« Les capitalistes nous vendront eux-mêmes la corde avec laquelle nous les pendrons » a écrit fort justement Lénine en son temps pour souligner la logique profondément absurde, voire suicidaire, qui préside à l’idéologie du tout-marché. En attendant, ils font voler les avions dans lesquels nous allons nous écraser. Sans doute rendus furieux par la nature qui décidément fait ce qu’elle veut par l’intermédiaire d’un volcan islandais qui va paralyser peut-être durablement la circulation aérienne, voire nous renvoyer à l’âge de pierre, les voilà saisis par un délire prométhéen et commencent à faire voler, sans passagers néanmoins, des avions dans le nuage de cendre, au cas où ça passerait quand même. On conseillera aux compagnies aériennes et aux voyagistes de choisir, si ce genre d’expériences doit se prolonger, des pilotes polonais. Ils n’hésitent pas à s’y reprendre à trois ou quatre fois, y compris quand on leur donne des ordres mortifères, pour réussir leur mission.
L’escroquerie du classement des lycées

Chaque année revient, à l’approche du baccalauréat, le classement des meilleurs lycées publié par le ministère de l’Education nationale et relayé par la plupart des quotidiens et des hebdomadaires. Ce marronnier est l’un des plus détestables qui soit et permet à chaque éditorialiste de garde de déverser les habituels clichés sur la formidable supériorité des établissements privés qui trustent les premières places.
Une remarque préliminaire, d’abord : la plupart des gens n’aiment pas l’école et détestent les professeurs. Pour une raison bien simple, c’est que la plupart des gens n’ont pas été de bons élèves et les journalistes n’échappent pas à la règle. Alors ils se vengent. Ils dénoncent la paresse des enseignants, leur absentéisme, leur culture de la grève, leur socialisme moutonnier, leurs vacances à rallonge. Le champion dans cette rancœur hargneuse, notamment à l’égard des littéraires, c’était Claude Allègre, qui s’est fait bouler comme un malpropre à l’entrée de Normale Sup. Il y a des blessures narcissiques, même dérisoires, qu’on n’oublie pas : il est fort probable que le mépris de tel chroniqueur pour un système scolaire forcément inefficace soit dû à une mauvaise note à une compo d’histoire en quatrième ou la colère de tel autre spécialiste autoproclamé contre un ministère forcément budgétivore ait pour origine deux heures de retenues jugées imméritées. Un peu d’honnêteté sur ce point ne ferait pas de mal et je demande à chacun de regarder honnêtement dans son passé. Et de reconnaître qu’à un moment ou à un autre de sa scolarité, si on en avait eu la possibilité, on aurait bien pendu Monsieur X. professeur de physique à un croc de boucher ou fait subir les derniers outrages à Mademoiselle Y pour sa façon méprisante de rendre une dissertation de philosophie dans laquelle pourtant on avait mis tout son génie. Je maintiens que ce facteur psychologique plus ou moins inconscient est trop souvent sous-estimé dans les jugements portés par les médias comme par l’homme de la rue sur l’école, objet comme disent les Anglais d’une étrange « love and hate relationship ». Il est d’ailleurs de bon ton démagogique, chez les décideurs, de dire qu’ils ont été des cancres, ce qui est un moyen de sous-entendre que l’école ne sert à rien et donc qu’il ne sert à rien d’écouter ceux qui transmettent.
Cela dit, le classement annuel des lycées est l’occasion de se livrer, en plus, à un autre sport à la mode qui est le dénigrement des fonctionnaires et du Service public. Ca se calme un petit peu ces temps-ci parce qu’entre les suicides, les dépressions et les agressions, on commence à se dire que si les profs ne sont plus là, qui va garder les mômes, hein, que ce soit les affreux Arabes des banlieues, les ados cyberautistes des classes moyennes ou les petits cons arrogants des beaux quartiers.
Ce classement, dans son idée même, est une mauvaise chose. Il suppose que l’école soit évaluable au même titre qu’une autre politique publique. On renverra ici à Par amour de l’Art de Régis Debray, magnifique éloge du lycée, dans lequel il expliquait notamment que l’idée reçue d’une école qui devait s’adapter à la société, s’ouvrir à l’entreprise était absurde mais que c’était plutôt à la société de s’adapter à l’école, cette donnée première de la République. En cela, il s’opposait aussi bien au sinistre libéral-libertaire Gaby Cohn-Bendit, parangon du fanatisme pédagogiste, qu’à un patronat énervé par ce système qui se refuse encore un peu à être une simple fabrique main d’œuvre diversement qualifiée mais si possible dépourvue de sens critique.
Mais puisque l’évaluation est à la mode, admettons un instant le principe de ce classement. Le ministère a changé lui-même depuis quelques années sa méthodologie. À la place du classement sec sur les résultats du baccalauréat, il fait jouer un système de pondération entre ce que l’on pourrait espérer des résultats, compte tenu de l’environnement sociologique de l’établissement, et ce qui advient effectivement. Ce qui permet, et ce n’est que justice, au lycée Léonid Brejnev dans le neuf-trois de se retrouver largement devant le Lycée pour jeunes filles Sainte-Gudule à Passy.
Il n’empêche, ce classement demeure inacceptable dans la forme comme dans le fond pour deux raisons principales.
La première est d’ordre philosophique : il reflète une société composée de consommateurs et non d’usagers. Après les transports, la poste, l’énergie, la santé c’est au tour de l’école de devenir un service comme un autre, voire une marchandise, avec une morale du « satisfait ou remboursé ». L’école est passée en un quart de siècle du statut d’Eglise laïque de la transmission à celui de supermarché de connaissances utilitaires, ou considérées comme telles.
La seconde raison pour récuser tout classement de ce genre est d’ordre technique et donc beaucoup plus difficilement contestable : le mélange entre établissements privés et établissements publics voudrait faire croire que les deux types de lycée partent sur un pied d’égalité. Or c’est totalement faux, et notamment pour une raison majeure : Sainte-Gudule peut choisir sa clientèle, puisque c’est le terme à la mode, tandis que Léonid-Brejnev est obligé d’accepter tout le monde, y compris d’ailleurs, la petite peste qui se sera fait exclure de Sainte-Gudule pour insolence.
L’établissement public, opposé au privé, se retrouve ainsi un peu comme un joueur d’échec privés de sa Reine avant un match avec Kasparov, ou un boxeur qui monterait sur le ring pour affronter Rocky Balboa avec la main droite attachée derrière le dos.
Ce n’est même pas juste ou injuste, c’est tout simplement absurde.
Tricotons un nouvel enthousiasme urbain
Jadis les choses étaient assez balisées : certaines femmes tricotaient tout au long de leur vie, certaines autres seulement quand elles devenaient mère ou grand-mère, pour confectionner pulls et grenouillères aux rejetons ; certaines avaient appris le tricot à l’école, certaines autres en regardant faire leur mère. Bref, c’était l’une des activités classiques du gynécée. Mais c’était sans compter la tricoteuse moderne qui vient de faire de cette activité antédiluvienne – contre toute attente – un « art urbain ». C’est l’AFP qui nous apprend qu’une « flash-mob » de tricoteurs a tenté d’égayer mercredi dernier plusieurs rames du métro : « des tricoteuses et tricoteurs » (attention à l’aspect paritaire de l’activité !) ont ainsi présenté au public des « créations inattendues », afin de faire « sortir la laine de la maison ». Oui, décloisonnons la laine ! Rapproprions-nous les mailles ! Pratiquons le tricot citoyen ! Certains membres du Collectif France Tricot ont entrepris de confectionner des manchons pour envelopper de douceur les barres métalliques permettant aux voyageurs de se tenir debout au gré des cahots du périple métropolitain. Solenne Couturier (cela ne s’invente pas), activiste tricoteuse des plus inquiétantes de par son intégrisme laineux, nous assure que « le tricot est un art plastique sans limite ». Alexis Jujas, l’un des rares hommes tricoteurs urbains ayant participé à ce happening tragi-comique nous assure – rapporte l’AFP – que le tricot « rend sexy auprès des femmes »… Gageons que des contrôleurs de la Ratp n’étaient pas dans les parages pour détricoter ce bel enthousiasme parisien.
