Et soudain Laura Pausini est apparue dans le stade milanais de San Siro, belle comme une Italienne, puissante par la voix et l’envoûtante présence, symbole de son pays, dont elle interpréta magistralement l’hymne national comme sans doute jamais personne ne le fit, avant qu’un chœur de femmes ne prît le relais pour achever l’Inno di Mameli au cœur du village alpin de Cortina d’Ampezzo. Pendant ce temps-là, les Corazzieri, cuirassiers italiens, hissèrent le drapeau italien avec une solennelle lenteur.
Harmonieux
Le temps s’est alors arrêté, le cours tumultueux d’un monde en capilotade aussi. On se mit à frissonner, à avoir la larme au coin de l’œil et à espérer. Canova fut ressuscité en même temps que son œuvre séraphique prenant vie sous nos yeux ; des colonnes de mannequins mirent la mode à l’honneur dans la ville qui est un de ses berceaux et rendirent par la même occasion hommage à Giorgio Armani, récemment décédé ; Mariah Carey nous fit voler avec sa reprise de Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno ; le ténor Andrea Bocelli interpréta superbement Nessun Dorma, comme le fit Luciano Pavarotti il y a vingt ans lors des Jeux de Turin. L’Harmonie était le thème majeur de la cérémonie, loin du chaos, du désordre, du wokisme.
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Evidemment, tout le monde a repensé alors avec douleur à l’obscénité sur Seine de la cérémonie des Jeux Olympiques de Paris et sa représentation de la Cène mettant en scène l’adipeux Philippe Katerine, et aussi sa Marie-Antoinette décapitée, et enfin Aya Nakamura rendue Immortelle par Thomas Jolly qui avait eu le mauvais goût de la planter dans le décor de l’Académie française. Le cheval métallique voletant par-dessus le fleuve, la vasque s’élevant dans les airs et l’interprétation magistrale de L’hymne à l’amour par une Céline Dion ressuscitée parvinrent à peine à atténuer le sentiment de gêne éprouvé devant un spectacle aux relents sataniques.
Belle entrée en matière
La France, pourtant, avait révolutionné la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en 1992 à Albertville, avec à la manœuvre Philippe Decouflé. Soudainement, il n’était plus uniquement question d’athlètes défilant derrière l’étendard national, mais aussi de tableaux mettant en scène des voltigeurs et en lumière les costumes des grands créateurs de mode. Tous les pays s’en inspirèrent ensuite, avec plus ou moins de réussite, et une mention spéciale à Londres en 2012.
Une cérémonie d’ouverture des JO devrait toujours combiner les vertus de l’olympisme et les charmes du pays hôte, vanter la discipline, l’esthétisme, la grandeur, l’effort, l’Histoire et ses héros, la Beauté, le combat loyal, un pays et ses terroirs, l’enracinement, les champions et leurs malheureux dauphins. Milan-Cortina a réussi son entrée en matière. Le cours du temps peut reprendre.
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