser la bête. Histoire que tu ne sois pas surpris si, demain, à table, tu te fais traiter de gauche scrogneugneu.

Principe : on prend l’édito tel quel et on fait les commentaires fielleux au fur et à mesure. On précise pour les mauvais coucheurs : rien n’a été rajouté dans la prose joffrinienne ; pas besoin, elle tient debout toute seule…

« Un débat sur l’identité nationale… Et pourquoi pas ? On comprend que l’opposition dénonce, dans la proposition d’Eric Besson, un calcul électoral destiné à siphonner les voix du FN, autant qu’une conception méfiante et essentiellement défensive de la nation, qui serait menacée par l’immigration, comme l’indique l’intitulé même de son ministère. Mais précisément : plutôt que de traiter la discussion par le sarcasme ou le rejet de principe, ne faut-il pas opposer à cette craintive attitude qui débouche, entre autres, sur le renvoi de trois réfugiés afghans dans leur pays en guerre, une autre conception, ouverte, évolutive et généreuse ?
On passera sur l’amorce de l’édito, le « et pourquoi pas » qui montre que Joffrin tout de gauche qu’il est, n’a pas froid aux yeux, lui, contrairement ces affreux socialo-communistes qui sont habités par une « craintive attitude ». La Nation, lui, il en fait son affaire.

« Il est passé le temps où un soixante-huitardisme mal compris faisait de la nation, vocable projeté sur la scène de l’histoire à Valmy, un mot plus ou moins obscène. Ce qui est national n’est pas nécessairement louche, intolérant ou vichyste. Cette «reductio ad petainum» paralyse la réflexion. Faut-il jeter aux orties Hoche, Lamartine, Jaurès ou Jean Moulin, coupables de défendre le drapeau, c’est-à-dire la République ? »
Miracle rue Béranger : à ce stade du texte, Laurent Joffrin est soudain devenu chevènementiste ! Et si ça se trouve, plus que Jean-Pierre lui-même, comme le prouve la suite.

« Ou encore la Commune, insurrection patriote autant que sociale, noyée dans le sang par une bourgeoisie empressée de se rendre pour massacrer à loisir la classe ouvrière, comme d’autres préféraient Hitler au Front populaire ? Après tout, il y a aussi du rouge dans le drapeau tricolore et s’il a couvert les crimes de la colonisation ou de la collaboration, heures sombres qu’il faut stigmatiser sans faiblesse, il reste celui de la Révolution française, qui fut, comme le disait Hegel, un lever de soleil. »
Ouf, fausse alerte ! La crise de boboïte aïgue au sens archéologique du terme bobo (bolchévique-bonapartiste) n’était qu’une éruption cutanée, on est revenu illico presto à l’acception libérale-libertaire courante de la boboïtude. Si ça se trouve, cette trop brève incursion joffrinienne dans le camp social-républicain n’était qu’un leurre, une bête argutie stylistique destinée à mangouster l’adversaire. La suite nous prouvera que oui.

« Les républicains et la gauche dénoncent justement le poison mortel du nationalisme, qui porte la guerre et l’intolérance comme la nuée l’orage. Ils ne sauraient laisser la nation au Front national ou à l’UMP, qui s’en serviront contre elle, alors que la gauche en est, autant ou plus qu’eux, partie intégrante. »
Ah, « la nuée et l’orage »… ça faisait longtemps. Mais ça aurait pu être pire, on était à deux doigts du « ventre encore fécond »… Mais, trêve de plaisanterie, on va passer aux choses sérieuses.

« Le débat est d’autant plus légitime que la définition de l’identité nationale doit évidemment changer. Il y a sur ce point urgence conceptuelle. Depuis deux siècles, la France est terre d’immigration. Or on sait que l’assimilation longtemps pratiquée et qui exhale aujourd’hui des relents coloniaux, ne saurait servir de viatique pour le siècle nouveau, quoi qu’en dise une certaine gauche républicaine et scrogneugneu qui s’accroche à ce modèle vétuste comme à un canot percé et laisse du coup la droite mener la discussion.
Donc, premier enseignement, Joffrin ne cible pas la droite, mais la gauche. Enfin, une certaine gauche. La nôtre. Celle pour qui l’assimilation n’est pas un gros mot, mais un impératif catégorique, une machine à gagner ensemble. Qui pendant vingt siècles a fait tourner la boutique en fabriquant de bons Français à la chaîne, sans distinction de pedigree. En privilégiant le droit à la ressemblance à celui à la différence. Justement ce que Lolo trouve dégoûtant.

« Plus de 4 millions de citoyens d’origine étrangère, qui ne sont pas moins français que les autres, demandent à garder une part de leur identité traditionnelle. Au nom de quoi le leur interdirait-on ? La France future sera tissée, en même temps que de christianisme ou de laïcisme, de culture musulmane, d’esprit africain ou de tradition ultra-marine. Ces apports sont un enrichissement et non une menace. Se contenter de dénoncer la burka, ce qui peut certes se comprendre, c’est refuser de voir cette réalité nouvelle et à bien des égards positive. La dénonciation du communautarisme – fondée en théorie – finit par couvrir une forme d’allergie à la différence. La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage.
Roulement de tambours, on vient d’atteindre le climax de l’édito. En bon artisan, Joffrin vient de parachever le chef-d’œuvre de compagnon du Tour de néo-France. Tout y est. La mauvaise foi : « Au nom de quoi leur interdirait-on ? » L’amalgame : « Un enrichissement et non une menace ». La caricature : « L’allergie à la différence ». Et surtout Lolo fait massivement appel aux mots magiques de la France qui pense bien, ceux qui comptent triple au scrabble de l’éditorialiste : métissage, France plurielle, culture musulmane, Europe, bref tous les gadgets qui structurent l’arc idéologique de la modernitude, qui va d’Olivier Besancenot à Carla Bruni. Et comme nous sommes de très vilains enfants, nous voulions juste – en toute mauvaise foi, après tout pourquoi en laisserions-nous la jouissance à autrui – nous adresser à l’inconscient de Laurent qui, manifestement, a encore une fois débordé (remembre la « race juive »), cette fois, en accolant comme par malice le substantif « esprit » à l’adjectif « africain ». C’est bien connu, là-bas, au pays des esprits, c’est grigri, féticheurs et compagnie… Mais trêve de mauvaise psy, retournons à notre analyse.

