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Somalie : des militaires pas très civils

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Au moins 17 civils ont été tués hier matin à Mogadiscio dans des combats à distance entre insurgés islamistes et soldats de la force de paix de l’Union africaine (l’Amisom, African Union Mission to Somalia). Selon les agences de presse, des tirs d’artillerie lourde ont visé des quartiers populaires, notamment le marché de Baraka. Les insurgés ont d’abord tiré au mortier sur l’aéroport alors que le président cheikh Sharif Ahmed prenait l’avion pour se rendre en Ouganda , et les troupes de l’Amisom ont riposté par d’intenses tirs d’artillerie lourde. S’agit-il d’un massacre d’intimidation délibérément perpétré par les militaires de la « force de paix » de l’Union africaine ? On ne saura probablement jamais la réponse pour une raison simple: l’Amisom est composée de soldats ougandais, burundais, nigérians et malawites et tout le monde s’en contrefout. Je vous laisse imaginer les commentaires de la presse occidentale avec un scénario similaire, mais, avec dans le rôle des méchants, des casques bleus Européens ou des troupes de l’OTAN…

Educ’nat point com

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ecole

« L’éducation nationale doit basculer totalement dans l’ère du numérique », a déclaré récemment le tout nouveau tout beau ministre de l’Education nationale, qui voit enfin les choses en grand. Il était temps. Depuis trop longtemps les profs, ces archaïques, tournent autour du pot numérique sans oser s’y plonger tout à fait. Le journal Les Echos s’en lamentait encore cet été, Mamy éducation nationale fait de la résistance. Serait-ce une conséquence regrettable de son grand âge, elle se fait désirer avant de s’abandonner à la totale bascule que son ardent ministre lui promet. « La France ne dispose que d’un ordinateur pour 12,5 écoliers, se plaçant ainsi au 12e rang européen. » À peine passable. Et même très médiocre. D’autant plus que pour ce qui concerne l’usage des high tech (ordinateur, vidéoprojecteur, connexion Internet) la France fait carrément figure de cancre du fond de laclasse.com, puisqu’elle pointe à une piteuse 21e place européenne, selon une « enquête » de la Commission de Bruxelles, toujours d’attaque quant à elle lorsqu’il s’agit de dénoncer les obsolescences françaises. C’est la honte. Vite, vite, connectons nos têtes blondes, avant qu’elles ne se voient contraintes de redoubler en compagnie des jeunes Bulgares pour obtenir enfin leur B2i.
 
Comment, vous ne connaissez pas le B2i ?
 
Le B2i, pour Brevet Informatique et Internet, « valide les compétences informatiques acquises dans toutes les disciplines [même le sport ? Oui, même le sport] et diverses circonstances ». Bon, personnellement, j’ai deux collégiens à la maison, et je peux vous dire que ce B2i, ça les fait bien rigoler. Sans même interrompre leur session msn, les voilà qui « valident les items constitutifs des compétences attendues » sur l’ordinateur de papa-maman ! C’est ainsi qu’on prétend réduire la fracture numérique au ministère : l’ordinateur partout, tout le temps, et pour faire n’importe quoi ! Ne dites surtout pas à nos néo-pédagogues qui pensent enfin avoir trouvé l’arme fatale contre les inégalités sociales, que dans les milieux les plus culturellement favorisés on limite, ou même interdit, l’usage de l’ordinateur aux enfants ! Comment ? Certains mauvais esprits osent suggérer que les facilités de l’informatique pourraient entraver le développement des facultés de concentration et, in fine, l’accès intelligent à la culture des enfants et des adolescents? Laissons ces rabat-joies à leur obsolète « support papier » que plus personne ne lit, et hâtons tous ensemble l’avènement du grand basculement vers la « société numérique ».
 
Mais peut-être après tout est-ce moi le naïf, et nos néo-pédagogues sont-ils parfaitement conscients des dégâts opérés sur la culture des collégiens par le culte du tout numérique. Peut-être visent-ils, en rendant obligatoire et permanent l’usage de l’ordinateur non seulement à l’école mais aussi à la maison, à niveler par le bas. Ce qu’ils n’ont jamais réussi à faire en interdisant les devoirs à la maison, peut-être y parviendront-ils enfin en faisant basculer totalement l’éducation dans le dépotoir numérique. Tous ensembles et qu’aucune tête ne dépasse ! Au nom, bien sûr, de l’égalité des chances.
 
Ne cédons pas trop vite aux douces sirènes de la théorie du complot : les intentions de nos néo-pédagogues sont certainement pures. Je suis prêt à parier mon Apple 2 contre votre iPhone qu’ils croient malheureusement dur comme fer aux vertus pédagogiques du basculement numérique total. D’ailleurs, le mouvement s’est engagé de longues années avant que le ministre ne le décrète total et obligatoire. Avec un enthousiasme terrifiant, sous la pression inquiète des parents et sur les fonds des collectivités territoriales, les collèges et lycées, et même parfois les écoles, tous soucieux d’apparaître plus modernes et performants les uns que les autres, se sont dotés à la vitesse de la lumière de multiples ordinateurs plus ou moins à la page sur lesquels élèves et professeurs de conserve passent dorénavant des cours entiers de mathématiques et de français à se « loguer sur leur compte utilisateur », afin de tracer des cercles au compas virtuel sur le site mathenpoche, ou analyser un conte africain à l’aide d’indispensables outils informatiques dispensés par un « espace numérique de travail ». C’est une merveille de constater à quel point, dans ce domaine, la contrainte budgétaire disparaît comme par magie. S’il s’agit de réduire la fracture numérique, la facture, même astronomique, sera toujours acquittée. Un prof sans « support numérique » sera bientôt le dernier des ringards, et la « pensée PowerPoint« , qui se contente de « lister des items », c’est-à-dire d’empiler des phrases ou même seulement des « mots-clés », aura bientôt raison partout de la vieille pensée analytique et discursive.
 
Ce n’est pas seulement pour être moderne et performant qu’il faut se hâter de basculer. C’est aussi une question urgente de santé publique. Ainsi, les cartables, qui ont depuis des lustres transformés de façon humiliante notre précieuse progéniture en portefaix, ont heureusement fait leur temps. Numérisés eux-aussi ! Transformés d’un coup de baguette numérique en clés USB de quelques grammes. Bien fait pour eux ! Et que redressent le dos, et que relèvent la tête nos marmots affranchis du poids exténuant du vieux savoir !
 
Il faut, dit-on encore au ministère, « inventer une nouvelle pratique numérique ». Plus interactive, plus proche de l’élève qui conquerra ainsi la terre promise de son « autonomie ». Une nouvelle pratique qui permettra à nos chers bambins de s’épanouir enfin « au centre ». Cliquant en classe comme à la maison sur son ordinateur, l’apprenant pourra royalement ignorer l’enseignant, comme le rejeton ignore déjà royalement ses géniteurs qui osent l’interrompre pour lui demander brutalement de venir mettre la table alors qu’il se livre à un paisible massacre simultané de l’orthographe, de la syntaxe, et d’autres monstrueux ennemis sur son écran. C’est que, voyez-vous, l’ordinateur c’est beaucoup moins fasciste que les gens. Moins perturbant pour les enfants. Comme le souligne un de nos néo-pédagogues parmi les plus autorisés, « l’ordinateur n’est pas perçu comme celui qui juge et qui sanctionne ». Grâce à l’ordinateur, poursuit notre technopédagogue, l’erreur disparaît « comme par enchantement », et « les contraintes « bassement matérielles » d’opérations intellectuelles essentielles » sont supprimées. Plus de vilaines ratures, plus d’écriture imparfaite. D’un doigt léger sur mon clavier je m’affranchis de mon surmoi traumatisant. Paradisiaque, vraiment ! La bascule numérique est notre chemin d’accès vers le rose paradis virtuel des lendemains qui chantent ! Exit l’autorité ! Out les corrections au stylo rouge!
 
Vite ! Que tout ça bascule, et qu’on n’en parle plus !

Séance de suspension

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Revenant sur le viril réquisitoire du procureur Marin, Dominique de Villepin y a vu, une fois de plus, l’ombre portée de la main présidentielle, celle qui voulait dit-il « le suspendre à un croc de boucher ». L’expression – goûteuse, il est vrai – n’en finit pas d’être colportée partout. Et, à mon avis, à tort. Je veux bien qu’elle ait été proférée, mais pas par celui des deux à qui on l’attribue : je vois mal l’actuel locataire de l’Elysée suspendre qui que soit à quoi que ce soit – hormis un plus petit que lui, comme moi-même. On n’imagine Sarkozy faire une telle promesse sans avoir les moyens de sa politique. J’en déduis donc que, mathématiquement, du haut de ses 2,25 m sans talonnettes, seul DDV peut être le véritable auteur de cette menace de mort. Un nouveau procès en perspective ?

Journalistes, sarkozystes, même combat!

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Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie.

