Accueil Société Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?

Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?


Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart?
Dégradation d'Alfred Dreyfus, dégradation dans la Cour Morland de l'École militaire à Paris, une du supplément illustré du Petit Journal. 1895. DR.

Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme.


Robert Badinter rappelait parfois que quelques mois avant les élections qui allaient conduire à la victoire le Front populaire, Léon Blum, loin de se limiter à la campagne qui s’annonçait, prit le temps de rédiger ce qui est devenu un classique : Souvenirs sur l’Affaire. L’homme d’Etat notait en effet qu’avec le temps, l’affaire Dreyfus, qui avait déchiré la France cinquante ans auparavant, s’estompait et que le nom même de Dreyfus semblait oublié.

En réalité, on se souvient encore de son nom, et un peu plus. Mais qui sait encore ce que la manifestation de la vérité dut à un homme, le colonel Picquart ? Chef du bureau des statistiques – le service de renseignement – c’est lui qui, découvrant le télégramme déchiré d’Esterhazy qui accuse le capitaine Dreyfus, subodore un problème, y travaille, et après quelques péripéties, dénonce la supercherie : c’est le fameux petit bleu.

Imagine-t-on ce qu’il fallut de courage insensé pour un militaire, gradé, très bien noté et promis à de hautes fonctions, pour risquer de tout perdre juste par respect de la vérité ?

Se souvient-on qu’il fut d’abord muté en Tunisie puis sanctionné par sa hiérarchie de près d’un an de prison et réformé d’office ?

C’est à cette histoire que la lecture du dossier sur l’affaire Al-Durah m’a ramené.

A lire aussi: Un jugement, quatre arrêts, cinq raisons de ne pas croire France 2

Car le petit bleu répondait aux attentes du public nourri d’une certaine idéologie, antisémite et nationaliste, comme les images de France 2 répondent à un l’antisémitisme innervé par une sorte de « progressisme ».

L’absence de réaction dans les grands médias à ce dossier étayé m’a plus que surpris. Comme à ce jour, l’absence de protestation de la part des personnes, morales ou physiques, clairement visées. Et je ne parle même pas de réaction judiciaire…

Sans être « spécialiste » de cette affaire, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’il y a un doute plus que sérieux sur la version officielle ; l’arrêt de la Cour de cassation ne tranche en rien le litige, fondé qu’il est sur un élément procédural inopposable à la vérité des faits. Et le refus de la justice de verser au débat les « rushs » qui suffiraient à accréditer la thèse de France 2 ouvre la voie à toutes les hypothèses alternatives. Et d’autres pourraient en dire bien plus, et l’ont d’ailleurs fait dans le dossier.

Mais quel courage faudrait-il aujourd’hui à un politique, à un journaliste, à un historien même de simplement poser la question : ce reportage sur la mort de l’enfant est-il possiblement un « fake » ? Qui dans la galaxie médiatique aurait le front de s’aliéner son environnement bien-pensant pour a minima poser la question ? Et puisqu’alors, nous aurions affaire au « fake le plus antisémite de notre génération » pour reprendre les termes du dossier de Causeur, cela ne jette-t-il pas un regard cru sur la partialité du service public ?

Ce courage, le colonel Picquart l’a eu. Il risquait bien plus qu’une mise au ban symbolique. Il a payé un prix certain, mutation, suspension, prison. Mais quelques décennies plus tard, il devint ministre de la Guerre sous Clemenceau.

Il n’est pas interdit de penser qu’il le doit aussi à une forme de détachement des honneurs, et d’humour devant les hochets de la République, dont témoigne la lettre jointe.

Quel journaliste ou politique se soucie suffisamment de la vérité et aurait assez de courage pour poser la question de la véracité de ce reportage ?

Souvenirs sur l'Affaire

Price: ---

0 used & new available from




Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent La transparence salariale, encore une «norme»?

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération