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Petit abécédaire des idées reçues

Monde

K

KUNDERA (MILAN). Beaucoup moins bien depuis qu’il écrit en français.

L

LAÏCITÉ. Négatif quand elle est positive, positif quand elle est négative.
LÉVY (BERNARD-HENRI). Nouveau philosophe depuis 1976. – « J’ai lu d’une traite sa dernière chemise. »
LIEUX COMMUNS. Les appuyer toujours en retour d’un « c’est clair ! » ou d’un « carrément ! ».
LOIS. Il y a tellement de lois en France qu’il faudrait voter une loi proscrivant d’en faire pour tout et n’importe quoi.[access capability= »lire_inedits »]

M

MARCHÉS. Il faut toujours rassurer ces petits animaux craintifs.
MARIAGE. Cause principale du divorce et de la bonne fortune des avocats. – En France, il est rarement gay.
MINISTRE. Présumé coupable. – Ne sert à rien, sauf à être remanié.
MODERNITÉ. On y rentre toujours de plain-pied, sans toujours faire attention à ne pas marcher dedans. – « Socrate était très moderne pour l’ époque. »
MURAY (PHILIPPE). On le lit depuis très longtemps. Bien avant Luchini !

N

NOTHOMB (AMÉLIE). Se nourrit quasi exclusivement de fruits pourris et écrit des livres un peu blets. Parfois, elle confond.

O

ONFRAY (MICHEL). A prouvé l’inexistence de Dieu, démontré la nullité de Freud et tout ça avec ses petits bras. – Autant philosophe de gauche que philosophe gauche.
ONU. Le « Machin » du général de Gaulle. –  A fait la réputation de Dominique de Villepin.
OTAN. Armée pacifique aimée de tous, sauf des Serbes.

P

PARIS-PLAGES. Grâce à Paris-Plages, la capitale ne tourne plus le dos à la Seine. – Avancée majeure pour la convivialité urbaine et le hissement de Paris au rang discret d’une sous-préfecture festive.
PAYS. En les visitant sommairement, nous les faisons.
PRÉSIDENT. Toujours faire précéder du préfixe omni- lorsqu’il est français.
PROUST (MARCEL). Ne se lit pas, se relit. – Vendait beaucoup moins de livres de son vivant que Marc Lévy mort.
PSYCHANALYSTES. Même pas bretonnisants et pourtant formés à l’école Divan. – Certains d’entre eux demandent des honoraires de fous. – J’ai dit à mon psychanalyste que tout le monde me détestait. Il m’a répondu : « Impossible, tout le monde ne vous connaît pas encore. »
PSYCHOLOGUES. Créatures tellement attirées par les catastrophes qu’elles y accourent par cellules entières.

Q

QUOTAS. S’en émouvoir, tout en reconnaissant que les Inuits ne pourront jamais percer à la télévision française tant qu’on n’imposera pas de quotas. – Ils sont vaches quand ils ne sont pas laitiers.

R

RACISME. Le pire mal qu’ait enfanté l’humanité (après les étrangers).
RATP. Non seulement ils nous prennent en otages, mais en plus on est serrés.
RÉACTIONNAIRES. Les réacs d’aujourd’hui ne valent pas tripette : ils étaient mieux avant.
ROTH (PHILIP). Il est très surfait !

S

SARKOZY (Nicolas). Ne pas avouer avoir voté pour lui en 2007.
SEINE. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais on ne se baigne pas même une fois dans la Seine.
SENIOR. Dépérit inexorablement s’il ne pratique pas le jet-ski et le saut à l’élastique.
SENTIERS BATTUS. Demeurer indifférent à leur triste sort. Se contenter de souligner que, comme tout le monde, on ne les fréquente jamais.
STRAUSS-KAHN (DOMINIQUE). La social-démocratie à visage humain. – A épousé un pull mohair.
SUISSE. Une Belgique qui aurait réussi. – Le Suisse aime les votations, mais pas les minarets. – Rajouter : « Heureusement que Jean Ziegler est là pour sauver l’honneur. »

T

TABOUS. Il faut les briser !
TERRE. Elle se porterait mieux si l’être humain n’encombrait pas sa surface.
TURQUIE. Célébrer l’ingéniosité de ce peuple qui inventa le trou des toilettes et lui donna son nom. – Les vrais restaurants grecs sont tenus par des Turcs. Les vrais restaurants turcs aussi.

U

UNIQUE (PENSÉE). C’est toujours celle de l’adversaire.
URANIUM. Métal avec lequel les Iraniens veulent s’enrichir.

V

VILLES. On habite désormais sur elles et non en elles.
VIE. Seules les femmes la donnent.
VIOLENCES. Sont nécessairement urbaines ou faites aux femmes.
VOISINS. Se fêtent une fois l’an.
VUVUZELA. Instrument sud-africain traditionnel depuis au moins dix ans. – Ça nous change de Bach et de toutes ces saloperies européocentrées. – Les joueurs de vuvuzela ont le rythme dans la peau.

W

WALKYRIE. Petit nom que prend instinctivement une chancelière allemande quand un président français veut lui claquer une bise.
WOERTH (ÉRIC). Edwy Plenel a fait la vérité sur l’affaire Woerth-Bettencourt, mais sa déontologie lui a interdit de diffuser la sex tape.

X

XYNTHIA (TEMPÊTE). Les Allemands n’auraient pas mégoté sur la hauteur du mur de l’Atlantique, jamais cela ne se serait produit.

Y

YACHT. Appartient aux Bolloré.
YANKEES. Nom que portaient les habitants des États-Unis, avant de devenir, grâce à Barack Obama, des gars bien.

Z

ZAHIA. Égérie française.
ZEMMOUR. Exagère. – Signe son nom d’un Z qui ne veut même pas dire Zorro.

Abécédaire réalisé en collaboration avec Bruno Maillé.[/access]

Bouveresse bout

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Dans son dernier livre, paru en 2008, La connaissance de l’écrivain, un de nos plus grands philosophes, Jacques Bouveresse, notait non sans mélancolie : « Puisque le système capitaliste libéral a apparemment gagné aujourd’hui par forfait, et qu’il ne semble plus y avoir d’autre système politique et économique qui offre des perspectives plus prometteuses et que l’on puisse proposer sérieusement pour le remplacer, on a l’impression que la critique qui peut être formulée contre lui est condamnée à être et à rester désormais essentiellement morale. »

Bouveresse, professeur au Collège de France, vient cependant de montrer que l’on pouvait aussi mettre ses actes en parfait accord avec ses convictions, et avec panache. Il vient de refuser la Légion d’honneur et s’en explique dans une lettre à Valérie Pécresse. Hors de question, pour lui, de recevoir une décoration remise par « un gouvernement dont la politique adoptée à l’égard de l’Education nationale et des services publics en général me semble inacceptable » Il faut qu’il fasse tout de même attention, Jacques Bouveresse, il y en a qui vont se retrouver déchus de leur nationalité française pour moins que ça.

Mondial : l’Espagne n’a eu que ce qu’elle méritait !

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Espagne

Lorsque notre rédactrice en chef bien-aimée m’a confié, pour ce Causeur d’été, la mission de rédiger un article sur la Coupe du monde de football venant de s’achever, je n’ai pas hésité. Primo, on ne dit pas non à la patronne, et surtout pas à celle-ci. Secundo, il se trouve que je me sens parfaitement légitime pour aborder ce sujet. Car le football, c’est effectivement une passion, voire une préoccupation, depuis un certain nombre d’années ; cela doit remonter à la dernière fois que Sochaux était en course pour le titre de champion de France[1. Ce club, qui devint alors mon favori pour la vie, disputa le championnat au FC Nantes. C’était en 1980. Il échoua malheureusement face à ces maudits Canaris.] ; c’est dire si c’est vieux. Tertio, je suis franc-comtois. Et la coupe du monde est franc-comtoise, messieurs-dames ! Car son fondateur n’est autre que Jules Rimet, ressortissant de ma bonne région. J’ajoute que le premier à avoir inscrit un but en Coupe du monde, Lucien Laurent, s’il n’est pas né en Franche-Comté, y a passé plus de soixante ans de sa vie. Le footeux est chauvin, et l’assume très bien[2. Et encore, on n’évoque pas ici la supériorité franc-comtoise en matière de découverte du vaccin contre la rage, de création d’hymnes guerriers et néanmoins nationaux ou de rédaction des Misérables.]. Il n’est pas non plus dans mes intentions de cacher un calcul cynique de ma part. Étant en pointe de l’analyse foot cette année pour Causeur, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas choisi pour en être l’envoyé spécial pour la Coupe du monde 2014 au Brésil.

Mais j’entends Élisabeth qui s’impatiente. Donc, je m’exécute. Parlons foot, puisque telle est notre mission.

[access capability= »lire_inedits »]L’héritage de Maître Johan

C’est le favori qui a gagné. Les Espagnols n’ont certes pas autant éclaboussé la compétition de leur talent qu’ils ne l’avaient fait lors du championnat d’Europe des nations de 2008[3. Je me refuse à nommer une compétition sportive avec le nom d’une monnaie. Surtout celle-là.]. Ils n’ont marqué que 8 buts, battant le triste record du plus petit nombre inscrit dans une Coupe du monde. Ils sont même les premiers champions du monde à avoir perdu leur premier match de poule − contre la Suisse, de surcroît. Mais ils étaient les plus forts. Du point de vue de la seule finale, on est même soulagé que les Pays-Bas n’aient pas supplanté l’Espagne, tant leur tendance à donner des coups, y compris de karaté dans le sternum, ne les rendait pas sympathiques. En demi-finale, les Espagnols avaient réussi à maîtriser la jeune, généreuse et flamboyante équipe allemande et à lui porter l’estocade en fin de match. Les Allemands n’avaient pas pu rééditer la performance réalisée contre les Argentins, l’autre favori du tournoi. Et pour cause : les Espagnols les avaient privés de ballon. C’est là qu’il faut ouvrir une parenthèse en évoquant un grand nom de l’histoire du football : Johan Cruyff.

Je suis trop jeune pour avoir pu apprécier le grand Johan en tant que joueur. En revanche, j’ai bien connu celui qu’on appelait « Maître Johan » lorsqu’il était l’entraîneur de Barcelone[4. De 1988 à 1996.]. Quand il jouait, « Maître Johan » faisait partie de la grande équipe hollandaise qui échoua contre l’Allemagne en 1974, plongeant tous les amoureux du beau football dans une profonde déprime. Il en était même le maître à jouer[5. Regrettons au passage qu’il ait boycotté la Coupe du monde 1978 en Argentine pour protester contre la dictature locale. L’équipe néerlandaise ayant échoué lors des prolongations contre l’équipe favorite du général Videla, il est pratiquement certain qu’avec celui qui était le meilleur joueur du monde, elle l’aurait emporté. Johan aurait fait un meilleur pied de nez au dictateur argentin s’il avait brandi la coupe du monde à son nez et à sa casquette.]. À l’époque, l’équipe des Pays-Bas pratiquait ce qu’on a appelé le «  football total ». Cela signifie que défenseurs, milieux de terrain et attaquants défendent tous ensemble et attaquent tous ensemble. Devenu entraîneur de Barcelone, Cruyff appliqua la recette. Et s’il avait combattu le général Videla par amour pour la démocratie, il ne prétendait nullement l’appliquer au football. « Maître Johan » était le maître : un vrai tyran, d’après certains. Mais que voulez-vous ? Être un véritable entraîneur − au sens étymologique du mot − ne consiste pas à lire le communiqué de joueurs refusant de préparer un match de Coupe du monde, mais à avoir une philosophie de jeu et à la faire appliquer à tous les joueurs afin qu’ils forment une équipe dotée d’une véritable identité sur le terrain. On se souvient d’un joueur au caractère et à l’ego absolument hors-norme, le Bulgare Hristo Stoitchkov. Cruyff avait procédé à son remplacement, parce qu’il ne respectait pas les consignes, au bout de… sept minutes de jeu. Inutile de dire que l’autre n’avait pas intérêt à l’envoyer se faire empapaouter devant tout le vestiaire. Et, comme joueur, c’était autre chose qu’Anelka.