On devrait toujours écouter Jean-Michel Aphatie. L’autre soir, notre éditorialiste-cassoulet national a en effet émis sur le plateau de Michel Denisot une pensée qui devrait être méditée dans toutes les écoles de journalisme de France. Le genre de propos qui n’admet pas la moindre réplique. « La critique des médias, quand elle est faite en général, est toujours stupide, voire dangereuse, elle est irrespectueuse de l’esprit démocratique. » Au panier (pour rester poli) Karl Kraus, Mac Luhan, Baudrillard, Bourdieu (c’est pas que ça me chagrine tant que ça pour ce dernier mais bon). J’aurais aimé pouvoir dire que j’étais visée parce que l’une des ambitions du « Premier Pouvoir » sur France Culture ou du livre que j’ai commis avec mon ami Philippe Cohen sur le journalisme était bien de se livrer à une critique générale du système médiatique – et du journalisme. Mais bon, je crains que Jean-Michel Aphatie n’ait pensé ni à l’une (l’émission) ni à l’autre (le livre) ni même à mon aimable personne lorsqu’il a fait cette sortie. D’accord, j’ai pas le genre Canal, et croyez bien que je le déplore[1. Cela dit, Jean-Michel Aphatie a eu la courtoisie d’appeler RTL hier pour me répondre en direct. Dans la profession, ceux qui acceptent le principe même du débat et ne récusent pas un interlocuteur au motif qu’il ne pense pas comme eux ne sont pas si nombreux. Dont acte.].

Qu’on ne se méprenne pas. L’ennemi d’Aphatie, ce n’est pas la critique, c’est la généralité. Il admet volontiers que « la critique d’un média en particulier, des journalistes qui ne font pas leur travail ou qui racontent des choses fausses est nécessaire». On ne saurait pas plus parler des médias en général (sauf pour affirmer qu’ils sont, en général, nécessaires à la démocratie) que des élites, de la classe politique ou des jeunes. Je croyais jusque-là que la pensée avait justement quelque chose à voir avec la capacité de généraliser, d’extrapoler, de chercher l’universel derrière le particulier, le général derrière le singulier, et aussi que le journalisme avait partie liée avec la pensée. Je dois avoir faux sur au moins un point. Le journaliste selon Aphatie ne doit pas généraliser pas, ce qui signifie, je le répète, qu’il ne doit pas penser. Il est un expert en faits. Et l’avantage des faits, c’est qu’ils sont vrais ou faux. La vie est simple.

Aphatie me pardonnera d’ignorer son conseil ou sa consigne et de parler de la musique générale des médias au risque, effectivement, de passer sous silence ceux qui récalcitrent dans leur coin – et ceux que j’ai ratés. L’amusant, dans le film Sarkozy contre les journalistes, c’est l’effet de miroir. Après que les petits soldats du sarkozysme ont consciencieusement lâché leur salve l’un après l’autre, c’est donc au tour des journalistes de riposter à la queue-leu-leu. À peine Frédéric Lefebvre a-t-il lâché sa bourde (j’y reviendrai) que la contre-offensive se met en place. Certes, elle est bien moins coordonnée que l’attaque en escadrille des godillots. D’ailleurs, elle n’a pas besoin de l’être. Dans les rédactions, on a tendance à penser pareil, surtout sur ce genre de sujets. Et spontanément avec ça. Ne cherchez pas là l’effet d’une quelconque pression.

En 24 heures, la contre-mayonnaise (pour filer la métaphore de mes camarades Cohen et Joubert) prend solidement. La ligne est simple : c’est la liberté qu’on assassine. Tout le monde (ou presque, d’accord Jean-Michel), reprend cette antienne avec entrain. Les humoristes se joignent au chœur. Au lendemain de la raffarinade de Sarkozy (« les commentateurs commentent, les acteurs agissent »), l’incorruptible Guillon, symbole à lui tout seul de la rebellitude consensuelle, évoque la Birmanie, la Corée du Nord, la Russie de Poutine. Nous sommes tous des Anna Politovskaïa. Grand défenseur des libertés et nouvel arbitre des élégances humoristiques, Guillon en profite pour en remettre une louche sur l’âge des amants de Frédéric Mitterrand et sur Brice Hortefeux, le ministre qui fait des blagues racistes. C’est que contrairement à ses petits camarades, Guillon ne chasse pas un clou pour l’autre. Il tape sur tous les clous en même temps. J’attends maintenant la « une » de mes amis de Marianne qui ont déjà annoncé la semaine dernière que la République était abolie pour cause d’accession de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD.

L’indignation enfle d’une antenne à l’autre, l’ivresse résistante s’empare des esprits. « Ça craint », lâche Pascale Clarke, plutôt sobre pour l’occasion mais dont le ton accablé laisse penser qu’elle redoute d’être arrêtée à la sortie du studio. « C’est une réflexion qui fleure bon le Alain Peyrefitte d’antan et montre que nous sommes toujours sous l’empire de cette vieille façon de faire de la politique, très XXe siècle », affirme Thomas Legrand, le talentueux éditorialiste de France Inter – il faudra qu’il nous explique ce qu’est la politique façon XXIe siècle : la transparence et l’amour du prochain ? Aphatie se cauchemarde embastillé par les forces noires du sarkozysme. Mais cet extrémiste de la modération qui refuse tout autant d’être traité de journaliste-opposant que d’être taxé de journaliste-soumis s’imagine aussi pendu à un réverbère par les bolcheviks de la corporation qui ont, il y a quelques mois, lancé un appel pour la liberté de la presse (ou quelque chose dans ce goût-là) au cours d’un grand raout intello-mondain au théâtre du Châtelet.

Bien sûr, il y a des nuances, peut-être même quelques vagues désaccords, mais pour l’essentiel, le Parti des Médias est en bon ordre de marche. Le résultat, c’est que l’affaire Lefevbre a provisoirement chassé de la « une » le scandale Jean Sarkozy[2. Au cas où ma position sur la question aurait un intérêt quelconque, oui ce n’est ni moral ni élégant d’obtenir un poste ou une position par son nom et quand on est président, on devrait s’abstenir de ce genre d’exemple déplorable. Mais il est assez rigolo de voir s’indigner ceux qui trouvent parfaitement normal de décrocher leur téléphone pour obtenir un job (souvent dans les médias) à leur progéniture. D’accord, ce n’est pas pariel, mais c’est un peu pareil tout de même.]. Chers Aimée et Marc, la ficelle « c’est la faute aux médias » est peut-être usée mais c’est la preuve qu’elle marche encore.

Dans ce festival de grands principes et de phrases ronflantes, on ose à peine s’interroger sur le fond de ce qu’a dit Lefebvre. Puisqu’il est décrété par avance qu’un proche du président ne saurait proférer que des âneries ou des mensonges.

Les journalistes, et en particulier ceux qui passent leur temps à proclamer qu’ils sont le dernier bastion de la résistance dans un pays livré au pouvoir de l’hyper-président, devraient pourtant remercier le porte-parole de l’UMP de les introniser officiellement à ce poste prestigieux – l’opposition réelle, ce n’est pas rien, surtout quand l’opposition légale s’embourbe.

Il n’y a rien d’infâmant à ce que les journalistes aient des opinions – c’est même le contraire qui serait inquiétant. Mais pourquoi diable passent-ils leur temps à s’en défendre ? Il est difficile d’allumer une radio ou une télévision sans entendre une critique, fondée ou non, de du président et de sa politique. Même le Figaro renâcle. Sur France Inter, par exemple, l’anti-sarkozysme n’est pas une opinion (parfaitement respectable au demeurant) mais une vérité incontestable, qui n’a plus besoin de se démontrer ou de s’argumenter. Les journalistes du Service public peuvent se rengorger : eux, salariés des médias d’Etat (et pour un bon paquet d’entre eux, délicieusement inamovibles), ne sont-ils pas la pointe avancée du combat démocratique ? Merci qui ? Merci Sarkozy ! Et ils font leurs chochottes : opposant moi, jamais ! Comme si l’opposition était une maladie honteuse. Mais non les gars, faut y aller ! Ton injure sera mon nom. Assumez, camarades : oui, nous sommes les seuls et les vrais opposants. Et nous en sommes fiers.

On me dira qu’opposition et contre-pouvoir, ce n’est pas pareil. Chez Montesquieu peut-être mais il faut admettre que dans la vraie vie, la nuance est parfois faible. Et quoi qu’en pensent mes estimables confrères, la différence entre pouvoir et contre-pouvoir ne saute pas aux yeux non plus. « Le pouvoir, dit Thomas Legrand, n’admet pas les contre-pouvoirs. » Il s’agit bien sûr du pouvoir politique. L’affaire Lefebvre révèle, pour ceux qui en doutaient, que le pouvoir médiatique ne les tolère pas plus.

Bonne nouvelle

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Tous les enfants ne sont pas des cons. Cet après-midi même, un signe d’espérance, dans le Xème arrondissement de Paris, aux abords de la rue Cail…
Deux groupes d’enfants de huit à dix ans s’interpellent d’une extrémité à l’autre d’un carrefour. Le caïd de la première bande crie à tue-tête : « Il nous a donné des bonbons gratuit ! Venez ! ». A quoi le chef de la seconde bande rétorque à pleins poumons, avec une mimique et une intonation clownesques : « C’est un pédophile ! ». Les trois enfants autour de lui éclatent de rire. Si ces désopilantes têtes blondes deviennent un jour magistrats ou journalistes, il est peut-être permis d’espérer un monde meilleur…

Frédéric Lefebvre a tout compris !

