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Relire Paris

Gilles Schlesser publie une précieuse anthologie : Les Flâneries littéraires de Paris, ou comment arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains.


Flâner est un des plus beaux mots de la langue française. Et un art typiquement parisien. On peut se perdre avec volupté dans mille autres villes, mais jamais si bien qu’à Paris. C’est pourquoi notre littérature est peuplée de scènes de rue, d’errances sur les boulevards, de déambulations dans notre capitale. C’est également pourquoi Gilles Schlesser a eu l’idée de réunir ces morceaux choisis d’écrivains-flâneurs qui ont conté Paris.

Les chapitres divisés en arrondissement, on se promène de quartier en quartier, sous le patronage, entre bien d’autres, de Léon-Paul Fargue, Henri Calet, Patrick Modiano, Théophile Gautier ou Léon Daudet. Que l’on picore en dilettante ou que l’on scrute en spécialiste, le plaisir est au rendez-vous. Des propos mondains d’André de Fouquières sur Jean Lorrain, « trouble d’aspect, homme fardé aux paupières bleuies, aux mains chargées de camées, aux cravates et aux gilets extravagants » après un dîner dans le quartier de la Madeleine, jusqu’aux mots simples et tendres d’Eugène Dabit qui, pour se « remettre le cœur en place », fait un tour rue de Belleville, il y en a pour tout le monde. Adresses, souvenirs, vieilles maisons et échoppes oubliées renaissent page après page.

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Gilles Schlesser, déjà auteur d’un Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris, nous fait entendre sa voix, en marcheur et narrateur de cette histoire d’encre et de pas. À côté d’un Huysmans exalté, en aparté des mots merveilleux d’Alexandre Vialatte, il conseille et conduit vers des places, des cafés ; il se remémore aussi des anecdotes et retourne vers sa bibliothèque en quête d’une phrase égarée. Par exemple, celle de Nerval que je me répète toujours en descendant la rue Royale : « Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. » On rêverait de démarrer un livre et finir une vie ainsi.

Notre petite Lutèce (huit fois plus menue que Berlin, quinze fois plus que Londres) nous donne la chance de sentir le poids d’un passé mémorable à chacune de ses artères – ou presque. André Salmon et Apollinaire pour leurs nuits de joie rue de la Gaîté « mangeant des frites, avalant des crêpes, suçant des glaces, gobant des huîtres ou bâfrant des moules, le tout arrosé de gaillac et piqué de petits marcs » ; Marcel Aymé ou Léo Malet que l’on s’amuse à croiser dans cette rue Jean-Pierre-Timbaud qu’ils ne reconnaîtraient sans doute plus aujourd’hui ; le Bœuf sur le Toit, le vrai, celui du 28, rue Boissy-d’Anglas, où l’on entend « ce bruit de vitres brisées que faisait la voix enchantante de Cocteau, qui résonnait par-dessus les tables ». Ce sont ces souvenirs charmants de tant d’esprits libres en liberté qui font peut-être encore venir certains jeunes provinciaux à Paris, et qui, plus tard, les empêchent même d’en partir.

Les Flâneries littéraires de Paris, Gilles Schlesser, Séguier, 2025.

Les Flâneries littéraires de Paris

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Une histoire de (la) pensée


Le livre s’intitule La profondeur du présent. Ce n’est pas un pavé de 300 pages. C’est un livre d’entretien entre le philosophe Rémi Brague, membre de l’Institut, et le journaliste Charle-Henri d’Andigné, qui, à travers les étapes de la pensée occidentale, brosse un tableau de la culture européenne. Encore un livre d’idées, dira-t-on ! Un de plus ! On aurait tort. Loin de toute idéologie et de toute nostalgie, de toute abstraction aussi, ce livre, fruit d’un regard savant et positif, se présente comme un vademecum qui remet en place nos idées.

L’identité excentrique européenne

Les questions posées sont attendues, mais formulées avec pertinence : sur l’héritage gréco-romain, la chrétienté, la religion et la civilisation islamiques, l’humanisme et la modernité, la « post modernité », « l’intellectuel ». Les réponses, concrètes et concises, sont faites à partir des lectures, des amitiés, des publications. Comme il est impossible de tout passer en revue, contentons-nous de quelques remarques. Et d’abord sur l’Europe. Rappelant les « nœuds borroméens » de la culture européenne que sont Athènes, Rome, Jérusalem, avec sa matrice chrétienne, l’auteur du best-seller, La Voie romaine, insiste sur l’« identité excentrique » de l’Europe, faite d’accueil intelligent à l’autre, celle-là même qui, reniée à notre époque, coupe notre continent de ses sources. Rappelant également le fondement intellectuel et spirituel de l’Europe face à un « modernisme » outrancier, Rémi Brague dit son attachement aux grands romanistes que furent Curtius, Auerbach, Hugo Friedrich. Et c’est avec honnêteté qu’il évoque les promesses, non tenues sans doute, mais non taries, des pères fondateurs.

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Tout ce qui concerne la religion est particulièrement précieux sous la plume d’un philosophe, familier du grec et de l’arabe, qui énonce des évidences, tout en distinguant religion et civilisation. Sur la violence supposée de toute religion, Rémi Brague rappelle que les violences de la Bible sont des « récits » fantasmés, non des faits réels, des « rêves rétrospectifs » de fidèles, projetés dans le passé pour éliminer les divinités régnantes. A une époque de syncrétisme à tout va, il est bon d’avoir en tête les différences structurantes entre les religions et faire litière de leur prétendue filiation par Abraham. Si les juifs et les chrétiens ont en commun l’alliance d’un Dieu avec son peuple, l’islam ne connaît pas l’Alliance. Et si on parle sans cesse d’islamophobie, on ne parle guère, dit Brague, de la tradition d’islamophilie qui a caractérisé les élites françaises au XVIII ème siècle et à la charnière du XIXème siècle et du XXème siècles. Et le philosophe rappelle aussi la polémique universitaire violente, pas si lointaine, qui toucha, au prétexte de lois mémorielles, l’historien Sylvain Gouguenheim, descendu en flammes pour avoir soutenu que, si l’héritage philosophique grec était passé par les Arabes, il était aussi passé par les monastères chrétiens. Quant au « vrai islam » que l’on distinguerait du faux islam, c’est une vraie question, dit Brague puisque, s’il est possible de dire ce qu’est l’islam, il est impossible de définir « ce que l’islam n’est pas ». Portes ouvertes, dira-t-on, que ces propos ? Pas si sûr, si on écoute les médias.

Piques aux confrères

Dans cette République des Lettres, le lecteur cultivé retrouvera les noms qui lui sont familiers et en découvrira bien d’autres. La plume, assurément, est érudite mais généreuse dans le partage précis de ses sources. Et soyons rassurés, il y a aussi, dans ce livre, quelques « corrections fraternelles » non dénuées de charme !

Désincarné, ce livre ? Penseur « modérément moderne » , pour reprendre le titre d’un de ses livres, conservateur mais non réactionnaire, pas flingueur pour deux sous (encore que…), Rémi Brague ne craint pas de faire quelques confidences sur ses origines et ses goûts : orphelin de père, marqué pour toujours par cette privation originelle, père de famille, catholique qui ne se renie pas, sentimental invétéré et même « d’un tempérament terriblement porté à la nostalgie », il aime les chansons et les derniers quatuors de Beethoven. Et, bien sûr, Tintin. Professoral, alors, ce livre ? Oui, et c’est tant mieux ! Rappeler, sur un ton apaisé, les grandes vérités de notre pensée, est une forme d’engagement. Le titre de l’avant-dernier chapitre, emprunté à Verlaine, laissera peut-être sur leur faim les esprits non avertis, mais reconnaissants envers le philosophe de parler de la « sainteté du sensible » chez Vermeer et de ne pouvoir lire Un cœur simple de Flaubert sans être ému aux larmes.

274 pages

La Profondeur du présent: Une histoire de (la) pensée

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J.G. Ballard ou l’annonce de notre effondrement

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L’écrivain d’anticipation britannique a vu venir et a su décrire avant tout le monde notre société éclatée.


Une tour de béton, des ascenseurs en panne, des voisins qui deviennent des ennemis. Ça ne vous rappelle rien ? Publié dans les années 1970, I.G.H. de J.G. Ballard (1930-2009) n’a rien d’un roman d’anticipation poussiéreux. C’est une autopsie froide et rageuse de nos sociétés contemporaines, de leur verticalité sociale, de leur peur du chaos et de leur foi aveugle dans l’ordre technique. En enfermant ses personnages dans un immeuble censé tout résoudre, Ballard révèle ce que nous refusons de voir : la fragilité extrême du vivre-ensemble et la violence prête à surgir dès que le vernis craque.

Le vivre-ensemble : une fiction confortable

Il y a dans I.G.H. quelque chose qui ne vieillit pas. Pas parce que le roman serait « visionnaire » au sens banal du terme, mais parce qu’il touche à ce point mou, obscène, refoulé : ce que nous sommes quand le vivre-ensemble cesse d’être une fiction confortable. Ballard n’écrit pas sur le futur. Il écrit sur ce qui attend déjà derrière la porte, dans le couloir, dans l’ascenseur bloqué.

Au départ, tout est propre. Trop propre. Une tour luxueuse, autonome, verticale, rationnelle, conçue pour abolir le dehors. Une machine à habiter, à consommer, à coexister sans heurts. Une promesse moderne : plus besoin de la ville, plus besoin des autres, tout est là. Le progrès empilé étage après étage. La paix sociale par l’architecture. Ballard décrit ce décor avec une neutralité clinique, presque publicitaire, comme si la langue elle-même avait été aseptisée par le béton et l’acier.

Et pourtant, très vite, quelque chose déraille. Pas une grande catastrophe. Non. Des détails. Des pannes. Des dysfonctionnements. Des micro-frustrations. Et c’est là que Ballard frappe juste : la société ne s’effondre jamais sous les grands récits, mais sous l’accumulation de petites humiliations. L’eau qui manque. L’ascenseur qui ne répond plus. Le voisin qui occupe « trop » l’espace. Dans le roman, ces incidents sont décrits comme des événements presque anodins, avant de devenir des déclencheurs de haine. « Les coupures de courant semblaient exciter les résidents plus qu’elles ne les inquiétaient », note Ballard, comme si le confort moderne contenait déjà le désir de sa propre destruction.

Ordre nouveau

La tour devient une carte mentale. Les étages supérieurs regardent vers le bas comme on regarde un territoire inférieur. Les étages inférieurs ruminent, envient, haïssent. On ne parle plus de classes sociales, on parle de zones, de territoires, de clans. Ballard se moque de la lutte des classes au sens traditionnel : ici, il n’y a pas de conscience politique, pas de projet, pas d’idéal. Il y a seulement la jouissance trouble de la domination et le plaisir de la revanche. Rien de noble. Rien d’héroïque. « Chaque étage développait sa propre identité », écrit-il, comme si la géographie suffisait à fabriquer une idéologie.

Et c’est précisément pour cela que I.G.H. est un roman profondément politique. La violence qui s’installe n’a rien de révolutionnaire. Elle est régressive. Infantile. Primitive. Les habitants de la tour ne cherchent pas à renverser un système : ils s’y abandonnent. Ils acceptent la brutalité comme une forme d’ordre nouveau, plus simple, plus instinctive. La loi disparaît, remplacée par l’habitude. La barbarie n’est même plus scandaleuse : elle devient décor. Ballard décrit cette dérive sans emphase, avec une langue sèche, presque plate, qui rend la violence encore plus insupportable.

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Ballard décrit alors quelque chose d’insupportable à admettre : la civilisation n’est pas un progrès moral, mais un vernis fonctionnel. Et ce vernis craque dès que la structure censée le garantir se retourne contre ceux qu’elle devait protéger. La tour, conçue pour canaliser les pulsions, finit par les libérer. Elle isole, elle uniformise, elle contrôle – et dans ce contrôle même, elle excite ce qu’elle prétend contenir. À mesure que le roman avance, la phrase ballardienne se fait plus froide encore, comme si la langue elle-même s’alignait sur la logique de l’immeuble, répétitive, circulaire, sans échappatoire.

Ce que les personnages perdent, ce n’est pas seulement la morale, mais le sens même du collectif. Les alliances se font et se défont. Les groupes éclatent. Le territoire lui-même cesse d’avoir une valeur stable. Chacun finit par se replier sur une solitude féroce, armée, paranoïaque. L’homme n’est plus un citoyen : il redevient une bête retranchée dans sa tanière verticale. L’une des scènes les plus glaçantes montre un personnage mangeant seul sur son balcon, indifférent au chaos alentour : image d’une humanité qui a cessé de se penser comme telle.

Comment ne pas voir notre monde dans ce miroir ?

Nos sociétés contemporaines se pensent unifiées, connectées, fluides. Mais elles sont traversées par les mêmes lignes de fracture invisibles. Nous vivons dans des tours symboliques : économiques, numériques, idéologiques. Nous croyons à l’intégration, à la normalisation, à la gestion rationnelle des conflits. Et pourtant, la peur d’une guerre civile – larvée, diffuse, éclatée – hante les discours, les imaginaires, les médias. Non pas une guerre frontale, mais une guerre de voisinage, de ressentiment, de défiance.

I.G.H. parle de notre angoisse fondamentale : celle de découvrir que le vivre-ensemble ne tient qu’à des conditions matérielles fragiles, et qu’une fois ces conditions altérées, il ne reste rien d’autre que la loi du plus adapté, du plus violent, du plus haut perché.
Ballard ne moralise jamais. Il observe. Il dissèque. Il pousse l’expérience jusqu’au bout. Et ce qu’il nous montre est glaçant : nous ne sommes pas trahis par la modernité, nous sommes révélés par elle. La tour ne corrompt pas ses habitants ; elle leur donne simplement l’occasion d’être ce qu’ils étaient déjà, en silence.

C’est pour cela que ce roman continue de brûler. Parce qu’il ne propose aucun refuge idéologique. Parce qu’il ne sauve personne. Parce qu’il nous regarde sans ciller et semble murmurer : voilà ce que vous êtes, dès que l’ordre cesse de vous tenir la main.
Relire I.G.H. aujourd’hui, ce n’est pas redécouvrir un classique : c’est reconnaître un paysage familier. La tour de Ballard n’est plus un symbole, c’est une forme généralisée – économique, sociale, mentale. Nous y habitons déjà. Et si le roman continue de déranger, ce n’est pas parce qu’il annonce l’effondrement, mais parce qu’il suggère autre chose, de plus insupportable encore : l’effondrement n’est pas devant nous, il est une possibilité intime, prête à s’activer dès que l’architecture du monde cesse de tenir.

La trilogie de béton: Crash, l'île de béton, I.G.H.

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Mort de Quentin: Erreur Système

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Notre chroniqueur revient sur le meurtre de Quentin, trop français pour le système, selon lui. Le procureur de la République de Lyon prendra la parole vers 15 heures. S’il s’avère que les meurtriers étaient bien membres de la Jeune Garde, le fameux groupe « antifa » dont Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse, est le cofondateur, le parti de Jean-Luc Mélenchon pourrait connaître une grave crise.


C’est reparti ! La perspective présidentielle attise les ambitions. Mais la valse des egos est surannée. Jeudi soir, sur TF1, c’est Bruno Retailleau (LR) qui a annoncé sa candidature, tandis que Quentin Deranque sombrait dans un coma mortel après son lynchage par des « antifas » à Lyon. « Je veux que la France se relève », explique aussi Retailleau dans le Figaro Magazine. Dans le même hebdomadaire, Éric Zemmour se présente comme « l’incarnation de cet immense mouvement en France » qu’est le réveil d’un peuple qui ne veut pas mourir. Mais sont-ce bien ces immodesties de sauveurs autodésignés qu’attendent les Français ? La prestation de Retailleau a fait partir 700.000 téléspectateurs, selon Le Parisien de samedi. Zemmour, que Sarah Knafo présente comme « l’homme de l’histoire », reste dans l’étiage des sondages.

Les craintes identitaires françaises délégitimées depuis trop longtemps

Rien de s’enclenchera tant que les oubliés ne seront pas appelés en renfort. Les «moi» et les «je» des prétendants, aussi brillants soient-ils, ne sont plus opérants. Les bernés ont suffisamment donné dans le registre de l’enflure. L’homme providentiel est une chimère. Il n’y aura pas de « moment gaullien » en 2027 car il n’y a plus de « Grands Hommes ». La Ve République offre un costume trop grand. D’ailleurs, Retailleau analyse cette situation quand il dit : « Je redonnerai au peuple le pouvoir de décider ». Cependant, promettre de « renverser la table » oblige à fédérer préalablement les colères françaises. Or la société éruptive, cette révolution conservatrice qui rebute la droite centriste et populophobe, reste laissée à elle-même. Avant d’entrer dans la course, le candidat devrait apprendre plus humblement à dire « nous ». La crise de la démocratie force à entendre le parti du peuple, ce « front populiste » appelé à co-écrire une histoire française avec des élites qui le suivent enfin.

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Une guerre civile est à conjurer. Elle est l’autre éléphant dans le salon, à côté de l’immigration invasive. A force de délégitimer les craintes identitaires des autochtones et de s’attendrir sur les minorités agressives, les partis conformistes, Emmanuel Macron en tête, ont fait des nationaux des cibles à abattre. La partie molle des Républicains demeure dans cette débandade, quand ses membres refusent l’union avec Éric Ciotti ou Marine Le Pen.

C’est pourri, c’est LFI ?

Quentin Deranque, 23 ans, a été tué parce qu’il protestait contre la mainmise de la gauche totalitaire sur l’enseignement supérieur. Il protégeait les jeunes femmes occidentales du mouvement Némésis, venues dénoncer la présence de Rima Hassan à Sciences-Po à l’aide d’une banderole : « Islamo-gauchistes hors de nos facs ». Outre une militante brutalisée, Quentin a été tabassé, à terre, par des nervis de la députée LFI, antisioniste et anti-France.

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La semaine dernière, c’est un djihadiste français, Brahim B., qui a été tué par la Garde Républicaine après s’en être pris, sous l’Arc de Triomphe, à des gendarmes qu’il voulait « flinguer ». Dans les deux cas, la terreur a des liens avec Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de l’islam radical. La haine de la France française fédère les islamo-gauchistes, qui entendent faire pression sur les votes à venir. Aussi revient-il aux Français de se défendre, sans attendre le réveil des politiques. Pourquoi pas une manifestation de masse en souvenir de Quentin, tué pour avoir défendu son pays ?

RS

La révolution des oubliés

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Rubio à Munich: plus conciliant que Vance?

Selon Randy Yaloz, Republicans Overseas, l’intervention du Secrétaire d’Etat de Donald Trump, samedi, était une invitation au réalisme transatlantique.
La France doit saisir cette opportunité pour redéfinir un partenariat fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle, estime-t-il.


Le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité constitue un moment révélateur de l’évolution de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump. Pour les dirigeants français et européens, il ne s’agit pas simplement d’une intervention diplomatique de plus, mais d’un signal stratégique sur la direction durable des relations transatlantiques. Ce discours n’était ni une rupture brutale ni un simple exercice de communication. Il s’inscrit dans une continuité idéologique avec les priorités du mouvement républicain actuel, tout en adoptant un ton plus conciliant que certaines déclarations précédentes. Rubio a insisté sur les racines communes entre l’Europe et les États-Unis, qualifiant l’Amérique « d’enfant de l’Europe », tout en maintenant des positions fermes sur l’immigration, le commerce et les institutions internationales.

Une doctrine plus réaliste et centrée sur l’intérêt national

Le message central de Rubio à Munich reflète une évolution vers une politique étrangère américaine plus réaliste et axée sur les intérêts nationaux. Selon plusieurs analyses, il a remis en cause l’idée que le libre-échange et l’ordre international libéral suffisent à garantir la paix et la prospérité. Cette vision marque une rupture avec les décennies d’internationalisme bipartisan qui ont caractérisé la politique américaine depuis la fin de la guerre froide. Rubio a également évoqué les effets négatifs de certaines politiques commerciales sur l’industrie américaine et a laissé entendre que les États-Unis pourraient agir de manière plus unilatérale si leurs intérêts fondamentaux étaient menacés.

Pour les Européens, cela confirme une tendance déjà perceptible : Washington continuera de privilégier ses priorités économiques et sécuritaires, même au prix de tensions avec ses alliés.

Un ton apaisant, mais des divergences persistantes

Si le fond du message est resté fidèle aux orientations de l’administration Trump, le ton adopté à Munich a été nettement plus conciliant. Plusieurs observateurs ont noté que Rubio cherchait à réparer une relation transatlantique fragilisée, notamment après des discours plus durs de responsables américains les années précédentes. Il a souligné que les États-Unis et l’Europe restent unis et a exprimé le souhait de renforcer la coopération, malgré les différends. Cependant, les réactions européennes ont montré une certaine méfiance. Des responsables de l’Union européenne ont rejeté les critiques américaines sur l’immigration et la prétendue « érosion civilisationnelle » du continent.

Cette dualité — ton amical, désaccords substantiels — caractérise désormais la relation transatlantique.

Un contexte de tensions structurelles

Le discours de Rubio s’inscrit dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l’Europe ont été mises à l’épreuve par des désaccords sur le commerce, l’Ukraine, la défense et la souveraineté stratégique.

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, Washington a adopté une approche plus transactionnelle envers ses alliés, notamment sur les dépenses de défense et les questions commerciales. Ces tensions ont poussé certains dirigeants européens à accélérer les discussions sur l’autonomie stratégique et le renforcement des capacités de défense européennes.

Ce que la France et l’Europe devraient comprendre

Pour la France et ses partenaires européens, quatre leçons principales se dégagent du discours de Munich. Premièrement, le changement américain est durable. La doctrine exposée par Rubio ne doit pas être perçue comme une parenthèse politique, mais comme l’expression d’un courant profond dans la société américaine. Une politique étrangère davantage centrée sur les intérêts nationaux, la souveraineté économique et la sécurité des frontières bénéficie d’un soutien électoral réel aux États-Unis. Deuxièmement, l’alliance transatlantique demeure, mais sous conditions. Rubio a clairement indiqué que Washington souhaite continuer à coopérer avec l’Europe. Cependant, cette coopération sera de plus en plus conditionnée à un partage des charges, à des politiques commerciales perçues comme équitables et à une convergence stratégique sur les grands enjeux. Troisièmement, l’Europe doit renforcer son autonomie sans rompre l’alliance. Le discours de Munich confirme que les Européens ne peuvent plus dépendre exclusivement du parapluie américain pour leur sécurité. Mais il ne justifie pas une rupture avec Washington. Au contraire, une Europe plus forte militairement et économiquement peut devenir un partenaire plus crédible et plus respecté aux yeux des États-Unis. Quatrièmement, la question iranienne reste un test stratégique majeur. Dans la vision républicaine actuelle, la stabilité du Moyen-Orient ne peut être assurée tant que le régime des mollahs à Téhéran poursuit une politique d’expansion régionale et de confrontation avec l’Occident. Une évolution interne de l’Iran, portée par une révolution du peuple iranien et l’émergence d’un gouvernement plus représentatif et moins idéologique, est perçue par de nombreux responsables américains comme un élément clé d’un nouvel équilibre régional. Dans cette optique, la politique étrangère de Donald Trump ne se limite pas à des accords ou à des sanctions ponctuelles, mais vise à créer les conditions d’un changement durable, qui bénéficierait non seulement aux Iraniens eux-mêmes, mais aussi à la sécurité de l’Europe et des États-Unis.

Une opportunité pour un nouveau réalisme transatlantique

Plutôt que d’interpréter le discours de Rubio comme une menace, la France et l’Europe devraient y voir une invitation à un nouveau réalisme transatlantique.

Les États-Unis n’abandonnent pas l’Europe, mais attendent d’elle qu’elle assume davantage de responsabilités et qu’elle prenne au sérieux les préoccupations américaines en matière d’immigration, de commerce et de sécurité. La relation transatlantique a toujours évolué avec les changements politiques de part et d’autre de l’Atlantique. Le discours de Munich montre que cette relation n’est pas terminée, mais qu’elle entre dans une phase plus pragmatique, plus exigeante et potentiellement plus équilibrée.

Pour la France, qui a toujours défendu à la fois l’indépendance stratégique et l’alliance occidentale, ce moment constitue une opportunité : celle de redéfinir un partenariat transatlantique fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle.