« Encore faut-il rappeler les valeurs communes de la nation, au moment où une partie des citoyens voient leurs droits niés ou dépréciés par la relégation sociale. Elles ne sont ni ethniques, ni religieuses ni culturelles. Il n’y a pas d’essence nationale. Il y a une adhésion volontaire à des principes, qui sont ceux de la République et des droits de l’homme, comme le préconisait déjà Renan. C’est la volonté de vivre ensemble dans la coopération et la liberté qui définit la nation, et non un soi-disant fait de nature ou d’histoire, intangible et fermé. A condition, bien entendu, que ces principes deviennent réalité et que l’égalité des droits entre dans les faits pour les minorités victimes de discrimination. Renan disait aussi que la nation repose sur une histoire et une culture communes, établies par le temps. La chose est toujours vraie, à condition d’admettre que cet héritage puisse être enrichi, modifié, amendé par des apports nouveaux, et qu’il laisse leur place aux influences du grand large dans une nation à l’humeur résolument cosmopolite. Une nation nouvelle qu’une gauche tournée vers l’avenir devrait promouvoir sans complexes.
Evidemment, là, il faut remettre une couche de social, pour faire degauche. Pas de panique, on ne va pas tout de même pas embêter le lecteur en parlant de chômage, d’emplois précaires ou autres vieilleries conceptuelles. On va broder sur la nouvelle ligne de fracture, la discrimination. Chirac 1995 reloadé Sarkozy 2005, le tout remixé par DJ Derrida, bingo !

En conclusion, nous dirons que, si une fois de plus l’élève Joffrin est stylistiquement faiblichon (Lolo, nom de Dieu, vas-y mollo sur le dico des citaces !), il est politiquement efficace : il fait tout ce qu’il peut pour empêcher toute riposte organisée à Eric Besson. En ciblant uniquement ceux qui, à gauche, n’ont pas peur de s’écarter de la vulgate métisso-mondialisatrice, ceux pour qui ni la burqa ni même le voile ne sont solubles dans la République, ceux pour qui la sacro-sainte mixité ne s’arrête pas aux portes des piscines, bref ceux qui pouvaient rendre les coups à une UMP de plus en plus communautariste, il aura contribué au rétablissement d’une Sarkozie défaillante. Merci qui ?

Castrez-les tous !

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Castration : la partie est entre les mains du garde des Sceaux.
Castration : la partie est entre les mains du garde des Sceaux.
Castration : la partie est entre les mains du garde des Sceaux.

Le débat sur le sort à réserver aux criminels sexuels, et plus particulièrement aux récidivistes de la chose, est récurrent dans notre société, et ressurgit à chaque fois qu’un fait divers particulièrement horrible met le public en émoi.

L’affrontement des « laxistes » et des « répressifs » constitue le rituel agonistique d’une querelle où l’on fait assaut de mauvaise foi et d’arguments péremptoires sur le mode yaka et faucon.

Dans une société régie par le principe de précaution et l’impératif du risque zéro, il est impossible aux gouvernants de tenir un discours qui prendrait acte de l’impossibilité de prévenir totalement ce genre de drame. C’est pourtant le seul qui tiendrait compte de tout l’acquis scientifique rassemblé à ce jour sur la dangerosité potentielle des criminels sexuels répertoriés.

Du côté des « laxistes », ceux qui s’opposent au durcissement continu des peines infligées aux pédophiles, violeurs et incestueux, on tire argument que le taux de récidive des criminels sexuels relâchés après avoir purgé leur peine n’est que « de 1 à 2% ». En conséquence, il serait inhumain de faire payer à l’écrasante majorité des non-récidivistes les crimes de quelques individus dangereux et pervers. Comme on peut faire dire aux chiffres n’importe quoi, on va pêcher dans un amas de statistiques ceux qui conviennent le mieux à votre démonstration, en laissant soigneusement de côté d’autres plus dérangeants pour la thèse que l’on défend.

Ce taux extrêmement réduit de récidive des criminels sexuels est établi à partir de données policières et judiciaires sur les actes relevant de cette criminalité répertoriés sur le territoire. Il signifie seulement que 1 à 2% des crimes élucidés sont le fait de personnes ayant déjà été condamnées pour des faits semblables, et ayant recouvré la liberté. Cela exclut de la statistique toutes les affaires non signalées et non élucidées.

