Triste suite française que celle que nous venons de vivre avec son lot d’intensités et ressacs, qui, de Polanski à Frédéric Mitterrand en passant par Jean Sarkozy, égrène ses séquences sulfureuses pour s’achever – juste avant l’hymne à la castration physique de Mme Alliot-Marie par la béatification de Dame Royal, sacre télévisuel de la vacuité.

Le lien entre ces deux séquences mettant en jeu deux femmes politiques d’envergure, a été peu perçu par les commentateurs.

Il est vrai qu’il est difficile, a priori, d’associer ces deux estimables figures de la vie politique française tant leurs styles divergent.

L’une confesse un féminisme provincial relooké en un singulier composé de mère courage et de grande prêtresse glamour. L’autre qui se fait appeler Madame le Ministre et arbore de sages tailleurs s’est imposée comme un pur chef d’œuvre de rectitude dépouillée et de sens du labeur et semble peu encline aux illuminations ou aux débordements extatiques, contrairement à sa consœur poitevine qui allie à une sophistication chichiteuse un talent de prédicatrice ambulante assez proche de celui des télévangélistes étatsuniens.

Et pourtant, l’une et l’autre ont en commun, quoique de manière fort différente de raviver en nous l’angoisse de la castration, l’une de manière métaphorique, l’autre-fidèle à son style de façon beaucoup plus cash, voire dans le cas qui nous (pré)-occupe nettement trash.

Revêtue de sa tenue de lin d’une blancheur immaculée, la reine thaumaturge du Poitou semble en, effet toujours prompte à en découdre avec la rouerie et la perversité – attributs d’une vile masculinité assujettie aux caprices de la pulsion et de la cupidité et à porter ainsi l’ultime estocade au politique au nom de la supériorité d’une morale résolument sexuée.

Ségolène surgit tel un agent purificateur très concentré qui nous lave des péchés d’une masculinité cynique et dominatrice.

Armée d’un sourire immuable, nous l’avons vu se faire l’exégète de ses propres gloires et de ses déconvenues avec cette pudeur de femme blessée dans sa vie de couple, bafouée dans sa vie publique par des hiérarques socialistes ventripotents et infidèles, mauvais pères et mauvais maris.

Bravoure d’une féminitude mère de toutes les rébellions.

Cette fièvre éradicatrice doit être rapprochée des propos ébouriffants récemment tenus par Mme le Garde des Sceaux, considérant dans un entretien au Figaro Magazine, que la castration physique, « ablation des testicules par chirurgie » courtoisement réclamée en ces termes cliniques au président de la République pour lui-même par le pédophile Francis Evrard, « peut se poser et être débattue, y compris au Parlement ».

N’est-ce pas là le point d’orgue de la séquence ? Si le pervers ou cliniquement supposé tel – qui, dans le cas présent, serait atteint de troubles de l’érection, le conduisant à violer ses victimes à l’aide d’objets de substitution – fait la demande d’une castration réelle, il conviendrait que le souverain songe à lui donner satisfaction. Si la loi de la castration n’a pas été symbolisée, si s’est opéré ce que Freud appelait la Verleugnung, le démenti ou désaveu de la castration, qu’Octave Mannoni a explicité sous la formule « je sais bien, mais quand même », Michèle Alliot-Marie nous invite sans délai à convoquer ladite castration dans le réel. Le garde des Sceaux prend ainsi la demande de castration physique, adressée par le titulaire de la supposée perversion à une version du Père – pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du présidentiel destinataire de la missive – au pied de la lettre.

Or, ce que nous savons du pervers, outre que le mécanisme fondateur de l’inconscient est pour lui la dénégation qui commande et maintient le refoulement, c’est qu’à la différence du psychotique, il reconnaît parfaitement le Père en tant qu’instance symbolique, dépositaire en titre de la loi.

C’est dans l’ordre du réel que le pervers destitue le père. Exilé par le discours maternel, celui-ci est un monarque tenu en échec dans son propre palais, d’où une destitution de l’interdit ramené à une convention de façade. Ce qu’entend démontrer le pervers, ce n’est pas seulement l’existence der la jouissance, c’est sa prédominance sur le désir.

Si le pervers met la loi des hommes au défi, c’est au nom d’une autre loi bien plus tyrannique que celle de la société, une loi par essence non-humaine puisqu’elle prescrit l’obligation de jouir.

Nul doute qu’un passage à l’acte aussi tranchant en réponse à la demande complexe énoncée par M. Francis Evrard consacrerait la défaite du symbolique en rase campagne. Si l’auteur de la requête n’est pas psychotique, cette sorte d’acquiescement du Garde des Sceaux à l’idée d’une possible castration physique ne peut qu’avoir pour lui un effet de jouissance non négligeable.

Lacan nous a posé la loi comme ce qui barre la jouissance incestueuse et permet l’instauration du désir.

Il a défini le phallus comme signifiant d’une jouissance mythique impossible et d’une loi qui en interdit l’accès y inscrivant une perte.

Même si le complexe de castration évoque l’idée d’une mutilation ou d’une menace liée à la découverte de la différence anatomique des sexes, il doit d’abord être entendu comme une limite imposée par la société à la jouissance de l’individu. Et c’est parce que la jouissance absolue est impossible, que toute satisfaction laisse un manque-à-jouir, qu’il y aura là un espace possible pour le désir.

Digression lacanienne ? Ca vous paraît jargonnant, daté, ésotérique. Peut-être, mais faites un effort.

Je résume. La castration correspond au renoncement du sujet à s’assurer en l’Autre la garantie d’une jouissance, car celle-ci est réservée au père, en raison de sa préséance symbolique auprès de la mère. C’est pourquoi le père symbolique est réputé être l’agent de la castration dont l’objet serait le phallus imaginaire. En clair, la castration, c’est du symbolique, et ça doit le rester. Si elle fait irruption dans le réel, sachez qu’on entre dans la psychose. Et c’est grave, surtout quand celle qui sonne le clairon délirant en proposant d’inscrire à l’agenda de la nation la pulpectomie testiculaire est supposée soutenir la fonction symbolique, en sa qualité de Garde des Sceaux – gardienne des symboles vous entendez !

En France, donc, on ne couperait plus les têtes, mais on pourrait délester le pervers, à sa « demande », de ses attributs, – ce qui dénote convenons-en un louable sens du service public – tout en continuant à condamner pénalement l’excision. À ce point d’affolement, de déraison, le retour au symbolique s’impose et d’urgence, un article 16 devrait être invoqué, afin de former sans tarder un comité de salut psychique. Car là, il y a vraiment malaise dans la civilisation, et si le Garde des Sceaux fait défaut, il convient de recruter en urgence un garde-fou.

Digression dites-vous. Oui, mille fois oui, mais reconnaissez chers causeuses et causeurs, que c’est une digression qui s’impose, après cette folle semaine qui s’achève de la pire des manières.

Lire la suite