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A Paris, je vote Marie-Paule Belle!

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Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche d’une chanson porte-drapeau de l’esprit français qui fête ses 50 ans et en profite pour souhaiter un bon anniversaire à son interprète née en janvier 1946, notre candidate de cœur du Grand Paris…


En 1976, la disco étend son domaine d’influence sur toutes les stations de la planète. Impossible d’y échapper. La tenaille idéologique est là. L’heure est aux paillettes et aux sons synthétiques, à la danse solitaire et à la moiteur de discothèques. On se déhanche sur des musiques électroniques et on oublie, durant quelques nuits d’insomnie, les crises économiques. Il est bien difficile d’exister en dehors de cette pensée unique. Bientôt, la disco se fabriquera à la chaîne, en cascade, dans une répétition et un automatisme qui n’auraient pas déplu à Henry Ford. La musique sera dorénavant disco comme la purée lyophilisée se vendra en sachet dans les supermarchés. On n’arrête pas le progrès à marche. La modernité musicale passera en force s’il le faut, à coups de matraquage et de conditionnement. Les voix du marché sont impénétrables au doute, elles croient en leur pouvoir de transformer le microsillon en or. Elles déverseront leur surproduction jusqu’à épuiser le filon. En 1976, chaque matin, on ouvre sa radio et on tombe sur le langoureux « Love Hangover » qui donne des complexes à la ménagère, l’époque est à la libération des mœurs et à l’érotisation du quotidien. La libido est un produit de consommation courante. Ne pas participer à la grande bacchanale des sens est une faute politique. Quand ce n’est pas Diano Ross qui appelle au rapprochement des corps huileux, ce sont les Boney M qui réclament un certain « Daddy Cool ». Les Bee Gees nous conseillent de bouger sur la piste pour exhorter notre peur de l’avenir. Leur « You Should Be Dancing » s’illumine dans La fièvre du samedi soir sous les assauts rythmiques de Travolta. Même The Trammps nous prévient par son prophétique « Disco Inferno ».

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Face à ce rouleau mécanique d’une musique de masse, les voix discordantes se font discrètes. Elles longent les murs. La chanson française à textes hiberne dans les cabarets, en attendant des jours meilleurs. Sylvie se demande qu’est-ce qui fait pleurer les blondes et Mort Shuman réclame Papa-Tango-Charlie à la rescousse. Et puis est arrivée Marie-Paule Belle, la Niçoise aux cheveux frisés, regard de mésange rieuse, elle est de la famille des passereaux, sociable et mutine, franche comme le soleil du midi, spirituelle à la manière de ces provinciales qui ont dû se faire un nom et une place dans une capitale phagocytée par les fausses gloires. Marie-Paule nous est apparue dans les émissions de variété, seule derrière son piano, et encore un pas, derrière son micro. Originale dans une époque trop clinquante pour être respectable, cette brune piquante à l’intelligence poulbote, droite dans ses bottes, n’a pas regardé ailleurs, n’a pas copié les vieilles recettes, n’a pas singé les vedettes d’alors, n’a pas fait semblant ; Marie-Paule est restée fidèle à son art populaire, celui d’une chanson française ne faisant aucune concession sur la qualité des textes et ne se prenant pas pour une tragédienne évanescente. Sa dignité dans l’expression nous frappe encore plus aujourd’hui qu’hier. Sans intellectualisme dérisoire, sans ce snobisme de l’entre-soi, sans ce parisianisme moribond, sans la morgue des Artistes, Marie-Paule est restée elle-même, jouant une partition particulièrement raffinée. De haute volée.

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Presque trop délicate pour les âmes englouties dans la névrose. Celle de l’émotion et de la transmission, de l’humour fêlé à la déclaration de guingois, tout un monde, fin, drôle, léger et amer, évanoui sous la mitraille. Lorsqu’on écoute Marie-Paule, quelque chose de joyeux et d’un peu fissuré, de triste et de palpitant, d’entraînant et d’introspectif, une part de rêverie et d’abandon, de force aussi, ne serait-ce pas là, les interludes de la nostalgie, vient nous remplir totalement. Nous nourrir intérieurement. Marie-Paule n’est pas karatéka, cinéphile ou nymphomane, elle n’est pas non plus la chanteuse d’un seul standard « La Parisienne » créé avec ses complices, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia, elle est le visage d’une liberté et d’un ton, d’une civilisation. Elle sera au Théâtre de Passy du 19 au 31 mai pour son spectacle « Au revoir et merci ».

JO de Milan-Cortina: une cérémonie d’ouverture devrait toujours ressembler à ça!

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Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l’hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu’un chœur de femmes ne prît le relais pour achever l’Inno di Mameli au cœur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le drapeau italien avec une solennelle lenteur.

Harmonieux

Le temps s’est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenant vie sous nos yeux ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

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Evidemment, tout le monde a repensé alors avec douleur à l’obscénité sur Seine de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris et sa représentation de la Cène mettant en scène l’adipeux Philippe Katerine, et aussi sa Marie-Antoinette décapitée, et enfin Aya Nakamura rendue Immortelle par Thomas Jolly qui avait eu le mauvais goût de la planter dans le décor de l’Académie française. Le cheval métallique voletant par-dessus le fleuve, la vasque s’élevant dans les airs et l’interprétation magistrale de L’hymne à l’amour par une Céline Dion ressuscitée parvinrent à peine à atténuer le sentiment de gêne éprouvé devant un spectacle aux relents sataniques.

Belle entrée en matière

La France, pourtant, avait révolutionné la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en 1992 à Albertville, avec à la manœuvre Philippe Decouflé. Soudainement, il n’était plus uniquement question d’athlètes défilant derrière l’étendard national, mais aussi de tableaux mettant en scène des voltigeurs et en lumière les costumes des grands créateurs de mode. Tous les pays s’en inspirèrent ensuite, avec plus ou moins de réussite, et une mention spéciale à Londres en 2012.

Une cérémonie d’ouverture des JO devrait toujours combiner les vertus de l’olympisme et les charmes du pays hôte, vanter la discipline, l’esthétisme, la grandeur, l’effort, l’Histoire et ses héros, la Beauté, le combat loyal, un pays et ses terroirs, l’enracinement, les champions et leurs malheureux dauphins. Milan-Cortina a réussi son entrée en matière. Le cours du temps peut reprendre.

Cuba à l’agonie

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La question de la chute du régime cubain revient aujourd’hui avec une acuité particulière. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, au Venezuela, a en effet ravivé parmi la population cubaine un espoir longtemps étouffé, dans un contexte d’asphyxie politique et économique.


Sur le plan politique, la situation demeure inchangée à Cuba. Aucune forme de dissidence n’est tolérée. La moindre manifestation publique — qu’il s’agisse d’un rassemblement ou d’une simple pancarte — entraîne immédiatement une répression sévère. En revanche, la situation économique, déjà fragile, se détériore à un rythme accéléré. La pénurie de pétrole touche désormais tous les secteurs. Même dans les quartiers touristiques de La Vieille Havane ou dans celui des ambassades à Miramar, les ordures s’accumulent et ne sont plus ramassées régulièrement, faute de carburant pour les camions.

Des salaires dérisoires

Pour ceux qui disposent de devises étrangères, dollars ou euros, la pénurie est moins visible. Mais pour l’immense majorité de la population, dont les salaires oscillent au marché parallèle entre l’équivalent de six euros par mois pour un enseignant et trente euros pour un médecin ou un ingénieur, la situation est dramatique. À tel point que beaucoup de diplômés de haut niveau abandonnent leur profession pour se lancer dans des activités commerciales privées, désormais autorisées mais strictement encadrées.

Les « apagones » pourrissent la vie quotidienne

Le système de rationnement — la libreta — qui autrefois garantissait à chaque famille un minimum de produits de base, ne fonctionne plus. Les distributions sont inexistantes ou accumulent des mois de retard par rapport aux quotas théoriques.

Toutefois, ce qui affecte le plus la population — et pourrait déclencher une révolte — ce sont les apagones, les coupures d’électricité pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures quotidiennes à La Havane, à l’exception des zones touristiques et du quartier diplomatique.

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Pour ceux qui n’ont pas accès à des devises étrangères, la situation est jugée semblable voir pire — car tous les Cubains ne sont désormais plus logés à la même enseigne — que celle, très dure, de la « période spéciale » qui suivit l’effondrement de l’URSS. À l’époque, le régime avait dû se réorganiser en misant sur une légère ouverture au secteur privé et surtout sur le tourisme, qui lui assura pendant quatre décennies une source essentielle de revenus.

Aujourd’hui, même cette ressource s’épuise : les hôtels, construits en grand nombre, sont vides. Les tensions politiques, la médiocre qualité des services et la dégradation générale du pays expliquent cette chute du tourisme. Malgré la guerre en Ukraine, des vacanciers russes sont présents en grand nombre, mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur, en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les pénuries dans la santé

Le système de santé, autrefois fierté du régime, est lui aussi en état de délabrement avancé, faute de matériel médical et de médicaments de base. On ne trouve un produit aussi élémentaire que le paracétamol (Doliprane) que sous le manteau.

Surtout, outre la faible production locale, Cuba ne dispose plus que de trois sources de pétrole — le Mexique, la Russie et l’Algérie — dont aucun ne semble en mesure de compenser la défaillance du Venezuela, autrefois premier fournisseur en échange de l’envoi de centaines de médecins cubains. De longues files de voitures s’accumulent devant les rares stations-service approvisionnées où l’on paye uniquement en dollars.

Les pharmacies sont vides

La figure ambiguë de Donald Trump

La figure du président américain Donald Trump occupe une place centrale dans les discrètes conversations privées avec des étrangers. Le régime a reconnu la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Maduro, les présentant comme des héros. Pourtant, une partie de la population souhaite une intervention militaire américaine, dans une relation ambivalente. D’un côté, les sanctions américaines — sur le pétrole, les banques et les plateformes de réservation même pour des non-Américains — contribuent aux coupures d’électricité et aggravent la vie quotidienne. De l’autre, beaucoup ne semblent pas en tenir rigueur au président américain, attribuant la responsabilité exclusive des pénuries et de la vie chère au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.

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Une petite partie des gens âgés continue toutefois de vouer un attachement quasi mystique à Fidel Castro, mais pas à son frère Raúl, ni aux dirigeants actuels. Ce sentiment est cependant loin d’être majoritaire chez les retraités, qui touchent des pensions de six à dix euros par mois et sont souvent obligés de chercher un petit boulot même à un âge très avancé…

Vendeurs dans les rues…

Jusque quand ?

Si elle en avait l’intention, la Chine — qui dispose à Cuba de bases de surveillance des télécommunications américaines — pourrait tenter de sauver le régime, mais elle ne semble pas disposée à s’engager fortement, ni à provoquer les États-Unis à quelques encablures de leurs côtes. À La Havane, la question est de plus en plus de savoir non pas si le régime tombera, mais quand, et surtout par quoi il sera remplacé. À moins que les dirigeants cubains ne trouvent un accord — mais sur quelles bases ? — avec le maître de Washington.

En attendant, la population souffre et les magnifiques façades néocoloniales du mythique Malecón, le bord de mer envahi par les flots à chaque marée, s’écroulent peu à peu, à l’image du régime.

Un pédophile peut en cacher un autre

Certains observateurs regrettent que la divulgation des fichiers Epstein éclipse un peu les révélations sordides sur les agissements de Pierre-Alain Cottineau.


Hasard du calendrier, deux affaires de pédophilie, l’affaire Epstein et l’affaire Cotineau, occupent les médias depuis une semaine. Deux affaires que tout oppose par ailleurs, ou presque. La première implique un milliardaire, ami des puissants. Elle se déroule dans des villas de luxe et des îles privées. La seconde a un cadre beaucoup plus banal et rural. Son protagoniste est un minable ancien candidat Insoumis, une brebis galeuse comme on en trouve dans tous les partis.

Donald Trump : arroseur arrosé

Une autre différence saute aux yeux. Les faits dont on soupçonne Cottineau sont, dans l’échelle de l’horreur, mille fois plus abjects que les crimes commis par Epstein. Non seulement en raison de l’âge des victimes supposées (celles d’Epstein étaient des adolescentes, celles de Cotineau, des bambins). Mais aussi parce que certains détails de l’affaire Cotineau sont tellement monstrueux que le lecteur, probablement pour éviter un trop grand choc psychologique, a d’abord pour réflexe de douter de leur existence avant de regarder les preuves en face, qui donnent envie de vomir. L’affaire Epstein ne donne pas le même sentiment. Elle est, hélas, moins surprenante.

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Reste une question. Pourquoi les médias parlent-il bien davantage d’Epstein ? Il faut reconnaître que la réponse ne tient pas seulement au nombre de people mouillés, de nature à exciter le voyeurisme de masse, ni à la religion du coupable numéro un, qui fait la joie mauvaise du public antisémite. Il y a aussi la conduite de Trump, qui s’est servi à fond de cette histoire pour se faire réélire en expliquant qu’elle accablait les Démocrates. S’il n’avait pas fait de l’affaire Epstein un sujet de campagne, elle ne serait pas devenue un fait politique. Et les « files » seraient restés consignés dans le secret de l’instruction.

Jack Lang en sursis à l’IMA

A contrario, si trois millions de documents relatifs au dossier Epstein (sur six millions en tout) n’avaient pas été rendus consultables par tout un chacun sur Internet, le seul vrai nouveau salaud démasqué, l’éminence travailliste britannique Peter Mandelson, aurait peut-être échappé à l’enquête qui vient d’être déclenchée dans son pays au sujet de ses divulgations présumées de secrets ministériels. Car il n’est pas certain que la justice américaine aurait transmis à son homologue britannique les éléments concernant cet ancien commissaire européen.

