Accueil Site Page 24

Marine et Jordan: de la candidate à la star…

0

Samedi, dans l’Aude et dans l’Hérault, M. Bardella a de nouveau pu mesurer l’ampleur de sa popularité lors d’un déplacement de soutien aux candidats du RN aux élections municipales d’Agde et de Carcassonne. Selon le reporter du Monde, « en ce moment, les soutiens du président du parti n’hésitent plus à délaisser leur ancienne “candidate naturelle” pour la présidentielle de 2027 au profit de son remplaçant ». L’analyse de Philippe Bilger.


Il est toujours instructif de se pencher sur la vie interne des partis. Par exemple, je me demande si un jour LFI échappera à l’emprise délétère de Jean-Luc Mélenchon. Je ne cesse d’aspirer à ce que Bruno Retailleau fasse preuve de l’autorité que l’on espère de lui et qu’au mieux Laurent Wauquiez soit remis à sa juste place, qui est secondaire, dans une droite redevenue authentique et convaincante grâce au président de LR.

Loyal, jusqu’au bout ?

Aujourd’hui, et par rapport à l’échéance présidentielle de 2027, le mouvement le plus passionnant se déroule au sein du Rassemblement national, avec l’éclairage de la campagne pour les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars.

Il est manifeste qu’une tendance dominante se dessine, qui non seulement semble avoir pris acte du risque d’inéligibilité de Marine Le Pen, mais qui, depuis quelque temps, souhaite la candidature de Jordan Bardella, même si la première demeure éligible.

Ce n’est pas la loyauté de M. Bardella qui est mise en cause, puisqu’il a encore rappelé récemment qu’il ne s’apprêtait qu’à être Premier ministre. Il n’empêche que la manière dont Jordan Bardella est accueilli partout par les militants et les sympathisants du RN, bien au-delà de la promotion et de l’enthousiasme ayant présidé aux séances de signatures de son second livre, montre qu’une évolution radicale s’est produite. On est passé, de Marine Le Pen à Jordan Bardella, à une autre atmosphère, à un climat différent. On a quitté la candidate pour aller vers la « vedette » écrit le journal Le Monde, sous la signature de Corentin Lesueur[1].

Pourquoi Jordan Bardella relègue-t-il désormais Marine Le Pen dans une moindre lumière, avec la bonne conscience que lui procure la justification judiciaire susceptible de l’accabler ?

A lire aussi, Jordan Bardella dans « Causeur »: Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Les propos, rapportés dans l’excellent article que j’ai évoqué plus haut, relèvent, dans leur adhésion à Jordan Bardella, d’un mélange de considérations politiques et de données psychologiques. Pour l’un, « il apporte une jeunesse dans les idées de Marine, du réalisme et de l’espoir dans nos vies ». Pour l’une, si elle ne peut citer un élément de son programme, elle « sent qu’il sait prendre en main les choses » et qu’il n’a rien « d’extrême ». Pour une autre enfin, « l’âge n’est jamais un problème pour les génies. Nous avons Beethoven en musique. Et Jordan en politique ». On aurait bien tort de se moquer de ces dithyrambes : ils sont révélateurs.

Il est ironique – il ne faut jamais oublier que la vie politique est riche en surprises de ce type – de constater que M. Bardella bénéficie d’abord de n’être pas soumis aux critiques habituelles adressées aux candidats que, d’une certaine manière, on a trop vus, qui appartiennent à l’univers classique de ceux qui tentent leur chance sur un mode renouvelé et relèvent, en quelque sorte, d’un ancien monde. Avec ce singulier paradoxe que l’on éprouve l’impression que Mme Le Pen a déjà été « essayée », alors qu’elle ne l’a jamais été !

Tout beau, tout neuf ?

Tandis que Jordan Bardella ne porte pas le nom de Le Pen et peut difficilement se voir reprocher les origines troubles et lointaines d’un parti dont il n’a connu que la normalisation, son argumentation, aussi peu inventive soit-elle, résonne néanmoins comme quelque chose de neuf pour des oreilles pourtant expérimentées, et plus encore pour cette jeunesse séduite par ce possible candidat ayant peu ou prou son âge.

Il est patent – qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite – que Jordan Bardella a quitté les territoires usuels de la politique, où l’on est certes loué mais aussi critiqué, où l’on peut susciter des réserves, pour atteindre cette zone magique où l’essentiel n’est plus ce que l’on pense ou ce que l’on dit, mais ce que l’on représente : une incarnation qui, par le seul fait qu’elle existe et qu’elle irradie, rassure, tranquillise, fait espérer, engendre un sentiment d’absolue confiance, comme si l’être Jordan Bardella garantissait à lui seul le succès des entreprises politiques à venir.

Le président du RN est désormais perçu comme une star et, dans la campagne présidentielle, s’il est en lice, il conviendra certes de lui répliquer, de le contredire sur le plan politique – il y aura du grain à moudre – mais surtout de ne pas oublier qu’on ne défait l’aura d’une star qu’en lui opposant une espérance, une lumière plus fortes qu’elle. À droite comme à gauche, il y a donc encore beaucoup de travail à accomplir.

Ce que veulent les Français

Price: ---

0 used & new available from


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/07/de-l-aude-a-l-herault-jordan-bardella-lance-la-campagne-municipale-du-rn-au-milieu-de-ses-fans-il-devrait-etre-candidat-meme-si-marine-est-eligible_6665829_823448.html

Finkielkraut, entretien à cœur ouvert

0

« Pas réactionnaire » mais « catastrophé », Alain Finkielkraut ouvre son cœur à Vincent Tremolet de Villers, directeur délégué du Figaro, dans un livre d’entretiens de 180 pages pleines de citations et références littéraires savoureuses.


Le cœur lourd est un livre d’entretien et, en général, ceux-ci ne nous apportent rien. On les survole avec l’impression de ne rien apprendre, ce n’est pas de la littérature, pas encore des confessions, à peine une pensée en formation, c’est un entre-deux qui se délaie comme un fleuve dilue son limon. 

Qui me parle ?

Et pourtant, en lisant ces pages portées par les questions de Vincent Tremolet de Villers, on se laisse prendre comme un oiseau à la glue et l’on se surprend à se laisser porter par la pensée rendue bohème d’Alain Finkielkraut. Vieille âme aux réflexes étonnamment enfantins, faussement à bout de souffle, la colonne vertébrale droite, Finkie est encore là. Plus que jamais, il porte le fardeau du penseur et reprend les habits de l’honnête homme, du gentilhomme en partance vers un ailleurs pas encore tout à fait défini.

A lire aussi: Cioran, un portrait

Alors certes, parfois il égare son lecteur sous un jaillissement de références et l’on peste à devoir chercher l’homme sous les citations. C’est qu’on aimerait davantage l’entendre mais ce serait oublier que la chair de l’homme est tissée de la trame même de ces citations. Il est Camus comme il est Kundera. Où commence véritablement Finkielkraut, où s’arrête l’insoutenable legs de ceux qui l’ont précédé? Il porte avec lui – ou plutôt en lui – ces écrivains qui, mal dissimulés dans l’ombre, régissent ses pensées et soutiennent sa personne. D’une certaine manière, il est beau d’être ainsi entouré de spectres, surtout quand ceux-ci sont des lettrés qui veillent, en permanence, à ce que l’on ne déchoit jamais de soi-même. On le sent soucieux de cela, tel le jeune homme qu’il fut jadis, la crainte de décevoir – toujours – l’oppresse.

Qu’il se rassure, nous le découvrons ici sous un angle nouveau. Je songe notamment à ces belles pages bâties autour de la question animale. Finkielkraut nous le dit, nos semblables (en chair sinon en esprit) sont désormais réduits à la triste condition d’une viande en gestation. Car n’est plus véritablement cochon l’animal qui n’est envisagé qu’en fonction du nombre de côtes ou de basse-côtes qu’on espère tirer de sa carcasse. L’homme, dans son élévation, a oublié en chemin ses frères. Et encore s’il les avait oubliés, ce serait là un moindre mal puisque – encore plus loin que l’oubli – il les a relégués à n’être qu’un produit. On consomme l’animal comme on consomme le monde : avec indifférence, assurés de notre bon droit. Nous sommes la bête debout qui se nourrit de ses consœurs restées à l’état horizontal. Tout, encore une fois, n’est qu’histoire d’inclinaison de colonnes. 

Obsolescence programmée

Cet amour des bêtes reflète en partie la lassitude d’un monde qui le quitte plus qu’il ne l’a quitté. A quoi bon dialoguer avec les barbares puisque ceux-ci ne nous apprendront rien d’autres que l’imminence de notre propre obsolescence ? C’est finalement le lot commun de toutes les civilisations que de disparaitre sous la poussée des envahisseurs. La pensée française, peut-être, était-elle plus fragile que nous ne l’avions crue. On la pensait éternelle parce qu’elle avait plus de 500 ans mais un demi-millénaire c’est jeune, très jeune, trop jeune pour envisager l’éternité. 

A lire aussi: Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

Mais quittons les abords de ce triste gouffre… surtout qu’il reste quelques branches auxquelles se raccrocher ! Un exemple parmi tant d’autres : l’amour. Et tant pis si on risque de donner dans la confiserie puisqu’il ne saurait y avoir de passion sans un résidu de mélasse. Bérénice, Lucien Leuwen, L’amour au temps du choléra… autant d’œuvres qui portent en elles l’alliance de deux secrets, la promesse du sens et celle des sens. La galanterie, aussi, fut française. Finkielkraut n’a pas oublié en chemin l’amour porté à sa Sylvie. Dernier relief peut-être d’une époque révolue.

Autre possibilité tout droit venue du flou des songes, la nostalgie de l’acteur. L’écrivain nous le dit à demi-mot, il a une diction convenable. Il ne l’a pas été mais il aurait pu. Du moins, le rêve subsiste, enfoui quelque part entre deux pages. Et c’est aussi là que réside la joie de cet ouvrage : pouvoir partir à la pêche aux possibles, découvrir les éclats d’un réel qu’on croyait oublié.

Et c’est avec le cœur lourd qu’on referme les pages d’un monde à jamais disparu.


Dans notre magazine actuellement en vente, Pierre Manent dit son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Retrouvez notre article sur quatre pages, dans les kiosques maintenant • La rédaction

Les bonnes causes d’Albanese

Quand on l’interroge sur la situation en Iran, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies refuse de répondre et affirme vouloir se «dédier rigoureusement à son mandat» pour la Palestine. Comme c’est pratique!


Ceux qui connaissent l’état de la vie intellectuelle outre-Quiévrain ne seront pas surpris d’apprendre que trois institutions académiques parmi les plus prestigieuses de Belgique, l’université d’Anvers, l’université de Gand et la Vrije Universiteit de Bruxelles, ont annoncé le 18 janvier qu’elles allaient décerner conjointement le titre de docteur honoris causa à l’atterrante Francesca Albanese.

Reconduite en avril dernier pour trois ans à son poste de rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, la quadragénaire italienne est une idole absolue de l’extrême gauche, qui lui sait gré non seulement d’avoir  été la première à accuser Israël de « génocide » à Gaza (en employant ce terme dès mars 2023, soit, excusez du peu, six mois avant le 7-Octobre), mais aussi d’avoir défendu jusqu’au bout Bachar el-Assad, puisque le 1er décembre 2024, une semaine à peine avant la chute de celui-ci, elle qualifiait encore de « clairvoyante » une publication appelant sur X au « maintien de l’intégrité et de l’indépendance politique de la Syrie ». De tels propos ayant quelque peu semé la consternation dans les chancelleries, Albanese a préféré rester silencieuse quand le régime iranien s’est trouvé à son tour menacé cet hiver.