Si l’on essaie de fouiner un peu dans la littérature psychiatrique et criminologique relative à la question, on découvre que le taux de récidive de ce type de criminel est nettement plus élevé. Les études les plus récentes (la plupart effectuées dans les pays anglo-saxons, Etats-Unis, Angleterre et Canada) établissent un taux moyen de récidive entre 15 et 20 % avec des variations significatives selon les catégories de criminels. Les parents ou beaux-parents incestueux réitèrent beaucoup moins fréquemment leurs forfaits que les prédateurs sexuels extra-familiaux. Pour l’anecdote, les plus incorrigibles sont les exhibitionnistes, qui sont plus de 40% à persister à ouvrir leur imperméable à la sortie des écoles après avoir subi les foudres de la justice.

Le problème des récidivistes n’est donc pas marginal ou seulement surgi de la boite à outils populiste de quelques politiciens de droite et d’extrême droite.

D’autres études essaient d’établir une corrélation entre le suivi médico-social des criminels libérés et la récidive. La comparaison du comportement d’un groupe d’individus laissés à eux-mêmes à leur sortie de prison et d’un groupe pris en charge dans le cadre de thérapies comportementales et cognitives est peu concluante : certaines d’entre elles montrent une nette diminution de la récidive chez les seconds, d’autres, au contraire révèlent qu’une thérapie imposée aux sortants n’a aucun effet sur leur comportement ultérieur.

L’argument des « laxistes » consistant à affirmer qu’en y mettant les moyens, une prise en charge thérapeutique sérieuse au cours de la détention et à la sortie préviendrait de nouveaux drames n’est donc pas corroboré, loin s’en faut, par l’état actuel de nos connaissances.

En revanche, il existe une méthode, paraît-il assez fiable, d’établir un pronostic sur la potentialité de récidive des criminels sexuels, la pléthysmographie. Cela consiste à enregistrer les variations de volume du pénis du sujet lorsqu’il est soumis à des stimuli sexuels interdits au sens du code pénal (pédophilie, scènes de viols etc…).

Cette technique, largement pratiquée aux Etats-Unis, ne semble pas avoir traversé l’Atlantique…
Mais, même si l’on arrivait à prévoir avec un degré de fiabilité suffisant le comportement des condamnés ayant purgé leur peine, il resterait à décider ce que l’on en fait. Bouclage à vie ? Castration chimique ? Castration physique ? Tout cela n’est pas compatible avec l’idée que notre civilisation se fait de la morale et des droits de l’homme, et ne garantit même pas que ces individus ne trouveront pas d’autres moyens que l’usage de leur sexe pour assouvir leurs pulsions.

Et si l’on décidait, tout simplement, de faire avec ?

Joyandet remet en selle le Tour du Faso

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En ces temps de surenchère castratrice et de gadgetisation de l’identité nationale, c’est trop peu souvent que j’ai l’occasion de féliciter un membre du gouvernement. Et croyez-moi, je le regrette : après tout, moi aussi je paye des impots, et je serais bien content qu’il servent à autre chose qu’à gonfler, grâce à la TVA réduite, la marge brute de McDonald ou à faire prospérer la PME de sondages de Pierre Giacometti. Un grand bravo donc à Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, qui est intervenu personnellement en fin de semaine dernière auprès de l’AFD, l’Agence Française de Développement, pour que le Tour du Faso, en proie au pires difficultés financières, puisse se tenir cette année, grâce à un chèque de 115 000 Euros, qui a permis de boucler le budget, ou plutôt de budgétiser la Boucle. Vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole, mais ce Tour-là, qui se court cette semaine au Burkina, est une des plus belles épreuves cyclistes du monde. Un Tour à la dure, sans aucune concession au XXIème siècle où les cadors réparent eux-mêmes leurs vélos au bord des pistes et dorment chaque nuit à la belle étoile. Vous pouvez d’ailleurs vous faire une idée par vous-même en regardant le résumé quotidien tous les soirs sur TV5 Monde, qu’on félicitera donc aussi au passage.

Un charter, pour quoi faire ?

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avion

« Charter pour la guerre. » Ils ont dû être contents, à Libé, d’avoir trouvé ce titre. En quatre mots tout est dit. Leur fragilité et notre inhumanité. On les imagine, des centaines de malheureux jetés sans ménagement dans le pays embrasé auquel ils avaient réussi à échapper au péril de leur vie. On aimerait connaître les bureaucrates insensibles ou les juges au cœur dur qui ont pris cette décision. On veut être du côté de la générosité, avec Philippe Lioret, réalisateur de Welcome, promu expert es sans-papiers, ce qui serait rigolo si le sujet était un peu moins lourd. À ce compte-là, on fera bientôt témoigner Al Pacino aux procès de la mafia et Christian Clavier écrira une thèse sur le Moyen Âge.

On n’a guère envie d’ironiser, même si toute la presse évoque un « charter » pour trois hommes (il semble qu’il y avait pas mal de journalistes dans ce charter-là). Parce que trois hommes, c’est trois hommes et que leur « rapatriement forcé » – terme propre destiné à noyer le poisson de l’expulsion – décrit précisément le fossé tragique qui sépare la politique de l’humanitaire, la raison d’Etat des droits de l’individu et la gestion technocratique de la compassion humaine. Il n’y a pas, en politique, une main invisible qui réconcilie le bien commun et la vie des gens. Que l’immigration clandestine soit difficilement supportable pour les heureux habitants du monde développé ne change rien au fait qu’elle est pour un très grand nombre d’êtres humains une nécessité vitale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle « l’infraction à la législation sur les étrangers » n’est pas un délit comme un autre : sur le plan moral, on admet parfaitement que le délinquant transgresse la loi. En conséquence, notre cerveau droit peut approuver une décision raisonnable et notre cerveau gauche saigner pour le sort de ceux qui jouent le rôle des œufs dans l’omelette indigeste qu’est la politique migratoire (c’est peut-être le contraire, j’oublie toujours). Encore faut-il accepter de mobiliser l’un et l’autre.