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Jack Lang, lui aussi aussi, dormirait plus tranquille. Il ne serait pas convoqué par le Quai d’Orsay et une enquête du Parquet national financier n’aurait pas été ouverte contre lui. Il faut évidemment souhaiter que les juges creusent autant que possible cette histoire de société offshore aux Iles vierges américaines. Et on ne saurait que se réjouir d’une démission de l’Institut du monde arabe. Mais rien de cela ne rend pour autant plus agréable la petite musique jouée par bon nombre de ceux qui  se déchaînent contre Jack Lang à présent. Faisant dire aux “files” ce qu’ils voudraient qu’ils disent, ils estiment pouvoir traiter, à mots plus ou moins couverts, l’ancien ministre de la Culture de pédophile. Si peu estimable soit l’intéressé, il faut dire ici de la façon le plus claire qu’aucun élément n’existe dans le dossier Epstein qui permette d’avancer de telles accusations.

L’Histoire par le menu

Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif


Voilà le livre que tout amateur d’histoire et de gastronomie attendait depuis l’invention du feu et de l’écriture. Le temps est une histoire de cuisine, et assaisonné par Jonathan Siksou, l’exercice vire à l’épopée. Une cavalcade pantagruélique, dont certaines scènes semblent inspirées d’un tableau de Jérôme Bosch, ainsi cet ânon farci d’anguilles fumées et de petits oiseaux que refusa de manger le bon roi Dagobert par esprit de pénitence, ou la recette de la « sarraginée », l’une des premières écrites depuis Apicius, en 1306, « anguille frite, pain, sucre, vin, verjus, le tout bouilli ensemble et additionné de cannelle, lavande, girofle et autres épices ». À l’époque, les évêques sortent des noces le ventre « tendu comme celui d’une femme près d’accoucher ». Que dis-je, à l’époque

Camus disait du journaliste qu’il était l’historien de l’instant. Siksou serait l’historien de l’instinct ; celui qui nous pousse à nous asseoir à table trois fois par jour, sans songer combien le simple acte de se nourrir a bouleversé les destinées du monde. L’auteur s’attache donc ici à rendre à Taillevent ce qui lui revient, dans un style limpide, enlevé, avec un léger sourire entre les lignes. L’incipit du premier chapitre consacré au repas que Saint Louis offre à Henri III d’Angleterre à Paris, du 9 au 11 décembre 1254 (les banquets duraient trois jours d’affilée), est d’une merveilleuse simplicité : « Louis IX vient de passer quelques années difficiles. » Imaginez la phrase prononcée avec gourmandise par Fabrice Luchini. Des années difficiles ? Parti en croisade en 1248 pour reprendre le tombeau du Christ aux infidèles, il est capturé en Égypte l’année suivante, ses chevaliers sont morts de fièvres et de dysenterie, et c’est un souverain chauve et amaigri qui revient en France cinq ans plus tard, après avoir erré, en simple pèlerin, sur les routes de Palestine. Mais quand on s’appelle Saint Louis, on ne se laisse pas abattre. Il offre à son beau-frère Henri III (un petit monde) des ripailles dantesques : « sur de grands plats, on apporte des rôtis gigantesques, veaux, chevreuils, cerfs, sangliers servis entiers, cernés d’oies, de perdrix, de coqs de bruyère », le tout arrosé de vins parfumés à l’absinthe, à l’aloès, au girofle, mais « les vins considérés comme les meilleurs étaient déjà ceux de Bourgogne », le tout en musique, messieurs, dames.

Les plats descendent du plafond et les musiciens jaillissent des pâtés

Pourquoi seulement vingt repas et pourquoi ceux-là plutôt que d’autres ? Parce qu’ils bénéficient tous d’une documentation étayée. « On connaît leur date, le lieu, le menu, la diversité de leurs mets et la nouveauté de leurs recettes. » Nouveauté, dites-vous ? Prenons place à la table du duc de Bourgogne, à Lille, ce 17 février 1454. La guerre de Cent Ans s’achève à peine et Philippe le Bon s’apprête à partir en croisade contre les Ottomans. Cette décision se fête par un banquet, celui du « Vœu du Faisan », sans doute l’un des plus fastueux et exubérants de toute l’histoire de France. Le faste de la cour de Bourgogne n’a alors aucun équivalent en Europe, et peut-être dans le monde. Pour préparer l’événement, le duc mande peintres, musiciens, orfèvres et poètes, mais aussi menuisiers, verriers, horlogers, inventeurs d’automates… et évidemment cuisiniers, sauciers et rôtisseurs. Imaginez quatre services de quarante-quatre plats chacun, des plats descendant du plafond par des poulies, vingt-huit musiciens et leurs instruments jaillissant de pâtés comestibles, des chariots ornés d’or et d’azur (« quatre hommes étaient nécessaires pour pousser chacun d’eux »), tandis que dans les âtres du palais ducal les bœufs, veaux et moutons cuisent entiers ! « Un spectacle total, une salle en mouvement continu. » Philippe le Bon met en scène son pouvoir quasi illimité, mais la croisade ne sera jamais menée.

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Ce luxe de détails suppose un travail de recherche étourdissant. Où on apprend pêle-mêle que Clovis raffolait tant des œufs durs qu’il en fit une indigestion un jour de carême, et que, dans la loi salique en vigueur sous son règne, « un homme jugé responsable de la mort accidentelle d’un vigneron devait s’acquitter d’une amende deux fois plus élevée que celle prescrite pour le décès malencontreux d’un laboureur ou d’un berger ». Gloire au génie français ! Jonathan Siksou a épluché archives et livres de comptes ; ainsi en l’an 1520, au Camp du Drap d’or, les cours de François Ier et de son homologue britannique consommèrent en dix-sept jours quelque 6 000 moutons et agneaux, 800 veaux, 300 bœufs, 66 000 litres de bière, 200 000 litres de vin et qu’il en coûta l’équivalent de 2,5 millions d’euros à la cour de France. Il en profite au passage pour réhabiliter Catherine de Médicis (contre Dumas et Balzac tout de même), évoque l’apparition des salades à la cour d’Henri IV, « nappées d’un mélange de confiture, de moutarde, de citron et de safran » et révèle le secret de la poule au pot. On retrouve avec gourmandise les festins immanquables, tel celui de Vaux-le-Vicomte qui provoqua la disgrâce de Fouquet le 17 août 1661 et celui que donna Paul Bocuse à l’Élysée le 25 février 1975, à l’occasion de sa remise de la Légion d’honneur. Je ne dévoile pas tout ici, tant le récit regorge d’anecdotes, de détails et de faits de table. Nul secret de cuisine n’aura résisté à l’enquête minutieuse de l’auteur, à l’exception du dîner servi par Napoléon III à la reine Victoria, à Versailles le 25 août 1855 : même un responsable des archives royales de Windsor a dû avouer sa défaite. Un vrai coup de Trafalgar.

Il est des livres qui donnent faim, celui-ci rassasie sans étourdir, et votre serviteur s’est surpris à rêver de mille-feuilles temporels et de voyages dans le temps – Bocuse et sa toque sur mesure (qui dépassait les autres de quinze centimètres) s’en allant prêter main-forte à Vatel, lui sauvant la vie ! Brillat-Savarin disait que la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. Doit-on s’inquiéter d’être devenus les deuxièmes consommateurs de burgers au monde, derrière les États-Unis ? Les Français, note Siksou, détiennent un autre record : celui du temps passé à table. Et chaque jour, en mijotant ses plats, en dressant ses assiettes, chacun d’eux ajoute sa page à notre roman national. Parions donc que longtemps encore, l’âme française continuera de triompher en festins.

À lire

Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou, Perrin, 2026.

Qui débloquera la sortie de secours des enfers socialistes?

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Juges, normes et baleines : le chœur des vierges antitrumpiennes passe en édition spéciale permanente


La scène la plus hilarante du Soulier de Satin de Paul Claudel se passe au milieu du XVIème siècle et de l’Atlantique. Deux universitaires de Salamanque envoyés en mission par le roi d’Espagne pour mettre un peu d’ordre conceptuel à l’Amérique, cet étrange continent récemment surgi des eaux, aperçoivent une baleine qui nourrit son baleineau. Scandale pour la raison ! Un poisson qui fait téter un autre poisson ! Aristote n’a jamais prévu pareille absurdité, la réalité doit rendre des comptes aux professeurs de Salamanque ! Bref, l’Amérique se révèle scandaleuse et inconvenante avant même qu’on n’y pose le pied.

Pétrifiés !

La baleine de 2026 se nomme Donald Trump et elle stupéfie toujours autant les Européens. Ceux-ci avaient cru atteindre le sommet de la civilisation en se créant un univers de règles, de juridictions nationales et internationales, de politesses et de bonnes conduites, tout ça à respecter sous peine d’être foudroyés par ces nouveaux dieux, les Juges. C’était une véritable rupture anthropologique : l’Europe avait créé l’homo sapiens regularis pour qui tout relève d’une norme, depuis les insecticides pour noisetiers jusqu’à la guerre ou la paix entre nations. La vie avait perdu toute fraîcheur, toute fleur de nouveauté. Et voilà que surgit aux Etats-Unis un président incompréhensible, pour qui la politesse, la bienséance, le déjà-vu, le déjà-connu ne valent rien ! Les pauvres Européens restent pétrifiés devant ce phénomène et le “condamnent avec la plus grande fermeté” comme on dit en langue de bois macronienne.

On condamne surtout en France, patrie de l’antiaméricanisme primaire où 80% des journalistes sont de gauche, selon l’approximation de Pascal Praud. Il est délectable d’écouter, de C dans l’air à LCI et ailleurs le chœur des vierges antitrumpiennes déployer ses trésors de rhétorique pour le critiquer quoi qu’il fasse. Envoie-t-il la police anti-immigration à Minneapolis ? Aussitôt Jean Quatremer de Libération nous explique que l’Amérique est devenue fasciste et que le grand blond peroxydé est la réincarnation du petit Duce brun. Retire-t-il cette police de Minneapolis ? La chorale le traite de dégonflé, et oublie de dire que finalement il n’est pas si fasciste que cela et que les Etats-Unis restent une démocratie.

Iran : record du monde !!

Parmi les antitrumpistes les plus véhéments des plateaux télé, on voit beaucoup de généraux et colonels français. Ceux-ci critiquent impitoyablement tous les efforts militaires américains et en arrivent toujours à la même conclusion : il ne faut surtout rien faire. Désagréable révélation, avec de pareils guerriers la débâcle de 40 a de l’avenir devant elle. J’estimais le général Yakovleff, intraitable sur le soutien à l’Ukraine. Voilà qu’il s’avise de dire que l’Iran n’est pas un problème existentiel pour la France : sans doute que les attentats commandités en France par les mollahs n’ont jamais existé et que notre pays doit se désintéresser de la survie d’Israël ? Par ailleurs, ce général et ses collègues pacifistes ne disent jamais un mot des menaces existentielles venues du sud. Le même Yakovleff ajoute que s’il fallait attaquer “tous les régimes qui puent des pieds, on n’en finirait pas !”. Il oublie que le régime iranien est le seul sur terre à proclamer qu’il veut exterminer un pays voisin et bat tous les records de nuisance nationale et internationale.

A écouter 🎙️ Etats-Unis: résistance civique ou insurrection?

Un homme aussi universellement détesté en France, de Jean-Luc Mélenchon  à Jordan  Bardella, ne saurait être un mauvais bougre. Il est grand temps de rédiger La Diplomatie de Donald Trump pour les Nuls, ouvrageque tous les éditeurs ne manqueront de se disputer. Petite remarque liminaire que personne n’a faite : cet homme a un rictus de souffrance chaque fois qu’il évoque les morts à la guerre, qu’ils soient Ukrainiens, Russes, ou d’ailleurs. Toutes ces jeunes vies fauchées l’attristent et le scandalisent personnellement. 52 soldats français sont morts en Afrique sans aucun résultat, et je ne pense pas que leur souvenir trouble le sommeil des deux derniers présidents de la République. L’apitoiement de Trump sur ces milliers de jeunes morts ne cadrant pas avec son image de milliardaire sans cœur, on ne le voit pas.

L’audace

La diplomatie trumpienne n’est pas l’œuvre du seul président, elle s’appuie sur des équipes très techniques et formées, mais elle repose surtout sur une qualité essentielle du chef : l’audace. Qualité disparue en Europe, écrasée par les sacro-saintes normes,  qualité qui existe pourtant dans notre patrimoine culturel, puisque “Audaces fortuna juvat”, “le Destin aide les audacieux” selon la formule romaine. Leur République fut ravagée au premier siècle avant J-C par de terribles guerres civiles, mais un général audacieux refusa la norme imposée aux chefs de retour de guerre de ne pas franchir le Rubicon avec leurs troupes. Cet homme, que critiquèrent vertement Jean-Michel Apathie, le général Yakovleff et le chœur des vieilles dames dignes de C dans l’air, s’appelait Jules César. Il s’élança vers Rome avec ses troupes et mit en place les bases d’un empire qui dura jusqu’en 476 en Occident et 1453 en Orient, excusez du peu.

Quatre caractéristiques marquent la diplomatie trumpienne. La première est l’énormité de la menace : demander le plus pour avoir le moins, base de l’Art du Deal. Parexemple,je conquiers le Groenland par les armes si vous ne me le donnez pas. A une journaliste qui se moquait de la reculade trumpienne qui suivit, Alain Bauer répliqua qu’il avait obtenu l’extraterritorialité totale des bases américaines, l’exploitation des terres rares et d’autres avantages visant à éloigner de ces rivages les mangeurs d’enfants ukrainiens. La Guerre du Groenland n’a pas eu lieu.

Seconde caractéristique : le changement ultra-rapide d’objectif. Ce changement n’est pas un abandon, mais une diplomatie de jongleur qui envoie les problèmes brûlants en l’air les uns après les autres et les récupère quand on ne s’y attend plus. Toute contrattaque s’en trouve désarçonnée. Le 28 janvier, notre foudre de guerre national reçoit à l’Elysée les Premiers ministres danois et groenlandais pour leur témoigner son soutien. Mais le train de l’histoire conduit par le cheminot Trump est déjà reparti ailleurs, vers la flotte américaine de l’océan Indien. Notre président reste sur le quai de la gare avec ses invités, ses valises et ses désirs narcissiques d’avoir l’air important.

