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Surenchère droitière ? Chouette alors !

Le discours prononcé par Sarkozy à Grenoble a provoqué comme on pouvait s’y attendre de nombreuses réactions. Peu variées mais nombreuses. Ce n’était pas le premier sur ce thème et sur ce ton mais on ne peut pas dire que les critiques aient brillé par leur originalité. Comme d’habitude, comme pour les peines-plancher ou l’interdiction de la burqa, les propositions avancées sont inacceptables et inapplicables, scandaleuses et anticonstitutionnelles, contraires à notre histoire et à nos valeurs.

Le braillomètre s’affole : c’est bon signe !

Même si ces réponses au gouvernement prennent des airs pavloviens, quand le braillomètre s’affole, on ne boude pas son plaisir et quand la Ligue des Droits de l’Homme nous met en garde, quand la LICRA contacte le MRAP pour envisager une action en justice concertée (après les propos tenus sur les roms), on peut espérer que la répression qui suivra sera à la hauteur de nos besoins.

Nos vœux pourraient être bientôt exaucés car les 537 camps de « gens du voyage » illégaux, connus depuis longtemps des pouvoirs publics et dans lesquels la police n’entre pas vont être évacués. Est-ce le début d’une reconquête de nos territoires perdus ?

On dénonce partout une surenchère droitière. Je m’en réjouis parce que, dans l’épreuve de force engagée entre le pouvoir et le crime, la surenchère reste la bonne solution à moins de lui préférer l’attentisme ou la défaite, ou de chercher une autre voie mais pas trop longtemps.
On peut aussi regretter que les choses n’aillent pas plus vite et déclarer avec le Front national « Assez de bavardages ! », mais en démocratie, le rouleau-compresseur de la loi avance très lentement, respecte la signalisation des contre-pouvoirs, et son carburant, c’est l’opinion. Il faut donc commencer par la gagner. Ce qu’on peut espérer, c’est, qu’une fois lancé, rien ne l’arrête. Sur ce plan-là, les images récentes d’une expulsion de clandestins à la Courneuve, visibles sur le site du DAL, peuvent nous rassurer.

J’ose espérer que ces discours sécuritaires ne visent pas seulement la réélection mais qu’ils tâtent le terrain et préparent l’action. On lance une idée, puis des sondages et on sait (à la louche) de combien de divisions électorales on dispose avant de lancer une offensive. Ça peut sembler vulgairement populiste et on pourrait se contenter de demander son avis à Robert Badinter, ce qui serait beaucoup plus distingué et assurément constitutionnel. Moi, je ne suis pas fâché qu’on se soucie de mon opinion, et même de mes bas instincts de survie.

Quand les propositions présidentielles désacralisent le droit du sol ou l’irrévocabilité de la nationalité française, la plupart des analystes ont mal à la Constitution. À les entendre, c’est l’âme de la nation qui est menacée. J’ai peut-être l’âme bien accrochée, mais je ne crains pas de la voir tomber à la première secousse, au premier coup rendu ni même à la première révision des principes généreux et fondateurs de notre République comme le droit du sol.

Séparer le bon grain de l’ivraie

Les révolutionnaires qui ont pensé notre Constitution ont voulu faire de la République naissante la terre promise de tous les amants passionnés de la liberté. Ce phare de la civilisation occidentale qu’était notre nation a attiré des étrangers qui sont venus donner un peu de cœur contre de l’égalité, du courage contre de la liberté et de la reconnaissance contre de la fraternité.

Aujourd’hui, parce que nous avons manqué d’exigence selon les uns, parce que nous avons cessé de briller selon les autres, la France n’a plus l’immigration qu’elle mérite et nous avons un problème d’intégration qui ne cessera de s’aggraver du fait de la démographie des arrivants du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, comme on dit pudiquement au CNRS. Il faut être aveugle ou journaliste à France Inter pour ne pas voir le rapport entre délinquance et immigration. Veut-on que le pays entier ressemble un jour aux quartiers nord de Marseille parce que nous aurons tenu à rester fidèles à une Constitution faite en d’autres temps et pour d’autres mœurs ?

Alors on fait quoi ? On ne change rien et on se laisse submerger par une criminalité et une hostilité grandissante à la culture française parce qu’on est les Lumières ou on cherche des solutions ?

Il n’est pas envisageable de renvoyer dans leurs pays d’origine des générations de Français d’origine étrangère mais il ne me paraît pas indigne de commencer à pratiquer une discrimination salutaire. Pourquoi ne pas séparer le bon grain de l’ivraie sur les critères de l’honnêteté des intentions et des pratiques et expulser les mauvais Français d’origine étrangère pour épargner aux bons enfants d’immigrés toute stigmatisation et les préserver du racisme dont ils sont victimes ?

Non au passeport à points ? Et pourquoi pas ? Français à l’essai ? Et alors ? Si nés de parents étrangers, vous devenez criminel multirécidiviste, si vous voulez pratiquez l’excision, la polygamie ou porter la burqa, ou rester membre, même passif, d’Al Qaïda, la France devrait pouvoir vous dire que « Non, désolés, il y a eu méprise, vous vous êtes trompés de pays, sans rancune, le monde est vaste et bon vent ».

Où irez-vous ? Ce n’est plus un problème français, il fallait y penser avant.
Cette solution qui aurait l’avantage de nous débarrasser des individus irrécupérables pour la France et d’inviter les autres à plus de respect et de zèle dans l’effort d’intégration pose d’autres problèmes, j’en suis conscient mais il va bien falloir les affronter ou chercher d’autres pistes si on ne veut pas disparaître en tant que peuple.

« On ne naît pas forcément Français, on peut le devenir. Mais quand on l’est, sauf exception rarissime, c’est pour toujours », nous rappelle notre causeuse en chef. Ce n’est pas une loi naturelle, c’est une loi française que la France peut défaire et doit revoir si elle veut sauver sa peau.

Un accommodement raisonnable : couper la main des voleurs…

Elle en perdrait son âme, nous dit-on. C’est à croire que l’âme de la France, ce n’est pas son peuple en voie de colonisation on ne peut plus constitutionnelle, ce ne sont pas ses vieux contraints dans les quartiers de leur enfance de descendre du trottoir pour ne pas être bousculés, ce sont les principes gravés dans le marbre de sa Constitution.

Un droit du sol relatif, sous conditions, une terre d’accueil qui n’accueillerait pas de façon automatique et irrévocable, ce n’est ni indigne ni contraire à notre histoire. Ce qui l’est en revanche, c’est de se laisser envahir et de disparaître sans le moindre esprit de résistance, sans la moindre envie de Jeanne ou de Charles.

Pour ceux qui se livrent au gendarmicide, c’est autre chose. L’idée a été avancée par Sarkozy qu’on pourrait déchoir de sa nationalité un Français d’origine étrangère qui n’aimerait pas la France au point d’avoir attenté à la vie d’un de ses représentants. Je ne suis pas opposé à cet aménagement de la loi par principe mais je doute qu’en réalité, la réponse soit bien adaptée. D’abord, parce que si on prend le cas de Karim ou de Luigi, je ne vois pas bien l’intérêt de les défranciser et que les tueurs de flics, je les préfère français et morts qu’apatrides et vivants.
Ensuite parce que pour ceux qui se laissent arrêter, la perpétuité est prévue et que les prisons étant plus étanches que nos frontières, ils sont mieux à l’ombre qu’au soleil. Par contre, la mesure pourrait s’appliquer à ceux de leur communauté qui ont mis quartier et village à sac et sont venus par centaines les enterrer, affichant une nette préférence pour des tueurs de leur ethnie que pour les lois de leur pays d’accueil.

Cela dit, je doute que cette proposition soit très dissuasive car en réalité, être Français, ceux qui tirent sur la police s’en fichent.

On pourrait d’une seule mesure combattre la délinquance et faciliter l’intégration en s’inspirant de l’exemple de Martin Hirsch qui, en déclarant que l’intégration serait réussie le jour où « des catholiques appelleraient leur enfant Mohammed » , a fait progresser l’idée « d’accommodement raisonnable ». Allons plus loin et intégrons à notre système pénal une loi issue des cultures d’origine des derniers arrivés. Nous pourrions par exemple couper les mains des voleurs multirécidivistes.

Mais ça, vous verrez que ce n’est pas constitutionnel. Décidément, on ne peut rien faire !

Belgique, le pays à plat…

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Belgique

C’est un pays « en voie d’évaporation » (dixit le séparatiste flamand Bart De Wever, grand vainqueur des élections législatives du 13 juin) qui vient de prendre, le 1er juillet, la présidence de l’Union européenne. De quoi justifier le titre du récent livre de Jean-Pierre Stroobants, correspondant du Monde à Bruxelles : Belgique, laboratoire de la désunion européenne, publié aux éditions du Cygne.

[access capability= »lire_inedits »]L’Europe est donc présidée par un pays sans gouvernement, car celui issu des dernières élections législatives ne devrait pas être constitué avant l’automne. Voilà qui laisse toute latitude à un autre Belge, Herman Van Rompuy, alias « Mr Nobody », pour donner toute la mesure de son impuissance à gérer le chaos provoqué par le désaccord de plus en plus profond entre l’Allemagne de Merkel et la France de Sarkozy. Président permanent du Conseil européen, voilà qui fait classe sur une carte de visite ! On aurait d’ailleurs dû le nommer président perpétuel, comme le secrétaire de l’Académie française, pour donner encore plus de poids symbolique à une fonction où il peut tranquillement ciseler ses haïkus, dont il est un auteur compulsif.

La Belgique s’évapore

L’« évaporation » de la Belgique, accélérée par les chaleurs estivales, ne devrait pas être sans conséquence sur l’ensemble du système institutionnel européen : quand ça s’évapore, personne n’est à l’abri du destin des méduses échouées sur le sable par grand soleil : au bout de quelques heures, il n’en reste qu’une petite tache humide sur la grève. Il faut espérer que cette disparition par passage de l’état solide à l’état gazeux épargne les talentueux auteurs belges de BD, qui sauront mettre en image l’évaporation du Berlaymont, de Van Rompuy, de Barroso et de la trace verte que « Dany le Rouge » aura laissée sur le pavé bruxellois. À la rentrée, Bernard Guetta fera une grave dépression et fondra tous les matins en larmes sur France Inter. Cela nous consolera de l’éviction de Stéphane Guillon.[/access]

Cocufiage : faudrait pas se tromper !

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Une longue et coûteuse enquête, menée par Christopher Ryan et Cacilda Jetha vient d’aboutir cette année à la publication de leurs conclusions sous forme d’un pavé de plus de 400 pages, gracieusement intitulé Sex at Dawn: The Prehistoric Origins of Modern Sexuality. Les auteurs y répondent à cette lancinante question qui taraude même les plus ingénues d’entre nous depuis la nuit des temps : pourquoi les hommes trompent-ils leur femme ? Et bien, nous allons pouvoir nous préoccuper d’autres choses, Mesdames, car Christopher Ryan et Cacilda Jetha ont découvert le fin mot de l’histoire.

Comme pour l’art de faire un créneau ou celui, plus téméraire encore, de trouver le beurre dans le frigo, il faut remonter à l’époque, visiblement très constructive, où nos ancêtres, même pas Gaulois, se prélassaient dans des grottes, réfléchissant à la répartition des tâches ménagères.

Et ils décidèrent ceci : nous, les hommes, on a la testostérone qui se raréfie avec l’âge. Donc, faut qu’on se stimule la guimauve et pour ça y a un truc, faut qu’on se mette en contact avec d’autres gonzesses qu’on connaît pas encore. Ils se sont mis d’accord sur le chiffre d’une remontée de 14% de la précieuse substance, arguant que la régulière était priée de pas trop la ramener vu qu’elle profiterait, elle aussi, du regain d’activité de son cher et tendre sous la couette en peau de pécari. Bien, bien.

J’ignore totalement comment on calcule le taux de testostérone, mais du fond de ma cuisine, arrosant le gigot d’une main et branchée sur radio confidences des copines de l’autre, j’aurais pu, moi aussi, vous livrer mon expertise. Car la vraie question n’est pas de savoir pourquoi les hommes trompent leur femme, mais pourquoi eux, ils se font toujours choper.

Parce que quand un homme galipette hors des liens sacrés du mariage, en général, c’est avec une femme, non ?

Sex at Dawn: The Prehistoric Origins of Modern Sexuality

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Les Français peuvent gagner

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Athletisme
La France, enfin victorieuse à un championnat de quelque chose.

L’athlétisme, tout le monde s’en fout. C’est un peu comme pour les fléchettes ou le curling : y a jamais grand-monde pour assister aux championnats du monde de ces disciples à la noix. L’athlétisme est une discipline à la noix.