Sous le volcan, la plage

Combien de temps cela vont-elles durer, ces batailles d’arrière-garde qui tentent d’empêcher, un peu partout en Europe, l’avènement du paradis libéral ? Oui, combien de temps ?
Pourtant, le bonheur est à portée de la main. Pourtant, partout en Europe, un effort sans précédent de modernisation des sociétés et d’adaptation au marché est à l’œuvre. Concertation, pédagogie, dialogue social sont les maître-mots. Des gouvernements courageux, partout, entament des réformes d’ajustement qui finiront par porter leurs fruits. On sent bien ce vent nouveau qui souffle sur notre vieux continent et en particulier la France, qui devient le modèle à suivre. Et cela, malgré les vestiges paralysants d’un Etat-providence qui encourage encore trop souvent les vices de forme des classes populaires : assistanat, alcoolisme, mauvaise haleine, obésité pour cause de junk food alors qu’on ne cesse de leur répéter l’impératif des cinq fruits et légumes par jour, que l’on trouve partout pour pas cher, comme nous l’affirme l’humaniste des épiciers hard discount Jean-Pierre Coffe.
Malgré tout, une synergie efficace entre les Etats et le secteur privé permet de vrais exploits. Ce matin l’on apprenait ainsi que le groupe automobile PSA qui avait reçu trois milliards d’euros d’aide de l’Etat au début de l’année 2009 pour maintenir l’emploi dans le secteur, vient intelligemment de décider un redéploiement de ses capacités productives en annonçant la fermeture de son site de Melun Sénart, ce qui permettra aux 390 salariés, englués dans de vieilles habitudes de travail, de se reconvertir dans l’ouverture de commerce de proximité (bistrots, plomberie chez le beau-frère) ou de connaître l’exaltant bonheur des élites mondialisées, en allant fabriquer des boites de vitesses de 308 avec des collègues mexicains ou turcs pour des salaires enfin adaptés au niveau de vie de leur nouveau pays d’accueil.
Synergie également entre syndicats et patronat, à l’image du couple de l’année Sophie de Menthon et Bernard Thibault qui voudraient par souci d’égalité, parce que le libéralisme est aussi un effort de justice, régulariser les sans-papiers et ainsi obtenir une égalité de salaire entre le travailleur immigré et le travailleur français, ce dernier alignant ses exigences sur celles de ses camarades de lutte et sacrifiant son pouvoir d’achat par amour du prochain et de la marge bénéficiaire de son patron.
De même, le fructueux et enrichissant débat sur les retraites semble être sur les rails. Il va être passionnant. On voit des conceptions vraiment différentes s’opposer et les arguments échangés entre les éditorialistes, les politiques, les économistes annonce un grand moment démocratique. La preuve, de vraies alternatives sont enfin clairement formulées.
Va-il falloir travailler plus longtemps ou plus longtemps va-t-il falloir travailler ?
Doit-on augmenter la durée de cotisation ou va-t-on devoir cotiser encore quelques trimestres de plus ?
Les chiffres du Comités d’Orientation des Retraites, sur le déficit du régime général, qui sortent opportunément pour alimenter la fructueuse réflexion des uns et des autres, ces chiffres, donc, sont-ils apocalyptiques ou épouvantables ?
Il faut voir, c’était mercredi soir, le sémillant David Pujadas, toujours dans son souci d’exposer loyalement les données du problème, lancer un reportage dans son 20 heures sur le travail des séniors au Royaume Uni avec cette phrase qui ne peut que nous réconforter : « Les seniors britanniques se battent littéralement pour continuer à travailler. » Et de voir de délicieux septuagénaires en catogans, d’ingambes octogénaires aux lunettes design nous expliquer leur bonheur de surveiller et nettoyer des patinoires ou de montrer leur virtuosité d’infographiste sur ordinateur. Ils sont tellement heureux d’ailleurs que le commentateur remarquait qu’ils acceptent des salaires nettement inférieurs que ces salauds de jeunes à un même poste. On se prend à regretter que les mineurs du Yorkshire, en 1984, menés par l’archéo-marxiste Arthur Scargill n’aient pas compris cette nouvelle donne pourtant annoncée de manière prophétique par Margaret Thatcher.
Hélas, hélas, comme nous le disions au début, il reste de forts îlots de résistance : la SNCF a nouveau pris en otage les usagers dans une grève reconductible et la télé insiste avec raison sur le visage indigné de ces otages et sur leur réflexions acerbes. Parce que tout de même, en matière d’otage, il faut reconnaître que se trouver en rade gare Saint Charles, c’est quand même l’horreur si on compare cette situation à celle, par exemple, des deux journalistes aux mains des talibans depuis cent jours. C’est vrai quoi, on emploie les mots à torts et à travers. Les journalistes ne sont pas des otages, il ne faut pas exagérer, ce sont surtout des imprudents.
Parfois, c’est un homme politique irresponsable, qui passe sa vie à insulter les journalistes et qui pousse le délire jusqu’à dire qu’il n’y a pas de problème des retraites, qu’il faudrait faire payer les riches devenus vraiment très riches depuis vingt ans, tout cela en étouffant son interlocuteur sous une montagne de chiffres douteux. Vous reconnaitrez ici l’agression caractérisée dont a été victime l’affable Apathie qui interrogeait comme d’habitude, sans agressivité ni mépris, Jean-Luc Mélenchon, seul homme politique français ouvertement chaviste, c’est tout dire…
Plus grave, il semblerait que ces archaïsmes français viennent de recevoir un soutien de poids. Celui des volcans islandais. On n’est à peine étonné.
L’Islande, comme la Grèce, est un bien mauvais exemple. Elle vient par référendum de refuser de payer sa dette à des banques anglaises. Elle aussi une vieille tradition de welfare state et l’on nous ne fera pas croire que ses volcans ne sont pas nationalisés. Et les voilà, ces volcans, probablement gérés par des fonctionnaires surmutualisés, crispés sur leurs avantages acquis, qui se mettent à s’agiter et à provoquer des éruptions telles qu’elles paralysent avec leurs nuages de cendres en haute atmosphère tout le trafic aérien sur le Nord de l’Europe.
Là aussi, il faut entendre les réactions des passagers en rade dans les aéroports. S’ils les avaient sous la main, les volcans ne feraient pas long feu. On ne peut donc, pour que cesse ce scandale, qu’espérer une réaction responsable de Reykjavík.
Une privatisation des volcans est indispensable. Ainsi que de leur fixer une date légale de fin d’activité.
65, 66 ou 67 ans ou plus s’ils le désirent, ne soyons pas chiens et laissons les partenaires sociaux en décider.