Si on adopte le seul point de vue des trois Afghans renvoyés chez eux, on ne peut que se désoler. Or, c’est celui que les médias, producteurs d’émotion à jets continus, font naturellement prévaloir. Une décision politique, ça ne fait pas une bonne histoire. Dans le village planétaire, la raison collective est priée de s’incliner devant le malheur individuel. Ces hommes, nous connaissons leurs visages, nous les avons vus pleurer. Nous avons lu dans leurs yeux le désespoir de ceux qui ne peuvent plus rêver d’un avenir meilleur. Leur souffrance est la nôtre. Nous avons entendu la gauche s’indigner en boucle et un responsable associatif nous expliquer qu’ils n’auraient d’autre choix que « de se faire mutiler ou enrôler par les Talibans ». Nous avons été un peu soulagés de savoir que l’ambassade de France les avait pris en charge. Reste que nous nous sentons coupables et comptables de l’injustice qui les a fait naître dans un pays qui a raté l’entrée dans la modernité sans parvenir à se faire oublier de l’Histoire.

Face à ces existences détruites, les arguments d’Eric Besson (qui sont, peu ou prou, ceux de tout ministre en charge, de droite ou de gauche, sur l’immigration clandestine) sont glacés, à côté de la plaque. Le ministre de l’Immigration et du Reste est inaudible quand il affirme que les trois expulsés avaient épuisé toutes les voies de recours (ce qui signifie notamment qu’ils n’avaient pas demandé l’asile en France ou que ce statut leur a été régulièrement refusé). On ne l’écoute pas plus quand il explique que le fait de venir d’un pays en guerre ne vaut pas titre de séjour. D’accord, c’est triste. On a le droit de récuser cette proposition et de refuser les expulsions mais alors, il faut être cohérent et décréter que la France est un droit pour tous les ressortissants de tous les pays en guerre. Oui, nous serions fiers si notre pays accueillait toute la misère du monde tout en intégrant au roman républicain tous ceux qui se trouvent régulièrement sur son sol. Pour autant, sommes-nous prêts à manifester pour une augmentation massive des impôts ? Il convient aussi de demander à tous les Français de se porter volontaires pour que leur ville ou leur quartier abrite les prochaines « jungles » – il est à craindre que les habitants de Calais et ceux du Xe arrondissement de Paris ne soient guère enthousiastes mais sans doute sont-ils lepénistes. (Du reste, à en croire l’inévitable sondage CSA-Le Parisien, l’opinion est plutôt partagée sur le sujet, 44 % des sondés se déclarant opposés au renvoi tandis que 36 % s’y disent favorables.)

On dit, pour le dénoncer avec force, que cette expulsion est un « coup » politique. Certes, mais est-il condamnable en soi de faire de la politique ? Oui, il s’agit bien d’adresser un message à tous les candidats potentiels à l’immigration, de leur faire savoir que s’ils décident quand même de tenter l’aventure ils courent le risque de perdre beaucoup de temps, d’argent, d’énergie et d’espoir pour se retrouver à la case départ. En vrai, c’est un tout petit signal et il est possible que beaucoup d’Afghans tirent de la mésaventure de leurs compatriotes l’idée qu’ils pourront passer à travers les mailles du filet – trois expulsés pour combien qui ont réussi ? Seulement, ce n’est pas l’efficacité de la politique migratoire du gouvernement qui est contestée mais, comme toujours, son existence même. Il est tout de même curieux que toute la presse pousse des cris d’orfraie parce qu’un ministre propose un débat sur le thème « Qu’est-ce qu’être français ? ». Comme si la question était dénuée d’intérêt voire moralement indigne. Peut-être que pour nos belles âmes, poser la question, c’est déjà y répondre. En clair, Eric Besson a forcément derrière la tête l’idée qu’être français, c’est être blanc (si c’était aussi simple, on n’aurait sans doute pas besoin de se poser la question).

Un débat, et puis quoi encore ? Les mecs de droite, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Pour ma part, je trouve que dans la confusion ambiante, la question vaut d’être posée mais c’est sans doute la preuve que, moi aussi, je suis de droite.

La politique consiste à concilier le bien commun et celui de chacun, parfois à sacrifier celui-ci à celui-là. En matière d’immigration, c’est le prix à payer pour ne pas mettre un peu plus en danger la cohésion nationale. Pour autant, on a le droit de s’attrister. Et l’indifférence britannique aux expulsions (qui ne concernent pas, là-bas, trois personnes mais plusieurs dizaines et plusieurs fois par an) n’est pas plus sympathique que le sentimentalisme qui, chez nous, tient lieu de toute réflexion. On apprend en effet dans un excellent sujet diffusé au « 20 heures » de France 2 le 21 octobre que la presse anglaise n’a pas consacré une ligne à la question.

François Fillon estime que la France n’a pas à se sentir coupable. Il me semble qu’il a un peu tort. La culpabilité qu’on éprouve quand on fait du mal, même si on n’a pas d’autre choix, fait partie de notre humanité. Avoir des états d’âme peut être inutile, parfois dangereux, mais c’est la preuve qu’on a une âme.

Autocritique

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evolution

Le pire, quand on a écrit un bouquin, c’est les questions débiles auxquelles il faut répondre, genre : « Pourquoi avez-vous écrit ce livre ? » ou, pire encore : « Pourquoi ce livre ? Et pourquoi vous ? »

La première réponse qui me vienne à l’esprit tient tout entière dans ce mot d’Oscar Wilde : « Tout ce qui vous arrive vous ressemble ! ». Et avec tout ce qui m’est arrivé sans me vanter, je pourrais en remontrer à n’importe qui question inculture générale.