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Troisième caractéristique, l’effet diagonal. Le président Maduro s’envole dans les airs pour un long séjour à New York, le président Poutine ne peut s’empêcher de penser à l’hypothèse, même infime, de son envol dans le ciel de Moscou à destination d’une geôle américaine. Les immigrants illégaux sont férocement pourchassés aux Etats-Unis, tous les latinos qui rêvaient de Brooklyn vont plutôt penser à développer leur Bolivie ou leur Guatemala et à les rendre plus sûrs. Pendant ce temps, l’Afrique subsaharienne rêve à la Carte Vitale et à l’accueillant hexagone, où on arrivera bien à caser un ou deux milliards de migrants.

Le président déchu du Venezuela, Nicolás Maduro [et son épouse, Cilia Flores], arrivent à l’héliport de Wall Street, dans l’arrondissement de Manhattan à New York, afin d’être transportés pour comparaître devant un tribunal new-yorkais le lundi 5 janvier 2026. Ils doivent être inculpés dans le cadre d’un acte d’accusation pour narcoterrorisme émis à leur encontre par le gouvernement des États-Unis © Kyle Mazza-CNP/DPA/SIPA

Quatrièmement : là où éclate le génie trumpien de la diplomatie, sans doute un mixte entre les intuitions du chef et les calculs des eggheads du Pentagone, c’est dans ce qu’on pourrait appeler la subversion par promesse d’enrichissement ou le triomphe moral du capitalisme. Une parenthèse nécessaire : les pires régimes politiques de l’histoire humaine, ceux qui oppriment le plus atrocement les malheureuses populations qui leur sont soumises, sont apparus au milieu du XXème siècle et semblent aujourd’hui inexpugnables. Ce sont les tyrannies socialisto-mafieuses (ou par exception islamistes) qui se présentent comme issues d’une révolution (il ne sert donc à rien de se révolter, c’est déjà fait). Elles ont trouvé la formule absolue du pouvoir éternel : embrigader une grande partie du peuple (10 à 15% de combattants bien entraînés avec leurs familles), les armer jusqu’aux dents et les gaver de bonne nourriture. Pour tous les autres, faim et oppression absolue. Le modèle parfait de ce système indéboulonnable est la Corée du Nord : une petite nomenklatura logée à Pyongyang s’empiffre, la main serrée sur des armes qu’elle pointe sur les foules faméliques des campagnes. J’insiste sur la faim : j’ai séjourné assez longuement à la Havane, et je revois ces tristes files d’attente à la moindre promesse d’un pauvre burger de pain rassis et de pâté pour chien. Et si on s’illusionne encore sur la liberté à Cuba, relire Avant la Nuit de Reinaldo Arenas, toujours valable. Les Iraniens sont descendus dans la rue le jour où ils n’ont plus pu acheter le riz quotidien de leurs enfants, les Parisiens sont allés chercher Louis XVI à Versailles quand ils n’ont plus eu de pain. Le rôle de la faim dans l’Histoire est trop souvent ignoré.

Subversion

Ces tyrannies s’appuient aussi sur un usage illimité de la terreur : prisons infernales, procès truqués, tortures et pendaisons en veux-tu en voilà, à Téhéran, la Havane, Caracas ou Pyongyang. La Chine et la Russie sont en marche vers ces modèles de socialisme accompli, mais il leur manque çà et là quelques caractéristiques. Rappelons quand même que les prisons chinoises sont des bagnes d’où s’échappent parfois de petits billets d’appel au secours cachés dans la camelote que fabriquent les captifs pour l’exportation. Avis aux Français : la social-démocratie est un leurre absolu et, malgré les apparences, il y a un toboggan d’Olivier Faure à Kim Jong-Un.

A lire ensuite, Didier Desrimais: Nova is the new Inter

On croyait de tels régimes indestructibles. Mais grâce au Venezuela, Donald Trump et ses stratèges ont peut-être trouvé l’issue de secours de ces enfers dégoulinants de feu et de larmes, une issue qu’on pourrait appeler la subversion capitaliste. Simple, mais il fallait y penser. La transformation de Gaza en Côte d’Azur pleine de casinos et de palaces a fait beaucoup rire. L’idée y est pourtant en germe. Il est inutile, coûteux et improductif de faire entrer des troupes pour détruire ces régimes socialisto-islamisto-mafieux. Echec en Irak et en Afghanistan, on n’y reprendra plus les Américains. On va procéder autrement : on coupe d’abord la tête du serpent, on enlève Maduro dans le ciel de Caracas. On laisse s’installer une vice-présidente plus accommodante, on lui permet de célébrer encore le chavisme et ses bienfaits qui ont fait du libre et prospère Venezuela un stalag d’affamés. Mais on installe une ambassade américaine pour donner quelques conseils d’ami à la vice-présidente, par exemple laisser revenir les compagnies pétrolières américaines, seules à même d’enlever le soufre du pétrole vénézuelien. Cela permettra à terme de remplir toutes les poches du pays, pas seulement celles d’une étroite nomenklatura. On conseille aussi à la vice-présidente de relâcher les prisonniers politiques. Au début elle a entrouvert les portes, maintenant elle les élargit. Le Venezuela va discrètement devenir un protectorat américain sous un masque marxiste. Amusant.

Ce changement est une œuvre de longue haleine que ne voit pas le chœur des vierges antitrumpiennes, ravies de croire que l’enlèvement de Maduro n’a servi à rien. La tactique de l’enrichissement, cette promesse d’âge d’or faite en termes messianiques par Trump lors de son installation à la Maison-Blanche, vise toute la planète. Et un jour, la dernière balle du jongleur atteindra Poutine en plein front, en vertu des effets diagonaux. Déroutante leçon donnée par oncle Donald, une leçon qui fera verser bien des larmes et remplira bien des poches : le socialisme emprisonne et le capitalisme libère.

Avant la nuit

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Cioran, un portrait


« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » ; « Ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent ! » ; « A vingt ans, je n’avais en tête que l’extermination des vieux ; je persiste à la croire urgente mais j’y ajouterais maintenant celle des jeunes; avec l’âge on a une vision plus complète des choses ». Emil Cioran est l’auteur de quelques-uns des aphorismes les plus marquants et les plus définitifs de la langue française, faisant de lui un lointain descendant de La Rochefoucauld et de Chamfort, un petit-neveu (ingrat) de Paul Valéry. Dans Cioran ou le gai désespoir, Anca Visdei, qui a elle-même fui la Roumanie de Ceausescu pour Lausanne en 1973 propose le vrai premier portrait de l’archange du désespoir.

De l’inconvénient d’être né roumain

Cioran n’est même pas tout à fait né roumain, mais hongrois, dans les marges d’un empire, en 1911, qui n’en a plus pour très longtemps. Avec la forte conscience d’appartenir à une ethnie qui pour le moment n’a pas accompli grand-chose. « La Roumanie est une apparition éphémère sur la scène de l’Histoire, c’est un pays de roublards et de résignés. Bucarest ? Une « clique de sceptiques dégoûtants » qu’il faut mettre en prison, des « âmes pourries et sales dans lesquelles s’est écoulé ce qu’il y a de plus vil en Orient » » La Roumanie est à Cioran ce que la Belgique est à Baudelaire. A la différence que lui est Roumain ! L’avantage, toutefois, quand les aînés n’ont rien fait de grand, c’est que la jeune garde sait qu’elle a tout à faire. C’est ainsi qu’apparut la Jeune génération roumaine autour de Mircea Eliade, d’Eugène Ionesco, mais aussi Mihail Sebastian, auteur d’un journal qui relate la folle montée de l’antisémitisme en Roumanie dans les années 30 et 40. Un antisémitisme auquel Cioran ne restera pas insensible. Installé quelques temps en Allemagne, il tombe sous le charme du grand délire collectif à l’œuvre, de l’hystérie des meetings nazis où les « effets d’oriflammes, foules fraternelles, hurlements unanimes, montées d’adrénaline » font office de puissant antidépresseur et même d’euphorisant efficace contre son désespoir. Retourné au pays, ses illusions à l’égard de l’Allemagne nazie redescendent. En février 1935, il admet que l’idéologie national-socialiste est bornée, que la littérature hitlérienne est illisible, que le niveau intellectuel de l’Allemagne est bas et que le national-socialisme est un attentat contre la culture. Cela ne l’empêche pas de se compromettre avec l’équivalent roumain des nazis, la Garde de fer, un temps dirigé par le fanatique Codreanu, à qui Cioran rendit un hommage délirant à la radio. Quand les Allemands occupèrent la Roumanie, ils n’eurent pas besoin de se charger du massacre des juifs : les locaux s’en chargèrent eux-mêmes. Pendant la « rébellion » du 21 au 23 janvier 1941, véritable version roumaine de Nuit de cristal, les légionnaires de la Garde exécutent à Bucarest cent vingt-cinq juifs. Matatias Carp, avocat de Bucarest et témoin oculaire, raconta : « Ils ont été tondus au sécateur. Après leur avoir pris argent, documents, stylos, bijoux, alliances comprises, on leur a fait ingurgiter un mélange de sel de magnésie, pétrole, essence et vinaigre. On les a laissés dans une cave sans toilettes alors qu’ils étaient en proie à des vomissements et diarrhées. Ils ont été battus et pendant deux jours et deux nuits, obligés de signer des lettres de suicide ».

Simone, Boué de sauvetage

En juin 1940, Cioran se trouve être à Paris, où il croise de nouveau les Allemands. Il peut s’adonner à sa passion pour le vélo dans une capitale presque déserte : « Pendant l’Occupation, je roulais autour de la place de la Concorde et j’avais l’impression qu’un vélodrome entier était à ma seule disposition, et juste au centre de Paris. Et quel vélodrome ! Je ressentais ce fait comme une ivresse ». A deux doigts d’affirmer que « jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande ». Bientôt, il s’installe définitivement en France, se met à la langue française et développe « un amour vache » pour celle-ci. C’est simple : à ses yeux, la Roumanie avait favorisé son hystérie ; la France, en revanche, l’aurait rendu neurasthénique. La culture française manquerait de tripes. Mais la langue française lui va « comme une camisole de force va à un fou ». Il se met en tête d’écrire mieux que les Français eux-mêmes. Tant pis si des aphorismes entiers sont en réalité des citations piochées, sans guillemets, chez la marquise du Deffand. Cioran se sert chez les grands moralistes. En revanche, il évita de multiplier les entretiens filmés, trop complexé par son accent étranger. Dans ses années françaises, un personnage permit à l’écrivain d’organiser son existence chiche sous les combles de Paris. Une véritable femme pot-au-feu, comme on en trouve chez Huysmans, dont les parents, restés au pays, n’entendirent jamais parler. A Paris, Cioran vit longtemps comme un étudiant raté. A quarante ans, il est un jour convoqué par l’université qui lui annonce la fin des tarifs préférentiels au foyer des étudiants, la limite d’âge étant normalement de vingt-sept ans. Un événement vécu comme un cataclysme : « Tous mes projets, tout mon avenir se sont écroulés ce jour-là ».

Cioran n’est pas présenté comme un philanthrope dans la biographie, ce dont on aurait pu se douter. Pas un ami des femmes non plus, ni un Roumain de faible secours pour ses compatriotes restés sous le joug de Ceausescu (même si toute la diaspora défile dans son appartement). Les aphorismes de Cioran auraient-ils été meilleurs s’il avait été un brave type, toujours prêt à aider la voisine ? Le personnage est restitué dans toute sa noirceur, sans le filtre de l’humour, « politesse du désespoir » qui apparaît, si on la cherche bien, dans l’œuvre. La biographie revient sur son mauvais rôle dans l’affaire Matzneff, où Vanessa Springora a rapporté les propos du Valaque : « G. est un artiste, un très grand écrivain, le monde s’en rendra compte un jour. Ou peut-être pas, qui sait ? (…) C’est un immense honneur qu’il vous a fait en vous choisissant. Votre rôle est de l’accompagner sur le chemin de la création, de vous plier à ses caprices aussi. […] Mais souvent les femmes ne comprennent pas ce dont un artiste a besoin. […] Sacrificiel et oblatif, voilà le type d’amour qu’une femme d’artiste doit à celui qu’elle aime ». Est-on obligé de tout croire dans cette scène ? Cioran se serait-il laissé appeler Emil (prénom de garçon coiffeur selon ses dires, qu’il détestait, au point de l’évacuer de ses ouvrages) par une jeune fille de quinze ans ? Ce que l’on sait à la sortie de la lecture de la biographie d’Anca Visdei, on le pressentait avant de l’avoir lue : 397 pages d’un effort de vérification plutôt plaisant, nonobstant quelques piques dispensables.

Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

Après neuf ans de procès, Philippe Karsenty a été condamné pour diffamation. La justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation. Ses deux avocats reviennent sur un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique.


Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publie sur le site Media-Ratings, l’agence de notation des médias qu’il a créée quelques mois plus tôt, un article intitulé « France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », accusant la chaîne d’avoir diffusé un « faux reportage », une « imposture médiatique » basée sur une « série de scènes jouées ». Il explique que son but, en publiant ce texte, est d’être poursuivi pour lancer le débat, jusqu’alors interdit, sur le reportage contesté. Objectif atteint puisque France 2 et son correspondant à Jérusalem l’attaquent en diffamation.

Pourquoi est-ce Media-Ratings qui est poursuivi et non d’autres médias tels que le Wall Street Journal, le New York Sun ou The Atlantic Monthly, qui ont déjà publié de telles accusations ? Peut-être parce que Karsenty paraît plus faible et moins armé pour se défendre.