Un strapontin pour le député Hunault
Un député du Nouveau Centre, l’indispensable Michel Hunault – qui a été jadis au RPR, à l’UMP, et à l’UDF – s’est fendu mardi d’une proposition de loi comique à l’Assemblée Nationale : l’instauration, en France, d’une vice-Président. Manifestement bouleversé par la mort récente du Président polonais dans un crash aérien, le député de Loire-Atlantique nous assure que cette mesure « permettrait dans des circonstances exceptionnelles d’assurer la continuité de l’Etat ».
N’ignorant pourtant pas – j’imagine – le rôle que notre constitution a prévu pour le Président du Sénat, qui doit prendre en charge l’intérim du pouvoir en cas de mort du Président de la République, M. Hunault (un avocat défenseur de l’éthique en politique) se met bille en tête de créer cet improbable « strapontin » présidentiel. N’ayons pas mauvais esprit… ne nous demandons pas si cette proposition pourrait être motivée par l’idée fantasmatique de réserver à un membre du Nouveau Centre une petite place à l’ombre du pouvoir suprême… Non, cette proposition de loi a été présentée sous le coup d’une émotion profonde et sincère.
Nabe triomphant

« Pauvres écrivains : c’est une race qui tend à disparaître. Pour écrire, on écrira toujours, mais l’écrivain, l’homme dont l’écriture est l’unique vocation et qui en tire un magistère, une gloire où plusieurs générations se regardent, c’est une évidence que ce type-là n’a plus sa place dans la société d’aujourd’hui. »
Philippe de Saint Robert[1. Ecrire n’est pas jouer, Hermann littérature, 2009.] aurait sans doute révisé son jugement s’il s’était rendu à l’espace Victoria jeudi dernier pour la grande soirée qu’y organisait Marc-Edouard Nabe. Zannini y conviait ses lecteurs à fêter les trois mille exemplaires vendus de L’homme qui arrêta d’écrire, cette belle chronique du Paris déréalisé.
Etaient donc réunies quelques centaines de personnes unies par la même admiration envers le maître à la prose piquante, dont l’égo surdimensionné n’a d’égal que le génie du style. N’en déplaise à Saint Robert, il se trouve encore des écrivains – mais qui en dehors de Nabe ?- capables d’attirer des foules de lecteurs enivrés à l’évocation du seul nom de leur idole, quitte à ce que l’admiration confine à l’hystérie collective.
Pour le plus grand bonheur de Nabe, la fête tourna au triomphe romain. Juché sur une estrade, le Guide Suprême de la Révolution Littéraire haranguait la foule de ses fatwas contre les éditeurs, libraires et autres plumitifs envieux. Ses imprécations enflammées à l’encontre des bien-pensants de la République des Lettres sonnaient juste dans l’univers du tout-culturel, qui est aussi celui de la négation de l’art. La masse de bassidji tout acquis au génie impétueux du Moïse de l’auto-édition ayant vaincu les Égyptiens des lettres applaudissait à pleines mains celui qui a fendu en deux la mer de l’édition française pour que la colonne des vrais lecteurs puisse la traverser à sec[2. La vidéo de son intervention].
Ils étaient venus, ils étaient tous là, ces lecteurs contestant par centaines le verdict des éditeurs : Non, Nabe n’est pas mort ! Même pendant ses années de disette littéraire, le cadavre bougeait encore, écrivant ici ou là des tracts venimeux, entamant laborieusement la rédaction de L’homme qui arrêta d’écrire. Enterrer vivant cet empêcheur-de-censurer-en-rond, c’était compter sans l’héritage du Professeur Choron, chantre de l’humour bête et méchant qui aimait humidifier ses couilles dans des flûtes à champagne, le tout devant un Mitterrand éberlué ! Nabe est de cette veine, celle des écrivains montrant leur cul de papier à qui de droit, sublimant leurs secrets d’alcôve par la plume lorsque certains directeurs de collection croient décrocher le jackpot en découvrant leurs hétaïres littéraires sur la couverture de leurs non-livres.
Assez ! C’est ce que semblaient dire la foule des fêtards réunis dans ce salon de réception transformé le temps d’un soir en une formidable cour des miracles. L’assemblée des inconditionnels de Nabe était pour le moins bigarrée : bobos mal léchés sur le chemin du Baron, journaleux envieux du succès de L’homme, et quelques ovnis de la blogosphère composaient ce paysage aussi beau qu’un bordel de campagne. On se serait cru dans un film de Joël Seria, les filles déshabillées en moins ! Il faut dire que la crypte avait des allures de backroom désertée par ses locataires habituels au profit du seul Nabe, dédicaçant ses œuvres en inhalant des odeurs de stupre imaginaires.
Nabe aura vécu, aimé, mangé et bu par et pour la littérature. Jamais travaillé ni fait d’études. Il se sera fabriqué une place de choix en marge de la société, tel Suarès qu’il admire tant.
En tentant d’épuiser ce lieu parisien, il montra à tout le Landernau qu’il avait eu raison d’arrêter d’arrêter d’écrire. Que finalement, ce sont les gentlemen des lettres qui n’ont plus leur place dans la littérature.
Retourner les lettres contre la société, écrire, c’est-à-dire vivre: en ces temps de charogne, peut-être la seule forme de résistance qu’il nous reste…
Un procès de Moscou à Paris

Si l’idéologie du Bien devait se choisir une icône, le Jésus-Christ stallonien des Inconnus serait sans doute le meilleur candidat. Jamais quelqu’un n’a distribué autant de pains à la fois, au nom de la tolérance et de l’amour d’autrui. Voilà deux semaines qu’il boxe Eric Zemmour avec les meilleures intentions du monde. Le journaliste a rejoint, désormais, ce que les historiens du futur appelleront, je l’espère, les « dissidents européens ». On assiste à un nouveau « procès de Paris », parodie grotesque mais néanmoins inquiétante des « procès de Moscou ». Je pensais que Vladimir Boukovsky, dissident soviétique ayant survécu à douze ans de camp et d’internement psychiatrique, exagérait lorsqu’il écrivait, en 2005, L‘Union européenne, une nouvelle URSS ? Il exposait, dans ce livre, comment l’Union européenne calquait feue l’URSS sur le plan institutionnel, mais aussi idéologique, notamment par l’apparition de nouveaux délits d’opinion : la xénophobie et le racisme. L’idéologie soviétique était internationaliste : il fallait éradiquer les particularismes nationaux des peuples du bloc de l’Est pour faire surgir l’Homme nouveau soviétique, acculturé et flexible. L’idéologie du « politiquement correct » actuelle a les mêmes buts. Eric Zemmour, suivi par Philippe Bilger, avocat général près la Cour d’appel de Paris, ont été reconnus coupables par un ensemble d’associations persécutrices inféodées à l’idéologie internationaliste européenne : tout comme les dissidents soviétiques, ils ont commis le délit irréparable de rappeler la réalité aux nouveaux « ingénieurs de l’âme » épris de leur rêve de pacification forcée des rapports humains.
Il est intéressant de regarder dans le détail comment on a essayé de culpabiliser Philippe Bilger sur le plateau de Morandini, sur Direct 8 : «Quand on passe à la télé, on a une responsabilité ; quand on est une personnalité, on a une responsabilité. Tenir des propos comme ça, ça veut dire que, dans l’esprit des gens qui vous regardent, quand ils vont croiser demain, comme vous dites, un Noir ou un Arabe, ils vont se dire : « Ce mec-là est peut-être un trafiquant. » C’est cela que ça veut dire, et c’est cela qui est terrible, et c’est pour ça que je pense que, quand on est à la télévision, on ne peut pas tenir des propos comme ça.»