Athlètes du sexe : je dis oui !

Je ne dis pas : les athlètes, je ne crache pas dessus. Qu’il s’en présente seulement un, bien gaulé, les épaules larges, le muscle saillant, le petit cul rebondi dans un short moulant, et je peux lui rechanter la Chevauchée des Walkyries sur tous les tons. Certes, ce n’est pas gagné d’avance – sauf si l’athlète en question concoure en handisport et qu’un esprit bien intentionné a pris soin de lui enlever les roues de son fauteuil. Et de l’attacher solidement, on n’est jamais trop prudent. J’ai une vraie passion pour les athlètes. Une passion d’esthète[1. Je ne me fais pas d’illusion : les athlètes sont tous gays.]. Mais de là à m’inquiéter des résultats, voire de la présumée existence de « championnats du monde d’athlétisme », faut pas courir ! Enfin si, justement, il faut courir, mais ne m’interrompez pas !

Or, voilà que j’apprends que des Français auraient participé à une telle compétition et que – ô miracle – ils en auraient rapporté des médailles : 18 en tout, dont 8 en or. Et le pays tout entier célèbre ses champions.

Primo, il faudrait apporter la preuve incontestable que des « championnats du monde d’athlétisme » existent réellement. Deuxio, que lesdits championnats se soient bien déroulés à Barcelone. Tertio, que des Français aient pu avoir été admis à y participer, après l’effroyable pâtée que leur équipe nationale s’est prise en Afrique du Sud : c’est la première fois, depuis 1940, qu’un aussi grand nombre de Français ont demandé la nationalité allemande, rien que pour faire partie du grand pays qui a remporté la petite finale, lui.

Barcelone : l’Equipe de France victorieuse

Admettons que tous ces doutes soient levés – ça m’étonnerait, quand même, qu’il y ait des gens assez cinglés pour organiser un meeting international où des types courent en short –, il n’en demeure pas moins qu’autant de victoires françaises laisseraient songeur plus d’un honnête homme. La présumée victoire de l’équipe nationale de France d’athlétisme à Barcelone nous invitent donc à quelques menues réflexions :

1. La France court vite, merci la Police. Si le Français est aussi bon à la course à pied, c’est qu’il est entraîné : il a appris à se déplacer très vite du lieu de son larcin vers le transformateur EDF le plus proche. Pour la prochaine coupe du monde de foot (le seul sport qui vaille de vider des bières devant une télé), il faudrait que les forces de l’ordre adoptent une autre tactique d’entrainement avec les jeunes délinquants, afin qu’ils maîtrisent autre chose que la course.

2. Les Français sont des coureurs. Le problème est qu’ils ne savent faire que cela : Franck Ribery l’a montré avec une incomparable maestria.

3. Les Français ont tout dans les jambes. Rien dans la tête. Pour courir, c’est sûr, il vaut mieux avoir les mollets musclés. Pour jouer au foot, un peu de « mental » est requis. D’ailleurs, il faut être sacrément con pour aller à Barcelone et s’y enfermer des journées entières dans un stade. Il y a tellement de choses plus saines à faire dans cette ville exceptionnelle : visiter la Fondation Miró, prendre une ligne de coke, aller baiser des putes, jouer à la corrida avec des nationalistes catalans, se refaire une ligne de coke.

Bien entendu, aucune de ces questions essentielles ne trouvera de réponse. La France ne veut pas savoir. Elle ne veut pas entendre que l’athlétisme, franchement, tout le monde s’en fout. On lui souhaite néanmoins de remporter d’autres victoires mondiales. Ping-pong, curling, fléchettes, lancer de nains : les Français n’ont, pour exceller, que l’embarras du choix.

Les nihilismes de Villiers-le-Bel

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Villiers-le-Bel

La condamnation des accusés de Villiers-le-Bel à des peines de trois ans, neuf ans, douze ans et quinze ans de prison, en l’absence de toute certitude quant à leur culpabilité, est une décision injuste et scandaleuse. Les méthodes de l’enquête et le procès de Villiers-le-Bel sont un déshonneur pour la France. Il est inconcevable de condamner à des peines de prison aussi lourdes des hommes dont aucun élément tangible ne permet d’établir avec certitude la culpabilité, sur la simple foi de témoignages anonymes et rémunérés. La justice française vient d’accomplir un pas de plus vers le nihilisme en s’inscrivant dans le registre de la vengeance et du sacrifice de boucs émissaires.

[access capability= »lire_inedits »]Cependant, dans l’affaire de Villiers-le-Bel, la justice française ne me semble malheureusement pas la seule à glisser vers le nihilisme. Si je partage entièrement l’exigence d’une justice équitable et la dénonciation des méthodes de la police et de la justice concernant cette affaire, je me sens sur tous les autres points en désaccord avec les signataires de l’appel « Pour les cinq de Villiers-le-Bel » publié le 21 juin dans Libération. Les « membres » de « l’ultragauche » me semblent faire partie, avec certaines bandes de clochards royalistes, des cœurs – des corps – les plus nobles parmi nos contemporains. Ce qui suscite mon admiration et mon sentiment fraternel, ce sont les tâches de construction nombreuses auxquelles ils s’attèlent avec musicalité et longue haleine. Je crois que c’est seulement dans les moments où ils (nous ?) éprouvent (éprouvons ?) un essoufflement ou un découragement passager dans l’ordre de la construction de mondes que la fascination pour la destruction grandit et prend le dessus. J’ai partagé ce sentiment, moi aussi. Dans les moments de désespoir, toute destruction semble bonne à prendre et le discernement est perdu. Je ne crois pas du tout, pour ma part, que les émeutes de Villiers-le-Bel constituent un événement historique glorieux et laissant augurer de grands espoirs. Je ne trouve pas du tout que le fait de tirer sur la police soit une forme de délassement honnête et sympathique. Je ne crois pas du tout, enfin, que la haine soit le seul affect politique authentique, ni que la politique doive être pensée exclusivement dans le registre de la haine. Dans tout cela, j’aperçois une menace nihiliste qui réclame la plus grande prudence.

Les hommes ne sont pas des symboles

Dans l’affaire de Villiers-le-Bel, il existe malheureusement un point de convergence éthique entre l’État français et ses ennemis : le fait d’accepter de transformer une personne humaine réelle en symbole ; le fait d’être incapable de résister à la séduction morbide et abstraite des symboles ; le fait de consentir à ce qu’un homme devienne de la chair à symboles, glisse dans le cercueil d’un symbole. Dans cette situation, il est urgent de nous rappeler les mots de Milan Kundera dans L’Art du roman : « L’homme est un enfant égaré dans les “forêts de symboles”. Le critère de la maturité : la faculté à résister aux symboles. »

C’est précisément cet oubli de la personne humaine concrète, sensible, charnelle, derrière les symboles, qui est meurtrier et qui constitue l’élément éthique qui permet à la machine de la haine mimétique la plus destructrice de s’emballer. Depuis la mort tragique de Lakamy et Mushin, en novembre 2007, qui semble s’apparenter en partie à un accident et en partie à un homicide involontaire causé par un policier, depuis cet événement qui fut perçu comme un premier sacrifice, c’est le même envoûtement morbide qui autorise la montée mimétique de la haine, telle que l’a décrite René Girard. Dès lors, la haine ordonne à chacun de sacrifier de nouveaux boucs émissaires pris au hasard et arrachés à leur tour à leur humanité.

C’est le même nihilisme, né de la même haine aveugle, qui est à l’œuvre lorsque des hommes, dont nous ne connaissons toujours pas l’identité, tentent de sacrifier « des flics au hasard », érigés en symboles abstraits de la police et de l’État. Mais c’est encore la même haine aveugle, le même désir de sacrifier un bouc émissaire pris au hasard, qui a conduit la justice française à jeter en prison Abderhamane Kamara, Adama Kamara, Mara Kanté, Ibrahima Sow et Samuel Lambalamba, qui ne sont à mes yeux ni les symboles de « la banlieue » – que je refuse de considérer comme une entité magique intrinsèquement différente du reste de l’humanité, qui ne me semble être ni radicalement meilleure, ni éminemment pire que le reste de l’humanité –, ni les symboles de la Révolution, mais simplement cinq hommes dont la culpabilité n’a pas été établie de manière honnête et qui, à ce titre, doivent être libérés.

Si la justice française ne fait pas marche arrière et n’interrompt pas le cycle de la haine sacrificielle, il est à craindre que le nihilisme poursuive encore son œuvre et que des innocents soient tués à Villiers-le-Bel au prétexte qu’ils seraient peut-être des témoins sous X. Comme les flics, comme les accusés, la haine les choisira au hasard et poursuivra ainsi ses désastres.[/access]

Du pain, des jeux… et pas de blé !

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Décidément, les Britanniques n’ont pas de chance avec leurs Jeux Olympiques, il flotte toujours sur leur organisation une étrange odeur de poisse. Déjà en 1908, Londres n’avait été désignée qu’en catastrophe, après qu’une éruption épouvantable a dévasté Naples où devait se tenir une partie des compétitions. L’édition de 1944 fut annulée pour cause de guerre mondiale et de V2 en goguette. On se souvient qu’elle se déroula finalement quatre ans après, dans une ville exsangue et encore dévastée par le Blitz, où les athlètes logés dans des baraques militaires avaient dû amener leur manger pour ne pas mourir de faim. On peut raisonnablement penser qu’ils seront nourris en 2012, mais c’est la crise économique qui donne des sueurs froides au comité et à son chef, lord Sebastian Coe. Le fourbe qui après un lobbying féroce auprès des membres du Commonwealth nous avait arraché de quatre votes sur 104 une organisation qui nous revenait de droit. Forcément, notre projet était bien meilleur, même le CIO l’avait dit. Mais entre le savoir-faire et le faire-savoir, il y a… 340 kilomètres, soit la distance entre Paris et Londres. On dit que Bertrand Delanoë, qui se voyait déjà au moins premier secrétaire, ne s’en est jamais remis.

Il y a une justice. Le cadeau était sacrément empoisonné. Que ferions-nous d’un tel bébé à l’heure des restrictions budgétaires draconiennes ? Il reste exactement deux ans aux Anglais, pas un jour de plus, pour faire pousser les Pounds aux branches de Hyde Park. Comme on pouvait s’y attendre, les coûts des chantiers manifestement sous-évalués ont explosé dès le premier coup de truelle. De deux milliards, le budget est passé à dix. Où trouver les fonds manquants ? Cameron fait le mort, la City regarde ailleurs, les sponsors ont le blues… A moins d’un miracle, la magnificence chinoise restera sans égale. Mais ils vous disent avec une moue charmante que telle n’a jamais été leur ambition. Ils comptent sur le charme de la vieille Angleterre et ses capacités uniques à rebondir et résister pour s’en sortir. Le pire est qu’ils en sont capables. A un petit détail près auquel personne n’avait pensé en choisissant les dates des prochains JO. Ils tombent pile poil en plein ramadan…

Sarkozy, pour la vie

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Les Français n’imaginent pas leur chance, avec Sarkozy. A gauche, on nous serine, des sanglots dans la voix, l’exception française par-ci, l’exception française par-là. On nous rebat les oreilles comme quoi il est en train de la tuer. Grossière erreur : c’est rigoureusement impossible, puisque notre exception française, c’est lui ! Notre président, on nous l’envie partout en Europe, en ces temps si troublés. Si, si.

Il ne viendrait à personne l’idée d’envier la France parce qu’elle est, par exemple, un pays parmi les plus prisés des investisseurs étrangers et des touristes. Pensez-vous, comment pourrait-il y avoir réellement tant d’investisseurs dans un pays de feignasses surmutualisées défendues par des syndicats archaïques et un Code du travail soviétiforme ? Il doit y avoir une erreur. Les économistes doivent mentir sur les chiffres. Quant aux touristes, c’est pareil. A qui allez-vous faire croire que la France reste la destination la plus prisée au monde ? Vous les avez vus, au foot, en Afrique du Sud, les Français ? Pays de racailles, d’islamistes, de caïds. Encore deux ans et c’est une mosquée au Mont Saint-Michel et le parvis de Notre-Dame transformé en aire pour voleurs de poules, pardon pour roms, pardon pour gens du voyage…

Tourisme, investissement et vols de carambars

Au passage, rappelons que les investisseurs et les touristes font chez nous à peu près la même chose : amener du pognon. La seule différence est qu’un investisseur suédois ne prend pas de photos de la Tour Eiffel, ne se laisse pas inviter à boire un chocolat chez Angelina et a de moins jolies jambes que la touriste de même nationalité. Il y a néanmoins un cas particulier où l’investisseur permet de voir de jolies jambes. C’est quand Woody Allen[1. En profiter pour lire l’excellent Woody Allen de Laurent Dandrieu (CNRS éditions).] tourne Midnight in Paris avec un rôle pour la Première Dame, Carla Bruni.