Après neuf ans de procès, cassation de l’arrêt précité et décision de la cour d’appel de renvoi, Philippe Karsenty est condamné le 26 juin 2013 pour diffamation… et à payer 10 001 euros aux plaignants. Cette condamnation signifie-t-elle que le reportage de Charles Enderlin était authentique ? L’analyse des décisions de justice liées à cette affaire permet d’en douter. Retraçons-les pas à pas.

Septembre 2006 : procès à la 17e chambre du tribunal de grande instance (TGI) de Paris

Devant les juges, Karsenty présente des preuves et des expertises avant de faire citer des témoins qui ont déjà vu les fameux rushes de France 2 au centre de cette affaire : Luc Rosenzweig, ancien rédacteur en chef au Monde, l’historien Richard Landes et le psychanalyste Gérard Huber qui avait publié dès janvier 2003 un livre au titre explicite –Contre-Expertise d’une mise en scène – sans jamais avoir été poursuivi.

Pour sa part, l’avocat de la partie civile répète tout au long de l’audience que « France 2 et Charles Enderlin sont au-dessus de tout soupçon » et que « leurs réputations suffisent à les préserver des critiques ».

A lire aussi, Philippe Karsenty: Affaire Al-Durah: « le plus grand faux antisémite de notre génération »

La procureure de la République demande la relaxe de Karsenty, jugeant ses « critiques soigneusement réfléchies et argumentées » et ses accusations étayées par une « offre de preuves convaincante, sans être parfaite » au terme d’une « enquête ni bâclée, ni partiale ». Elle reproche ensuite « à France 2 de ne pas avoir produit les 27 minutes de rushes qui auraient été une pièce maîtresse ». Ses réquisitions s’achèvent ainsi : « C’est sur les parties civiles, à l’origine de la plainte, que pèse la charge de la preuve des allégations avancées. J’éprouve un sentiment de déception, de frustration en raison de la non-présentation des rushes. »

Le 19 octobre 2006, le TGI condamne Philippe Karsenty en diffamation pour avoir « porté des allégations ou imputations de faits portant atteinte à la considération » des plaignants.

Philippe Karsenty interjette appel de cette condamnation.

Septembre 2007-mai 2008 : un appel en trois actes

Le procès en appel commence le 19 septembre 2007, mais s’interrompt lorsque la présidente de la 11e chambre de la cour d’appel de Paris, Laurence Trebucq, demande aux plaignants de fournir les vingt-sept minutes de rushes qui, selon eux, prouvent la véracité de leur reportage.

Un premier arrêt « avant dire droit » est rendu le 3 octobre 2007. Les parties sont convoquées le 14 novembre 2007 pour le visionnage des fameuses images en présence de journalistes du monde entier. Au lieu de présenter les vingt-sept minutes attendues, France 2 n’en produit que dix-huit qui, au demeurant, ne montrent rien qui accrédite la version de Charles Enderlin : nulle séquence d’agonie, mais plutôt une multitude de scènes jouées confirmant les descriptions de tous ceux qui les ont déjà visionnées et décrites.

La dépêche de l’AFP du 14 novembre 2007 se conclut ainsi : « Alors que le reportage se terminait sur une image de l’enfant inerte, laissant à penser qu’il était mort à la suite des tirs, dans les rushes, on voit, dans les secondes qui suivent, l’enfant relever un bras. C’est un des éléments qui poussent M. Karsenty à affirmer qu’il y a eu mise en scène. Contrairement à ce qu’a déclaré Charles Enderlin, les rushes ne contiennent aucune “image insupportable” de “l’agonie de l’enfant”. »

Les plaidoiries se déroulent le 27 février 2008. Au cours d’une audience de plus de sept heures, chaque partie présente ses images, ses arguments et ses pièces.

Le 21 mai 2008, la cour d’appel relaxe Philippe Karsenty. Elle affirme que « Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information ». Or, « l’enquête de Philippe Karsenty fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre du reportage, soit que Charles Enderlin ait présenté à tort les tirs mortels comme délibérés, en provenance des positions israéliennes, soit que les images de la mort du jeune Mohamed al-Durah, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée par le journaliste ». L’arrêt évoque « les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions du tournage », puis rappelle « les réticences persistantes de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman » ainsi que « l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant ».

France 2 et Charles Enderlin se pourvoient en cassation.

28 février 2012 : la cassation

En novembre 2011, l’avocat général près la Cour de cassation recommande le rejet du pourvoi en cassation.

Trois mois plus tard, l’arrêt du 21 mai 2008 de la cour d’appel de Paris est cassé et les parties, renvoyées vers une nouvelle cour d’appel.

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Selon la Cour de cassation, en vertu des règles très strictes qui gouvernent la loi sur la presse, la cour d’appel de Paris n’était pas juridiquement fondée à ordonner aux plaignants de montrer ses vingt-sept minutes de rushes. En revanche, les éléments juridiques de la bonne foi de Philippe Karsenty – qualité de l’enquête, absence d’animosité personnelle, légitimité du but poursuivi, prudence et mesure dans l’expression – ne sont pas remis en cause.

Il s’agit donc d’une cassation technique, procédurale qui ne remet pas en cause l’analyse des images effectuée par Philippe Karsenty. Lequel réagit ainsi : « L’arrêt de la Cour de cassation démontre toute l’absurdité du système. Je maintiens que le reportage de France 2 constitue l’une des plus grandes supercheries médiatiques de ces dernières années et tout ce que la justice trouve à nous répondre, c’est : cachez ces rushes que je ne saurais voir ! C’est pourtant le visionnage de ces images qui avait emporté la conviction de la cour d’appel de Paris. Aujourd’hui, on voudrait faire comme si personne ne les avait vus et comme s’ils n’existaient pas. »

Janvier-juin 2013 : second procès en appel

La cour d’appel de Paris se réunit pour plus de six heures de débats le 16 janvier 2013.

La décision, annoncée le 3 avril 2013, puis le 22 mai, est rendue seulement le 26 juin.

Philippe Karsenty est condamné pour avoir, selon l’arrêt, publié son article sans détenir – au moment de la publication de son article – les preuves obtenues plus tard.

Or, en 2004, Karsenty avait bien recueilli plusieurs témoignages : ceux de personnes qui, après avoir visionné les rushes, avaient affirmé que le reportage de France 2 était une mise en scène, et celui de la journaliste allemande Esther Schapira qui avait enquêté dès 2001 et lui avait fourni des pièces révélant les incohérences entre les déclarations de Charles Enderlin, du cameraman Tala Abu Rahma et de Jamal al-Durah, le père de Mohamed. Commentant cette défaite, Karsenty se dit « découragé par l’incapacité des juges à voir ce qu’ils voient » et ajoute : « Je préfère accepter ma condamnation en espérant que l’histoire me donnera raison. »

À la lumière de ce qui précède, on peut se demander si la justice est, d’une part légitime et d’autre part compétente, pour authentifier un reportage controversé. À l’arrivée, les contraintes drastiques de la loi sur la diffamation, qui exige de celui qui allègue de faits d’en avoir détenu la preuve préalablement, conduisent le juge à conclure que s’il a eu raison trop tôt, c’est qu’il avait tort. Faut-il en conclure que le formalisme juridique auquel doivent se soumettre les juges peut faire échec à la vérité historique démontrée par d’autres moyens ? Ne devrait-on pas plutôt se tourner vers des analyses d’images, balistiques, médico-légales et biométriques ?

Plus de vingt-cinq ans après la diffusion du reportage et plus de douze ans après la fin de cette épopée judiciaire, il est temps que des experts soient invités à se prononcer sur ces images sans que France Télévisions puisse exciper d’une quelconque autorité de la chose jugée pour les en empêcher.

Avec Jack Lang, tous courageux par procuration…

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Le président de l’Institut du monde arabe et ancien ministre a rendez-vous au quai d’Orsay demain pour s’expliquer sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Il a jusqu’à présent exclu de démissionner.


Ce n’est pas seulement à cause de la polémique liée à l’affaire Epstein et aux liens amicaux que Jack Lang avait noués avec ce milliardaire influent, impliqué dans un système de pédocriminalité, que je souligne qu’en France on est souvent courageux par procuration.

Beaucoup de ceux qui incitent Jack Lang à démissionner, afin de sauvegarder la dignité de sa fonction et celle de l’Institut du monde arabe (IMA) qu’il préside encore au moins jusqu’à dimanche prochain, date à laquelle il rencontrera le ministre Jean-Noël Barrot, ne seraient probablement pas disposés eux-mêmes à assumer leurs responsabilités s’ils avaient échoué ou connu des revers les mettant principalement en cause.

Il est évident, à mon sens, que Jack Lang devrait, sans plus se poser de questions, quitter l’IMA, et je ne doute pas que les pays arabes représentés au sein du conseil d’administration comprendraient ce retrait.

A lire aussi: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

En réalité, la grossière erreur a été commise en 2024 par le président de la République, lorsqu’il a renouvelé pour la quatrième fois le mandat de Jack Lang – alors âgé de 84 ans – à la tête de l’IMA.

J’entends bien que l’ancien ministre allègue, pour sa défense, qu’il n’était pas informé des horreurs et des turpitudes commises par le personnage dont il appréciait la culture, la séduction et l’entregent. J’ai toutefois du mal à croire que Jack Lang, fort d’une expérience aussi longue que dense, n’ait jamais eu vent de quoi que ce soit.

Il partira, mais que cela serve de leçon, demain, à tous ceux qui s’accrochent sans jamais jeter l’éponge, comme le devoir devrait pourtant leur commander de le faire. Il est clair que le courage est rare et la lâcheté surabondante. On trouve toujours d’excellentes raisons pour demeurer.

La controverse autour de Jack Lang est du pain bénit : que d’intrépides par procuration !

Coup de rouge

À en juger par le débat national, on se dit que l’imaginaire politique est au point mort. Mais au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Des exemples à suivre.


Il est peu question du véritable enjeu des prochaines élections municipales. Quand on les évoque, on dépasse rarement la simple présentation des forces en présence, des alliances, des responsables politiques qui pourraient y laisser des plumes, ou pour d’autres, s’envoler. Paris, Marseille, Lyon, Nice… « Faites vos jeux, rien ne va plus. » Mais sur le tapis de ce casino électoral, quand sera-t-il enfin question de l’innovation territoriale ?

J’ai la conviction que des solutions existent d’abord au niveau local. Au plus près. Pour des transformations positives au niveau national, il faudra attendre encore un peu… beaucoup… lamentablement. Qui a tué l’imaginaire politique ? Ce nectar qui permet à un peuple de se projeter, de tisser un lien entre nous tous, plus fort que tout ce qui divise, ce qui irrite. Dans ce vaste Cluedo – dont on connaît les protagonistes, du référendum de 2005 jusqu’à la dissolution de juin 2025 –, l’espoir d’une amélioration concrète des conditions de vie de ceux qui ont le plus à attendre d’un changement politique a été liquidé.

Localement, à l’échelle de nos communes, cœur battant de notre quotidien, des élus locaux, à l’inverse du charivari national, avancent, réalisent et obtiennent des résultats. À Bordeaux, un QR code permet de guider les personnes malvoyantes via leur smartphone dans les transports. Depuis un an, l’office du pouvoir d’achat de Mornant (Rhône) offre une solution simple et peu coûteuse à ses habitants avec des achats groupés, une mutuelle communale qui fait économiser 500 à 1 000 euros par an aux familles adhérentes. À Chenevelles, commune rurale de la Vienne, la municipalité a mis en place « l’ami solidaire », un dispositif innovant pour répondre aux difficultés de mobilité des jeunes : deux véhicules électriques sont mis à leur disposition en échange de quelques heures d’engagement citoyen. À Dijon, le premier quartier à énergie positive de France réduit ses émissions de CO2 de 75 %. Nancy vient de lancer sa « maison des femmes », ouverte 24 h/24, qui réunit hébergement d’urgence, soutien psychologique et juridique. Avec le « S’Cool bus », les enfants de l’agglomération de Seine-Eure pédalent pour aller à l’école chaque jour. Il s’agit d’un « vélo-bus » à assistance électrique, premier du genre dans le pays, capable de transporter un adulte et huit enfants. Aujourd’hui, quinze vélos-bus desservent neuf circuits dans sept communes de l’agglomération, transportant environ 370 enfants et parcourant plus de 13 000 kilomètres à l’année. L’établissement public territorial Est Ensemble enregistre pour sa part une hausse de 30 % des inscriptions dans ses bibliothèques. Des inscriptions qui ont bondi de 125 % chez les enfants nés en 2018 : à la rentrée de septembre 2024, tous les élèves de CP avaient reçu une carte pour découvrir le réseau de ces établissements dans la région.

Bravo à l’équipe du site et de la revue L’Inspiration politique (linspiration-politique.fr) qui donne à voir cette richesse. Pourquoi un trop grand nombre de médias n’abordent-ils jamais cette réalité ? Pourquoi faire toujours le choix des peurs et non celui de l’espérance ?

A Paris, je vote Marie-Paule Belle!