Heureusement, Frédo est là pour dénoncer un nouveau complot des blouses blanches.
Heureusement, Frédo est là pour dénoncer un nouveau complot des blouses blanches.

C’est l’histoire d’un mec, il s’appelait Georges Marchais. En décembre 1979, en duplex depuis Moscou, il approuva en direct dans le JT l’intervention soviétique en Afghanistan. Un an et demi plus tard, le Parti faisait un plongeon historique à la présidentielle (à l’époque son score de 15% était considéré comme catastrophique, mais c’est une autre histoire). Les responsables de cette déconfiture communiste furent vite trouvés. Bon sang, mais c’est bien sûr, c’est la faute aux médias !

Pendant longtemps, ce mantra fera fonction de grille d’analyse unique au dit parti. Et comme on ne change pas une idée qui perd, la même bonne blague a servi à Raymond Barre en 1988, à Lionel Jospin en 2002 et à Jean-Marie Le Pen en 2007. Et même, à titre posthume, à Pierre Bérégovoy…

Rendons grâces à Frédéric Lefebvre, jamais en retard d’une tendance, d’avoir ressorti ce rossignol du placard, pour la collection automne-hiver 2009 de l’UMP. En accusant  « les médias » de chercher « par tous les moyens, à détruire le président de la République », il ne fait rien d’autre que qu’une belle grande crise de complotisme.

On imagine la scène : à l’aube, seul dans son bureau à Marianne, Maurice Szafran décroche son téléphone et appelle Joffrin: « Salut Laurent, qu’est-ce qu’on pourrait faire aujourd’hui pour déstabiliser la République? »  » J’ai des idées, Maurice, répond Laurent, on pourrait peut-être inventer un truc sur Jean Sarkozy ? Mais faut d’abord que je demande à Barbier ce qu’il en pense. N’oublie pas qu’on chasse en meute ! » Puis Lolo appelle le patron de l’Express, qui lui même téléphone à Apathie, qui en touche un mot à Edwy, qui lui-même explique la ligne du jour à Nicolas Demorand. L’objectif est simple : le Président de la République, élu par les Français, ces gens-là veulent le pendre à un croc de boucher. Heureusement, Frédo est là pour dénoncer ce nouveau complot des blouses blanches, démasquer les coupables et les désigner à la vindicte d’une opinion forcément indignée.

Profitons de ce que nos amis de l’UMP sont partis en séminaire de motivation afin de défendre au mieux les intérêts de leur chef et donc de la France, pour t’expliquer, lecteur, ce dont on parle. En fait de complot médiatique, il y a juste un énorme bug – le plus gros sans doute depuis le bouclier fiscal – de la machine à communiquer sarkozyste. On mettra de côté l’affaire Mitterrand, trop atypique, trop psychanalytique pour opposer méchants sarkozystes aux gentils journalistes (cf la défense hallucinante de Mitterrand-Salengro par BHL).

En revanche, la polémique de l’Epad, est un banal produit dérivé d’une monstrueuse erreur de dosage des communicants de l’UMP. Ces brillants cerveaux surpayés, ont juste oublié de faire un peu de politique. Certes sur le papier, c’est une élection, et Sarkozy Jr y est éligible. Qui plus est, le jeune Jean est, reconnaissons-le sans tortiller, plutôt très doué pour ses 23 ans. Sauf que quand on a été porté à l’Elysée au titre de la rupture, de la République impartiale et de la valeur travail, on n’autorise pas son fils à se porter candidat à la tête d’une money machine comme l’Epad. Parce que ce faisant, on est un peu aux antipodes des valeurs de courage et de sacrifice qu’on a voulu incarner avec la lettre de Guy Môquet. Le drame de l’UMP, c’est que ce coup-là, notre président d’ordinaire si affûté, ne l’a pas vu venir. Notre paie contre la sienne, que si le banco de l’Epad était à refaire, en vrai, il ne le referait pas.

Le drame du sarkozysme, c’est sa force. Sa modernité ontologique, c’est d’avoir fait muter l’habituelle émulsion instable genre vinaigrette entre com’ et pol’ en mélange indissociable façon mayonnaise. Les avantages, on les connaît, c’est cette mixture qui a transformé le proscrit de 1995 en président de 2007. Les inconvénients, c’est qu’aucune erreur politique ne peut plus être rattrapée, au risque de rendre le brouet totalement indigeste. Oui, le sarkozysme est une mayonnaise: ou elle parfaite ou tu la rates complètement. La vinaigrette chiraquienne ou mitterrandienne supportait, elle, un poil de sel en plus, ou une rallonge de vinaigre en fonction des nécessités ou du goût du moment. Chez Sarko, quand un maillon lâche, tout pète. Il est donc assez vain d’accuser les médias et encore moins l’opposition (quelle opposition ?) de vouloir affaiblir le Président de la république. L’UMP, avec son armée bolivarienne de communicants, y arrive parfaitement toute seule.

Délivrez-nous des précautionneux !

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antenne-relais

« On ne peut formellement montrer l’inexistence d’un risque… »
Dans leur grande honnêteté scientifique, les membres de la commission d’experts sur les radiofréquences de l’Agence française pour la sécurité sanitaire et l’environnement (Afsset) ont inclus cette clause de modestie dans leur rapport récemment remis au gouvernement. Il s’agissait d’établir si les ondes émises par les téléphones portables et antennes-relais disséminées sur le territoire constituaient un danger pour la santé.

Ce rapport, qui recense et évalue toutes les études réalisées à ce jour sur cette question, publie les auditions d’experts français et étrangers –physiciens, biologistes, médecins – est parfois hermétique pour les non-spécialistes, mais ses conclusions sont nettes et sans bavures. Dans l’état actuel de nos connaissances, rien n’établit de manière certaine que l’usage du téléphone portable ou la résidence à proximité des antennes-relais provoque des désordres graves de la santé des humains. Même la question de l’hypersensibilité magnétique, qui rendrait certains sujets plus vulnérables que d’autres à l’exposition aux radiofréquences, est renvoyée au registre de l’hystérie faute d’avoir pu être mise sur le compte de désordres cellulaires induits par ces ondes aussi malfaisantes qu’invisibles…

Mais comme on ne peut pas formellement démontrer l’inexistence d’un risque, ne serait-ce qu’en raison du manque de recul nécessaire pour évaluer les effets à long terme d’une exposition continue, les experts missionnés ne se sentent pas autorisés à trancher une fois pour toutes de la question. Ce sont des scientifiques, et non des idéologues. Ils proposent donc quelques vagues mesures de précaution, notamment pour les enfants, qui, si elles ne font pas de bien, ne font pas de mal.

Cela permet à nos habituels prêcheurs d’apocalypse de brandir leur « principe de précaution » comme les inquisiteurs de jadis arboraient leurs crucifix avant de brûler les hérétiques. La moindre incertitude, l’hypothèse que, peut-être, au bout de quatre-vingts ans l’utilisation intensive du GSM dézingue quelque neurones supplémentaires dans le cortex des vieillards du futur devrait, selon eux, nous inciter à instaurer un  » moratoire » sur le développement de la téléphonie mobile, comme les écolos ont réussi à freiner, dans nos contrées, le développement des OGM. Le fonctionnement de nos chevaliers blancs de l’environnement est maintenant bien rodé : le nouveau engendre de l’inquiétude dans une population méfiante vis-à-vis de technologies toujours plus compliquées et sophistiquées. Les idéologues de la décroissance et autres militants de la nouvelle austérité attisent cette inquiétude pour la transformer en panique, rendant ces technologies responsables des calamités présentes et à venir : cancers divers et variés, Alzheimer précoces, malformations des nouveaux nés et autres drames sanitaires effroyables.

Comme le discours inverse ne mobilise pas des affects aussi puissants que la peur de la mort, et se fonde sur la notion de « risque acceptable » dans l’état actuel de nos connaissances, il est facile de le caricaturer et de faire passer ceux qui le tiennent pour de dangereux irresponsables.

La téléphonie mobile tue, certes, mais principalement dans le personnel d’un établissement qui est chargé de sa diffusion et de sa maintenance. Elle réduit également l’espérance de vie de ceux qui, pour des raisons professionnelles, se trouvent joignables et corvéables à merci par leur hiérarchie. On conviendra que les ondes mystérieuses n’ont que peu de responsabilité dans cette mortalité et le développement de ces pathologies.

Les fantasmes entretenus autour de la nocivité physique du portable offrent même un prétexte aux chefs d’établissements scolaires pour se défausser sur un prétexte sanitaire pour interdire son usage à l’école. Comme s’il était grossier de priver les gamins de leur gadget pendant les heures de classe parce que c’est comme ça et pas autrement !

