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Dieu et César

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Dieu et César
Préparatifs pour le Pape place de la Concorde à Paris, 17 septembre 2026 © Margot Giblin/SIPA

Le chef de l’Église catholique arrive en France vendredi. Une grande messe est notamment prévue à Paris, place de la Concorde, le lendemain. Certains s’indignent du choix de ce lieu et dénoncent une faute symbolique. Élisabeth Lévy revient sur cette polémique dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.


Alexis Corbière s’indigne dans Libération que la grand-messe de Léon XIV ait lieu place de la Concorde. Ce n’est pas une lubie de laïcard qui déteste les sapins de Noël. Corbière ne fait pas dans l’anticatholicisme primaire si répandu dans son camp. Il souhaite la bienvenue à Léon XIV. Il reconnaît l’importance du catholicisme en France comme religion et comme composante majeure de notre identité. Il salue son « influence spirituelle » et son « empreinte culturelle ».

Certes, le député de Seine-Saint-Denis s’agace de broutilles. Que les services de l’Assemblée nationale aident les députés à y assister, que la municipalité de Metz paie des écrans géants, on s’en fout. Mais, sur le choix de la place de la Concorde, j’avoue que sa tribune m’a fait douter.

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Il rappelle que, sur cette place, fut scellé le passage de la monarchie de droit divin à la République. La décapitation du roi n’est certes pas l’épisode le plus glorieux de notre histoire, mais on ne va pas l’expier par une messe. D’ailleurs on ne va pas l’expier du tout. C’est notre histoire, il faut faire avec.

La place de la Concorde est aussi le lieu où le président de la République passe les armées en revue chaque année. C’est donc le royaume de César, pas celui de Dieu. Le pape aurait pu célébrer la messe ailleurs : sur l’esplanade des Invalides, au Trocadéro, au Bourget ou à l’hippodrome de Longchamp, comme Jean-Paul II lors de son voyage en 1997.

Il ne s’agit pas de relancer la guerre entre l’Église et la République.

Quelques doutes ou interrogations ne vont pas gâcher la fête. Il y a toujours des idiots qui s’évanouissent à la vue d’une crèche de Noël, mais la réconciliation entre « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » s’est forgée dans les tranchées de 1914-1918, bien avant qu’Aragon écrive « La Rose et le Réséda ». Toutefois, la laïcité suppose que chacun reste à sa place : pouvoir spirituel d’un côté, temporel de l’autre. Le catholicisme est dispensé du devoir de discrétion qui incombe aux autres religions, c’est son droit d’aînesse. Mais il n’a plus de rôle politique — et n’en veut plus, d’ailleurs. Emmanuel Macron aurait adoré parader en compagnie du pape, semble-t-il, mais le Vatican, plus laïque que l’Élysée, a tout refusé.

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Ce partage des rôles convient très bien à la majorité des catholiques. Il est en revanche beaucoup plus difficile à avaler pour l’islam. Ce n’est pas le catholicisme, mais l’entrisme islamiste qui défie la laïcité, nos institutions et nos lois. Hier avait lieu la journée contre l’islamophobie de la Femyso, succursale « jeunes » des Frères musulmans, subventionnée par l’UE et accueillie, d’après Florence Bergeaud-Blackler, au Parlement européen. Si Corbière est tellement attaché à la laïcité, il devrait d’abord dénoncer ce scandale.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth au micro de Jacques Cardoze dans la matinale.



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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur Sud Radio. Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à CNews, à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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