Sénégal: quand un scandale criminel nourrit l’hystérie contre les minorités sexuelles

Une vaste affaire mêlant accusations de pédocriminalité, réseau sexuel organisé et transmission volontaire du VIH provoque la stupeur au Sénégal. Plus d’une dizaine de personnes ont été arrêtées à Dakar, soupçonnées d’avoir participé à un réseau pédocriminel présumé, orchestré par un septuagénaire français. Derrière ce scandale judiciaire, c’est aussi la question explosive du traitement des droits LGBT qui ressurgit, révélant les profondes fractures d’une société musulmane qui passe son temps à pointer la prétendue responsabilité de l’Occident…


C’est une affaire qui a fait les principales manchettes des quotidiens sénégalais. Tous oscillant entre consternation et horreur face à l’ampleur des révélations étalées dans la presse locale.

Le 7 février 2026, la gendarmerie de Keur Massar, département situé dans la presqu’île du Cap-Vert, à l’est de Dakar, a révélé avoir procédé à l’arrestation d’une douzaine de personnes, issues de toutes les tranches de la société civile, dont deux célébrités locales : l’animateur de télévision de l’émission Quartier Général sur la chaine TFM, Pape Cheikh Diallo, ainsi que le chanteur Djiby Dramé.

Elles sont toutes accusées par la justice sénégalaise « d’association de malfaiteurs, actes contre-nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui », traduisez : coupables de fornication entre personnes de même sexe.  Dans un communiqué rapidement publié sur ses réseaux sociaux, Stop Homophobie a exprimé ses inquiétudes après l’emprisonnement des incriminés, avant de dénoncer des arrestations jugées arbitraires et stigmatisantes, regrettant que les « relations sexuelles entre adultes consentant restent criminalisées » au Sénégal.

Une affaire internationale embarassante

Loin des cris d’orfraie de cette association bien connue, basée à Paris, la Division des investigations criminelles (Dic) a également arrêté 14 autres personnes. Toutes en lien supposé avec les premières interpellations dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Pierre R.», du nom de ce Français de 73 ans qui serait compromis dans ce dossier qui tient tout du sordide pour les commentateurs sénégalais. Présenté comme « un riche homosexuel », le quotidien Le Soleil affirme que ce Beauvaisien, ayant fait de fréquents séjours dans le pays, « aurait payé des Sénégalais pour contaminer d’autres homosexuels au VIH/Sida ». Désigné comme « la tête d’un réseau spécialisé dans la production des vidéos dans lesquelles des enfants étaient violés », comme le rapporte dans ses colonnes le Courrier Picard, ce serait plus de 150 enfants qui auraient été victimes de ce vaste système pédocriminel.

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Selon la Deutsche Welle, « de jeunes garçons auraient été transformés en objets sexuels, contraints d’avoir des rapports non protégés, filmés et monnayés avec des hommes pour la plupart séropositifs ». Qualifiée de « bombe sanitaire et judiciaire » par le quotidien L’Info, l’affaire révèle des faits d’une extrême gravité qui perdurent depuis 2017. Connu de la justice, « Babtou Peter », le surnom donné à Pierre R., a été interpellé en France l’année dernière et mis en examen « pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol sur mineur de 15 ans », rapporte Le Monde. C’est dans le cadre de cette enquête menée sur le territoire français que des liens avec le Sénégal ont été établis, conduisant la justice sénégalaise à mener ce qu’elle décrit comme un vaste « coup de filet » anti-pédophile.

Une affaire particulièrement sensible qui a ravivé des tensions profondes dans le pays de la Teranga, où la confusion entre pédophilie et homosexualité est régulièrement entretenue par certains médias locaux, prompts à vouer à la vindicte populaire tout Sénégalais suspecté d’être « inverti ».

Une loi répressive datant du régime de Vichy

Le Sénégal dispose en effet de l’une des législations les plus sévères d’Afrique de l’Ouest à l’égard de l’homosexualité. L’origine de ce cadre juridique remonte à 1942, lorsqu’une loi réprimant les relations sexuelles entre personnes de même sexe fut instaurée sous le régime de Vichy dans cette colonie française, soumise à l’influence de leaders religieux musulmans et dans un contexte marqué par un fort conservatisme moral parmi les colons.

Au moment des indépendances, les nouvelles autorités sénégalaises ne remettent pas en cause cette législation, qui sera au contraire maintenue puis progressivement renforcée au fil des décennies. En 1966, agrémentée d’une forte amende, elle punit d’un an à cinq ans d’emprisonnement tout Sénégalais ou étranger surpris en train de commettre un « acte impudique ou contre-nature avec une personne du même sexe ».  

Le sommet de l’État n’est pas en reste. En visite dans la ville de Guédiawaye, en pleine campagne en faveur de la révision constitutionnelle (2016), le président Macky Sall (2012-2024) profite de l’occasion pour rappeler ce qu’il pense de ceux qui appellent à une réforme du code de la famille : « Tant que je serais le président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici (…) car cela va à l’encontre des principes édictés par l’islam », déclare-t-il.

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Depuis, tout militant LGBT est pourchassé dans le pays, promptement embastillé et les arrestations sont souvent médiatisées par une presse à scandale qui raffole des ragots en tout genre sur ces sujets. Une homophobie accentuée par divers leaders religieux qui se sont constitués en un Front islamique pour la défense des valeurs éthiques. Ils réclament même que la peine de mort soit mise en place pour toutes personnes reconnue coupable d’homosexualité, refusant toute idée de dépénalisation.

Le paroxysme a été atteint en octobre 2023[1] : un homme décédé, soupçonné d’avoir été homosexuel de son vivant, est promptement exhumé et livré à la vindicte populaire qui décide de le brûler. L’événement provoque un émoi sans que pour autant la chasse aux gays ne cesse. Plus récemment, une proposition de loi a été soumise au vote visant à porter à près de quinze ans de prison les peines encourues par les militants homosexuels. Le texte prévoit également une série de dispositions introduisant de nouveaux délits, incluant notamment la bisexualité, la transidentité, ainsi que des infractions assimilées à la nécrophilie et à la zoophilie…

Le Sénégal dénonce en permanence un agenda occidental pro-« LGBTQI+ »

Selon le député Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, à l’origine de cette réforme (qui exprime une tendance sur le sujet en augmentation dans toute l’Afrique noire), il s’agit d’une volonté de « lutter contre la perversion des mœurs de notre société, contre ces valeurs culturelles immorales importées de l’Occident »[2], régulièrement pointé du doigt en Afrique pour sa permissivité.

Preuve s’il en est, en janvier 2024, le Dakar Times n’avait pas hésité à mettre en une de son journal, la photo du Premier ministre Gabriel Attal, avec ce sous-titre : « Le lobby gay prend le pouvoir en France ». En mai suivant, alors en conférence conjointe avec Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre Ousmane Sonko avait averti solennellement les Occidentaux qu’il considérerait comme « un casus belli » toute tentative de pression de leur part sur les questions de genre[3]. Une déclaration qui avait eu le don d’agacer immédiatement le leader de La France Insoumise (LFI). En guise de réponse, au cours de l’échange, Jean-Luc Mélenchon avait fait part de sa divergence avec le chef du gouvernement sénégalais, le comparant aux « pires réactionnaires et [aux] pires racistes qui se sont opposés à cette disposition légale[4] » [en France -ndlr][5]

Tant et si bien que face à cette recrudescence d’homophobie, la patrie de l’académicien Léopold Sédar Senghor a été retirée récemment de la liste des pays « surs » en raison de leur orientation sexuelle par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Pour un pays qui revendique sa stabilité démocratique et sa tradition de dialogue depuis 1960, cette affaire agit comme un révélateur des fractures entre modernité juridique, souveraineté culturelle et respect des libertés fondamentales. Alors que la justice sénégalaise doit encore établir les responsabilités pénales de chacun des protagonistes et apporter des preuves de leur implication éventuelle dans le réseau pédocriminel ou du caractère répréhensible des activités dans lesquelles ils se sont engagés sexuellement, le traitement médiatique et politique de l’affaire pose déjà une interrogation plus large : celle de la capacité du Sénégal à distinguer la répression légitime des crimes sexuels de la stigmatisation globale d’une partie de sa population, à respecter les droits de ses minorités sexuelles sans pour autant trahir ses traditions pluriculturelles. Un échec jusqu’à présent. 


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/10/31/au-senegal-l-exhumation-du-corps-d-un-homme-suppose-homosexuel-fait-polemique_6197561_3212.html

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/26/au-senegal-le-retour-d-un-projet-de-loi-pour-durcir-le-delit-d-homosexualite-et-contre-les-valeurs-immorales-de-l-occident_6243998_3212.html

[3] https://www.lefigaro.fr/international/senegal-le-premier-ministre-sonko-critique-les-droits-lgbt-contraires-a-nos-valeurs-en-presence-de-jean-luc-melenchon-20240518

[4] https://www.bfmtv.com/politique/la-france-insoumise/je-ne-suis-pas-d-accord-au-senegal-melenchon-defend-le-mariage-des-couples-de-meme-sexe_AV-202405170630.html

[5] propos énoncés durant l’interview avec Soncko

Primaire à droite: l’urgence absolue

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Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

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Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

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La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.

Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?

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Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme.


Robert Badinter rappelait parfois que quelques mois avant les élections qui allaient conduire à la victoire le Front populaire, Léon Blum, loin de se limiter à la campagne qui s’annonçait, prit le temps de rédiger ce qui est devenu un classique : Souvenirs sur l’Affaire. L’homme d’Etat notait en effet qu’avec le temps, l’affaire Dreyfus, qui avait déchiré la France cinquante ans auparavant, s’estompait et que le nom même de Dreyfus semblait oublié.

En réalité, on se souvient encore de son nom, et un peu plus. Mais qui sait encore ce que la manifestation de la vérité dut à un homme, le colonel Picquart ? Chef du bureau des statistiques – le service de renseignement – c’est lui qui, découvrant le télégramme déchiré d’Esterhazy qui accuse le capitaine Dreyfus, subodore un problème, y travaille, et après quelques péripéties, dénonce la supercherie : c’est le fameux petit bleu.

Imagine-t-on ce qu’il fallut de courage insensé pour un militaire, gradé, très bien noté et promis à de hautes fonctions, pour risquer de tout perdre juste par respect de la vérité ?

Se souvient-on qu’il fut d’abord muté en Tunisie puis sanctionné par sa hiérarchie de près d’un an de prison et réformé d’office ?

C’est à cette histoire que la lecture du dossier sur l’affaire Al-Durah m’a ramené.

A lire aussi: Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

Car le petit bleu répondait aux attentes du public nourri d’une certaine idéologie, antisémite et nationaliste, comme les images de France 2 répondent à un l’antisémitisme innervé par une sorte de « progressisme ».

L’absence de réaction dans les grands médias à ce dossier étayé m’a plus que surpris. Comme à ce jour, l’absence de protestation de la part des personnes, morales ou physiques, clairement visées. Et je ne parle même pas de réaction judiciaire…

Sans être « spécialiste » de cette affaire, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il y a un doute plus que sérieux sur la version officielle ; l’arrêt de la Cour de cassation ne tranche en rien le litige, fondé qu’il est sur un élément procédural inopposable à la vérité des faits. Et le refus de la justice de verser au débat les « rushs » qui suffiraient à accréditer la thèse de France 2 ouvre la voie à toutes les hypothèses alternatives. Et d’autres pourraient en dire bien plus, et l’ont d’ailleurs fait dans le dossier.

Mais quel courage faudrait-il aujourd’hui à un politique, à un journaliste, à un historien même de simplement poser la question : ce reportage sur la mort de l’enfant est-il possiblement un « fake » ? Qui dans la galaxie médiatique aurait le front de s’aliéner son environnement bien-pensant pour a minima poser la question ? Et puisqu’alors, nous aurions affaire au « fake le plus antisémite de notre génération » pour reprendre les termes du dossier de Causeur, cela ne jette-t-il pas un regard cru sur la partialité du service public ?

Ce courage, le colonel Picquart l’a eu. Il risquait bien plus qu’une mise au ban symbolique. Il a payé un prix certain, mutation, suspension, prison. Mais quelques décennies plus tard, il devint ministre de la Guerre sous Clemenceau.

Il n’est pas interdit de penser qu’il le doit aussi à une forme de détachement des honneurs, et d’humour devant les hochets de la République, dont témoigne la lettre jointe.

Quel journaliste ou politique se soucie suffisamment de la vérité et aurait assez de courage pour poser la question de la véracité de ce reportage ?

Souvenirs sur l'Affaire

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Le lynchage de Quentin et la peur du retour de la violence en politique

Les manifestants de la droite nationale étaient réunis hier après-midi place de la Sorbonne pour rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi après son lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée lfiste Rima Hassan. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice pointent les responsabilités de l’extrême gauche dans le drame, et tous les regards se tournent particulièrement vers le groupe antifa La Jeune Garde. Dissous en juin 2025, le groupe assure avoir cessé ses activités, et être dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat suite à un recours. Jacques-Elie Favrot, suspecté par les militants nationalistes d’avoir participé au lynchage, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, clame son innocence et déclare être à son tour menacé de mort.


