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L’euro numérique contre le citoyen 

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La BCE entend mettre en place l’euro numérique. Il pourrait être déployé à partir de 2027 ou 2028. S’il est censé renforcer la souveraineté européenne face aux géants du paiement et aux monnaies virtuelles, il suscite de vives inquiétudes quant à ses répercussions économiques, son potentiel de déstabilisation bancaire et les risques qu’il fait peser sur les libertés individuelles.


Annoncé en grande pompe pour la première fois par la BCE en 2021, le projet d’euro numérique achèvera à l’automne sa phase préparatoire avec un déploiement visé à l’horizon 2027. Au-delà des bruits de couloirs et des spéculations, les Français sont en droit de savoir quelles seront les véritables implications de ce projet technocratique qui ne répond à aucun besoin concret pour le citoyen européen. 

Un outil de souveraineté ? 

Il convient d’abord de rappeler brièvement en quoi consiste cet euro numérique ou euro digital et les utilisations pratiques dans le quotidien de chacun. 

Cette monnaie aura la même valeur que l’euro et ne constituera pas une crypto-monnaie au sens spéculatif du terme. L’euro numérique aura pour vocation de constituer un moyen de paiement indépendant des plateformes traditionnelles souvent extra européennes comme Visa, Mastercard ou Paypal. Chaque personne physique ou entreprise pourra disposer, jusqu’à un certain plafond – à hauteur de trois mille euros selon les dernières discussions, ce qui couvre de facto une grande partie des comptes de dépôts – de cette monnaie dans un portefeuille dématérialisé pour effectuer des paiements dans le commerce ou des virements entre particuliers. Cette solution gratuite et pouvant fonctionner hors ligne paraît à première vue séduisante dans un contexte où les européens doivent se défaire de l’omniprésence des entreprises américaines sur fond de guerre commerciale larvée. 

Déstabilisation du système bancaire 

À l’heure où l’économie européenne a grandement besoin d’investissement pour combler son retard sur ses concurrents internationaux, la mise en circulation de l’euro numérique viendrait grever la possibilité de prêt des banques commerciales et donc la capacité d’emprunt des ménages et des entreprises.

À lire aussi : Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

Les banques sont soumises à un certain nombre d’obligations prudentielles les contraignant à détenir une certaine réserve de dépôts pour garantir leurs prêts, réserves qui seraient considérablement asséchées par la mise en place de l’euro numérique faisant sortir du système bancaire une part substantielle des liquidités en circulation. De plus, ce siphonnage des liquidités amoindrirait l’impact de la politique des taux décidée par la Banque Centrale, affaiblissant notre capacité à réagir en cas de crise. Pire encore, l’euro numérique serait un facteur d’aggravation, par l’instantanéité des transactions, rendant les crises plus brutales, plus rapides et plus incontrôlables. Là où un retrait massif prenait autrefois plusieurs jours, il suffira demain de quelques clics pour provoquer une ruée numérique vers un actif perçu comme plus sûr. La BCE se crée ainsi un pouvoir de désintermédiation potentiellement explosif, qu’aucun contre-pouvoir politique ne pourra maîtriser.

Le spectre d’un contrôle accru sur les transactions 

Outre les considérations économiques, le flou demeure total sur les garanties concrètes relatives aux libertés fondamentales des futurs utilisateurs. Sous couvert de lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme, les paiements au-delà d’un certain seuil feront l’objet d’un traçage automatisé et systématique. Sans aller jusqu’à jouer sur les peurs et agiter le spectre d’une BCE se voulant Big Brother et contrôlant chacune de nos transactions, il est légitime de soulever la question du respect de la vie privée et de l’absence de toute idéologie justifiant une potentielle entrave à la liberté des transactions.  

L’euro numérique ou comment faire du neuf avec du vieux

Comme souvent, avec des formules ronflantes et à grands coups de campagnes promotionnelles, les institutions européennes se targuent d’inventer des concepts qui ont déjà cours. L’euro numérique ne fait pas exception à cette règle puisqu’il existe déjà un système de paiement similaire issu du secteur privé fonctionnant dans plusieurs pays européens. Comme à son habitude, plutôt que de la soutenir, l’Union européenne choisit de monopoliser l’innovation, d’y ajouter des couches réglementaires, et de s’en servir comme levier d’un contrôle toujours plus centralisé.

À lire aussi : Le mur des comptes

Ce n’est pas d’un euro numérique dont l’Europe a besoin, mais d’une politique économique lisible et efficiente. Rappelons-nous qu’une monnaie est un outil, pas un instrument de surveillance. L’Union doit encourager l’innovation, non la capter pour l’encadrer ; accompagner les citoyens, non les tracer ; renforcer la souveraineté des États, non l’invoquer pour mieux la neutraliser à son seul profit.


Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen.