« Maître Johan » professait que le meilleur moyen de ne pas prendre de but, et d’en marquer, c’est de priver l’adversaire de ballon. Donc d’avoir tout le temps le ballon. Il demandait à ses joueurs d’utiliser toute la largeur du terrain, ce qui permettait de créer des brèches dans la défense adverse. Il a fait jouer Barcelone ainsi. Et il a fait école. Tous ses successeurs, jusqu’à Josep Guardiola, l’entraîneur actuel de l’équipe catalane, qui fut l’un des joueurs de base de l’équipe entraînée par Cruyff à Barcelone, ont peu ou prou appliqué son système. Non seulement sept joueurs, sur les onze qui ont débuté la finale, jouent à Barcelone, mais Vicente Del Bosque, ex-entraîneur de l’ennemi héréditaire madrilène, avoue sa totale adhésion aux principes de jeu de « Maître Johan ». Pourtant, jusque-là, cette sélection espagnole de facture barcelonaise évoquait un puzzle auquel il manque une pièce.

Cette pièce s’appelle Casillas. Et il ne joue pas au Barça, mais au Real Madrid. Pendant des années, les gardiens de but espagnols suscitaient à peu près la même hilarité que ceux venant d’Angleterre. Arconada, Zubizarreta, Canizares constituaient l’assurance, pour l’équipe adverse, de marquer au moins un but facilité par une boulette du gardien. Tel n’est plus le cas avec Casillas qui, non seulement n’est pas un clown, mais se trouve être l’un des deux ou trois meilleurs spécialistes mondiaux du poste. Et cela change tout. On a pu encore s’en rendre compte lors de la finale à l’occasion de ses duels avec le redoutable Robben.

L’Europe qui gagne, c’est celle qui forme

Avec les principes de jeu de « Maître Johan » et un gardien de classe mondiale, l’Espagne ne pouvait que gagner. Mais une Coupe du monde ne se résume pas à son vainqueur.

Nous avons vécu deux Coupes du monde : la première américaine, la seconde européenne. Jusqu’aux huitièmes de finale, la domination du continent américain semblait presque incontestable. Sur les sept équipes américaines, six furent au rendez-vous des huitièmes de finale (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Chili, États-Unis, Mexique), laissant à quai le seul Honduras. Pendant ce temps, sept des treize équipes européennes − dont l’Italie et la France, finalistes en 2006 − rentraient à la maison. En quarts de finale, restaient quatre équipes américaines, une africaine et seulement trois européennes. On diagnostiqua alors un déclin européen. Sauf que ces trois-là finirent sur le podium. Les équipes sud-américaines, se voyant sans doute trop belles dans le miroir de la presse mondiale, ont calé devant les machines allemande, néerlandaise et espagnole. L’Europe a vaincu notamment grâce aux pays qui ont cru à la formation. L’école barcelonaise a formé l’ossature de l’équipe espagnole. Franz Beckenbauer ayant tapé du poing sur la table en 1998, l’Allemagne a copié le système de centres de formation qui avait si bien réussi à son voisin français. Résultat : une équipe jeune, dynamique, s’appuyant sur les écoles de Munich et de Stuttgart, principalement. Quant à la formation hollandaise, qui repose sur l’Ajax Amsterdam, le PSV Eindhoven et quelques autres clubs de moindre notoriété, elle n’a pas cessé de fabriquer les talents à la chaîne, irriguant les meilleurs clubs du monde.

Si la France n’avait pas – en foot comme à l’école – renoncé à tout effort de formation, pensant que ses succès de 1998 et 2000 étaient éternels, elle aurait sans doute pu être le dernier participant au carré final en lieu et place de l’Uruguay. Mais ces piètres résultats de notre sélection nationale ne sont pas isolés. Toutes nos équipes de jeunes sont concernées. Seule notre équipe féminine est en progrès. Toutes les autres enchaînent les contre-performances. La manière dont le directeur technique national s’est défaussé sur le sélectionneur n’est pas à son honneur. Il est solidairement responsable, avec Raymond Domenech, du désastre sportif de nos sélections, auquel il faut effectivement ajouter le désastre moral de notre équipée en Afrique du Sud. Il va donc falloir repenser la formation − sportive et morale − des jeunes joueurs français. Complètement. Nous nous sommes endormis sur nos lauriers. Les états généraux du football, commandés par le président de la République, doivent concerner la formation au premier chef.

Le vidéo-arbitrage : un cadeau aux télés

Pour conclure, évoquons l’arbitrage. Comme Platini, Cruyff, Beckenbauer ou Pelé, je ne suis pas favorable au vidéo-arbitrage. Il s’agit pour moi d’un cadeau aux télés, déjà trop puissantes dans le monde du football pour qu’on leur fasse cette offrande ultime. En revanche, certaines innovations seraient bienvenues. Entre la faute simple, celle qui s’accompagne d’un carton jaune, et le rouge synonyme d’exclusion, l’échelle des sanctions est trop courte. Il est absurde que des fautes violentes comme celles de Van Bommel en finale[6. Le coup de karaté de De Jong valait bien un carton rouge. L’arbitre doit s’en mordre les doigts aujourd’hui.] aboutissent à la même sanction qu’un maillot enlevé par Iniesta pour fêter son but. Prévoir une sanction intermédiaire, comme au hockey sur glace, avec dix ou quinze minutes d’exclusion, ne serait pas inutile. De même, la présence d’arbitres supplémentaires derrière les buts devrait permettre d’éviter, sans faire entrer le loup télévisuel dans la bergerie, des erreurs comme celle dont a été victime l’Angleterre pendant le match contre l’Allemagne.

Voilà. L’Espagne fête sa victoire, qui cachera pendant quelques semaines la crise dans laquelle elle est plongée. La crise, je l’espère, épargnera Causeur, dont le futur développement me permettra de représenter le site dans les tribunes de presse de Rio de Janeiro, de São Paulo ou de Recife ainsi que sur les plages des mêmes villes. Abonnez-vous par millions, les amis ![/access]

Non au passeport à points !

Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy.

Ça démarrait pas mal. « Les forces de l’ordre ont fait leur travail ». « Si on ne veut pas d’ennuis avec la police, on ne tire pas sur la police ». « La délinquance ne provient pas d’un mal-être mais d’un mépris pour les valeurs fondamentales de la société. » Le président parlait clair. Il est vrai que l’effet du verbe s’use et qu’on aimerait un peu moins de discours et un peu plus d’action. Ce discours-là, pourtant, s’imposait. Avec les affrontements de La Villeneuve, avec les menaces proférées contre les hommes de la BAC, quelque chose a changé et beaucoup de gens le sentent. Qu’un voyou tire sur un flic est déjà inquiétant. Quand une partie de son quartier, sous l’emprise de la peur ou du ressentiment, fait bloc autour de lui, quand la loi du groupe l’emporte sur celle de la République, ce n’est plus seulement la sécurité des individus qui est menacée, mais celle de la société en tant que telle. Seulement, il est bien plus gratifiant de dénoncer en chœur « l’obsession sécuritaire » de Sarkozy que de se demander pourquoi elle est si largement partagée.

Le président, bien sûr, en a un peu trop fait, allant jusqu’à vanter son bilan depuis 2002. Que personne n’ait de recette miraculeuse, d’accord, mais il n’y a pas de quoi pavoiser. Dans le registre « l’Etat mènera une guerre sans merci contre le crime et les criminels », les résultats devraient inciter à une certaine sobriété. Et puis, il y a cette énervante obsession du chiffre. « J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’arriver à un taux de 40 % de coupables arrêtés ». Et une fois l’objectif atteint, on lance un tournoi de belote dans les commissariats ?

Quoi qu’il en soit, le président devait parler. Et il avait l’occasion de parler vrai. Le bon peuple n’a pas besoin de coups de menton ni de contes pour enfants, il veut, a minima, qu’on reconnaisse qu’il vit ce qu’il vit. Quand le réel est l’objet d’une entreprise permanente de recouvrement, nommer les choses, c’est déjà agir. Mais mal les nommer, comme le disait, me semble-t-il, Albert Camus, « c’est ajouter au malheur du monde ».

On attendait donc que Nicolas Sarkozy dise les choses comme elles sont. Et à la dix-septième minute, la faute inexcusable. Une énormité qui se drape dans la dignité d’une vérité-difficile-à-affronter. Laisser entendre qu’on pourrait déchoir de leur nationalité française les « Français d’origine étrangère » qui auraient porté atteinte à la vie des forces de l’ordre est moralement déplorable et politiquement irresponsable. D’abord, c’est faux. Dans la vraie vie, on sait à peu près si on est « d’origine étrangère » ou « de souche » – encore qu’on ne sait pas à quel moment et comment on passe de l’un à l’autre et tout notre problème est là. La loi de la République connaît elle, des Français et des étrangers, mais elle ne sait pas ce qu’est un « Français d’origine étrangère ». Et elle n’a pas à le savoir. L’égalité devant la loi est l’un des piliers de notre identité nationale contemporaine. Et le président en est le garant. Quelqu’un qui tire sur un flic doit être jugé et sanctionné. Sévèrement. Mais un Etat de droit ne peut se débarrasser de ses citoyens, aussi déplaisants soient-ils.

Quand on est français, c’est pour toujours

On ne naît pas forcément français, on peut le devenir. Mais quand on l’est, sauf exception rarissime, c’est pour toujours – qu’on aime la France ou qu’on la déteste, qu’on soit délinquant ou bonne sœur, amateur de parties fines ou de femmes en burqas. Il n’y aura pas de passeport à points et Sarkozy le sait. Il peut dénoncer cinquante ans de politique migratoire incontrôlée – inspirée par de raisonnables préoccupations économiques puis par de légitimes considérations humanitaires –qui ont abouti à la faillite de l’intégration (où est-il allé pêcher que nous étions fiers de notre système d’intégration ?). On ne reviendra pas en arrière. Comme le disait il y a vingt ans Christian Jelen, un sociologue aujourd’hui disparu, nous n’avons pas d’autre choix que d’en faire « de bons Français ».

Le pire est que le président a ainsi donné à tous ses adversaires une excellente raison pour se pincer le nez et refuser avec la dernière énergie d’examiner les pistes proposées, toutes marquées du sceau de l’infamie. Or, si la nationalité française ne se reprend pas, il devrait être permis de réviser les conditions dans lesquelles on l’octroie. Ou en tout cas d’en discuter. De même qu’il devrait être possible de revoir un système d’allocations dont tous les praticiens savent qu’il favorise une immigration illégale d’assistance qui pénalise au premier chef les immigrés légaux et les Français d’origine étrangère. On pourrait parfaitement envisager de rétablir la « double-peine » (abolie par Sarkozy quand il nous la jouait « de gauche ») et d’expulser les étrangers condamnés pour crime grave à l’issue de leur peine. La France n’a pas à accueillir toute la violence du monde. Mais de tout cela, évidemment, il ne sera pas question, sinon sous la forme d’un festival d’invectives dans lequel chacun prendra la pose supposée plaire à son électorat.

Chacun joue sa partition, la gauche poussant les hauts cris attendus. Quant à mes excellents confrères, ils se contentent de répéter avec des airs outrés ou entendus que le président s’adresse aux électeurs du Front national. Je l’avoue, ça ne me gêne pas qu’on parle aux électeurs frontistes, ce qui me gêne, c’est plutôt qu’on ne leur parle pas. Devrait-on les déchoir de leur nationalité pour vote non-conforme ? Les envoyer sur la planète Mars ? Oui il faut les entendre et leur parler. Mais il est indigne de leur dire n’importe quoi.