[access capability= »lire_inedits »]La nouvelle responsabilité d’un journaliste ou d’un avocat, telle qu’elle est conçue par un Morandini, n’a plus rien à voir avec le désuet engagement de dire la vérité à propos de la réalité. Les propos ne sont plus jugés par rapport au référent observable, mais par rapport aux objectifs idéologiques du pouvoir : nier les conflits et les problèmes proprement politiques du « vivre ensemble » et maintenir l’illusion que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. Etre « responsable », en novlangue médiatique, c’est mentir pieusement, soi-disant pour ne pas prêter le flanc à des interprétations qui aboutiraient à des violences sociales. C’est l’argument typique de la censure soviétique, tel qu’il a été exposé dans le magnifique film de Chris Marker, Le Tombeau d’Alexandre. Lev Rochal, cinéaste russe, explique : «Les créateurs ont toujours beaucoup de mal à comprendre la logique du bureaucrate chargé de surveiller la création. Ajoutez à cela qu’ils ont le flair si subtil qu’ils saisissent toujours ce que le public pourrait comprendre de travers. “Et qui peut comprendre de travers ?” demande l’artiste au bureaucrate. Et le bureaucrate répond habituellement : “Les imbéciles ne manquent pas.” Et si l’artiste réplique : “C’est en pensant aux gens intelligents, et non aux imbéciles, que j’ai fait ce film !”, le bureaucrate lui dit : “Hein, hein, ce n’est pas encore clair pour qui tu as fait ce film !”»
Intimer à Zemmour et à Bilger l’ordre d’être « responsables », c’est affirmer que les téléspectateurs sont des imbéciles et postuler qu’il suffirait d’une phrase d’une « personnalité qui passe à la télé » pour transformer d’un coup de baguette médiatique un honnête citoyen en un affreux nazi languissant après une nouvelle Nuit de cristal. Ceci n’est que le fantasme des gourous médiatiques, sans cesse démenti par les réactions réelles des téléspectateurs, comme par exemple lors du référendum sur la Constitution européenne. C’est aussi l’aveu d’un total mépris pour le peuple, conçu comme influençable à volonté et incapable de filtrer les messages reçus si ceux-ci sont dits à la télé.
Ce qui est intéressant à observer, c’est la manière dont la persécution néo-soviétique commence à s’exercer dans la France d’aujourd’hui. On croit généralement qu’un État totalitaire est un État fort et que, par conséquent, on en serait très loin. Or cette idée est erronée : à rebours de l’opinion admise, un État totalitaire est un État faible, dans un sens très précis. L’État, selon Hobbes et Weber, est le dépositaire du monopole de la violence légitime, légitime parce que monopolisée, arrachée aux particuliers : chacun renonce à sa violence pour obtenir en retour de l’État la paix et la sécurité. Or, un État totalitaire, comme l’Allemagne nazie ou le Kampuchéa démocratique de Pol Pot, est justement un État qui renonce à ses prérogatives de poursuivre et de juger souverainement de la culpabilité ou de l’innocence de ses sujets. Stathis Kalyvas, politologue de l’université de Yale, montre dans The Logic of Violence in Civil War que la violence génocidaire apparaît dans des contextes où des particuliers utilisent un État affaibli pour régler leurs différends personnels. On dénonce sa femme pour divorcer plus vite, son supérieur hiérarchique pour avoir sa place ou bien son voisin pour prendre son appartement, comme le racontait déjà Panaït Istrati dans Vers l’autre flamme, à propos de l’URSS de 1928. Robert Gellately, historien éminent de la Seconde guerre mondiale, explique, dans The Gestapo and German Society : Enforcing Racial Policy, 1933-1945, que, d’après les archives de la Gestapo, là où elles ont été conservées, les « dénonciations malicieuses », c’est-à-dire motivées par le ressentiment, la rivalité, la jalousie, l’intérêt d’usurper le bien d’un voisin, représentaient plus de 50 % des délations, et que tous les individus arrêtés par cette police politique l’ont été à la suite de dénonciations et jamais à la suite d’un travail d’enquête de ses services1.
Un État totalitaire est donc, en fait, un État qui sous-traite l’exercice de la justice aux particuliers, qui utilise les animosités interpersonnelles à des fins propres au lieu de les abolir par son monopole. Ce qui rend irrespirable l’air dans un pays totalitaire, ce n’est pas la peur de la Securitate, c’est la peur du voisin capable, par une simple lettre et à n’importe quel moment, de déchaîner la colère du « monstre froid » contre notre propre personne. L’État totalitaire est faible, au sens où sa violence irrésistible est susceptible d’être utilisée par n’importe qui contre n’importe qui. Il n’est jamais impartial, mais peut toujours prendre parti contre vous en particulier, obéissant en fait non pas au Chef suprême, mais à votre concierge.
La même faiblesse volontaire de l’État est patente, aujourd’hui, avec l’apparition des associations persécutrices spécialisées dans la délation et dans la traque des « dérapages » et autres crimes politiques. L’Union européenne n’énonce pas officiellement une ligne du Parti, et n’a pas mis en place un KGB pour traquer les déviants ou autres malades de « schizophrénie non symptomatique ». Mais elle a autorisé le fonctionnement d’instances para-étatiques, de fondations d’intérêt public qui se chargent de ce travail d’une manière indépendante, comme de bonnes vieilles entreprises capitalistes. Avec la création des délits d’opinion comme les délits de racisme, de xénophobie, d’homophobie ou de négationnisme, l’État a mis en place un dispositif qui cristallise des haines interindividuelles qui utilisent spontanément l’autorité publique pour se satisfaire et pour croître en puissance. Abdiquant sa souveraineté, refoulant les conflits réels qui, par conséquent, s’exacerbent, l’État actuel sème les graines de véritables guerres civiles et de violences interethniques comme celles qui ont suivi la chute de l’URSS et que redoute Eric Zemmour. « J’ai vécu dans votre futur, et cela n’a pas marché », déclare Boukovsky. C’est amer, mais au moins croit-il encore en un avenir.[/access]
Harrar ment vu ça
Enfin, est-ce vraiment sérieux ? Ca tremble en Chine et dans la négociation sur les retraites. Ca érupte en Islande et dans les usines promises à fermeture. Les avions ne volent plus, les trains ne roulent plus, les chômeurs en fin de droit se multiplient, les bus sont caillassés, les écoles brûlées.
Mais qu’est-ce qui fait la une des journaux et des magazines depuis deux jours : la découverte de photo de groupe, prise à Aden vers 1880, d’un obscur poète homosexuel, briseur de ménage et reconverti hâtivement dans le commerce d’armes devant l’insuccès de sa production. Ainé d’à peine deux ans du maréchal Pétain, il ressemble cependant étrangement à De Gaulle jeune sur cette photo. La France est décidément une nation littéraire et inconséquente, fétichiste et improductive.
– Que faisiez vous pendant la fin du monde ?
– Je lisais Rimbaud. « Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques. »
Et en plus, demandez à Cohn-Bendit, Meirieu ou Parisot, ça ne veut rien dire.
Tu voles quand ?