A lire aussi, Gil Mihaely: Iran: c’est partie remise

Mais redoutant – à juste titre – que son mutisme soit interprété comme de la complaisance envers les mollahs, la native de Campanie a émis un communiqué dans lequel elle s’est justifiée en assurant se « dédier rigoureusement à son mandat » pour la Palestine. Une excuse peu crédible quand on sait que, quelques jours plus tôt, la même Albanese donnait publiquement son avis sur l’opération menée à 10 000 km de là par Washington contre Nicolas Maduro, en déclarant qu’elle la jugeait « extérieure au cadre de la règle de loi » !

Comme on dit au pays de Dante, « le bugie hanno le gambe corte ». Les mensonges ont les jambes courtes (pour les malcomprenants comme votre servante : ça veut dire qu’on les rattrape vite, E. L).

Jack Lang, André Santini et Patrick Ollier: la gérontocratie républicaine

0

Si les européennes ont vu défiler des candidats à peine sortis de la fac, dans certaines mairies et institutions les élus octogénaires s’accrochent à leur fauteuil comme si la réforme des retraites n’avait jamais été votée dans ce pays, s’amuse Gabriel Robin.


Les dernières élections européennes présentaient un panel de têtes de liste extrêmement jeunes, à telle enseigne que certains commentateurs s’en étonnaient alors. La moyenne d’âge était extrêmement basse, témoignant d’une forme de renouvellement de la classe politique, à gauche comme à droite. Jordan Bardella, Marion Maréchal, Manon Aubry, Léon Deffontaines, ou encore, dans une moindre mesure, François-Xavier Bellamy et Raphaël Glucksman, incarnaient tous chacun dans leur propre style un phénomène qui semblait répondre au croissant désintérêt de la jeunesse pour la chose publique. Face à la désidéologisation de la France, singulièrement de sa plus jeune part, peut-être était-il nécessaire de changer quelques têtes. Pourtant, entre la représentation médiatique de la vie politique française et la réalité du terrain, le fossé est encore large.

A lire aussi, Olivier Dartigolles: Coup de rouge

Jeunesse insolente

A telle enseigne, que certaines municipalités et grandes institutions ont des airs de Jurassic Park. Ainsi, l’exemple de Jack Lang est-il particulièrement exemplaire de ces dinosaures qui refusent l’extinction de leur espèce. Empêtré jusqu’au cou dans l’affaire Jeffrey Epstein, auprès duquel il quémandait régulièrement de l’argent pour divers projets, le diplodocus du zombie mitterrandien s’accroche avec une ardeur insoupçonnée à son poste de grand amiral de l’Institut du Monde Arabe, refusant même d’envisager la démission … à plus de 86 ans passés. Jack Lang est suivi de près par une foule d’édiles qui n’ont pas encore raccroché les crampons, candidats à leur propre succession en dépit de tout.

Hospitalisé depuis octobre 2025, visé dans de peu reluisantes affaires de mœurs, André Santini refuse pourtant de renoncer à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Lui aussi a plus de 80 ans bien tassés. Idem pour Patrick Ollier, dit monsieur Michèle Alliot-Marie, maire de Rueil-Malmaison, qui n’entend pas céder la place à plus dynamique ou plus jeune. Tous ces gens ont eu une vie publique bien remplie, et ont, à divers moments, servi leurs concitoyens comme il se devait. Ils ont toutefois droit aussi à une retraite bien méritée, comme tous les Français.

A lire aussi, Martin Pimentel: Un langage de diplomate

Nouvelle énergie

A Rueil-Malmaison, Patrick Ollier peut-il encore remplir ses fonctions avec la même énergie, avec la même pertinence ? À l’aune de bouleversements majeurs, de l’apparition de l’intelligence artificielle, d’une redéfinition complète de l’organisation du travail qui touchera aussi bien les entreprises du secteur privé que les collectivités locales, il apparait à l’évidence que les solutions d’hier ne seront pas les réponses de demain. Hugues Ruffat, rival de Patrick Ollier, l’a assez bien résumé avec le nom de sa liste : « Réel », soit réalité. Cette réalité a été trop souvent occultée. Sans sombrer dans un jeunisme excessif, il est peut-être temps que les exécutifs locaux ne soient plus les baronnies de quelques caciques socialistes et républicains, qui survivent dans la vie politique au travers des mairies mais s’effacent du devant de la scène nationale au profit de nouveaux partis politiques depuis un peu plus de 10 ans (Renaissance, RN ou encore LFI). Les deux sujets sont peut-être bien plus liés qu’on ne l’imagine.

Mon nom figure-t-il dans les dossiers Epstein?

L’entregent hors-norme du criminel sexuel américain, mort en 2019, fait trembler les élites un peu partout autour du globle. L’affaire Epstein sonne ainsi le glas de l’élite mondialiste, observe notre chroniqueur. En France, Jack Lang a finalement démissionné de l’Institut du monde arabe.


« Rendre des comptes » : l’exigence fait paniquer l’intouchable élite cosmopolite et ses clones en France. C’est pour « rendre des comptes » que Jack Lang, qui présidait l’Institut du monde arabe, avait été convoqué dimanche, au Quai d’Orsay, pour y répondre de ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein et de soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L’ancien ministre de la Culture, symbole usé d’une gauche caviar qui pétitionnait en 1977 pour dépénaliser la pédophilie et s’extasie toujours devant le rap et le graffiti, a préféré démissionner samedi. Depuis la publication, le 30 janvier par la justice américaine, de trois millions de nouveaux documents relatifs aux relations qu’entretenait le prédateur, suicidé en prison en 2019, le Landerneau de la jet set et du business international est victime d’un même trou de mémoire : personne, chez les mondains mondialistes, ne semble avoir remarqué les turpitudes qu’Epstein étalait dans ses pied-à-terre, notamment à Paris.

Vendredi, sur BFMTV, Caroline Lang a expliqué son amitié avec lui par leur goût commun pour l’Art contemporain. Son père était d’ailleurs depuis mercredi à Marrakech pour participer, à La Mamounia, à la fête annuelle de l’Art contemporain. Elle a admis avoir créé avec Epstein, en 2016, une société off-shore dans le paradis fiscal des Iles Vierges pour commercer des œuvres d’artistes sur le marché international. Elle a aussi reconnu l’avoir mis en contact avec Dominique Strauss-Kahn en tant que « spécialiste de l’économie mondiale ». Le Point relate notamment le jugement d’un journaliste américain affilié au village planétaire, qualifiant de « grotesque » le « monde des populistes », après avoir entendu un jour Louis Aliot (RN) et Steve Bannon.

En fait, l’affaire Epstein dévoile l’entre-soi, à forte odeur de décomposition, des puissants de la planète et leur mépris pour les gens ordinaires : une caste longtemps indéboulonnable, en guerre contre de prétendus « complotistes ». Cette oligarchie se disloque aujourd’hui, sous la pression d’une opinion consciente d’avoir été abusée par des moralisateurs défroqués. Un même vent de rébellion contre les faux prêcheurs de vertu s’observe en France, notamment à travers la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et la mise au jour de semblables pratiques claniques se sucrant sur le dos des contribuables. Comme l’explique le rapporteur Charles Alloncle au JDNews, « cette commission dérange un petit monde qui n’a jamais rendu de comptes à personne et qui ne voit aucune raison pour que ça change ». La virulence des critiques portées par le milieu « progressiste » contre Alloncle illustre la rage du camp du Bien, contraint d’avoir à s’expliquer, pour France Télévisions, sur l’usage dispendieux de l’argent public, mais aussi sur de possibles conflits d’intérêts et sur la violation de la neutralité éditoriale portée par certaines sociétés privées de production militantes, telle Mediawan (C à vous, C dans l’air…) fondée notamment par Matthieu Pigasse qui ne fait pas mystère de son engagement pour une « société ouverte ». Le glas sonne la fin d’un mondialisme pourri de l’intérieur.

La révolution des oubliés

Price: ---

0 used & new available from

«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»

De l’Arabie à Grenoble, même combat? Le 6 février à Grenoble, deux hommes ont jeté un engin explosif dans un petit institut de beauté, BK Maison Beauté, dans le centre, faisant six blessés légers dont un enfant de 5 ans avant de prendre la fuite. Les règlements de compte pour les points de deal se sont multipliés dans la capitale des Alpes ces dernières années.


Le 6 février, plusieurs individus ont jeté une grenade dans un institut de beauté du centre de Grenoble, faisant plusieurs blessés dont un enfant de cinq ans, et filmant l’attaque avant de diffuser la vidéo. Depuis, une autre vidéo circule (voir ci-dessous).

Après la DZ Mafia, les Fenec 38 !

Se présentant comme un message de revendication, elle émanerait du groupe « Fenec 38 » – logo avec dessin de l’animal sur fond de drapeau algérien – et se conclut par cette phrase : « N’oubliez pas, nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie » suivie d’un surréaliste « merci de votre compréhension. »

Encore une milice armée algérienne opérant sur le territoire français, comme la DZ Mafia ? Oui, probablement – ce qui s’ajoutant à tout le reste devrait entraîner une réaction extrêmement ferme de la France contre l’Algérie, et pas seulement la pathétique « riposte graduée » que brandit depuis des mois le régime macroniste pour masquer sa très grande complaisance avec un pays qui nous est ouvertement hostile (je renvoie le lecteur aux analyses de l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt).

Encore de la violence à Grenoble, cette « vitrine » de l’écologie politique et fief de la gauche universitaire ? Oui, assurément – et même France Info avait été obligée d’y reconnaître une situation catastrophique, parlant de « criminalité en très nette hausse » et de « guerre ouverte dans la ville sur fond de trafic de drogue. »

A lire aussi: «DZ Mafia»: une mafia post-coloniale

Mais on passerait à côté de l’essentiel si on s’arrêtait là.

L’idée de combattants qui « aiment la mort comme vous aimez la vie » a une longue histoire. Reprise par l’Etat Islamique comme par Al Qaïda, elle aurait également été citée par Mohamed Merah. Elle vient cependant de beaucoup plus loin : son origine est une lettre que Khalid Ibn-al-Walid, chef militaire de génie à qui l’islam doit son expansion initiale, surnommé par le prophète de l’islam lui-même « le sabre dégaîné d’Allah », a envoyée en 637 au chef de l’armée perse avant de l’affronter lors de la bataille des Chaînes, à Kazima dans l’actuel Koweït. Dans cette lettre, Khalid Ibn-al-Walid exhorte son ennemi à reconnaître la suzeraineté du Calife et à payer la jizya (impôt spécial par lequel les non-musulmans achètent la « protection » des musulmans, cette « protection » devant s’entendre au sens mafieux du terme), c’est-à-dire à accepter une forme de « proto-dhimmitude », en menaçant « sinon, je vais marcher vers vous avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie[1]. »

Djihad d’atmosphère

Les « Fenec 38 » sont-ils un groupe jihadiste ? Stricto sensu, probablement pas, même s’il appartiendra à l’enquête de le déterminer. Ce n’en est que plus inquiétant : ils sont un épiphénomène, l’une des nombreuses manifestations plus ou moins conscientes d’une tendance de fond, nourrie de l’imaginaire des conquêtes islamiques et des razzias, pour qui les « mécréants » et leurs terres ne sont par définition que des proies. Qu’elle s’incarne dans des organisations jihadistes, dans la nébuleuse frériste et plus largement islamiste, dans des mouvements violents ponctuels comme les « supporters anglais » de Darmanin ou les émeutes de juin/juillet 2023, ou bien dans des groupes de narcotrafiquants comme la DZ Mafia – qui en réalité est beaucoup plus une milice armée étrangère financée par le narcotrafic qu’une simple bande criminelle – c’est bien cette tendance de fond le problème essentiel, et l’essence du problème.