Principe de précaution judiciaire

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On se souvient du préfet Girot de Langlade, sanctionné il y a un an par Hortefeux pour avoir dit en débarquant à Orly: « on se croirait en Afrique ici ». L’ex-haut fonctionnaire, qui n’a pas apprécié d’être qualifié de raciste par son patron de l’époque a décidé d’attaquer en justice le ministre de l’Intérieur et s’est choisi pour l’occasion un avocat de choc, Me Gilbert Collard. Celui-ci qu’on sait bavard, a d’abord choisi de se défendre lui-même, en déclarant: « Si j’avais le sentiment que M. Girot avait tenu un quelconque propos raciste, je n’aurais pas accepté de le défendre ».

Ah bon ? Je croyais que l’éthique et l’honneur d’un avocat, c’était d’assister aussi les criminels, y compris les pédophiles, les terroristes voire les génocidaires. Mais il faut croire que « tenir des propos racistes » est un si grand crime en ce pays, qu’il rende automatiquement son auteur indigne d’être défendu par un avocat. Quant à la présomption d’innocence, je ne vous en parle même pas…

Petit abécédaire des idées reçues

Chapiteau

A

ACADÉMIE. Le chemin le plus sûr pour y accéder est la porte de sortie de l’Élysée.
AMÉRIQUE. Barack Obama l’a découverte bien avant Christophe Colomb (le père de l’esclavagisme), puis il a redonné un sens au rêve américain. Un peu comme Joe Dassin, mais en mieux.
ANARCHO-AUTONOMES. Ils sont généralement épiciers et masqués. Ils nous font vivre dans la terreur. Ils sont plus dangereux qu’Alain Bauer.
APÉRO. Nécessite de l’alcool, quelques morts et cinq mille amis Facebook.
ARCHITECTES. Une insulte chez Samuel Beckett. – Sont responsables de l’urbanisme déplorable des banlieues. – Les meilleurs architectes sont d’intérieur.

B

BANLIEUE. Créative et trop incomprise.
BENOÎT XVI. Trop allemand pour être catholique, trop catholique pour être honnête. – Se trompe sur tout par nature (dogme de l’omnifaillibilité pontificale). – N’est pas parent avec Louis.
BERGÉ (Pierre). Ne se rend pas au kiosque du coin quand il achète Le Monde. – Un myopathe atteint du VIH ne sait pas s’il doit l’aimer ou le détester.
BIO. Seule façon de ne pas avaler de cochonneries. Geste éco-citoyen. Mais toujours beaucoup trop cher.
BOBO. Bourgeois moralisé par la présence d’une photo du Che au-dessus de son lit. – On est toujours le bobo d’un autre. Sauf quand on n’est pas abonné aux Inrocks.
BRUXELLES. C’est sa faute si l’Europe est dans les choux. – Au moindre problème (crise économique, délocalisation, rhume des foins, gueule de bois), avancer un vague : « C’est la faute à Bruxelles. »
BURQA. Dégradant pour la condition de la femme. Un avantage pour les très moches.[access capability= »lire_inedits »]

C

CANICULE. Une solution efficace au problème des retraites. – Un autre succès d’Europe Écologie : ça se réchauffe drôlement pour la saison.
CAUSEUR. Site Internet et magazine néo-réactionnaire. – Pourquoi néo ?
CHIRAC (Jacques). Le regretter maintenant autant qu’on le détestait quand il était président.
CONVIVIALITÉ. Mot souvent prononcé par des gens aussi enjoués que des croque-morts.
CONTEMPORAIN (ART). Ne pas demander s’il y aura un cocktail dînatoire après le vernissage : le ministère de la Culture pratique des restrictions. – Aller vers l’artiste et le féliciter : « Ah, vous allez rendre furieux Jean Clair. »
CLICHÉS. La bouche des autres en abonde.

D

DEBRAY (RÉGIS). Ne pas s’appesantir sur la médiologie. Se contenter de rappeler une évidence : il était bien mieux avec la moustache.
DÉPUTÉ. Pour quelqu’un qui gagne trop bien sa vie, n’est jamais à l’Assemblée. Tonner contre l’absentéisme, misère de la démocratie. – Pour un élu de terrain, n’est jamais dans sa circonscription. Tonner contre ces députés qui vont jouer les beaux parleurs à Paris.
DIEU. Dire d’un air entendu : « Vous plaisantez ? Parlons de choses sérieuses. »
DIVERSITÉ. Une chance pour la France. – Plaindre les gens qui ne sont pas assez divers ou ceux qui voudraient l’être, mais ne le peuvent pas.
DURABLE (Développement). Agir aujourd’hui afin que les générations futures puissent tout bousiller demain.

E

ÉTAT. L’État, c’est moins. De moins en moins.
ÉGALITÉ (MARCHE VERS L’). Toujours longue.
ÉGLISES. Elles sont vides et pleines de vieux.

F

FABIUS (LAURENT). A l’air très catholique.
FACEBOOK. Favorise les rencontres et crée du lien social. – Très utile aux enfants timides et aux pédophiles.
FINKIELKRAUT (ALAIN). Il vaut mieux avoir raison avec Alain Finkielkraut que tort avec Alain Badiou.
FONCTIONNAIRE. Il en faut moins (sauf dans les hôpitaux, les commissariats, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités et les maisons de retraite).
FRANCE. N’est plus qu’un souvenir depuis son démontage en 2007. Avait fait l’objet d’une chanson de Michel Sardou (c’est dire son côté ringard).

G

GAGA (LADY). Un concept plus qu’une chanteuse. Le problème est qu’elle fait aussi chanteuse.
GRÈCE. L’économie grecque est tellement en crise que la construction du Parthénon a été stoppée net. – Ont apporté tant à l’humanité : Aristote Onassis, Nana Mouskouri.
GRÉVISTES. Ils ne pensent pas aux usagers. Tonner contre.
GUILLON (STÉPHANE). Grand résistant victime de la soldatesque valienne.

H

HÉTÉROSEXUALITÉ. Si c’était un truc bien, il y aurait une Hétéro Pride depuis belle lurette.
HOMOS. Ils sont sympas, ouverts et ne ressemblent pas aux clichés.
HOMOPARENTAUX (COUPLES). L’idéal, ce serait de leur confier aussi les enfants des hétéros.

I

INSÉCURITÉ (SENTIMENT D’). Il faut cesser de l’entretenir.
INTOLÉRANCE. Il n’y a plus de maisons pour ça.
IPAD. Déception : il ne fait pas gaufrier. Ni fer à friser.

J

JAPON. A su mêler à merveille tradition et modernité. – Le monde de l’entreprise y est sans merci (citer Amélie Nothomb).
JEUNES. Ils ne sont pas si dupes ni si égoïstes qu’on croit.
JUSTICIABLE. Le justiciable dissimule de moins en moins son désir de pénal.

Abécédaire réalisé en collaboration avec Bruno Maillé.[/access]

L’impuissance de la toute puissance

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Julian Assange
Julian Assange, fondateur de Wikileaks.

Publier en vrac 76 000 pages de documents secrets sans tri ni classement, sans ordre ni hiérarchie, est-il pertinent ? Probablement pas. Il faut certainement une bonne année de lecture pour faire la part de l’important et du ballast vide. Alors, peut être les historiens sauront-ils se servir de cette masse confuse pour en tirer des conclusions. Ce n’était pas le but, en tout cas de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks. Assange est un militant, pas un journaliste au sens commun, ni un historien. Cette énorme quantité de documents nous permet cependant de confirmer quelques réflexions, que très cyniquement l’on peut qualifier de bon sens.

Tout d’abord l’impossibilité de garder un secret. Internet, qui à ses touts débuts, s’appelait Arpanet, est une invention de militaires et devait servir à maintenir la transmission d’informations dans toutes les circonstances en décentralisant au maximum cette information. Aujourd’hui encore les sites en .mil, pour military, font partie intégrante de l’organisation d’internet. On peut partir d’une réalité : ces réseaux sont bien protégés. Parfois même ils n’existent pas, ils sont invisibles. Toutes les IP ne sont pas recensées chez les notaires du net, et une adresse Internet se modifie facilement. Un réseau ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible. Qui est en général humain. Il semble que, dans ce cas précis, les documents proviennent d’une copie effectuée sur un serveur par un soldat qui à transféré le tout sur un CD. Aussi simple que cela…

La deuxième leçon est que la guerre est sale. Par essence. Cela non plus n’est pas une grande nouvelle… La guerre est une imposition de force, et très souvent la fin justifie les moyens. On s’est bien scandalisé sur la section 373, une unité spéciale chargée de tuer de manière préméditée et organisée les talibans et autres terroristes. Il est bien naïf que de s’en émouvoir. Il n’existe pas d’armée qui ne dispose de forces spéciales, chargées de faire le sale boulot de manière aussi discrète qu’efficace.

Nous passerons sur l’aide fournie pas les services de renseignements du Pakistan aux talibans. Un état dans l’Etat, une armée dans l’armée. Sauf que les oiseaux chantaient ce terrible secret sur les toits depuis très longtemps.

Le mythe civilisateur du nation building

La partie la plus intéressante, et la plus diffuse de cet ensemble de documents petits ou grands, importants ou banals est cependant le sentiment d’inanité et d’insanité qui se dégage des informations, réactions et analyses de ce conflit. Pour résumer le nation building[1. Reconstruction de l’État ], tel qu’il est présenté comme but de l’opération est une mission impossible. Le nation building est un mythe, une construction intellectuelle, loin de toute réalité qui consiste à penser et à laisser accroire que l’on peut imposer par la force des structures démocratiques d’Etat de droit et de citoyenneté libre à un pays dont les habitants attendraient la démocratie comme le buvard attend l’encre.

Cela peut fonctionner de manière plus ou moins bancale dans certains cas, pas du tout dans la plupart des autres. L’Irak avait à sa tête un dictateur pour le moins sanguinaire mais qui avait mis sur pied des structures administratives qui fonctionnaient et aussi une armée et une police efficaces, le tout dans un Etat très centralisé. Un gouvernement civil peut s’appuyer sur ces structures pour faire plus ou moins bien fonctionner l’Etat. Mais encore faut il qu’il y ait un semblant d’Etat. Faire du nation building en Somalie ou dans certains pays d’Afrique est impossible, parce qu’il n’existe pas d’Etat. Il en va de même en Afghanistan ou l’Etat central n’existe pas. Ce pays est un assemblage de tribus et de clans où la loi, le plus souvent, n’est pas écrite et se contente d’être la loi du plus fort, basée essentiellement sur une tradition. Et voilà pourquoi Madame l’Amérique, votre fille restera muette. Voilà pourquoi une telle tentative sera vouée à l’échec, voilà pourquoi elle sera très vite trop chère pour être poursuivie.

La tentative Américaine et otanienne peut être regardée comme un calcul de physique tout simple : il s’agit de lutter contre l’entropie. De dépenser de l’énergie pour organiser ce qui ne l’est pas, surtout ce qui ne le veut pas. Faire rentrer le dentifrice dans le tube, pour reprendre une image fréquente de la vulgarisation de l’entropie. Les coûts de l’entreprise tendent vers l’infini et l’énergie dépensée à organiser l’inorganisé finit par désorganiser ce qui l’était. Il ne reste plus, dans ce cas là qu’à dire comme Henri Kissinger qui parlait du Viet Nam « Il faut que je sorte de cette guerre, mais dans la dignité ». Les moulins à Story telling ont de beaux jours devant eux… D’autant que la « sortie dans la dignité » n’est pas pour demain. Toute l’affaire devait être pliée et rangée fin 2011, avait dit Barack Obama au moment de son élection. On sait depuis pas très belle lurette que ce sera plutôt 2014. Et encore… le Secrétaire général de l’OTAN qui n’écrit pas un mot ni ne pose une virgule, sans que les puissances de l’OTAN aient donné leur nihil obstat écrivait récemment dans une tribune relayée par le presse mondiale que bien sur il faudrait rester après 2014, pas comme force combattante, bien sûr, mais comme force de soutien, pour aider nos nouveaux amis très sûrs aux fins de poursuivre leurs efforts de nation building. T’as qu’à croire !