Près de deux mille personnes étaient rassemblées place de la Sorbonne, en ce dimanche pluvieux, pour rendre hommage à Quentin. La foule, dense mais disciplinée, se tenait sous une forêt de parapluies. Les visages étaient graves, l’émotion contenue, mêlée de colère et de cette tristesse froide qui accompagne les deuils politiques.

La conscience d’entrer dans une période dure

Au premier rang, quelques figures bien connues, comme Marion Maréchal (Identités Libertés) et Hanane Mansouri (UDR). Pierre-Romain Thionnet prendra la parole en sa qualité de chef du Rassemblement national de la jeunesse, ainsi qu’Hilaire Bouyé, de Génération Zemmour. Édouard Bina, de la Cocarde étudiante, en appelle au courage des troupes et rappelle les paroles du chant contre-révolutionnaire Les fantassins du Lyonnais / La Ligue Noire : « Quand on meurt pour la patrie, n’a-t-on pas assez vécu ? » « Si l’on commence à avoir peur de l’adversité dans les universités, alors on a perdu », nous assure-t-il.

Le RN Pierre-Romain Thionnet.

Dans la foule, l’émotion se mêle à la colère : les slogans « LFI assassin » et « Jeune Garde, Arnault assassins » sont repris par un chœur de poitrines viriles. La jeunesse, nombreuse dans ce rassemblement au cœur de Paris, lui confère une énergie particulière. Mais flotte aussi la conscience d’entrer dans une séquence plus dure.

Les personnes que nous avons interrogées confirment la crainte d’un retour de la violence politique. « L’État faillit à protéger les Français », déclare le député Julien Limongi. Son collègue, le député et ancien magistrat Mathias Renault, évoque quant à lui la sécurité collective : « Il y a 10 000 militants d’ultragauche repérés, et parmi eux 3 000 fichés S. Il existe une organisation, la Jeune Garde, que l’on peut suspecter d’être la reconstitution d’une association dissoute, Génération antifasciste. »

A lire aussi: La flamme et la nuit

Plusieurs affaires ont déjà fait craindre un retour du terrorisme d’ultragauche : l’attaque de voies ferroviaires à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, ou encore les attaques coordonnées contre des prisons, accompagnées de slogans politiques durant l’été 2025. La menace terroriste d’extrême gauche serait-elle devenue plus dangereuse, alors que les autorités françaises concentraient leur attention sur la menace islamiste ? La question se pose. Certes, le Bataclan a fait des centaines de morts, tandis que le meurtre de Quentin n’a emporté qu’une seule vie. Mais Édouard Bina propose une analogie frappante : « Les accidents de voiture sont plus nombreux que les accidents d’avion, mais moins impressionnants. » La récurrence des violences liées à la mouvance antifa inquiète. On peut redouter l’émergence d’une violence politique intérieure, moins spectaculaire mais plus diffuse, qui n’aurait pas besoin d’être téléguidée depuis l’étranger.

Le jeune homme, converti au catholicisme, avait, dit-on, emmené sa famille dans la foi. Le responsable des jeunes du parti de Marion Maréchal invite l’assemblée à réciter un Je vous salue Marie. Ainsi Quentin est-il confié à l’éternité.

Le spectre des années de plomb

Parmi les orateurs, un intervenant italien, venu de Turin avec ses camarades, prend la parole. Et l’affaire Quentin replonge l’assistance dans une histoire transalpine relativement méconnue en France. En 1975, en Italie, au paroxysme des années de plomb, militants nationalistes du MSI et membres des Brigades rouges s’affrontent dans un climat quasi insurrectionnel. Sergio Ramelli, lycéen milanais de 18 ans, est lynché à l’entrée de son domicile par des militants d’extrême gauche. Il meurt après un mois de coma. La droite italienne en a fait un martyr de sa cause, honoré par des cérémonies régulières depuis un demi-siècle. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ces commémorations ont pris un caractère plus officiel : dépôts de gerbes, présence de membres du gouvernement, discours sur la réconciliation nationale autour d’une figure issue de la droite dure.

Trente années de laxisme face à l’extrême gauche

« L’extrême gauche passe à l’intimidation physique, puisqu’elle a perdu le monopole de l’intimidation morale », analyse Jean-Yves Le Gallou. Nous lui demandons s’il ne s’agit pas plutôt des derniers coups de griffe de la bête traquée, à la veille de la victoire du camp national… Il répond sans détour : « Votre hypothèse est très optimiste. » Alerte sur les méthodes et coups bas de ses adversaires, l’ancien bras droit de Bruno Mégret redoute le pire : « Si le candidat du RN se trouve face à Jean-Luc Mélenchon au second tour, il faut s’attendre à une série de violences terribles, à des bourrages d’urnes. Il faudra être prêt. » Depuis son accession à la présidence du RN, Marine Le Pen a rompu avec les franges les plus radicales — un luxe que LFI ne s’offre pas à l’autre extrémité de l’échiquier politique.

A lire aussi : Rubiconds comme la joie

Jean-Yves Le Gallou

« Personne ne devrait mourir pour un événement politique », bredouillait Éric Coquerel sur France Info cette semaine. Personne ne le conteste. Et pourtant, cela est arrivé.

La mort de Quentin referme peut-être la parenthèse de plusieurs décennies relativement pacifiées — du moins en dehors des attentats inspirés ou organisés depuis l’étranger. Les attaques islamistes de Toulouse en 2012, celles contre Charlie Hebdo ou le Bataclan en 2015, avaient déjà marqué une rupture et sorti les Français de leur torpeur post-tragique. Le 13 février nous ramène lui plutôt dans une ambiance de guerre civile, plus proche de l’Espagne des années 30 que des guerres de religion. Certains y voient l’aboutissement d’une tolérance prolongée à l’égard de mouvements d’ultragauche, présents depuis les années 1990, notamment dans certains milieux universitaires ou dans des zones de contestation comme Notre-Dame-des-Landes. Dans de nombreuses librairies, des ouvrages politiques radicaux, publiés par des maisons d’édition comme La Fabrique, occupent une place visible. Faudra-t-il, pour refermer cette parenthèse, renouer avec l’esprit des lois de 1893 et 1894, adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste — fermeture de journaux, dissolution d’organisations, restriction de la propagande ?

Humour incendiaire

Charlie tout feu, tout flamme


Charlie Hebdo est accusé de mettre de l’huile sur le feu. Pour illustrer le drame du Constellation à Crans-Montana, incendie où 40 vies se sont éteintes, le dessinateur Salch s’est inspiré de la bande à Jean-Claude Dusse pour mettre à l’affiche : « Les brûlés font du ski ». Ce qui a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires incendiaires et le dépôt, non pas d’une gerbe de fleurs, mais d’une plainte, par un avocat suisse, qui estime que la caricature dépasse les limites admissibles de la satire. Et un autre dessin, plus grinçant encore, a suivi : « La Rédaction de Charlie décimée par deux arbalétriers », qui évoque le 7 janvier 2015.

Un retour de flammes pour Charlie Hebdo qui est né sur les cendres encore chaudes d’un sinistre historique… Le 1er novembre 1970 dans l’Isère, l’incendie du 5-7 faisait 146 morts. Le 5-7 était ce qu’on appelait un « dancing », ou plus couramment un « bal », où les amoureux se rencontraient, comme dans Le Petit Bal perdu que chantait Bourvil. Le 9 novembre suivant, dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, le général de Gaulle passait l’arme à gauche. Le journal Hara-Kiri, du regretté professeur Choron, en référence au drame du bal du 5-7, titrait alors : « Bal tragique à Colombey : un mort ». On doute que cette insolence ait fait se retourner feu le général dans sa tombe, mais le ministre de l’Intérieur de l’époque faisait interdire la vente de l’hebdo aux moins de 18 ans… le privant ainsi du plus gros de son lectorat. Le journal bête et méchant se jouait de la censure en changeant de titre, en devenant… Charlie-Hebdo

Maintenant, l’humour noir pratiqué par Charlie fait rire jaune certains pisse-vinaigre qui estiment indigne d’exploiter le malheur des autres, mais ne s’émeuvent pas de voir la même souffrance exploitée à la une au prétexte de compassion. Charlie a déjà prouvé, que même endeuillé, il ne mettait jamais son humour en berne. Le 5 novembre 1983, son dessinateur, l’inoubliable Reiser, âgé de 42 ans, succombait à un cancer. Charlie lui dédiait alors un numéro spécial avec à la une un dessin montrant un cercueil avec des baskets, ainsi légendé : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ! »

Relire Paris

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Gilles Schlesser. DR.

Gilles Schlesser publie une précieuse anthologie : Les Flâneries littéraires de Paris, ou comment arpenter les rues de la capitale aux côtés des plus grands écrivains.


Flâner est un des plus beaux mots de la langue française. Et un art typiquement parisien. On peut se perdre avec volupté dans mille autres villes, mais jamais si bien qu’à Paris. C’est pourquoi notre littérature est peuplée de scènes de rue, d’errances sur les boulevards, de déambulations dans notre capitale. C’est également pourquoi Gilles Schlesser a eu l’idée de réunir ces morceaux choisis d’écrivains-flâneurs qui ont conté Paris.

Les chapitres divisés en arrondissement, on se promène de quartier en quartier, sous le patronage, entre bien d’autres, de Léon-Paul Fargue, Henri Calet, Patrick Modiano, Théophile Gautier ou Léon Daudet. Que l’on picore en dilettante ou que l’on scrute en spécialiste, le plaisir est au rendez-vous. Des propos mondains d’André de Fouquières sur Jean Lorrain, « trouble d’aspect, homme fardé aux paupières bleuies, aux mains chargées de camées, aux cravates et aux gilets extravagants » après un dîner dans le quartier de la Madeleine, jusqu’aux mots simples et tendres d’Eugène Dabit qui, pour se « remettre le cœur en place », fait un tour rue de Belleville, il y en a pour tout le monde. Adresses, souvenirs, vieilles maisons et échoppes oubliées renaissent page après page.

A lire aussi: Le promeneur du Val

Gilles Schlesser, déjà auteur d’un Grand Carnet d’adresses de la littérature à Paris, nous fait entendre sa voix, en marcheur et narrateur de cette histoire d’encre et de pas. À côté d’un Huysmans exalté, en aparté des mots merveilleux d’Alexandre Vialatte, il conseille et conduit vers des places, des cafés ; il se remémore aussi des anecdotes et retourne vers sa bibliothèque en quête d’une phrase égarée. Par exemple, celle de Nerval que je me répète toujours en descendant la rue Royale : « Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. » On rêverait de démarrer un livre et finir une vie ainsi.

Notre petite Lutèce (huit fois plus menue que Berlin, quinze fois plus que Londres) nous donne la chance de sentir le poids d’un passé mémorable à chacune de ses artères – ou presque. André Salmon et Apollinaire pour leurs nuits de joie rue de la Gaîté « mangeant des frites, avalant des crêpes, suçant des glaces, gobant des huîtres ou bâfrant des moules, le tout arrosé de gaillac et piqué de petits marcs » ; Marcel Aymé ou Léo Malet que l’on s’amuse à croiser dans cette rue Jean-Pierre-Timbaud qu’ils ne reconnaîtraient sans doute plus aujourd’hui ; le Bœuf sur le Toit, le vrai, celui du 28, rue Boissy-d’Anglas, où l’on entend « ce bruit de vitres brisées que faisait la voix enchantante de Cocteau, qui résonnait par-dessus les tables ». Ce sont ces souvenirs charmants de tant d’esprits libres en liberté qui font peut-être encore venir certains jeunes provinciaux à Paris, et qui, plus tard, les empêchent même d’en partir.

Les Flâneries littéraires de Paris, Gilles Schlesser, Séguier, 2025.

Les Flâneries littéraires de Paris

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Une histoire de (la) pensée

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Le philosophe français Rémi Brague. DR.

Le livre s’intitule La profondeur du présent. Ce n’est pas un pavé de 300 pages. C’est un livre d’entretien entre le philosophe Rémi Brague, membre de l’Institut, et le journaliste Charle-Henri d’Andigné, qui, à travers les étapes de la pensée occidentale, brosse un tableau de la culture européenne. Encore un livre d’idées, dira-t-on ! Un de plus ! On aurait tort. Loin de toute idéologie et de toute nostalgie, de toute abstraction aussi, ce livre, fruit d’un regard savant et positif, se présente comme un vademecum qui remet en place nos idées.