Lorsque j’étais étudiant, il me fallait bien gagner un peu d’argent ; et comme à l’époque l’EPAD n’existait pas encore, eh bien je donnais des cours particuliers.

Mais mes besoins financiers ne cessaient d’augmenter, à tel point que j’ai finalement été contraint d’enseigner aussi des matières que je n’avais jamais apprises, comme par exemple l’allemand.

Bien sûr, je m’étais fixé quelques règles déontologiques de base. Je n’acceptais comme élèves que des débutants de 6ème, et jamais plus intelligents que moi.

Dans ces conditions, ça ne pouvait que marcher ; même les parents s’extasiaient sur cette pédagogie subtile : se mettre au niveau de l’élève, pour mieux l’accompagner dans sa découverte de la langue de Goethe et de Tokio Hotel.

Un peu plus tard, j’ai décroché mon premier vrai boulot : professeur d’histoire-géographie dans une école d’électronique.

L’histoire était pourtant la seule matière où je n’avais pas eu la moyenne au bac, et pour cause : j’avais fait l’impasse sur la Révolution française !

Mais il y a des grâces d’Etat : dans cette école d’électronique, l’histoire-géo ne comptait pas pour passer dans la classe supérieure, et mes élèves n’ont pas tardé à me le faire savoir par tous moyens. Bref, ils s’en foutaient, mais pas autant que moi – et sur ces bases on n’a pas eu trop de mal à s’entendre.

Et puis j’ai fait mes premières armes en tant que nègre d’hommes politiques avec le regretté Raymond Barre. En ce temps-là, Raymond était Premier ministre, et il devait prendre la parole dans, je cite, « un grand meeting des Jeunes Centristes ». J’ai tout de suite senti qu’il y avait un loup.

En fait, ces gens-là ne se faisaient guère d’illusion sur leurs capacités de mobilisation : dans toute la France, ils avaient affrété des cars pour faire monter des jeunes à Paris, en leur promettant un bon repas chaud et un concert gratuit de Chuck Berry !

Mais là encore, problème d’inculture : Raymond n’avait jamais entendu parler de Chuck ! On a eu beau essayer de le raisonner, rien à faire… Pas question pour lui de se produire en première partie : Raymond voulait la vedette !

Alors, ce qui devait arriver arriva. Après le set de Chuck Berry, les gradins se sont vidés en moins de temps qu’il ne faut pour chanter « Johnny B. Goode ». Et c’est devant une salle aux trois quarts vide que Barre a lancé son Appel à la jeunesse de France.

Puisque j’en suis aux révélations, allons-y ! Au fil de ma carrière, peu de gens le savent, j’ai aussi été amené à travailler, entre autres, pour un certain Charles P… au ministère de l’I…

Là-bas, il arrivait parfois qu’on me cherche – notamment le matin. Ma secrétaire avait alors pour consigne de répondre que j’étais à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, en train de ciseler un discours pour le ministre. En fait bien sûr je dormais profondément, après une dure nuit de sociologie du nightclubbing.

C’est de cette riche expérience en matière d’inculture générale que j’ai souhaité faire profiter aujourd’hui mes contemporains. Une démarche humaniste au sens plein du terme, puisqu’elle n’a d’autre but que l’élévation de l’homme.

Elévation spirituelle bien sûr, comme l’ensemble de mon œuvre. Mais élévation sociale aussi : grâce à ce petit livre vert, plus jamais vous n’aurez l’air ridicule en société. « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », disait Édouard Herriot. Eh bien, avec moi, vous pourrez faire mine d’avoir oublié tout ce qu’en fait vous n’avez jamais su !

Manuel d'inculture générale

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Causeur mis en boite!

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Nous commençons à boucler le numéro de novembre et c’est le moment de vous rappeler que primo, Causeur n’est pas seulement un excellent site internet, mais aussi un mensuel imprimé comme dans le monde d’avant et que, secundo, vous aussi pouvez le recevoir tous les mois dans votre boîte aux lettres, si vous en avez une, et si vous vous abonnez, ce que vous pouvez faire illico du bout du doigt. Sinon, vous pouvez aussi acheter Causeur au numéro en cliquant ici. Ceux qui préfèrent toucher la marchandise avant de passer à la caisse sont cordialement invités à le faire à la librairie Kléber à Strasbourg ou au Seuil du Jardin chez l’excellent Michel Kessler à Metz. Je n’ai rien oublié ? Et bien alors, tout va bien, je peux signer et aller regarder le match.

Féminisme anti-fromager

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Fourme de Cantal

L’ami blogueur Max-la-Terreur au détour d’un article m’a appris l’existence du dernier communiqué des fameuses Chiennes de garde. On se souvient qu’il y a quelques années, une crème[1. Alimentaire. Pas une crème de beauté.] avait fait l’objet d’une protestation vigoureuse de la part de la même association, toujours prête à traquer la publicité sexiste. Il me semble qu’on y vantait sur des affiches et dans des spots la possibilité de la battre, de la fouetter et de la passer à la casserole. Les chiennes de garde, Isabelle Alonso en tête, avaient fustigé la pub, laquelle pouvait banaliser la violence conjugale. Cette dernière, nous ne le nions pas, fait des victimes chaque année au point qu’une femme meurt tous les deux jours des coups de son compagnon.