Imposer une forme de civilisation, avec Etat de droit, séparation des pouvoirs et égalité des citoyens dans de telle conditions est tout simplement une billevesée autant qu’une escroquerie. Montesquieu dans l’Hindukush, c’est le bide assuré. Il faut être passé d’abord par la case Lumières. En attendant retournez en prison, ne passez pas par la case départ et ne touchez pas 20 000 Euro. Pour acheter la rue de la Paix, vous attendrez. Longtemps encore.

Petite philosophie du surf

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surfer

Pour les vieux adolescents ayant abandonné le sport, le surf a longtemps évoqué une chanson des Beach Boys, les nombreux visionnages de Point Break – Extrême limite de Kathryn Bigelow – avec le regretté Patrick Swayze en dirty danseur des spots et des braquages – et les apparitions de Kelly Slater dans Alerte à Malibu.

C’était peu de choses mais ça esquissait une certaine idée de la grâce et de l’été : des mélodies légères, le soleil qui se lève, qui se couche sur la mer, des jeunes filles aux cheveux mouillés, à la peau salée, que Claude Nori aurait pu photographier sur les plages d’Italie. La Petite philosophie du surf de Frédéric Schiffter prolonge le plaisir de ces impressions. Dès les premiers mots, c’est une invitation à la musarderie : « A celle qui m’a jeté dans le creux de la vague ». Une phrase plein coeur, de celles que Schiffter cisèle comme personne et qui, recueillies dans de minces volumes – lire Traité du cafard et Délectations moroses -, font de la mélancolie un éclat de beauté à la boutonnière de nos vies.

[access capability= »lire_inedits »]L’immonde réenchanté

« Philosophe sans qualité » et « penseur de charme », Schiffter est un réenchanteur triste de l’immonde. L’inverse de Michel Onfray, peine-à-jouir boursouflé de l’autopromotion de ses névroses. Dilettante classieux, Schiffter pose son regard sur les temps où nous vivons, se souvient de Montaigne, de Wilde, de Chamfort et jette ses fulgurances à la gueule du désastre en cours. Dans Petite philosophie du surf : « Les cartes postales colorent l’ennui et offrent aux humains une image rassurante de leur dérisoire présence dans l’univers. » ; « La vague est la fille d’un océan tourmenté par une dépression. » ; ou encore : « Une vague ne se cache pas pour mourir. Elle aime disparaître sous le regard des hommes. »

Dans la tourmente des flots, Schiffter quête la beauté que portent quelques héros, quelques héroïnes. Les héros s’appellent Mickey Dora, dit the Cat, Greg Noll, dit the Bull, Gerry Lopez pour qui « Le surf nous apprend à affronter la vie », Tom Curren, Jeff Clark ou Mark Foo, « un des grands riders de Waimea, [qui] meurt noyé dans les remous de gravats liquides au pied des falaises de Mavericks. » Les héroïnes ? C’est du côté de ses braconnages sur le web que Schiffter dessine la jolie silhouette d’une « flâneuse de l’onde » : « Première journée de juillet. La marée monte depuis longtemps. Comme si leur mécanisme s’épuisait, les séries de vagues arrivent mollement. Couchée sur sa planche, la surfeuse a un peu froid. Elle décide de sortir de l’eau. Elle attend l’ultime vague qui la ramènera sur le sable. Une ondulation se dessine. Elle rame dans sa direction. Elle opère un demi-tour, rame de nouveau vivement pour démarrer et se lève. L’onde lui offre son flanc gauche. Peu puissante, elle lui permet quand même de glisser prestement et de goûter à quelques instants de jubilation. Fin de la session. »

Petite philosophie du surf est un livre à glisser dans la poche intérieure d’une veste en lin blanc et à lire, à l’ombre d’une terrasse, face à l’océan, une lucky strike ou une winston bleue comme le ciel aux lèvres, un verre de vin blanc devant soi.

Frédéric Schiffter, Philosophie sentimentale, Flammarion, 2010, à paraître.

Petite philosophie du surf

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Inception, l’homme qui descendait du songe

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Inception

Avec Batman Begins et The Dark Knight, Christopher Nolan avait créé un nouveau Batman – et en échange Batman nous avait donné un nouveau Christopher Nolan. Le cinéaste de The Following, spectateur méticuleux d’un univers fragmenté et acteur forcené de sa reconstruction, avait trouvé dans la mythologie du super-héros une forme de surplomb, une toile de fond donnant de l’ampleur à son cinéma. L’angoisse de l’amnésique (dans Memento), les errements de l’insomniaque (dans Insomnia) – ces existences dominées par l’aveuglante précision du détail – laissèrent place, avec The Dark Night, au surplomb parfois vertigineux d’un héros au regard totalisant.

C’est dans Inception que ces deux Christopher Nolan se retrouvent: le fétichiste morbide et le mégalomane qui veut de toutes forces tout synthétiser. Dans l’univers de l’espionnage industriel, Mr. Cobb (Leonardo Di Caprio) est un « extracteur », c’est-à-dire quelqu’un qui s’introduit dans les rêves des gens pour leur dérober leurs secrets les mieux enfouis. On lui demande un jour comme dernière mission de s’infiltrer dans le subconscient d’un grand patron, non pour extraire un rêve, mais pour implanter une idée.

De la réalité comme incertitude

Tout d’abord, Inception fait penser à Memento. Nous avons dans les deux films un monde découpé en morceaux qui s’entrechoquent et se superposent. C’étaient les grains d’instantanéité du présent amnésique, ce sont cette fois-ci les rêves, ces endroits et moments clos, nous avons un héros jeté dans une histoire dont lui-même ignore les tenants et les aboutissants, l’un parce qu’il n’a pas de mémoire, l’autre parce qu’il vit dans des rêves. Les deux sont happés par la matière, hantés par un passé qui s’impose de lui-même – une femme, un deuil dans les deux cas – et qui est un obstacle à la cohérence des choses, une sorte de pertinence rétinienne très mal venue. En somme nous avons, à travers le personnage incarné par Guy Pearce et celui joué par Leonardo Di Caprio, deux manières de se perdre sous la surface d’autres mondes, que ce soit l’éternité d’un instant ou la profondeur d’un rêve.

Et pourtant nos deux héros, enquêteur pour l’un, architecte pour l’autre, s’évertuent à reconstituer et à reconstruire. C’est la tragédie de leur existence, que de s’enfoncer toujours un peu plus dans les détails en y cherchant du sens, que de s’égarer dans le désordre en voulant l’organiser. A la fois faussement cohérents, et faussement éclatés, les premiers films de Christopher Nolan, et aujourd’hui Inception, sont des formes impossibles de pragmatisme en trompe-l’oeil.

Cinéaste cinéphile

Avec le film de super-héros, il avait fallu polariser l’ordre et le chaos, la nécessité et le hasard, à travers un Batman omniscient et un Joker nihiliste. Depuis ce surplomb, Christopher Nolan s’est mis à manier les genres et les références, faisant de The Dark Night un mélange entre le comic book, le film de casse et le thriller politique.

C’est la même profondeur de champ que l’on retrouve dans Inception. Chaque rêve, chaque monde, pourrait aussi bien être tiré de l’histoire du cinéma. De la fusillade de Heat à l’apesanteur de 2001 l’odyssée de l’espace en passant par les assauts de film d’espionnage, les rêves ont l’air de films emboîtés les uns dans les autres. Pour autant, Nolan ne partage pas la mauvaise ironie des cinéastes cinéphiles. Une croyance traverse au contraire tous ses rêves, matérialisée par un petit fétiche, encore un objet: un petit fragment du monde autour de quoi tout s’articule. Une foi d’animiste qui soulève des montagne, modèle des endroits, des villes, des mondes entiers – et dont Christopher Nolan semble faire profession, en cinéphile et en cinéaste.

Inception, un film chestertonien ?

On a beaucoup critiqué Nolan sur ses scénarios gadget. On a dit aussi qu’Inception offrait une vision trop rationnelle des rêves. On a reproché à Nolan de ne pas être Lynch ou Buñuel. Soit. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir la folie douce qui s’empare de chaque plan, de chaque séquence, et surtout de chaque transition. Le rationalisme échevelé avec lequel les rêves sont créés, modifiés, la surenchère exponentielle des emboîtements – un rêve, dans un rêve, dans un rêve, etc. – , créent un climat qui est plus celui de la folie que celui de l’onirisme. Comme si Nolan avait voulu appliquer l’idée chestertonnienne selon laquelle le fou n’est pas celui qui a perdu la raison, mais « celui qui a tout perdu sauf la raison »[1. Orthodoxie, de Gilbert Keith Chesterton, dont voici un extrait éloquent pour ce qui nous concerne: « Tous ceux qui ont la malchance de parler avec des malades mentaux (…) savent que le leur plus sinistre qualité est leur affreuse lucidité sur les questions de détail, leur aptitude à relier les choses entre elles sur une carte plus complexe qu’un labyrinthe. »]: le fou est celui qui fait d’une idée une obsession, d’une logique son carcan – et c’est précisément le principe de « l’inception », faire d’une idée le plus résistant des virus.

Le vent de folie (et de génie) d’Inception, c’est le flottement qui charrie tous ces rêves en poupées russes: les rimes visuelles, les instants d’apesanteur et les moments où le décor s’effondre. Il y a une dynamique de l’explosion, dans cette belle mécanique, et un usage de la « décharge »: le moment, justement, où le rêve va devoir prendre fin. Nolan n’a pas fait un autre Mulholland Drive, mais il a compris que l’étrangeté et la folie des rêves étaient moins dans le contenu que dans l’équilibre incertain des transitions.

Happy birthday Barack!

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J’ai été un des premiers à ressentir qu’il les battrait tous et toutes! Aussi, dès le départ, me suis-je inscrit sur son site internet et abonné à sa liste de diffusion. C’est avec le même enthousiasme que j’ai soutenu une à une ses actions quand il a été élu Président, soutien qui s’est manifesté en ajoutant (en ligne) mon nom aux pétitions soutenant les réformes entreprises. N’ai-je pas ainsi reçu en retour la fameuse loi sur la santé où ma signature figure près de la sienne ? Bref, j’aime cet homme, oui j’aime Barack Obama !

Or voilà que – toujours dans le cadre de cette mailing list – je reçois il y a quelques jours un message de la First Lady Michelle Obama qui me demande de cosigner une carte pour les 49 ans de Barack le 4 Août prochain… « Ce fut une grande et difficile année pour lui », dit-elle en substance, et « nous nous en souviendrons longtemps après le passage de la Affordable Care Act et de la réforme de Wall Street. Je prépare une carte d’anniversaire que je souhaiterais vous voir signer (…) en même temps que moi, Malia, Sasha et Bo afin de lui montrer que nous serons avec lui pour la prochaine année. (…) Contribuerez-vous à faire en sorte que ce jour soit mémorable pour Barack en lui souhaitant un bon quarante-neuvième anniversaire ? »

Je dois avouer que, sans chercher à dramatiser une requête emprunte d’une simplicité très américaine assortie d’une pincée de marketing, ce message m’a immédiatement mis mal à l’aise. Pourquoi verser en effet dans ce culte de la personnalité en demandant à des millions de personnes de célébrer l’anniversaire d’Obama ? Brejnev, Ceaucescu et consorts raffolaient de ce genre de mauvaises plaisanteries. Comment diable ont-il réussi à contaminer post mortem les Etats-Unis ?

Petit abécédaire des idées reçues

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Monde

Monde

K

KUNDERA (MILAN). Beaucoup moins bien depuis qu’il écrit en français.