[1] Il existe sans surprise plusieurs versions du texte, mais toutes concordent sur ce point passé à la postérité : les soldats de Khalid Ibn-al-Walid aimant la mort comme leurs ennemis aiment la vie.

L’école débordée par les agressions au couteau

Mardi 3 février, une professeure d’arts plastiques de 60 ans a été grièvement poignardée à plusieurs reprises dans sa classe du collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer (83) par un élève de 14 ans. L’adolescent a reconnu avoir prémédité l’attaque en prenant un couteau chez lui. Alors que tous les observateurs bien sages se demandaient ce weekend comment encore susciter des vocations dans le professorat après cette nouvelle attaque en milieu scolaire, notre contributeur Charles Rojzman dénonce de son côté notre refus collectif de voir l’ensauvagement. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs, observe-t-il avec effroi.


À Sanary-sur-Mer, un adolescent de quatorze ans a poignardé sa professeure. Quatorze ans. Ce chiffre devrait suffire à faire tomber les masques. Il ne s’agit pas d’un simple fait divers. Il ne s’agit pas d’un dérapage individuel. Il s’agit d’un événement politique majeur, au sens le plus strict du terme : un enfant a porté la guerre au cœur de l’école. Et pourtant, immédiatement, le système se met en marche. Les médias parlent de drame. Les responsables invoquent le mal-être adolescent. Les experts convoqués expliquent, contextualisent, psychologisent. On fouille la famille, on scrute le passé, on cherche une fragilité intime — tout sauf regarder la réalité collective. Car ce qui s’est produit à Sanary n’est pas une anomalie. C’est une étape.

Bruit de fond

Depuis des années, les agressions à l’arme blanche se multiplient. Elles ne provoquent plus de choc durable. Elles sont intégrées au bruit de fond. Le couteau est devenu un objet social banal. Il circule dans les cartables, les poches, les halls d’immeuble. Il n’effraie plus. Il rassure celui qui le porte. Cela s’appelle une régression civilisationnelle.

Le couteau n’est pas une arme neutre. Il implique la proximité. Il suppose le contact. Il inscrit la domination dans la chair. Il appartient aux sociétés où l’État ne tient plus, où la loi abstraite ne suffit plus, où la violence redevient un langage. Le couteau apparaît toujours là où l’autorité disparaît. Il dit : l’institution est faible. Il dit : le corps de l’autre est disponible.

Ce que révèle cette violence juvénile, ce n’est pas une crise psychologique. C’est l’effondrement du cadre politique et symbolique. Nous avons détruit méthodiquement tous les piliers :

– l’autorité parentale, discréditée au nom de la bienveillance,

– l’autorité scolaire, neutralisée par la peur du conflit,

– l’autorité de l’État, dissoute dans la communication,

– l’autorité morale, remplacée par la compassion automatique.

A lire aussi, Lisa Kamen-Hirsig: Esclavage: quand la mémoire veut faire la leçon à l’Histoire

Nous avons remplacé la loi par l’émotion. La sanction par l’explication.
La limite par le récit. Et maintenant, nous récoltons. Ce jeune de quatorze ans est l’enfant parfait de notre idéologie : un individu sans repères solides, sans interdit intériorisé, élevé dans un monde où tout est négociable, où la frustration est vécue comme une violence, où la responsabilité est toujours déplacée ailleurs.

Il est le produit direct d’un système qui a sacralisé les droits en oubliant les devoirs.

On nous répète que ce n’est pas culturel. Que ce n’est pas civilisationnel. Que ce serait stigmatisant de le dire. Mensonge.

Il ne s’agit pas de race. Il s’agit de normes. Il s’agit de modèles anthropologiques. Il s’agit de sociétés parallèles installées durablement sur le territoire national, où l’honneur, la force, la réputation et la domination comptent plus que la loi commune.

Refus de voir

Dans ces univers mentaux, l’école n’est pas sacrée. Le professeur n’est pas respectable. L’institution est ennemie. L’Autre est une surface d’impact. C’est cela, le séparatisme réel. Pas celui des discours officiels. Celui des comportements. Et l’État le sait. Mais il refuse de le nommer, car le reconnaître obligerait à admettre l’échec de quarante ans de politiques migratoires, éducatives et culturelles. Il préfère fragmenter le problème : prévention ici, médiation là, cellules psychologiques ailleurs. Il refuse de voir l’ensemble.

Résultat : une société où les enseignants sont exposés, où les policiers sont haïs, où les citoyens apprennent à se taire, où les enfants grandissent sans intérioriser l’interdit fondamental : tu ne feras pas violence. Sanary marque un seuil supplémentaire : la violence quitte la rue pour pénétrer l’école. Quand un adolescent poignarde sa professeure, ce n’est pas une crise individuelle. C’est un effondrement politique. Cela signifie que la transmission est morte. Que l’école n’est plus protégée. Que l’adulte n’est plus figure d’autorité. Que l’enfant n’est plus contenu. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs.

Nous avons désarmé moralement les institutions et laissé les pulsions occuper le terrain. Ce garçon de quatorze ans ne portait pas seulement un couteau. Il portait notre lâcheté collective. Car une civilisation ne disparaît pas sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît quand elle renonce à se défendre, quand elle ne sait plus imposer ses règles, quand elle préfère l’excuse à la limite, le pathos à la loi. Le couteau n’est pas arrivé par surprise. Il est le fruit logique d’un monde qui a confondu humanisme et abdication.

Haut les cœurs!

Après les menaces sur le Groenland, le 49.3 de Sébastien Lecornu et les lunettes d’Emmanuel Macron, 2026 promet de nous réserver d’autres surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille.


Machiavel

Voilà, c’est fini ! On aura finalement eu droit à un 49.3. Machiavel avait raison, une fois encore : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Après avoir affirmé, au début des discussions budgétaires, qu’il n’aurait pas recours à l’article 49.3, Sébastien Lecornu s’y est finalement résolu. Je ne vais pas faire semblant de m’indigner, la procédure honnie aura l’avantage de nous préserver de tout un tas de mesures plus dingues les unes que les autres votées par nos parlementaires au fil des débats, et bien souvent contradictoires au gré des absences ou présences dans l’hémicycle de tel ou tel groupe. Ainsi, l’amputation de près de 5 milliards d’euros de la dotation globale de fonctionnement (DGF) allouée aux collectivités territoriales proposée par le Rassemblement national. « Les autres partis blablatent et dépensent à tout-va, le RN vote 5 milliards de dépenses en moins », s’est ainsi vanté, sur son compte X, le député Jean-Philippe Tanguy. Sympa pour ses petits copains – ceux-là peuvent commencer à ramer – qui se présentent aux élections municipales, car c’est aussi le budget des communes qui était concerné.

Groenland

Tout le monde ou presque s’est félicité du recul de Donald Trump sur le Groenland après ses discussions avec l’OTAN. Il jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. On peut toujours faire semblant de le croire… Pour lui résister, l’Union européenne y a dépêché… 37 soldats. Ce qui n’a pas manqué de faire ricaner certains : « On dirait le début d’une blague », a raillé le ministre italien de la Défense. Une telle blague que le gouvernement du Groenland a immédiatement distribué une « brochure de crise » à la population, qui énumère les stocks d’armes et de nourriture à avoir chez soi en cas d’attaque américaine. C’est dire la confiance que les habitants de l’île eux-mêmes placent dans ces renforts européens…

Municipales

Évidemment, je vous parlerai de… Béziers ! Avec des sondages encourageants pour le maire actuel, Robert Ménard, donné gagnant au premier tour dans toutes les hypothèses examinées. Et immédiatement décriés par l’opposition tout entière : vous pensez bien, un sondage IFOP, ce n’est pas sérieux ! Passons, nous ne sommes en effet qu’au commencement des coups bas, mensonges, mauvaise foi et autres peaux de banane qui font le « charme » de ces campagnes électorales. Certains jours, on se demande si on n’est pas totalement masochistes…

A lire aussi, Olivier Dartigolles: Coup de rouge

Crèche de Noël

Petit retour en arrière : alors qu’elle accueillait en moyenne chaque année entre 20 000 et 25 000 visiteurs, la crèche de Noël de Béziers a vu sa fréquentation exploser en cette fin 2025 : plus de 65 000 personnes ont défilé devant le petit Jésus installé dans notre Hôtel de ville. Un vrai pied de nez à ses détracteurs, et notamment à la Ligue des droits de l’homme. Je sais, ce n’est pas gentil, mais je n’y résiste pas…

Les lunettes de Kéké

Comment peuvent-ils être aussi nombreux à déclarer « détester » notre président de la République et, en même temps, se ruer vers la marque française Henry Jullien (passée sous pavillon italien en 2023…) pour acquérir les désormais célèbres lunettes bleutées portées par Emmanuel Macron à Davos ? En effet, le carnet de commandes du fabricant (toujours) installé dans le Jura explose. Ces fameuses lunettes « de Kéké », comme les a surnommées Isabelle Saporta dans une de ses chroniques matinales sur RTL, coûtent pourtant la bagatelle de… 650 euros ! Kéké : individu qui cherche à impressionner par son comportement et s’avère finalement ridicule et lourd. Pas de quoi émouvoir Donald apparemment…

Davos, 20 janvier 2026 © Markus Schreiber/AP/SIPA

Euthanasie

Les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris au Sénat. Je l’avoue, ces discussions m’agacent terriblement. Je ne comprends pas la logique consistant à légiférer sur les soins palliatifs en même temps que sur l’euthanasie et le suicide assisté. Généralisons d’abord les premiers avant de nous engouffrer dans le système profondément injuste et inégalitaire que représentent les seconds. Inévitablement, il nous faudra nous aligner sur les législations les plus libérales. Et les expériences étrangères sont à cet égard sans appel. Au Canada, l’euthanasie peut être proposée à des patients atteints de déficience intellectuelle ou d’autisme. Aux Pays-Bas, on peut accéder à l’euthanasie à partir de 75 ans, sans pathologie particulière, sous prétexte qu’à partir de cet âge, il ne resterait rien à attendre de la vie. Bref, ce calendrier parlementaire a un drôle d’arrière-goût. L’euthanasie est-elle le sujet crucial de ce début d’année 2026 ? Cela ressemble décidément à une ultime opération de sauvetage du soldat Macron : à l’heure de son bilan, il faudra au moins qu’il ait l’air d’avoir tenu quelques-uns de ses engagements. Donner la mort en fera donc partie…

Culture

Le théâtre des Variétés a ressuscité à Béziers. Cette petite merveille, construite en 1904, était abandonnée depuis les années 1980. D’abord théâtre de music-hall, puis cinéma et même boîte de nuit, il a accueilli en son temps les plus grandes stars du music-hall d’avant-guerre, de Maurice Chevalier à Joséphine Baker. Pour son inauguration en cette fin du mois de janvier, après vingt-deux mois de travaux, des journées portes ouvertes étaient organisées. Plus de 5 000 personnes ont pu admirer la splendide rénovation. Avec quelques pépites savoureuses… Des enregistrements d’époque étaient en effet projetés sur la scène du théâtre. Et notamment quelques chansons de Fernandel, dont Le Tango corse ou Il en est… Qu’on ne pourrait assurément plus chanter aujourd’hui. Rafraîchissant !