L’identité excentrique européenne

Les questions posées sont attendues, mais formulées avec pertinence : sur l’héritage gréco-romain, la chrétienté, la religion et la civilisation islamiques, l’humanisme et la modernité, la « post modernité », « l’intellectuel ». Les réponses, concrètes et concises, sont faites à partir des lectures, des amitiés, des publications. Comme il est impossible de tout passer en revue, contentons-nous de quelques remarques. Et d’abord sur l’Europe. Rappelant les « nœuds borroméens » de la culture européenne que sont Athènes, Rome, Jérusalem, avec sa matrice chrétienne, l’auteur du best-seller, La Voie romaine, insiste sur l’« identité excentrique » de l’Europe, faite d’accueil intelligent à l’autre, celle-là même qui, reniée à notre époque, coupe notre continent de ses sources. Rappelant également le fondement intellectuel et spirituel de l’Europe face à un « modernisme » outrancier, Rémi Brague dit son attachement aux grands romanistes que furent Curtius, Auerbach, Hugo Friedrich. Et c’est avec honnêteté qu’il évoque les promesses, non tenues sans doute, mais non taries, des pères fondateurs.

A lire aussi: Mauriac père et fils: correspondance littéraire

Tout ce qui concerne la religion est particulièrement précieux sous la plume d’un philosophe, familier du grec et de l’arabe, qui énonce des évidences, tout en distinguant religion et civilisation. Sur la violence supposée de toute religion, Rémi Brague rappelle que les violences de la Bible sont des « récits » fantasmés, non des faits réels, des « rêves rétrospectifs » de fidèles, projetés dans le passé pour éliminer les divinités régnantes. A une époque de syncrétisme à tout va, il est bon d’avoir en tête les différences structurantes entre les religions et faire litière de leur prétendue filiation par Abraham. Si les juifs et les chrétiens ont en commun l’alliance d’un Dieu avec son peuple, l’islam ne connaît pas l’Alliance. Et si on parle sans cesse d’islamophobie, on ne parle guère, dit Brague, de la tradition d’islamophilie qui a caractérisé les élites françaises au XVIII ème siècle et à la charnière du XIXème siècle et du XXème siècles. Et le philosophe rappelle aussi la polémique universitaire violente, pas si lointaine, qui toucha, au prétexte de lois mémorielles, l’historien Sylvain Gouguenheim, descendu en flammes pour avoir soutenu que, si l’héritage philosophique grec était passé par les Arabes, il était aussi passé par les monastères chrétiens. Quant au « vrai islam » que l’on distinguerait du faux islam, c’est une vraie question, dit Brague puisque, s’il est possible de dire ce qu’est l’islam, il est impossible de définir « ce que l’islam n’est pas ». Portes ouvertes, dira-t-on, que ces propos ? Pas si sûr, si on écoute les médias.

Piques aux confrères

Dans cette République des Lettres, le lecteur cultivé retrouvera les noms qui lui sont familiers et en découvrira bien d’autres. La plume, assurément, est érudite mais généreuse dans le partage précis de ses sources. Et soyons rassurés, il y a aussi, dans ce livre, quelques « corrections fraternelles » non dénuées de charme !

Désincarné, ce livre ? Penseur « modérément moderne » , pour reprendre le titre d’un de ses livres, conservateur mais non réactionnaire, pas flingueur pour deux sous (encore que…), Rémi Brague ne craint pas de faire quelques confidences sur ses origines et ses goûts : orphelin de père, marqué pour toujours par cette privation originelle, père de famille, catholique qui ne se renie pas, sentimental invétéré et même « d’un tempérament terriblement porté à la nostalgie », il aime les chansons et les derniers quatuors de Beethoven. Et, bien sûr, Tintin. Professoral, alors, ce livre ? Oui, et c’est tant mieux ! Rappeler, sur un ton apaisé, les grandes vérités de notre pensée, est une forme d’engagement. Le titre de l’avant-dernier chapitre, emprunté à Verlaine, laissera peut-être sur leur faim les esprits non avertis, mais reconnaissants envers le philosophe de parler de la « sainteté du sensible » chez Vermeer et de ne pouvoir lire Un cœur simple de Flaubert sans être ému aux larmes.

274 pages

La Profondeur du présent: Une histoire de (la) pensée

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J.G. Ballard ou l’annonce de notre effondrement

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DR.

L’écrivain d’anticipation britannique a vu venir et a su décrire avant tout le monde notre société éclatée.


Une tour de béton, des ascenseurs en panne, des voisins qui deviennent des ennemis. Ça ne vous rappelle rien ? Publié dans les années 1970, I.G.H. de J.G. Ballard (1930-2009) n’a rien d’un roman d’anticipation poussiéreux. C’est une autopsie froide et rageuse de nos sociétés contemporaines, de leur verticalité sociale, de leur peur du chaos et de leur foi aveugle dans l’ordre technique. En enfermant ses personnages dans un immeuble censé tout résoudre, Ballard révèle ce que nous refusons de voir : la fragilité extrême du vivre-ensemble et la violence prête à surgir dès que le vernis craque.

Le vivre-ensemble : une fiction confortable

Il y a dans I.G.H. quelque chose qui ne vieillit pas. Pas parce que le roman serait « visionnaire » au sens banal du terme, mais parce qu’il touche à ce point mou, obscène, refoulé : ce que nous sommes quand le vivre-ensemble cesse d’être une fiction confortable. Ballard n’écrit pas sur le futur. Il écrit sur ce qui attend déjà derrière la porte, dans le couloir, dans l’ascenseur bloqué.

Au départ, tout est propre. Trop propre. Une tour luxueuse, autonome, verticale, rationnelle, conçue pour abolir le dehors. Une machine à habiter, à consommer, à coexister sans heurts. Une promesse moderne : plus besoin de la ville, plus besoin des autres, tout est là. Le progrès empilé étage après étage. La paix sociale par l’architecture. Ballard décrit ce décor avec une neutralité clinique, presque publicitaire, comme si la langue elle-même avait été aseptisée par le béton et l’acier.

Et pourtant, très vite, quelque chose déraille. Pas une grande catastrophe. Non. Des détails. Des pannes. Des dysfonctionnements. Des micro-frustrations. Et c’est là que Ballard frappe juste : la société ne s’effondre jamais sous les grands récits, mais sous l’accumulation de petites humiliations. L’eau qui manque. L’ascenseur qui ne répond plus. Le voisin qui occupe « trop » l’espace. Dans le roman, ces incidents sont décrits comme des événements presque anodins, avant de devenir des déclencheurs de haine. « Les coupures de courant semblaient exciter les résidents plus qu’elles ne les inquiétaient », note Ballard, comme si le confort moderne contenait déjà le désir de sa propre destruction.

Ordre nouveau

La tour devient une carte mentale. Les étages supérieurs regardent vers le bas comme on regarde un territoire inférieur. Les étages inférieurs ruminent, envient, haïssent. On ne parle plus de classes sociales, on parle de zones, de territoires, de clans. Ballard se moque de la lutte des classes au sens traditionnel : ici, il n’y a pas de conscience politique, pas de projet, pas d’idéal. Il y a seulement la jouissance trouble de la domination et le plaisir de la revanche. Rien de noble. Rien d’héroïque. « Chaque étage développait sa propre identité », écrit-il, comme si la géographie suffisait à fabriquer une idéologie.

Et c’est précisément pour cela que I.G.H. est un roman profondément politique. La violence qui s’installe n’a rien de révolutionnaire. Elle est régressive. Infantile. Primitive. Les habitants de la tour ne cherchent pas à renverser un système : ils s’y abandonnent. Ils acceptent la brutalité comme une forme d’ordre nouveau, plus simple, plus instinctive. La loi disparaît, remplacée par l’habitude. La barbarie n’est même plus scandaleuse : elle devient décor. Ballard décrit cette dérive sans emphase, avec une langue sèche, presque plate, qui rend la violence encore plus insupportable.

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Ballard décrit alors quelque chose d’insupportable à admettre : la civilisation n’est pas un progrès moral, mais un vernis fonctionnel. Et ce vernis craque dès que la structure censée le garantir se retourne contre ceux qu’elle devait protéger. La tour, conçue pour canaliser les pulsions, finit par les libérer. Elle isole, elle uniformise, elle contrôle – et dans ce contrôle même, elle excite ce qu’elle prétend contenir. À mesure que le roman avance, la phrase ballardienne se fait plus froide encore, comme si la langue elle-même s’alignait sur la logique de l’immeuble, répétitive, circulaire, sans échappatoire.

Ce que les personnages perdent, ce n’est pas seulement la morale, mais le sens même du collectif. Les alliances se font et se défont. Les groupes éclatent. Le territoire lui-même cesse d’avoir une valeur stable. Chacun finit par se replier sur une solitude féroce, armée, paranoïaque. L’homme n’est plus un citoyen : il redevient une bête retranchée dans sa tanière verticale. L’une des scènes les plus glaçantes montre un personnage mangeant seul sur son balcon, indifférent au chaos alentour : image d’une humanité qui a cessé de se penser comme telle.

Comment ne pas voir notre monde dans ce miroir ?

Nos sociétés contemporaines se pensent unifiées, connectées, fluides. Mais elles sont traversées par les mêmes lignes de fracture invisibles. Nous vivons dans des tours symboliques : économiques, numériques, idéologiques. Nous croyons à l’intégration, à la normalisation, à la gestion rationnelle des conflits. Et pourtant, la peur d’une guerre civile – larvée, diffuse, éclatée – hante les discours, les imaginaires, les médias. Non pas une guerre frontale, mais une guerre de voisinage, de ressentiment, de défiance.

I.G.H. parle de notre angoisse fondamentale : celle de découvrir que le vivre-ensemble ne tient qu’à des conditions matérielles fragiles, et qu’une fois ces conditions altérées, il ne reste rien d’autre que la loi du plus adapté, du plus violent, du plus haut perché.
Ballard ne moralise jamais. Il observe. Il dissèque. Il pousse l’expérience jusqu’au bout. Et ce qu’il nous montre est glaçant : nous ne sommes pas trahis par la modernité, nous sommes révélés par elle. La tour ne corrompt pas ses habitants ; elle leur donne simplement l’occasion d’être ce qu’ils étaient déjà, en silence.

C’est pour cela que ce roman continue de brûler. Parce qu’il ne propose aucun refuge idéologique. Parce qu’il ne sauve personne. Parce qu’il nous regarde sans ciller et semble murmurer : voilà ce que vous êtes, dès que l’ordre cesse de vous tenir la main.
Relire I.G.H. aujourd’hui, ce n’est pas redécouvrir un classique : c’est reconnaître un paysage familier. La tour de Ballard n’est plus un symbole, c’est une forme généralisée – économique, sociale, mentale. Nous y habitons déjà. Et si le roman continue de déranger, ce n’est pas parce qu’il annonce l’effondrement, mais parce qu’il suggère autre chose, de plus insupportable encore : l’effondrement n’est pas devant nous, il est une possibilité intime, prête à s’activer dès que l’architecture du monde cesse de tenir.

La trilogie de béton: Crash, l'île de béton, I.G.H.

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Mort de Quentin: Erreur Système

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Montpellier, hier © LEO VIGNAL/SIPA

Notre chroniqueur revient sur le meurtre de Quentin, trop français pour le système, selon lui. Le procureur de la République de Lyon prendra la parole vers 15 heures. S’il s’avère que les meurtriers étaient bien membres de la Jeune Garde, le fameux groupe « antifa » dont Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse, est le cofondateur, le parti de Jean-Luc Mélenchon pourrait connaître une grave crise.


C’est reparti ! La perspective présidentielle attise les ambitions. Mais la valse des egos est surannée. Jeudi soir, sur TF1, c’est Bruno Retailleau (LR) qui a annoncé sa candidature, tandis que Quentin Deranque sombrait dans un coma mortel après son lynchage par des « antifas » à Lyon. « Je veux que la France se relève », explique aussi Retailleau dans le Figaro Magazine. Dans le même hebdomadaire, Éric Zemmour se présente comme « l’incarnation de cet immense mouvement en France » qu’est le réveil d’un peuple qui ne veut pas mourir. Mais sont-ce bien ces immodesties de sauveurs autodésignés qu’attendent les Français ? La prestation de Retailleau a fait partir 700.000 téléspectateurs, selon Le Parisien de samedi. Zemmour, que Sarah Knafo présente comme « l’homme de l’histoire », reste dans l’étiage des sondages.