Déjà à l’époque, j’avais trouvé que l’association féministe pouvait avoir un léger problème avec le second degré. On ne voit pas en quoi un homme pourrait être incité par cette publicité à frapper sa compagne. Cette violence conjugale semble davantage provoquée par l’alcoolisme ou les gros connards, et assez souvent les deux à la fois. On m’objectera que les mots « battre » et « fouetter » peuvent tout de même prêter à confusion. Admettons.

Mais pour les spots du Comité interprofessionnel du Cantal, rien ne prête à confusion. Les situations – abandonner Chantal au bord de la route, lui dire non devant monsieur le maire, ou se désolidariser d’elle dans une escalade, parce qu’elle a, à chaque fois, oublié le Cantal – sont volontairement irréalistes. Le second degré, l’humour, c’est marqué dessus, comme pour un autre fromage. Je me souviens d’avoir été agoni d’injures lorsque j’avais commis au mois de janvier dernier un texte, très second degré aussi, sur la fille de Rachida Dati. Et je m’étais aperçu alors combien certaines féministes pouvaient manquer d’humour en certaines occasions. Avec cette histoire de fromage du Cantal, qu’elles appellent d’ailleurs à boycotter, on atteint des sommets assurément plus hauts que ceux du Massif Central.

À quand l’interdiction totale, sous peine de tribunal correctionnel, des blagues sur les blondes[2. Ces histoires, qui viennent du Québec, concernent toutes les femmes. Au pays de Gilles Vigneault, une “blonde”, c’est une femme, quelle que soit sa couleur de cheveux.] ? Peut-on continuer à tolérer des titres de journaux ainsi écrits les lendemains d’élections : « 3e circonscription du Loir-et-Cher : Gisèle Dugenou battue » ? Les publicités pour les sites sado-masochistes ont-elles encore leur place dans les journaux de petites annonces ? Si on n’a plus le droit de plaisanter sur tel ou tel sujet à partir du moment où existent des victimes, si on ne peut plus citer certains mots quel que soit le contexte, on n’a pas fini. J’ai revu récemment Le dîner de cons[3. Au passage, ce film ne respecte guère la parité puisque tous les cons sont des hommes. Très sexiste, ce film.] et je connais des amateurs de boomerangs et de maquettes qui auraient pu, à bon droit, faire interdire le film ou demander des dommages et intérêts pour être ainsi honteusement stigmatisés.

En mesure de rétorsion contre les chiennes de garde qui, je le sais, ne représentent qu’une minorité de femmes non dotées d’humour et de recul, j’incite tous mes lectrices et lecteurs à consommer sans modération ce produit du terroir fort excellent que constitue le fromage du Cantal.

Castration : on n’y coupera pas

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mam

Triste suite française que celle que nous venons de vivre avec son lot d’intensités et ressacs, qui, de Polanski à Frédéric Mitterrand en passant par Jean Sarkozy, égrène ses séquences sulfureuses pour s’achever – juste avant l’hymne à la castration physique de Mme Alliot-Marie par la béatification de Dame Royal, sacre télévisuel de la vacuité.

Le lien entre ces deux séquences mettant en jeu deux femmes politiques d’envergure, a été peu perçu par les commentateurs.

Il est vrai qu’il est difficile, a priori, d’associer ces deux estimables figures de la vie politique française tant leurs styles divergent.

L’une confesse un féminisme provincial relooké en un singulier composé de mère courage et de grande prêtresse glamour. L’autre qui se fait appeler Madame le Ministre et arbore de sages tailleurs s’est imposée comme un pur chef d’œuvre de rectitude dépouillée et de sens du labeur et semble peu encline aux illuminations ou aux débordements extatiques, contrairement à sa consœur poitevine qui allie à une sophistication chichiteuse un talent de prédicatrice ambulante assez proche de celui des télévangélistes étatsuniens.

Et pourtant, l’une et l’autre ont en commun, quoique de manière fort différente de raviver en nous l’angoisse de la castration, l’une de manière métaphorique, l’autre-fidèle à son style de façon beaucoup plus cash, voire dans le cas qui nous (pré)-occupe nettement trash.

Revêtue de sa tenue de lin d’une blancheur immaculée, la reine thaumaturge du Poitou semble en, effet toujours prompte à en découdre avec la rouerie et la perversité – attributs d’une vile masculinité assujettie aux caprices de la pulsion et de la cupidité et à porter ainsi l’ultime estocade au politique au nom de la supériorité d’une morale résolument sexuée.

Ségolène surgit tel un agent purificateur très concentré qui nous lave des péchés d’une masculinité cynique et dominatrice.

Armée d’un sourire immuable, nous l’avons vu se faire l’exégète de ses propres gloires et de ses déconvenues avec cette pudeur de femme blessée dans sa vie de couple, bafouée dans sa vie publique par des hiérarques socialistes ventripotents et infidèles, mauvais pères et mauvais maris.

Bravoure d’une féminitude mère de toutes les rébellions.

Cette fièvre éradicatrice doit être rapprochée des propos ébouriffants récemment tenus par Mme le Garde des Sceaux, considérant dans un entretien au Figaro Magazine, que la castration physique, « ablation des testicules par chirurgie » courtoisement réclamée en ces termes cliniques au président de la République pour lui-même par le pédophile Francis Evrard, « peut se poser et être débattue, y compris au Parlement ».

N’est-ce pas là le point d’orgue de la séquence ? Si le pervers ou cliniquement supposé tel – qui, dans le cas présent, serait atteint de troubles de l’érection, le conduisant à violer ses victimes à l’aide d’objets de substitution – fait la demande d’une castration réelle, il conviendrait que le souverain songe à lui donner satisfaction. Si la loi de la castration n’a pas été symbolisée, si s’est opéré ce que Freud appelait la Verleugnung, le démenti ou désaveu de la castration, qu’Octave Mannoni a explicité sous la formule « je sais bien, mais quand même », Michèle Alliot-Marie nous invite sans délai à convoquer ladite castration dans le réel. Le garde des Sceaux prend ainsi la demande de castration physique, adressée par le titulaire de la supposée perversion à une version du Père – pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du présidentiel destinataire de la missive – au pied de la lettre.

Or, ce que nous savons du pervers, outre que le mécanisme fondateur de l’inconscient est pour lui la dénégation qui commande et maintient le refoulement, c’est qu’à la différence du psychotique, il reconnaît parfaitement le Père en tant qu’instance symbolique, dépositaire en titre de la loi.

C’est dans l’ordre du réel que le pervers destitue le père. Exilé par le discours maternel, celui-ci est un monarque tenu en échec dans son propre palais, d’où une destitution de l’interdit ramené à une convention de façade. Ce qu’entend démontrer le pervers, ce n’est pas seulement l’existence der la jouissance, c’est sa prédominance sur le désir.

Si le pervers met la loi des hommes au défi, c’est au nom d’une autre loi bien plus tyrannique que celle de la société, une loi par essence non-humaine puisqu’elle prescrit l’obligation de jouir.

Nul doute qu’un passage à l’acte aussi tranchant en réponse à la demande complexe énoncée par M. Francis Evrard consacrerait la défaite du symbolique en rase campagne. Si l’auteur de la requête n’est pas psychotique, cette sorte d’acquiescement du Garde des Sceaux à l’idée d’une possible castration physique ne peut qu’avoir pour lui un effet de jouissance non négligeable.

Lacan nous a posé la loi comme ce qui barre la jouissance incestueuse et permet l’instauration du désir.

Il a défini le phallus comme signifiant d’une jouissance mythique impossible et d’une loi qui en interdit l’accès y inscrivant une perte.

Même si le complexe de castration évoque l’idée d’une mutilation ou d’une menace liée à la découverte de la différence anatomique des sexes, il doit d’abord être entendu comme une limite imposée par la société à la jouissance de l’individu. Et c’est parce que la jouissance absolue est impossible, que toute satisfaction laisse un manque-à-jouir, qu’il y aura là un espace possible pour le désir.

Digression lacanienne ? Ca vous paraît jargonnant, daté, ésotérique. Peut-être, mais faites un effort.

Je résume. La castration correspond au renoncement du sujet à s’assurer en l’Autre la garantie d’une jouissance, car celle-ci est réservée au père, en raison de sa préséance symbolique auprès de la mère. C’est pourquoi le père symbolique est réputé être l’agent de la castration dont l’objet serait le phallus imaginaire. En clair, la castration, c’est du symbolique, et ça doit le rester. Si elle fait irruption dans le réel, sachez qu’on entre dans la psychose. Et c’est grave, surtout quand celle qui sonne le clairon délirant en proposant d’inscrire à l’agenda de la nation la pulpectomie testiculaire est supposée soutenir la fonction symbolique, en sa qualité de Garde des Sceaux – gardienne des symboles vous entendez !

En France, donc, on ne couperait plus les têtes, mais on pourrait délester le pervers, à sa « demande », de ses attributs, – ce qui dénote convenons-en un louable sens du service public – tout en continuant à condamner pénalement l’excision. À ce point d’affolement, de déraison, le retour au symbolique s’impose et d’urgence, un article 16 devrait être invoqué, afin de former sans tarder un comité de salut psychique. Car là, il y a vraiment malaise dans la civilisation, et si le Garde des Sceaux fait défaut, il convient de recruter en urgence un garde-fou.

Digression dites-vous. Oui, mille fois oui, mais reconnaissez chers causeuses et causeurs, que c’est une digression qui s’impose, après cette folle semaine qui s’achève de la pire des manières.

Peut-on critiquer la critique des médias ?

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D’habitude, quand on manque à la solidarité professionnelle entre journalistes (bien connue de tous ceux qui fréquentent les rédactions concrètes), on est au mieux caricaturé, le plus souvent purement et simplement ignoré. La « critique des médias », ce truc de procureurs et de gens qui crachent dans la soupe, a mauvaise réputation dans les médias. Il est rarissime que les gens concernés y répondent et plus rare encore qu’un média fasse état de celles qui lui sont adressées. J’avoue donc avoir été déçue en bien comme on dit en Suisse par Jean-Michel Aphatie[1. Un commentateur me dit que c’est raciste de l’appeler éditorialiste-cassoulet. Franchement, c’était plutôt affectueux et j’espère qu’il ne l’a pas pris autrement. J’adore son accent…et le cassoulet !] qui m’a répondu (pas mal d’ailleurs) en direct sur RTL avant de le faire sur son blog, puis par Bruno Duvic qui a cité jeudi dans sa revue de presse sur France Inter mon article sur « l’affaire Lefebvre ». Que l’un et l’autre en soient remerciés – rien n’est plus agréable que le désaccord intelligent. Duvic, cependant, remarque que France Inter « en prend plein la figure ». C’est un peu exagéré, cher confrère. Il est vrai que je cite très souvent France Inter et qu’elle m’énerve souvent, mais c’est pas de ma faute : le matin, je n’écoute que ça. C’est ma dose d’adrénaline.