Alors que fait le gouvernement quand il est confronté aux bataillons des associations paniquardes ? Il fait un  » Grenelle » ! Après celui de l’environnement qui accoucha d’une funeste taxe carbone dont nous vous avons déjà entretenu, s’annonce le Grenelle des ondes où devront dialoguer ceux qui savent, et ceux qui parlent sans savoir, mais gueulent fort. Puis viendra, sans doute, celui des nanotechnologies à propos desquelles l’on entend déjà gronder les faux prophètes de malheur.

En 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre, quelques milliers de scientifiques de haut niveau, parmi lesquels une bonne centaine de Prix Nobel, lançaient l’appel de Heidelberg où l’on pouvait lire :
« Nous soulignons que bon nombre d’activités humaines essentielles sont effectuées soit dans la manipulation de substances dangereuses, soit dans la proximité de ces substances, et que le progrès et le développement ont toujours nécessité de plus en plus de contrôle contre les forces hostiles, et ce, dans l’intérêt de l’humanité. Nous considérons donc que l’écologie scientifique n’est rien de plus que le prolongement du progrès continuel vers une vie meilleure pour les générations futures. Nous avons l’intention de faire valoir les responsabilités et obligations de la science à l’égard de la société. Nous prévenons toutefois les autorités en charge de la destinée de notre planète contre les décisions soutenues par des arguments pseudo-scientifiques ou des données fausses et non-pertinentes. »
C’était au siècle dernier, hélas !

La chèvre, le chien et le chou

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« Une chèvre pourrait être élue avec l’investiture UMP à Neuilly » : c’est la réponse d’Arnaud Montebourg au principal argument de l’UMP pour justifier la candidature du conseiller général Jean Sarkozy à la tête de l’Epad. Pour Marine Le Pen, invitée de l’émission politique de France 5, c’est plutôt « un chien coiffé d’un bonnet marqué UMP » qui aurait été putativement élu dans ce coin-là. Quoique nous ne soyons pas très chauds partisans de la propulsion de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad, il ne faut pas exagérer dans l’autre sens non plus. Rappelons que David Martinon, 37 ans à l’époque, fonctionnaire expérimenté, diplômé de Sciences-Po, titulaire d’un DEA en économie et politiques publiques et major de sa promotion de l’ENA, a lamentablement échoué à Neuilly, malgré l’investiture UMP et le soutien des Sarkozy père et fils. Qu’on le veuille ou non, Jean Sarkozy, lui, a un certain talent pour la politique. Même coiffés d’un bonnet UMP, les chats ne font pas des chiens…

Europe Ecologie, mains vertes et tête haute

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Laurence Vichnievsky et Eva Joly.
Laurence Vichnievsky et Eva Joly.

La désignation de Laurence Vichnievsky comme tête de liste d’Europe Ecologie en région PACA précise encore les contours du projet de ces Verts néolibéraux, finalement assez inquiétants. Laurence Vichnievsky, souvenons-nous, fit la une des journaux quand elle s’attaquait à l’affaire ELF en compagnie d’Eva Joly, ce fjord luthérien qui fait de Robespierre un modèle de chaleur humaine et qui elle, a déjà été élue députée européenne avec Cohn-Bendit en juin dernier.

Décidément, ces gens-là, quand ils font dans le people, aiment bien les juges. On se rappelle ce tandem, Vichnievsky et Joly, qui aurait pu inspirer une certaine sympathie dans sa volonté de nettoyer les écuries d’Augias mais qui par son instrumentalisation des médias comme bouclier, son utilisation de la détention préventive comme moyen de pression, son discret populisme qui consistait à jouer systématiquement l’opinion contre les élus, aura beaucoup fait pour discréditer les politiques en les désignant comme des salauds intégraux, tous partis confondus. Laurence Vichnievsky tenta même de s’attaquer sans aucun succès à Robert Hue et au financement du PCF. Il n’y avait pas de raisons que les communistes échappent au lot commun, car pour cette dame, apparemment, faire de la politique était déjà, en soi, suspect[1. Que Jérôme me pardonne cette intrusion mais il y avait d’autant moins de raisons que le PC échappât aux juges que sa gestion municipale n’était pas, me semble-t-il, un modèle de vertu. Passons. EL.].

Il m’a toujours semblé étonnant qu’on ne souligne pas, d’ailleurs, dans les multiples causes qui amenèrent Le Pen au second tour en 2002, cette variation obsessionnelle sur le thème « tous pourris » jouée par ces idiotes utiles du néo-poujadisme ambiant de ces années-là (je féminise ce concept léniniste, il n’y a pas de raison, la parité ne se partage pas).

La façon dont madame Vichnievsky parle de la politique à l’occasion de son investiture ne trompe pas et prouve qu’elle garde, au bout du compte, le même mépris pour cette activité  : « J’étais juge, je le suis. Je représente une autre manière de faire, qui va à l’encontre de ce qui se fait en politique. » Je traduis : avant elle, avant qu’elle ne daigne affronter les électeurs (au cours d’un scrutin de liste), il n’y eut que des incapables ou des salauds, des élus totalement étrangers à l’intérêt public. Vêtue de probité candide et de lin blanc, la dame poursuit, nuançant légèrement son propos pour mieux lancer la flèche du Parthe : « Non, tous les politiques ne sont pas pourris, même en PACA. Je suis attachée à la règle de droit, j’ai envie qu’elle soit respectée par tous, en PACA peut-être plus qu’ailleurs. Quand je lis, dans la presse, qu’il y a à l’instruction une affaire de détournement de subventions accordées par le conseil régional, ça me choque. »

Il faut absolument que quelqu’un m’explique en quoi cette déclaration de principe ne pourrait pas être cosignée par le FN, époque « mains propres et tête haute » ou monsieur Bompard et ses identitaires de La ligue du Sud, pénibles décalques à la badiane et au pistou du grotesque Umberto Bossi.

Europe Ecologie, plus prosaïquement, se voit déjà le fossoyeur du Parti Socialiste. Entre le score de juin aux européennes, celui de leur candidate battue de justesse au second tour dans l’ancienne circonscription de Boutin et celui de Lipietz au premier tour contre Douillet dans la douzième des Yvelines, ils auraient tort de se priver. Ils sont le mouvement politique idéal de la bourgeoisie éclairée, celle qui fait partie des gagnants de l’économie de marché mais veut se montrer d’une grande tolérance sur les sujets de société, ceux qui ne coûtent pas chers, en tout cas à leurs enfants surprotégés : sexualité, drogues, droits particuliers. L’alliance objective de Cécile Duflo avec Sarkozy dans l’affaire de la taxe carbone, prouve que le Vert nouveau n’a plus rien à faire de l’électorat populaire.

Son écologie, c’est celle du tri sélectif, des pistes cyclables et des marchés bio, c’est aussi celle des associations nimby (not in my backyard, en gros, pas dans mon jardin) qui pétitionnent contre les antennes relais sur le toit d’en face, la construction d’un parking en centre-ville ou la présence d’un incinérateur dans un rayon de cinquante kilomètres. Mais ce n’est certainement pas celle qui se développe en ce moment dans les propositions du Parti de Gauche, par exemple, et qui souligne une banalité de base oubliée par ces Verts mutants : l’écologie est définitivement incompatible avec le capitalisme et ses modes de productions suicidaires dans une planète devenue trop petite.

Et Marx et Engels de nous rappeler, dans le Manifeste, par leur définition du « socialisme bourgeois », qu’Europe Ecologie a de tout temps existé, qu’il y a un transcendantal d’Europe Ecologie comme, dirait Badiou, il y a un transcendantal pétainiste : « Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n’entend aucunement l’abolition du régime de production bourgeois, laquelle n’est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l’Etat. »

Au secours, les eighties reviennent

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causeurbouygues

Conscients que leur ralliement bidon au revival rock n’roll ne tiendra pas plus d’une saison, les créatifs de mode fatigués fourbissent leur arme secrète pour l’horizon 2011 : le retour aux eighties. Les magazines pour dames nous parlent déjà de look Alexis Carrington. Certes, celle-ci, divinement incarnée par Joan Collins dans Dynasty, peut raisonnablement nous faire rêver, de même qu’on peut sans déchoir partager la fascination de Nanni Moretti pour Jennifer Beals, l’héroïne de Flashdance, telle qu’il l’a contée dans Aprile. OK, OK, je veux bien tout ça ; mais la vérité des prix pour les eighties, ces années oubliées par le goût » selon l’expression inspirée d’un journaliste anglais, c’est les brushings au fer à souder, les épaulettes de déménageurs stéroïdés, les imprimés qui font peur aux enfants. On en trouvera une illustration chimiquement pure dans la photo officielle actant la prise de pouvoir de Francis Bouygues à TF1 (circa 1986) starring Mmes Sinclair, Ockrent et Cotta. Il ne manque plus que Jean-Luc Lahaye ou Phil Collins pour la bande son, mais bon, on peut aimer…

