Les manifestants de la droite nationale étaient réunis hier après-midi place de la Sorbonne pour rendre hommage à Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans, mort à Lyon samedi après son lynchage en marge d’une conférence de l’eurodéputée lfiste Rima Hassan. Les ministres de l’Intérieur et de la Justice pointent les responsabilités de l’extrême gauche dans le drame, et tous les regards se tournent particulièrement vers le groupe antifa La Jeune Garde. Dissous en juin 2025, le groupe assure avoir cessé ses activités, et être dans l’attente de la décision du Conseil d’Etat suite à un recours. Jacques-Elie Favrot, suspecté par les militants nationalistes d’avoir participé au lynchage, collaborateur parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, clame son innocence et déclare être à son tour menacé de mort.
Près de deux mille personnes étaient rassemblées place de la Sorbonne, en ce dimanche pluvieux, pour rendre hommage à Quentin. La foule, dense mais disciplinée, se tenait sous une forêt de parapluies. Les visages étaient graves, l’émotion contenue, mêlée de colère et de cette tristesse froide qui accompagne les deuils politiques.

La conscience d’entrer dans une période dure
Au premier rang, quelques figures bien connues, comme Marion Maréchal (Identités Libertés) et Hanane Mansouri (UDR). Pierre-Romain Thionnet prendra la parole en sa qualité de chef du Rassemblement national de la jeunesse, ainsi qu’Hilaire Bouyé, de Génération Zemmour. Édouard Bina, de la Cocarde étudiante, en appelle au courage des troupes et rappelle les paroles du chant contre-révolutionnaire Les fantassins du Lyonnais / La Ligue Noire : « Quand on meurt pour la patrie, n’a-t-on pas assez vécu ? » « Si l’on commence à avoir peur de l’adversité dans les universités, alors on a perdu », nous assure-t-il.

Dans la foule, l’émotion se mêle à la colère : les slogans « LFI assassin » et « Jeune Garde, Arnault assassins » sont repris par un chœur de poitrines viriles. La jeunesse, nombreuse dans ce rassemblement au cœur de Paris, lui confère une énergie particulière. Mais flotte aussi la conscience d’entrer dans une séquence plus dure.
Les personnes que nous avons interrogées confirment la crainte d’un retour de la violence politique. « L’État faillit à protéger les Français », déclare le député Julien Limongi. Son collègue, le député et ancien magistrat Mathias Renault, évoque quant à lui la sécurité collective : « Il y a 10 000 militants d’ultragauche repérés, et parmi eux 3 000 fichés S. Il existe une organisation, la Jeune Garde, que l’on peut suspecter d’être la reconstitution d’une association dissoute, Génération antifasciste. »
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Plusieurs affaires ont déjà fait craindre un retour du terrorisme d’ultragauche : l’attaque de voies ferroviaires à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques, ou encore les attaques coordonnées contre des prisons, accompagnées de slogans politiques durant l’été 2025. La menace terroriste d’extrême gauche serait-elle devenue plus dangereuse, alors que les autorités françaises concentraient leur attention sur la menace islamiste ? La question se pose. Certes, le Bataclan a fait des centaines de morts, tandis que le meurtre de Quentin n’a emporté qu’une seule vie. Mais Édouard Bina propose une analogie frappante : « Les accidents de voiture sont plus nombreux que les accidents d’avion, mais moins impressionnants. » La récurrence des violences liées à la mouvance antifa inquiète. On peut redouter l’émergence d’une violence politique intérieure, moins spectaculaire mais plus diffuse, qui n’aurait pas besoin d’être téléguidée depuis l’étranger.
Le jeune homme, converti au catholicisme, avait, dit-on, emmené sa famille dans la foi. Le responsable des jeunes du parti de Marion Maréchal invite l’assemblée à réciter un Je vous salue Marie. Ainsi Quentin est-il confié à l’éternité.
Le spectre des années de plomb
Parmi les orateurs, un intervenant italien, venu de Turin avec ses camarades, prend la parole. Et l’affaire Quentin replonge l’assistance dans une histoire transalpine relativement méconnue en France. En 1975, en Italie, au paroxysme des années de plomb, militants nationalistes du MSI et membres des Brigades rouges s’affrontent dans un climat quasi insurrectionnel. Sergio Ramelli, lycéen milanais de 18 ans, est lynché à l’entrée de son domicile par des militants d’extrême gauche. Il meurt après un mois de coma. La droite italienne en a fait un martyr de sa cause, honoré par des cérémonies régulières depuis un demi-siècle. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ces commémorations ont pris un caractère plus officiel : dépôts de gerbes, présence de membres du gouvernement, discours sur la réconciliation nationale autour d’une figure issue de la droite dure.
Trente années de laxisme face à l’extrême gauche
« L’extrême gauche passe à l’intimidation physique, puisqu’elle a perdu le monopole de l’intimidation morale », analyse Jean-Yves Le Gallou. Nous lui demandons s’il ne s’agit pas plutôt des derniers coups de griffe de la bête traquée, à la veille de la victoire du camp national… Il répond sans détour : « Votre hypothèse est très optimiste. » Alerte sur les méthodes et coups bas de ses adversaires, l’ancien bras droit de Bruno Mégret redoute le pire : « Si le candidat du RN se trouve face à Jean-Luc Mélenchon au second tour, il faut s’attendre à une série de violences terribles, à des bourrages d’urnes. Il faudra être prêt. » Depuis son accession à la présidence du RN, Marine Le Pen a rompu avec les franges les plus radicales — un luxe que LFI ne s’offre pas à l’autre extrémité de l’échiquier politique.
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« Personne ne devrait mourir pour un événement politique », bredouillait Éric Coquerel sur France Info cette semaine. Personne ne le conteste. Et pourtant, cela est arrivé.
La mort de Quentin referme peut-être la parenthèse de plusieurs décennies relativement pacifiées — du moins en dehors des attentats inspirés ou organisés depuis l’étranger. Les attaques islamistes de Toulouse en 2012, celles contre Charlie Hebdo ou le Bataclan en 2015, avaient déjà marqué une rupture et sorti les Français de leur torpeur post-tragique. Le 13 février nous ramène lui plutôt dans une ambiance de guerre civile, plus proche de l’Espagne des années 30 que des guerres de religion. Certains y voient l’aboutissement d’une tolérance prolongée à l’égard de mouvements d’ultragauche, présents depuis les années 1990, notamment dans certains milieux universitaires ou dans des zones de contestation comme Notre-Dame-des-Landes. Dans de nombreuses librairies, des ouvrages politiques radicaux, publiés par des maisons d’édition comme La Fabrique, occupent une place visible. Faudra-t-il, pour refermer cette parenthèse, renouer avec l’esprit des lois de 1893 et 1894, adoptées pour réprimer le mouvement anarchiste — fermeture de journaux, dissolution d’organisations, restriction de la propagande ?

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