« Les capitalistes nous vendront eux-mêmes la corde avec laquelle nous les pendrons » a écrit fort justement Lénine en son temps pour souligner la logique profondément absurde, voire suicidaire, qui préside à l’idéologie du tout-marché. En attendant, ils font voler les avions dans lesquels nous allons nous écraser. Sans doute rendus furieux par la nature qui décidément fait ce qu’elle veut par l’intermédiaire d’un volcan islandais qui va paralyser peut-être durablement la circulation aérienne, voire nous renvoyer à l’âge de pierre, les voilà saisis par un délire prométhéen et commencent à faire voler, sans passagers néanmoins, des avions dans le nuage de cendre, au cas où ça passerait quand même. On conseillera aux compagnies aériennes et aux voyagistes de choisir, si ce genre d’expériences doit se prolonger, des pilotes polonais. Ils n’hésitent pas à s’y reprendre à trois ou quatre fois, y compris quand on leur donne des ordres mortifères, pour réussir leur mission.
L’escroquerie du classement des lycées

Chaque année revient, à l’approche du baccalauréat, le classement des meilleurs lycées publié par le ministère de l’Education nationale et relayé par la plupart des quotidiens et des hebdomadaires. Ce marronnier est l’un des plus détestables qui soit et permet à chaque éditorialiste de garde de déverser les habituels clichés sur la formidable supériorité des établissements privés qui trustent les premières places.
Une remarque préliminaire, d’abord : la plupart des gens n’aiment pas l’école et détestent les professeurs. Pour une raison bien simple, c’est que la plupart des gens n’ont pas été de bons élèves et les journalistes n’échappent pas à la règle. Alors ils se vengent. Ils dénoncent la paresse des enseignants, leur absentéisme, leur culture de la grève, leur socialisme moutonnier, leurs vacances à rallonge. Le champion dans cette rancœur hargneuse, notamment à l’égard des littéraires, c’était Claude Allègre, qui s’est fait bouler comme un malpropre à l’entrée de Normale Sup. Il y a des blessures narcissiques, même dérisoires, qu’on n’oublie pas : il est fort probable que le mépris de tel chroniqueur pour un système scolaire forcément inefficace soit dû à une mauvaise note à une compo d’histoire en quatrième ou la colère de tel autre spécialiste autoproclamé contre un ministère forcément budgétivore ait pour origine deux heures de retenues jugées imméritées. Un peu d’honnêteté sur ce point ne ferait pas de mal et je demande à chacun de regarder honnêtement dans son passé. Et de reconnaître qu’à un moment ou à un autre de sa scolarité, si on en avait eu la possibilité, on aurait bien pendu Monsieur X. professeur de physique à un croc de boucher ou fait subir les derniers outrages à Mademoiselle Y pour sa façon méprisante de rendre une dissertation de philosophie dans laquelle pourtant on avait mis tout son génie. Je maintiens que ce facteur psychologique plus ou moins inconscient est trop souvent sous-estimé dans les jugements portés par les médias comme par l’homme de la rue sur l’école, objet comme disent les Anglais d’une étrange « love and hate relationship ». Il est d’ailleurs de bon ton démagogique, chez les décideurs, de dire qu’ils ont été des cancres, ce qui est un moyen de sous-entendre que l’école ne sert à rien et donc qu’il ne sert à rien d’écouter ceux qui transmettent.
Cela dit, le classement annuel des lycées est l’occasion de se livrer, en plus, à un autre sport à la mode qui est le dénigrement des fonctionnaires et du Service public. Ca se calme un petit peu ces temps-ci parce qu’entre les suicides, les dépressions et les agressions, on commence à se dire que si les profs ne sont plus là, qui va garder les mômes, hein, que ce soit les affreux Arabes des banlieues, les ados cyberautistes des classes moyennes ou les petits cons arrogants des beaux quartiers.
Ce classement, dans son idée même, est une mauvaise chose. Il suppose que l’école soit évaluable au même titre qu’une autre politique publique. On renverra ici à Par amour de l’Art de Régis Debray, magnifique éloge du lycée, dans lequel il expliquait notamment que l’idée reçue d’une école qui devait s’adapter à la société, s’ouvrir à l’entreprise était absurde mais que c’était plutôt à la société de s’adapter à l’école, cette donnée première de la République. En cela, il s’opposait aussi bien au sinistre libéral-libertaire Gaby Cohn-Bendit, parangon du fanatisme pédagogiste, qu’à un patronat énervé par ce système qui se refuse encore un peu à être une simple fabrique main d’œuvre diversement qualifiée mais si possible dépourvue de sens critique.
Mais puisque l’évaluation est à la mode, admettons un instant le principe de ce classement. Le ministère a changé lui-même depuis quelques années sa méthodologie. À la place du classement sec sur les résultats du baccalauréat, il fait jouer un système de pondération entre ce que l’on pourrait espérer des résultats, compte tenu de l’environnement sociologique de l’établissement, et ce qui advient effectivement. Ce qui permet, et ce n’est que justice, au lycée Léonid Brejnev dans le neuf-trois de se retrouver largement devant le Lycée pour jeunes filles Sainte-Gudule à Passy.
Il n’empêche, ce classement demeure inacceptable dans la forme comme dans le fond pour deux raisons principales.
La première est d’ordre philosophique : il reflète une société composée de consommateurs et non d’usagers. Après les transports, la poste, l’énergie, la santé c’est au tour de l’école de devenir un service comme un autre, voire une marchandise, avec une morale du « satisfait ou remboursé ». L’école est passée en un quart de siècle du statut d’Eglise laïque de la transmission à celui de supermarché de connaissances utilitaires, ou considérées comme telles.
La seconde raison pour récuser tout classement de ce genre est d’ordre technique et donc beaucoup plus difficilement contestable : le mélange entre établissements privés et établissements publics voudrait faire croire que les deux types de lycée partent sur un pied d’égalité. Or c’est totalement faux, et notamment pour une raison majeure : Sainte-Gudule peut choisir sa clientèle, puisque c’est le terme à la mode, tandis que Léonid-Brejnev est obligé d’accepter tout le monde, y compris d’ailleurs, la petite peste qui se sera fait exclure de Sainte-Gudule pour insolence.
L’établissement public, opposé au privé, se retrouve ainsi un peu comme un joueur d’échec privés de sa Reine avant un match avec Kasparov, ou un boxeur qui monterait sur le ring pour affronter Rocky Balboa avec la main droite attachée derrière le dos.
Ce n’est même pas juste ou injuste, c’est tout simplement absurde.
Tricotons un nouvel enthousiasme urbain
Jadis les choses étaient assez balisées : certaines femmes tricotaient tout au long de leur vie, certaines autres seulement quand elles devenaient mère ou grand-mère, pour confectionner pulls et grenouillères aux rejetons ; certaines avaient appris le tricot à l’école, certaines autres en regardant faire leur mère. Bref, c’était l’une des activités classiques du gynécée. Mais c’était sans compter la tricoteuse moderne qui vient de faire de cette activité antédiluvienne – contre toute attente – un « art urbain ». C’est l’AFP qui nous apprend qu’une « flash-mob » de tricoteurs a tenté d’égayer mercredi dernier plusieurs rames du métro : « des tricoteuses et tricoteurs » (attention à l’aspect paritaire de l’activité !) ont ainsi présenté au public des « créations inattendues », afin de faire « sortir la laine de la maison ». Oui, décloisonnons la laine ! Rapproprions-nous les mailles ! Pratiquons le tricot citoyen ! Certains membres du Collectif France Tricot ont entrepris de confectionner des manchons pour envelopper de douceur les barres métalliques permettant aux voyageurs de se tenir debout au gré des cahots du périple métropolitain. Solenne Couturier (cela ne s’invente pas), activiste tricoteuse des plus inquiétantes de par son intégrisme laineux, nous assure que « le tricot est un art plastique sans limite ». Alexis Jujas, l’un des rares hommes tricoteurs urbains ayant participé à ce happening tragi-comique nous assure – rapporte l’AFP – que le tricot « rend sexy auprès des femmes »… Gageons que des contrôleurs de la Ratp n’étaient pas dans les parages pour détricoter ce bel enthousiasme parisien.