Les craintes identitaires françaises délégitimées depuis trop longtemps

Rien de s’enclenchera tant que les oubliés ne seront pas appelés en renfort. Les «moi» et les «je» des prétendants, aussi brillants soient-ils, ne sont plus opérants. Les bernés ont suffisamment donné dans le registre de l’enflure. L’homme providentiel est une chimère. Il n’y aura pas de « moment gaullien » en 2027 car il n’y a plus de « Grands Hommes ». La Ve République offre un costume trop grand. D’ailleurs, Retailleau analyse cette situation quand il dit : « Je redonnerai au peuple le pouvoir de décider ». Cependant, promettre de « renverser la table » oblige à fédérer préalablement les colères françaises. Or la société éruptive, cette révolution conservatrice qui rebute la droite centriste et populophobe, reste laissée à elle-même. Avant d’entrer dans la course, le candidat devrait apprendre plus humblement à dire « nous ». La crise de la démocratie force à entendre le parti du peuple, ce « front populiste » appelé à co-écrire une histoire française avec des élites qui le suivent enfin.

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Une guerre civile est à conjurer. Elle est l’autre éléphant dans le salon, à côté de l’immigration invasive. A force de délégitimer les craintes identitaires des autochtones et de s’attendrir sur les minorités agressives, les partis conformistes, Emmanuel Macron en tête, ont fait des nationaux des cibles à abattre. La partie molle des Républicains demeure dans cette débandade, quand ses membres refusent l’union avec Éric Ciotti ou Marine Le Pen.

C’est pourri, c’est LFI ?

Quentin Deranque, 23 ans, a été tué parce qu’il protestait contre la mainmise de la gauche totalitaire sur l’enseignement supérieur. Il protégeait les jeunes femmes occidentales du mouvement Némésis, venues dénoncer la présence de Rima Hassan à Sciences-Po à l’aide d’une banderole : « Islamo-gauchistes hors de nos facs ». Outre une militante brutalisée, Quentin a été tabassé, à terre, par des nervis de la députée LFI, antisioniste et anti-France.

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La semaine dernière, c’est un djihadiste français, Brahim B., qui a été tué par la Garde Républicaine après s’en être pris, sous l’Arc de Triomphe, à des gendarmes qu’il voulait « flinguer ». Dans les deux cas, la terreur a des liens avec Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de l’islam radical. La haine de la France française fédère les islamo-gauchistes, qui entendent faire pression sur les votes à venir. Aussi revient-il aux Français de se défendre, sans attendre le réveil des politiques. Pourquoi pas une manifestation de masse en souvenir de Quentin, tué pour avoir défendu son pays ?

RS

La révolution des oubliés

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Rubio à Munich: plus conciliant que Vance?

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Marco Rubio à Munich, le 14 février 2026 © News Agency Germany/Shutterstock/SIPA

Selon Randy Yaloz, Republicans Overseas, l’intervention du Secrétaire d’Etat de Donald Trump, samedi, était une invitation au réalisme transatlantique.
La France doit saisir cette opportunité pour redéfinir un partenariat fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle, estime-t-il.


Le discours du secrétaire d’État américain Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité constitue un moment révélateur de l’évolution de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump. Pour les dirigeants français et européens, il ne s’agit pas simplement d’une intervention diplomatique de plus, mais d’un signal stratégique sur la direction durable des relations transatlantiques. Ce discours n’était ni une rupture brutale ni un simple exercice de communication. Il s’inscrit dans une continuité idéologique avec les priorités du mouvement républicain actuel, tout en adoptant un ton plus conciliant que certaines déclarations précédentes. Rubio a insisté sur les racines communes entre l’Europe et les États-Unis, qualifiant l’Amérique « d’enfant de l’Europe », tout en maintenant des positions fermes sur l’immigration, le commerce et les institutions internationales.

Une doctrine plus réaliste et centrée sur l’intérêt national

Le message central de Rubio à Munich reflète une évolution vers une politique étrangère américaine plus réaliste et axée sur les intérêts nationaux. Selon plusieurs analyses, il a remis en cause l’idée que le libre-échange et l’ordre international libéral suffisent à garantir la paix et la prospérité. Cette vision marque une rupture avec les décennies d’internationalisme bipartisan qui ont caractérisé la politique américaine depuis la fin de la guerre froide. Rubio a également évoqué les effets négatifs de certaines politiques commerciales sur l’industrie américaine et a laissé entendre que les États-Unis pourraient agir de manière plus unilatérale si leurs intérêts fondamentaux étaient menacés.

Pour les Européens, cela confirme une tendance déjà perceptible : Washington continuera de privilégier ses priorités économiques et sécuritaires, même au prix de tensions avec ses alliés.

Un ton apaisant, mais des divergences persistantes

Si le fond du message est resté fidèle aux orientations de l’administration Trump, le ton adopté à Munich a été nettement plus conciliant. Plusieurs observateurs ont noté que Rubio cherchait à réparer une relation transatlantique fragilisée, notamment après des discours plus durs de responsables américains les années précédentes. Il a souligné que les États-Unis et l’Europe restent unis et a exprimé le souhait de renforcer la coopération, malgré les différends. Cependant, les réactions européennes ont montré une certaine méfiance. Des responsables de l’Union européenne ont rejeté les critiques américaines sur l’immigration et la prétendue « érosion civilisationnelle » du continent.

Cette dualité — ton amical, désaccords substantiels — caractérise désormais la relation transatlantique.

Un contexte de tensions structurelles

Le discours de Rubio s’inscrit dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l’Europe ont été mises à l’épreuve par des désaccords sur le commerce, l’Ukraine, la défense et la souveraineté stratégique.

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, Washington a adopté une approche plus transactionnelle envers ses alliés, notamment sur les dépenses de défense et les questions commerciales. Ces tensions ont poussé certains dirigeants européens à accélérer les discussions sur l’autonomie stratégique et le renforcement des capacités de défense européennes.

Ce que la France et l’Europe devraient comprendre

Pour la France et ses partenaires européens, quatre leçons principales se dégagent du discours de Munich. Premièrement, le changement américain est durable. La doctrine exposée par Rubio ne doit pas être perçue comme une parenthèse politique, mais comme l’expression d’un courant profond dans la société américaine. Une politique étrangère davantage centrée sur les intérêts nationaux, la souveraineté économique et la sécurité des frontières bénéficie d’un soutien électoral réel aux États-Unis. Deuxièmement, l’alliance transatlantique demeure, mais sous conditions. Rubio a clairement indiqué que Washington souhaite continuer à coopérer avec l’Europe. Cependant, cette coopération sera de plus en plus conditionnée à un partage des charges, à des politiques commerciales perçues comme équitables et à une convergence stratégique sur les grands enjeux. Troisièmement, l’Europe doit renforcer son autonomie sans rompre l’alliance. Le discours de Munich confirme que les Européens ne peuvent plus dépendre exclusivement du parapluie américain pour leur sécurité. Mais il ne justifie pas une rupture avec Washington. Au contraire, une Europe plus forte militairement et économiquement peut devenir un partenaire plus crédible et plus respecté aux yeux des États-Unis. Quatrièmement, la question iranienne reste un test stratégique majeur. Dans la vision républicaine actuelle, la stabilité du Moyen-Orient ne peut être assurée tant que le régime des mollahs à Téhéran poursuit une politique d’expansion régionale et de confrontation avec l’Occident. Une évolution interne de l’Iran, portée par une révolution du peuple iranien et l’émergence d’un gouvernement plus représentatif et moins idéologique, est perçue par de nombreux responsables américains comme un élément clé d’un nouvel équilibre régional. Dans cette optique, la politique étrangère de Donald Trump ne se limite pas à des accords ou à des sanctions ponctuelles, mais vise à créer les conditions d’un changement durable, qui bénéficierait non seulement aux Iraniens eux-mêmes, mais aussi à la sécurité de l’Europe et des États-Unis.

Une opportunité pour un nouveau réalisme transatlantique

Plutôt que d’interpréter le discours de Rubio comme une menace, la France et l’Europe devraient y voir une invitation à un nouveau réalisme transatlantique.

Les États-Unis n’abandonnent pas l’Europe, mais attendent d’elle qu’elle assume davantage de responsabilités et qu’elle prenne au sérieux les préoccupations américaines en matière d’immigration, de commerce et de sécurité. La relation transatlantique a toujours évolué avec les changements politiques de part et d’autre de l’Atlantique. Le discours de Munich montre que cette relation n’est pas terminée, mais qu’elle entre dans une phase plus pragmatique, plus exigeante et potentiellement plus équilibrée.

Pour la France, qui a toujours défendu à la fois l’indépendance stratégique et l’alliance occidentale, ce moment constitue une opportunité : celle de redéfinir un partenariat transatlantique fondé non sur les habitudes du passé, mais sur les réalités du XXIᵉ siècle.

Sénégal: quand un scandale criminel nourrit l’hystérie contre les minorités sexuelles

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Monument de la Renaissance africaine, Dakar. DR.

Une vaste affaire mêlant accusations de pédocriminalité, réseau sexuel organisé et transmission volontaire du VIH provoque la stupeur au Sénégal. Plus d’une dizaine de personnes ont été arrêtées à Dakar, soupçonnées d’avoir participé à un réseau pédocriminel présumé, orchestré par un septuagénaire français. Derrière ce scandale judiciaire, c’est aussi la question explosive du traitement des droits LGBT qui ressurgit, révélant les profondes fractures d’une société musulmane qui passe son temps à pointer la prétendue responsabilité de l’Occident…


C’est une affaire qui a fait les principales manchettes des quotidiens sénégalais. Tous oscillant entre consternation et horreur face à l’ampleur des révélations étalées dans la presse locale.

Le 7 février 2026, la gendarmerie de Keur Massar, département situé dans la presqu’île du Cap-Vert, à l’est de Dakar, a révélé avoir procédé à l’arrestation d’une douzaine de personnes, issues de toutes les tranches de la société civile, dont deux célébrités locales : l’animateur de télévision de l’émission Quartier Général sur la chaine TFM, Pape Cheikh Diallo, ainsi que le chanteur Djiby Dramé.

Elles sont toutes accusées par la justice sénégalaise « d’association de malfaiteurs, actes contre-nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui », traduisez : coupables de fornication entre personnes de même sexe.  Dans un communiqué rapidement publié sur ses réseaux sociaux, Stop Homophobie a exprimé ses inquiétudes après l’emprisonnement des incriminés, avant de dénoncer des arrestations jugées arbitraires et stigmatisantes, regrettant que les « relations sexuelles entre adultes consentant restent criminalisées » au Sénégal.

Une affaire internationale embarassante

Loin des cris d’orfraie de cette association bien connue, basée à Paris, la Division des investigations criminelles (Dic) a également arrêté 14 autres personnes. Toutes en lien supposé avec les premières interpellations dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Pierre R.», du nom de ce Français de 73 ans qui serait compromis dans ce dossier qui tient tout du sordide pour les commentateurs sénégalais. Présenté comme « un riche homosexuel », le quotidien Le Soleil affirme que ce Beauvaisien, ayant fait de fréquents séjours dans le pays, « aurait payé des Sénégalais pour contaminer d’autres homosexuels au VIH/Sida ». Désigné comme « la tête d’un réseau spécialisé dans la production des vidéos dans lesquelles des enfants étaient violés », comme le rapporte dans ses colonnes le Courrier Picard, ce serait plus de 150 enfants qui auraient été victimes de ce vaste système pédocriminel.

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Selon la Deutsche Welle, « de jeunes garçons auraient été transformés en objets sexuels, contraints d’avoir des rapports non protégés, filmés et monnayés avec des hommes pour la plupart séropositifs ». Qualifiée de « bombe sanitaire et judiciaire » par le quotidien L’Info, l’affaire révèle des faits d’une extrême gravité qui perdurent depuis 2017. Connu de la justice, « Babtou Peter », le surnom donné à Pierre R., a été interpellé en France l’année dernière et mis en examen « pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol sur mineur de 15 ans », rapporte Le Monde. C’est dans le cadre de cette enquête menée sur le territoire français que des liens avec le Sénégal ont été établis, conduisant la justice sénégalaise à mener ce qu’elle décrit comme un vaste « coup de filet » anti-pédophile.