L

LAÏCITÉ. Négatif quand elle est positive, positif quand elle est négative.
LÉVY (BERNARD-HENRI). Nouveau philosophe depuis 1976. – « J’ai lu d’une traite sa dernière chemise. »
LIEUX COMMUNS. Les appuyer toujours en retour d’un « c’est clair ! » ou d’un « carrément ! ».
LOIS. Il y a tellement de lois en France qu’il faudrait voter une loi proscrivant d’en faire pour tout et n’importe quoi.[access capability= »lire_inedits »]

M

MARCHÉS. Il faut toujours rassurer ces petits animaux craintifs.
MARIAGE. Cause principale du divorce et de la bonne fortune des avocats. – En France, il est rarement gay.
MINISTRE. Présumé coupable. – Ne sert à rien, sauf à être remanié.
MODERNITÉ. On y rentre toujours de plain-pied, sans toujours faire attention à ne pas marcher dedans. – « Socrate était très moderne pour l’ époque. »
MURAY (PHILIPPE). On le lit depuis très longtemps. Bien avant Luchini !

N

NOTHOMB (AMÉLIE). Se nourrit quasi exclusivement de fruits pourris et écrit des livres un peu blets. Parfois, elle confond.

O

ONFRAY (MICHEL). A prouvé l’inexistence de Dieu, démontré la nullité de Freud et tout ça avec ses petits bras. – Autant philosophe de gauche que philosophe gauche.
ONU. Le « Machin » du général de Gaulle. –  A fait la réputation de Dominique de Villepin.
OTAN. Armée pacifique aimée de tous, sauf des Serbes.

P

PARIS-PLAGES. Grâce à Paris-Plages, la capitale ne tourne plus le dos à la Seine. – Avancée majeure pour la convivialité urbaine et le hissement de Paris au rang discret d’une sous-préfecture festive.
PAYS. En les visitant sommairement, nous les faisons.
PRÉSIDENT. Toujours faire précéder du préfixe omni- lorsqu’il est français.
PROUST (MARCEL). Ne se lit pas, se relit. – Vendait beaucoup moins de livres de son vivant que Marc Lévy mort.
PSYCHANALYSTES. Même pas bretonnisants et pourtant formés à l’école Divan. – Certains d’entre eux demandent des honoraires de fous. – J’ai dit à mon psychanalyste que tout le monde me détestait. Il m’a répondu : « Impossible, tout le monde ne vous connaît pas encore. »
PSYCHOLOGUES. Créatures tellement attirées par les catastrophes qu’elles y accourent par cellules entières.

Q

QUOTAS. S’en émouvoir, tout en reconnaissant que les Inuits ne pourront jamais percer à la télévision française tant qu’on n’imposera pas de quotas. – Ils sont vaches quand ils ne sont pas laitiers.

R

RACISME. Le pire mal qu’ait enfanté l’humanité (après les étrangers).
RATP. Non seulement ils nous prennent en otages, mais en plus on est serrés.
RÉACTIONNAIRES. Les réacs d’aujourd’hui ne valent pas tripette : ils étaient mieux avant.
ROTH (PHILIP). Il est très surfait !

S

SARKOZY (Nicolas). Ne pas avouer avoir voté pour lui en 2007.
SEINE. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, mais on ne se baigne pas même une fois dans la Seine.
SENIOR. Dépérit inexorablement s’il ne pratique pas le jet-ski et le saut à l’élastique.
SENTIERS BATTUS. Demeurer indifférent à leur triste sort. Se contenter de souligner que, comme tout le monde, on ne les fréquente jamais.
STRAUSS-KAHN (DOMINIQUE). La social-démocratie à visage humain. – A épousé un pull mohair.
SUISSE. Une Belgique qui aurait réussi. – Le Suisse aime les votations, mais pas les minarets. – Rajouter : « Heureusement que Jean Ziegler est là pour sauver l’honneur. »

T

TABOUS. Il faut les briser !
TERRE. Elle se porterait mieux si l’être humain n’encombrait pas sa surface.
TURQUIE. Célébrer l’ingéniosité de ce peuple qui inventa le trou des toilettes et lui donna son nom. – Les vrais restaurants grecs sont tenus par des Turcs. Les vrais restaurants turcs aussi.

U

UNIQUE (PENSÉE). C’est toujours celle de l’adversaire.
URANIUM. Métal avec lequel les Iraniens veulent s’enrichir.

V

VILLES. On habite désormais sur elles et non en elles.
VIE. Seules les femmes la donnent.
VIOLENCES. Sont nécessairement urbaines ou faites aux femmes.
VOISINS. Se fêtent une fois l’an.
VUVUZELA. Instrument sud-africain traditionnel depuis au moins dix ans. – Ça nous change de Bach et de toutes ces saloperies européocentrées. – Les joueurs de vuvuzela ont le rythme dans la peau.

W

WALKYRIE. Petit nom que prend instinctivement une chancelière allemande quand un président français veut lui claquer une bise.
WOERTH (ÉRIC). Edwy Plenel a fait la vérité sur l’affaire Woerth-Bettencourt, mais sa déontologie lui a interdit de diffuser la sex tape.

X

XYNTHIA (TEMPÊTE). Les Allemands n’auraient pas mégoté sur la hauteur du mur de l’Atlantique, jamais cela ne se serait produit.

Y

YACHT. Appartient aux Bolloré.
YANKEES. Nom que portaient les habitants des États-Unis, avant de devenir, grâce à Barack Obama, des gars bien.

Z

ZAHIA. Égérie française.
ZEMMOUR. Exagère. – Signe son nom d’un Z qui ne veut même pas dire Zorro.

Abécédaire réalisé en collaboration avec Bruno Maillé.[/access]

Bouveresse bout

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Dans son dernier livre, paru en 2008, La connaissance de l’écrivain, un de nos plus grands philosophes, Jacques Bouveresse, notait non sans mélancolie : « Puisque le système capitaliste libéral a apparemment gagné aujourd’hui par forfait, et qu’il ne semble plus y avoir d’autre système politique et économique qui offre des perspectives plus prometteuses et que l’on puisse proposer sérieusement pour le remplacer, on a l’impression que la critique qui peut être formulée contre lui est condamnée à être et à rester désormais essentiellement morale. »

Bouveresse, professeur au Collège de France, vient cependant de montrer que l’on pouvait aussi mettre ses actes en parfait accord avec ses convictions, et avec panache. Il vient de refuser la Légion d’honneur et s’en explique dans une lettre à Valérie Pécresse. Hors de question, pour lui, de recevoir une décoration remise par « un gouvernement dont la politique adoptée à l’égard de l’Education nationale et des services publics en général me semble inacceptable » Il faut qu’il fasse tout de même attention, Jacques Bouveresse, il y en a qui vont se retrouver déchus de leur nationalité française pour moins que ça.

Mondial : l’Espagne n’a eu que ce qu’elle méritait !

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Espagne

Espagne

Lorsque notre rédactrice en chef bien-aimée m’a confié, pour ce Causeur d’été, la mission de rédiger un article sur la Coupe du monde de football venant de s’achever, je n’ai pas hésité. Primo, on ne dit pas non à la patronne, et surtout pas à celle-ci. Secundo, il se trouve que je me sens parfaitement légitime pour aborder ce sujet. Car le football, c’est effectivement une passion, voire une préoccupation, depuis un certain nombre d’années ; cela doit remonter à la dernière fois que Sochaux était en course pour le titre de champion de France[1. Ce club, qui devint alors mon favori pour la vie, disputa le championnat au FC Nantes. C’était en 1980. Il échoua malheureusement face à ces maudits Canaris.] ; c’est dire si c’est vieux. Tertio, je suis franc-comtois. Et la coupe du monde est franc-comtoise, messieurs-dames ! Car son fondateur n’est autre que Jules Rimet, ressortissant de ma bonne région. J’ajoute que le premier à avoir inscrit un but en Coupe du monde, Lucien Laurent, s’il n’est pas né en Franche-Comté, y a passé plus de soixante ans de sa vie. Le footeux est chauvin, et l’assume très bien[2. Et encore, on n’évoque pas ici la supériorité franc-comtoise en matière de découverte du vaccin contre la rage, de création d’hymnes guerriers et néanmoins nationaux ou de rédaction des Misérables.]. Il n’est pas non plus dans mes intentions de cacher un calcul cynique de ma part. Étant en pointe de l’analyse foot cette année pour Causeur, je ne vois pas pourquoi je ne serais pas choisi pour en être l’envoyé spécial pour la Coupe du monde 2014 au Brésil.

Mais j’entends Élisabeth qui s’impatiente. Donc, je m’exécute. Parlons foot, puisque telle est notre mission.

[access capability= »lire_inedits »]L’héritage de Maître Johan

C’est le favori qui a gagné. Les Espagnols n’ont certes pas autant éclaboussé la compétition de leur talent qu’ils ne l’avaient fait lors du championnat d’Europe des nations de 2008[3. Je me refuse à nommer une compétition sportive avec le nom d’une monnaie. Surtout celle-là.]. Ils n’ont marqué que 8 buts, battant le triste record du plus petit nombre inscrit dans une Coupe du monde. Ils sont même les premiers champions du monde à avoir perdu leur premier match de poule − contre la Suisse, de surcroît. Mais ils étaient les plus forts. Du point de vue de la seule finale, on est même soulagé que les Pays-Bas n’aient pas supplanté l’Espagne, tant leur tendance à donner des coups, y compris de karaté dans le sternum, ne les rendait pas sympathiques. En demi-finale, les Espagnols avaient réussi à maîtriser la jeune, généreuse et flamboyante équipe allemande et à lui porter l’estocade en fin de match. Les Allemands n’avaient pas pu rééditer la performance réalisée contre les Argentins, l’autre favori du tournoi. Et pour cause : les Espagnols les avaient privés de ballon. C’est là qu’il faut ouvrir une parenthèse en évoquant un grand nom de l’histoire du football : Johan Cruyff.

Je suis trop jeune pour avoir pu apprécier le grand Johan en tant que joueur. En revanche, j’ai bien connu celui qu’on appelait « Maître Johan » lorsqu’il était l’entraîneur de Barcelone[4. De 1988 à 1996.]. Quand il jouait, « Maître Johan » faisait partie de la grande équipe hollandaise qui échoua contre l’Allemagne en 1974, plongeant tous les amoureux du beau football dans une profonde déprime. Il en était même le maître à jouer[5. Regrettons au passage qu’il ait boycotté la Coupe du monde 1978 en Argentine pour protester contre la dictature locale. L’équipe néerlandaise ayant échoué lors des prolongations contre l’équipe favorite du général Videla, il est pratiquement certain qu’avec celui qui était le meilleur joueur du monde, elle l’aurait emporté. Johan aurait fait un meilleur pied de nez au dictateur argentin s’il avait brandi la coupe du monde à son nez et à sa casquette.]. À l’époque, l’équipe des Pays-Bas pratiquait ce qu’on a appelé le «  football total ». Cela signifie que défenseurs, milieux de terrain et attaquants défendent tous ensemble et attaquent tous ensemble. Devenu entraîneur de Barcelone, Cruyff appliqua la recette. Et s’il avait combattu le général Videla par amour pour la démocratie, il ne prétendait nullement l’appliquer au football. « Maître Johan » était le maître : un vrai tyran, d’après certains. Mais que voulez-vous ? Être un véritable entraîneur − au sens étymologique du mot − ne consiste pas à lire le communiqué de joueurs refusant de préparer un match de Coupe du monde, mais à avoir une philosophie de jeu et à la faire appliquer à tous les joueurs afin qu’ils forment une équipe dotée d’une véritable identité sur le terrain. On se souvient d’un joueur au caractère et à l’ego absolument hors-norme, le Bulgare Hristo Stoitchkov. Cruyff avait procédé à son remplacement, parce qu’il ne respectait pas les consignes, au bout de… sept minutes de jeu. Inutile de dire que l’autre n’avait pas intérêt à l’envoyer se faire empapaouter devant tout le vestiaire. Et, comme joueur, c’était autre chose qu’Anelka.

« Maître Johan » professait que le meilleur moyen de ne pas prendre de but, et d’en marquer, c’est de priver l’adversaire de ballon. Donc d’avoir tout le temps le ballon. Il demandait à ses joueurs d’utiliser toute la largeur du terrain, ce qui permettait de créer des brèches dans la défense adverse. Il a fait jouer Barcelone ainsi. Et il a fait école. Tous ses successeurs, jusqu’à Josep Guardiola, l’entraîneur actuel de l’équipe catalane, qui fut l’un des joueurs de base de l’équipe entraînée par Cruyff à Barcelone, ont peu ou prou appliqué son système. Non seulement sept joueurs, sur les onze qui ont débuté la finale, jouent à Barcelone, mais Vicente Del Bosque, ex-entraîneur de l’ennemi héréditaire madrilène, avoue sa totale adhésion aux principes de jeu de « Maître Johan ». Pourtant, jusque-là, cette sélection espagnole de facture barcelonaise évoquait un puzzle auquel il manque une pièce.

Cette pièce s’appelle Casillas. Et il ne joue pas au Barça, mais au Real Madrid. Pendant des années, les gardiens de but espagnols suscitaient à peu près la même hilarité que ceux venant d’Angleterre. Arconada, Zubizarreta, Canizares constituaient l’assurance, pour l’équipe adverse, de marquer au moins un but facilité par une boulette du gardien. Tel n’est plus le cas avec Casillas qui, non seulement n’est pas un clown, mais se trouve être l’un des deux ou trois meilleurs spécialistes mondiaux du poste. Et cela change tout. On a pu encore s’en rendre compte lors de la finale à l’occasion de ses duels avec le redoutable Robben.

L’Europe qui gagne, c’est celle qui forme

Avec les principes de jeu de « Maître Johan » et un gardien de classe mondiale, l’Espagne ne pouvait que gagner. Mais une Coupe du monde ne se résume pas à son vainqueur.

Nous avons vécu deux Coupes du monde : la première américaine, la seconde européenne. Jusqu’aux huitièmes de finale, la domination du continent américain semblait presque incontestable. Sur les sept équipes américaines, six furent au rendez-vous des huitièmes de finale (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Chili, États-Unis, Mexique), laissant à quai le seul Honduras. Pendant ce temps, sept des treize équipes européennes − dont l’Italie et la France, finalistes en 2006 − rentraient à la maison. En quarts de finale, restaient quatre équipes américaines, une africaine et seulement trois européennes. On diagnostiqua alors un déclin européen. Sauf que ces trois-là finirent sur le podium. Les équipes sud-américaines, se voyant sans doute trop belles dans le miroir de la presse mondiale, ont calé devant les machines allemande, néerlandaise et espagnole. L’Europe a vaincu notamment grâce aux pays qui ont cru à la formation. L’école barcelonaise a formé l’ossature de l’équipe espagnole. Franz Beckenbauer ayant tapé du poing sur la table en 1998, l’Allemagne a copié le système de centres de formation qui avait si bien réussi à son voisin français. Résultat : une équipe jeune, dynamique, s’appuyant sur les écoles de Munich et de Stuttgart, principalement. Quant à la formation hollandaise, qui repose sur l’Ajax Amsterdam, le PSV Eindhoven et quelques autres clubs de moindre notoriété, elle n’a pas cessé de fabriquer les talents à la chaîne, irriguant les meilleurs clubs du monde.

Si la France n’avait pas – en foot comme à l’école – renoncé à tout effort de formation, pensant que ses succès de 1998 et 2000 étaient éternels, elle aurait sans doute pu être le dernier participant au carré final en lieu et place de l’Uruguay. Mais ces piètres résultats de notre sélection nationale ne sont pas isolés. Toutes nos équipes de jeunes sont concernées. Seule notre équipe féminine est en progrès. Toutes les autres enchaînent les contre-performances. La manière dont le directeur technique national s’est défaussé sur le sélectionneur n’est pas à son honneur. Il est solidairement responsable, avec Raymond Domenech, du désastre sportif de nos sélections, auquel il faut effectivement ajouter le désastre moral de notre équipée en Afrique du Sud. Il va donc falloir repenser la formation − sportive et morale − des jeunes joueurs français. Complètement. Nous nous sommes endormis sur nos lauriers. Les états généraux du football, commandés par le président de la République, doivent concerner la formation au premier chef.

Le vidéo-arbitrage : un cadeau aux télés

Pour conclure, évoquons l’arbitrage. Comme Platini, Cruyff, Beckenbauer ou Pelé, je ne suis pas favorable au vidéo-arbitrage. Il s’agit pour moi d’un cadeau aux télés, déjà trop puissantes dans le monde du football pour qu’on leur fasse cette offrande ultime. En revanche, certaines innovations seraient bienvenues. Entre la faute simple, celle qui s’accompagne d’un carton jaune, et le rouge synonyme d’exclusion, l’échelle des sanctions est trop courte. Il est absurde que des fautes violentes comme celles de Van Bommel en finale[6. Le coup de karaté de De Jong valait bien un carton rouge. L’arbitre doit s’en mordre les doigts aujourd’hui.] aboutissent à la même sanction qu’un maillot enlevé par Iniesta pour fêter son but. Prévoir une sanction intermédiaire, comme au hockey sur glace, avec dix ou quinze minutes d’exclusion, ne serait pas inutile. De même, la présence d’arbitres supplémentaires derrière les buts devrait permettre d’éviter, sans faire entrer le loup télévisuel dans la bergerie, des erreurs comme celle dont a été victime l’Angleterre pendant le match contre l’Allemagne.

Voilà. L’Espagne fête sa victoire, qui cachera pendant quelques semaines la crise dans laquelle elle est plongée. La crise, je l’espère, épargnera Causeur, dont le futur développement me permettra de représenter le site dans les tribunes de presse de Rio de Janeiro, de São Paulo ou de Recife ainsi que sur les plages des mêmes villes. Abonnez-vous par millions, les amis ![/access]

Non au passeport à points !

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Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy.

Ça démarrait pas mal. « Les forces de l’ordre ont fait leur travail ». « Si on ne veut pas d’ennuis avec la police, on ne tire pas sur la police ». « La délinquance ne provient pas d’un mal-être mais d’un mépris pour les valeurs fondamentales de la société. » Le président parlait clair. Il est vrai que l’effet du verbe s’use et qu’on aimerait un peu moins de discours et un peu plus d’action. Ce discours-là, pourtant, s’imposait. Avec les affrontements de La Villeneuve, avec les menaces proférées contre les hommes de la BAC, quelque chose a changé et beaucoup de gens le sentent. Qu’un voyou tire sur un flic est déjà inquiétant. Quand une partie de son quartier, sous l’emprise de la peur ou du ressentiment, fait bloc autour de lui, quand la loi du groupe l’emporte sur celle de la République, ce n’est plus seulement la sécurité des individus qui est menacée, mais celle de la société en tant que telle. Seulement, il est bien plus gratifiant de dénoncer en chœur « l’obsession sécuritaire » de Sarkozy que de se demander pourquoi elle est si largement partagée.

Le président, bien sûr, en a un peu trop fait, allant jusqu’à vanter son bilan depuis 2002. Que personne n’ait de recette miraculeuse, d’accord, mais il n’y a pas de quoi pavoiser. Dans le registre « l’Etat mènera une guerre sans merci contre le crime et les criminels », les résultats devraient inciter à une certaine sobriété. Et puis, il y a cette énervante obsession du chiffre. « J’ai demandé au ministre de l’Intérieur d’arriver à un taux de 40 % de coupables arrêtés ». Et une fois l’objectif atteint, on lance un tournoi de belote dans les commissariats ?

Quoi qu’il en soit, le président devait parler. Et il avait l’occasion de parler vrai. Le bon peuple n’a pas besoin de coups de menton ni de contes pour enfants, il veut, a minima, qu’on reconnaisse qu’il vit ce qu’il vit. Quand le réel est l’objet d’une entreprise permanente de recouvrement, nommer les choses, c’est déjà agir. Mais mal les nommer, comme le disait, me semble-t-il, Albert Camus, « c’est ajouter au malheur du monde ».

On attendait donc que Nicolas Sarkozy dise les choses comme elles sont. Et à la dix-septième minute, la faute inexcusable. Une énormité qui se drape dans la dignité d’une vérité-difficile-à-affronter. Laisser entendre qu’on pourrait déchoir de leur nationalité française les « Français d’origine étrangère » qui auraient porté atteinte à la vie des forces de l’ordre est moralement déplorable et politiquement irresponsable. D’abord, c’est faux. Dans la vraie vie, on sait à peu près si on est « d’origine étrangère » ou « de souche » – encore qu’on ne sait pas à quel moment et comment on passe de l’un à l’autre et tout notre problème est là. La loi de la République connaît elle, des Français et des étrangers, mais elle ne sait pas ce qu’est un « Français d’origine étrangère ». Et elle n’a pas à le savoir. L’égalité devant la loi est l’un des piliers de notre identité nationale contemporaine. Et le président en est le garant. Quelqu’un qui tire sur un flic doit être jugé et sanctionné. Sévèrement. Mais un Etat de droit ne peut se débarrasser de ses citoyens, aussi déplaisants soient-ils.

Quand on est français, c’est pour toujours

On ne naît pas forcément français, on peut le devenir. Mais quand on l’est, sauf exception rarissime, c’est pour toujours – qu’on aime la France ou qu’on la déteste, qu’on soit délinquant ou bonne sœur, amateur de parties fines ou de femmes en burqas. Il n’y aura pas de passeport à points et Sarkozy le sait. Il peut dénoncer cinquante ans de politique migratoire incontrôlée – inspirée par de raisonnables préoccupations économiques puis par de légitimes considérations humanitaires –qui ont abouti à la faillite de l’intégration (où est-il allé pêcher que nous étions fiers de notre système d’intégration ?). On ne reviendra pas en arrière. Comme le disait il y a vingt ans Christian Jelen, un sociologue aujourd’hui disparu, nous n’avons pas d’autre choix que d’en faire « de bons Français ».

Le pire est que le président a ainsi donné à tous ses adversaires une excellente raison pour se pincer le nez et refuser avec la dernière énergie d’examiner les pistes proposées, toutes marquées du sceau de l’infamie. Or, si la nationalité française ne se reprend pas, il devrait être permis de réviser les conditions dans lesquelles on l’octroie. Ou en tout cas d’en discuter. De même qu’il devrait être possible de revoir un système d’allocations dont tous les praticiens savent qu’il favorise une immigration illégale d’assistance qui pénalise au premier chef les immigrés légaux et les Français d’origine étrangère. On pourrait parfaitement envisager de rétablir la « double-peine » (abolie par Sarkozy quand il nous la jouait « de gauche ») et d’expulser les étrangers condamnés pour crime grave à l’issue de leur peine. La France n’a pas à accueillir toute la violence du monde. Mais de tout cela, évidemment, il ne sera pas question, sinon sous la forme d’un festival d’invectives dans lequel chacun prendra la pose supposée plaire à son électorat.

Chacun joue sa partition, la gauche poussant les hauts cris attendus. Quant à mes excellents confrères, ils se contentent de répéter avec des airs outrés ou entendus que le président s’adresse aux électeurs du Front national. Je l’avoue, ça ne me gêne pas qu’on parle aux électeurs frontistes, ce qui me gêne, c’est plutôt qu’on ne leur parle pas. Devrait-on les déchoir de leur nationalité pour vote non-conforme ? Les envoyer sur la planète Mars ? Oui il faut les entendre et leur parler. Mais il est indigne de leur dire n’importe quoi.