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La chanteuse française Marie-Paule Belle sur TF1, juin 1978 © REY/TF1/SIPA

Monsieur Nostalgie nous parle ce dimanche d’une chanson porte-drapeau de l’esprit français qui fête ses 50 ans et en profite pour souhaiter un bon anniversaire à son interprète née en janvier 1946, notre candidate de cœur du Grand Paris…


En 1976, la disco étend son domaine d’influence sur toutes les stations de la planète. Impossible d’y échapper. La tenaille idéologique est là. L’heure est aux paillettes et aux sons synthétiques, à la danse solitaire et à la moiteur de discothèques. On se déhanche sur des musiques électroniques et on oublie, durant quelques nuits d’insomnie, les crises économiques. Il est bien difficile d’exister en dehors de cette pensée unique. Bientôt, la disco se fabriquera à la chaîne, en cascade, dans une répétition et un automatisme qui n’auraient pas déplu à Henry Ford. La musique sera dorénavant disco comme la purée lyophilisée se vendra en sachet dans les supermarchés. On n’arrête pas le progrès à marche. La modernité musicale passera en force s’il le faut, à coups de matraquage et de conditionnement. Les voix du marché sont impénétrables au doute, elles croient en leur pouvoir de transformer le microsillon en or. Elles déverseront leur surproduction jusqu’à épuiser le filon. En 1976, chaque matin, on ouvre sa radio et on tombe sur le langoureux « Love Hangover » qui donne des complexes à la ménagère, l’époque est à la libération des mœurs et à l’érotisation du quotidien. La libido est un produit de consommation courante. Ne pas participer à la grande bacchanale des sens est une faute politique. Quand ce n’est pas Diano Ross qui appelle au rapprochement des corps huileux, ce sont les Boney M qui réclament un certain « Daddy Cool ». Les Bee Gees nous conseillent de bouger sur la piste pour exhorter notre peur de l’avenir. Leur « You Should Be Dancing » s’illumine dans La fièvre du samedi soir sous les assauts rythmiques de Travolta. Même The Trammps nous prévient par son prophétique « Disco Inferno ».

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Face à ce rouleau mécanique d’une musique de masse, les voix discordantes se font discrètes. Elles longent les murs. La chanson française à textes hiberne dans les cabarets, en attendant des jours meilleurs. Sylvie se demande qu’est-ce qui fait pleurer les blondes et Mort Shuman réclame Papa-Tango-Charlie à la rescousse. Et puis est arrivée Marie-Paule Belle, la Niçoise aux cheveux frisés, regard de mésange rieuse, elle est de la famille des passereaux, sociable et mutine, franche comme le soleil du midi, spirituelle à la manière de ces provinciales qui ont dû se faire un nom et une place dans une capitale phagocytée par les fausses gloires. Marie-Paule nous est apparue dans les émissions de variété, seule derrière son piano, et encore un pas, derrière son micro. Originale dans une époque trop clinquante pour être respectable, cette brune piquante à l’intelligence poulbote, droite dans ses bottes, n’a pas regardé ailleurs, n’a pas copié les vieilles recettes, n’a pas singé les vedettes d’alors, n’a pas fait semblant ; Marie-Paule est restée fidèle à son art populaire, celui d’une chanson française ne faisant aucune concession sur la qualité des textes et ne se prenant pas pour une tragédienne évanescente. Sa dignité dans l’expression nous frappe encore plus aujourd’hui qu’hier. Sans intellectualisme dérisoire, sans ce snobisme de l’entre-soi, sans ce parisianisme moribond, sans la morgue des Artistes, Marie-Paule est restée elle-même, jouant une partition particulièrement raffinée. De haute volée.

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Presque trop délicate pour les âmes englouties dans la névrose. Celle de l’émotion et de la transmission, de l’humour fêlé à la déclaration de guingois, tout un monde, fin, drôle, léger et amer, évanoui sous la mitraille. Lorsqu’on écoute Marie-Paule, quelque chose de joyeux et d’un peu fissuré, de triste et de palpitant, d’entraînant et d’introspectif, une part de rêverie et d’abandon, de force aussi, ne serait-ce pas là, les interludes de la nostalgie, vient nous remplir totalement. Nous nourrir intérieurement. Marie-Paule n’est pas karatéka, cinéphile ou nymphomane, elle n’est pas non plus la chanteuse d’un seul standard « La Parisienne » créé avec ses complices, Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia, elle est le visage d’une liberté et d’un ton, d’une civilisation. Elle sera au Théâtre de Passy du 19 au 31 mai pour son spectacle « Au revoir et merci ».

JO de Milan-Cortina: une cérémonie d’ouverture devrait toujours ressembler à ça!

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Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver, stade San Siro, Milan, 6 février 2026 © Peter Kovalev/TASS/Sipa USA/SIPA

Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l’hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu’un chœur de femmes ne prît le relais pour achever l’Inno di Mameli au cœur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le drapeau italien avec une solennelle lenteur.

Harmonieux

Le temps s’est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenant vie sous nos yeux ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.

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Evidemment, tout le monde a repensé alors avec douleur à l’obscénité sur Seine de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris et sa représentation de la Cène mettant en scène l’adipeux Philippe Katerine, et aussi sa Marie-Antoinette décapitée, et enfin Aya Nakamura rendue Immortelle par Thomas Jolly qui avait eu le mauvais goût de la planter dans le décor de l’Académie française. Le cheval métallique voletant par-dessus le fleuve, la vasque s’élevant dans les airs et l’interprétation magistrale de L’hymne à l’amour par une Céline Dion ressuscitée parvinrent à peine à atténuer le sentiment de gêne éprouvé devant un spectacle aux relents sataniques.

Belle entrée en matière

La France, pourtant, avait révolutionné la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en 1992 à Albertville, avec à la manœuvre Philippe Decouflé. Soudainement, il n’était plus uniquement question d’athlètes défilant derrière l’étendard national, mais aussi de tableaux mettant en scène des voltigeurs et en lumière les costumes des grands créateurs de mode. Tous les pays s’en inspirèrent ensuite, avec plus ou moins de réussite, et une mention spéciale à Londres en 2012.

Une cérémonie d’ouverture des JO devrait toujours combiner les vertus de l’olympisme et les charmes du pays hôte, vanter la discipline, l’esthétisme, la grandeur, l’effort, l’Histoire et ses héros, la Beauté, le combat loyal, un pays et ses terroirs, l’enracinement, les champions et leurs malheureux dauphins. Milan-Cortina a réussi son entrée en matière. Le cours du temps peut reprendre.

Cuba à l’agonie

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Les beaux immeubles s’écroulent... Cuba, janvier 2026. DR.

La question de la chute du régime cubain revient aujourd’hui avec une acuité particulière. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, au Venezuela, a en effet ravivé parmi la population cubaine un espoir longtemps étouffé, dans un contexte d’asphyxie politique et économique.


Sur le plan politique, la situation demeure inchangée à Cuba. Aucune forme de dissidence n’est tolérée. La moindre manifestation publique — qu’il s’agisse d’un rassemblement ou d’une simple pancarte — entraîne immédiatement une répression sévère. En revanche, la situation économique, déjà fragile, se détériore à un rythme accéléré. La pénurie de pétrole touche désormais tous les secteurs. Même dans les quartiers touristiques de La Vieille Havane ou dans celui des ambassades à Miramar, les ordures s’accumulent et ne sont plus ramassées régulièrement, faute de carburant pour les camions.

Des salaires dérisoires

Pour ceux qui disposent de devises étrangères, dollars ou euros, la pénurie est moins visible. Mais pour l’immense majorité de la population, dont les salaires oscillent au marché parallèle entre l’équivalent de six euros par mois pour un enseignant et trente euros pour un médecin ou un ingénieur, la situation est dramatique. À tel point que beaucoup de diplômés de haut niveau abandonnent leur profession pour se lancer dans des activités commerciales privées, désormais autorisées mais strictement encadrées.

Les « apagones » pourrissent la vie quotidienne

Le système de rationnement — la libreta — qui autrefois garantissait à chaque famille un minimum de produits de base, ne fonctionne plus. Les distributions sont inexistantes ou accumulent des mois de retard par rapport aux quotas théoriques.

Toutefois, ce qui affecte le plus la population — et pourrait déclencher une révolte — ce sont les apagones, les coupures d’électricité pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures quotidiennes à La Havane, à l’exception des zones touristiques et du quartier diplomatique.

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Pour ceux qui n’ont pas accès à des devises étrangères, la situation est jugée semblable voir pire — car tous les Cubains ne sont désormais plus logés à la même enseigne — que celle, très dure, de la « période spéciale » qui suivit l’effondrement de l’URSS. À l’époque, le régime avait dû se réorganiser en misant sur une légère ouverture au secteur privé et surtout sur le tourisme, qui lui assura pendant quatre décennies une source essentielle de revenus.

Aujourd’hui, même cette ressource s’épuise : les hôtels, construits en grand nombre, sont vides. Les tensions politiques, la médiocre qualité des services et la dégradation générale du pays expliquent cette chute du tourisme. Malgré la guerre en Ukraine, des vacanciers russes sont présents en grand nombre, mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur, en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les pénuries dans la santé

Le système de santé, autrefois fierté du régime, est lui aussi en état de délabrement avancé, faute de matériel médical et de médicaments de base. On ne trouve un produit aussi élémentaire que le paracétamol (Doliprane) que sous le manteau.

Surtout, outre la faible production locale, Cuba ne dispose plus que de trois sources de pétrole — le Mexique, la Russie et l’Algérie — dont aucun ne semble en mesure de compenser la défaillance du Venezuela, autrefois premier fournisseur en échange de l’envoi de centaines de médecins cubains. De longues files de voitures s’accumulent devant les rares stations-service approvisionnées où l’on paye uniquement en dollars.

Les pharmacies sont vides

La figure ambiguë de Donald Trump

La figure du président américain Donald Trump occupe une place centrale dans les discrètes conversations privées avec des étrangers. Le régime a reconnu la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Maduro, les présentant comme des héros. Pourtant, une partie de la population souhaite une intervention militaire américaine, dans une relation ambivalente. D’un côté, les sanctions américaines — sur le pétrole, les banques et les plateformes de réservation même pour des non-Américains — contribuent aux coupures d’électricité et aggravent la vie quotidienne. De l’autre, beaucoup ne semblent pas en tenir rigueur au président américain, attribuant la responsabilité exclusive des pénuries et de la vie chère au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.

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Une petite partie des gens âgés continue toutefois de vouer un attachement quasi mystique à Fidel Castro, mais pas à son frère Raúl, ni aux dirigeants actuels. Ce sentiment est cependant loin d’être majoritaire chez les retraités, qui touchent des pensions de six à dix euros par mois et sont souvent obligés de chercher un petit boulot même à un âge très avancé…

Vendeurs dans les rues…

Jusque quand ?

Si elle en avait l’intention, la Chine — qui dispose à Cuba de bases de surveillance des télécommunications américaines — pourrait tenter de sauver le régime, mais elle ne semble pas disposée à s’engager fortement, ni à provoquer les États-Unis à quelques encablures de leurs côtes. À La Havane, la question est de plus en plus de savoir non pas si le régime tombera, mais quand, et surtout par quoi il sera remplacé. À moins que les dirigeants cubains ne trouvent un accord — mais sur quelles bases ? — avec le maître de Washington.

En attendant, la population souffre et les magnifiques façades néocoloniales du mythique Malecón, le bord de mer envahi par les flots à chaque marée, s’écroulent peu à peu, à l’image du régime.

Un pédophile peut en cacher un autre

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L'Américain Jeffrey Epstein et le Français Pierre-Alain Cottineau. DR.

Certains observateurs regrettent que la divulgation des fichiers Epstein éclipse un peu les révélations sordides sur les agissements de Pierre-Alain Cottineau.


Hasard du calendrier, deux affaires de pédophilie, l’affaire Epstein et l’affaire Cotineau, occupent les médias depuis une semaine. Deux affaires que tout oppose par ailleurs, ou presque. La première implique un milliardaire, ami des puissants. Elle se déroule dans des villas de luxe et des îles privées. La seconde a un cadre beaucoup plus banal et rural. Son protagoniste est un minable ancien candidat Insoumis, une brebis galeuse comme on en trouve dans tous les partis.

Donald Trump : arroseur arrosé

Une autre différence saute aux yeux. Les faits dont on soupçonne Cottineau sont, dans l’échelle de l’horreur, mille fois plus abjects que les crimes commis par Epstein. Non seulement en raison de l’âge des victimes supposées (celles d’Epstein étaient des adolescentes, celles de Cotineau, des bambins). Mais aussi parce que certains détails de l’affaire Cotineau sont tellement monstrueux que le lecteur, probablement pour éviter un trop grand choc psychologique, a d’abord pour réflexe de douter de leur existence avant de regarder les preuves en face, qui donnent envie de vomir. L’affaire Epstein ne donne pas le même sentiment. Elle est, hélas, moins surprenante.

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Reste une question. Pourquoi les médias parlent-il bien davantage d’Epstein ? Il faut reconnaître que la réponse ne tient pas seulement au nombre de people mouillés, de nature à exciter le voyeurisme de masse, ni à la religion du coupable numéro un, qui fait la joie mauvaise du public antisémite. Il y a aussi la conduite de Trump, qui s’est servi à fond de cette histoire pour se faire réélire en expliquant qu’elle accablait les Démocrates. S’il n’avait pas fait de l’affaire Epstein un sujet de campagne, elle ne serait pas devenue un fait politique. Et les « files » seraient restés consignés dans le secret de l’instruction.

Jack Lang en sursis à l’IMA

A contrario, si trois millions de documents relatifs au dossier Epstein (sur six millions en tout) n’avaient pas été rendus consultables par tout un chacun sur Internet, le seul vrai nouveau salaud démasqué, l’éminence travailliste britannique Peter Mandelson, aurait peut-être échappé à l’enquête qui vient d’être déclenchée dans son pays au sujet de ses divulgations présumées de secrets ministériels. Car il n’est pas certain que la justice américaine aurait transmis à son homologue britannique les éléments concernant cet ancien commissaire européen.

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Jack Lang, lui aussi aussi, dormirait plus tranquille. Il ne serait pas convoqué par le Quai d’Orsay et une enquête du Parquet national financier n’aurait pas été ouverte contre lui. Il faut évidemment souhaiter que les juges creusent autant que possible cette histoire de société offshore aux Iles vierges américaines. Et on ne saurait que se réjouir d’une démission de l’Institut du monde arabe. Mais rien de cela ne rend pour autant plus agréable la petite musique jouée par bon nombre de ceux qui  se déchaînent contre Jack Lang à présent. Faisant dire aux “files” ce qu’ils voudraient qu’ils disent, ils estiment pouvoir traiter, à mots plus ou moins couverts, l’ancien ministre de la Culture de pédophile. Si peu estimable soit l’intéressé, il faut dire ici de la façon le plus claire qu’aucun élément n’existe dans le dossier Epstein qui permette d’avancer de telles accusations.

L’Histoire par le menu

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Jonathan Siksou au restaurant Chez Georges, rue du Mail, Paris © Hannah Assouline

Dans Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou restitue des ripailles mémorables de Saint Louis à Emmanuel Macron. Vue des marmites, la vie politique fourmille d’anecdotes savoureuses et de repas fins. Un récit passionnant, de l’amuse-bouche au digestif


Voilà le livre que tout amateur d’histoire et de gastronomie attendait depuis l’invention du feu et de l’écriture. Le temps est une histoire de cuisine, et assaisonné par Jonathan Siksou, l’exercice vire à l’épopée. Une cavalcade pantagruélique, dont certaines scènes semblent inspirées d’un tableau de Jérôme Bosch, ainsi cet ânon farci d’anguilles fumées et de petits oiseaux que refusa de manger le bon roi Dagobert par esprit de pénitence, ou la recette de la « sarraginée », l’une des premières écrites depuis Apicius, en 1306, « anguille frite, pain, sucre, vin, verjus, le tout bouilli ensemble et additionné de cannelle, lavande, girofle et autres épices ». À l’époque, les évêques sortent des noces le ventre « tendu comme celui d’une femme près d’accoucher ». Que dis-je, à l’époque

Camus disait du journaliste qu’il était l’historien de l’instant. Siksou serait l’historien de l’instinct ; celui qui nous pousse à nous asseoir à table trois fois par jour, sans songer combien le simple acte de se nourrir a bouleversé les destinées du monde. L’auteur s’attache donc ici à rendre à Taillevent ce qui lui revient, dans un style limpide, enlevé, avec un léger sourire entre les lignes. L’incipit du premier chapitre consacré au repas que Saint Louis offre à Henri III d’Angleterre à Paris, du 9 au 11 décembre 1254 (les banquets duraient trois jours d’affilée), est d’une merveilleuse simplicité : « Louis IX vient de passer quelques années difficiles. » Imaginez la phrase prononcée avec gourmandise par Fabrice Luchini. Des années difficiles ? Parti en croisade en 1248 pour reprendre le tombeau du Christ aux infidèles, il est capturé en Égypte l’année suivante, ses chevaliers sont morts de fièvres et de dysenterie, et c’est un souverain chauve et amaigri qui revient en France cinq ans plus tard, après avoir erré, en simple pèlerin, sur les routes de Palestine. Mais quand on s’appelle Saint Louis, on ne se laisse pas abattre. Il offre à son beau-frère Henri III (un petit monde) des ripailles dantesques : « sur de grands plats, on apporte des rôtis gigantesques, veaux, chevreuils, cerfs, sangliers servis entiers, cernés d’oies, de perdrix, de coqs de bruyère », le tout arrosé de vins parfumés à l’absinthe, à l’aloès, au girofle, mais « les vins considérés comme les meilleurs étaient déjà ceux de Bourgogne », le tout en musique, messieurs, dames.

Les plats descendent du plafond et les musiciens jaillissent des pâtés

Pourquoi seulement vingt repas et pourquoi ceux-là plutôt que d’autres ? Parce qu’ils bénéficient tous d’une documentation étayée. « On connaît leur date, le lieu, le menu, la diversité de leurs mets et la nouveauté de leurs recettes. » Nouveauté, dites-vous ? Prenons place à la table du duc de Bourgogne, à Lille, ce 17 février 1454. La guerre de Cent Ans s’achève à peine et Philippe le Bon s’apprête à partir en croisade contre les Ottomans. Cette décision se fête par un banquet, celui du « Vœu du Faisan », sans doute l’un des plus fastueux et exubérants de toute l’histoire de France. Le faste de la cour de Bourgogne n’a alors aucun équivalent en Europe, et peut-être dans le monde. Pour préparer l’événement, le duc mande peintres, musiciens, orfèvres et poètes, mais aussi menuisiers, verriers, horlogers, inventeurs d’automates… et évidemment cuisiniers, sauciers et rôtisseurs. Imaginez quatre services de quarante-quatre plats chacun, des plats descendant du plafond par des poulies, vingt-huit musiciens et leurs instruments jaillissant de pâtés comestibles, des chariots ornés d’or et d’azur (« quatre hommes étaient nécessaires pour pousser chacun d’eux »), tandis que dans les âtres du palais ducal les bœufs, veaux et moutons cuisent entiers ! « Un spectacle total, une salle en mouvement continu. » Philippe le Bon met en scène son pouvoir quasi illimité, mais la croisade ne sera jamais menée.

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Ce luxe de détails suppose un travail de recherche étourdissant. Où on apprend pêle-mêle que Clovis raffolait tant des œufs durs qu’il en fit une indigestion un jour de carême, et que, dans la loi salique en vigueur sous son règne, « un homme jugé responsable de la mort accidentelle d’un vigneron devait s’acquitter d’une amende deux fois plus élevée que celle prescrite pour le décès malencontreux d’un laboureur ou d’un berger ». Gloire au génie français ! Jonathan Siksou a épluché archives et livres de comptes ; ainsi en l’an 1520, au Camp du Drap d’or, les cours de François Ier et de son homologue britannique consommèrent en dix-sept jours quelque 6 000 moutons et agneaux, 800 veaux, 300 bœufs, 66 000 litres de bière, 200 000 litres de vin et qu’il en coûta l’équivalent de 2,5 millions d’euros à la cour de France. Il en profite au passage pour réhabiliter Catherine de Médicis (contre Dumas et Balzac tout de même), évoque l’apparition des salades à la cour d’Henri IV, « nappées d’un mélange de confiture, de moutarde, de citron et de safran » et révèle le secret de la poule au pot. On retrouve avec gourmandise les festins immanquables, tel celui de Vaux-le-Vicomte qui provoqua la disgrâce de Fouquet le 17 août 1661 et celui que donna Paul Bocuse à l’Élysée le 25 février 1975, à l’occasion de sa remise de la Légion d’honneur. Je ne dévoile pas tout ici, tant le récit regorge d’anecdotes, de détails et de faits de table. Nul secret de cuisine n’aura résisté à l’enquête minutieuse de l’auteur, à l’exception du dîner servi par Napoléon III à la reine Victoria, à Versailles le 25 août 1855 : même un responsable des archives royales de Windsor a dû avouer sa défaite. Un vrai coup de Trafalgar.

Il est des livres qui donnent faim, celui-ci rassasie sans étourdir, et votre serviteur s’est surpris à rêver de mille-feuilles temporels et de voyages dans le temps – Bocuse et sa toque sur mesure (qui dépassait les autres de quinze centimètres) s’en allant prêter main-forte à Vatel, lui sauvant la vie ! Brillat-Savarin disait que la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent. Doit-on s’inquiéter d’être devenus les deuxièmes consommateurs de burgers au monde, derrière les États-Unis ? Les Français, note Siksou, détiennent un autre record : celui du temps passé à table. Et chaque jour, en mijotant ses plats, en dressant ses assiettes, chacun d’eux ajoute sa page à notre roman national. Parions donc que longtemps encore, l’âme française continuera de triompher en festins.

À lire

Triompher en festins. Une histoire de France en vingt repas, Jonathan Siksou, Perrin, 2026.

Qui débloquera la sortie de secours des enfers socialistes?

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La police monte la garde devant le centre de détention de la Police nationale bolivarienne de la zone 7, à Caracas, au Venezuela, où sont détenus des prisonniers politiques, mardi 20 janvier 2026 © Ariana Cubillos/AP/SIPA

Juges, normes et baleines : le chœur des vierges antitrumpiennes passe en édition spéciale permanente


La scène la plus hilarante du Soulier de Satin de Paul Claudel se passe au milieu du XVIème siècle et de l’Atlantique. Deux universitaires de Salamanque envoyés en mission par le roi d’Espagne pour mettre un peu d’ordre conceptuel à l’Amérique, cet étrange continent récemment surgi des eaux, aperçoivent une baleine qui nourrit son baleineau. Scandale pour la raison ! Un poisson qui fait téter un autre poisson ! Aristote n’a jamais prévu pareille absurdité, la réalité doit rendre des comptes aux professeurs de Salamanque ! Bref, l’Amérique se révèle scandaleuse et inconvenante avant même qu’on n’y pose le pied.

Pétrifiés !

La baleine de 2026 se nomme Donald Trump et elle stupéfie toujours autant les Européens. Ceux-ci avaient cru atteindre le sommet de la civilisation en se créant un univers de règles, de juridictions nationales et internationales, de politesses et de bonnes conduites, tout ça à respecter sous peine d’être foudroyés par ces nouveaux dieux, les Juges. C’était une véritable rupture anthropologique : l’Europe avait créé l’homo sapiens regularis pour qui tout relève d’une norme, depuis les insecticides pour noisetiers jusqu’à la guerre ou la paix entre nations. La vie avait perdu toute fraîcheur, toute fleur de nouveauté. Et voilà que surgit aux Etats-Unis un président incompréhensible, pour qui la politesse, la bienséance, le déjà-vu, le déjà-connu ne valent rien ! Les pauvres Européens restent pétrifiés devant ce phénomène et le “condamnent avec la plus grande fermeté” comme on dit en langue de bois macronienne.

On condamne surtout en France, patrie de l’antiaméricanisme primaire où 80% des journalistes sont de gauche, selon l’approximation de Pascal Praud. Il est délectable d’écouter, de C dans l’air à LCI et ailleurs le chœur des vierges antitrumpiennes déployer ses trésors de rhétorique pour le critiquer quoi qu’il fasse. Envoie-t-il la police anti-immigration à Minneapolis ? Aussitôt Jean Quatremer de Libération nous explique que l’Amérique est devenue fasciste et que le grand blond peroxydé est la réincarnation du petit Duce brun. Retire-t-il cette police de Minneapolis ? La chorale le traite de dégonflé, et oublie de dire que finalement il n’est pas si fasciste que cela et que les Etats-Unis restent une démocratie.

Iran : record du monde !!

Parmi les antitrumpistes les plus véhéments des plateaux télé, on voit beaucoup de généraux et colonels français. Ceux-ci critiquent impitoyablement tous les efforts militaires américains et en arrivent toujours à la même conclusion : il ne faut surtout rien faire. Désagréable révélation, avec de pareils guerriers la débâcle de 40 a de l’avenir devant elle. J’estimais le général Yakovleff, intraitable sur le soutien à l’Ukraine. Voilà qu’il s’avise de dire que l’Iran n’est pas un problème existentiel pour la France : sans doute que les attentats commandités en France par les mollahs n’ont jamais existé et que notre pays doit se désintéresser de la survie d’Israël ? Par ailleurs, ce général et ses collègues pacifistes ne disent jamais un mot des menaces existentielles venues du sud. Le même Yakovleff ajoute que s’il fallait attaquer “tous les régimes qui puent des pieds, on n’en finirait pas !”. Il oublie que le régime iranien est le seul sur terre à proclamer qu’il veut exterminer un pays voisin et bat tous les records de nuisance nationale et internationale.

A écouter 🎙️ Etats-Unis: résistance civique ou insurrection?

Un homme aussi universellement détesté en France, de Jean-Luc Mélenchon  à Jordan  Bardella, ne saurait être un mauvais bougre. Il est grand temps de rédiger La Diplomatie de Donald Trump pour les Nuls, ouvrageque tous les éditeurs ne manqueront de se disputer. Petite remarque liminaire que personne n’a faite : cet homme a un rictus de souffrance chaque fois qu’il évoque les morts à la guerre, qu’ils soient Ukrainiens, Russes, ou d’ailleurs. Toutes ces jeunes vies fauchées l’attristent et le scandalisent personnellement. 52 soldats français sont morts en Afrique sans aucun résultat, et je ne pense pas que leur souvenir trouble le sommeil des deux derniers présidents de la République. L’apitoiement de Trump sur ces milliers de jeunes morts ne cadrant pas avec son image de milliardaire sans cœur, on ne le voit pas.

L’audace

La diplomatie trumpienne n’est pas l’œuvre du seul président, elle s’appuie sur des équipes très techniques et formées, mais elle repose surtout sur une qualité essentielle du chef : l’audace. Qualité disparue en Europe, écrasée par les sacro-saintes normes,  qualité qui existe pourtant dans notre patrimoine culturel, puisque “Audaces fortuna juvat”, “le Destin aide les audacieux” selon la formule romaine. Leur République fut ravagée au premier siècle avant J-C par de terribles guerres civiles, mais un général audacieux refusa la norme imposée aux chefs de retour de guerre de ne pas franchir le Rubicon avec leurs troupes. Cet homme, que critiquèrent vertement Jean-Michel Apathie, le général Yakovleff et le chœur des vieilles dames dignes de C dans l’air, s’appelait Jules César. Il s’élança vers Rome avec ses troupes et mit en place les bases d’un empire qui dura jusqu’en 476 en Occident et 1453 en Orient, excusez du peu.

Quatre caractéristiques marquent la diplomatie trumpienne. La première est l’énormité de la menace : demander le plus pour avoir le moins, base de l’Art du Deal. Parexemple,je conquiers le Groenland par les armes si vous ne me le donnez pas. A une journaliste qui se moquait de la reculade trumpienne qui suivit, Alain Bauer répliqua qu’il avait obtenu l’extraterritorialité totale des bases américaines, l’exploitation des terres rares et d’autres avantages visant à éloigner de ces rivages les mangeurs d’enfants ukrainiens. La Guerre du Groenland n’a pas eu lieu.

Seconde caractéristique : le changement ultra-rapide d’objectif. Ce changement n’est pas un abandon, mais une diplomatie de jongleur qui envoie les problèmes brûlants en l’air les uns après les autres et les récupère quand on ne s’y attend plus. Toute contrattaque s’en trouve désarçonnée. Le 28 janvier, notre foudre de guerre national reçoit à l’Elysée les Premiers ministres danois et groenlandais pour leur témoigner son soutien. Mais le train de l’histoire conduit par le cheminot Trump est déjà reparti ailleurs, vers la flotte américaine de l’océan Indien. Notre président reste sur le quai de la gare avec ses invités, ses valises et ses désirs narcissiques d’avoir l’air important.