Le pari israélien

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Au dixième jour de l’Opération « Lion Ascendant », voici notre perspective ici en Israël.


Avec le recul, il est clair que nous, en Israël, n’avions pas pleinement mesuré l’ampleur de la menace qui nous entourait. Nous vivions une vie confortable, souvent dans l’illusion. En réalité, sous la direction de l’Iran, un réseau coordonné d’États hostiles et d’organisations terroristes préparait activement la destruction de l’État d’Israël et l’anéantissement physique de sa population juive – une seconde Shoah. Bien que nous en ayons été conscients en principe, peu croyaient réellement que cette menace pouvait se concrétiser. Tragiquement, cela a bien failli arriver.

Cependant, à la suite du massacre du 7 octobre 2023, quelque chose s’est produit que nos ennemis n’avaient pas anticipé : Israël a riposté – avec force et détermination. Grâce à un leadership de guerre solide, à notre capital humain exceptionnel, et à notre supériorité technologique, militaire et dans le domaine des renseignements, nous avons démantelé nos ennemis un par un. Le Hamas, le Hezbollah, le régime d’Assad en Syrie, les milices chi’ites en Irak et les Houtis, tous ont été battus ou alors contraint à cesser le feu. Il ne restait alors que la tête du serpent : la République islamique d’Iran.

L’Ayatollah Ali Khamenei, 18 juin 2025 © Iranian Supreme Leader’S Office/ZUMA/SIPA

Cette phase finale a commencé le 13 juin. Elle ne peut être décrite que comme l’une des opérations militaires les plus spectaculaires de l’histoire.

Comme l’a exprimé John Spencer, l’analyste militaire américain de renom :
« Cette opération n’était pas seulement historique, elle était transformationnelle. Elle a redéfini ce que « choc et effroi » signifie au XXIe siècle. Ce n’était pas une simple frappe, mais une campagne : une démonstration en couches, synchronisée, de l’art opérationnel moderne, fondée sur un renseignement profond, une tromperie stratégique, et une fusion innovante des outils de guerre traditionnels et modernes. La campagne israélienne contre l’Iran est un cas d’école de guerre moderne. Il s’agissait d’une offensive synchronisée et multi-domaine, combinant cybersécurité, renseignement humain, guerre électronique, puissance aérienne, forces spéciales et opérations psychologiques. »

Le résultat : une victoire totale de facto, obtenue en quelques minutes ou quelques heures après le début de l’opération.

A lire aussi, Richard Prasquier: Israël fait le sale boulot pour tout le monde

En quelques jours seulement, la capacité de l’Iran à lancer des missiles a été sévèrement réduite, et son programme nucléaire est désormais pratiquement à l’arrêt, et ce, à plus forte raison, après les frappes américaines à Fordow. Il sera encore plus détruit dans les jours et semaines à venir. Même si d’autres opérations sont encore nécessaires pour achever la mission, le paysage stratégique de la région a déjà été profondément bouleversé, avec des conséquences qui se feront sentir au Moyen-Orient et bien au-delà pendant des années. L’image de marque du régime des Mollahs a été sérieusement écornée, et sa capacité de nuisance profondément limitée, dans la mesure où leurs programmes nucléaires et balistiques ont été durement touchés et où leur espace aérien est désormais ouvert, ce qui veut dire qu’Israël peut maintenant détruire toute infrastructure stratégique à volonté. Même si ces programmes ne sont pas complétement anéantis, les Iraniens ne pourront pas les reconstruire, puisqu’Israël détruira facilement chaque menace significative.  

Alors que ce conflit approche de sa conclusion, la position stratégique et sécuritaire d’Israël, désormais considérablement renforcée, devrait entraîner une vague de croissance économique, financière et d’investissements – en particulier dans les secteurs de la défense et de la sécurité, à la lumière du contexte mondial sensible.

Tenez bon : Israël est en train de remporter une victoire monumentale. Cette victoire entraînera des répercussions très positives sur la stabilité de la région, et donc sur son développement humain, social et économique. La sécurité de tous, y compris les pays du Golfe, va s’améliorer, et nous pouvons nous attendre à ce que les Accords d’Abraham s’élargisse et que des relations fondées sur la paix et la coopération régionale puissent se développer. 

Ce ne sera peut-être pas immédiat, mais c’est désormais la direction claire que prennent les choses dans la région.

L'affaire Madoff

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«Trolls» de Pierre Cormary: de la haine et du style

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Notre ami Pierre Cormary serait-il un brin masochiste ?


Non seulement Pierre est un ami, mais nous avons le même éditeur : voilà deux bonnes raisons de ne rien écrire à son sujet. Mais je suis peu coutumier des panégyriques habituels, avec leurs litanies d’épithètes convenues, où le moindre romanticule de la rentrée littéraire se révèle le chef-d’œuvre du siècle. J’espère donc qu’on me pardonnera cette présentation dépassionnée de son ouvrage. Car, ami ou non, Troll (éditions unicité, 2025), ce court texte sur les attaques que l’auteur d’Aurora Cornu a subies dans les années 2010, mérite, je crois, un compte rendu.

Le seigneur des ratés

Ah, Pierre Cormary, voilà un homme qui, s’il ne s’aime pas vraiment, met quand même beaucoup d’orgueil dans ce désamour. Quel drôle d’enfer que ce mépris de soi qui prend soin de parader devant la terre entière comme d’autres se rengorgent devant vous de leur chemise à la mode ou de l’acquisition de leurs dernières paires de chaussures ?

Pierre Cormary se doit ainsi d’être le grand champion du ridicule ou encore insurpassable dans le masochisme, comme le dit de lui un grand écrivain. Alors, certes, il est paresseux. Mais il l’est quand même à la manière d’un « sous-Des Esseintes épuisé par la vie ». Il vous parle luxure, et c’est tout de suite Alfred Hitchcock. Quant au sexe, il donne à notre héros et ami le vertige comme « James Stewart dans Sueurs froides ». Tout péché se voit sauvé de l’humiliation par le grandiose. On accepte bien d’être pouilleux, mais à condition d’être le plus divin des pouilleux et en la plus sainte compagnie.

D’ailleurs, son écriture elle-même est pleine de ce paradoxe dans la vanité. Elle poétise ses mauvaises manies et veut prêter du génie à ses vices. L’oxymore y représente moins une figure de style que l’expression la plus exacte de son rapport compliqué à lui-même. De là, ses héroïnes restent « ambiguës », la justice de Dieu se découvre « hideuse », sans oublier, à tout seigneur tout honneur, la vanité devenant chez lui « candide ». 

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Mais personne ne s’y trompe : de l’aveu même de l’auteur, il joue à sa propre crucifixion « dans le but mauvais d’émouvoir le chaland et provoquer éventuellement la pitié érotique de ces dames — avec l’espoir fou que l’une d’elles monte sur [sa] croix [lui] retire [sa] couronne d’épines et nettoie [ses] plaies avec sa langue ».

L’attaque des salauds

Hélas, mettre en scène sa faiblesse n’éveille pas toujours la compassion. Comme l’écrit Pierre Cormary dans son livre, « ce n’est pas parce que vous vous traitez mal qu’on va vous traiter bien ». L’aveu peut exciter le sadisme. La confession peut entrer en résonance avec la perversité de l’autre. Terrible vérité que Pierre Cormary va apprendre à ses dépens en 2011 et qui va lui offrir la matière de son livre, Troll.

Ce dernier ouvrage décrit par le menu comment un groupe d’individus, après la découverte de son site internet, Soleil et Croix, a tenté de le pousser à la dépression et au suicide. Il ne s’agissait pas juste de le tuer virtuellement, avec une « nazification de son blog, copie porno de son Facebook, fiche Wikipédia négationniste avec tous les liens identitaires extrémistes possibles», mais en outre de le diffamer sous sa véritable identité, et de le harceler jusque sur son lieu de travail.

Simples jeux cruels ? Peut-être. Mais s’exprime là aussi une confrontation entre deux visions du monde, voire deux ambitions d’écriture.

Car quand Alberich von Grimmelshausen, pseudonyme du chef de file des trolls, ces internautes qui veulent lui faire la peau, décrit Pierre Cormary, comme un mec « qui se la joue Flaubert alors qu’il est un condensé de Charles Bovary, d’Homais et de Bouvard et Pécuchet » ou encore lorsqu’il affirme qu’il y a des types « qui passent l’envie de manger quand on les regarde bouffer. Lui, je vous jure, il passe l’envie d’écrire », on comprend que l’enjeu est immédiatement littéraire.

Le dégoût, d’Alberich von Grimmelshausen est celle d’une certaine droite intellectuelle. Une droite à l’écriture martiale, sérieuse, du mot juste, de l’affirmation virile de soi, qui défend le sublime et la reconquête esthétique. Et si parfois on verse dans l’excès, ce n’est que pour vitupérer dans l’attaque pamphlétaire, à la manière de Bloy. Car l’homme de droite est l’homme de l’ordre social. C’est l’homme des convenances et de la respectabilité. Les trolls se permettent les logorrhées les plus infamantes contre Pierre Cormary que par obsession de la norme. Ils souhaitent le châtier pour son impudeur,  son obésité physique qui serait le reflet de l’épaisseur de son esprit, et son immoralité générale et ouvertement assumée. Ils espèrent faire rendre gorge, surtout, à cette mise à nu de soi et de ses faillites intimes, qui va de Jean-Jacques Rousseau à Emmanuel Carrère. Ils brûlent d’anéantir ce qu’ils devinent en Pierre Cormary de mollesse, de positions gentiment raisonnables et fort peu contre-révolutionnaires, tout ce qui sent la pantoufle et même, osons le mot honni, la prose presque sociale-démocrate, d’autant plus impardonnable que l’auteur se prétend homme de droite.