Sarkozy, qui est en guerre cet été – on s’attend toujours à le voir avec un casque lourd quand il arrive quelque part – trouve tout de même deux heures dans son emploi du temps de généralissime en pleine bataille de la Marne pour regarder Carla Bruni refaire trente deux fois sa prise, celle où elle tient à la main une baguette de pain[2. D’après les journaux anglais… Mais ça sent le cliché, tout de même, Woody.].

Mais Sarkozy rattrapera le temps perdu en grimpant dans son Air Force One pour se rendre à Chatouilly-sur-Loire, où l’épicière vient de se faire voler pour la cinquième fois ses carambars. Là, il déclarera solennellement la guerre aux voleurs de carambars, en profitera pour élargir son propos à la nécessité de faire des sacrifices : « Il faut que les parents apprennent à leurs enfants qu’il y a des périodes où c’est un carambar, pas deux. » Et juste après, il remontera dans son avion tout neuf à deux cent millions d’euros et téléphonera pour virer le préfet de Chatouilly-sur-Loire, qui n’a pas été foutu de démanteler un trafic de carambars dans son département.

Quand on vous dit que c’est Sarkozy et rien d’autre qu’on nous envie ! On ne va pas nous envier pour notre système de santé, tout de même ? Vous rigolez ? Il est en ruine. Il faut vraiment être Anglais pour venir se faire soigner chez nous les yeux, les dents, le cœur. Les Anglais sont un des moteurs de la finance mondiale. Sans eux, on en serait encore au troc. Ils ont inventé la City pour faire de la finance moderne, c’est-à-dire de la finance qui finance la finance. Du coup leurs trains déraillent, leurs écoles aussi et on est mis sur liste d’attente quand on arrive avec un infarctus à l’hosto. Mais gouverner, c’est choisir.

La France ne sera plus le Cuba de l’Europe !

Vous avez vu, nous, ce qu’on avait choisi, avant Sarkozy ? La honte. S’occuper prioritairement de la santé, de l’éducation et de projets industriels à très long terme. Du coup, ce n’est pas compliqué, depuis la Libération et le programme du CNR, les Français ne vivaient que pour la retraite et les congés payés. Et vous avez sous les yeux les résultats de soixante ans d’économie administrée. Trois fois rien. Des trains à grande vitesse, des Airbus, des fusées Ariane et une indépendance énergétique accrue grâce au nucléaire.

On ne lui sera jamais assez reconnaissant, à Sarkozy, d’en avoir fini avec l’éducation et la santé. Il a écarté de nous cette honte : être le Cuba de l’Europe. Ne souriez pas. On n’en était pas loin. C’était quoi la France, avant lui, sinon un pays où l’on dansait sur la plage avec des emplois à vie ? Où l’on dépensait des fortunes pour soigner les vieux. Où l’on envoyait tout le monde à l’école, même les Arabes, lire La Princesse de Clèves. Tout ça, ça creusait les déficits et on n’était même pas foutu d’inventer des produits financiers sérieux, genre subprimes, pour faire comme les anglo-saxons, ces champions.

Une longévité exceptionnelle

Oui, mais là où Sarkozy est incontestablement le plus fort, c’est dans sa longévité au ministère de l’Intérieur et la cohérence profonde en matière de sécurité depuis. Il n’a pas varié d’un iota et il n’y a pas à dire, c’est une réussite complète. Sarkozy est ministre de l’Intérieur depuis 2002. Accessoirement, il s’est fait élire président de la République en 2007 pour garder le job.

Quand il a eu, d’ailleurs, cette formule célèbre, « J’ai tué le job », ce n’est pas de ministre de l’Intérieur qu’il parlait, contrairement à ce qu’on croit. C’était du job de président. Et s’il n’avait pas été là, pendant ces presque dix ans, place Beauvau, on se demande où on en serait. Vraiment.

Les scénarios de science-fiction ne me font pas peur. Aussi invraisemblable que cela puisse vous paraître, il n’est pas impossible que, sans cette politique de la tolérance zéro, on se soit retrouvé avec des quartiers qui seraient devenus des zones de non-droit et des bases arrière pour le grand banditisme. On peut même aller jusqu’à imaginer que s’il n’y avait eu la poigne de fer de Nicolas, des émeutes auraient éclaté pendant plusieurs semaines partout en France, faisant des centaines de blessés et des millions d’euros de dégâts, et que la gendarmerie soit obligée d’intervenir dans la vallée du Cher comme dans n’importe quel djebel où traînerait une katiba à éradiquer. On pourrait également prédire que tout le monde ayant perdu le sens de la mesure, on commence à s’en prendre à des parties de la population non en raison de ce qu’elles font mais de ce qu’elles sont, que des Chinois, des Noirs et des Algériens rejouent South Central et Watts à Belleville, le quartier symbole de la Commune de Paris.

On pourrait imaginer, pourquoi pas, une France qui aurait l’impression d’être à la limite d’une guerre civile ou ethnique, ça dépend de quel côté de saucisson on se place. Oui, je sais, je vais un peu loin. Mais cette dystopie insécuritaire aurait été hélas fort vraisemblable si Sarkozy n’avait pas été là pour impulser une politique rigoureuse en la matière.

C’est pourquoi, je propose une modification de la Constitution (on trouvera bien la voix de Jack Lang au Congrès pour faire une majorité des deux tiers), laquelle devrait être ainsi rédigée : « Article I, la République attribue à vie le poste de ministre de l’Intérieur. Article II, il est confié à Nicolas Sarkozy. » Comme ça, quand il ne pourra pas se représenter en 2017, il sera toujours là pour œuvrer à cette paix civile qu’il a si heureusement entretenue depuis 2002.

Et les Français seront bien rassurés. Comme maintenant.

Et s’il n’en reste qu’une…

Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.
Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.

Ainsi, Nicolas Sarkozy a sacrifié la garden-party de l’Élysée sur l’autel de la rigueur et des déficits conjugués. Sur celui d’un blason républicain à redorer en vitesse sans doute aussi, même s’il manque quelques carats au bout du compte. Une économie de 732 826 euros pour faire oublier les cigares des uns, les appartements de fonction ou les missions plus ou moins fantaisistes des autres, l’annonce doit attester qu’un bon père de famille, un digne héritier d’Antoine Pinay, tient les cordons de la bourse France. L’État, lui aussi, a resserré sa ceinture d’un cran. Enfin, un tout petit cran. Comparée au cierge papal que constituent nos diverses dettes et découverts, la suppression de la garden-party fait figure de bout de chandelle. Mais on est dans le symbole ou on n’y est pas.

Du bon usage du symbole

Justement, le symbole. Instituée en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, grand spécialiste en la matière qui pouvait aussi bien prendre le petit-déjeuner avec des éboueurs, s’inviter chez des « vraies gens » que recevoir les quelques milliers de Français qui comptent, la garden-party était devenue le symbole incontournable du 14 Juillet, au même titre que le défilé, la Légion étrangère en tablier de sapeur et l’interview badine du président.

Anglophile convaincu, « l’Ex » savait parfaitement ce qu’il faisait en copiant ce que la tradition britannique a de meilleur. Depuis Victoria, dans un savant et très subtil dosage, dignitaires, diplomates et ministres se mêlent aux « héros discrets de la nation », sélectionnés sur des listes constituées un an à l’avance pour leurs bons et loyaux services. Des fonctionnaires, des militaires, des membres des associations caritatives, du monde des affaires ou de la politique, dont les mérites sont honorés parce qu’ils incarnent l’esprit de la Grande-Bretagne.

[access capability= »lire_inedits »]Le Royaume traverse une crise financière et économique épouvantable. David Cameron a présenté un budget qui ferait passer les projets de François Baroin pour des amuse-gueule. Et pourtant, personne ne songe à supprimer la garden-party de la Queen, qui coûte bon an mal an 600 000 livres au contribuable britannique, à quelques pennies près le montant de la nôtre.

Mais une garden-party, c’est bien plus qu’une garden-party, que Chardonne nous pardonne ce détournement. Le gouvernement de Sa Très Gracieuse le sait. Comme dans la très tchékhovienne nouvelle de Katherine Mansfield intitulée, précisément, La Garden-party, la frivolité et la légèreté apparente cachent l’immuabilité des codes sociaux qui cimentent le Royaume-Uni. Mine de rien, chaque invitation scelle le pacte qui lie la royauté à son peuple, à coups de détails qui n’en sont pas, vieux de cent cinquante ans.

Du bon usage du rituel

Pour commencer, vous recevez un bristol d’invitation plus épais qu’un carton de déménagement Demeco, marqué du monogramme royal, par lequel le Lord Chamberlain, « commanded by Her Majesty », vous invite à Buckingham Palace de 4 à 6 pm. A priori, étant un héros discret, un diplomate d’un pays qui compte (dont on vient, par exemple, de célébrer avec faste l’appel à la résistance prononcé dans les locaux de la BBC en 1940), un footballeur émérite (denrée rare au Royaume-Uni en ce moment), ou un trader exceptionnel (encore plus rare), vous savez pourquoi. Ce n’est pas tout. Un véritable manuel vous explique les impairs à ne pas commettre. De ceux qui vous rangent ad vitam aeternam dans le camp des pétroliers texans ou des gaziers russes. Téléphones éteints, appareils photo interdits, dress-code strict (chapeau pour les dames, costume pour les hommes, queue-de-pie pour les happy few qui partageront la tente royale, uniforme si vous pouvez, même de l’Armée du salut), on ne s’adresse pas à la reine en premier, on ne l’appelle pas « Votre Majesté » ou « Elizabeth », on ne lui fait pas la bise, mais une petite révérence − à travailler devant sa glace à l’avance − ou un salut discret.

À 15 heures pétantes, après avoir garé votre voiture dans les Wellington barracks − ce pourfendeur de Français est décidément partout − les portes de l’Entrée Entrance (ou quand l’anglais se veut français et n’est que redondant) ouvrent sur la cour d’honneur, devant horse-guards et hallebardiers.

Vous n’en menez pas large. Ce ne sont certes pas quarante siècles qui vous contemplent, mais toutes les pompes et les circonstances de la Couronne britannique, ce qui n’est pas rien, même pour un républicain convaincu qui n’aurait pas forcément désapprouvé le raccourcissement du gros Capet.

Guerre des étoiles et sandwichs au concombre

Vous évitez soigneusement le monument dédié à Waterloo et vous entrez dans le parc où sont dressées les marquises blanches et servis 27 000 tasses de thé, 20 000 sandwiches au concombre et 20 000 tranches de sponge cake. Deux tentes réservées à la famille royale et au corps diplomatique sont discrètement isolées. Assez étrangement, des alignements de chaises permettent aux invités d’assister, comme au spectacle ou jadis à Versailles, au thé pris par la Reine, ses proches et les diplomates. Les Britanniques veulent la voir dans son commun, grignoter et papoter sous les yeux de ses sujets. Le novice s’attend à recevoir des cacahuètes et n’ose pas se resservir pour la troisième fois devant 8 000 paires d’yeux, puis finit par comprendre qu’en s’exposant ainsi, la monarchie fusionne avec son peuple en une obscure, mais efficace alchimie. Le pacte, toujours le pacte.

L’orchestre qui reprend les standards des films américains, de La Guerre des étoiles à Indiana Jones, s’interrompt à 16 heures. God save the Queen : elle apparaît dans sa robe jonquille pour être vue de loin, suivie de sa famille en rang d’oignons. Pendant une heure, discrètement protégés par les yeomen de la Tour de Londres, en un savant ballet, les Royals vont faire le tour des invités qui leur sont présentés selon une chorégraphie et un ordre connus seulement de Celui qui l’a sauvée. Pas de bousculade, organisation parfaite, sourire de commande, révérences, respect. Un ordre qui oublie soigneusement Nick Griffin, le leader du PNB, le parti d’extrême droite. Isolé dans son coin par un mur d’indifférence, il n’aura pas même droit à un regard. Le code, toujours le code.

Un ange passe. Ou un démon, allez savoir. Solidement encadrée par deux dames de compagnie, Margaret Thatcher avance lentement. Est-elle aussi malade qu’on le dit ? Ses yeux semblent bien perçants. Peut-être y a-t-il une autre alternative, après tout, My Lady ? L’Histoire, toujours l’Histoire.

Et notre garden-party à nous ?