Une affaire particulièrement sensible qui a ravivé des tensions profondes dans le pays de la Teranga, où la confusion entre pédophilie et homosexualité est régulièrement entretenue par certains médias locaux, prompts à vouer à la vindicte populaire tout Sénégalais suspecté d’être « inverti ».

Une loi répressive datant du régime de Vichy

Le Sénégal dispose en effet de l’une des législations les plus sévères d’Afrique de l’Ouest à l’égard de l’homosexualité. L’origine de ce cadre juridique remonte à 1942, lorsqu’une loi réprimant les relations sexuelles entre personnes de même sexe fut instaurée sous le régime de Vichy dans cette colonie française, soumise à l’influence de leaders religieux musulmans et dans un contexte marqué par un fort conservatisme moral parmi les colons.

Au moment des indépendances, les nouvelles autorités sénégalaises ne remettent pas en cause cette législation, qui sera au contraire maintenue puis progressivement renforcée au fil des décennies. En 1966, agrémentée d’une forte amende, elle punit d’un an à cinq ans d’emprisonnement tout Sénégalais ou étranger surpris en train de commettre un « acte impudique ou contre-nature avec une personne du même sexe ».  

Le sommet de l’État n’est pas en reste. En visite dans la ville de Guédiawaye, en pleine campagne en faveur de la révision constitutionnelle (2016), le président Macky Sall (2012-2024) profite de l’occasion pour rappeler ce qu’il pense de ceux qui appellent à une réforme du code de la famille : « Tant que je serais le président de la République, l’homosexualité ne sera jamais permise ici (…) car cela va à l’encontre des principes édictés par l’islam », déclare-t-il.

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Depuis, tout militant LGBT est pourchassé dans le pays, promptement embastillé et les arrestations sont souvent médiatisées par une presse à scandale qui raffole des ragots en tout genre sur ces sujets. Une homophobie accentuée par divers leaders religieux qui se sont constitués en un Front islamique pour la défense des valeurs éthiques. Ils réclament même que la peine de mort soit mise en place pour toutes personnes reconnue coupable d’homosexualité, refusant toute idée de dépénalisation.

Le paroxysme a été atteint en octobre 2023[1] : un homme décédé, soupçonné d’avoir été homosexuel de son vivant, est promptement exhumé et livré à la vindicte populaire qui décide de le brûler. L’événement provoque un émoi sans que pour autant la chasse aux gays ne cesse. Plus récemment, une proposition de loi a été soumise au vote visant à porter à près de quinze ans de prison les peines encourues par les militants homosexuels. Le texte prévoit également une série de dispositions introduisant de nouveaux délits, incluant notamment la bisexualité, la transidentité, ainsi que des infractions assimilées à la nécrophilie et à la zoophilie…

Le Sénégal dénonce en permanence un agenda occidental pro-« LGBTQI+ »

Selon le député Cheikh Abdou Bara Dolly Mbacké, à l’origine de cette réforme (qui exprime une tendance sur le sujet en augmentation dans toute l’Afrique noire), il s’agit d’une volonté de « lutter contre la perversion des mœurs de notre société, contre ces valeurs culturelles immorales importées de l’Occident »[2], régulièrement pointé du doigt en Afrique pour sa permissivité.

Preuve s’il en est, en janvier 2024, le Dakar Times n’avait pas hésité à mettre en une de son journal, la photo du Premier ministre Gabriel Attal, avec ce sous-titre : « Le lobby gay prend le pouvoir en France ». En mai suivant, alors en conférence conjointe avec Jean-Luc Mélenchon, le Premier ministre Ousmane Sonko avait averti solennellement les Occidentaux qu’il considérerait comme « un casus belli » toute tentative de pression de leur part sur les questions de genre[3]. Une déclaration qui avait eu le don d’agacer immédiatement le leader de La France Insoumise (LFI). En guise de réponse, au cours de l’échange, Jean-Luc Mélenchon avait fait part de sa divergence avec le chef du gouvernement sénégalais, le comparant aux « pires réactionnaires et [aux] pires racistes qui se sont opposés à cette disposition légale[4] » [en France -ndlr][5]

Tant et si bien que face à cette recrudescence d’homophobie, la patrie de l’académicien Léopold Sédar Senghor a été retirée récemment de la liste des pays « surs » en raison de leur orientation sexuelle par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).

Pour un pays qui revendique sa stabilité démocratique et sa tradition de dialogue depuis 1960, cette affaire agit comme un révélateur des fractures entre modernité juridique, souveraineté culturelle et respect des libertés fondamentales. Alors que la justice sénégalaise doit encore établir les responsabilités pénales de chacun des protagonistes et apporter des preuves de leur implication éventuelle dans le réseau pédocriminel ou du caractère répréhensible des activités dans lesquelles ils se sont engagés sexuellement, le traitement médiatique et politique de l’affaire pose déjà une interrogation plus large : celle de la capacité du Sénégal à distinguer la répression légitime des crimes sexuels de la stigmatisation globale d’une partie de sa population, à respecter les droits de ses minorités sexuelles sans pour autant trahir ses traditions pluriculturelles. Un échec jusqu’à présent. 


[1] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/10/31/au-senegal-l-exhumation-du-corps-d-un-homme-suppose-homosexuel-fait-polemique_6197561_3212.html

[2] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/06/26/au-senegal-le-retour-d-un-projet-de-loi-pour-durcir-le-delit-d-homosexualite-et-contre-les-valeurs-immorales-de-l-occident_6243998_3212.html

[3] https://www.lefigaro.fr/international/senegal-le-premier-ministre-sonko-critique-les-droits-lgbt-contraires-a-nos-valeurs-en-presence-de-jean-luc-melenchon-20240518

[4] https://www.bfmtv.com/politique/la-france-insoumise/je-ne-suis-pas-d-accord-au-senegal-melenchon-defend-le-mariage-des-couples-de-meme-sexe_AV-202405170630.html

[5] propos énoncés durant l’interview avec Soncko

Primaire à droite: l’urgence absolue

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Bruno Retailleau annonce être candidat à l'élection présidentielle de 2027, Paris © ISA HARSIN/SIPA

Cette tribune plaide pour l’organisation d’une vaste primaire avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.


Regardons en face ce que cinq ans de hollandisme et dix ans de macronisme auront produit. Un État obèse qui se mêle de tout mais ne résout rien, une dette abyssale de 3200 milliards €, une école publique sinistrée, une insécurité chronique, une industrie en décrochage accéléré, une immigration de peuplement hors de contrôle, et le constat — partagé par une majorité de Français — que le pays s’enfonce dans le déclin. Le macronisme s’est vendu comme une révolution libérale. Il ne s’agissait que d’une énième nuance du social-étatisme, qui s’achève avec un grave déni de démocratie : le verrouillage systématique des institutions par des personnalités de gauche.

L’état catastrophique de la France nécessite une politique enfin courageuse et radicale. Pas un ajustement à la marge. Pas quelques coupes symboliques dans un budget hors de contrôle. Un choc de bon sens : Baisser les impôts sur le travail et la production. Alléger radicalement la charge réglementaire qui étouffe les entreprises et les artisans. Tailler à la tronçonneuse dans une dépense publique qui représente désormais 57 % du PIB — le record de l’OCDE. Redonner à l’école ses fondamentaux : l’exigence, la transmission, la discipline. Rétablir l’autorité de l’État dans les territoires perdus de la République. Investir dans les technologies du futur. Ce programme existe. Il est cohérent. Il est majoritaire dans le pays réel. Il n’attend qu’un candidat pour le porter avec clarté et courage.

Le RN : du socialisme sous emballage patriote

Voici où réside la première des impostures que la droite doit nommer sans ambages. Le Rassemblement national n’est pas un parti de droite au sens économique du terme. Son programme est structurellement socialiste. Protectionnisme tous azimuts, maintien de la retraite à 60 ans pour certaines catégories, indexation généralisée des salaires, méfiance viscérale envers l’entreprise et la concurrence. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge et les discours sur l’identité, le logiciel économique du RN est celui de la gauche, celui-là même qui plombe l’économie française depuis des décennies.

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Un président RN appliquant son programme ne produirait pas le redressement que la France attend : il produirait une accélération du déclin. Davantage de dépenses publiques, davantage de protections corporatistes, davantage de méfiance à l’égard des investisseurs étrangers, davantage de repli. Les marchés le sanctionneraient immédiatement : les taux d’intérêt sur la dette française s’envoleraient, le coût du crédit exploserait, et les quelques marges de manœuvre budgétaires encore disponibles disparaîtraient dans les premiers mois du quinquennat. L’électeur qui vote RN pour en finir avec le déclin obtiendrait exactement l’inverse de ce qu’il espérait.

Victoire RN : le troisième tour dans la rue

Il est un autre danger que l’on tait trop souvent : celui du lendemain d’une victoire RN. Une fraction significative de la gauche radicale (LFI en tête) a clairement indiqué qu’elle ne reconnaîtrait pas la légitimité d’un tel résultat. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une déclaration d’intention réitérée. Jean-Luc Mélenchon l’a dit et répété : la rue serait convoquée. Les blocages commenceraient. Le pays entrerait dans une crise de gouvernabilité pire que celle que nous connaissons.

La France des gilets jaunes, des blocages de ronds-points, des violences de 2023 a déjà montré à quel point un pays fracturé peut se paralyser lui-même. Imaginez cette fracture portée à son paroxysme : une extrême gauche radicalisée qui organise un « troisième tour social », des manifs permanentes qui dégénèrent, des institutions soumises à une pression sans précédent. Le risque du chaos est bien réel. Ceux qui pensent qu’une victoire RN serait un choc salutaire et que l’ordre s’imposerait de lui-même font preuve d’une légèreté irresponsable face à la réalité de la gauche radicale française : l’une des plus violentes et des plus organisées d’Europe, comme la tragédie de Lyon vient de la rappeler.

La multiplication des candidatures : un suicide collectif annoncé

Seul un président issu de la droite républicaine, avec une majorité à l’Assemblée, semble en mesure de mener à bien un projet radical et libéral de redressement du pays. Les candidats sont nombreux à prétendre en être capable. David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Edouard Philippe… Demain d’autres encore. Chacun respectable. Chacun porteur d’une vision, de la droite de la droite à la gauche de la droite. Et chacun, s’il se présente seul contre les autres, contribuant mécaniquement à diviser un électorat qui ne peut se permettre de l’être. Dans un quadripartisme serré, 18% suffisent à se qualifier au second tour. Mais cinq candidats à 9% chacun ne font pas un finaliste : ils font cinq vaincus. La seule solution rationnelle, démocratique, et efficace est connue : une primaire ouverte, organisée tôt, avec des règles claires. Et il ne fait guère de doute que le plus à droite et le plus libéral la gagnera (je place une pièce sur David Lisnard), tant les Français sont plus lucides qu’on ne l’imagine sur le président dont ils ont besoin.

La primaire : le projet avant l’homme

Une primaire bien organisée n’est pas une faiblesse mais une démonstration de maturité démocratique. Ce serait l’occasion, pour des millions de Français de droite et du centre, d’entendre enfin la vision des uns et des autres, et de trancher en connaissance de cause. Quelles solutions pour libérer notre économie du carcan étatiste ? Comment délivrer l’école, la justice, l’audiovisuel public et la culture subventionnée de l’idéologie ? Comment rétablir l’autorité de l’État ? Comment réarmer la France dans un monde redevenu dangereux ?

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La primaire doit être ouverte large — de l’UDI à Horizons, des souverainistes libéraux aux conservateurs réformistes — avec un seul critère d’entrée : adhérer à l’idée que la France a besoin d’un choc de liberté, pas d’un choc de dépense supplémentaire. Elle doit être organisée avant l’été 2026, pour laisser au candidat désigné le temps de construire sa légitimité, d’élargir son socle, et de se présenter au pays non comme le survivant d’une guerre civile de droite, mais comme son représentant légitime, choisi par les Français.

Les enjeux de 2027 sont simples à formuler, et vertigineux à mesurer. D’un côté, une gauche islamogauchiste qui, au pouvoir, enfoncera la France dans la spirale dépensière tout en alimentant les divisions identitaires. De l’autre, un RN dont le programme économique ne diffère de la gauche que par le drapeau qu’on agite dessus — et dont la victoire plongerait le pays dans une crise sociale et institutionnelle majeure. Entre ces deux impasses, la victoire en 2027 est possible pour une candidature de droite unique, lucide sur l’état de la France, et courageuse sur les politiques à mener pour redresser le pays.

Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?

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Dégradation d'Alfred Dreyfus, dégradation dans la Cour Morland de l'École militaire à Paris, une du supplément illustré du Petit Journal. 1895. DR.

Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme.


Robert Badinter rappelait parfois que quelques mois avant les élections qui allaient conduire à la victoire le Front populaire, Léon Blum, loin de se limiter à la campagne qui s’annonçait, prit le temps de rédiger ce qui est devenu un classique : Souvenirs sur l’Affaire. L’homme d’Etat notait en effet qu’avec le temps, l’affaire Dreyfus, qui avait déchiré la France cinquante ans auparavant, s’estompait et que le nom même de Dreyfus semblait oublié.

En réalité, on se souvient encore de son nom, et un peu plus. Mais qui sait encore ce que la manifestation de la vérité dut à un homme, le colonel Picquart ? Chef du bureau des statistiques – le service de renseignement – c’est lui qui, découvrant le télégramme déchiré d’Esterhazy qui accuse le capitaine Dreyfus, subodore un problème, y travaille, et après quelques péripéties, dénonce la supercherie : c’est le fameux petit bleu.

Imagine-t-on ce qu’il fallut de courage insensé pour un militaire, gradé, très bien noté et promis à de hautes fonctions, pour risquer de tout perdre juste par respect de la vérité ?

Se souvient-on qu’il fut d’abord muté en Tunisie puis sanctionné par sa hiérarchie de près d’un an de prison et réformé d’office ?

C’est à cette histoire que la lecture du dossier sur l’affaire Al-Durah m’a ramené.

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Car le petit bleu répondait aux attentes du public nourri d’une certaine idéologie, antisémite et nationaliste, comme les images de France 2 répondent à un l’antisémitisme innervé par une sorte de « progressisme ».

L’absence de réaction dans les grands médias à ce dossier étayé m’a plus que surpris. Comme à ce jour, l’absence de protestation de la part des personnes, morales ou physiques, clairement visées. Et je ne parle même pas de réaction judiciaire…

Sans être « spécialiste » de cette affaire, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il y a un doute plus que sérieux sur la version officielle ; l’arrêt de la Cour de cassation ne tranche en rien le litige, fondé qu’il est sur un élément procédural inopposable à la vérité des faits. Et le refus de la justice de verser au débat les « rushs » qui suffiraient à accréditer la thèse de France 2 ouvre la voie à toutes les hypothèses alternatives. Et d’autres pourraient en dire bien plus, et l’ont d’ailleurs fait dans le dossier.

Mais quel courage faudrait-il aujourd’hui à un politique, à un journaliste, à un historien même de simplement poser la question : ce reportage sur la mort de l’enfant est-il possiblement un « fake » ? Qui dans la galaxie médiatique aurait le front de s’aliéner son environnement bien-pensant pour a minima poser la question ? Et puisqu’alors, nous aurions affaire au « fake le plus antisémite de notre génération » pour reprendre les termes du dossier de Causeur, cela ne jette-t-il pas un regard cru sur la partialité du service public ?

Ce courage, le colonel Picquart l’a eu. Il risquait bien plus qu’une mise au ban symbolique. Il a payé un prix certain, mutation, suspension, prison. Mais quelques décennies plus tard, il devint ministre de la Guerre sous Clemenceau.

Il n’est pas interdit de penser qu’il le doit aussi à une forme de détachement des honneurs, et d’humour devant les hochets de la République, dont témoigne la lettre jointe.

Quel journaliste ou politique se soucie suffisamment de la vérité et aurait assez de courage pour poser la question de la véracité de ce reportage ?

Souvenirs sur l'Affaire

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Le lynchage de Quentin et la peur du retour de la violence en politique

Paris, hier © Arnaud Cesar Vilette/SIPA

Les manifestants de la droite nationale étaient réunis hier après-midi place de la Sorbonne pour rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi après son lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée lfiste Rima Hassan. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice pointent les responsabilités de l’extrême gauche dans le drame, et tous les regards se tournent particulièrement vers le groupe antifa La Jeune Garde. Dissous en juin 2025, le groupe assure avoir cessé ses activités, et être dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat suite à un recours. Jacques-Elie Favrot, suspecté par les militants nationalistes d’avoir participé au lynchage, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, clame son innocence et déclare être à son tour menacé de mort.


Près de deux mille personnes étaient rassemblées place de la Sorbonne, en ce dimanche pluvieux, pour rendre hommage à Quentin. La foule, dense mais disciplinée, se tenait sous une forêt de parapluies. Les visages étaient graves, l’émotion contenue, mêlée de colère et de cette tristesse froide qui accompagne les deuils politiques.

La conscience d’entrer dans une période dure

Au premier rang, quelques figures bien connues, comme Marion Maréchal (Identités Libertés) et Hanane Mansouri (UDR). Pierre-Romain Thionnet prendra la parole en sa qualité de chef du Rassemblement national de la jeunesse, ainsi qu’Hilaire Bouyé, de Génération Zemmour. Édouard Bina, de la Cocarde étudiante, en appelle au courage des troupes et rappelle les paroles du chant contre-révolutionnaire Les fantassins du Lyonnais / La Ligue Noire : « Quand on meurt pour la patrie, n’a-t-on pas assez vécu ? » « Si l’on commence à avoir peur de l’adversité dans les universités, alors on a perdu », nous assure-t-il.

Le RN Pierre-Romain Thionnet.

Dans la foule, l’émotion se mêle à la colère : les slogans « LFI assassin » et « Jeune Garde, Arnault assassins » sont repris par un chœur de poitrines viriles. La jeunesse, nombreuse dans ce rassemblement au cœur de Paris, lui confère une énergie particulière. Mais flotte aussi la conscience d’entrer dans une séquence plus dure.

Les personnes que nous avons interrogées confirment la crainte d’un retour de la violence politique. « L’État faillit à protéger les Français », déclare le député Julien Limongi. Son collègue, le député et ancien magistrat Mathias Renault, évoque quant à lui la sécurité collective : « Il y a 10 000 militants d’ultragauche repérés, et parmi eux 3 000 fichés S. Il existe une organisation, la Jeune Garde, que l’on peut suspecter d’être la reconstitution d’une association dissoute, Génération antifasciste. »

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Plusieurs affaires ont déjà fait craindre un retour du terrorisme d’ultragauche : l’attaque de voies ferroviaires à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, ou encore les attaques coordonnées contre des prisons, accompagnées de slogans politiques durant l’été 2025. La menace terroriste d’extrême gauche serait-elle devenue plus dangereuse, alors que les autorités françaises concentraient leur attention sur la menace islamiste ? La question se pose. Certes, le Bataclan a fait des centaines de morts, tandis que le meurtre de Quentin n’a emporté qu’une seule vie. Mais Édouard Bina propose une analogie frappante : « Les accidents de voiture sont plus nombreux que les accidents d’avion, mais moins impressionnants. » La récurrence des violences liées à la mouvance antifa inquiète. On peut redouter l’émergence d’une violence politique intérieure, moins spectaculaire mais plus diffuse, qui n’aurait pas besoin d’être téléguidée depuis l’étranger.

Le jeune homme, converti au catholicisme, avait, dit-on, emmené sa famille dans la foi. Le responsable des jeunes du parti de Marion Maréchal invite l’assemblée à réciter un Je vous salue Marie. Ainsi Quentin est-il confié à l’éternité.

Le spectre des années de plomb

Parmi les orateurs, un intervenant italien, venu de Turin avec ses camarades, prend la parole. Et l’affaire Quentin replonge l’assistance dans une histoire transalpine relativement méconnue en France. En 1975, en Italie, au paroxysme des années de plomb, militants nationalistes du MSI et membres des Brigades rouges s’affrontent dans un climat quasi insurrectionnel. Sergio Ramelli, lycéen milanais de 18 ans, est lynché à l’entrée de son domicile par des militants d’extrême gauche. Il meurt après un mois de coma. La droite italienne en a fait un martyr de sa cause, honoré par des cérémonies régulières depuis un demi-siècle. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ces commémorations ont pris un caractère plus officiel : dépôts de gerbes, présence de membres du gouvernement, discours sur la réconciliation nationale autour d’une figure issue de la droite dure.

Trente années de laxisme face à l’extrême gauche

« L’extrême gauche passe à l’intimidation physique, puisqu’elle a perdu le monopole de l’intimidation morale », analyse Jean-Yves Le Gallou. Nous lui demandons s’il ne s’agit pas plutôt des derniers coups de griffe de la bête traquée, à la veille de la victoire du camp national… Il répond sans détour : « Votre hypothèse est très optimiste. » Alerte sur les méthodes et coups bas de ses adversaires, l’ancien bras droit de Bruno Mégret redoute le pire : « Si le candidat du RN se trouve face à Jean-Luc Mélenchon au second tour, il faut s’attendre à une série de violences terribles, à des bourrages d’urnes. Il faudra être prêt. » Depuis son accession à la présidence du RN, Marine Le Pen a rompu avec les franges les plus radicales — un luxe que LFI ne s’offre pas à l’autre extrémité de l’échiquier politique.

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Jean-Yves Le Gallou

« Personne ne devrait mourir pour un événement politique », bredouillait Éric Coquerel sur France Info cette semaine. Personne ne le conteste. Et pourtant, cela est arrivé.

La mort de Quentin referme peut-être la parenthèse de plusieurs décennies relativement pacifiées — du moins en dehors des attentats inspirés ou organisés depuis l’étranger. Les attaques islamistes de Toulouse en 2012, celles contre Charlie Hebdo ou le Bataclan en 2015, avaient déjà marqué une rupture et sorti les Français de leur torpeur post-tragique. Le 13 février nous ramène lui plutôt dans une ambiance de guerre civile, plus proche de l’Espagne des années 30 que des guerres de religion. Certains y voient l’aboutissement d’une tolérance prolongée à l’égard de mouvements d’ultragauche, présents depuis les années 1990, notamment dans certains milieux universitaires ou dans des zones de contestation comme Notre-Dame-des-Landes. Dans de nombreuses librairies, des ouvrages politiques radicaux, publiés par des maisons d’édition comme La Fabrique, occupent une place visible. Faudra-t-il, pour refermer cette parenthèse, renouer avec l’esprit des lois de 1893 et 1894, adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste — fermeture de journaux, dissolution d’organisations, restriction de la propagande ?

Humour incendiaire

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DR.

Charlie tout feu, tout flamme


Charlie Hebdo est accusé de mettre de l’huile sur le feu. Pour illustrer le drame du Constellation à Crans-Montana, incendie où 40 vies se sont éteintes, le dessinateur Salch s’est inspiré de la bande à Jean-Claude Dusse pour mettre à l’affiche : « Les brûlés font du ski ». Ce qui a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires incendiaires et le dépôt, non pas d’une gerbe de fleurs, mais d’une plainte, par un avocat suisse, qui estime que la caricature dépasse les limites admissibles de la satire. Et un autre dessin, plus grinçant encore, a suivi : « La Rédaction de Charlie décimée par deux arbalétriers », qui évoque le 7 janvier 2015.

Un retour de flammes pour Charlie Hebdo qui est né sur les cendres encore chaudes d’un sinistre historique… Le 1er novembre 1970 dans l’Isère, l’incendie du 5-7 faisait 146 morts. Le 5-7 était ce qu’on appelait un « dancing », ou plus couramment un « bal », où les amoureux se rencontraient, comme dans Le Petit Bal perdu que chantait Bourvil. Le 9 novembre suivant, dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, le général de Gaulle passait l’arme à gauche. Le journal Hara-Kiri, du regretté professeur Choron, en référence au drame du bal du 5-7, titrait alors : « Bal tragique à Colombey : un mort ». On doute que cette insolence ait fait se retourner feu le général dans sa tombe, mais le ministre de l’Intérieur de l’époque faisait interdire la vente de l’hebdo aux moins de 18 ans… le privant ainsi du plus gros de son lectorat. Le journal bête et méchant se jouait de la censure en changeant de titre, en devenant… Charlie-Hebdo

Maintenant, l’humour noir pratiqué par Charlie fait rire jaune certains pisse-vinaigre qui estiment indigne d’exploiter le malheur des autres, mais ne s’émeuvent pas de voir la même souffrance exploitée à la une au prétexte de compassion. Charlie a déjà prouvé, que même endeuillé, il ne mettait jamais son humour en berne. Le 5 novembre 1983, son dessinateur, l’inoubliable Reiser, âgé de 42 ans, succombait à un cancer. Charlie lui dédiait alors un numéro spécial avec à la une un dessin montrant un cercueil avec des baskets, ainsi légendé : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ! »