Patrick Besson, toujours décapant!

0

Patrick Besson est entré en littérature à 17 ans, l’âge où, paraît-il, on n’est pas sérieux. Je dirais que Patrick Besson – ne surtout pas le confondre avec Philippe ! – ne se prend pas au sérieux, ce qui me semble plus juste le concernant. Son premier roman, Les Petits Maux d’Amour (1974), commence ainsi : « Ensuite je me rappelle mal… » Son nouveau roman, Le jour où je suis tombé amoureux, écrit en quatre mois, pourrait débuter par : « Ensuite je ne me rappelle que trop bien. » Son texte est en effet assez autobiographique. Patrick Besson tient à rappeler quelques éléments de sa bio, comme s’il craignait qu’on ne les loupât. Il est né à Paris, le 1er juin 1956, à quatre heures cinquante-cinq du matin, « l’heure du diable ». Il insiste sur le fait qu’il fut communiste. L’est-il encore ? Ça ne m’étonnerait pas qu’il veuille être le dernier. En Amérique, où se déroule en grande partie Le jour où je suis tombé amoureux, ça signifie le chômage, la prison, la mort sociale. Il précise qu’il a écrit un livre sur le sujet, Julius et Isaac. Au passage, il souligne qu’il a raté de peu le Goncourt en 1992. On pourrait ajouter qu’il a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Dara (1985) et le Prix Renaudot pour Les Braban (1995). Il ne conduit pas, habite Montmartre, une rue en pente, ne s’est guère soucié de son corps – « je l’ai laissé en paix puis on lui a fait la guerre » –, se souvient d’une virée à New York, en 1986, avec Berthet, Queffélec, Billetdoux et Neuhoff. Ce dernier est devenu académicien. Peut-être pour tenir en respect, planqué sous la coupole, la mort. « Ce châtiment auquel nul n’échappe, écrit Besson, même pas les académiciens français qu’on dit pourtant immortels. » Après plus de quatre-vingts livres, des centaines articles – de l’Huma au Figaro en passant par Le Point – il le mériterait. Michel Déon m’avait dit, en 1995, devant un verre de Jameson, chez lui rue de Beaune, que Patrick était l’écrivain le plus doué de sa génération. À propos de Frédéric Berthet, je le glisse ici, parce que je vais oublier sinon, Besson décoche deux phrases qui le résument : « Sa mort anodine comme une signature au bas d’un contrat de location de vélo électrique. Puis sa renaissance dans diverses collections de poche. » Il parle avec justesse des écrivains. C’est souvent grinçant. Exemple sur Hemingway : « Je ne suis pas un fervent supporter d’Ernest : romans sentimentaux à grosses épaules. Il a eu une utilité : montrer qu’on peut être écrivain en utilisant un minimum de mots. » Exemple, encore, sur Guillaume Musso, « l’écrivain aimé des idiotes françaises ». Il rappelle qu’on peut toujours lire Jean Dutourd, là c’est limite une faute de goût, mais passons. Il rend hommage à l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts en précisant que Le jour où je suis tombé amoureux ressemble à ses ouvrages de jeunesse, La Partie est belle et La comédie légère.

Y a-t-il une Jennifer dans l’avion ?

Après son troisième divorce, Besson s’est mis dans la tête d’épouser une jeune actrice nord-américaine, Jennifer Carpenter, à la bouche de travers, devenue célèbre grâce à la série télé Dexter. Il prend l’avion pour Hollywood avec la ferme intention de l’épouser. Durant le vol, il rencontre une autre Jennifer qui va le mettre en contact avec l’agent de l’actrice. Il y a donc deux Jennifer. Il faut suivre, car ça dépote chez Besson. Il n’y a pas de gras, son roman est un sprint, on est proche de Paul Morand. Ses descriptions, du reste, sont morandiennes. On arrive à Louisville, les rues y sont droites comme la plupart de celles des villes américaines. Attaque : « L’Amérique est géométrique. Seul le fleuve Ohio fait une courbe. » New York : « La ville est d’abord un port. Avec une île au milieu : Manhattan. Le vent a son importance. Il balaie les souvenirs. » Et puis d’autres phrases qui claquent comme un coup de fouet : « Le destin des chambres : être oubliées. » Ou encore : « L’échec du communisme ? La poussette qui dévale les marches dans le film d’Eisenstein : il y a Lénine à l’intérieur. » Ou encore : « L’autorité, c’est de ne pas répondre aux questions ; l’esclavage, c’est de ne pas avoir de réponse. » Et encore, ce constat : « Nos parents nous avaient pourtant laissé un monde facile comme une fille de joie. » C’est politiquement incorrect, l’esprit moutonnier est sans cesse boxé.

A lire aussi, Grégory Rateau: Thomas Wolfe ou la grande faim américaine

Jennifer Carpenter est mariée. Ça complique les choses. Ça pousse surtout le mari à flinguer l’écrivain. Il s’en sort, de peu. Entre temps, il y a un massacre chez le milliardaire Paul Raskolnikov, au bord de la piscine. Carnage chez les stars de Hollywood: George Clooney, Brad Pitt, Mel Gibson, Téa Leoni. Matt Damon s’en tire. Besson l’apprécie. Le rôle exorbitant de l’écrivain : faire mourir ceux qu’il déteste ; protéger ceux qu’il aime. La femme du milliardaire est épargnée. La beauté slave rejoindra l’écrivain à Paris, aux Abbesses. De belles descriptions du quartier, le pont Caulaincourt qui enjambe le cimetière Montmartre, le rappel qu’il « nous faudra tous mourir. »

Ça sent le sapin

La mort plane sur la fin de l’histoire. Ça reste enlevé, mais le ton vire à la nostalgie. Sur son lit, l’auteur devient oiseau ou « petit garçon qui court sous ses fenêtres pour ne pas arriver en retard à l’école maternelle. » Et puis, il y a sa mère : « Elle me reproche de ne pas être allé à ses funérailles. » L’affaire ne semble pas réglée et le temps presse. Les beaux jours, qui reviennent à la charge, le prouvent. Comment les coucher sur la feuille blanche ? « Ils sont pourtant les seuls dont, sur son lit de mort, un individu se souvient », écrit Besson, qui ajoute : « Il quitte la planète le sourire aux lèvres car sa mémoire ne lui présente plus qu’extases et enchantements de naguère et d’autrefois. »

Il faut pourtant continuer le jeu, mêler fiction et réalité, secouer le tout dans un shaker de palace, emporter le lecteur une nouvelle fois. Et finir par se demander : « Mais on joue contre qui ? pas un dieu, tout de même ? »

176 pages

Le Jour où je suis tombé amoureux

Price: ---

0 used & new available from

Voir et revoir

0

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Faut-il revoir une œuvre, un spectacle, une pièce qu’on a aimés ? Faut-il relire un livre qu’on a adoré ? C’est la question que nous nous sommes posée, la Sauvageonne et moi, en ce gris dimanche de février. Fallait-il nous rendre à la Comédie d’Amiens pour assister à la célèbre pièce Le Dîner de cons, de Francis Veber, créée en 1993 au Théâtre des Variétés à Paris, et adaptée au cinéma en 1998 sous le même titre et par le même auteur ? Nous n’avons pas hésité longtemps. Oui, bien sûr. Nous avions en tête les jeux de Jacques Villeret (François Pignon), Thierry Lhermitte (Pierre Brochant), Daniel Prévost (Lucien Cheval). Epatants, inimitables, magnifiques. De plus, la présente adaptation réalisée par la metteuse en scène Louise Cassin à la suite d’une commande de Bruno Romier, directeur de la Comédie d’Amiens, proposait une nouvelle distribution : Loïc Lacoua (François Pignon) ; Arthur Loisel (Pierre Brochant) ; Auguste Lagdirir (Juste Leblanc) ; Mathilde Perrin (Marlène), Louise Cassin (Christine) ; Arthur Bouilly (Dr Archambaud et Lucien Cheval). Nous n’avons pas regretté notre déplacement. Comédiens de grand talent ; mise en scène efficace, limpide et virevoltante.

A lire aussi: L’Histoire par le menu

« Il faut savoir qu’il y a deux versions : le film et la pièce », explique Louise Cassin. « J’ai procédé à des ajouts très légers. On s’est rendu compte que la pièce était assez différente du film. La première dure deux heures et demie ; le second, une heure quarante. Dans la pièce, les personnages féminins sont beaucoup plus importants qu’ils ne le sont dans le film. En ça, on s’est rapprochés de l’esprit du long-métrage car on ne voulait pas perdre les gens qui, en grande majorité, avaient d’abord vu le film. Dans la pièce de base, le personnage de Marlène est beaucoup plus important que sur grand écran ; elle raconte son voyage en Inde. Elle est victime d’une sorte d’agression. Elle flirte avec François Pignon ; nous avons occulté ce passage car j’ai eu peur qu’on nous reproche de nous être approprié l’œuvre. » Etrangement, la troupe n’a pas de nom. « L’année dernière, le directeur de la Comédie d’Amiens, Bruno Romier, nous avait commandé Le Prénom que j’avais mise en scène. On a repris la même équipe et on a engagé Arthur Bouilly qu’on a découvert pour ce projet. Par ailleurs, on travaille sur d’autres projets théâtraux ; quelques-uns font un peu de cinéma. On est tous basés à Paris. Je connaissais Bruno Romier. Je l’ai rencontré il y a trois ans. Il m’avait engagée pour une pièce ; puis, il a eu l’idée de faire Le Prénom et Le Dîner de cons. La première de cette pièce a été donnée ici le 25 décembre 2025, puis on l’a jouée ici quinze fois. Aujourd’hui, ça devait être la dernière mais il y aura deux dates supplémentaires le 29 mars et le 16 avril. On espère qu’en 2026-2027, on reviendra jouer la pièce ici ; on espère aussi faire une tournée. »

Des projets, ces jeunes comédiens n’en manquent pas. Louise Cassin et Arthur Loisel jouent à Paris, à la Grande Comédie, la pièce Pourquoi les filles aiment les connards ? Loïc Lacoua, on le retrouve dans le rôle d’Al Capone, à Paris, au Théâtre des 3 Clés. Ces jeunes gens n’ont pas peur du grand écart ; c’est une qualité.

19€

Marine et Jordan: de la candidate à la star…

0
Jordan Bardella à Carcasonne, campagne pour les élections municipales, 7 février 2025 © Alain ROBERT/SIPA

Samedi, dans l’Aude et dans l’Hérault, M. Bardella a de nouveau pu mesurer l’ampleur de sa popularité lors d’un déplacement de soutien aux candidats du RN aux élections municipales d’Agde et de Carcassonne. Selon le reporter du Monde, « en ce moment, les soutiens du président du parti n’hésitent plus à délaisser leur ancienne “candidate naturelle” pour la présidentielle de 2027 au profit de son remplaçant ». L’analyse de Philippe Bilger.


Il est toujours instructif de se pencher sur la vie interne des partis. Par exemple, je me demande si un jour LFI échappera à l’emprise délétère de Jean-Luc Mélenchon. Je ne cesse d’aspirer à ce que Bruno Retailleau fasse preuve de l’autorité que l’on espère de lui et qu’au mieux Laurent Wauquiez soit remis à sa juste place, qui est secondaire, dans une droite redevenue authentique et convaincante grâce au président de LR.

Loyal, jusqu’au bout ?

Aujourd’hui, et par rapport à l’échéance présidentielle de 2027, le mouvement le plus passionnant se déroule au sein du Rassemblement national, avec l’éclairage de la campagne pour les élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars.

Il est manifeste qu’une tendance dominante se dessine, qui non seulement semble avoir pris acte du risque d’inéligibilité de Marine Le Pen, mais qui, depuis quelque temps, souhaite la candidature de Jordan Bardella, même si la première demeure éligible.

Ce n’est pas la loyauté de M. Bardella qui est mise en cause, puisqu’il a encore rappelé récemment qu’il ne s’apprêtait qu’à être Premier ministre. Il n’empêche que la manière dont Jordan Bardella est accueilli partout par les militants et les sympathisants du RN, bien au-delà de la promotion et de l’enthousiasme ayant présidé aux séances de signatures de son second livre, montre qu’une évolution radicale s’est produite. On est passé, de Marine Le Pen à Jordan Bardella, à une autre atmosphère, à un climat différent. On a quitté la candidate pour aller vers la « vedette » écrit le journal Le Monde, sous la signature de Corentin Lesueur[1].

Pourquoi Jordan Bardella relègue-t-il désormais Marine Le Pen dans une moindre lumière, avec la bonne conscience que lui procure la justification judiciaire susceptible de l’accabler ?

A lire aussi, Jordan Bardella dans « Causeur »: Jordan Bardella: «Je suis l’enfant de la génération 2005-2015»

Les propos, rapportés dans l’excellent article que j’ai évoqué plus haut, relèvent, dans leur adhésion à Jordan Bardella, d’un mélange de considérations politiques et de données psychologiques. Pour l’un, « il apporte une jeunesse dans les idées de Marine, du réalisme et de l’espoir dans nos vies ». Pour l’une, si elle ne peut citer un élément de son programme, elle « sent qu’il sait prendre en main les choses » et qu’il n’a rien « d’extrême ». Pour une autre enfin, « l’âge n’est jamais un problème pour les génies. Nous avons Beethoven en musique. Et Jordan en politique ». On aurait bien tort de se moquer de ces dithyrambes : ils sont révélateurs.

Il est ironique – il ne faut jamais oublier que la vie politique est riche en surprises de ce type – de constater que M. Bardella bénéficie d’abord de n’être pas soumis aux critiques habituelles adressées aux candidats que, d’une certaine manière, on a trop vus, qui appartiennent à l’univers classique de ceux qui tentent leur chance sur un mode renouvelé et relèvent, en quelque sorte, d’un ancien monde. Avec ce singulier paradoxe que l’on éprouve l’impression que Mme Le Pen a déjà été « essayée », alors qu’elle ne l’a jamais été !

Tout beau, tout neuf ?

Tandis que Jordan Bardella ne porte pas le nom de Le Pen et peut difficilement se voir reprocher les origines troubles et lointaines d’un parti dont il n’a connu que la normalisation, son argumentation, aussi peu inventive soit-elle, résonne néanmoins comme quelque chose de neuf pour des oreilles pourtant expérimentées, et plus encore pour cette jeunesse séduite par ce possible candidat ayant peu ou prou son âge.

Il est patent – qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite – que Jordan Bardella a quitté les territoires usuels de la politique, où l’on est certes loué mais aussi critiqué, où l’on peut susciter des réserves, pour atteindre cette zone magique où l’essentiel n’est plus ce que l’on pense ou ce que l’on dit, mais ce que l’on représente : une incarnation qui, par le seul fait qu’elle existe et qu’elle irradie, rassure, tranquillise, fait espérer, engendre un sentiment d’absolue confiance, comme si l’être Jordan Bardella garantissait à lui seul le succès des entreprises politiques à venir.

Le président du RN est désormais perçu comme une star et, dans la campagne présidentielle, s’il est en lice, il conviendra certes de lui répliquer, de le contredire sur le plan politique – il y aura du grain à moudre – mais surtout de ne pas oublier qu’on ne défait l’aura d’une star qu’en lui opposant une espérance, une lumière plus fortes qu’elle. À droite comme à gauche, il y a donc encore beaucoup de travail à accomplir.

Ce que veulent les Français

Price: ---

0 used & new available from


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/07/de-l-aude-a-l-herault-jordan-bardella-lance-la-campagne-municipale-du-rn-au-milieu-de-ses-fans-il-devrait-etre-candidat-meme-si-marine-est-eligible_6665829_823448.html

Finkielkraut, entretien à cœur ouvert

0
Alain Finkielkraut lors de sa réception à l’Académie française, Paris, 28 janvier 2016. © EULER/AP/SIPA

« Pas réactionnaire » mais « catastrophé », Alain Finkielkraut ouvre son cœur à Vincent Tremolet de Villers, directeur délégué du Figaro, dans un livre d’entretiens de 180 pages pleines de citations et références littéraires savoureuses.


Le cœur lourd est un livre d’entretien et, en général, ceux-ci ne nous apportent rien. On les survole avec l’impression de ne rien apprendre, ce n’est pas de la littérature, pas encore des confessions, à peine une pensée en formation, c’est un entre-deux qui se délaie comme un fleuve dilue son limon. 

Qui me parle ?

Et pourtant, en lisant ces pages portées par les questions de Vincent Tremolet de Villers, on se laisse prendre comme un oiseau à la glue et l’on se surprend à se laisser porter par la pensée rendue bohème d’Alain Finkielkraut. Vieille âme aux réflexes étonnamment enfantins, faussement à bout de souffle, la colonne vertébrale droite, Finkie est encore là. Plus que jamais, il porte le fardeau du penseur et reprend les habits de l’honnête homme, du gentilhomme en partance vers un ailleurs pas encore tout à fait défini.

A lire aussi: Cioran, un portrait

Alors certes, parfois il égare son lecteur sous un jaillissement de références et l’on peste à devoir chercher l’homme sous les citations. C’est qu’on aimerait davantage l’entendre mais ce serait oublier que la chair de l’homme est tissée de la trame même de ces citations. Il est Camus comme il est Kundera. Où commence véritablement Finkielkraut, où s’arrête l’insoutenable legs de ceux qui l’ont précédé? Il porte avec lui – ou plutôt en lui – ces écrivains qui, mal dissimulés dans l’ombre, régissent ses pensées et soutiennent sa personne. D’une certaine manière, il est beau d’être ainsi entouré de spectres, surtout quand ceux-ci sont des lettrés qui veillent, en permanence, à ce que l’on ne déchoit jamais de soi-même. On le sent soucieux de cela, tel le jeune homme qu’il fut jadis, la crainte de décevoir – toujours – l’oppresse.

Qu’il se rassure, nous le découvrons ici sous un angle nouveau. Je songe notamment à ces belles pages bâties autour de la question animale. Finkielkraut nous le dit, nos semblables (en chair sinon en esprit) sont désormais réduits à la triste condition d’une viande en gestation. Car n’est plus véritablement cochon l’animal qui n’est envisagé qu’en fonction du nombre de côtes ou de basse-côtes qu’on espère tirer de sa carcasse. L’homme, dans son élévation, a oublié en chemin ses frères. Et encore s’il les avait oubliés, ce serait là un moindre mal puisque – encore plus loin que l’oubli – il les a relégués à n’être qu’un produit. On consomme l’animal comme on consomme le monde : avec indifférence, assurés de notre bon droit. Nous sommes la bête debout qui se nourrit de ses consœurs restées à l’état horizontal. Tout, encore une fois, n’est qu’histoire d’inclinaison de colonnes. 

Obsolescence programmée

Cet amour des bêtes reflète en partie la lassitude d’un monde qui le quitte plus qu’il ne l’a quitté. A quoi bon dialoguer avec les barbares puisque ceux-ci ne nous apprendront rien d’autres que l’imminence de notre propre obsolescence ? C’est finalement le lot commun de toutes les civilisations que de disparaitre sous la poussée des envahisseurs. La pensée française, peut-être, était-elle plus fragile que nous ne l’avions crue. On la pensait éternelle parce qu’elle avait plus de 500 ans mais un demi-millénaire c’est jeune, très jeune, trop jeune pour envisager l’éternité. 

A lire aussi: Boualem Sansal élu à l’unanimité à l’Académie française: vraiment trop aimable!

Mais quittons les abords de ce triste gouffre… surtout qu’il reste quelques branches auxquelles se raccrocher ! Un exemple parmi tant d’autres : l’amour. Et tant pis si on risque de donner dans la confiserie puisqu’il ne saurait y avoir de passion sans un résidu de mélasse. Bérénice, Lucien Leuwen, L’amour au temps du choléra… autant d’œuvres qui portent en elles l’alliance de deux secrets, la promesse du sens et celle des sens. La galanterie, aussi, fut française. Finkielkraut n’a pas oublié en chemin l’amour porté à sa Sylvie. Dernier relief peut-être d’une époque révolue.

Autre possibilité tout droit venue du flou des songes, la nostalgie de l’acteur. L’écrivain nous le dit à demi-mot, il a une diction convenable. Il ne l’a pas été mais il aurait pu. Du moins, le rêve subsiste, enfoui quelque part entre deux pages. Et c’est aussi là que réside la joie de cet ouvrage : pouvoir partir à la pêche aux possibles, découvrir les éclats d’un réel qu’on croyait oublié.

Et c’est avec le cœur lourd qu’on referme les pages d’un monde à jamais disparu.


Dans notre magazine actuellement en vente, Pierre Manent dit son admiration pour l’académicien « mécontemporain » qui vient de publier Le Cœur lourd. Sur bien des sujets, Alain Finkielkraut et Pierre Manent ne pensent pas la même chose. Le premier est un juif athée qui soutient la reconnaissance de la Palestine, le second est un chrétien convaincu qui n’a plus foi dans la solution à deux États. Retrouvez notre article sur quatre pages, dans les kiosques maintenant • La rédaction

Les bonnes causes d’Albanese

0
DR

Quand on l’interroge sur la situation en Iran, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies refuse de répondre et affirme vouloir se «dédier rigoureusement à son mandat» pour la Palestine. Comme c’est pratique!


Ceux qui connaissent l’état de la vie intellectuelle outre-Quiévrain ne seront pas surpris d’apprendre que trois institutions académiques parmi les plus prestigieuses de Belgique, l’université d’Anvers, l’université de Gand et la Vrije Universiteit de Bruxelles, ont annoncé le 18 janvier qu’elles allaient décerner conjointement le titre de docteur honoris causa à l’atterrante Francesca Albanese.

Reconduite en avril dernier pour trois ans à son poste de rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, la quadragénaire italienne est une idole absolue de l’extrême gauche, qui lui sait gré non seulement d’avoir  été la première à accuser Israël de « génocide » à Gaza (en employant ce terme dès mars 2023, soit, excusez du peu, six mois avant le 7-Octobre), mais aussi d’avoir défendu jusqu’au bout Bachar el-Assad, puisque le 1er décembre 2024, une semaine à peine avant la chute de celui-ci, elle qualifiait encore de « clairvoyante » une publication appelant sur X au « maintien de l’intégrité et de l’indépendance politique de la Syrie ». De tels propos ayant quelque peu semé la consternation dans les chancelleries, Albanese a préféré rester silencieuse quand le régime iranien s’est trouvé à son tour menacé cet hiver.

A lire aussi, Gil Mihaely: Iran: c’est partie remise

Mais redoutant – à juste titre – que son mutisme soit interprété comme de la complaisance envers les mollahs, la native de Campanie a émis un communiqué dans lequel elle s’est justifiée en assurant se « dédier rigoureusement à son mandat » pour la Palestine. Une excuse peu crédible quand on sait que, quelques jours plus tôt, la même Albanese donnait publiquement son avis sur l’opération menée à 10 000 km de là par Washington contre Nicolas Maduro, en déclarant qu’elle la jugeait « extérieure au cadre de la règle de loi » !

Comme on dit au pays de Dante, « le bugie hanno le gambe corte ». Les mensonges ont les jambes courtes (pour les malcomprenants comme votre servante : ça veut dire qu’on les rattrape vite, E. L).

Jack Lang, André Santini et Patrick Ollier: la gérontocratie républicaine

0
De gauche à droite : Jack Lang, André Santini et Patrick Ollier. Photos DR.

Si les européennes ont vu défiler des candidats à peine sortis de la fac, dans certaines mairies et institutions les élus octogénaires s’accrochent à leur fauteuil comme si la réforme des retraites n’avait jamais été votée dans ce pays, s’amuse Gabriel Robin.


Les dernières élections européennes présentaient un panel de têtes de liste extrêmement jeunes, à telle enseigne que certains commentateurs s’en étonnaient alors. La moyenne d’âge était extrêmement basse, témoignant d’une forme de renouvellement de la classe politique, à gauche comme à droite. Jordan Bardella, Marion Maréchal, Manon Aubry, Léon Deffontaines, ou encore, dans une moindre mesure, François-Xavier Bellamy et Raphaël Glucksman, incarnaient tous chacun dans leur propre style un phénomène qui semblait répondre au croissant désintérêt de la jeunesse pour la chose publique. Face à la désidéologisation de la France, singulièrement de sa plus jeune part, peut-être était-il nécessaire de changer quelques têtes. Pourtant, entre la représentation médiatique de la vie politique française et la réalité du terrain, le fossé est encore large.

A lire aussi, Olivier Dartigolles: Coup de rouge

Jeunesse insolente

A telle enseigne, que certaines municipalités et grandes institutions ont des airs de Jurassic Park. Ainsi, l’exemple de Jack Lang est-il particulièrement exemplaire de ces dinosaures qui refusent l’extinction de leur espèce. Empêtré jusqu’au cou dans l’affaire Jeffrey Epstein, auprès duquel il quémandait régulièrement de l’argent pour divers projets, le diplodocus du zombie mitterrandien s’accroche avec une ardeur insoupçonnée à son poste de grand amiral de l’Institut du Monde Arabe, refusant même d’envisager la démission … à plus de 86 ans passés. Jack Lang est suivi de près par une foule d’édiles qui n’ont pas encore raccroché les crampons, candidats à leur propre succession en dépit de tout.

Hospitalisé depuis octobre 2025, visé dans de peu reluisantes affaires de mœurs, André Santini refuse pourtant de renoncer à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Lui aussi a plus de 80 ans bien tassés. Idem pour Patrick Ollier, dit monsieur Michèle Alliot-Marie, maire de Rueil-Malmaison, qui n’entend pas céder la place à plus dynamique ou plus jeune. Tous ces gens ont eu une vie publique bien remplie, et ont, à divers moments, servi leurs concitoyens comme il se devait. Ils ont toutefois droit aussi à une retraite bien méritée, comme tous les Français.

A lire aussi, Martin Pimentel: Un langage de diplomate

Nouvelle énergie

A Rueil-Malmaison, Patrick Ollier peut-il encore remplir ses fonctions avec la même énergie, avec la même pertinence ? À l’aune de bouleversements majeurs, de l’apparition de l’intelligence artificielle, d’une redéfinition complète de l’organisation du travail qui touchera aussi bien les entreprises du secteur privé que les collectivités locales, il apparait à l’évidence que les solutions d’hier ne seront pas les réponses de demain. Hugues Ruffat, rival de Patrick Ollier, l’a assez bien résumé avec le nom de sa liste : « Réel », soit réalité. Cette réalité a été trop souvent occultée. Sans sombrer dans un jeunisme excessif, il est peut-être temps que les exécutifs locaux ne soient plus les baronnies de quelques caciques socialistes et républicains, qui survivent dans la vie politique au travers des mairies mais s’effacent du devant de la scène nationale au profit de nouveaux partis politiques depuis un peu plus de 10 ans (Renaissance, RN ou encore LFI). Les deux sujets sont peut-être bien plus liés qu’on ne l’imagine.

Mon nom figure-t-il dans les dossiers Epstein?

0
Invitée sur BFMTV jeudi dernier, Caroline Lang explique avoir rencontré Jeffrey Epstein en 2012 dans un cadre culturel et amical, notamment autour de visites d’expositions, et dit avoir détenu 50 % d’une société créée par lui pour soutenir des artistes, financée uniquement par lui, et assure avoir rompu tout lien après son arrestation. DR.

L’entregent hors-norme du criminel sexuel américain, mort en 2019, fait trembler les élites un peu partout autour du globle. L’affaire Epstein sonne ainsi le glas de l’élite mondialiste, observe notre chroniqueur. En France, Jack Lang a finalement démissionné de l’Institut du monde arabe.


« Rendre des comptes » : l’exigence fait paniquer l’intouchable élite cosmopolite et ses clones en France. C’est pour « rendre des comptes » que Jack Lang, qui présidait l’Institut du monde arabe, avait été convoqué dimanche, au Quai d’Orsay, pour y répondre de ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein et de soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». L’ancien ministre de la Culture, symbole usé d’une gauche caviar qui pétitionnait en 1977 pour dépénaliser la pédophilie et s’extasie toujours devant le rap et le graffiti, a préféré démissionner samedi. Depuis la publication, le 30 janvier par la justice américaine, de trois millions de nouveaux documents relatifs aux relations qu’entretenait le prédateur, suicidé en prison en 2019, le Landerneau de la jet set et du business international est victime d’un même trou de mémoire : personne, chez les mondains mondialistes, ne semble avoir remarqué les turpitudes qu’Epstein étalait dans ses pied-à-terre, notamment à Paris.

Vendredi, sur BFMTV, Caroline Lang a expliqué son amitié avec lui par leur goût commun pour l’Art contemporain. Son père était d’ailleurs depuis mercredi à Marrakech pour participer, à La Mamounia, à la fête annuelle de l’Art contemporain. Elle a admis avoir créé avec Epstein, en 2016, une société off-shore dans le paradis fiscal des Iles Vierges pour commercer des œuvres d’artistes sur le marché international. Elle a aussi reconnu l’avoir mis en contact avec Dominique Strauss-Kahn en tant que « spécialiste de l’économie mondiale ». Le Point relate notamment le jugement d’un journaliste américain affilié au village planétaire, qualifiant de « grotesque » le « monde des populistes », après avoir entendu un jour Louis Aliot (RN) et Steve Bannon.

En fait, l’affaire Epstein dévoile l’entre-soi, à forte odeur de décomposition, des puissants de la planète et leur mépris pour les gens ordinaires : une caste longtemps indéboulonnable, en guerre contre de prétendus « complotistes ». Cette oligarchie se disloque aujourd’hui, sous la pression d’une opinion consciente d’avoir été abusée par des moralisateurs défroqués. Un même vent de rébellion contre les faux prêcheurs de vertu s’observe en France, notamment à travers la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et la mise au jour de semblables pratiques claniques se sucrant sur le dos des contribuables. Comme l’explique le rapporteur Charles Alloncle au JDNews, « cette commission dérange un petit monde qui n’a jamais rendu de comptes à personne et qui ne voit aucune raison pour que ça change ». La virulence des critiques portées par le milieu « progressiste » contre Alloncle illustre la rage du camp du Bien, contraint d’avoir à s’expliquer, pour France Télévisions, sur l’usage dispendieux de l’argent public, mais aussi sur de possibles conflits d’intérêts et sur la violation de la neutralité éditoriale portée par certaines sociétés privées de production militantes, telle Mediawan (C à vous, C dans l’air…) fondée notamment par Matthieu Pigasse qui ne fait pas mystère de son engagement pour une « société ouverte ». Le glas sonne la fin d’un mondialisme pourri de l’intérieur.

La révolution des oubliés

Price: ---

0 used & new available from

«Nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie»

0
Grenoble, préfecture de l'Isère. DR.

De l’Arabie à Grenoble, même combat? Le 6 février à Grenoble, deux hommes ont jeté un engin explosif dans un petit institut de beauté, BK Maison Beauté, dans le centre, faisant six blessés légers dont un enfant de 5 ans avant de prendre la fuite. Les règlements de compte pour les points de deal se sont multipliés dans la capitale des Alpes ces dernières années.


Le 6 février, plusieurs individus ont jeté une grenade dans un institut de beauté du centre de Grenoble, faisant plusieurs blessés dont un enfant de cinq ans, et filmant l’attaque avant de diffuser la vidéo. Depuis, une autre vidéo circule (voir ci-dessous).

Après la DZ Mafia, les Fenec 38 !

Se présentant comme un message de revendication, elle émanerait du groupe « Fenec 38 » – logo avec dessin de l’animal sur fond de drapeau algérien – et se conclut par cette phrase : « N’oubliez pas, nous avons des soldats qui aiment la mort comme vous aimez la vie » suivie d’un surréaliste « merci de votre compréhension. »

Encore une milice armée algérienne opérant sur le territoire français, comme la DZ Mafia ? Oui, probablement – ce qui s’ajoutant à tout le reste devrait entraîner une réaction extrêmement ferme de la France contre l’Algérie, et pas seulement la pathétique « riposte graduée » que brandit depuis des mois le régime macroniste pour masquer sa très grande complaisance avec un pays qui nous est ouvertement hostile (je renvoie le lecteur aux analyses de l’ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt).

Encore de la violence à Grenoble, cette « vitrine » de l’écologie politique et fief de la gauche universitaire ? Oui, assurément – et même France Info avait été obligée d’y reconnaître une situation catastrophique, parlant de « criminalité en très nette hausse » et de « guerre ouverte dans la ville sur fond de trafic de drogue. »

A lire aussi: «DZ Mafia»: une mafia post-coloniale

Mais on passerait à côté de l’essentiel si on s’arrêtait là.

L’idée de combattants qui « aiment la mort comme vous aimez la vie » a une longue histoire. Reprise par l’Etat Islamique comme par Al Qaïda, elle aurait également été citée par Mohamed Merah. Elle vient cependant de beaucoup plus loin : son origine est une lettre que Khalid Ibn-al-Walid, chef militaire de génie à qui l’islam doit son expansion initiale, surnommé par le prophète de l’islam lui-même « le sabre dégaîné d’Allah », a envoyée en 637 au chef de l’armée perse avant de l’affronter lors de la bataille des Chaînes, à Kazima dans l’actuel Koweït. Dans cette lettre, Khalid Ibn-al-Walid exhorte son ennemi à reconnaître la suzeraineté du Calife et à payer la jizya (impôt spécial par lequel les non-musulmans achètent la « protection » des musulmans, cette « protection » devant s’entendre au sens mafieux du terme), c’est-à-dire à accepter une forme de « proto-dhimmitude », en menaçant « sinon, je vais marcher vers vous avec des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie[1]. »

Djihad d’atmosphère

Les « Fenec 38 » sont-ils un groupe jihadiste ? Stricto sensu, probablement pas, même s’il appartiendra à l’enquête de le déterminer. Ce n’en est que plus inquiétant : ils sont un épiphénomène, l’une des nombreuses manifestations plus ou moins conscientes d’une tendance de fond, nourrie de l’imaginaire des conquêtes islamiques et des razzias, pour qui les « mécréants » et leurs terres ne sont par définition que des proies. Qu’elle s’incarne dans des organisations jihadistes, dans la nébuleuse frériste et plus largement islamiste, dans des mouvements violents ponctuels comme les « supporters anglais » de Darmanin ou les émeutes de juin/juillet 2023, ou bien dans des groupes de narcotrafiquants comme la DZ Mafia – qui en réalité est beaucoup plus une milice armée étrangère financée par le narcotrafic qu’une simple bande criminelle – c’est bien cette tendance de fond le problème essentiel, et l’essence du problème.


[1] Il existe sans surprise plusieurs versions du texte, mais toutes concordent sur ce point passé à la postérité : les soldats de Khalid Ibn-al-Walid aimant la mort comme leurs ennemis aiment la vie.

L’école débordée par les agressions au couteau

0
Collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer, 3 février 2023 © adrienpittore/Neirdaprod/SIPA

Mardi 3 février, une professeure d’arts plastiques de 60 ans a été grièvement poignardée à plusieurs reprises dans sa classe du collège La Guicharde à Sanary-sur-Mer (83) par un élève de 14 ans. L’adolescent a reconnu avoir prémédité l’attaque en prenant un couteau chez lui. Alors que tous les observateurs bien sages se demandaient ce weekend comment encore susciter des vocations dans le professorat après cette nouvelle attaque en milieu scolaire, notre contributeur Charles Rojzman dénonce de son côté notre refus collectif de voir l’ensauvagement. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs, observe-t-il avec effroi.


À Sanary-sur-Mer, un adolescent de quatorze ans a poignardé sa professeure. Quatorze ans. Ce chiffre devrait suffire à faire tomber les masques. Il ne s’agit pas d’un simple fait divers. Il ne s’agit pas d’un dérapage individuel. Il s’agit d’un événement politique majeur, au sens le plus strict du terme : un enfant a porté la guerre au cœur de l’école. Et pourtant, immédiatement, le système se met en marche. Les médias parlent de drame. Les responsables invoquent le mal-être adolescent. Les experts convoqués expliquent, contextualisent, psychologisent. On fouille la famille, on scrute le passé, on cherche une fragilité intime — tout sauf regarder la réalité collective. Car ce qui s’est produit à Sanary n’est pas une anomalie. C’est une étape.

Bruit de fond

Depuis des années, les agressions à l’arme blanche se multiplient. Elles ne provoquent plus de choc durable. Elles sont intégrées au bruit de fond. Le couteau est devenu un objet social banal. Il circule dans les cartables, les poches, les halls d’immeuble. Il n’effraie plus. Il rassure celui qui le porte. Cela s’appelle une régression civilisationnelle.

Le couteau n’est pas une arme neutre. Il implique la proximité. Il suppose le contact. Il inscrit la domination dans la chair. Il appartient aux sociétés où l’État ne tient plus, où la loi abstraite ne suffit plus, où la violence redevient un langage. Le couteau apparaît toujours là où l’autorité disparaît. Il dit : l’institution est faible. Il dit : le corps de l’autre est disponible.

Ce que révèle cette violence juvénile, ce n’est pas une crise psychologique. C’est l’effondrement du cadre politique et symbolique. Nous avons détruit méthodiquement tous les piliers :

– l’autorité parentale, discréditée au nom de la bienveillance,

– l’autorité scolaire, neutralisée par la peur du conflit,

– l’autorité de l’État, dissoute dans la communication,

– l’autorité morale, remplacée par la compassion automatique.

A lire aussi, Lisa Kamen-Hirsig: Esclavage: quand la mémoire veut faire la leçon à l’Histoire

Nous avons remplacé la loi par l’émotion. La sanction par l’explication.
La limite par le récit. Et maintenant, nous récoltons. Ce jeune de quatorze ans est l’enfant parfait de notre idéologie : un individu sans repères solides, sans interdit intériorisé, élevé dans un monde où tout est négociable, où la frustration est vécue comme une violence, où la responsabilité est toujours déplacée ailleurs.

Il est le produit direct d’un système qui a sacralisé les droits en oubliant les devoirs.

On nous répète que ce n’est pas culturel. Que ce n’est pas civilisationnel. Que ce serait stigmatisant de le dire. Mensonge.

Il ne s’agit pas de race. Il s’agit de normes. Il s’agit de modèles anthropologiques. Il s’agit de sociétés parallèles installées durablement sur le territoire national, où l’honneur, la force, la réputation et la domination comptent plus que la loi commune.

Refus de voir

Dans ces univers mentaux, l’école n’est pas sacrée. Le professeur n’est pas respectable. L’institution est ennemie. L’Autre est une surface d’impact. C’est cela, le séparatisme réel. Pas celui des discours officiels. Celui des comportements. Et l’État le sait. Mais il refuse de le nommer, car le reconnaître obligerait à admettre l’échec de quarante ans de politiques migratoires, éducatives et culturelles. Il préfère fragmenter le problème : prévention ici, médiation là, cellules psychologiques ailleurs. Il refuse de voir l’ensemble.

Résultat : une société où les enseignants sont exposés, où les policiers sont haïs, où les citoyens apprennent à se taire, où les enfants grandissent sans intérioriser l’interdit fondamental : tu ne feras pas violence. Sanary marque un seuil supplémentaire : la violence quitte la rue pour pénétrer l’école. Quand un adolescent poignarde sa professeure, ce n’est pas une crise individuelle. C’est un effondrement politique. Cela signifie que la transmission est morte. Que l’école n’est plus protégée. Que l’adulte n’est plus figure d’autorité. Que l’enfant n’est plus contenu. Nous avons fabriqué une société molle avec des individus durs.

Nous avons désarmé moralement les institutions et laissé les pulsions occuper le terrain. Ce garçon de quatorze ans ne portait pas seulement un couteau. Il portait notre lâcheté collective. Car une civilisation ne disparaît pas sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît quand elle renonce à se défendre, quand elle ne sait plus imposer ses règles, quand elle préfère l’excuse à la limite, le pathos à la loi. Le couteau n’est pas arrivé par surprise. Il est le fruit logique d’un monde qui a confondu humanisme et abdication.

Haut les cœurs!

0
© Mairie de Béziers

Après les menaces sur le Groenland, le 49.3 de Sébastien Lecornu et les lunettes d’Emmanuel Macron, 2026 promet de nous réserver d’autres surprises. Et à l’approche des élections municipales, les petites saloperies volent en escadrille.


Machiavel

Voilà, c’est fini ! On aura finalement eu droit à un 49.3. Machiavel avait raison, une fois encore : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Après avoir affirmé, au début des discussions budgétaires, qu’il n’aurait pas recours à l’article 49.3, Sébastien Lecornu s’y est finalement résolu. Je ne vais pas faire semblant de m’indigner, la procédure honnie aura l’avantage de nous préserver de tout un tas de mesures plus dingues les unes que les autres votées par nos parlementaires au fil des débats, et bien souvent contradictoires au gré des absences ou présences dans l’hémicycle de tel ou tel groupe. Ainsi, l’amputation de près de 5 milliards d’euros de la dotation globale de fonctionnement (DGF) allouée aux collectivités territoriales proposée par le Rassemblement national. « Les autres partis blablatent et dépensent à tout-va, le RN vote 5 milliards de dépenses en moins », s’est ainsi vanté, sur son compte X, le député Jean-Philippe Tanguy. Sympa pour ses petits copains – ceux-là peuvent commencer à ramer – qui se présentent aux élections municipales, car c’est aussi le budget des communes qui était concerné.

Groenland

Tout le monde ou presque s’est félicité du recul de Donald Trump sur le Groenland après ses discussions avec l’OTAN. Il jure désormais qu’il n’utilisera pas la force pour s’emparer de l’île arctique. On peut toujours faire semblant de le croire… Pour lui résister, l’Union européenne y a dépêché… 37 soldats. Ce qui n’a pas manqué de faire ricaner certains : « On dirait le début d’une blague », a raillé le ministre italien de la Défense. Une telle blague que le gouvernement du Groenland a immédiatement distribué une « brochure de crise » à la population, qui énumère les stocks d’armes et de nourriture à avoir chez soi en cas d’attaque américaine. C’est dire la confiance que les habitants de l’île eux-mêmes placent dans ces renforts européens…

Municipales

Évidemment, je vous parlerai de… Béziers ! Avec des sondages encourageants pour le maire actuel, Robert Ménard, donné gagnant au premier tour dans toutes les hypothèses examinées. Et immédiatement décriés par l’opposition tout entière : vous pensez bien, un sondage IFOP, ce n’est pas sérieux ! Passons, nous ne sommes en effet qu’au commencement des coups bas, mensonges, mauvaise foi et autres peaux de banane qui font le « charme » de ces campagnes électorales. Certains jours, on se demande si on n’est pas totalement masochistes…

A lire aussi, Olivier Dartigolles: Coup de rouge

Crèche de Noël

Petit retour en arrière : alors qu’elle accueillait en moyenne chaque année entre 20 000 et 25 000 visiteurs, la crèche de Noël de Béziers a vu sa fréquentation exploser en cette fin 2025 : plus de 65 000 personnes ont défilé devant le petit Jésus installé dans notre Hôtel de ville. Un vrai pied de nez à ses détracteurs, et notamment à la Ligue des droits de l’homme. Je sais, ce n’est pas gentil, mais je n’y résiste pas…

Les lunettes de Kéké

Comment peuvent-ils être aussi nombreux à déclarer « détester » notre président de la République et, en même temps, se ruer vers la marque française Henry Jullien (passée sous pavillon italien en 2023…) pour acquérir les désormais célèbres lunettes bleutées portées par Emmanuel Macron à Davos ? En effet, le carnet de commandes du fabricant (toujours) installé dans le Jura explose. Ces fameuses lunettes « de Kéké », comme les a surnommées Isabelle Saporta dans une de ses chroniques matinales sur RTL, coûtent pourtant la bagatelle de… 650 euros ! Kéké : individu qui cherche à impressionner par son comportement et s’avère finalement ridicule et lourd. Pas de quoi émouvoir Donald apparemment…

Davos, 20 janvier 2026 © Markus Schreiber/AP/SIPA

Euthanasie

Les débats sur l’euthanasie et le suicide assisté ont repris au Sénat. Je l’avoue, ces discussions m’agacent terriblement. Je ne comprends pas la logique consistant à légiférer sur les soins palliatifs en même temps que sur l’euthanasie et le suicide assisté. Généralisons d’abord les premiers avant de nous engouffrer dans le système profondément injuste et inégalitaire que représentent les seconds. Inévitablement, il nous faudra nous aligner sur les législations les plus libérales. Et les expériences étrangères sont à cet égard sans appel. Au Canada, l’euthanasie peut être proposée à des patients atteints de déficience intellectuelle ou d’autisme. Aux Pays-Bas, on peut accéder à l’euthanasie à partir de 75 ans, sans pathologie particulière, sous prétexte qu’à partir de cet âge, il ne resterait rien à attendre de la vie. Bref, ce calendrier parlementaire a un drôle d’arrière-goût. L’euthanasie est-elle le sujet crucial de ce début d’année 2026 ? Cela ressemble décidément à une ultime opération de sauvetage du soldat Macron : à l’heure de son bilan, il faudra au moins qu’il ait l’air d’avoir tenu quelques-uns de ses engagements. Donner la mort en fera donc partie…

Culture

Le théâtre des Variétés a ressuscité à Béziers. Cette petite merveille, construite en 1904, était abandonnée depuis les années 1980. D’abord théâtre de music-hall, puis cinéma et même boîte de nuit, il a accueilli en son temps les plus grandes stars du music-hall d’avant-guerre, de Maurice Chevalier à Joséphine Baker. Pour son inauguration en cette fin du mois de janvier, après vingt-deux mois de travaux, des journées portes ouvertes étaient organisées. Plus de 5 000 personnes ont pu admirer la splendide rénovation. Avec quelques pépites savoureuses… Des enregistrements d’époque étaient en effet projetés sur la scène du théâtre. Et notamment quelques chansons de Fernandel, dont Le Tango corse ou Il en est… Qu’on ne pourrait assurément plus chanter aujourd’hui. Rafraîchissant !