Sous le volcan, la plage

Combien de temps cela vont-elles durer, ces batailles d’arrière-garde qui tentent d’empêcher, un peu partout en Europe, l’avènement du paradis libéral ? Oui, combien de temps ?
Pourtant, le bonheur est à portée de la main. Pourtant, partout en Europe, un effort sans précédent de modernisation des sociétés et d’adaptation au marché est à l’œuvre. Concertation, pédagogie, dialogue social sont les maître-mots. Des gouvernements courageux, partout, entament des réformes d’ajustement qui finiront par porter leurs fruits. On sent bien ce vent nouveau qui souffle sur notre vieux continent et en particulier la France, qui devient le modèle à suivre. Et cela, malgré les vestiges paralysants d’un Etat-providence qui encourage encore trop souvent les vices de forme des classes populaires : assistanat, alcoolisme, mauvaise haleine, obésité pour cause de junk food alors qu’on ne cesse de leur répéter l’impératif des cinq fruits et légumes par jour, que l’on trouve partout pour pas cher, comme nous l’affirme l’humaniste des épiciers hard discount Jean-Pierre Coffe.
Malgré tout, une synergie efficace entre les Etats et le secteur privé permet de vrais exploits. Ce matin l’on apprenait ainsi que le groupe automobile PSA qui avait reçu trois milliards d’euros d’aide de l’Etat au début de l’année 2009 pour maintenir l’emploi dans le secteur, vient intelligemment de décider un redéploiement de ses capacités productives en annonçant la fermeture de son site de Melun Sénart, ce qui permettra aux 390 salariés, englués dans de vieilles habitudes de travail, de se reconvertir dans l’ouverture de commerce de proximité (bistrots, plomberie chez le beau-frère) ou de connaître l’exaltant bonheur des élites mondialisées, en allant fabriquer des boites de vitesses de 308 avec des collègues mexicains ou turcs pour des salaires enfin adaptés au niveau de vie de leur nouveau pays d’accueil.
Synergie également entre syndicats et patronat, à l’image du couple de l’année Sophie de Menthon et Bernard Thibault qui voudraient par souci d’égalité, parce que le libéralisme est aussi un effort de justice, régulariser les sans-papiers et ainsi obtenir une égalité de salaire entre le travailleur immigré et le travailleur français, ce dernier alignant ses exigences sur celles de ses camarades de lutte et sacrifiant son pouvoir d’achat par amour du prochain et de la marge bénéficiaire de son patron.
De même, le fructueux et enrichissant débat sur les retraites semble être sur les rails. Il va être passionnant. On voit des conceptions vraiment différentes s’opposer et les arguments échangés entre les éditorialistes, les politiques, les économistes annonce un grand moment démocratique. La preuve, de vraies alternatives sont enfin clairement formulées.
Va-il falloir travailler plus longtemps ou plus longtemps va-t-il falloir travailler ?
Doit-on augmenter la durée de cotisation ou va-t-on devoir cotiser encore quelques trimestres de plus ?
Les chiffres du Comités d’Orientation des Retraites, sur le déficit du régime général, qui sortent opportunément pour alimenter la fructueuse réflexion des uns et des autres, ces chiffres, donc, sont-ils apocalyptiques ou épouvantables ?
Il faut voir, c’était mercredi soir, le sémillant David Pujadas, toujours dans son souci d’exposer loyalement les données du problème, lancer un reportage dans son 20 heures sur le travail des séniors au Royaume Uni avec cette phrase qui ne peut que nous réconforter : « Les seniors britanniques se battent littéralement pour continuer à travailler. » Et de voir de délicieux septuagénaires en catogans, d’ingambes octogénaires aux lunettes design nous expliquer leur bonheur de surveiller et nettoyer des patinoires ou de montrer leur virtuosité d’infographiste sur ordinateur. Ils sont tellement heureux d’ailleurs que le commentateur remarquait qu’ils acceptent des salaires nettement inférieurs que ces salauds de jeunes à un même poste. On se prend à regretter que les mineurs du Yorkshire, en 1984, menés par l’archéo-marxiste Arthur Scargill n’aient pas compris cette nouvelle donne pourtant annoncée de manière prophétique par Margaret Thatcher.
Hélas, hélas, comme nous le disions au début, il reste de forts îlots de résistance : la SNCF a nouveau pris en otage les usagers dans une grève reconductible et la télé insiste avec raison sur le visage indigné de ces otages et sur leur réflexions acerbes. Parce que tout de même, en matière d’otage, il faut reconnaître que se trouver en rade gare Saint Charles, c’est quand même l’horreur si on compare cette situation à celle, par exemple, des deux journalistes aux mains des talibans depuis cent jours. C’est vrai quoi, on emploie les mots à torts et à travers. Les journalistes ne sont pas des otages, il ne faut pas exagérer, ce sont surtout des imprudents.
Parfois, c’est un homme politique irresponsable, qui passe sa vie à insulter les journalistes et qui pousse le délire jusqu’à dire qu’il n’y a pas de problème des retraites, qu’il faudrait faire payer les riches devenus vraiment très riches depuis vingt ans, tout cela en étouffant son interlocuteur sous une montagne de chiffres douteux. Vous reconnaitrez ici l’agression caractérisée dont a été victime l’affable Apathie qui interrogeait comme d’habitude, sans agressivité ni mépris, Jean-Luc Mélenchon, seul homme politique français ouvertement chaviste, c’est tout dire…
Plus grave, il semblerait que ces archaïsmes français viennent de recevoir un soutien de poids. Celui des volcans islandais. On n’est à peine étonné.
L’Islande, comme la Grèce, est un bien mauvais exemple. Elle vient par référendum de refuser de payer sa dette à des banques anglaises. Elle aussi une vieille tradition de welfare state et l’on nous ne fera pas croire que ses volcans ne sont pas nationalisés. Et les voilà, ces volcans, probablement gérés par des fonctionnaires surmutualisés, crispés sur leurs avantages acquis, qui se mettent à s’agiter et à provoquer des éruptions telles qu’elles paralysent avec leurs nuages de cendres en haute atmosphère tout le trafic aérien sur le Nord de l’Europe.
Là aussi, il faut entendre les réactions des passagers en rade dans les aéroports. S’ils les avaient sous la main, les volcans ne feraient pas long feu. On ne peut donc, pour que cesse ce scandale, qu’espérer une réaction responsable de Reykjavík.
Une privatisation des volcans est indispensable. Ainsi que de leur fixer une date légale de fin d’activité.
65, 66 ou 67 ans ou plus s’ils le désirent, ne soyons pas chiens et laissons les partenaires sociaux en décider.