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Troisième caractéristique, l’effet diagonal. Le président Maduro s’envole dans les airs pour un long séjour à New York, le président Poutine ne peut s’empêcher de penser à l’hypothèse, même infime, de son envol dans le ciel de Moscou à destination d’une geôle américaine. Les immigrants illégaux sont férocement pourchassés aux Etats-Unis, tous les latinos qui rêvaient de Brooklyn vont plutôt penser à développer leur Bolivie ou leur Guatemala et à les rendre plus sûrs. Pendant ce temps, l’Afrique subsaharienne rêve à la Carte Vitale et à l’accueillant hexagone, où on arrivera bien à caser un ou deux milliards de migrants.

Le président déchu du Venezuela, Nicolás Maduro [et son épouse, Cilia Flores], arrivent à l’héliport de Wall Street, dans l’arrondissement de Manhattan à New York, afin d’être transportés pour comparaître devant un tribunal new-yorkais le lundi 5 janvier 2026. Ils doivent être inculpés dans le cadre d’un acte d’accusation pour narcoterrorisme émis à leur encontre par le gouvernement des États-Unis © Kyle Mazza-CNP/DPA/SIPA

Quatrièmement : là où éclate le génie trumpien de la diplomatie, sans doute un mixte entre les intuitions du chef et les calculs des eggheads du Pentagone, c’est dans ce qu’on pourrait appeler la subversion par promesse d’enrichissement ou le triomphe moral du capitalisme. Une parenthèse nécessaire : les pires régimes politiques de l’histoire humaine, ceux qui oppriment le plus atrocement les malheureuses populations qui leur sont soumises, sont apparus au milieu du XXème siècle et semblent aujourd’hui inexpugnables. Ce sont les tyrannies socialisto-mafieuses (ou par exception islamistes) qui se présentent comme issues d’une révolution (il ne sert donc à rien de se révolter, c’est déjà fait). Elles ont trouvé la formule absolue du pouvoir éternel : embrigader une grande partie du peuple (10 à 15% de combattants bien entraînés avec leurs familles), les armer jusqu’aux dents et les gaver de bonne nourriture. Pour tous les autres, faim et oppression absolue. Le modèle parfait de ce système indéboulonnable est la Corée du Nord : une petite nomenklatura logée à Pyongyang s’empiffre, la main serrée sur des armes qu’elle pointe sur les foules faméliques des campagnes. J’insiste sur la faim : j’ai séjourné assez longuement à la Havane, et je revois ces tristes files d’attente à la moindre promesse d’un pauvre burger de pain rassis et de pâté pour chien. Et si on s’illusionne encore sur la liberté à Cuba, relire Avant la Nuit de Reinaldo Arenas, toujours valable. Les Iraniens sont descendus dans la rue le jour où ils n’ont plus pu acheter le riz quotidien de leurs enfants, les Parisiens sont allés chercher Louis XVI à Versailles quand ils n’ont plus eu de pain. Le rôle de la faim dans l’Histoire est trop souvent ignoré.

Subversion

Ces tyrannies s’appuient aussi sur un usage illimité de la terreur : prisons infernales, procès truqués, tortures et pendaisons en veux-tu en voilà, à Téhéran, la Havane, Caracas ou Pyongyang. La Chine et la Russie sont en marche vers ces modèles de socialisme accompli, mais il leur manque çà et là quelques caractéristiques. Rappelons quand même que les prisons chinoises sont des bagnes d’où s’échappent parfois de petits billets d’appel au secours cachés dans la camelote que fabriquent les captifs pour l’exportation. Avis aux Français : la social-démocratie est un leurre absolu et, malgré les apparences, il y a un toboggan d’Olivier Faure à Kim Jong-Un.

A lire ensuite, Didier Desrimais: Nova is the new Inter

On croyait de tels régimes indestructibles. Mais grâce au Venezuela, Donald Trump et ses stratèges ont peut-être trouvé l’issue de secours de ces enfers dégoulinants de feu et de larmes, une issue qu’on pourrait appeler la subversion capitaliste. Simple, mais il fallait y penser. La transformation de Gaza en Côte d’Azur pleine de casinos et de palaces a fait beaucoup rire. L’idée y est pourtant en germe. Il est inutile, coûteux et improductif de faire entrer des troupes pour détruire ces régimes socialisto-islamisto-mafieux. Echec en Irak et en Afghanistan, on n’y reprendra plus les Américains. On va procéder autrement : on coupe d’abord la tête du serpent, on enlève Maduro dans le ciel de Caracas. On laisse s’installer une vice-présidente plus accommodante, on lui permet de célébrer encore le chavisme et ses bienfaits qui ont fait du libre et prospère Venezuela un stalag d’affamés. Mais on installe une ambassade américaine pour donner quelques conseils d’ami à la vice-présidente, par exemple laisser revenir les compagnies pétrolières américaines, seules à même d’enlever le soufre du pétrole vénézuelien. Cela permettra à terme de remplir toutes les poches du pays, pas seulement celles d’une étroite nomenklatura. On conseille aussi à la vice-présidente de relâcher les prisonniers politiques. Au début elle a entrouvert les portes, maintenant elle les élargit. Le Venezuela va discrètement devenir un protectorat américain sous un masque marxiste. Amusant.

Ce changement est une œuvre de longue haleine que ne voit pas le chœur des vierges antitrumpiennes, ravies de croire que l’enlèvement de Maduro n’a servi à rien. La tactique de l’enrichissement, cette promesse d’âge d’or faite en termes messianiques par Trump lors de son installation à la Maison-Blanche, vise toute la planète. Et un jour, la dernière balle du jongleur atteindra Poutine en plein front, en vertu des effets diagonaux. Déroutante leçon donnée par oncle Donald, une leçon qui fera verser bien des larmes et remplira bien des poches : le socialisme emprisonne et le capitalisme libère.

Avant la nuit

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Cioran, un portrait

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L'écrivain Cioran en 1989 © OZKOK/SIPA Numéro de reportage: 00170537_000003

« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi » ; « Ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent ! » ; « A vingt ans, je n’avais en tête que l’extermination des vieux ; je persiste à la croire urgente mais j’y ajouterais maintenant celle des jeunes; avec l’âge on a une vision plus complète des choses ». Emil Cioran est l’auteur de quelques-uns des aphorismes les plus marquants et les plus définitifs de la langue française, faisant de lui un lointain descendant de La Rochefoucauld et de Chamfort, un petit-neveu (ingrat) de Paul Valéry. Dans Cioran ou le gai désespoir, Anca Visdei, qui a elle-même fui la Roumanie de Ceausescu pour Lausanne en 1973 propose le vrai premier portrait de l’archange du désespoir.

De l’inconvénient d’être né roumain

Cioran n’est même pas tout à fait né roumain, mais hongrois, dans les marges d’un empire, en 1911, qui n’en a plus pour très longtemps. Avec la forte conscience d’appartenir à une ethnie qui pour le moment n’a pas accompli grand-chose. « La Roumanie est une apparition éphémère sur la scène de l’Histoire, c’est un pays de roublards et de résignés. Bucarest ? Une « clique de sceptiques dégoûtants » qu’il faut mettre en prison, des « âmes pourries et sales dans lesquelles s’est écoulé ce qu’il y a de plus vil en Orient » » La Roumanie est à Cioran ce que la Belgique est à Baudelaire. A la différence que lui est Roumain ! L’avantage, toutefois, quand les aînés n’ont rien fait de grand, c’est que la jeune garde sait qu’elle a tout à faire. C’est ainsi qu’apparut la Jeune génération roumaine autour de Mircea Eliade, d’Eugène Ionesco, mais aussi Mihail Sebastian, auteur d’un journal qui relate la folle montée de l’antisémitisme en Roumanie dans les années 30 et 40. Un antisémitisme auquel Cioran ne restera pas insensible. Installé quelques temps en Allemagne, il tombe sous le charme du grand délire collectif à l’œuvre, de l’hystérie des meetings nazis où les « effets d’oriflammes, foules fraternelles, hurlements unanimes, montées d’adrénaline » font office de puissant antidépresseur et même d’euphorisant efficace contre son désespoir. Retourné au pays, ses illusions à l’égard de l’Allemagne nazie redescendent. En février 1935, il admet que l’idéologie national-socialiste est bornée, que la littérature hitlérienne est illisible, que le niveau intellectuel de l’Allemagne est bas et que le national-socialisme est un attentat contre la culture. Cela ne l’empêche pas de se compromettre avec l’équivalent roumain des nazis, la Garde de fer, un temps dirigé par le fanatique Codreanu, à qui Cioran rendit un hommage délirant à la radio. Quand les Allemands occupèrent la Roumanie, ils n’eurent pas besoin de se charger du massacre des juifs : les locaux s’en chargèrent eux-mêmes. Pendant la « rébellion » du 21 au 23 janvier 1941, véritable version roumaine de Nuit de cristal, les légionnaires de la Garde exécutent à Bucarest cent vingt-cinq juifs. Matatias Carp, avocat de Bucarest et témoin oculaire, raconta : « Ils ont été tondus au sécateur. Après leur avoir pris argent, documents, stylos, bijoux, alliances comprises, on leur a fait ingurgiter un mélange de sel de magnésie, pétrole, essence et vinaigre. On les a laissés dans une cave sans toilettes alors qu’ils étaient en proie à des vomissements et diarrhées. Ils ont été battus et pendant deux jours et deux nuits, obligés de signer des lettres de suicide ».

Simone, Boué de sauvetage

En juin 1940, Cioran se trouve être à Paris, où il croise de nouveau les Allemands. Il peut s’adonner à sa passion pour le vélo dans une capitale presque déserte : « Pendant l’Occupation, je roulais autour de la place de la Concorde et j’avais l’impression qu’un vélodrome entier était à ma seule disposition, et juste au centre de Paris. Et quel vélodrome ! Je ressentais ce fait comme une ivresse ». A deux doigts d’affirmer que « jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande ». Bientôt, il s’installe définitivement en France, se met à la langue française et développe « un amour vache » pour celle-ci. C’est simple : à ses yeux, la Roumanie avait favorisé son hystérie ; la France, en revanche, l’aurait rendu neurasthénique. La culture française manquerait de tripes. Mais la langue française lui va « comme une camisole de force va à un fou ». Il se met en tête d’écrire mieux que les Français eux-mêmes. Tant pis si des aphorismes entiers sont en réalité des citations piochées, sans guillemets, chez la marquise du Deffand. Cioran se sert chez les grands moralistes. En revanche, il évita de multiplier les entretiens filmés, trop complexé par son accent étranger. Dans ses années françaises, un personnage permit à l’écrivain d’organiser son existence chiche sous les combles de Paris. Une véritable femme pot-au-feu, comme on en trouve chez Huysmans, dont les parents, restés au pays, n’entendirent jamais parler. A Paris, Cioran vit longtemps comme un étudiant raté. A quarante ans, il est un jour convoqué par l’université qui lui annonce la fin des tarifs préférentiels au foyer des étudiants, la limite d’âge étant normalement de vingt-sept ans. Un événement vécu comme un cataclysme : « Tous mes projets, tout mon avenir se sont écroulés ce jour-là ».

Cioran n’est pas présenté comme un philanthrope dans la biographie, ce dont on aurait pu se douter. Pas un ami des femmes non plus, ni un Roumain de faible secours pour ses compatriotes restés sous le joug de Ceausescu (même si toute la diaspora défile dans son appartement). Les aphorismes de Cioran auraient-ils été meilleurs s’il avait été un brave type, toujours prêt à aider la voisine ? Le personnage est restitué dans toute sa noirceur, sans le filtre de l’humour, « politesse du désespoir » qui apparaît, si on la cherche bien, dans l’œuvre. La biographie revient sur son mauvais rôle dans l’affaire Matzneff, où Vanessa Springora a rapporté les propos du Valaque : « G. est un artiste, un très grand écrivain, le monde s’en rendra compte un jour. Ou peut-être pas, qui sait ? (…) C’est un immense honneur qu’il vous a fait en vous choisissant. Votre rôle est de l’accompagner sur le chemin de la création, de vous plier à ses caprices aussi. […] Mais souvent les femmes ne comprennent pas ce dont un artiste a besoin. […] Sacrificiel et oblatif, voilà le type d’amour qu’une femme d’artiste doit à celui qu’elle aime ». Est-on obligé de tout croire dans cette scène ? Cioran se serait-il laissé appeler Emil (prénom de garçon coiffeur selon ses dires, qu’il détestait, au point de l’évacuer de ses ouvrages) par une jeune fille de quinze ans ? Ce que l’on sait à la sortie de la lecture de la biographie d’Anca Visdei, on le pressentait avant de l’avoir lue : 397 pages d’un effort de vérification plutôt plaisant, nonobstant quelques piques dispensables.

Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

© OpenAi/H.Assouline/Causeur

Après neuf ans de procès, Philippe Karsenty a été condamné pour diffamation. La justice n’a pas remis en cause son analyse méthodique des images de France 2 mais a appliqué à la lettre le droit de la diffamation. Ses deux avocats reviennent sur un jugement « technique » qui ne sert pas la vérité historique.


Le 22 novembre 2004, Philippe Karsenty publie sur le site Media-Ratings, l’agence de notation des médias qu’il a créée quelques mois plus tôt, un article intitulé « France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », accusant la chaîne d’avoir diffusé un « faux reportage », une « imposture médiatique » basée sur une « série de scènes jouées ». Il explique que son but, en publiant ce texte, est d’être poursuivi pour lancer le débat, jusqu’alors interdit, sur le reportage contesté. Objectif atteint puisque France 2 et son correspondant à Jérusalem l’attaquent en diffamation.

Pourquoi est-ce Media-Ratings qui est poursuivi et non d’autres médias tels que le Wall Street Journal, le New York Sun ou The Atlantic Monthly, qui ont déjà publié de telles accusations ? Peut-être parce que Karsenty paraît plus faible et moins armé pour se défendre.

Après neuf ans de procès, cassation de l’arrêt précité et décision de la cour d’appel de renvoi, Philippe Karsenty est condamné le 26 juin 2013 pour diffamation… et à payer 10 001 euros aux plaignants. Cette condamnation signifie-t-elle que le reportage de Charles Enderlin était authentique ? L’analyse des décisions de justice liées à cette affaire permet d’en douter. Retraçons-les pas à pas.

Septembre 2006 : procès à la 17e chambre du tribunal de grande instance (TGI) de Paris

Devant les juges, Karsenty présente des preuves et des expertises avant de faire citer des témoins qui ont déjà vu les fameux rushes de France 2 au centre de cette affaire : Luc Rosenzweig, ancien rédacteur en chef au Monde, l’historien Richard Landes et le psychanalyste Gérard Huber qui avait publié dès janvier 2003 un livre au titre explicite –Contre-Expertise d’une mise en scène – sans jamais avoir été poursuivi.

Pour sa part, l’avocat de la partie civile répète tout au long de l’audience que « France 2 et Charles Enderlin sont au-dessus de tout soupçon » et que « leurs réputations suffisent à les préserver des critiques ».

A lire aussi, Philippe Karsenty: Affaire Al-Durah: « le plus grand faux antisémite de notre génération »

La procureure de la République demande la relaxe de Karsenty, jugeant ses « critiques soigneusement réfléchies et argumentées » et ses accusations étayées par une « offre de preuves convaincante, sans être parfaite » au terme d’une « enquête ni bâclée, ni partiale ». Elle reproche ensuite « à France 2 de ne pas avoir produit les 27 minutes de rushes qui auraient été une pièce maîtresse ». Ses réquisitions s’achèvent ainsi : « C’est sur les parties civiles, à l’origine de la plainte, que pèse la charge de la preuve des allégations avancées. J’éprouve un sentiment de déception, de frustration en raison de la non-présentation des rushes. »

Le 19 octobre 2006, le TGI condamne Philippe Karsenty en diffamation pour avoir « porté des allégations ou imputations de faits portant atteinte à la considération » des plaignants.

Philippe Karsenty interjette appel de cette condamnation.

Septembre 2007-mai 2008 : un appel en trois actes

Le procès en appel commence le 19 septembre 2007, mais s’interrompt lorsque la présidente de la 11e chambre de la cour d’appel de Paris, Laurence Trebucq, demande aux plaignants de fournir les vingt-sept minutes de rushes qui, selon eux, prouvent la véracité de leur reportage.

Un premier arrêt « avant dire droit » est rendu le 3 octobre 2007. Les parties sont convoquées le 14 novembre 2007 pour le visionnage des fameuses images en présence de journalistes du monde entier. Au lieu de présenter les vingt-sept minutes attendues, France 2 n’en produit que dix-huit qui, au demeurant, ne montrent rien qui accrédite la version de Charles Enderlin : nulle séquence d’agonie, mais plutôt une multitude de scènes jouées confirmant les descriptions de tous ceux qui les ont déjà visionnées et décrites.

La dépêche de l’AFP du 14 novembre 2007 se conclut ainsi : « Alors que le reportage se terminait sur une image de l’enfant inerte, laissant à penser qu’il était mort à la suite des tirs, dans les rushes, on voit, dans les secondes qui suivent, l’enfant relever un bras. C’est un des éléments qui poussent M. Karsenty à affirmer qu’il y a eu mise en scène. Contrairement à ce qu’a déclaré Charles Enderlin, les rushes ne contiennent aucune “image insupportable” de “l’agonie de l’enfant”. »

Les plaidoiries se déroulent le 27 février 2008. Au cours d’une audience de plus de sept heures, chaque partie présente ses images, ses arguments et ses pièces.

Le 21 mai 2008, la cour d’appel relaxe Philippe Karsenty. Elle affirme que « Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information ». Or, « l’enquête de Philippe Karsenty fait ressortir deux grands types de critiques à l’encontre du reportage, soit que Charles Enderlin ait présenté à tort les tirs mortels comme délibérés, en provenance des positions israéliennes, soit que les images de la mort du jeune Mohamed al-Durah, fictives, ne correspondent pas à la réalité commentée par le journaliste ». L’arrêt évoque « les réponses contradictoires de Charles Enderlin aux interrogations relatives aux coupures existant dans son montage, comme celles de son cameraman au sujet de l’enchaînement des scènes filmées et des conditions du tournage », puis rappelle « les réticences persistantes de France 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman » ainsi que « l’imprudente affirmation, par Charles Enderlin, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant ».

France 2 et Charles Enderlin se pourvoient en cassation.

28 février 2012 : la cassation

En novembre 2011, l’avocat général près la Cour de cassation recommande le rejet du pourvoi en cassation.

Trois mois plus tard, l’arrêt du 21 mai 2008 de la cour d’appel de Paris est cassé et les parties, renvoyées vers une nouvelle cour d’appel.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’heure des pro-pal

Selon la Cour de cassation, en vertu des règles très strictes qui gouvernent la loi sur la presse, la cour d’appel de Paris n’était pas juridiquement fondée à ordonner aux plaignants de montrer ses vingt-sept minutes de rushes. En revanche, les éléments juridiques de la bonne foi de Philippe Karsenty – qualité de l’enquête, absence d’animosité personnelle, légitimité du but poursuivi, prudence et mesure dans l’expression – ne sont pas remis en cause.

Il s’agit donc d’une cassation technique, procédurale qui ne remet pas en cause l’analyse des images effectuée par Philippe Karsenty. Lequel réagit ainsi : « L’arrêt de la Cour de cassation démontre toute l’absurdité du système. Je maintiens que le reportage de France 2 constitue l’une des plus grandes supercheries médiatiques de ces dernières années et tout ce que la justice trouve à nous répondre, c’est : cachez ces rushes que je ne saurais voir ! C’est pourtant le visionnage de ces images qui avait emporté la conviction de la cour d’appel de Paris. Aujourd’hui, on voudrait faire comme si personne ne les avait vus et comme s’ils n’existaient pas. »

Janvier-juin 2013 : second procès en appel

La cour d’appel de Paris se réunit pour plus de six heures de débats le 16 janvier 2013.

La décision, annoncée le 3 avril 2013, puis le 22 mai, est rendue seulement le 26 juin.

Philippe Karsenty est condamné pour avoir, selon l’arrêt, publié son article sans détenir – au moment de la publication de son article – les preuves obtenues plus tard.

Or, en 2004, Karsenty avait bien recueilli plusieurs témoignages : ceux de personnes qui, après avoir visionné les rushes, avaient affirmé que le reportage de France 2 était une mise en scène, et celui de la journaliste allemande Esther Schapira qui avait enquêté dès 2001 et lui avait fourni des pièces révélant les incohérences entre les déclarations de Charles Enderlin, du cameraman Tala Abu Rahma et de Jamal al-Durah, le père de Mohamed. Commentant cette défaite, Karsenty se dit « découragé par l’incapacité des juges à voir ce qu’ils voient » et ajoute : « Je préfère accepter ma condamnation en espérant que l’histoire me donnera raison. »

À la lumière de ce qui précède, on peut se demander si la justice est, d’une part légitime et d’autre part compétente, pour authentifier un reportage controversé. À l’arrivée, les contraintes drastiques de la loi sur la diffamation, qui exige de celui qui allègue de faits d’en avoir détenu la preuve préalablement, conduisent le juge à conclure que s’il a eu raison trop tôt, c’est qu’il avait tort. Faut-il en conclure que le formalisme juridique auquel doivent se soumettre les juges peut faire échec à la vérité historique démontrée par d’autres moyens ? Ne devrait-on pas plutôt se tourner vers des analyses d’images, balistiques, médico-légales et biométriques ?

Plus de vingt-cinq ans après la diffusion du reportage et plus de douze ans après la fin de cette épopée judiciaire, il est temps que des experts soient invités à se prononcer sur ces images sans que France Télévisions puisse exciper d’une quelconque autorité de la chose jugée pour les en empêcher.

Avec Jack Lang, tous courageux par procuration…

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Jack Lang à Bordeaux photographié le 7 octobre 2023 © UGO AMEZ/SIPA

Le président de l’Institut du monde arabe et ancien ministre a rendez-vous au quai d’Orsay demain pour s’expliquer sur ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Il a jusqu’à présent exclu de démissionner.


Ce n’est pas seulement à cause de la polémique liée à l’affaire Epstein et aux liens amicaux que Jack Lang avait noués avec ce milliardaire influent, impliqué dans un système de pédocriminalité, que je souligne qu’en France on est souvent courageux par procuration.

Beaucoup de ceux qui incitent Jack Lang à démissionner, afin de sauvegarder la dignité de sa fonction et celle de l’Institut du monde arabe (IMA) qu’il préside encore au moins jusqu’à dimanche prochain, date à laquelle il rencontrera le ministre Jean-Noël Barrot, ne seraient probablement pas disposés eux-mêmes à assumer leurs responsabilités s’ils avaient échoué ou connu des revers les mettant principalement en cause.

Il est évident, à mon sens, que Jack Lang devrait, sans plus se poser de questions, quitter l’IMA, et je ne doute pas que les pays arabes représentés au sein du conseil d’administration comprendraient ce retrait.

A lire aussi: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

En réalité, la grossière erreur a été commise en 2024 par le président de la République, lorsqu’il a renouvelé pour la quatrième fois le mandat de Jack Lang – alors âgé de 84 ans – à la tête de l’IMA.

J’entends bien que l’ancien ministre allègue, pour sa défense, qu’il n’était pas informé des horreurs et des turpitudes commises par le personnage dont il appréciait la culture, la séduction et l’entregent. J’ai toutefois du mal à croire que Jack Lang, fort d’une expérience aussi longue que dense, n’ait jamais eu vent de quoi que ce soit.

Il partira, mais que cela serve de leçon, demain, à tous ceux qui s’accrochent sans jamais jeter l’éponge, comme le devoir devrait pourtant leur commander de le faire. Il est clair que le courage est rare et la lâcheté surabondante. On trouve toujours d’excellentes raisons pour demeurer.

La controverse autour de Jack Lang est du pain bénit : que d’intrépides par procuration !

Coup de rouge

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Le chroniqueur Olivier Dartigolles © Hannah Assouline

À en juger par le débat national, on se dit que l’imaginaire politique est au point mort. Mais au niveau local, des élus proposent des idées innovantes qui améliorent la vie quotidienne des Français. Des exemples à suivre.


Il est peu question du véritable enjeu des prochaines élections municipales. Quand on les évoque, on dépasse rarement la simple présentation des forces en présence, des alliances, des responsables politiques qui pourraient y laisser des plumes, ou pour d’autres, s’envoler. Paris, Marseille, Lyon, Nice… « Faites vos jeux, rien ne va plus. » Mais sur le tapis de ce casino électoral, quand sera-t-il enfin question de l’innovation territoriale ?

J’ai la conviction que des solutions existent d’abord au niveau local. Au plus près. Pour des transformations positives au niveau national, il faudra attendre encore un peu… beaucoup… lamentablement. Qui a tué l’imaginaire politique ? Ce nectar qui permet à un peuple de se projeter, de tisser un lien entre nous tous, plus fort que tout ce qui divise, ce qui irrite. Dans ce vaste Cluedo – dont on connaît les protagonistes, du référendum de 2005 jusqu’à la dissolution de juin 2025 –, l’espoir d’une amélioration concrète des conditions de vie de ceux qui ont le plus à attendre d’un changement politique a été liquidé.

Localement, à l’échelle de nos communes, cœur battant de notre quotidien, des élus locaux, à l’inverse du charivari national, avancent, réalisent et obtiennent des résultats. À Bordeaux, un QR code permet de guider les personnes malvoyantes via leur smartphone dans les transports. Depuis un an, l’office du pouvoir d’achat de Mornant (Rhône) offre une solution simple et peu coûteuse à ses habitants avec des achats groupés, une mutuelle communale qui fait économiser 500 à 1 000 euros par an aux familles adhérentes. À Chenevelles, commune rurale de la Vienne, la municipalité a mis en place « l’ami solidaire », un dispositif innovant pour répondre aux difficultés de mobilité des jeunes : deux véhicules électriques sont mis à leur disposition en échange de quelques heures d’engagement citoyen. À Dijon, le premier quartier à énergie positive de France réduit ses émissions de CO2 de 75 %. Nancy vient de lancer sa « maison des femmes », ouverte 24 h/24, qui réunit hébergement d’urgence, soutien psychologique et juridique. Avec le « S’Cool bus », les enfants de l’agglomération de Seine-Eure pédalent pour aller à l’école chaque jour. Il s’agit d’un « vélo-bus » à assistance électrique, premier du genre dans le pays, capable de transporter un adulte et huit enfants. Aujourd’hui, quinze vélos-bus desservent neuf circuits dans sept communes de l’agglomération, transportant environ 370 enfants et parcourant plus de 13 000 kilomètres à l’année. L’établissement public territorial Est Ensemble enregistre pour sa part une hausse de 30 % des inscriptions dans ses bibliothèques. Des inscriptions qui ont bondi de 125 % chez les enfants nés en 2018 : à la rentrée de septembre 2024, tous les élèves de CP avaient reçu une carte pour découvrir le réseau de ces établissements dans la région.

Bravo à l’équipe du site et de la revue L’Inspiration politique (linspiration-politique.fr) qui donne à voir cette richesse. Pourquoi un trop grand nombre de médias n’abordent-ils jamais cette réalité ? Pourquoi faire toujours le choix des peurs et non celui de l’espérance ?