Avec la précipitation d’un ménage surendetté qui a annulé en catastrophe ses vacances sur la Costa del Sol pour plaire à la banque, nous avons supprimé la garden-party de l’Élysée. Même si elle n’a jamais atteint les sommets de la tradition britannique, nous avons écarté cette occasion unique de mélanger les vedettes et les héros anonymes, tous ceux qui ont mérité de la nation. Seules ont échappé au massacre les garden-parties des ambassades de France, à condition qu’elles dénichent des partenariats avec des entreprises françaises et des collectivités territoriales. Dans un sursaut de lucidité qui l’honore, le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, a reconnu qu’elles étaient « une occasion unique de promotion de la France ». Certes. À Londres, quelques milliers de Britanniques auront donc le plaisir de fouler la pelouse de la Résidence en se restaurant aux frais de Pernod-Ricard et de la région Rhône-Alpes. Pour la France, repassez l’an prochain. Peut-être.[/access]

Blackberry impie

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La lutte antiterroriste a bon dos… Les Emirats arabes unis – suivis quelques heures plus tard par l’Arabie Saoudite – ont en effet pris le 1er Août la décision de bloquer à compter du 11 octobre prochain les messageries et accès au web de tous les utilisateurs de Blackberry !

S’agit-il d’empêcher les terroristes de communiquer entre eux, comme on l’explique là-bas, ou bien de filtrer l’ensemble des communications, ainsi sommées de rester dans le cadre prescrit par la morale locale? Honni soit qui mal y pense car les autorités de ces pays démontrent une sollicitude toute particulière vis-à-vis des usagers de ce type d’appareils. L’opérateur national détenu par l’Etat des Emirats (Etisalat) n’avait-il pas recommandé l’an dernier l’installation d’un programme destiné à « améliorer les services » offerts par Blackberry? Software rejeté par RIM, le fabricant canadien du Black, qui révélait que ce programme permettait en fait à l’Etat en question de surveiller et d’accéder à toutes les données contenues dans ces appareils! Du reste, pourquoi systématiquement s’attaquer au Blackberry et pas à l’iPhone ou à d’autres marques de smartphones également susceptibles d’abriter et d’échanger des informations sensibles? En fait, les données et messages du BlackBerry, cryptées à travers le serveur canadien de RIM, compliquent considérablement les velléités d’espionnage des autorités quand les autres smartphones se contentent tout bonnement de faire appel aux serveurs locaux…

Mais ce serait dommage de s’arrêter en si bonne route. Après le Blackberry, le net tout entier? Pas besoin d’être paranoïaque pour l’envisager : les Emirats exercent depuis plusieurs années une censure stricte consistant à interdire l’accès de certains sites jugés contraires à leurs valeurs et qui pourraient insuffler à leurs lecteurs des idées interlopes, voire des projets subversifs… On comprend mieux que les autorités locales n’aient guère été impressionnées par la levée de bouclier qui a suivi leur décision, ni même par les protestations officielles américaines. « C’est une décision souveraine de l’Etat des Emirats arabes unis », a déclaré ce mardi Youssef al-Otaïba l’ambassadeur émirati à Washington.

Moderne, mais pas trop: à Dubaï, on a su s’inspirer du modèle chinois…

Abbas-Netanyahou : l’été en pente raide

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bibi-netanyahou-abbas-negociations

Ce qui se passe en ce moment dans les relations israélo-palestiniennes est si complexe que les rédactions des principaux médias français, réduites à leur étiage estival, font prudemment l’impasse sur ce sujet. Dommage, car l’évolution de la situation politique et diplomatique sur le terrain est loin d’être sans intérêt, et ne se résume pas aux affrontements théâtraux sur l’affaire de la flottille turque dans les enceintes internationales.

Depuis l’opération « Plomb durci » à Gaza il y a 18 mois, les négociations directes entre les dirigeants israéliens et ceux de l’Autorité palestinienne sur la base de «deux Etats pour deux peuples» étaient interrompues. En prenant l’initiative de cette rupture, Mahmoud Abbas tentait, avec un certain succès, de renforcer sa position dans l’opinion palestinienne meurtrie par les souffrances infligée aux Gazaouis, sans pour autant susciter les critiques d’une communauté internationale ayant jugé «disproportionnée» la riposte israélienne au harcèlement des localités du sud du pays par les jihadistes du Hamas

Mini-moratoire, maxi-dangers

L’arrivée presque concomitante au pouvoir de Barack Obama et de la coalition de droite dirigée par Benyamin Netanyahou allait, dans un premier temps, renforcer la position du leader palestinien. Les pressions de Washington sur Netanyahou s’exercent sans complexes, rompant avec la complaisance de l’administration Bush à l’égard des initiatives de ses prédécesseurs Sharon et Olmert. Pourtant, Obama et son envoyé spécial dans la région, George Mitchell, ne parviennent pas à faire plier totalement Netanyahou sur la question, cruciale pour les Palestiniens, de l’arrêt des constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le premier ministre israélien ne concède qu’un moratoire de dix mois, à l’exception de Jérusalem «capitale unifiée éternelle d’Israël» et des grands blocs d’implantations destinées, dans l’esprit des Israéliens à revenir à l’Etat juif dans le cadre d’un règlement global et d’un échange de territoire.

Ce moratoire doit prendre fin le 26 septembre prochain, et Benyamin Netanyahou a d’ores et déjà annoncé que son éventuelle prolongation provoquerait l’éclatement de sa coalition, entraînant le départ des partis situés à droite du Likoud, notamment d’Israël Beitenou du ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman. Tout cela permet à Mahmoud Abbas de justifier son refus de reprise des négociations directes, de rechercher -sans succès, malgré la médiation égyptienne- un terrain d’entente avec le Hamas, et de travailler, dans les enceintes internationales à la délégitimation de l’Etat juif.

Au cours du printemps et de l’été 2010, cependant, l’attitude de l’administration Obama vis-à-vis de Netanyahou évolue : on ne le fait plus passer par la petite porte de la Maison Blanche pour lui remonter sans ménagements les bretelles, et le président des Etats-Unis apparaît, souriant, à ses côtés au sortir d’entretiens qualifiés de « cordiaux et constructifs ». Bien sûr, l’approche des élections dites de midterm au Congrès explique en partie ce réchauffement et sa mise en scène, mais pas seulement. Habilement, Benyamin Netanyahou s’est déclaré favorable à une reprise immédiate des négociations directes avec l’Autorité palestinienne, mettant Mahmoud Abbas au pied du mur. Cette fois-ci, c’est sur les dirigeants de l’Autorité palestinienne que s’exerce la pression de Washington, sous la forme d’une lettre de seize pages l’engageant à reprendre sans attendre les discussions avec les dirigeants israéliens, faute de quoi il serait très difficile, voire impossible aux Etats-Unis et à l’Europe de forcer Jérusalem à prolonger l’arrêt des constructions dans les implantations…

Les pays arabes divisés

C’est en homme ployant sous le poids de ces pressions « les plus importantes jamais exercées par les Etats-Unis sur l’Autorité palestinienne» que Mahmoud Abbas obtient de la Ligue arabe l’autorisation de reprendre langue avec les Israéliens. Mais il n’est pas question, au moins officiellement, d’un quelconque feu vert de la Ligue à des concessions qui pourraient être acceptées par le leader palestinien, ce qui aurait pu mettre en lumière les profondes divisions des Etats arabes sur le sujet. « Tu peux y aller, contraint et forcé par les Etats-Unis, mais on se réserve de juger du résultat ». Tel est le maigre viatique que ses « frères » ont accordé au chef de l’OLP.

On pourrait, après avoir exposé et analysé cette séquence, en tirer la conclusion que l’ambition d’Obama de réussir à tout prix ce que Bill Clinton n’était pas parvenu à obtenir d’Ehud Barak et Yasser Arafat en 2000 a de bonnes chances de voir son accomplissement. En se montrant ferme et même, au besoin, brutal pour faire avaler à l’une ou l’autre partie les couleuvres nécessaires, le président des Etats-Unis pourrait, enfin, commencer à justifier la confiance que les jurés du Nobel avaient placée en lui un peu prématurément… S’il devait en être ainsi, j’enverrais bien volontiers une caisse de champagne à mon ami Elie Barnavi pour me faire pardonner mon scepticisme absolu sur les chances de réussite de cette pax americana imposée par Obama, qu’il appelle de ses vœux dans son dernier livre[1. Elie Barnavi « Aujourd’hui ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche-Orient » Editions André Versaille].

Mais, à y regarder de plus près, ma pingrerie naturelle a de fortes chances de ne pas être violentée, car les principaux intéressés, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou partagent, à peu de choses près, la même conviction : ni la société israélienne, ni la société palestinienne -et plus largement, le monde arabo-musulman- ne sont prêts à accepter les sacrifices exigés par la conclusion d’un accord de paix global et définitif entre les deux peuples. Mahmoud Abbas sait que cet accord sera moins favorable encore aux thèses palestiniennes que celui refusé par Yasser Arafat à Camp David. L’expérience du retrait unilatéral de Gaza, et de ses conséquences politiques et militaires a notablement relevé le niveau d’exigence sécuritaire permettant l’acceptation par Israël d’un Etat palestinien libéré de l’occupation de Tsahal. Autre problème du côté palestinien, le fossé qui se creuse entre la partie de la population qui jouit de la croissance consécutive à la fin de la seconde intifada et, celle qui, à Gaza et dans les camps de réfugiés en Cisjordanie subit des conditions de vie misérables et l’arbitraire d’un pouvoir confisqué par des factions armées. Cela limite considérablement les marges de manœuvre de l’Autorité palestinienne, écartelée entre la « nouvelle bourgeoisie » qui veut la paix pour prospérer et les exclus de la renaissance économique qui rendent Israël responsable de leur misère.

Malgré les efforts du premier ministre Salem Fayyad de construire « par le bas » un Etat palestinien susceptible de gérer avec efficacité et probité les affaires publiques dès sa proclamation officielle, la surenchère nationaliste du Hamas trouve de l’écho dans cette population qui ne fréquente pas les cafés branchés et les restaurants de luxe de Ramallah ou de Jenine. Les barbus de Gaza ont déjà émis des signaux négatifs sur le processus en cours en laissant des « groupes incontrôlés » lancer des engins explosifs sur Sderot, Ashkelon et Eilat, provoquant les inévitables représailles israéliennes.

Peres en embuscade

Benyamin Netanyahou redoute, lui, un affrontement brutal avec les colons fanatisés des implantations « idéologiques », qui mettrait à rude épreuve une armée appelée mettre en œuvre l’évacuation des localités rendues à l’Etat palestinien. Il est d’autant moins prêt à ce type d’affrontement que l’opinion publique israélienne s’est radicalisée, et n’approuverait pas un déracinement manu militari de ces colons comme ce fut le cas à Gaza. L’agenda d’Obama ne coïncide ni avec celui d’un Israël obnubilé par sa sécurité, ni avec celui d’une Autorité palestinienne peu pressée, en fait, de mettre fin à une occupation qui la protège d’un coup de force du Hamas en Cisjordanie.

Petites et grandes manœuvres se déploient donc dans la coulisse, pour que l’échec programmé de ces négociations directes soit imputé à l’autre partie. Le plus retors, dans ce petit jeu, est comme d’habitude le vieux renard Shimon Peres, président d’Israël (87 ans), qui envoie son sbire, l’ancien ministre Haïm Ramon dissuader le chef négociateur palestinien Saëb Erakat de revenir aux discussions directes avec Netanyahou. Peres ne supporte pas que le dialogue avec les Palestiniens, et les Arabes en général, puisse lui échapper, et que son ennemi intime Netanyahou puisse en tirer un quelconque bénéfice politique.
Saëb Erakat, qui a compris la leçon de Camp David, fait savoir urbi et orbi que le plan palestinien qui sera proposé lors de la reprise des négociations directes est «le plus généreux jamais mis sur la table par les Palestiniens, abordant tous les sujets sensibles : Jérusalem, frontières, réfugiés, partage de l’eau» sans toutefois dévoiler le moindre détail de cette petite merveille. Avant même que les discussions aient commencé, Erakat, qui n’est pas tombé de la dernière pluie, place ses pions pour que s’impose l’idée de la responsabilité de Netanyahou d’un éventuel échec des négociations.

On est donc bien dans une intense bataille de communication qui n’a rien à voir avec la discrétion exigée par des discussions sérieuses entre parties bien décidées à aboutir à un compromis. Pour cela il manque l’ingrédient majeur : la confiance, celle qui fait les bons traités, ceux qui harmonisent aussi bien les pensées que les arrière-pensées.

Surenchère droitière ? Chouette alors !