Un strapontin pour le député Hunault
Un député du Nouveau Centre, l’indispensable Michel Hunault – qui a été jadis au RPR, à l’UMP, et à l’UDF – s’est fendu mardi d’une proposition de loi comique à l’Assemblée Nationale : l’instauration, en France, d’une vice-Président. Manifestement bouleversé par la mort récente du Président polonais dans un crash aérien, le député de Loire-Atlantique nous assure que cette mesure « permettrait dans des circonstances exceptionnelles d’assurer la continuité de l’Etat ».
N’ignorant pourtant pas – j’imagine – le rôle que notre constitution a prévu pour le Président du Sénat, qui doit prendre en charge l’intérim du pouvoir en cas de mort du Président de la République, M. Hunault (un avocat défenseur de l’éthique en politique) se met bille en tête de créer cet improbable « strapontin » présidentiel. N’ayons pas mauvais esprit… ne nous demandons pas si cette proposition pourrait être motivée par l’idée fantasmatique de réserver à un membre du Nouveau Centre une petite place à l’ombre du pouvoir suprême… Non, cette proposition de loi a été présentée sous le coup d’une émotion profonde et sincère.
Nabe triomphant

« Pauvres écrivains : c’est une race qui tend à disparaître. Pour écrire, on écrira toujours, mais l’écrivain, l’homme dont l’écriture est l’unique vocation et qui en tire un magistère, une gloire où plusieurs générations se regardent, c’est une évidence que ce type-là n’a plus sa place dans la société d’aujourd’hui. »
Philippe de Saint Robert[1. Ecrire n’est pas jouer, Hermann littérature, 2009.] aurait sans doute révisé son jugement s’il s’était rendu à l’espace Victoria jeudi dernier pour la grande soirée qu’y organisait Marc-Edouard Nabe. Zannini y conviait ses lecteurs à fêter les trois mille exemplaires vendus de L’homme qui arrêta d’écrire, cette belle chronique du Paris déréalisé.
Etaient donc réunies quelques centaines de personnes unies par la même admiration envers le maître à la prose piquante, dont l’égo surdimensionné n’a d’égal que le génie du style. N’en déplaise à Saint Robert, il se trouve encore des écrivains – mais qui en dehors de Nabe ?- capables d’attirer des foules de lecteurs enivrés à l’évocation du seul nom de leur idole, quitte à ce que l’admiration confine à l’hystérie collective.
Pour le plus grand bonheur de Nabe, la fête tourna au triomphe romain. Juché sur une estrade, le Guide Suprême de la Révolution Littéraire haranguait la foule de ses fatwas contre les éditeurs, libraires et autres plumitifs envieux. Ses imprécations enflammées à l’encontre des bien-pensants de la République des Lettres sonnaient juste dans l’univers du tout-culturel, qui est aussi celui de la négation de l’art. La masse de bassidji tout acquis au génie impétueux du Moïse de l’auto-édition ayant vaincu les Égyptiens des lettres applaudissait à pleines mains celui qui a fendu en deux la mer de l’édition française pour que la colonne des vrais lecteurs puisse la traverser à sec[2. La vidéo de son intervention].
Ils étaient venus, ils étaient tous là, ces lecteurs contestant par centaines le verdict des éditeurs : Non, Nabe n’est pas mort ! Même pendant ses années de disette littéraire, le cadavre bougeait encore, écrivant ici ou là des tracts venimeux, entamant laborieusement la rédaction de L’homme qui arrêta d’écrire. Enterrer vivant cet empêcheur-de-censurer-en-rond, c’était compter sans l’héritage du Professeur Choron, chantre de l’humour bête et méchant qui aimait humidifier ses couilles dans des flûtes à champagne, le tout devant un Mitterrand éberlué ! Nabe est de cette veine, celle des écrivains montrant leur cul de papier à qui de droit, sublimant leurs secrets d’alcôve par la plume lorsque certains directeurs de collection croient décrocher le jackpot en découvrant leurs hétaïres littéraires sur la couverture de leurs non-livres.
Assez ! C’est ce que semblaient dire la foule des fêtards réunis dans ce salon de réception transformé le temps d’un soir en une formidable cour des miracles. L’assemblée des inconditionnels de Nabe était pour le moins bigarrée : bobos mal léchés sur le chemin du Baron, journaleux envieux du succès de L’homme, et quelques ovnis de la blogosphère composaient ce paysage aussi beau qu’un bordel de campagne. On se serait cru dans un film de Joël Seria, les filles déshabillées en moins ! Il faut dire que la crypte avait des allures de backroom désertée par ses locataires habituels au profit du seul Nabe, dédicaçant ses œuvres en inhalant des odeurs de stupre imaginaires.
Nabe aura vécu, aimé, mangé et bu par et pour la littérature. Jamais travaillé ni fait d’études. Il se sera fabriqué une place de choix en marge de la société, tel Suarès qu’il admire tant.
En tentant d’épuiser ce lieu parisien, il montra à tout le Landernau qu’il avait eu raison d’arrêter d’arrêter d’écrire. Que finalement, ce sont les gentlemen des lettres qui n’ont plus leur place dans la littérature.
Retourner les lettres contre la société, écrire, c’est-à-dire vivre: en ces temps de charogne, peut-être la seule forme de résistance qu’il nous reste…
Un procès de Moscou à Paris

Si l’idéologie du Bien devait se choisir une icône, le Jésus-Christ stallonien des Inconnus serait sans doute le meilleur candidat. Jamais quelqu’un n’a distribué autant de pains à la fois, au nom de la tolérance et de l’amour d’autrui. Voilà deux semaines qu’il boxe Eric Zemmour avec les meilleures intentions du monde. Le journaliste a rejoint, désormais, ce que les historiens du futur appelleront, je l’espère, les « dissidents européens ». On assiste à un nouveau « procès de Paris », parodie grotesque mais néanmoins inquiétante des « procès de Moscou ». Je pensais que Vladimir Boukovsky, dissident soviétique ayant survécu à douze ans de camp et d’internement psychiatrique, exagérait lorsqu’il écrivait, en 2005, L‘Union européenne, une nouvelle URSS ? Il exposait, dans ce livre, comment l’Union européenne calquait feue l’URSS sur le plan institutionnel, mais aussi idéologique, notamment par l’apparition de nouveaux délits d’opinion : la xénophobie et le racisme. L’idéologie soviétique était internationaliste : il fallait éradiquer les particularismes nationaux des peuples du bloc de l’Est pour faire surgir l’Homme nouveau soviétique, acculturé et flexible. L’idéologie du « politiquement correct » actuelle a les mêmes buts. Eric Zemmour, suivi par Philippe Bilger, avocat général près la Cour d’appel de Paris, ont été reconnus coupables par un ensemble d’associations persécutrices inféodées à l’idéologie internationaliste européenne : tout comme les dissidents soviétiques, ils ont commis le délit irréparable de rappeler la réalité aux nouveaux « ingénieurs de l’âme » épris de leur rêve de pacification forcée des rapports humains.
Il est intéressant de regarder dans le détail comment on a essayé de culpabiliser Philippe Bilger sur le plateau de Morandini, sur Direct 8 : «Quand on passe à la télé, on a une responsabilité ; quand on est une personnalité, on a une responsabilité. Tenir des propos comme ça, ça veut dire que, dans l’esprit des gens qui vous regardent, quand ils vont croiser demain, comme vous dites, un Noir ou un Arabe, ils vont se dire : « Ce mec-là est peut-être un trafiquant. » C’est cela que ça veut dire, et c’est cela qui est terrible, et c’est pour ça que je pense que, quand on est à la télévision, on ne peut pas tenir des propos comme ça.»