Somalie : des militaires pas très civils

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Au moins 17 civils ont été tués hier matin à Mogadiscio dans des combats à distance entre insurgés islamistes et soldats de la force de paix de l’Union africaine (l’Amisom, African Union Mission to Somalia). Selon les agences de presse, des tirs d’artillerie lourde ont visé des quartiers populaires, notamment le marché de Baraka. Les insurgés ont d’abord tiré au mortier sur l’aéroport alors que le président cheikh Sharif Ahmed prenait l’avion pour se rendre en Ouganda , et les troupes de l’Amisom ont riposté par d’intenses tirs d’artillerie lourde. S’agit-il d’un massacre d’intimidation délibérément perpétré par les militaires de la « force de paix » de l’Union africaine ? On ne saura probablement jamais la réponse pour une raison simple: l’Amisom est composée de soldats ougandais, burundais, nigérians et malawites et tout le monde s’en contrefout. Je vous laisse imaginer les commentaires de la presse occidentale avec un scénario similaire, mais, avec dans le rôle des méchants, des casques bleus Européens ou des troupes de l’OTAN…

Educ’nat point com

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ecole

« L’éducation nationale doit basculer totalement dans l’ère du numérique », a déclaré récemment le tout nouveau tout beau ministre de l’Education nationale, qui voit enfin les choses en grand. Il était temps. Depuis trop longtemps les profs, ces archaïques, tournent autour du pot numérique sans oser s’y plonger tout à fait. Le journal Les Echos s’en lamentait encore cet été, Mamy éducation nationale fait de la résistance. Serait-ce une conséquence regrettable de son grand âge, elle se fait désirer avant de s’abandonner à la totale bascule que son ardent ministre lui promet. « La France ne dispose que d’un ordinateur pour 12,5 écoliers, se plaçant ainsi au 12e rang européen. » À peine passable. Et même très médiocre. D’autant plus que pour ce qui concerne l’usage des high tech (ordinateur, vidéoprojecteur, connexion Internet) la France fait carrément figure de cancre du fond de laclasse.com, puisqu’elle pointe à une piteuse 21e place européenne, selon une « enquête » de la Commission de Bruxelles, toujours d’attaque quant à elle lorsqu’il s’agit de dénoncer les obsolescences françaises. C’est la honte. Vite, vite, connectons nos têtes blondes, avant qu’elles ne se voient contraintes de redoubler en compagnie des jeunes Bulgares pour obtenir enfin leur B2i.
 
Comment, vous ne connaissez pas le B2i ?
 
Le B2i, pour Brevet Informatique et Internet, « valide les compétences informatiques acquises dans toutes les disciplines [même le sport ? Oui, même le sport] et diverses circonstances ». Bon, personnellement, j’ai deux collégiens à la maison, et je peux vous dire que ce B2i, ça les fait bien rigoler. Sans même interrompre leur session msn, les voilà qui « valident les items constitutifs des compétences attendues » sur l’ordinateur de papa-maman ! C’est ainsi qu’on prétend réduire la fracture numérique au ministère : l’ordinateur partout, tout le temps, et pour faire n’importe quoi ! Ne dites surtout pas à nos néo-pédagogues qui pensent enfin avoir trouvé l’arme fatale contre les inégalités sociales, que dans les milieux les plus culturellement favorisés on limite, ou même interdit, l’usage de l’ordinateur aux enfants ! Comment ? Certains mauvais esprits osent suggérer que les facilités de l’informatique pourraient entraver le développement des facultés de concentration et, in fine, l’accès intelligent à la culture des enfants et des adolescents? Laissons ces rabat-joies à leur obsolète « support papier » que plus personne ne lit, et hâtons tous ensemble l’avènement du grand basculement vers la « société numérique ».
 
Mais peut-être après tout est-ce moi le naïf, et nos néo-pédagogues sont-ils parfaitement conscients des dégâts opérés sur la culture des collégiens par le culte du tout numérique. Peut-être visent-ils, en rendant obligatoire et permanent l’usage de l’ordinateur non seulement à l’école mais aussi à la maison, à niveler par le bas. Ce qu’ils n’ont jamais réussi à faire en interdisant les devoirs à la maison, peut-être y parviendront-ils enfin en faisant basculer totalement l’éducation dans le dépotoir numérique. Tous ensembles et qu’aucune tête ne dépasse ! Au nom, bien sûr, de l’égalité des chances.
 
Ne cédons pas trop vite aux douces sirènes de la théorie du complot : les intentions de nos néo-pédagogues sont certainement pures. Je suis prêt à parier mon Apple 2 contre votre iPhone qu’ils croient malheureusement dur comme fer aux vertus pédagogiques du basculement numérique total. D’ailleurs, le mouvement s’est engagé de longues années avant que le ministre ne le décrète total et obligatoire. Avec un enthousiasme terrifiant, sous la pression inquiète des parents et sur les fonds des collectivités territoriales, les collèges et lycées, et même parfois les écoles, tous soucieux d’apparaître plus modernes et performants les uns que les autres, se sont dotés à la vitesse de la lumière de multiples ordinateurs plus ou moins à la page sur lesquels élèves et professeurs de conserve passent dorénavant des cours entiers de mathématiques et de français à se « loguer sur leur compte utilisateur », afin de tracer des cercles au compas virtuel sur le site mathenpoche, ou analyser un conte africain à l’aide d’indispensables outils informatiques dispensés par un « espace numérique de travail ». C’est une merveille de constater à quel point, dans ce domaine, la contrainte budgétaire disparaît comme par magie. S’il s’agit de réduire la fracture numérique, la facture, même astronomique, sera toujours acquittée. Un prof sans « support numérique » sera bientôt le dernier des ringards, et la « pensée PowerPoint« , qui se contente de « lister des items », c’est-à-dire d’empiler des phrases ou même seulement des « mots-clés », aura bientôt raison partout de la vieille pensée analytique et discursive.
 
Ce n’est pas seulement pour être moderne et performant qu’il faut se hâter de basculer. C’est aussi une question urgente de santé publique. Ainsi, les cartables, qui ont depuis des lustres transformés de façon humiliante notre précieuse progéniture en portefaix, ont heureusement fait leur temps. Numérisés eux-aussi ! Transformés d’un coup de baguette numérique en clés USB de quelques grammes. Bien fait pour eux ! Et que redressent le dos, et que relèvent la tête nos marmots affranchis du poids exténuant du vieux savoir !
 
Il faut, dit-on encore au ministère, « inventer une nouvelle pratique numérique ». Plus interactive, plus proche de l’élève qui conquerra ainsi la terre promise de son « autonomie ». Une nouvelle pratique qui permettra à nos chers bambins de s’épanouir enfin « au centre ». Cliquant en classe comme à la maison sur son ordinateur, l’apprenant pourra royalement ignorer l’enseignant, comme le rejeton ignore déjà royalement ses géniteurs qui osent l’interrompre pour lui demander brutalement de venir mettre la table alors qu’il se livre à un paisible massacre simultané de l’orthographe, de la syntaxe, et d’autres monstrueux ennemis sur son écran. C’est que, voyez-vous, l’ordinateur c’est beaucoup moins fasciste que les gens. Moins perturbant pour les enfants. Comme le souligne un de nos néo-pédagogues parmi les plus autorisés, « l’ordinateur n’est pas perçu comme celui qui juge et qui sanctionne ». Grâce à l’ordinateur, poursuit notre technopédagogue, l’erreur disparaît « comme par enchantement », et « les contraintes « bassement matérielles » d’opérations intellectuelles essentielles » sont supprimées. Plus de vilaines ratures, plus d’écriture imparfaite. D’un doigt léger sur mon clavier je m’affranchis de mon surmoi traumatisant. Paradisiaque, vraiment ! La bascule numérique est notre chemin d’accès vers le rose paradis virtuel des lendemains qui chantent ! Exit l’autorité ! Out les corrections au stylo rouge!
 
Vite ! Que tout ça bascule, et qu’on n’en parle plus !

Séance de suspension

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Revenant sur le viril réquisitoire du procureur Marin, Dominique de Villepin y a vu, une fois de plus, l’ombre portée de la main présidentielle, celle qui voulait dit-il « le suspendre à un croc de boucher ». L’expression – goûteuse, il est vrai – n’en finit pas d’être colportée partout. Et, à mon avis, à tort. Je veux bien qu’elle ait été proférée, mais pas par celui des deux à qui on l’attribue : je vois mal l’actuel locataire de l’Elysée suspendre qui que soit à quoi que ce soit – hormis un plus petit que lui, comme moi-même. On n’imagine Sarkozy faire une telle promesse sans avoir les moyens de sa politique. J’en déduis donc que, mathématiquement, du haut de ses 2,25 m sans talonnettes, seul DDV peut être le véritable auteur de cette menace de mort. Un nouveau procès en perspective ?

Journalistes, sarkozystes, même combat!

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Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie.
Jean-Michel Aphatie.

On devrait toujours écouter Jean-Michel Aphatie. L’autre soir, notre éditorialiste-cassoulet national a en effet émis sur le plateau de Michel Denisot une pensée qui devrait être méditée dans toutes les écoles de journalisme de France. Le genre de propos qui n’admet pas la moindre réplique. « La critique des médias, quand elle est faite en général, est toujours stupide, voire dangereuse, elle est irrespectueuse de l’esprit démocratique. » Au panier (pour rester poli) Karl Kraus, Mac Luhan, Baudrillard, Bourdieu (c’est pas que ça me chagrine tant que ça pour ce dernier mais bon). J’aurais aimé pouvoir dire que j’étais visée parce que l’une des ambitions du « Premier Pouvoir » sur France Culture ou du livre que j’ai commis avec mon ami Philippe Cohen sur le journalisme était bien de se livrer à une critique générale du système médiatique – et du journalisme. Mais bon, je crains que Jean-Michel Aphatie n’ait pensé ni à l’une (l’émission) ni à l’autre (le livre) ni même à mon aimable personne lorsqu’il a fait cette sortie. D’accord, j’ai pas le genre Canal, et croyez bien que je le déplore[1. Cela dit, Jean-Michel Aphatie a eu la courtoisie d’appeler RTL hier pour me répondre en direct. Dans la profession, ceux qui acceptent le principe même du débat et ne récusent pas un interlocuteur au motif qu’il ne pense pas comme eux ne sont pas si nombreux. Dont acte.].

Qu’on ne se méprenne pas. L’ennemi d’Aphatie, ce n’est pas la critique, c’est la généralité. Il admet volontiers que « la critique d’un média en particulier, des journalistes qui ne font pas leur travail ou qui racontent des choses fausses est nécessaire». On ne saurait pas plus parler des médias en général (sauf pour affirmer qu’ils sont, en général, nécessaires à la démocratie) que des élites, de la classe politique ou des jeunes. Je croyais jusque-là que la pensée avait justement quelque chose à voir avec la capacité de généraliser, d’extrapoler, de chercher l’universel derrière le particulier, le général derrière le singulier, et aussi que le journalisme avait partie liée avec la pensée. Je dois avoir faux sur au moins un point. Le journaliste selon Aphatie ne doit pas généraliser pas, ce qui signifie, je le répète, qu’il ne doit pas penser. Il est un expert en faits. Et l’avantage des faits, c’est qu’ils sont vrais ou faux. La vie est simple.

Aphatie me pardonnera d’ignorer son conseil ou sa consigne et de parler de la musique générale des médias au risque, effectivement, de passer sous silence ceux qui récalcitrent dans leur coin – et ceux que j’ai ratés. L’amusant, dans le film Sarkozy contre les journalistes, c’est l’effet de miroir. Après que les petits soldats du sarkozysme ont consciencieusement lâché leur salve l’un après l’autre, c’est donc au tour des journalistes de riposter à la queue-leu-leu. À peine Frédéric Lefebvre a-t-il lâché sa bourde (j’y reviendrai) que la contre-offensive se met en place. Certes, elle est bien moins coordonnée que l’attaque en escadrille des godillots. D’ailleurs, elle n’a pas besoin de l’être. Dans les rédactions, on a tendance à penser pareil, surtout sur ce genre de sujets. Et spontanément avec ça. Ne cherchez pas là l’effet d’une quelconque pression.

En 24 heures, la contre-mayonnaise (pour filer la métaphore de mes camarades Cohen et Joubert) prend solidement. La ligne est simple : c’est la liberté qu’on assassine. Tout le monde (ou presque, d’accord Jean-Michel), reprend cette antienne avec entrain. Les humoristes se joignent au chœur. Au lendemain de la raffarinade de Sarkozy (« les commentateurs commentent, les acteurs agissent »), l’incorruptible Guillon, symbole à lui tout seul de la rebellitude consensuelle, évoque la Birmanie, la Corée du Nord, la Russie de Poutine. Nous sommes tous des Anna Politovskaïa. Grand défenseur des libertés et nouvel arbitre des élégances humoristiques, Guillon en profite pour en remettre une louche sur l’âge des amants de Frédéric Mitterrand et sur Brice Hortefeux, le ministre qui fait des blagues racistes. C’est que contrairement à ses petits camarades, Guillon ne chasse pas un clou pour l’autre. Il tape sur tous les clous en même temps. J’attends maintenant la « une » de mes amis de Marianne qui ont déjà annoncé la semaine dernière que la République était abolie pour cause d’accession de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD.

L’indignation enfle d’une antenne à l’autre, l’ivresse résistante s’empare des esprits. « Ça craint », lâche Pascale Clarke, plutôt sobre pour l’occasion mais dont le ton accablé laisse penser qu’elle redoute d’être arrêtée à la sortie du studio. « C’est une réflexion qui fleure bon le Alain Peyrefitte d’antan et montre que nous sommes toujours sous l’empire de cette vieille façon de faire de la politique, très XXe siècle », affirme Thomas Legrand, le talentueux éditorialiste de France Inter – il faudra qu’il nous explique ce qu’est la politique façon XXIe siècle : la transparence et l’amour du prochain ? Aphatie se cauchemarde embastillé par les forces noires du sarkozysme. Mais cet extrémiste de la modération qui refuse tout autant d’être traité de journaliste-opposant que d’être taxé de journaliste-soumis s’imagine aussi pendu à un réverbère par les bolcheviks de la corporation qui ont, il y a quelques mois, lancé un appel pour la liberté de la presse (ou quelque chose dans ce goût-là) au cours d’un grand raout intello-mondain au théâtre du Châtelet.

Bien sûr, il y a des nuances, peut-être même quelques vagues désaccords, mais pour l’essentiel, le Parti des Médias est en bon ordre de marche. Le résultat, c’est que l’affaire Lefevbre a provisoirement chassé de la « une » le scandale Jean Sarkozy[2. Au cas où ma position sur la question aurait un intérêt quelconque, oui ce n’est ni moral ni élégant d’obtenir un poste ou une position par son nom et quand on est président, on devrait s’abstenir de ce genre d’exemple déplorable. Mais il est assez rigolo de voir s’indigner ceux qui trouvent parfaitement normal de décrocher leur téléphone pour obtenir un job (souvent dans les médias) à leur progéniture. D’accord, ce n’est pas pariel, mais c’est un peu pareil tout de même.]. Chers Aimée et Marc, la ficelle « c’est la faute aux médias » est peut-être usée mais c’est la preuve qu’elle marche encore.

Dans ce festival de grands principes et de phrases ronflantes, on ose à peine s’interroger sur le fond de ce qu’a dit Lefebvre. Puisqu’il est décrété par avance qu’un proche du président ne saurait proférer que des âneries ou des mensonges.

Les journalistes, et en particulier ceux qui passent leur temps à proclamer qu’ils sont le dernier bastion de la résistance dans un pays livré au pouvoir de l’hyper-président, devraient pourtant remercier le porte-parole de l’UMP de les introniser officiellement à ce poste prestigieux – l’opposition réelle, ce n’est pas rien, surtout quand l’opposition légale s’embourbe.

Il n’y a rien d’infâmant à ce que les journalistes aient des opinions – c’est même le contraire qui serait inquiétant. Mais pourquoi diable passent-ils leur temps à s’en défendre ? Il est difficile d’allumer une radio ou une télévision sans entendre une critique, fondée ou non, de du président et de sa politique. Même le Figaro renâcle. Sur France Inter, par exemple, l’anti-sarkozysme n’est pas une opinion (parfaitement respectable au demeurant) mais une vérité incontestable, qui n’a plus besoin de se démontrer ou de s’argumenter. Les journalistes du Service public peuvent se rengorger : eux, salariés des médias d’Etat (et pour un bon paquet d’entre eux, délicieusement inamovibles), ne sont-ils pas la pointe avancée du combat démocratique ? Merci qui ? Merci Sarkozy ! Et ils font leurs chochottes : opposant moi, jamais ! Comme si l’opposition était une maladie honteuse. Mais non les gars, faut y aller ! Ton injure sera mon nom. Assumez, camarades : oui, nous sommes les seuls et les vrais opposants. Et nous en sommes fiers.

On me dira qu’opposition et contre-pouvoir, ce n’est pas pareil. Chez Montesquieu peut-être mais il faut admettre que dans la vraie vie, la nuance est parfois faible. Et quoi qu’en pensent mes estimables confrères, la différence entre pouvoir et contre-pouvoir ne saute pas aux yeux non plus. « Le pouvoir, dit Thomas Legrand, n’admet pas les contre-pouvoirs. » Il s’agit bien sûr du pouvoir politique. L’affaire Lefebvre révèle, pour ceux qui en doutaient, que le pouvoir médiatique ne les tolère pas plus.

Bonne nouvelle

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Tous les enfants ne sont pas des cons. Cet après-midi même, un signe d’espérance, dans le Xème arrondissement de Paris, aux abords de la rue Cail…
Deux groupes d’enfants de huit à dix ans s’interpellent d’une extrémité à l’autre d’un carrefour. Le caïd de la première bande crie à tue-tête : « Il nous a donné des bonbons gratuit ! Venez ! ». A quoi le chef de la seconde bande rétorque à pleins poumons, avec une mimique et une intonation clownesques : « C’est un pédophile ! ». Les trois enfants autour de lui éclatent de rire. Si ces désopilantes têtes blondes deviennent un jour magistrats ou journalistes, il est peut-être permis d’espérer un monde meilleur…

Frédéric Lefebvre a tout compris !