À l’écriture personnelle de ses doutes et de ses défauts, répond donc une littérature du pastiche malfaisant, de la caricature oiseuse, du pamphlet ordurier, ou autrement dit, une écriture de la cruauté. Une écriture qui va littéraliser les discours de l’adversaire, feindre de les prendre au pied de la lettre pour mieux les piéger et les tordre dans l’injure. Alors, ce qui se voulait à l’origine une catharsis, une mise à distance tendre et amusée de ses pulsions, se voit retirer toute dimension littéraire, pour être retourné contre l’auteur et le salir.

Quand un masochiste rencontre des pervers

Mais Troll offre aussi à lire le récit d’un véritable jeu d’enquête, mené par Pierre Cormary, afin de démasquer ses harceleurs et faire cesser leurs agissements. Cependant cette résistance angoissée et naturelle, ne se départ pas toujours, et c’est peut-être la dimension morale la plus intéressante de cet ouvrage, d’une sorte de fascination de la victime pour ses bourreaux. Une part du narrateur condamne quand une autre applaudit. C’est toute une pente masochiste qui, au long de cette histoire, est prête à sympathiser avec les forces qui tentent de l’annihiler.

Car au fond, s’interroge le Pierre Cormary d’il y a quinze ans, ses trolls n’ont-ils pas raison de le mépriser, lui et ses petites phrases sans œuvres ? Ne font-ils pas que le renvoyer à sa nullité fondamentale ? N’a-t-il pas mérité sa damnation ? Peut-être a-t-il rencontré avec eux ses anges exterminateurs, et que toute leur entreprise n’est qu’une vaste démystification de sa personne d’écrivaillon ? Peut-être qu’il est bien, après tout, ce crapaud qui ose se croire aussi gros que le bœuf et qui doit s’en trouver châtié ?

A lire aussi, du même auteur: Maximilien Friche ou la folle espérance d’un salut par le Verbe

Mais la fascination ne s’exerce pas que dans un seul sens. Que recherchent, en effet, ces gens qui mettent tant d’ardeur à détruire un anonyme ? On ne déteste pas à ce point quelqu’un qui nous demeure indifférent. Il y a fort à parier que cette tentative de meurtre symbolique cache une jalousie littéraire.  Car Pierre Cormary est un homme qui ose écrire et donc, qui ose vivre. Un homme qui n’est pas dans la paraphrase, mais dans l’appropriation des auteurs qu’il aime. Il est déjà dans la construction d’une œuvre propre. Affirmer sa singularité, n’est-ce pas exister dans le monde, quand l’exercice de la violence contre autrui est souvent une faiblesse déguisée ?  Et peut-être même que celui qui est dans la négation de sa faiblesse, et de là d’une part de son humanité, ne peut réellement espérer devenir écrivain.

La force vitale n’est donc pas là où on la croit. C’est bien du moins la belle morale de ce livre que de saluer le triomphe d’une écriture de son humanité faillible, face à une prose d’éternels étudiants, de poseurs impuissants à trouver en eux assez de substance pour dépasser le stade du pastiche et de la singerie d’une énergie créatrice qui leur échappe.

Pierre Cormary nous livre en définitive une œuvre originale, entre récit et fiction, confession et fable, où le faux sert à dire le vrai. Un ouvrage qui explore, par des réflexions d’une grande finesse, notre rapport complexe aux identités virtuelles.

180 pages.

Trolls

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Iran: le pas de côté diplomatique d’Emmanuel Macron

Au lieu de se joindre à Donald Trump et Benjamin Netanyahou dans leur choix d’en finir avec les enfumages iraniens sur le nucléaire, l’Élysée donne l’impression de trembler face à l’islam ombrageux et preneur d’otages, se désole notre chroniqueur.


Ali Khamenei et Emmanuel Macron doivent partir. Le guide suprême iranien s’accroche à son fauteuil, tout comme le président français. Seule la pression des citoyens excédés délogera ces deux dirigeants claquemurés. Car le « chaos » que Macron prédit à l’Iran, si le peuple se libère de l’oppression des mollahs, est déjà une réalité en France. Certes, la dictature théocratique des ayatollahs est sans commune mesure avec la démocrature issue d’une caste progressiste et populophobe.

En même temps diplomatique

Les Gardiens de la révolution (124.000 hommes armés) sèment la terreur pour tenter d’étouffer les mouvements protestataires. Hier, ces sections fascistes ont promis aux États-Unis d’utiliser « des options qui dépassent l’entendement », après le choix du président américain de détruire les trois sites nucléaires iraniens de Fordo, Natanz et Ispahan grâce à quatorze bombes GBU-57 lancées par sept B-2 dépêchés des États-Unis. Reste que le chef de l’Etat français se montre incapable d’entendre les colères populaires, d’où qu’elles viennent. Au lieu de se joindre à Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur choix d’accélérer l’histoire et d’en finir avec les enfumages iraniens sur le nucléaire militaire, l’Elysée tremble face à l’islam ombrageux et preneur d’otages. « La France n’a participé ni à ces frappes ni à leur planification », a précisé hier Jean-Noël Barrot, incarnation de la lâcheté du « en même temps » diplomatique. La France et l’Europe sont absentes des bouleversements qui s’écrivent, grâce à l’option si peu angélique du « cassage de gueule ». Alors que Trump donnait l’ordre de frapper, Macron ouvrait l’Élysée à la Fête de la musique et aux pas de danse de son épouse. Les violences urbaines en sus.

L’inertie du « système »

Oui, Macron doit partir car il bloque la France. L’inertie est théorisée par son Premier ministre centriste, François Bayrou. Les rappels au « droit international » que lancent, derrière le chef de l’État, ceux qui voient Trump et Netanyahou comme des parias, sont autant d’arguments pour justifier l’immobilisme. Le Hamas, armé par l’Iran, n’avait pas eu droit à ces leçons, après son pogrom du 7 octobre 2023. L’autre prétexte de l’ « État de droit », avancé par les mêmes défenseurs de la démocratie confisquée, permet au Conseil constitutionnel de s’établir en contre-législateur, contrairement à sa vocation première. Sa censure, le 19 juin, de la réforme Attal sur la justice des mineurs est un coup de force supplémentaire des juges. Ils désarment toute volonté d’évolution pénale.

Plus généralement, le système hérité de cinquante ans d’idées fausses et de sectarisme antipopuliste se montre incapable d’entendre cette partie de la population repliée sur son Aventin, attendant son heure.

Aux colères des victimes de la délinquance immigrée, premières cibles de la guerre civile qui s’installe, s’ajoutent celles des contribuables essorés par l’Etat et pénalisés par les lubies d’un écologisme qui veut interdire les bagnoles dans les villes ou saccager les paysages avec des éoliennes y compris en mer. Sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre « C’est Nicolas qui paie » devient le ralliement d’une jeunesse révoltée. En Iran comme en France, la rue gronde. Là-bas comme ici, un vieux monde est appelé à s’effondrer. Se tenir prêt.

Vive Calamity Dati!

Rachida Dati a menacé Patrick Cohen de poursuites judiciaires en direct sur France 5, après avoir été interrogée sur un reportage de « Complément d’enquête » qui lui était consacré. L’incident s’inscrit dans un contexte de tensions entre la ministre de la Culture et le personnel de l’audiovisuel public, Mme Dati souhaitant regrouper toutes les antennes sous une même holding, et ayant également été accusée de vouloir le départ de la présidente de France Télévisions… La caste journalistique a évidemment publiquement soutenu l’équipe de France 5 face à ces attaques.


Après l’incident entre Rachida Dati et Patrick Cohen, la profession se serre les coudes.

La République des Lettres des médias « en danger »

Rappel. Le 18 juin, Rachida Dati est invitée dans « C à vous ». PatCo l’interroge sur les accusations de conflits d’intérêt portées par l’émission Complément d’enquête. Queen Dati lui renvoie à la tête un article de Mediapart l’accusant de harcèlement quand il était à France Inter. «C’est vrai, vous harcelez vos collaborateurs ?» lui demande-t-elle. Et elle sert dans la foulée à Anne-Elisabeth Lemoine un article de Marianne évoquant une ambiance épouvantable dans l’équipe. Les deux nient et font les indignés. Ce que vous faites est déshonorant, lâche Patrick Cohen.

A lire aussi: L’office du soir

La réplique de la ministre serait parfaitement calibrée sans la menace voilée. «Après l’article de Mediapart, je pourrais faire un article 40». Elle aurait sans doute mieux fait de s’abstenir, mais rappelons que plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes sur la base d’articles de Mediapart. Et que l’article 40 invoqué fait partie du sacro-saint Etat de droit. Mais cela permet à toute la presse d’éructer contre une ministre qui menace un journaliste de poursuites. Les confrères auraient dû dénoncer Mediapart. Seulement, Don Plenel est le parrain et toute la profession lui baise la main.

France Télévisions et Radio France soutiennent les pauvres petits journalistes, la profession s’indigne. La ministre de tutelle attaque les médias publics, dit-on. Faux ! Nominations et police de l’antenne relèvent de l’Arcom. La preuve, Rachida Dati n’a pas eu le scalp de Delphine Ernotte… Par ailleurs, où étaient ces résistants quand Rima Abdul-Malak menaçait explicitement CNews et C8 de perdre leur fréquence ?