Principe de précaution judiciaire

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On se souvient du préfet Girot de Langlade, sanctionné il y a un an par Hortefeux pour avoir dit en débarquant à Orly: « on se croirait en Afrique ici ». L’ex-haut fonctionnaire, qui n’a pas apprécié d’être qualifié de raciste par son patron de l’époque a décidé d’attaquer en justice le ministre de l’Intérieur et s’est choisi pour l’occasion un avocat de choc, Me Gilbert Collard. Celui-ci qu’on sait bavard, a d’abord choisi de se défendre lui-même, en déclarant: « Si j’avais le sentiment que M. Girot avait tenu un quelconque propos raciste, je n’aurais pas accepté de le défendre ».

Ah bon ? Je croyais que l’éthique et l’honneur d’un avocat, c’était d’assister aussi les criminels, y compris les pédophiles, les terroristes voire les génocidaires. Mais il faut croire que « tenir des propos racistes » est un si grand crime en ce pays, qu’il rende automatiquement son auteur indigne d’être défendu par un avocat. Quant à la présomption d’innocence, je ne vous en parle même pas…

Petit abécédaire des idées reçues

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Chapiteau

Chapiteau

A

ACADÉMIE. Le chemin le plus sûr pour y accéder est la porte de sortie de l’Élysée.
AMÉRIQUE. Barack Obama l’a découverte bien avant Christophe Colomb (le père de l’esclavagisme), puis il a redonné un sens au rêve américain. Un peu comme Joe Dassin, mais en mieux.
ANARCHO-AUTONOMES. Ils sont généralement épiciers et masqués. Ils nous font vivre dans la terreur. Ils sont plus dangereux qu’Alain Bauer.
APÉRO. Nécessite de l’alcool, quelques morts et cinq mille amis Facebook.
ARCHITECTES. Une insulte chez Samuel Beckett. – Sont responsables de l’urbanisme déplorable des banlieues. – Les meilleurs architectes sont d’intérieur.

B

BANLIEUE. Créative et trop incomprise.
BENOÎT XVI. Trop allemand pour être catholique, trop catholique pour être honnête. – Se trompe sur tout par nature (dogme de l’omnifaillibilité pontificale). – N’est pas parent avec Louis.
BERGÉ (Pierre). Ne se rend pas au kiosque du coin quand il achète Le Monde. – Un myopathe atteint du VIH ne sait pas s’il doit l’aimer ou le détester.
BIO. Seule façon de ne pas avaler de cochonneries. Geste éco-citoyen. Mais toujours beaucoup trop cher.
BOBO. Bourgeois moralisé par la présence d’une photo du Che au-dessus de son lit. – On est toujours le bobo d’un autre. Sauf quand on n’est pas abonné aux Inrocks.
BRUXELLES. C’est sa faute si l’Europe est dans les choux. – Au moindre problème (crise économique, délocalisation, rhume des foins, gueule de bois), avancer un vague : « C’est la faute à Bruxelles. »
BURQA. Dégradant pour la condition de la femme. Un avantage pour les très moches.[access capability= »lire_inedits »]

C

CANICULE. Une solution efficace au problème des retraites. – Un autre succès d’Europe Écologie : ça se réchauffe drôlement pour la saison.
CAUSEUR. Site Internet et magazine néo-réactionnaire. – Pourquoi néo ?
CHIRAC (Jacques). Le regretter maintenant autant qu’on le détestait quand il était président.
CONVIVIALITÉ. Mot souvent prononcé par des gens aussi enjoués que des croque-morts.
CONTEMPORAIN (ART). Ne pas demander s’il y aura un cocktail dînatoire après le vernissage : le ministère de la Culture pratique des restrictions. – Aller vers l’artiste et le féliciter : « Ah, vous allez rendre furieux Jean Clair. »
CLICHÉS. La bouche des autres en abonde.

D

DEBRAY (RÉGIS). Ne pas s’appesantir sur la médiologie. Se contenter de rappeler une évidence : il était bien mieux avec la moustache.
DÉPUTÉ. Pour quelqu’un qui gagne trop bien sa vie, n’est jamais à l’Assemblée. Tonner contre l’absentéisme, misère de la démocratie. – Pour un élu de terrain, n’est jamais dans sa circonscription. Tonner contre ces députés qui vont jouer les beaux parleurs à Paris.
DIEU. Dire d’un air entendu : « Vous plaisantez ? Parlons de choses sérieuses. »
DIVERSITÉ. Une chance pour la France. – Plaindre les gens qui ne sont pas assez divers ou ceux qui voudraient l’être, mais ne le peuvent pas.
DURABLE (Développement). Agir aujourd’hui afin que les générations futures puissent tout bousiller demain.

E

ÉTAT. L’État, c’est moins. De moins en moins.
ÉGALITÉ (MARCHE VERS L’). Toujours longue.
ÉGLISES. Elles sont vides et pleines de vieux.

F

FABIUS (LAURENT). A l’air très catholique.
FACEBOOK. Favorise les rencontres et crée du lien social. – Très utile aux enfants timides et aux pédophiles.
FINKIELKRAUT (ALAIN). Il vaut mieux avoir raison avec Alain Finkielkraut que tort avec Alain Badiou.
FONCTIONNAIRE. Il en faut moins (sauf dans les hôpitaux, les commissariats, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités et les maisons de retraite).
FRANCE. N’est plus qu’un souvenir depuis son démontage en 2007. Avait fait l’objet d’une chanson de Michel Sardou (c’est dire son côté ringard).

G

GAGA (LADY). Un concept plus qu’une chanteuse. Le problème est qu’elle fait aussi chanteuse.
GRÈCE. L’économie grecque est tellement en crise que la construction du Parthénon a été stoppée net. – Ont apporté tant à l’humanité : Aristote Onassis, Nana Mouskouri.
GRÉVISTES. Ils ne pensent pas aux usagers. Tonner contre.
GUILLON (STÉPHANE). Grand résistant victime de la soldatesque valienne.

H

HÉTÉROSEXUALITÉ. Si c’était un truc bien, il y aurait une Hétéro Pride depuis belle lurette.
HOMOS. Ils sont sympas, ouverts et ne ressemblent pas aux clichés.
HOMOPARENTAUX (COUPLES). L’idéal, ce serait de leur confier aussi les enfants des hétéros.

I

INSÉCURITÉ (SENTIMENT D’). Il faut cesser de l’entretenir.
INTOLÉRANCE. Il n’y a plus de maisons pour ça.
IPAD. Déception : il ne fait pas gaufrier. Ni fer à friser.

J

JAPON. A su mêler à merveille tradition et modernité. – Le monde de l’entreprise y est sans merci (citer Amélie Nothomb).
JEUNES. Ils ne sont pas si dupes ni si égoïstes qu’on croit.
JUSTICIABLE. Le justiciable dissimule de moins en moins son désir de pénal.

Abécédaire réalisé en collaboration avec Bruno Maillé.[/access]

L’impuissance de la toute puissance

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Julian Assange
Julian Assange, fondateur de Wikileaks.
Julian Assange
Julian Assange, fondateur de Wikileaks.

Publier en vrac 76 000 pages de documents secrets sans tri ni classement, sans ordre ni hiérarchie, est-il pertinent ? Probablement pas. Il faut certainement une bonne année de lecture pour faire la part de l’important et du ballast vide. Alors, peut être les historiens sauront-ils se servir de cette masse confuse pour en tirer des conclusions. Ce n’était pas le but, en tout cas de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks. Assange est un militant, pas un journaliste au sens commun, ni un historien. Cette énorme quantité de documents nous permet cependant de confirmer quelques réflexions, que très cyniquement l’on peut qualifier de bon sens.

Tout d’abord l’impossibilité de garder un secret. Internet, qui à ses touts débuts, s’appelait Arpanet, est une invention de militaires et devait servir à maintenir la transmission d’informations dans toutes les circonstances en décentralisant au maximum cette information. Aujourd’hui encore les sites en .mil, pour military, font partie intégrante de l’organisation d’internet. On peut partir d’une réalité : ces réseaux sont bien protégés. Parfois même ils n’existent pas, ils sont invisibles. Toutes les IP ne sont pas recensées chez les notaires du net, et une adresse Internet se modifie facilement. Un réseau ne vaut que ce que vaut son maillon le plus faible. Qui est en général humain. Il semble que, dans ce cas précis, les documents proviennent d’une copie effectuée sur un serveur par un soldat qui à transféré le tout sur un CD. Aussi simple que cela…

La deuxième leçon est que la guerre est sale. Par essence. Cela non plus n’est pas une grande nouvelle… La guerre est une imposition de force, et très souvent la fin justifie les moyens. On s’est bien scandalisé sur la section 373, une unité spéciale chargée de tuer de manière préméditée et organisée les talibans et autres terroristes. Il est bien naïf que de s’en émouvoir. Il n’existe pas d’armée qui ne dispose de forces spéciales, chargées de faire le sale boulot de manière aussi discrète qu’efficace.

Nous passerons sur l’aide fournie pas les services de renseignements du Pakistan aux talibans. Un état dans l’Etat, une armée dans l’armée. Sauf que les oiseaux chantaient ce terrible secret sur les toits depuis très longtemps.

Le mythe civilisateur du nation building

La partie la plus intéressante, et la plus diffuse de cet ensemble de documents petits ou grands, importants ou banals est cependant le sentiment d’inanité et d’insanité qui se dégage des informations, réactions et analyses de ce conflit. Pour résumer le nation building[1. Reconstruction de l’État ], tel qu’il est présenté comme but de l’opération est une mission impossible. Le nation building est un mythe, une construction intellectuelle, loin de toute réalité qui consiste à penser et à laisser accroire que l’on peut imposer par la force des structures démocratiques d’Etat de droit et de citoyenneté libre à un pays dont les habitants attendraient la démocratie comme le buvard attend l’encre.

Cela peut fonctionner de manière plus ou moins bancale dans certains cas, pas du tout dans la plupart des autres. L’Irak avait à sa tête un dictateur pour le moins sanguinaire mais qui avait mis sur pied des structures administratives qui fonctionnaient et aussi une armée et une police efficaces, le tout dans un Etat très centralisé. Un gouvernement civil peut s’appuyer sur ces structures pour faire plus ou moins bien fonctionner l’Etat. Mais encore faut il qu’il y ait un semblant d’Etat. Faire du nation building en Somalie ou dans certains pays d’Afrique est impossible, parce qu’il n’existe pas d’Etat. Il en va de même en Afghanistan ou l’Etat central n’existe pas. Ce pays est un assemblage de tribus et de clans où la loi, le plus souvent, n’est pas écrite et se contente d’être la loi du plus fort, basée essentiellement sur une tradition. Et voilà pourquoi Madame l’Amérique, votre fille restera muette. Voilà pourquoi une telle tentative sera vouée à l’échec, voilà pourquoi elle sera très vite trop chère pour être poursuivie.

La tentative Américaine et otanienne peut être regardée comme un calcul de physique tout simple : il s’agit de lutter contre l’entropie. De dépenser de l’énergie pour organiser ce qui ne l’est pas, surtout ce qui ne le veut pas. Faire rentrer le dentifrice dans le tube, pour reprendre une image fréquente de la vulgarisation de l’entropie. Les coûts de l’entreprise tendent vers l’infini et l’énergie dépensée à organiser l’inorganisé finit par désorganiser ce qui l’était. Il ne reste plus, dans ce cas là qu’à dire comme Henri Kissinger qui parlait du Viet Nam « Il faut que je sorte de cette guerre, mais dans la dignité ». Les moulins à Story telling ont de beaux jours devant eux… D’autant que la « sortie dans la dignité » n’est pas pour demain. Toute l’affaire devait être pliée et rangée fin 2011, avait dit Barack Obama au moment de son élection. On sait depuis pas très belle lurette que ce sera plutôt 2014. Et encore… le Secrétaire général de l’OTAN qui n’écrit pas un mot ni ne pose une virgule, sans que les puissances de l’OTAN aient donné leur nihil obstat écrivait récemment dans une tribune relayée par le presse mondiale que bien sur il faudrait rester après 2014, pas comme force combattante, bien sûr, mais comme force de soutien, pour aider nos nouveaux amis très sûrs aux fins de poursuivre leurs efforts de nation building. T’as qu’à croire !