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Heureusement, Frédo est là pour dénoncer ce nouveau complot des blouses blanches.
Heureusement, Frédo est là pour dénoncer un nouveau complot des blouses blanches.
Heureusement, Frédo est là pour dénoncer un nouveau complot des blouses blanches.

C’est l’histoire d’un mec, il s’appelait Georges Marchais. En décembre 1979, en duplex depuis Moscou, il approuva en direct dans le JT l’intervention soviétique en Afghanistan. Un an et demi plus tard, le Parti faisait un plongeon historique à la présidentielle (à l’époque son score de 15% était considéré comme catastrophique, mais c’est une autre histoire). Les responsables de cette déconfiture communiste furent vite trouvés. Bon sang, mais c’est bien sûr, c’est la faute aux médias !

Pendant longtemps, ce mantra fera fonction de grille d’analyse unique au dit parti. Et comme on ne change pas une idée qui perd, la même bonne blague a servi à Raymond Barre en 1988, à Lionel Jospin en 2002 et à Jean-Marie Le Pen en 2007. Et même, à titre posthume, à Pierre Bérégovoy…

Rendons grâces à Frédéric Lefebvre, jamais en retard d’une tendance, d’avoir ressorti ce rossignol du placard, pour la collection automne-hiver 2009 de l’UMP. En accusant  « les médias » de chercher « par tous les moyens, à détruire le président de la République », il ne fait rien d’autre que qu’une belle grande crise de complotisme.

On imagine la scène : à l’aube, seul dans son bureau à Marianne, Maurice Szafran décroche son téléphone et appelle Joffrin: « Salut Laurent, qu’est-ce qu’on pourrait faire aujourd’hui pour déstabiliser la République? »  » J’ai des idées, Maurice, répond Laurent, on pourrait peut-être inventer un truc sur Jean Sarkozy ? Mais faut d’abord que je demande à Barbier ce qu’il en pense. N’oublie pas qu’on chasse en meute ! » Puis Lolo appelle le patron de l’Express, qui lui même téléphone à Apathie, qui en touche un mot à Edwy, qui lui-même explique la ligne du jour à Nicolas Demorand. L’objectif est simple : le Président de la République, élu par les Français, ces gens-là veulent le pendre à un croc de boucher. Heureusement, Frédo est là pour dénoncer ce nouveau complot des blouses blanches, démasquer les coupables et les désigner à la vindicte d’une opinion forcément indignée.

Profitons de ce que nos amis de l’UMP sont partis en séminaire de motivation afin de défendre au mieux les intérêts de leur chef et donc de la France, pour t’expliquer, lecteur, ce dont on parle. En fait de complot médiatique, il y a juste un énorme bug – le plus gros sans doute depuis le bouclier fiscal – de la machine à communiquer sarkozyste. On mettra de côté l’affaire Mitterrand, trop atypique, trop psychanalytique pour opposer méchants sarkozystes aux gentils journalistes (cf la défense hallucinante de Mitterrand-Salengro par BHL).

En revanche, la polémique de l’Epad, est un banal produit dérivé d’une monstrueuse erreur de dosage des communicants de l’UMP. Ces brillants cerveaux surpayés, ont juste oublié de faire un peu de politique. Certes sur le papier, c’est une élection, et Sarkozy Jr y est éligible. Qui plus est, le jeune Jean est, reconnaissons-le sans tortiller, plutôt très doué pour ses 23 ans. Sauf que quand on a été porté à l’Elysée au titre de la rupture, de la République impartiale et de la valeur travail, on n’autorise pas son fils à se porter candidat à la tête d’une money machine comme l’Epad. Parce que ce faisant, on est un peu aux antipodes des valeurs de courage et de sacrifice qu’on a voulu incarner avec la lettre de Guy Môquet. Le drame de l’UMP, c’est que ce coup-là, notre président d’ordinaire si affûté, ne l’a pas vu venir. Notre paie contre la sienne, que si le banco de l’Epad était à refaire, en vrai, il ne le referait pas.

Le drame du sarkozysme, c’est sa force. Sa modernité ontologique, c’est d’avoir fait muter l’habituelle émulsion instable genre vinaigrette entre com’ et pol’ en mélange indissociable façon mayonnaise. Les avantages, on les connaît, c’est cette mixture qui a transformé le proscrit de 1995 en président de 2007. Les inconvénients, c’est qu’aucune erreur politique ne peut plus être rattrapée, au risque de rendre le brouet totalement indigeste. Oui, le sarkozysme est une mayonnaise: ou elle parfaite ou tu la rates complètement. La vinaigrette chiraquienne ou mitterrandienne supportait, elle, un poil de sel en plus, ou une rallonge de vinaigre en fonction des nécessités ou du goût du moment. Chez Sarko, quand un maillon lâche, tout pète. Il est donc assez vain d’accuser les médias et encore moins l’opposition (quelle opposition ?) de vouloir affaiblir le Président de la république. L’UMP, avec son armée bolivarienne de communicants, y arrive parfaitement toute seule.

Délivrez-nous des précautionneux !

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antenne-relais

« On ne peut formellement montrer l’inexistence d’un risque… »
Dans leur grande honnêteté scientifique, les membres de la commission d’experts sur les radiofréquences de l’Agence française pour la sécurité sanitaire et l’environnement (Afsset) ont inclus cette clause de modestie dans leur rapport récemment remis au gouvernement. Il s’agissait d’établir si les ondes émises par les téléphones portables et antennes-relais disséminées sur le territoire constituaient un danger pour la santé.

Ce rapport, qui recense et évalue toutes les études réalisées à ce jour sur cette question, publie les auditions d’experts français et étrangers –physiciens, biologistes, médecins – est parfois hermétique pour les non-spécialistes, mais ses conclusions sont nettes et sans bavures. Dans l’état actuel de nos connaissances, rien n’établit de manière certaine que l’usage du téléphone portable ou la résidence à proximité des antennes-relais provoque des désordres graves de la santé des humains. Même la question de l’hypersensibilité magnétique, qui rendrait certains sujets plus vulnérables que d’autres à l’exposition aux radiofréquences, est renvoyée au registre de l’hystérie faute d’avoir pu être mise sur le compte de désordres cellulaires induits par ces ondes aussi malfaisantes qu’invisibles…

Mais comme on ne peut pas formellement démontrer l’inexistence d’un risque, ne serait-ce qu’en raison du manque de recul nécessaire pour évaluer les effets à long terme d’une exposition continue, les experts missionnés ne se sentent pas autorisés à trancher une fois pour toutes de la question. Ce sont des scientifiques, et non des idéologues. Ils proposent donc quelques vagues mesures de précaution, notamment pour les enfants, qui, si elles ne font pas de bien, ne font pas de mal.

Cela permet à nos habituels prêcheurs d’apocalypse de brandir leur « principe de précaution » comme les inquisiteurs de jadis arboraient leurs crucifix avant de brûler les hérétiques. La moindre incertitude, l’hypothèse que, peut-être, au bout de quatre-vingts ans l’utilisation intensive du GSM dézingue quelque neurones supplémentaires dans le cortex des vieillards du futur devrait, selon eux, nous inciter à instaurer un  » moratoire » sur le développement de la téléphonie mobile, comme les écolos ont réussi à freiner, dans nos contrées, le développement des OGM. Le fonctionnement de nos chevaliers blancs de l’environnement est maintenant bien rodé : le nouveau engendre de l’inquiétude dans une population méfiante vis-à-vis de technologies toujours plus compliquées et sophistiquées. Les idéologues de la décroissance et autres militants de la nouvelle austérité attisent cette inquiétude pour la transformer en panique, rendant ces technologies responsables des calamités présentes et à venir : cancers divers et variés, Alzheimer précoces, malformations des nouveaux nés et autres drames sanitaires effroyables.

Comme le discours inverse ne mobilise pas des affects aussi puissants que la peur de la mort, et se fonde sur la notion de « risque acceptable » dans l’état actuel de nos connaissances, il est facile de le caricaturer et de faire passer ceux qui le tiennent pour de dangereux irresponsables.

La téléphonie mobile tue, certes, mais principalement dans le personnel d’un établissement qui est chargé de sa diffusion et de sa maintenance. Elle réduit également l’espérance de vie de ceux qui, pour des raisons professionnelles, se trouvent joignables et corvéables à merci par leur hiérarchie. On conviendra que les ondes mystérieuses n’ont que peu de responsabilité dans cette mortalité et le développement de ces pathologies.

Les fantasmes entretenus autour de la nocivité physique du portable offrent même un prétexte aux chefs d’établissements scolaires pour se défausser sur un prétexte sanitaire pour interdire son usage à l’école. Comme s’il était grossier de priver les gamins de leur gadget pendant les heures de classe parce que c’est comme ça et pas autrement !