Le premier pouvoir

Est-ce normal qu’une ministre mette en cause un journaliste ? Je ne sais pas – est-ce le rôle du président de la République de danser la lambada ? Mais ce petit rééquilibrage du rapport de force est assez réjouissant. Autrefois, les journalistes craignaient les gouvernants, aujourd’hui, c’est le contraire : on assiste à la soumission des politiques devant les journalistes. Les médias sont devenus le premier pouvoir et un pouvoir qui refuse les contre-pouvoirs. Qui s’indigne quand toute la presse accuse un homme (présumé innocent) et en fait un coupable et un banni ? Quand Le Monde accuse Dominique Baudis d’organiser des soirées pédophiles, quelle sanction ?

A relire: France Inter: ras-le-bol de payer pour se faire insulter!

Les journalistes adorent faire la morale. Ils doivent accepter que leurs comportements soient scrutés et que les éventuelles divergences entre leurs discours et leurs actes soient exposées. La ministre ne voulait pas répondre à Patco. Au public d’en conclure ce qu’il veut. Mais un plateau de TV n’est pas un tribunal ni un commissariat.

Ne pas répondre à un journaliste ou le critiquer est un droit de l’homme. Alors désolée, quand Calamity Dati ose envoyer frère Cohen sur les roses, ça fait un bien fou.

Le Premier Pouvoir: Inventaire après liquidation

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Lyrique: «Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir…»

Faust, le chef-d’œuvre de Charles Gounod, est revisité à la salle Favart dans sa version « opéra-comique » primitive. Une vraie découverte.   


Il y a un an, l’Opéra de Paris reprenait le Faust de Gounod dans la version monumentale, en cinq actes, celle qui s’imposera par la suite sur toutes les scènes : la quintessence même du Grand Opéra à la française, avec ballet, grosses machineries faisant se succéder des décors grandioses, etc. Pour Causeur, votre serviteur avait rendu compte de cette production, indiscutable sur le plan vocal – Pene Pati dans le rôle-titre, Alex Esposito dans celui de Méphistophélès, Florian Sempey en Valentin… Marina Viotti y assurait l’emploi travesti du jeune Siebel, Amina Edris campait  l’éplorée Marguerite… Millésimée 2021, la mise en scène de Tobias Kratzer laissait dubitatif – passons.  

Retour aux sources

Le Faust accueilli en cette fin de saison à l’Opéra-Comique dans la production initialement montrée en avril dernier à l’Opéra de Lille est d’une mouture différente à tous égards. En effet, sur la base des recherches musicologiques menées par le Palazetto Bru Zane dont une somptueuse édition CD, avec Benjamin Bernheim et Véronique Gens est l’aboutissement (basée à Venise, cette fondation renommée à juste titre est spécialisée dans l’étude et la promotion de la musique romantique française) Louis Langrée, l’actuel directeur musical de la prestigieuse maison sise place Boieldieu, a opté pour un retour aux sources : soit l’exhumation de la version en un prologue et quatre actes, avec dialogues parlés et non récitatifs chantés, telle qu’elle fut créée au Théâtre-Lyrique en 1859.

Exit, donc, la version canonique, celle-là même qui, entrée dix ans plus tard au répertoire de notre opéra national, puis promise à la postérité fabuleuse qu’on sait, occupe systématiquement les plateaux depuis lors. Intégralement inédite, donc, cette version ‘’primitive’’ ? Pas tout à fait. Plutôt une savante combinaison. Elle témoigne précisément de cette tradition qui consistait à sacrifier, remanier, ajouter, abréger, réduire, récrire sans hésiter des bouts de partition au fil des représentations. C’est ainsi que le présent spectacle conserve, par exemple, l’incontournable « Nuit de Walpurgis » du cinquième acte, ajout tardif de Gounod, justement écrite pour répondre aux exigences de l’Académie impériale de Musique, salle Le Peletier (établissement auquel succèdera, à peu de temps de là, le Palais Garnier, pas encore construit alors). Ou encore cette scie absolue du répertoire lyrique, entonnée par le chœur à l’unisson dans la cinquième scène du premier acte : « Ainsi que la brise légère/ Soulève en épais tourbillons/ La poussière des sillons/Que la valse nous entraîne !/ Faites retentir la plaine/ de l’éclat de vos chansons ! »… Disparait en revanche le fameux air du « Veau d’Or », tandis qu’on découvre un air « du chiffre 13 » jusqu’alors inconnu…  Bref, sur l’immortel livret signé du duo Barbier & Carré, librettistes vedette du temps (Gounod leur devra également une Reine de Saba, un Roméo et Juliette, un Polyeucte…), Faust n’a jamais été gravé, on le voit, dans une seule et unique pièce de marbre.

Denis Podalydès à la mise en scène, Christian Lacroix aux costumes

A la présente régie qui associe une fois encore Denis Podalydès pour la mise en scène, Eric Ruf pour les décors et Christian Lacroix pour les costumes, il faut reconnaître une sobriété, une lisibilité, une efficacité sans mélange. La production esquive adroitement l’habituelle surenchère propre à tant de productions lyriques d’aujourd’hui. Elle replace l’action dans l’époque romantique, sur un plateau épuré à l’extrême dont le sol forme un disque tournant sur lequel s’agrègeront éléments de mobilier, portants et structures, dans un clair-obscur, voire une pénombre subtilement travaillée, jusque dans l’apothéose finale, empreint de cette religiosité grandiloquente propre à tant d’opéras de ce temps-là… Mais la présente production a justement le mérite insigne de se garder de tout anachronisme, raccordant la proposition dramaturgique aux mœurs, à la culture et à l’imaginaire de l’époque romantique, sans ces a priori idéologiques et intentions lourdement moralisantes dont, en 2025, sont gavées tant de mises en scène.  

Julien Dran (Dr Faust), Jérôme Boutillier (Méphistophélès) Photo: Stefan Brion

La réussite de ce Faust revisité ne serait pas complète sans cette distribution vocale intégralement francophone, notons-le (chose rare aujourd’hui dans l’expression du répertoire lyrique français). Sans conteste, le ténor bordelais (né en 1983) Julien Dran, dans le rôle-titre, concentre sur lui les plus entiers suffrages : articulation impeccable, phrasé d’une délicatesse infinie, aisance parfaite dans les aigus à très haute altitude tout autant que dans le pianissimo, timbre ouaté, velouté, toutes qualités qui se conjuguent à une présence scénique ardente, juvénile, rafraîchissante à souhait. (Excellente, soit dit en passant, l’idée scénographique de transformer le Faust cacochyme du prologue en jeune Faust immaculé, par le simple arrachement d’un masque en latex sur son visage !) Marguerite, sous les traits de la soprano Vannina Santoni – qu’on a encore pu applaudir en concert le 12 juin dernier, à l’Auditorium de Radio France, son orchestre maison placé sous la direction  de Mikko Franck, dans le Poème de l’amour et de la mer, d’Ernest Chausson  – offre l’étoffe d’un beau vibrato serré, sans épuiser jamais les considérables ressources requises pour chanter avec une aimable rondeur de phrasé les plus longs airs de cet opéra de près de quatre heures (entracte compris) ! Si la mezzo Juliette Mey campe un jeune Siebel moins affirmé, le baryton Jérôme Boutillier nous fait un Méphistophélès admirablement incarné, sardonique et cabot, bondissant et canaille, flanqué qu’il est de ses deux diablotins nippés de noir et chapeautés de melons, qui gambadent tels les animaux de compagnie du Malin…

Si au soir de la première, l’orchestre si subtilement dirigé par Louis Langrée a souffert, au tout début, de quelques très légers décalages avec un Chœur de l’Opéra de Lille néanmoins parfaitement à l’aise dans les demi-teintes modérant à bon escient la puissance sonore de l’organe masculin, le spectacle dans son ensemble, servi par une mise en scène et un casting de haut vol, mérite des éloges superlatifs. Sans rire, Marguerite peut décidément se voir fort belle en ce miroir que lui tend L’Opéra-Comique jusqu’au 1er juillet.


Faust. Opéra en un prologue et quatre actes de Charles Gounod. Avec Julien Dran, Jérôme Boutillier, Vannina Santoni, Lionel Lhote, Juliette Mey…  Direction : Louis Langrée. Mise en scène : Denis Podalydès.

Orchestre National de Lille, Chœur de l’Opéra de Lille.

Opéra-Comique, Paris. Les 23, 25, 27 juin et 1er juillet, 20h. Le 29 juin, 15h (suivi d’un récital Faust, par Tanguy de Willencourt, piano).

Captation de l’opéra diffusée l’automne prochain sur operavision.eu

Imposture morale, posture sociale

Pour l’historien Georges Bensoussan, la tribune de Delphine Horvilleur reflète la fracture entre la rue juive et les notables de la communauté. Pour lui, les personnalités qui accusent Israël de faillite morale sont d’abord soucieuses de leur respectabilité sociale et médiatique.


Le sionisme est au premier chef une question politique, et c’est au nom du politique qu’on peut soutenir, ce que je crois, que la ligne actuelle le met en péril et avec lui la pérennité de l’État d’Israël. Mais pas au nom d’une supposée « éthique juive » contemplant en surplomb la morale des « gens ordinaires ». 