Imposer une forme de civilisation, avec Etat de droit, séparation des pouvoirs et égalité des citoyens dans de telle conditions est tout simplement une billevesée autant qu’une escroquerie. Montesquieu dans l’Hindukush, c’est le bide assuré. Il faut être passé d’abord par la case Lumières. En attendant retournez en prison, ne passez pas par la case départ et ne touchez pas 20 000 Euro. Pour acheter la rue de la Paix, vous attendrez. Longtemps encore.

Petite philosophie du surf

2
Surfer

surfer

Pour les vieux adolescents ayant abandonné le sport, le surf a longtemps évoqué une chanson des Beach Boys, les nombreux visionnages de Point Break – Extrême limite de Kathryn Bigelow – avec le regretté Patrick Swayze en dirty danseur des spots et des braquages – et les apparitions de Kelly Slater dans Alerte à Malibu.

C’était peu de choses mais ça esquissait une certaine idée de la grâce et de l’été : des mélodies légères, le soleil qui se lève, qui se couche sur la mer, des jeunes filles aux cheveux mouillés, à la peau salée, que Claude Nori aurait pu photographier sur les plages d’Italie. La Petite philosophie du surf de Frédéric Schiffter prolonge le plaisir de ces impressions. Dès les premiers mots, c’est une invitation à la musarderie : « A celle qui m’a jeté dans le creux de la vague ». Une phrase plein coeur, de celles que Schiffter cisèle comme personne et qui, recueillies dans de minces volumes – lire Traité du cafard et Délectations moroses -, font de la mélancolie un éclat de beauté à la boutonnière de nos vies.

[access capability= »lire_inedits »]L’immonde réenchanté

« Philosophe sans qualité » et « penseur de charme », Schiffter est un réenchanteur triste de l’immonde. L’inverse de Michel Onfray, peine-à-jouir boursouflé de l’autopromotion de ses névroses. Dilettante classieux, Schiffter pose son regard sur les temps où nous vivons, se souvient de Montaigne, de Wilde, de Chamfort et jette ses fulgurances à la gueule du désastre en cours. Dans Petite philosophie du surf : « Les cartes postales colorent l’ennui et offrent aux humains une image rassurante de leur dérisoire présence dans l’univers. » ; « La vague est la fille d’un océan tourmenté par une dépression. » ; ou encore : « Une vague ne se cache pas pour mourir. Elle aime disparaître sous le regard des hommes. »

Dans la tourmente des flots, Schiffter quête la beauté que portent quelques héros, quelques héroïnes. Les héros s’appellent Mickey Dora, dit the Cat, Greg Noll, dit the Bull, Gerry Lopez pour qui « Le surf nous apprend à affronter la vie », Tom Curren, Jeff Clark ou Mark Foo, « un des grands riders de Waimea, [qui] meurt noyé dans les remous de gravats liquides au pied des falaises de Mavericks. » Les héroïnes ? C’est du côté de ses braconnages sur le web que Schiffter dessine la jolie silhouette d’une « flâneuse de l’onde » : « Première journée de juillet. La marée monte depuis longtemps. Comme si leur mécanisme s’épuisait, les séries de vagues arrivent mollement. Couchée sur sa planche, la surfeuse a un peu froid. Elle décide de sortir de l’eau. Elle attend l’ultime vague qui la ramènera sur le sable. Une ondulation se dessine. Elle rame dans sa direction. Elle opère un demi-tour, rame de nouveau vivement pour démarrer et se lève. L’onde lui offre son flanc gauche. Peu puissante, elle lui permet quand même de glisser prestement et de goûter à quelques instants de jubilation. Fin de la session. »

Petite philosophie du surf est un livre à glisser dans la poche intérieure d’une veste en lin blanc et à lire, à l’ombre d’une terrasse, face à l’océan, une lucky strike ou une winston bleue comme le ciel aux lèvres, un verre de vin blanc devant soi.

Frédéric Schiffter, Philosophie sentimentale, Flammarion, 2010, à paraître.

Petite philosophie du surf

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Inception, l’homme qui descendait du songe

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Inception

Inception

Avec Batman Begins et The Dark Knight, Christopher Nolan avait créé un nouveau Batman – et en échange Batman nous avait donné un nouveau Christopher Nolan. Le cinéaste de The Following, spectateur méticuleux d’un univers fragmenté et acteur forcené de sa reconstruction, avait trouvé dans la mythologie du super-héros une forme de surplomb, une toile de fond donnant de l’ampleur à son cinéma. L’angoisse de l’amnésique (dans Memento), les errements de l’insomniaque (dans Insomnia) – ces existences dominées par l’aveuglante précision du détail – laissèrent place, avec The Dark Night, au surplomb parfois vertigineux d’un héros au regard totalisant.

C’est dans Inception que ces deux Christopher Nolan se retrouvent: le fétichiste morbide et le mégalomane qui veut de toutes forces tout synthétiser. Dans l’univers de l’espionnage industriel, Mr. Cobb (Leonardo Di Caprio) est un « extracteur », c’est-à-dire quelqu’un qui s’introduit dans les rêves des gens pour leur dérober leurs secrets les mieux enfouis. On lui demande un jour comme dernière mission de s’infiltrer dans le subconscient d’un grand patron, non pour extraire un rêve, mais pour implanter une idée.

De la réalité comme incertitude

Tout d’abord, Inception fait penser à Memento. Nous avons dans les deux films un monde découpé en morceaux qui s’entrechoquent et se superposent. C’étaient les grains d’instantanéité du présent amnésique, ce sont cette fois-ci les rêves, ces endroits et moments clos, nous avons un héros jeté dans une histoire dont lui-même ignore les tenants et les aboutissants, l’un parce qu’il n’a pas de mémoire, l’autre parce qu’il vit dans des rêves. Les deux sont happés par la matière, hantés par un passé qui s’impose de lui-même – une femme, un deuil dans les deux cas – et qui est un obstacle à la cohérence des choses, une sorte de pertinence rétinienne très mal venue. En somme nous avons, à travers le personnage incarné par Guy Pearce et celui joué par Leonardo Di Caprio, deux manières de se perdre sous la surface d’autres mondes, que ce soit l’éternité d’un instant ou la profondeur d’un rêve.

Et pourtant nos deux héros, enquêteur pour l’un, architecte pour l’autre, s’évertuent à reconstituer et à reconstruire. C’est la tragédie de leur existence, que de s’enfoncer toujours un peu plus dans les détails en y cherchant du sens, que de s’égarer dans le désordre en voulant l’organiser. A la fois faussement cohérents, et faussement éclatés, les premiers films de Christopher Nolan, et aujourd’hui Inception, sont des formes impossibles de pragmatisme en trompe-l’oeil.

Cinéaste cinéphile

Avec le film de super-héros, il avait fallu polariser l’ordre et le chaos, la nécessité et le hasard, à travers un Batman omniscient et un Joker nihiliste. Depuis ce surplomb, Christopher Nolan s’est mis à manier les genres et les références, faisant de The Dark Night un mélange entre le comic book, le film de casse et le thriller politique.

C’est la même profondeur de champ que l’on retrouve dans Inception. Chaque rêve, chaque monde, pourrait aussi bien être tiré de l’histoire du cinéma. De la fusillade de Heat à l’apesanteur de 2001 l’odyssée de l’espace en passant par les assauts de film d’espionnage, les rêves ont l’air de films emboîtés les uns dans les autres. Pour autant, Nolan ne partage pas la mauvaise ironie des cinéastes cinéphiles. Une croyance traverse au contraire tous ses rêves, matérialisée par un petit fétiche, encore un objet: un petit fragment du monde autour de quoi tout s’articule. Une foi d’animiste qui soulève des montagne, modèle des endroits, des villes, des mondes entiers – et dont Christopher Nolan semble faire profession, en cinéphile et en cinéaste.

Inception, un film chestertonien ?

On a beaucoup critiqué Nolan sur ses scénarios gadget. On a dit aussi qu’Inception offrait une vision trop rationnelle des rêves. On a reproché à Nolan de ne pas être Lynch ou Buñuel. Soit. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir la folie douce qui s’empare de chaque plan, de chaque séquence, et surtout de chaque transition. Le rationalisme échevelé avec lequel les rêves sont créés, modifiés, la surenchère exponentielle des emboîtements – un rêve, dans un rêve, dans un rêve, etc. – , créent un climat qui est plus celui de la folie que celui de l’onirisme. Comme si Nolan avait voulu appliquer l’idée chestertonnienne selon laquelle le fou n’est pas celui qui a perdu la raison, mais « celui qui a tout perdu sauf la raison »[1. Orthodoxie, de Gilbert Keith Chesterton, dont voici un extrait éloquent pour ce qui nous concerne: « Tous ceux qui ont la malchance de parler avec des malades mentaux (…) savent que le leur plus sinistre qualité est leur affreuse lucidité sur les questions de détail, leur aptitude à relier les choses entre elles sur une carte plus complexe qu’un labyrinthe. »]: le fou est celui qui fait d’une idée une obsession, d’une logique son carcan – et c’est précisément le principe de « l’inception », faire d’une idée le plus résistant des virus.

Le vent de folie (et de génie) d’Inception, c’est le flottement qui charrie tous ces rêves en poupées russes: les rimes visuelles, les instants d’apesanteur et les moments où le décor s’effondre. Il y a une dynamique de l’explosion, dans cette belle mécanique, et un usage de la « décharge »: le moment, justement, où le rêve va devoir prendre fin. Nolan n’a pas fait un autre Mulholland Drive, mais il a compris que l’étrangeté et la folie des rêves étaient moins dans le contenu que dans l’équilibre incertain des transitions.

Happy birthday Barack!

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J’ai été un des premiers à ressentir qu’il les battrait tous et toutes! Aussi, dès le départ, me suis-je inscrit sur son site internet et abonné à sa liste de diffusion. C’est avec le même enthousiasme que j’ai soutenu une à une ses actions quand il a été élu Président, soutien qui s’est manifesté en ajoutant (en ligne) mon nom aux pétitions soutenant les réformes entreprises. N’ai-je pas ainsi reçu en retour la fameuse loi sur la santé où ma signature figure près de la sienne ? Bref, j’aime cet homme, oui j’aime Barack Obama !

Or voilà que – toujours dans le cadre de cette mailing list – je reçois il y a quelques jours un message de la First Lady Michelle Obama qui me demande de cosigner une carte pour les 49 ans de Barack le 4 Août prochain… « Ce fut une grande et difficile année pour lui », dit-elle en substance, et « nous nous en souviendrons longtemps après le passage de la Affordable Care Act et de la réforme de Wall Street. Je prépare une carte d’anniversaire que je souhaiterais vous voir signer (…) en même temps que moi, Malia, Sasha et Bo afin de lui montrer que nous serons avec lui pour la prochaine année. (…) Contribuerez-vous à faire en sorte que ce jour soit mémorable pour Barack en lui souhaitant un bon quarante-neuvième anniversaire ? »

Je dois avouer que, sans chercher à dramatiser une requête emprunte d’une simplicité très américaine assortie d’une pincée de marketing, ce message m’a immédiatement mis mal à l’aise. Pourquoi verser en effet dans ce culte de la personnalité en demandant à des millions de personnes de célébrer l’anniversaire d’Obama ? Brejnev, Ceaucescu et consorts raffolaient de ce genre de mauvaises plaisanteries. Comment diable ont-il réussi à contaminer post mortem les Etats-Unis ?