Alors que fait le gouvernement quand il est confronté aux bataillons des associations paniquardes ? Il fait un  » Grenelle » ! Après celui de l’environnement qui accoucha d’une funeste taxe carbone dont nous vous avons déjà entretenu, s’annonce le Grenelle des ondes où devront dialoguer ceux qui savent, et ceux qui parlent sans savoir, mais gueulent fort. Puis viendra, sans doute, celui des nanotechnologies à propos desquelles l’on entend déjà gronder les faux prophètes de malheur.

En 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre, quelques milliers de scientifiques de haut niveau, parmi lesquels une bonne centaine de Prix Nobel, lançaient l’appel de Heidelberg où l’on pouvait lire :
« Nous soulignons que bon nombre d’activités humaines essentielles sont effectuées soit dans la manipulation de substances dangereuses, soit dans la proximité de ces substances, et que le progrès et le développement ont toujours nécessité de plus en plus de contrôle contre les forces hostiles, et ce, dans l’intérêt de l’humanité. Nous considérons donc que l’écologie scientifique n’est rien de plus que le prolongement du progrès continuel vers une vie meilleure pour les générations futures. Nous avons l’intention de faire valoir les responsabilités et obligations de la science à l’égard de la société. Nous prévenons toutefois les autorités en charge de la destinée de notre planète contre les décisions soutenues par des arguments pseudo-scientifiques ou des données fausses et non-pertinentes. »
C’était au siècle dernier, hélas !

La chèvre, le chien et le chou

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« Une chèvre pourrait être élue avec l’investiture UMP à Neuilly » : c’est la réponse d’Arnaud Montebourg au principal argument de l’UMP pour justifier la candidature du conseiller général Jean Sarkozy à la tête de l’Epad. Pour Marine Le Pen, invitée de l’émission politique de France 5, c’est plutôt « un chien coiffé d’un bonnet marqué UMP » qui aurait été putativement élu dans ce coin-là. Quoique nous ne soyons pas très chauds partisans de la propulsion de Jean Sarkozy à la tête de l’Epad, il ne faut pas exagérer dans l’autre sens non plus. Rappelons que David Martinon, 37 ans à l’époque, fonctionnaire expérimenté, diplômé de Sciences-Po, titulaire d’un DEA en économie et politiques publiques et major de sa promotion de l’ENA, a lamentablement échoué à Neuilly, malgré l’investiture UMP et le soutien des Sarkozy père et fils. Qu’on le veuille ou non, Jean Sarkozy, lui, a un certain talent pour la politique. Même coiffés d’un bonnet UMP, les chats ne font pas des chiens…

Europe Ecologie, mains vertes et tête haute

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Eva Joly et Laurence Vichnievsky.
Laurence Vichnievsky et Eva Joly.
Laurence Vichnievsky et Eva Joly.

La désignation de Laurence Vichnievsky comme tête de liste d’Europe Ecologie en région PACA précise encore les contours du projet de ces Verts néolibéraux, finalement assez inquiétants. Laurence Vichnievsky, souvenons-nous, fit la une des journaux quand elle s’attaquait à l’affaire ELF en compagnie d’Eva Joly, ce fjord luthérien qui fait de Robespierre un modèle de chaleur humaine et qui elle, a déjà été élue députée européenne avec Cohn-Bendit en juin dernier.

Décidément, ces gens-là, quand ils font dans le people, aiment bien les juges. On se rappelle ce tandem, Vichnievsky et Joly, qui aurait pu inspirer une certaine sympathie dans sa volonté de nettoyer les écuries d’Augias mais qui par son instrumentalisation des médias comme bouclier, son utilisation de la détention préventive comme moyen de pression, son discret populisme qui consistait à jouer systématiquement l’opinion contre les élus, aura beaucoup fait pour discréditer les politiques en les désignant comme des salauds intégraux, tous partis confondus. Laurence Vichnievsky tenta même de s’attaquer sans aucun succès à Robert Hue et au financement du PCF. Il n’y avait pas de raisons que les communistes échappent au lot commun, car pour cette dame, apparemment, faire de la politique était déjà, en soi, suspect[1. Que Jérôme me pardonne cette intrusion mais il y avait d’autant moins de raisons que le PC échappât aux juges que sa gestion municipale n’était pas, me semble-t-il, un modèle de vertu. Passons. EL.].

Il m’a toujours semblé étonnant qu’on ne souligne pas, d’ailleurs, dans les multiples causes qui amenèrent Le Pen au second tour en 2002, cette variation obsessionnelle sur le thème « tous pourris » jouée par ces idiotes utiles du néo-poujadisme ambiant de ces années-là (je féminise ce concept léniniste, il n’y a pas de raison, la parité ne se partage pas).

La façon dont madame Vichnievsky parle de la politique à l’occasion de son investiture ne trompe pas et prouve qu’elle garde, au bout du compte, le même mépris pour cette activité  : « J’étais juge, je le suis. Je représente une autre manière de faire, qui va à l’encontre de ce qui se fait en politique. » Je traduis : avant elle, avant qu’elle ne daigne affronter les électeurs (au cours d’un scrutin de liste), il n’y eut que des incapables ou des salauds, des élus totalement étrangers à l’intérêt public. Vêtue de probité candide et de lin blanc, la dame poursuit, nuançant légèrement son propos pour mieux lancer la flèche du Parthe : « Non, tous les politiques ne sont pas pourris, même en PACA. Je suis attachée à la règle de droit, j’ai envie qu’elle soit respectée par tous, en PACA peut-être plus qu’ailleurs. Quand je lis, dans la presse, qu’il y a à l’instruction une affaire de détournement de subventions accordées par le conseil régional, ça me choque. »

Il faut absolument que quelqu’un m’explique en quoi cette déclaration de principe ne pourrait pas être cosignée par le FN, époque « mains propres et tête haute » ou monsieur Bompard et ses identitaires de La ligue du Sud, pénibles décalques à la badiane et au pistou du grotesque Umberto Bossi.

Europe Ecologie, plus prosaïquement, se voit déjà le fossoyeur du Parti Socialiste. Entre le score de juin aux européennes, celui de leur candidate battue de justesse au second tour dans l’ancienne circonscription de Boutin et celui de Lipietz au premier tour contre Douillet dans la douzième des Yvelines, ils auraient tort de se priver. Ils sont le mouvement politique idéal de la bourgeoisie éclairée, celle qui fait partie des gagnants de l’économie de marché mais veut se montrer d’une grande tolérance sur les sujets de société, ceux qui ne coûtent pas chers, en tout cas à leurs enfants surprotégés : sexualité, drogues, droits particuliers. L’alliance objective de Cécile Duflo avec Sarkozy dans l’affaire de la taxe carbone, prouve que le Vert nouveau n’a plus rien à faire de l’électorat populaire.

Son écologie, c’est celle du tri sélectif, des pistes cyclables et des marchés bio, c’est aussi celle des associations nimby (not in my backyard, en gros, pas dans mon jardin) qui pétitionnent contre les antennes relais sur le toit d’en face, la construction d’un parking en centre-ville ou la présence d’un incinérateur dans un rayon de cinquante kilomètres. Mais ce n’est certainement pas celle qui se développe en ce moment dans les propositions du Parti de Gauche, par exemple, et qui souligne une banalité de base oubliée par ces Verts mutants : l’écologie est définitivement incompatible avec le capitalisme et ses modes de productions suicidaires dans une planète devenue trop petite.

Et Marx et Engels de nous rappeler, dans le Manifeste, par leur définition du « socialisme bourgeois », qu’Europe Ecologie a de tout temps existé, qu’il y a un transcendantal d’Europe Ecologie comme, dirait Badiou, il y a un transcendantal pétainiste : « Notez que, par transformation des conditions de la vie matérielle, ce socialisme n’entend aucunement l’abolition du régime de production bourgeois, laquelle n’est possible que par la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administratives sur la base même de la production bourgeoise, réformes qui, par conséquent, ne changent rien aux rapports du Capital et du Salariat et ne font, tout au plus, que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination et alléger le budget de l’Etat. »

Au secours, les eighties reviennent

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causeurbouygues

Conscients que leur ralliement bidon au revival rock n’roll ne tiendra pas plus d’une saison, les créatifs de mode fatigués fourbissent leur arme secrète pour l’horizon 2011 : le retour aux eighties. Les magazines pour dames nous parlent déjà de look Alexis Carrington. Certes, celle-ci, divinement incarnée par Joan Collins dans Dynasty, peut raisonnablement nous faire rêver, de même qu’on peut sans déchoir partager la fascination de Nanni Moretti pour Jennifer Beals, l’héroïne de Flashdance, telle qu’il l’a contée dans Aprile. OK, OK, je veux bien tout ça ; mais la vérité des prix pour les eighties, ces années oubliées par le goût » selon l’expression inspirée d’un journaliste anglais, c’est les brushings au fer à souder, les épaulettes de déménageurs stéroïdés, les imprimés qui font peur aux enfants. On en trouvera une illustration chimiquement pure dans la photo officielle actant la prise de pouvoir de Francis Bouygues à TF1 (circa 1986) starring Mmes Sinclair, Ockrent et Cotta. Il ne manque plus que Jean-Luc Lahaye ou Phil Collins pour la bande son, mais bon, on peut aimer…