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Humour incendiaire


Humour incendiaire
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Charlie tout feu, tout flamme


Charlie Hebdo est accusé de mettre de l’huile sur le feu. Pour illustrer le drame du Constellation à Crans-Montana, incendie où 40 vies se sont éteintes, le dessinateur Salch s’est inspiré de la bande à Jean-Claude Dusse pour mettre à l’affiche : « Les brûlés font du ski ». Ce qui a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de commentaires incendiaires et le dépôt, non pas d’une gerbe de fleurs, mais d’une plainte, par un avocat suisse, qui estime que la caricature dépasse les limites admissibles de la satire. Et une « une » plus grinçante encore : « La Rédaction de Charlie décimée par deux arbalétriers », avec un dessin qui évoque le 7 janvier 2015.

Un retour de flammes pour Charlie Hebdo qui est né sur les cendres encore chaudes d’un sinistre historique… Le 1er novembre 1970 dans l’Isère, l’incendie du 5-7 faisait 146 morts. Le 5-7 était ce qu’on appelait un « dancing », ou plus couramment un « bal », où les amoureux se rencontraient, comme dans Le Petit Bal perdu que chantait Bourvil. Le 9 novembre suivant, dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, le général de Gaulle passait l’arme à gauche. Le journal Hara-Kiri, du regretté professeur Choron, en référence au drame du bal du 5-7, titrait alors : « Bal tragique à Colombey : un mort ». On doute que cette insolence ait fait se retourner feu le général dans sa tombe, mais le ministre de l’Intérieur de l’époque faisait interdire la vente de l’hebdo aux moins de 18 ans… le privant ainsi du plus gros de son lectorat. Le journal bête et méchant se jouait de la censure en changeant de titre, en devenant… Charlie-Hebdo

Maintenant, l’humour noir pratiqué par Charlie fait rire jaune certains pisse-vinaigre qui estiment indigne d’exploiter le malheur des autres, mais ne s’émeuvent pas de voir la même souffrance exploitée à la une au prétexte de compassion. Charlie a déjà prouvé, que même endeuillé, il ne mettait jamais son humour en berne. Le 5 novembre 1983, son dessinateur, l’inoubliable Reiser, âgé de 42 ans, succombait à un cancer. Charlie lui dédiait alors un numéro spécial avec à la une un dessin montrant un cercueil avec des baskets, ainsi légendé : « Reiser va mieux, il est allé au cimetière à pied ! »

Février 2026 - #142

Article extrait du Magazine Causeur




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Journaliste indépendant

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