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Le discours prononcé par Sarkozy à Grenoble a provoqué comme on pouvait s’y attendre de nombreuses réactions. Peu variées mais nombreuses. Ce n’était pas le premier sur ce thème et sur ce ton mais on ne peut pas dire que les critiques aient brillé par leur originalité. Comme d’habitude, comme pour les peines-plancher ou l’interdiction de la burqa, les propositions avancées sont inacceptables et inapplicables, scandaleuses et anticonstitutionnelles, contraires à notre histoire et à nos valeurs.

Le braillomètre s’affole : c’est bon signe !

Même si ces réponses au gouvernement prennent des airs pavloviens, quand le braillomètre s’affole, on ne boude pas son plaisir et quand la Ligue des Droits de l’Homme nous met en garde, quand la LICRA contacte le MRAP pour envisager une action en justice concertée (après les propos tenus sur les roms), on peut espérer que la répression qui suivra sera à la hauteur de nos besoins.

Nos vœux pourraient être bientôt exaucés car les 537 camps de « gens du voyage » illégaux, connus depuis longtemps des pouvoirs publics et dans lesquels la police n’entre pas vont être évacués. Est-ce le début d’une reconquête de nos territoires perdus ?

On dénonce partout une surenchère droitière. Je m’en réjouis parce que, dans l’épreuve de force engagée entre le pouvoir et le crime, la surenchère reste la bonne solution à moins de lui préférer l’attentisme ou la défaite, ou de chercher une autre voie mais pas trop longtemps.
On peut aussi regretter que les choses n’aillent pas plus vite et déclarer avec le Front national « Assez de bavardages ! », mais en démocratie, le rouleau-compresseur de la loi avance très lentement, respecte la signalisation des contre-pouvoirs, et son carburant, c’est l’opinion. Il faut donc commencer par la gagner. Ce qu’on peut espérer, c’est, qu’une fois lancé, rien ne l’arrête. Sur ce plan-là, les images récentes d’une expulsion de clandestins à la Courneuve, visibles sur le site du DAL, peuvent nous rassurer.

J’ose espérer que ces discours sécuritaires ne visent pas seulement la réélection mais qu’ils tâtent le terrain et préparent l’action. On lance une idée, puis des sondages et on sait (à la louche) de combien de divisions électorales on dispose avant de lancer une offensive. Ça peut sembler vulgairement populiste et on pourrait se contenter de demander son avis à Robert Badinter, ce qui serait beaucoup plus distingué et assurément constitutionnel. Moi, je ne suis pas fâché qu’on se soucie de mon opinion, et même de mes bas instincts de survie.

Quand les propositions présidentielles désacralisent le droit du sol ou l’irrévocabilité de la nationalité française, la plupart des analystes ont mal à la Constitution. À les entendre, c’est l’âme de la nation qui est menacée. J’ai peut-être l’âme bien accrochée, mais je ne crains pas de la voir tomber à la première secousse, au premier coup rendu ni même à la première révision des principes généreux et fondateurs de notre République comme le droit du sol.

Séparer le bon grain de l’ivraie

Les révolutionnaires qui ont pensé notre Constitution ont voulu faire de la République naissante la terre promise de tous les amants passionnés de la liberté. Ce phare de la civilisation occidentale qu’était notre nation a attiré des étrangers qui sont venus donner un peu de cœur contre de l’égalité, du courage contre de la liberté et de la reconnaissance contre de la fraternité.

Aujourd’hui, parce que nous avons manqué d’exigence selon les uns, parce que nous avons cessé de briller selon les autres, la France n’a plus l’immigration qu’elle mérite et nous avons un problème d’intégration qui ne cessera de s’aggraver du fait de la démographie des arrivants du Maghreb et de l’Afrique sub-saharienne, comme on dit pudiquement au CNRS. Il faut être aveugle ou journaliste à France Inter pour ne pas voir le rapport entre délinquance et immigration. Veut-on que le pays entier ressemble un jour aux quartiers nord de Marseille parce que nous aurons tenu à rester fidèles à une Constitution faite en d’autres temps et pour d’autres mœurs ?

Alors on fait quoi ? On ne change rien et on se laisse submerger par une criminalité et une hostilité grandissante à la culture française parce qu’on est les Lumières ou on cherche des solutions ?

Il n’est pas envisageable de renvoyer dans leurs pays d’origine des générations de Français d’origine étrangère mais il ne me paraît pas indigne de commencer à pratiquer une discrimination salutaire. Pourquoi ne pas séparer le bon grain de l’ivraie sur les critères de l’honnêteté des intentions et des pratiques et expulser les mauvais Français d’origine étrangère pour épargner aux bons enfants d’immigrés toute stigmatisation et les préserver du racisme dont ils sont victimes ?

Non au passeport à points ? Et pourquoi pas ? Français à l’essai ? Et alors ? Si nés de parents étrangers, vous devenez criminel multirécidiviste, si vous voulez pratiquez l’excision, la polygamie ou porter la burqa, ou rester membre, même passif, d’Al Qaïda, la France devrait pouvoir vous dire que « Non, désolés, il y a eu méprise, vous vous êtes trompés de pays, sans rancune, le monde est vaste et bon vent ».

Où irez-vous ? Ce n’est plus un problème français, il fallait y penser avant.
Cette solution qui aurait l’avantage de nous débarrasser des individus irrécupérables pour la France et d’inviter les autres à plus de respect et de zèle dans l’effort d’intégration pose d’autres problèmes, j’en suis conscient mais il va bien falloir les affronter ou chercher d’autres pistes si on ne veut pas disparaître en tant que peuple.

« On ne naît pas forcément Français, on peut le devenir. Mais quand on l’est, sauf exception rarissime, c’est pour toujours », nous rappelle notre causeuse en chef. Ce n’est pas une loi naturelle, c’est une loi française que la France peut défaire et doit revoir si elle veut sauver sa peau.

Un accommodement raisonnable : couper la main des voleurs…

Elle en perdrait son âme, nous dit-on. C’est à croire que l’âme de la France, ce n’est pas son peuple en voie de colonisation on ne peut plus constitutionnelle, ce ne sont pas ses vieux contraints dans les quartiers de leur enfance de descendre du trottoir pour ne pas être bousculés, ce sont les principes gravés dans le marbre de sa Constitution.

Un droit du sol relatif, sous conditions, une terre d’accueil qui n’accueillerait pas de façon automatique et irrévocable, ce n’est ni indigne ni contraire à notre histoire. Ce qui l’est en revanche, c’est de se laisser envahir et de disparaître sans le moindre esprit de résistance, sans la moindre envie de Jeanne ou de Charles.

Pour ceux qui se livrent au gendarmicide, c’est autre chose. L’idée a été avancée par Sarkozy qu’on pourrait déchoir de sa nationalité un Français d’origine étrangère qui n’aimerait pas la France au point d’avoir attenté à la vie d’un de ses représentants. Je ne suis pas opposé à cet aménagement de la loi par principe mais je doute qu’en réalité, la réponse soit bien adaptée. D’abord, parce que si on prend le cas de Karim ou de Luigi, je ne vois pas bien l’intérêt de les défranciser et que les tueurs de flics, je les préfère français et morts qu’apatrides et vivants.
Ensuite parce que pour ceux qui se laissent arrêter, la perpétuité est prévue et que les prisons étant plus étanches que nos frontières, ils sont mieux à l’ombre qu’au soleil. Par contre, la mesure pourrait s’appliquer à ceux de leur communauté qui ont mis quartier et village à sac et sont venus par centaines les enterrer, affichant une nette préférence pour des tueurs de leur ethnie que pour les lois de leur pays d’accueil.

Cela dit, je doute que cette proposition soit très dissuasive car en réalité, être Français, ceux qui tirent sur la police s’en fichent.

On pourrait d’une seule mesure combattre la délinquance et faciliter l’intégration en s’inspirant de l’exemple de Martin Hirsch qui, en déclarant que l’intégration serait réussie le jour où « des catholiques appelleraient leur enfant Mohammed » , a fait progresser l’idée « d’accommodement raisonnable ». Allons plus loin et intégrons à notre système pénal une loi issue des cultures d’origine des derniers arrivés. Nous pourrions par exemple couper les mains des voleurs multirécidivistes.

Mais ça, vous verrez que ce n’est pas constitutionnel. Décidément, on ne peut rien faire !

Belgique, le pays à plat…

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Belgique

Belgique

C’est un pays « en voie d’évaporation » (dixit le séparatiste flamand Bart De Wever, grand vainqueur des élections législatives du 13 juin) qui vient de prendre, le 1er juillet, la présidence de l’Union européenne. De quoi justifier le titre du récent livre de Jean-Pierre Stroobants, correspondant du Monde à Bruxelles : Belgique, laboratoire de la désunion européenne, publié aux éditions du Cygne.

[access capability= »lire_inedits »]L’Europe est donc présidée par un pays sans gouvernement, car celui issu des dernières élections législatives ne devrait pas être constitué avant l’automne. Voilà qui laisse toute latitude à un autre Belge, Herman Van Rompuy, alias « Mr Nobody », pour donner toute la mesure de son impuissance à gérer le chaos provoqué par le désaccord de plus en plus profond entre l’Allemagne de Merkel et la France de Sarkozy. Président permanent du Conseil européen, voilà qui fait classe sur une carte de visite ! On aurait d’ailleurs dû le nommer président perpétuel, comme le secrétaire de l’Académie française, pour donner encore plus de poids symbolique à une fonction où il peut tranquillement ciseler ses haïkus, dont il est un auteur compulsif.

La Belgique s’évapore

L’« évaporation » de la Belgique, accélérée par les chaleurs estivales, ne devrait pas être sans conséquence sur l’ensemble du système institutionnel européen : quand ça s’évapore, personne n’est à l’abri du destin des méduses échouées sur le sable par grand soleil : au bout de quelques heures, il n’en reste qu’une petite tache humide sur la grève. Il faut espérer que cette disparition par passage de l’état solide à l’état gazeux épargne les talentueux auteurs belges de BD, qui sauront mettre en image l’évaporation du Berlaymont, de Van Rompuy, de Barroso et de la trace verte que « Dany le Rouge » aura laissée sur le pavé bruxellois. À la rentrée, Bernard Guetta fera une grave dépression et fondra tous les matins en larmes sur France Inter. Cela nous consolera de l’éviction de Stéphane Guillon.[/access]

Cocufiage : faudrait pas se tromper !

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Une longue et coûteuse enquête, menée par Christopher Ryan et Cacilda Jetha vient d’aboutir cette année à la publication de leurs conclusions sous forme d’un pavé de plus de 400 pages, gracieusement intitulé Sex at Dawn: The Prehistoric Origins of Modern Sexuality. Les auteurs y répondent à cette lancinante question qui taraude même les plus ingénues d’entre nous depuis la nuit des temps : pourquoi les hommes trompent-ils leur femme ? Et bien, nous allons pouvoir nous préoccuper d’autres choses, Mesdames, car Christopher Ryan et Cacilda Jetha ont découvert le fin mot de l’histoire.

Comme pour l’art de faire un créneau ou celui, plus téméraire encore, de trouver le beurre dans le frigo, il faut remonter à l’époque, visiblement très constructive, où nos ancêtres, même pas Gaulois, se prélassaient dans des grottes, réfléchissant à la répartition des tâches ménagères.

Et ils décidèrent ceci : nous, les hommes, on a la testostérone qui se raréfie avec l’âge. Donc, faut qu’on se stimule la guimauve et pour ça y a un truc, faut qu’on se mette en contact avec d’autres gonzesses qu’on connaît pas encore. Ils se sont mis d’accord sur le chiffre d’une remontée de 14% de la précieuse substance, arguant que la régulière était priée de pas trop la ramener vu qu’elle profiterait, elle aussi, du regain d’activité de son cher et tendre sous la couette en peau de pécari. Bien, bien.

J’ignore totalement comment on calcule le taux de testostérone, mais du fond de ma cuisine, arrosant le gigot d’une main et branchée sur radio confidences des copines de l’autre, j’aurais pu, moi aussi, vous livrer mon expertise. Car la vraie question n’est pas de savoir pourquoi les hommes trompent leur femme, mais pourquoi eux, ils se font toujours choper.

Parce que quand un homme galipette hors des liens sacrés du mariage, en général, c’est avec une femme, non ?

Sex at Dawn: The Prehistoric Origins of Modern Sexuality

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Les Français peuvent gagner

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Athletisme
La France, enfin victorieuse à un championnat de quelque chose.
Athletisme
La France, enfin victorieuse à un championnat de quelque chose.

L’athlétisme, tout le monde s’en fout. C’est un peu comme pour les fléchettes ou le curling : y a jamais grand-monde pour assister aux championnats du monde de ces disciples à la noix. L’athlétisme est une discipline à la noix.