Le coup de vice électoral de Sarkozy

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sarkozy

À première vue, la réforme des collectivités territoriales présentée en cette fin octobre par Nicolas Sarkozy semble frappée au coin du bon sens : pour la première fois depuis la création de la Ve République, on essaie de mettre un peu d’ordre et de rationalité dans l’empilement séculaire des structures de la démocratie locale. Communes, intercommunalités, cantons, communautés urbaines, départements, régions, tout cela avait un urgent besoin d’être simplifié et adapté à l’évolution démographique et sociologique de notre beau pays.

La méthode pour faire avancer le schmilblick était aussi respectable qu’habile : on envoie tout d’abord un chevau-léger, en l’occurrence Jacques Attali, à l’assaut des conservatismes provinciaux. L’ancien conseiller de François Mitterrand, missionné par l’Elysée pour imaginer des réformes permettant de relancer la croissance économique, propose, entre autres, la suppression des départements.

Tollé dans les campagnes, car ce rejeton administratif de la Révolution française est plutôt aimé par le peuple, surtout celui qui vit hors des grandes villes, comme on a pu le constater lors de la modification des immatriculations des automobiles. Le conseiller général est un élu de proximité, qui cajole les petits maires et pratique la bobologie sociale avec les électeurs de son canton.

Pour calmer le jeu, on réunit une commission de « sages », présidée par Edouard Balladur, à laquelle participent d’éminents membres de l’opposition socialiste, Pierre Mauroy et André Vallini. Ses travaux aboutissent à la formulation de vingt propositions dont les plus importantes – suppression de la taxe professionnelle et création de « conseillers territoriaux » remplaçant les actuels conseillers régionaux et généraux pour siéger tout à la fois à l’assemblée départementale et régionale – sont reprises par Nicolas Sarkozy. C’est la « fusion douce » des départements et des régions.

Présentée ainsi, et moyennant quelques ajustements pour amadouer les sénateurs et les notables locaux, cette réforme aurait pu faire l’objet d’un consensus dépassant les clivages politiques, car elle répond aux préoccupations des élus locaux de toutes tendances. Elle pourrait mettre fin à l’enchevêtrement des structures, aux conflits de compétences et aux coûts inutiles engendrés par la multiplication des syndicats intercommunaux et de leurs exécutifs pléthoriques.

Mais on l’aura peut-être déjà remarqué, Nicolas Sarkozy n’est pas un homme qui recherche systématiquement l’harmonie générale, dans une République apaisée où les décisions importantes pour l’avenir de la nation sont élaborées dans un esprit de coopération avec ceux qui pensent autrement.

Il a donc fallu qu’il introduise dans la belle construction signée Balladur et Mauroy un élément qui déclenche une castagne de grande ampleur avec les socialistes : l’élection au scrutin uninominal à un tour, en 2014, de 80 % des conseillers territoriaux, les 20 % restants étant élus au scrutin de liste départemental.

Et alors, qu’est ce que ça change ? Eh bien, beaucoup de choses, car ce mode de scrutin, qui est celui des élections législatives au Royaume Uni, assure l’élection dès le premier tour du candidat ayant obtenu le plus de voix dans sa circonscription, même s’il n’a pas atteint la majorité absolue. Il favorise donc la famille politique qui est parvenue à rassembler au sein d’un même parti le plus large éventail des sensibilités existant en son sein. Le système « au premier tour on se compte, au second on se rassemble », alpha et oméga de la stratégie politique hexagonale, est balayé. C’est avant les élections qu’il faut se rassembler et non pas dans de chaleureuses retrouvailles d’entre deux tours. Dans la conjoncture politique actuelle, ce mode de scrutin favorise indubitablement la droite de gouvernement. Nicolas Sarkozy a rassemblé presque toute la droite au sein de l’UMP ou dans son orbite, alors que la gauche a beaucoup plus de mal à réunir toutes ses composantes dans un cartel électoral, surtout depuis la montée en puissance des Verts. De plus, la réduction de moitié des élus locaux provoque un assèchement notable du vivier où le PS recrute une bonne partie de ses militants…

Le coup tactique est habile, mais est-il pour autant de nature à purifier les mœurs politiques de notre pays, où le fair-play est encore insuffisamment pratiqué, comme on a pu le constater à l’occasion du procès Clearstream ? Ce mode de scrutin fonctionne à la satisfaction des Britanniques, car le bipartisme est profondément ancré dans le pays depuis très longtemps : conservateurs et travaillistes rassemblent au sein de leurs formations respectives toutes les nuances de la droite et de la gauche.

Il suppose aussi que le combat électoral se fasse à la loyale, sans manœuvres ni coup tordus : ce n’est pas en Angleterre que l’on verrait, par exemple, les conservateurs susciter en sous-main un candidat prétendument de gauche pour piquer des voix aux travaillistes, ou vice-versa. En revanche, pour qui connait un peu les pratiques politiques de notre belle démocratie, il n’est pas exclu que de subtils marchandages, manœuvres de coulisses, passages de rhubarbe et de séné viennent donner à ces élections un délicieux fumet de magouille généralisée.

Le bipartisme n’est pas dans les gènes des Français, pas plus à droite qu’à gauche. Dans la période que nous vivons, la gauche apparaît plus fractionnée qu’une droite tenue d’une main ferme à partir de l’Elysée. Mais, comme dirait Claude François, « ça s’en va et ça revient… », et il n’est pas sûr que le coup de vice électoral de Nicolas Sarkozy ne lui revienne pas, un jour, dans les gencives.