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Cuba à l’agonie

Carte postale expédiée depuis le dernier régime communiste du monde avec la Corée du Nord


Cuba à l’agonie
Les beaux immeubles s’écroulent... Cuba, janvier 2026. DR.

La question de la chute du régime cubain revient aujourd’hui avec une acuité particulière. L’enlèvement du président Nicolás Maduro, au Venezuela, a en effet ravivé parmi la population cubaine un espoir longtemps étouffé, dans un contexte d’asphyxie politique et économique.


Sur le plan politique, la situation demeure inchangée à Cuba. Aucune forme de dissidence n’est tolérée. La moindre manifestation publique — qu’il s’agisse d’un rassemblement ou d’une simple pancarte — entraîne immédiatement une répression sévère. En revanche, la situation économique, déjà fragile, se détériore à un rythme accéléré. La pénurie de pétrole touche désormais tous les secteurs. Même dans les quartiers touristiques de La Vieille Havane ou dans celui des ambassades à Miramar, les ordures s’accumulent et ne sont plus ramassées régulièrement, faute de carburant pour les camions.

Des salaires dérisoires

Pour ceux qui disposent de devises étrangères, dollars ou euros, la pénurie est moins visible. Mais pour l’immense majorité de la population, dont les salaires oscillent au marché parallèle entre l’équivalent de six euros par mois pour un enseignant et trente euros pour un médecin ou un ingénieur, la situation est dramatique. À tel point que beaucoup de diplômés de haut niveau abandonnent leur profession pour se lancer dans des activités commerciales privées, désormais autorisées mais strictement encadrées.

Les « apagones » pourrissent la vie quotidienne

Le système de rationnement — la libreta — qui autrefois garantissait à chaque famille un minimum de produits de base, ne fonctionne plus. Les distributions sont inexistantes ou accumulent des mois de retard par rapport aux quotas théoriques.

Toutefois, ce qui affecte le plus la population — et pourrait déclencher une révolte — ce sont les apagones, les coupures d’électricité pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures quotidiennes à La Havane, à l’exception des zones touristiques et du quartier diplomatique.

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Pour ceux qui n’ont pas accès à des devises étrangères, la situation est jugée semblable voir pire — car tous les Cubains ne sont désormais plus logés à la même enseigne — que celle, très dure, de la « période spéciale » qui suivit l’effondrement de l’URSS. À l’époque, le régime avait dû se réorganiser en misant sur une légère ouverture au secteur privé et surtout sur le tourisme, qui lui assura pendant quatre décennies une source essentielle de revenus.

Aujourd’hui, même cette ressource s’épuise : les hôtels, construits en grand nombre, sont vides. Les tensions politiques, la médiocre qualité des services et la dégradation générale du pays expliquent cette chute du tourisme. Malgré la guerre en Ukraine, des vacanciers russes sont présents en grand nombre, mais cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur, en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les pénuries dans la santé

Le système de santé, autrefois fierté du régime, est lui aussi en état de délabrement avancé, faute de matériel médical et de médicaments de base. On ne trouve un produit aussi élémentaire que le paracétamol (Doliprane) que sous le manteau.

Surtout, outre la faible production locale, Cuba ne dispose plus que de trois sources de pétrole — le Mexique, la Russie et l’Algérie — dont aucun ne semble en mesure de compenser la défaillance du Venezuela, autrefois premier fournisseur en échange de l’envoi de centaines de médecins cubains. De longues files de voitures s’accumulent devant les rares stations-service approvisionnées où l’on paye uniquement en dollars.

Les pharmacies sont vides

La figure ambiguë de Donald Trump

La figure du président américain Donald Trump occupe une place centrale dans les discrètes conversations privées avec des étrangers. Le régime a reconnu la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Maduro, les présentant comme des héros. Pourtant, une partie de la population souhaite une intervention militaire américaine, dans une relation ambivalente. D’un côté, les sanctions américaines — sur le pétrole, les banques et les plateformes de réservation même pour des non-Américains — contribuent aux coupures d’électricité et aggravent la vie quotidienne. De l’autre, beaucoup ne semblent pas en tenir rigueur au président américain, attribuant la responsabilité exclusive des pénuries et de la vie chère au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.

Une petite partie des gens âgés continue toutefois de vouer un attachement quasi mystique à Fidel Castro, mais pas à son frère Raúl, ni aux dirigeants actuels. Ce sentiment est cependant loin d’être majoritaire chez les retraités, qui touchent des pensions de six à dix euros par mois et sont souvent obligés de chercher un petit boulot même à un âge très avancé…

Vendeurs dans les rues…

Jusque quand ?

Si elle en avait l’intention, la Chine — qui dispose à Cuba de bases de surveillance des télécommunications américaines — pourrait tenter de sauver le régime, mais elle ne semble pas disposée à s’engager fortement, ni à provoquer les États-Unis à quelques encablures de leurs côtes. À La Havane, la question est de plus en plus de savoir non pas si le régime tombera, mais quand, et surtout par quoi il sera remplacé. À moins que les dirigeants cubains ne trouvent un accord — mais sur quelles bases ? — avec le maître de Washington.

En attendant, la population souffre et les magnifiques façades néocoloniales du mythique Malecón, le bord de mer envahi par les flots à chaque marée, s’écroulent peu à peu, à l’image du régime.



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