Athlètes du sexe : je dis oui !

Je ne dis pas : les athlètes, je ne crache pas dessus. Qu’il s’en présente seulement un, bien gaulé, les épaules larges, le muscle saillant, le petit cul rebondi dans un short moulant, et je peux lui rechanter la Chevauchée des Walkyries sur tous les tons. Certes, ce n’est pas gagné d’avance – sauf si l’athlète en question concoure en handisport et qu’un esprit bien intentionné a pris soin de lui enlever les roues de son fauteuil. Et de l’attacher solidement, on n’est jamais trop prudent. J’ai une vraie passion pour les athlètes. Une passion d’esthète[1. Je ne me fais pas d’illusion : les athlètes sont tous gays.]. Mais de là à m’inquiéter des résultats, voire de la présumée existence de « championnats du monde d’athlétisme », faut pas courir ! Enfin si, justement, il faut courir, mais ne m’interrompez pas !

Or, voilà que j’apprends que des Français auraient participé à une telle compétition et que – ô miracle – ils en auraient rapporté des médailles : 18 en tout, dont 8 en or. Et le pays tout entier célèbre ses champions.

Primo, il faudrait apporter la preuve incontestable que des « championnats du monde d’athlétisme » existent réellement. Deuxio, que lesdits championnats se soient bien déroulés à Barcelone. Tertio, que des Français aient pu avoir été admis à y participer, après l’effroyable pâtée que leur équipe nationale s’est prise en Afrique du Sud : c’est la première fois, depuis 1940, qu’un aussi grand nombre de Français ont demandé la nationalité allemande, rien que pour faire partie du grand pays qui a remporté la petite finale, lui.

Barcelone : l’Equipe de France victorieuse

Admettons que tous ces doutes soient levés – ça m’étonnerait, quand même, qu’il y ait des gens assez cinglés pour organiser un meeting international où des types courent en short –, il n’en demeure pas moins qu’autant de victoires françaises laisseraient songeur plus d’un honnête homme. La présumée victoire de l’équipe nationale de France d’athlétisme à Barcelone nous invitent donc à quelques menues réflexions :

1. La France court vite, merci la Police. Si le Français est aussi bon à la course à pied, c’est qu’il est entraîné : il a appris à se déplacer très vite du lieu de son larcin vers le transformateur EDF le plus proche. Pour la prochaine coupe du monde de foot (le seul sport qui vaille de vider des bières devant une télé), il faudrait que les forces de l’ordre adoptent une autre tactique d’entrainement avec les jeunes délinquants, afin qu’ils maîtrisent autre chose que la course.

2. Les Français sont des coureurs. Le problème est qu’ils ne savent faire que cela : Franck Ribery l’a montré avec une incomparable maestria.

3. Les Français ont tout dans les jambes. Rien dans la tête. Pour courir, c’est sûr, il vaut mieux avoir les mollets musclés. Pour jouer au foot, un peu de « mental » est requis. D’ailleurs, il faut être sacrément con pour aller à Barcelone et s’y enfermer des journées entières dans un stade. Il y a tellement de choses plus saines à faire dans cette ville exceptionnelle : visiter la Fondation Miró, prendre une ligne de coke, aller baiser des putes, jouer à la corrida avec des nationalistes catalans, se refaire une ligne de coke.

Bien entendu, aucune de ces questions essentielles ne trouvera de réponse. La France ne veut pas savoir. Elle ne veut pas entendre que l’athlétisme, franchement, tout le monde s’en fout. On lui souhaite néanmoins de remporter d’autres victoires mondiales. Ping-pong, curling, fléchettes, lancer de nains : les Français n’ont, pour exceller, que l’embarras du choix.

Les nihilismes de Villiers-le-Bel

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Villiers-le-Bel

Villiers-le-Bel

La condamnation des accusés de Villiers-le-Bel à des peines de trois ans, neuf ans, douze ans et quinze ans de prison, en l’absence de toute certitude quant à leur culpabilité, est une décision injuste et scandaleuse. Les méthodes de l’enquête et le procès de Villiers-le-Bel sont un déshonneur pour la France. Il est inconcevable de condamner à des peines de prison aussi lourdes des hommes dont aucun élément tangible ne permet d’établir avec certitude la culpabilité, sur la simple foi de témoignages anonymes et rémunérés. La justice française vient d’accomplir un pas de plus vers le nihilisme en s’inscrivant dans le registre de la vengeance et du sacrifice de boucs émissaires.

[access capability= »lire_inedits »]Cependant, dans l’affaire de Villiers-le-Bel, la justice française ne me semble malheureusement pas la seule à glisser vers le nihilisme. Si je partage entièrement l’exigence d’une justice équitable et la dénonciation des méthodes de la police et de la justice concernant cette affaire, je me sens sur tous les autres points en désaccord avec les signataires de l’appel « Pour les cinq de Villiers-le-Bel » publié le 21 juin dans Libération. Les « membres » de « l’ultragauche » me semblent faire partie, avec certaines bandes de clochards royalistes, des cœurs – des corps – les plus nobles parmi nos contemporains. Ce qui suscite mon admiration et mon sentiment fraternel, ce sont les tâches de construction nombreuses auxquelles ils s’attèlent avec musicalité et longue haleine. Je crois que c’est seulement dans les moments où ils (nous ?) éprouvent (éprouvons ?) un essoufflement ou un découragement passager dans l’ordre de la construction de mondes que la fascination pour la destruction grandit et prend le dessus. J’ai partagé ce sentiment, moi aussi. Dans les moments de désespoir, toute destruction semble bonne à prendre et le discernement est perdu. Je ne crois pas du tout, pour ma part, que les émeutes de Villiers-le-Bel constituent un événement historique glorieux et laissant augurer de grands espoirs. Je ne trouve pas du tout que le fait de tirer sur la police soit une forme de délassement honnête et sympathique. Je ne crois pas du tout, enfin, que la haine soit le seul affect politique authentique, ni que la politique doive être pensée exclusivement dans le registre de la haine. Dans tout cela, j’aperçois une menace nihiliste qui réclame la plus grande prudence.

Les hommes ne sont pas des symboles

Dans l’affaire de Villiers-le-Bel, il existe malheureusement un point de convergence éthique entre l’État français et ses ennemis : le fait d’accepter de transformer une personne humaine réelle en symbole ; le fait d’être incapable de résister à la séduction morbide et abstraite des symboles ; le fait de consentir à ce qu’un homme devienne de la chair à symboles, glisse dans le cercueil d’un symbole. Dans cette situation, il est urgent de nous rappeler les mots de Milan Kundera dans L’Art du roman : « L’homme est un enfant égaré dans les “forêts de symboles”. Le critère de la maturité : la faculté à résister aux symboles. »

C’est précisément cet oubli de la personne humaine concrète, sensible, charnelle, derrière les symboles, qui est meurtrier et qui constitue l’élément éthique qui permet à la machine de la haine mimétique la plus destructrice de s’emballer. Depuis la mort tragique de Lakamy et Mushin, en novembre 2007, qui semble s’apparenter en partie à un accident et en partie à un homicide involontaire causé par un policier, depuis cet événement qui fut perçu comme un premier sacrifice, c’est le même envoûtement morbide qui autorise la montée mimétique de la haine, telle que l’a décrite René Girard. Dès lors, la haine ordonne à chacun de sacrifier de nouveaux boucs émissaires pris au hasard et arrachés à leur tour à leur humanité.

C’est le même nihilisme, né de la même haine aveugle, qui est à l’œuvre lorsque des hommes, dont nous ne connaissons toujours pas l’identité, tentent de sacrifier « des flics au hasard », érigés en symboles abstraits de la police et de l’État. Mais c’est encore la même haine aveugle, le même désir de sacrifier un bouc émissaire pris au hasard, qui a conduit la justice française à jeter en prison Abderhamane Kamara, Adama Kamara, Mara Kanté, Ibrahima Sow et Samuel Lambalamba, qui ne sont à mes yeux ni les symboles de « la banlieue » – que je refuse de considérer comme une entité magique intrinsèquement différente du reste de l’humanité, qui ne me semble être ni radicalement meilleure, ni éminemment pire que le reste de l’humanité –, ni les symboles de la Révolution, mais simplement cinq hommes dont la culpabilité n’a pas été établie de manière honnête et qui, à ce titre, doivent être libérés.

Si la justice française ne fait pas marche arrière et n’interrompt pas le cycle de la haine sacrificielle, il est à craindre que le nihilisme poursuive encore son œuvre et que des innocents soient tués à Villiers-le-Bel au prétexte qu’ils seraient peut-être des témoins sous X. Comme les flics, comme les accusés, la haine les choisira au hasard et poursuivra ainsi ses désastres.[/access]

Du pain, des jeux… et pas de blé !

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Décidément, les Britanniques n’ont pas de chance avec leurs Jeux Olympiques, il flotte toujours sur leur organisation une étrange odeur de poisse. Déjà en 1908, Londres n’avait été désignée qu’en catastrophe, après qu’une éruption épouvantable a dévasté Naples où devait se tenir une partie des compétitions. L’édition de 1944 fut annulée pour cause de guerre mondiale et de V2 en goguette. On se souvient qu’elle se déroula finalement quatre ans après, dans une ville exsangue et encore dévastée par le Blitz, où les athlètes logés dans des baraques militaires avaient dû amener leur manger pour ne pas mourir de faim. On peut raisonnablement penser qu’ils seront nourris en 2012, mais c’est la crise économique qui donne des sueurs froides au comité et à son chef, lord Sebastian Coe. Le fourbe qui après un lobbying féroce auprès des membres du Commonwealth nous avait arraché de quatre votes sur 104 une organisation qui nous revenait de droit. Forcément, notre projet était bien meilleur, même le CIO l’avait dit. Mais entre le savoir-faire et le faire-savoir, il y a… 340 kilomètres, soit la distance entre Paris et Londres. On dit que Bertrand Delanoë, qui se voyait déjà au moins premier secrétaire, ne s’en est jamais remis.

Il y a une justice. Le cadeau était sacrément empoisonné. Que ferions-nous d’un tel bébé à l’heure des restrictions budgétaires draconiennes ? Il reste exactement deux ans aux Anglais, pas un jour de plus, pour faire pousser les Pounds aux branches de Hyde Park. Comme on pouvait s’y attendre, les coûts des chantiers manifestement sous-évalués ont explosé dès le premier coup de truelle. De deux milliards, le budget est passé à dix. Où trouver les fonds manquants ? Cameron fait le mort, la City regarde ailleurs, les sponsors ont le blues… A moins d’un miracle, la magnificence chinoise restera sans égale. Mais ils vous disent avec une moue charmante que telle n’a jamais été leur ambition. Ils comptent sur le charme de la vieille Angleterre et ses capacités uniques à rebondir et résister pour s’en sortir. Le pire est qu’ils en sont capables. A un petit détail près auquel personne n’avait pensé en choisissant les dates des prochains JO. Ils tombent pile poil en plein ramadan…

Sarkozy, pour la vie

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nicolas-sarkozy-exception-francaise

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Les Français n’imaginent pas leur chance, avec Sarkozy. A gauche, on nous serine, des sanglots dans la voix, l’exception française par-ci, l’exception française par-là. On nous rebat les oreilles comme quoi il est en train de la tuer. Grossière erreur : c’est rigoureusement impossible, puisque notre exception française, c’est lui ! Notre président, on nous l’envie partout en Europe, en ces temps si troublés. Si, si.

Il ne viendrait à personne l’idée d’envier la France parce qu’elle est, par exemple, un pays parmi les plus prisés des investisseurs étrangers et des touristes. Pensez-vous, comment pourrait-il y avoir réellement tant d’investisseurs dans un pays de feignasses surmutualisées défendues par des syndicats archaïques et un Code du travail soviétiforme ? Il doit y avoir une erreur. Les économistes doivent mentir sur les chiffres. Quant aux touristes, c’est pareil. A qui allez-vous faire croire que la France reste la destination la plus prisée au monde ? Vous les avez vus, au foot, en Afrique du Sud, les Français ? Pays de racailles, d’islamistes, de caïds. Encore deux ans et c’est une mosquée au Mont Saint-Michel et le parvis de Notre-Dame transformé en aire pour voleurs de poules, pardon pour roms, pardon pour gens du voyage…

Tourisme, investissement et vols de carambars

Au passage, rappelons que les investisseurs et les touristes font chez nous à peu près la même chose : amener du pognon. La seule différence est qu’un investisseur suédois ne prend pas de photos de la Tour Eiffel, ne se laisse pas inviter à boire un chocolat chez Angelina et a de moins jolies jambes que la touriste de même nationalité. Il y a néanmoins un cas particulier où l’investisseur permet de voir de jolies jambes. C’est quand Woody Allen[1. En profiter pour lire l’excellent Woody Allen de Laurent Dandrieu (CNRS éditions).] tourne Midnight in Paris avec un rôle pour la Première Dame, Carla Bruni.