Patrick Besson, toujours décapant!

0
Patrick Besson © BALTEL/SIPA

Patrick Besson est entré en littérature à 17 ans, l’âge où, paraît-il, on n’est pas sérieux. Je dirais que Patrick Besson – ne surtout pas le confondre avec Philippe ! – ne se prend pas au sérieux, ce qui me semble plus juste le concernant. Son premier roman, Les Petits Maux d’Amour (1974), commence ainsi : « Ensuite je me rappelle mal… » Son nouveau roman, Le jour où je suis tombé amoureux, écrit en quatre mois, pourrait débuter par : « Ensuite je ne me rappelle que trop bien. » Son texte est en effet assez autobiographique. Patrick Besson tient à rappeler quelques éléments de sa bio, comme s’il craignait qu’on ne les loupât. Il est né à Paris, le 1er juin 1956, à quatre heures cinquante-cinq du matin, « l’heure du diable ». Il insiste sur le fait qu’il fut communiste. L’est-il encore ? Ça ne m’étonnerait pas qu’il veuille être le dernier. En Amérique, où se déroule en grande partie Le jour où je suis tombé amoureux, ça signifie le chômage, la prison, la mort sociale. Il précise qu’il a écrit un livre sur le sujet, Julius et Isaac. Au passage, il souligne qu’il a raté de peu le Goncourt en 1992. On pourrait ajouter qu’il a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour Dara (1985) et le Prix Renaudot pour Les Braban (1995). Il ne conduit pas, habite Montmartre, une rue en pente, ne s’est guère soucié de son corps – « je l’ai laissé en paix puis on lui a fait la guerre » –, se souvient d’une virée à New York, en 1986, avec Berthet, Queffélec, Billetdoux et Neuhoff. Ce dernier est devenu académicien. Peut-être pour tenir en respect, planqué sous la coupole, la mort. « Ce châtiment auquel nul n’échappe, écrit Besson, même pas les académiciens français qu’on dit pourtant immortels. » Après plus de quatre-vingts livres, des centaines articles – de l’Huma au Figaro en passant par Le Point – il le mériterait. Michel Déon m’avait dit, en 1995, devant un verre de Jameson, chez lui rue de Beaune, que Patrick était l’écrivain le plus doué de sa génération. À propos de Frédéric Berthet, je le glisse ici, parce que je vais oublier sinon, Besson décoche deux phrases qui le résument : « Sa mort anodine comme une signature au bas d’un contrat de location de vélo électrique. Puis sa renaissance dans diverses collections de poche. » Il parle avec justesse des écrivains. C’est souvent grinçant. Exemple sur Hemingway : « Je ne suis pas un fervent supporter d’Ernest : romans sentimentaux à grosses épaules. Il a eu une utilité : montrer qu’on peut être écrivain en utilisant un minimum de mots. » Exemple, encore, sur Guillaume Musso, « l’écrivain aimé des idiotes françaises ». Il rappelle qu’on peut toujours lire Jean Dutourd, là c’est limite une faute de goût, mais passons. Il rend hommage à l’éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts en précisant que Le jour où je suis tombé amoureux ressemble à ses ouvrages de jeunesse, La Partie est belle et La comédie légère.

Y a-t-il une Jennifer dans l’avion ?

Après son troisième divorce, Besson s’est mis dans la tête d’épouser une jeune actrice nord-américaine, Jennifer Carpenter, à la bouche de travers, devenue célèbre grâce à la série télé Dexter. Il prend l’avion pour Hollywood avec la ferme intention de l’épouser. Durant le vol, il rencontre une autre Jennifer qui va le mettre en contact avec l’agent de l’actrice. Il y a donc deux Jennifer. Il faut suivre, car ça dépote chez Besson. Il n’y a pas de gras, son roman est un sprint, on est proche de Paul Morand. Ses descriptions, du reste, sont morandiennes. On arrive à Louisville, les rues y sont droites comme la plupart de celles des villes américaines. Attaque : « L’Amérique est géométrique. Seul le fleuve Ohio fait une courbe. » New York : « La ville est d’abord un port. Avec une île au milieu : Manhattan. Le vent a son importance. Il balaie les souvenirs. » Et puis d’autres phrases qui claquent comme un coup de fouet : « Le destin des chambres : être oubliées. » Ou encore : « L’échec du communisme ? La poussette qui dévale les marches dans le film d’Eisenstein : il y a Lénine à l’intérieur. » Ou encore : « L’autorité, c’est de ne pas répondre aux questions ; l’esclavage, c’est de ne pas avoir de réponse. » Et encore, ce constat : « Nos parents nous avaient pourtant laissé un monde facile comme une fille de joie. » C’est politiquement incorrect, l’esprit moutonnier est sans cesse boxé.

A lire aussi, Grégory Rateau: Thomas Wolfe ou la grande faim américaine

Jennifer Carpenter est mariée. Ça complique les choses. Ça pousse surtout le mari à flinguer l’écrivain. Il s’en sort, de peu. Entre temps, il y a un massacre chez le milliardaire Paul Raskolnikov, au bord de la piscine. Carnage chez les stars de Hollywood: George Clooney, Brad Pitt, Mel Gibson, Téa Leoni. Matt Damon s’en tire. Besson l’apprécie. Le rôle exorbitant de l’écrivain : faire mourir ceux qu’il déteste ; protéger ceux qu’il aime. La femme du milliardaire est épargnée. La beauté slave rejoindra l’écrivain à Paris, aux Abbesses. De belles descriptions du quartier, le pont Caulaincourt qui enjambe le cimetière Montmartre, le rappel qu’il « nous faudra tous mourir. »

Ça sent le sapin

La mort plane sur la fin de l’histoire. Ça reste enlevé, mais le ton vire à la nostalgie. Sur son lit, l’auteur devient oiseau ou « petit garçon qui court sous ses fenêtres pour ne pas arriver en retard à l’école maternelle. » Et puis, il y a sa mère : « Elle me reproche de ne pas être allé à ses funérailles. » L’affaire ne semble pas réglée et le temps presse. Les beaux jours, qui reviennent à la charge, le prouvent. Comment les coucher sur la feuille blanche ? « Ils sont pourtant les seuls dont, sur son lit de mort, un individu se souvient », écrit Besson, qui ajoute : « Il quitte la planète le sourire aux lèvres car sa mémoire ne lui présente plus qu’extases et enchantements de naguère et d’autrefois. »

Il faut pourtant continuer le jeu, mêler fiction et réalité, secouer le tout dans un shaker de palace, emporter le lecteur une nouvelle fois. Et finir par se demander : « Mais on joue contre qui ? pas un dieu, tout de même ? »

176 pages

Le Jour où je suis tombé amoureux

Price: ---

0 used & new available from

Voir et revoir

0
© Philippe Lacoche.

Chaque semaine, Philippe Lacoche nous donne des nouvelles de Picardie…


Faut-il revoir une œuvre, un spectacle, une pièce qu’on a aimés ? Faut-il relire un livre qu’on a adoré ? C’est la question que nous nous sommes posée, la Sauvageonne et moi, en ce gris dimanche de février. Fallait-il nous rendre à la Comédie d’Amiens pour assister à la célèbre pièce Le Dîner de cons, de Francis Veber, créée en 1993 au Théâtre des Variétés à Paris, et adaptée au cinéma en 1998 sous le même titre et par le même auteur ? Nous n’avons pas hésité longtemps. Oui, bien sûr. Nous avions en tête les jeux de Jacques Villeret (François Pignon), Thierry Lhermitte (Pierre Brochant), Daniel Prévost (Lucien Cheval). Epatants, inimitables, magnifiques. De plus, la présente adaptation réalisée par la metteuse en scène Louise Cassin à la suite d’une commande de Bruno Romier, directeur de la Comédie d’Amiens, proposait une nouvelle distribution : Loïc Lacoua (François Pignon) ; Arthur Loisel (Pierre Brochant) ; Auguste Lagdirir (Juste Leblanc) ; Mathilde Perrin (Marlène), Louise Cassin (Christine) ; Arthur Bouilly (Dr Archambaud et Lucien Cheval). Nous n’avons pas regretté notre déplacement. Comédiens de grand talent ; mise en scène efficace, limpide et virevoltante.

A lire aussi: L’Histoire par le menu

« Il faut savoir qu’il y a deux versions : le film et la pièce », explique Louise Cassin. « J’ai procédé à des ajouts très légers. On s’est rendu compte que la pièce était assez différente du film. La première dure deux heures et demie ; le second, une heure quarante. Dans la pièce, les personnages féminins sont beaucoup plus importants qu’ils ne le sont dans le film. En ça, on s’est rapprochés de l’esprit du long-métrage car on ne voulait pas perdre les gens qui, en grande majorité, avaient d’abord vu le film. Dans la pièce de base, le personnage de Marlène est beaucoup plus important que sur grand écran ; elle raconte son voyage en Inde. Elle est victime d’une sorte d’agression. Elle flirte avec François Pignon ; nous avons occulté ce passage car j’ai eu peur qu’on nous reproche de nous être approprié l’œuvre. » Etrangement, la troupe n’a pas de nom. « L’année dernière, le directeur de la Comédie d’Amiens, Bruno Romier, nous avait commandé Le Prénom que j’avais mise en scène. On a repris la même équipe et on a engagé Arthur Bouilly qu’on a découvert pour ce projet. Par ailleurs, on travaille sur d’autres projets théâtraux ; quelques-uns font un peu de cinéma. On est tous basés à Paris. Je connaissais Bruno Romier. Je l’ai rencontré il y a trois ans. Il m’avait engagée pour une pièce ; puis, il a eu l’idée de faire Le Prénom et Le Dîner de cons. La première de cette pièce a été donnée ici le 25 décembre 2025, puis on l’a jouée ici quinze fois. Aujourd’hui, ça devait être la dernière mais il y aura deux dates supplémentaires le 29 mars et le 16 avril. On espère qu’en 2026-2027, on reviendra jouer la pièce ici ; on espère aussi faire une tournée. »

Des projets, ces jeunes comédiens n’en manquent pas. Louise Cassin et Arthur Loisel jouent à Paris, à la Grande Comédie, la pièce Pourquoi les filles aiment les connards ? Loïc Lacoua, on le retrouve dans le rôle d’Al Capone, à Paris, au Théâtre des 3 Clés. Ces jeunes gens n’ont pas peur du grand écart ; c’est une qualité.

19€