[access capability= »lire_inedits »]La nouvelle responsabilité d’un journaliste ou d’un avocat, telle qu’elle est conçue par un Morandini, n’a plus rien à voir avec le désuet engagement de dire la vérité à propos de la réalité. Les propos ne sont plus jugés par rapport au référent observable, mais par rapport aux objectifs idéologiques du pouvoir : nier les conflits et les problèmes proprement politiques du « vivre ensemble » et maintenir l’illusion que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. Etre « responsable », en novlangue médiatique, c’est mentir pieusement, soi-disant pour ne pas prêter le flanc à des interprétations qui aboutiraient à des violences sociales. C’est l’argument typique de la censure soviétique, tel qu’il a été exposé dans le magnifique film de Chris Marker, Le Tombeau d’Alexandre. Lev Rochal, cinéaste russe, explique : «Les créateurs ont toujours beaucoup de mal à comprendre la logique du bureaucrate chargé de surveiller la création. Ajoutez à cela qu’ils ont le flair si subtil qu’ils saisissent toujours ce que le public pourrait comprendre de travers. “Et qui peut comprendre de travers ?” demande l’artiste au bureaucrate. Et le bureaucrate répond habituellement : “Les imbéciles ne manquent pas.” Et si l’artiste réplique : “C’est en pensant aux gens intelligents, et non aux imbéciles, que j’ai fait ce film !”, le bureaucrate lui dit : “Hein, hein, ce n’est pas encore clair pour qui tu as fait ce film !”»
Intimer à Zemmour et à Bilger l’ordre d’être « responsables », c’est affirmer que les téléspectateurs sont des imbéciles et postuler qu’il suffirait d’une phrase d’une « personnalité qui passe à la télé » pour transformer d’un coup de baguette médiatique un honnête citoyen en un affreux nazi languissant après une nouvelle Nuit de cristal. Ceci n’est que le fantasme des gourous médiatiques, sans cesse démenti par les réactions réelles des téléspectateurs, comme par exemple lors du référendum sur la Constitution européenne. C’est aussi l’aveu d’un total mépris pour le peuple, conçu comme influençable à volonté et incapable de filtrer les messages reçus si ceux-ci sont dits à la télé.
Ce qui est intéressant à observer, c’est la manière dont la persécution néo-soviétique commence à s’exercer dans la France d’aujourd’hui. On croit généralement qu’un État totalitaire est un État fort et que, par conséquent, on en serait très loin. Or cette idée est erronée : à rebours de l’opinion admise, un État totalitaire est un État faible, dans un sens très précis. L’État, selon Hobbes et Weber, est le dépositaire du monopole de la violence légitime, légitime parce que monopolisée, arrachée aux particuliers : chacun renonce à sa violence pour obtenir en retour de l’État la paix et la sécurité. Or, un État totalitaire, comme l’Allemagne nazie ou le Kampuchéa démocratique de Pol Pot, est justement un État qui renonce à ses prérogatives de poursuivre et de juger souverainement de la culpabilité ou de l’innocence de ses sujets. Stathis Kalyvas, politologue de l’université de Yale, montre dans The Logic of Violence in Civil War que la violence génocidaire apparaît dans des contextes où des particuliers utilisent un État affaibli pour régler leurs différends personnels. On dénonce sa femme pour divorcer plus vite, son supérieur hiérarchique pour avoir sa place ou bien son voisin pour prendre son appartement, comme le racontait déjà Panaït Istrati dans Vers l’autre flamme, à propos de l’URSS de 1928. Robert Gellately, historien éminent de la Seconde guerre mondiale, explique, dans The Gestapo and German Society : Enforcing Racial Policy, 1933-1945, que, d’après les archives de la Gestapo, là où elles ont été conservées, les « dénonciations malicieuses », c’est-à-dire motivées par le ressentiment, la rivalité, la jalousie, l’intérêt d’usurper le bien d’un voisin, représentaient plus de 50 % des délations, et que tous les individus arrêtés par cette police politique l’ont été à la suite de dénonciations et jamais à la suite d’un travail d’enquête de ses services1.
Un État totalitaire est donc, en fait, un État qui sous-traite l’exercice de la justice aux particuliers, qui utilise les animosités interpersonnelles à des fins propres au lieu de les abolir par son monopole. Ce qui rend irrespirable l’air dans un pays totalitaire, ce n’est pas la peur de la Securitate, c’est la peur du voisin capable, par une simple lettre et à n’importe quel moment, de déchaîner la colère du « monstre froid » contre notre propre personne. L’État totalitaire est faible, au sens où sa violence irrésistible est susceptible d’être utilisée par n’importe qui contre n’importe qui. Il n’est jamais impartial, mais peut toujours prendre parti contre vous en particulier, obéissant en fait non pas au Chef suprême, mais à votre concierge.
La même faiblesse volontaire de l’État est patente, aujourd’hui, avec l’apparition des associations persécutrices spécialisées dans la délation et dans la traque des « dérapages » et autres crimes politiques. L’Union européenne n’énonce pas officiellement une ligne du Parti, et n’a pas mis en place un KGB pour traquer les déviants ou autres malades de « schizophrénie non symptomatique ». Mais elle a autorisé le fonctionnement d’instances para-étatiques, de fondations d’intérêt public qui se chargent de ce travail d’une manière indépendante, comme de bonnes vieilles entreprises capitalistes. Avec la création des délits d’opinion comme les délits de racisme, de xénophobie, d’homophobie ou de négationnisme, l’État a mis en place un dispositif qui cristallise des haines interindividuelles qui utilisent spontanément l’autorité publique pour se satisfaire et pour croître en puissance. Abdiquant sa souveraineté, refoulant les conflits réels qui, par conséquent, s’exacerbent, l’État actuel sème les graines de véritables guerres civiles et de violences interethniques comme celles qui ont suivi la chute de l’URSS et que redoute Eric Zemmour. « J’ai vécu dans votre futur, et cela n’a pas marché », déclare Boukovsky. C’est amer, mais au moins croit-il encore en un avenir.[/access]
Harrar ment vu ça
Enfin, est-ce vraiment sérieux ? Ca tremble en Chine et dans la négociation sur les retraites. Ca érupte en Islande et dans les usines promises à fermeture. Les avions ne volent plus, les trains ne roulent plus, les chômeurs en fin de droit se multiplient, les bus sont caillassés, les écoles brûlées.
Mais qu’est-ce qui fait la une des journaux et des magazines depuis deux jours : la découverte de photo de groupe, prise à Aden vers 1880, d’un obscur poète homosexuel, briseur de ménage et reconverti hâtivement dans le commerce d’armes devant l’insuccès de sa production. Ainé d’à peine deux ans du maréchal Pétain, il ressemble cependant étrangement à De Gaulle jeune sur cette photo. La France est décidément une nation littéraire et inconséquente, fétichiste et improductive.
– Que faisiez vous pendant la fin du monde ?
– Je lisais Rimbaud. « Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques. »
Et en plus, demandez à Cohn-Bendit, Meirieu ou Parisot, ça ne veut rien dire.