Sarkozy, qui est en guerre cet été – on s’attend toujours à le voir avec un casque lourd quand il arrive quelque part – trouve tout de même deux heures dans son emploi du temps de généralissime en pleine bataille de la Marne pour regarder Carla Bruni refaire trente deux fois sa prise, celle où elle tient à la main une baguette de pain[2. D’après les journaux anglais… Mais ça sent le cliché, tout de même, Woody.].

Mais Sarkozy rattrapera le temps perdu en grimpant dans son Air Force One pour se rendre à Chatouilly-sur-Loire, où l’épicière vient de se faire voler pour la cinquième fois ses carambars. Là, il déclarera solennellement la guerre aux voleurs de carambars, en profitera pour élargir son propos à la nécessité de faire des sacrifices : « Il faut que les parents apprennent à leurs enfants qu’il y a des périodes où c’est un carambar, pas deux. » Et juste après, il remontera dans son avion tout neuf à deux cent millions d’euros et téléphonera pour virer le préfet de Chatouilly-sur-Loire, qui n’a pas été foutu de démanteler un trafic de carambars dans son département.

Quand on vous dit que c’est Sarkozy et rien d’autre qu’on nous envie ! On ne va pas nous envier pour notre système de santé, tout de même ? Vous rigolez ? Il est en ruine. Il faut vraiment être Anglais pour venir se faire soigner chez nous les yeux, les dents, le cœur. Les Anglais sont un des moteurs de la finance mondiale. Sans eux, on en serait encore au troc. Ils ont inventé la City pour faire de la finance moderne, c’est-à-dire de la finance qui finance la finance. Du coup leurs trains déraillent, leurs écoles aussi et on est mis sur liste d’attente quand on arrive avec un infarctus à l’hosto. Mais gouverner, c’est choisir.

La France ne sera plus le Cuba de l’Europe !

Vous avez vu, nous, ce qu’on avait choisi, avant Sarkozy ? La honte. S’occuper prioritairement de la santé, de l’éducation et de projets industriels à très long terme. Du coup, ce n’est pas compliqué, depuis la Libération et le programme du CNR, les Français ne vivaient que pour la retraite et les congés payés. Et vous avez sous les yeux les résultats de soixante ans d’économie administrée. Trois fois rien. Des trains à grande vitesse, des Airbus, des fusées Ariane et une indépendance énergétique accrue grâce au nucléaire.

On ne lui sera jamais assez reconnaissant, à Sarkozy, d’en avoir fini avec l’éducation et la santé. Il a écarté de nous cette honte : être le Cuba de l’Europe. Ne souriez pas. On n’en était pas loin. C’était quoi la France, avant lui, sinon un pays où l’on dansait sur la plage avec des emplois à vie ? Où l’on dépensait des fortunes pour soigner les vieux. Où l’on envoyait tout le monde à l’école, même les Arabes, lire La Princesse de Clèves. Tout ça, ça creusait les déficits et on n’était même pas foutu d’inventer des produits financiers sérieux, genre subprimes, pour faire comme les anglo-saxons, ces champions.

Une longévité exceptionnelle

Oui, mais là où Sarkozy est incontestablement le plus fort, c’est dans sa longévité au ministère de l’Intérieur et la cohérence profonde en matière de sécurité depuis. Il n’a pas varié d’un iota et il n’y a pas à dire, c’est une réussite complète. Sarkozy est ministre de l’Intérieur depuis 2002. Accessoirement, il s’est fait élire président de la République en 2007 pour garder le job.

Quand il a eu, d’ailleurs, cette formule célèbre, « J’ai tué le job », ce n’est pas de ministre de l’Intérieur qu’il parlait, contrairement à ce qu’on croit. C’était du job de président. Et s’il n’avait pas été là, pendant ces presque dix ans, place Beauvau, on se demande où on en serait. Vraiment.

Les scénarios de science-fiction ne me font pas peur. Aussi invraisemblable que cela puisse vous paraître, il n’est pas impossible que, sans cette politique de la tolérance zéro, on se soit retrouvé avec des quartiers qui seraient devenus des zones de non-droit et des bases arrière pour le grand banditisme. On peut même aller jusqu’à imaginer que s’il n’y avait eu la poigne de fer de Nicolas, des émeutes auraient éclaté pendant plusieurs semaines partout en France, faisant des centaines de blessés et des millions d’euros de dégâts, et que la gendarmerie soit obligée d’intervenir dans la vallée du Cher comme dans n’importe quel djebel où traînerait une katiba à éradiquer. On pourrait également prédire que tout le monde ayant perdu le sens de la mesure, on commence à s’en prendre à des parties de la population non en raison de ce qu’elles font mais de ce qu’elles sont, que des Chinois, des Noirs et des Algériens rejouent South Central et Watts à Belleville, le quartier symbole de la Commune de Paris.

On pourrait imaginer, pourquoi pas, une France qui aurait l’impression d’être à la limite d’une guerre civile ou ethnique, ça dépend de quel côté de saucisson on se place. Oui, je sais, je vais un peu loin. Mais cette dystopie insécuritaire aurait été hélas fort vraisemblable si Sarkozy n’avait pas été là pour impulser une politique rigoureuse en la matière.

C’est pourquoi, je propose une modification de la Constitution (on trouvera bien la voix de Jack Lang au Congrès pour faire une majorité des deux tiers), laquelle devrait être ainsi rédigée : « Article I, la République attribue à vie le poste de ministre de l’Intérieur. Article II, il est confié à Nicolas Sarkozy. » Comme ça, quand il ne pourra pas se représenter en 2017, il sera toujours là pour œuvrer à cette paix civile qu’il a si heureusement entretenue depuis 2002.

Et les Français seront bien rassurés. Comme maintenant.

Et s’il n’en reste qu’une…

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Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.
Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.
Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.
Déjeuner déjà vu, sculpture de John Seward Johnson, 1994, d'après Manet.

Ainsi, Nicolas Sarkozy a sacrifié la garden-party de l’Élysée sur l’autel de la rigueur et des déficits conjugués. Sur celui d’un blason républicain à redorer en vitesse sans doute aussi, même s’il manque quelques carats au bout du compte. Une économie de 732 826 euros pour faire oublier les cigares des uns, les appartements de fonction ou les missions plus ou moins fantaisistes des autres, l’annonce doit attester qu’un bon père de famille, un digne héritier d’Antoine Pinay, tient les cordons de la bourse France. L’État, lui aussi, a resserré sa ceinture d’un cran. Enfin, un tout petit cran. Comparée au cierge papal que constituent nos diverses dettes et découverts, la suppression de la garden-party fait figure de bout de chandelle. Mais on est dans le symbole ou on n’y est pas.

Du bon usage du symbole

Justement, le symbole. Instituée en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing, grand spécialiste en la matière qui pouvait aussi bien prendre le petit-déjeuner avec des éboueurs, s’inviter chez des « vraies gens » que recevoir les quelques milliers de Français qui comptent, la garden-party était devenue le symbole incontournable du 14 Juillet, au même titre que le défilé, la Légion étrangère en tablier de sapeur et l’interview badine du président.

Anglophile convaincu, « l’Ex » savait parfaitement ce qu’il faisait en copiant ce que la tradition britannique a de meilleur. Depuis Victoria, dans un savant et très subtil dosage, dignitaires, diplomates et ministres se mêlent aux « héros discrets de la nation », sélectionnés sur des listes constituées un an à l’avance pour leurs bons et loyaux services. Des fonctionnaires, des militaires, des membres des associations caritatives, du monde des affaires ou de la politique, dont les mérites sont honorés parce qu’ils incarnent l’esprit de la Grande-Bretagne.

[access capability= »lire_inedits »]Le Royaume traverse une crise financière et économique épouvantable. David Cameron a présenté un budget qui ferait passer les projets de François Baroin pour des amuse-gueule. Et pourtant, personne ne songe à supprimer la garden-party de la Queen, qui coûte bon an mal an 600 000 livres au contribuable britannique, à quelques pennies près le montant de la nôtre.

Mais une garden-party, c’est bien plus qu’une garden-party, que Chardonne nous pardonne ce détournement. Le gouvernement de Sa Très Gracieuse le sait. Comme dans la très tchékhovienne nouvelle de Katherine Mansfield intitulée, précisément, La Garden-party, la frivolité et la légèreté apparente cachent l’immuabilité des codes sociaux qui cimentent le Royaume-Uni. Mine de rien, chaque invitation scelle le pacte qui lie la royauté à son peuple, à coups de détails qui n’en sont pas, vieux de cent cinquante ans.

Du bon usage du rituel

Pour commencer, vous recevez un bristol d’invitation plus épais qu’un carton de déménagement Demeco, marqué du monogramme royal, par lequel le Lord Chamberlain, « commanded by Her Majesty », vous invite à Buckingham Palace de 4 à 6 pm. A priori, étant un héros discret, un diplomate d’un pays qui compte (dont on vient, par exemple, de célébrer avec faste l’appel à la résistance prononcé dans les locaux de la BBC en 1940), un footballeur émérite (denrée rare au Royaume-Uni en ce moment), ou un trader exceptionnel (encore plus rare), vous savez pourquoi. Ce n’est pas tout. Un véritable manuel vous explique les impairs à ne pas commettre. De ceux qui vous rangent ad vitam aeternam dans le camp des pétroliers texans ou des gaziers russes. Téléphones éteints, appareils photo interdits, dress-code strict (chapeau pour les dames, costume pour les hommes, queue-de-pie pour les happy few qui partageront la tente royale, uniforme si vous pouvez, même de l’Armée du salut), on ne s’adresse pas à la reine en premier, on ne l’appelle pas « Votre Majesté » ou « Elizabeth », on ne lui fait pas la bise, mais une petite révérence − à travailler devant sa glace à l’avance − ou un salut discret.

À 15 heures pétantes, après avoir garé votre voiture dans les Wellington barracks − ce pourfendeur de Français est décidément partout − les portes de l’Entrée Entrance (ou quand l’anglais se veut français et n’est que redondant) ouvrent sur la cour d’honneur, devant horse-guards et hallebardiers.

Vous n’en menez pas large. Ce ne sont certes pas quarante siècles qui vous contemplent, mais toutes les pompes et les circonstances de la Couronne britannique, ce qui n’est pas rien, même pour un républicain convaincu qui n’aurait pas forcément désapprouvé le raccourcissement du gros Capet.

Guerre des étoiles et sandwichs au concombre

Vous évitez soigneusement le monument dédié à Waterloo et vous entrez dans le parc où sont dressées les marquises blanches et servis 27 000 tasses de thé, 20 000 sandwiches au concombre et 20 000 tranches de sponge cake. Deux tentes réservées à la famille royale et au corps diplomatique sont discrètement isolées. Assez étrangement, des alignements de chaises permettent aux invités d’assister, comme au spectacle ou jadis à Versailles, au thé pris par la Reine, ses proches et les diplomates. Les Britanniques veulent la voir dans son commun, grignoter et papoter sous les yeux de ses sujets. Le novice s’attend à recevoir des cacahuètes et n’ose pas se resservir pour la troisième fois devant 8 000 paires d’yeux, puis finit par comprendre qu’en s’exposant ainsi, la monarchie fusionne avec son peuple en une obscure, mais efficace alchimie. Le pacte, toujours le pacte.

L’orchestre qui reprend les standards des films américains, de La Guerre des étoiles à Indiana Jones, s’interrompt à 16 heures. God save the Queen : elle apparaît dans sa robe jonquille pour être vue de loin, suivie de sa famille en rang d’oignons. Pendant une heure, discrètement protégés par les yeomen de la Tour de Londres, en un savant ballet, les Royals vont faire le tour des invités qui leur sont présentés selon une chorégraphie et un ordre connus seulement de Celui qui l’a sauvée. Pas de bousculade, organisation parfaite, sourire de commande, révérences, respect. Un ordre qui oublie soigneusement Nick Griffin, le leader du PNB, le parti d’extrême droite. Isolé dans son coin par un mur d’indifférence, il n’aura pas même droit à un regard. Le code, toujours le code.

Un ange passe. Ou un démon, allez savoir. Solidement encadrée par deux dames de compagnie, Margaret Thatcher avance lentement. Est-elle aussi malade qu’on le dit ? Ses yeux semblent bien perçants. Peut-être y a-t-il une autre alternative, après tout, My Lady ? L’Histoire, toujours l’Histoire.

Et notre garden-party à nous ?

Avec la précipitation d’un ménage surendetté qui a annulé en catastrophe ses vacances sur la Costa del Sol pour plaire à la banque, nous avons supprimé la garden-party de l’Élysée. Même si elle n’a jamais atteint les sommets de la tradition britannique, nous avons écarté cette occasion unique de mélanger les vedettes et les héros anonymes, tous ceux qui ont mérité de la nation. Seules ont échappé au massacre les garden-parties des ambassades de France, à condition qu’elles dénichent des partenariats avec des entreprises françaises et des collectivités territoriales. Dans un sursaut de lucidité qui l’honore, le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, a reconnu qu’elles étaient « une occasion unique de promotion de la France ». Certes. À Londres, quelques milliers de Britanniques auront donc le plaisir de fouler la pelouse de la Résidence en se restaurant aux frais de Pernod-Ricard et de la région Rhône-Alpes. Pour la France, repassez l’an prochain. Peut-être.[/access]

Blackberry impie

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La lutte antiterroriste a bon dos… Les Emirats arabes unis – suivis quelques heures plus tard par l’Arabie Saoudite – ont en effet pris le 1er Août la décision de bloquer à compter du 11 octobre prochain les messageries et accès au web de tous les utilisateurs de Blackberry !

S’agit-il d’empêcher les terroristes de communiquer entre eux, comme on l’explique là-bas, ou bien de filtrer l’ensemble des communications, ainsi sommées de rester dans le cadre prescrit par la morale locale? Honni soit qui mal y pense car les autorités de ces pays démontrent une sollicitude toute particulière vis-à-vis des usagers de ce type d’appareils. L’opérateur national détenu par l’Etat des Emirats (Etisalat) n’avait-il pas recommandé l’an dernier l’installation d’un programme destiné à « améliorer les services » offerts par Blackberry? Software rejeté par RIM, le fabricant canadien du Black, qui révélait que ce programme permettait en fait à l’Etat en question de surveiller et d’accéder à toutes les données contenues dans ces appareils! Du reste, pourquoi systématiquement s’attaquer au Blackberry et pas à l’iPhone ou à d’autres marques de smartphones également susceptibles d’abriter et d’échanger des informations sensibles? En fait, les données et messages du BlackBerry, cryptées à travers le serveur canadien de RIM, compliquent considérablement les velléités d’espionnage des autorités quand les autres smartphones se contentent tout bonnement de faire appel aux serveurs locaux…

Mais ce serait dommage de s’arrêter en si bonne route. Après le Blackberry, le net tout entier? Pas besoin d’être paranoïaque pour l’envisager : les Emirats exercent depuis plusieurs années une censure stricte consistant à interdire l’accès de certains sites jugés contraires à leurs valeurs et qui pourraient insuffler à leurs lecteurs des idées interlopes, voire des projets subversifs… On comprend mieux que les autorités locales n’aient guère été impressionnées par la levée de bouclier qui a suivi leur décision, ni même par les protestations officielles américaines. « C’est une décision souveraine de l’Etat des Emirats arabes unis », a déclaré ce mardi Youssef al-Otaïba l’ambassadeur émirati à Washington.

Moderne, mais pas trop: à Dubaï, on a su s’inspirer du modèle chinois…

Abbas-Netanyahou : l’été en pente raide

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bibi-netanyahou-abbas-negociations

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Ce qui se passe en ce moment dans les relations israélo-palestiniennes est si complexe que les rédactions des principaux médias français, réduites à leur étiage estival, font prudemment l’impasse sur ce sujet. Dommage, car l’évolution de la situation politique et diplomatique sur le terrain est loin d’être sans intérêt, et ne se résume pas aux affrontements théâtraux sur l’affaire de la flottille turque dans les enceintes internationales.

Depuis l’opération « Plomb durci » à Gaza il y a 18 mois, les négociations directes entre les dirigeants israéliens et ceux de l’Autorité palestinienne sur la base de «deux Etats pour deux peuples» étaient interrompues. En prenant l’initiative de cette rupture, Mahmoud Abbas tentait, avec un certain succès, de renforcer sa position dans l’opinion palestinienne meurtrie par les souffrances infligée aux Gazaouis, sans pour autant susciter les critiques d’une communauté internationale ayant jugé «disproportionnée» la riposte israélienne au harcèlement des localités du sud du pays par les jihadistes du Hamas

Mini-moratoire, maxi-dangers

L’arrivée presque concomitante au pouvoir de Barack Obama et de la coalition de droite dirigée par Benyamin Netanyahou allait, dans un premier temps, renforcer la position du leader palestinien. Les pressions de Washington sur Netanyahou s’exercent sans complexes, rompant avec la complaisance de l’administration Bush à l’égard des initiatives de ses prédécesseurs Sharon et Olmert. Pourtant, Obama et son envoyé spécial dans la région, George Mitchell, ne parviennent pas à faire plier totalement Netanyahou sur la question, cruciale pour les Palestiniens, de l’arrêt des constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le premier ministre israélien ne concède qu’un moratoire de dix mois, à l’exception de Jérusalem «capitale unifiée éternelle d’Israël» et des grands blocs d’implantations destinées, dans l’esprit des Israéliens à revenir à l’Etat juif dans le cadre d’un règlement global et d’un échange de territoire.

Ce moratoire doit prendre fin le 26 septembre prochain, et Benyamin Netanyahou a d’ores et déjà annoncé que son éventuelle prolongation provoquerait l’éclatement de sa coalition, entraînant le départ des partis situés à droite du Likoud, notamment d’Israël Beitenou du ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman. Tout cela permet à Mahmoud Abbas de justifier son refus de reprise des négociations directes, de rechercher -sans succès, malgré la médiation égyptienne- un terrain d’entente avec le Hamas, et de travailler, dans les enceintes internationales à la délégitimation de l’Etat juif.

Au cours du printemps et de l’été 2010, cependant, l’attitude de l’administration Obama vis-à-vis de Netanyahou évolue : on ne le fait plus passer par la petite porte de la Maison Blanche pour lui remonter sans ménagements les bretelles, et le président des Etats-Unis apparaît, souriant, à ses côtés au sortir d’entretiens qualifiés de « cordiaux et constructifs ». Bien sûr, l’approche des élections dites de midterm au Congrès explique en partie ce réchauffement et sa mise en scène, mais pas seulement. Habilement, Benyamin Netanyahou s’est déclaré favorable à une reprise immédiate des négociations directes avec l’Autorité palestinienne, mettant Mahmoud Abbas au pied du mur. Cette fois-ci, c’est sur les dirigeants de l’Autorité palestinienne que s’exerce la pression de Washington, sous la forme d’une lettre de seize pages l’engageant à reprendre sans attendre les discussions avec les dirigeants israéliens, faute de quoi il serait très difficile, voire impossible aux Etats-Unis et à l’Europe de forcer Jérusalem à prolonger l’arrêt des constructions dans les implantations…

Les pays arabes divisés

C’est en homme ployant sous le poids de ces pressions « les plus importantes jamais exercées par les Etats-Unis sur l’Autorité palestinienne» que Mahmoud Abbas obtient de la Ligue arabe l’autorisation de reprendre langue avec les Israéliens. Mais il n’est pas question, au moins officiellement, d’un quelconque feu vert de la Ligue à des concessions qui pourraient être acceptées par le leader palestinien, ce qui aurait pu mettre en lumière les profondes divisions des Etats arabes sur le sujet. « Tu peux y aller, contraint et forcé par les Etats-Unis, mais on se réserve de juger du résultat ». Tel est le maigre viatique que ses « frères » ont accordé au chef de l’OLP.

On pourrait, après avoir exposé et analysé cette séquence, en tirer la conclusion que l’ambition d’Obama de réussir à tout prix ce que Bill Clinton n’était pas parvenu à obtenir d’Ehud Barak et Yasser Arafat en 2000 a de bonnes chances de voir son accomplissement. En se montrant ferme et même, au besoin, brutal pour faire avaler à l’une ou l’autre partie les couleuvres nécessaires, le président des Etats-Unis pourrait, enfin, commencer à justifier la confiance que les jurés du Nobel avaient placée en lui un peu prématurément… S’il devait en être ainsi, j’enverrais bien volontiers une caisse de champagne à mon ami Elie Barnavi pour me faire pardonner mon scepticisme absolu sur les chances de réussite de cette pax americana imposée par Obama, qu’il appelle de ses vœux dans son dernier livre[1. Elie Barnavi « Aujourd’hui ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche-Orient » Editions André Versaille].

Mais, à y regarder de plus près, ma pingrerie naturelle a de fortes chances de ne pas être violentée, car les principaux intéressés, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou partagent, à peu de choses près, la même conviction : ni la société israélienne, ni la société palestinienne -et plus largement, le monde arabo-musulman- ne sont prêts à accepter les sacrifices exigés par la conclusion d’un accord de paix global et définitif entre les deux peuples. Mahmoud Abbas sait que cet accord sera moins favorable encore aux thèses palestiniennes que celui refusé par Yasser Arafat à Camp David. L’expérience du retrait unilatéral de Gaza, et de ses conséquences politiques et militaires a notablement relevé le niveau d’exigence sécuritaire permettant l’acceptation par Israël d’un Etat palestinien libéré de l’occupation de Tsahal. Autre problème du côté palestinien, le fossé qui se creuse entre la partie de la population qui jouit de la croissance consécutive à la fin de la seconde intifada et, celle qui, à Gaza et dans les camps de réfugiés en Cisjordanie subit des conditions de vie misérables et l’arbitraire d’un pouvoir confisqué par des factions armées. Cela limite considérablement les marges de manœuvre de l’Autorité palestinienne, écartelée entre la « nouvelle bourgeoisie » qui veut la paix pour prospérer et les exclus de la renaissance économique qui rendent Israël responsable de leur misère.

Malgré les efforts du premier ministre Salem Fayyad de construire « par le bas » un Etat palestinien susceptible de gérer avec efficacité et probité les affaires publiques dès sa proclamation officielle, la surenchère nationaliste du Hamas trouve de l’écho dans cette population qui ne fréquente pas les cafés branchés et les restaurants de luxe de Ramallah ou de Jenine. Les barbus de Gaza ont déjà émis des signaux négatifs sur le processus en cours en laissant des « groupes incontrôlés » lancer des engins explosifs sur Sderot, Ashkelon et Eilat, provoquant les inévitables représailles israéliennes.

Peres en embuscade

Benyamin Netanyahou redoute, lui, un affrontement brutal avec les colons fanatisés des implantations « idéologiques », qui mettrait à rude épreuve une armée appelée mettre en œuvre l’évacuation des localités rendues à l’Etat palestinien. Il est d’autant moins prêt à ce type d’affrontement que l’opinion publique israélienne s’est radicalisée, et n’approuverait pas un déracinement manu militari de ces colons comme ce fut le cas à Gaza. L’agenda d’Obama ne coïncide ni avec celui d’un Israël obnubilé par sa sécurité, ni avec celui d’une Autorité palestinienne peu pressée, en fait, de mettre fin à une occupation qui la protège d’un coup de force du Hamas en Cisjordanie.

Petites et grandes manœuvres se déploient donc dans la coulisse, pour que l’échec programmé de ces négociations directes soit imputé à l’autre partie. Le plus retors, dans ce petit jeu, est comme d’habitude le vieux renard Shimon Peres, président d’Israël (87 ans), qui envoie son sbire, l’ancien ministre Haïm Ramon dissuader le chef négociateur palestinien Saëb Erakat de revenir aux discussions directes avec Netanyahou. Peres ne supporte pas que le dialogue avec les Palestiniens, et les Arabes en général, puisse lui échapper, et que son ennemi intime Netanyahou puisse en tirer un quelconque bénéfice politique.
Saëb Erakat, qui a compris la leçon de Camp David, fait savoir urbi et orbi que le plan palestinien qui sera proposé lors de la reprise des négociations directes est «le plus généreux jamais mis sur la table par les Palestiniens, abordant tous les sujets sensibles : Jérusalem, frontières, réfugiés, partage de l’eau» sans toutefois dévoiler le moindre détail de cette petite merveille. Avant même que les discussions aient commencé, Erakat, qui n’est pas tombé de la dernière pluie, place ses pions pour que s’impose l’idée de la responsabilité de Netanyahou d’un éventuel échec des négociations.

On est donc bien dans une intense bataille de communication qui n’a rien à voir avec la discrétion exigée par des discussions sérieuses entre parties bien décidées à aboutir à un compromis. Pour cela il manque l’ingrédient majeur : la confiance, celle qui fait les bons traités, ceux qui harmonisent aussi bien les pensées que les arrière-pensées.