Or, ces derniers jours les anathèmes et les invectives ont fusé de part et d’autre à propos d’un texte de portée morale sur la guerre en cours à Gaza, signé par le rabbin Delphine Horvilleur. Ce texte méritait-il ici un tel excès d’éloges ? Et là un tel niveau de vindicte alors qu’il ne s’agissait que d’une prise de position issue d’un étroit cénacle, celui que Daniel Sibony nomme les « Juifs sublimes » ? Mais il est vrai que ce texte reprenait aussi en filigrane, sans les nommer mais en les cautionnant forcément, même et peut-être à son corps défendant, les pires accusations portées contre l’État d’Israël. Depuis cette publication, plusieurs tribunes dont celles de Charles Rojzman et de Jean Szlamowicz ont démonté avec pertinence ce discours.

Mais c’est à un autre titre que cette affaire est intéressante car, bien davantage que son propos, il semble que ce soit aussi la personne de Mme Horvilleur qui a déclenché cette levée de boucliers, dévoilant au grand jour un divorce entre ceux qui vivent au jour le jour, et parfois en le payant au prix fort, l’aventure israélienne, et ceux qui, de loin, la soutiennent avec ardeur et bonne foi. La violence dont Mme Horvilleur a été l’objet m’a fait d’ailleurs penser un instant à la haine qu’à la fin de l’Ancien Régime et au cours des premières années de la Révolution, la reine Marie-Antoinette avait suscitée contre sa personne, en partie par l’arrogance, réelle ou supposée, qu’on lui prêtait.

Un État édifié dans la glaise et le sang

Le rejet de la tribune de Mme Horvilleur a mis en lumière le gouffre qui sépare les « gens de peu » de la « communauté juive » et ceux qu’il faut bien appeler ses notables. Certes, les Juifs constituent ce groupe minoritaire solidaire à force d’être souvent rejeté en bloc. Pour autant, il ne cesse d’être aussi un groupe social. C’est pourquoi, au-delà de son texte lui-même, tout se passe comme si Delphine Horvilleur avait polarisé sur sa personne ce que le judaïsme populaire en France (à l’instar aussi d’une large partie de la nation israélienne) rejette en bloc.

A lire aussi, Noémie Halioua: La guerre des juifs

C’est-à-dire une posture qui, au nom d’une supposée « supériorité morale » du peuple juif (en vérité la leur, celle de « Juifs sublimes »), interpelle l’État juif en le sommant d’avoir les mains les plus propres parmi tous les États de la terre. Or, qu’il le veuille ou non, dans le règne des rapports de force, l’État d’Israël est sommé de s’adapter ou de périr. Si les sionistes d’hier avaient obéi aux admonestations des biens nés de la diaspora, le Yishouv d’où est issu le 14 mai 1948 l’État d’Israël n’aurait pas connu l’ombre d’une ombre de réalité. C’est parce qu’ils ont accepté de se salir les mains dans la glaise et le sang des combats que les sionistes ont édifié cet État.

Colère de ces invisibles du monde juif parce que les postures morales ainsi exhibées sont le plus souvent des postures sociales, lesquelles offrent à nouveaux frais le visage familier d’une certaine lâcheté diasporique qui sut régulièrement et précautionneusement prendre ses distances avec le signe juif quand celui-ci se voyait assailli de toutes parts. Et plus précisément avec le signe juif supposé porteur d’infamie. C’était avant-hier les Ostjuden, ce « prolétariat de la casquette », comme on le nommait alors. C’était hier le judaïsme oriental (ou séfarade/mizrahi) supposé bigot et raciste par essence, fossoyeur d’un « bel Israël » source de nostalgie. Et c’est aujourd’hui l’État d’Israël qui serait en « danger de perdre son âme » (sic). 

Les envolées lyriques de ces « grands Juifs » ont un sous-texte : le souci de conserver couverture médiatique et respectabilité intellectuelle en susurrant à l’adresse des faiseurs d’opinion dont l’antisionisme est constitutif du prêt-à-penser : « Ne nous confondez pas avec la soldatesque à l’œuvre à Gaza, elle ne représente plus le “bel Israël” (sic) que nous défendions hier. »

Une violence sourde

Une posture semblable à celle de ces notables israélites qui, à la fin des années 1930, avaient accusé les immigrants juifs d’Europe de l’Est d’avoir précipité la crise française des dernières années de la IIIe République, les mêmes qui à l’été 1940 demanderont au maréchal Pétain de ne pas confondre les israélites français « de vieille souche » et ces immigrés juifs venus récemment de Pologne et d’autres obscures contrées d’Europe orientale.

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Ces notables réagissent en notables. Ce qu’ils sont. Ce qu’ils entendent préserver par leur morale ostentatoire, c’est au premier chef une respectabilité sociale et culturelle qui leur permettra de demeurer médiatiquement compatibles (« non clivants » pour user de la langue conformiste du temps). Sous couvert de conscience morale, ils s’emploieront à dissimuler les rapports de pouvoir les plus crus et vulgaires.

Là est l’imposture, quand elle maquille en leçon de morale des clivages de classe et de caste, en dissimulant autant que faire se peut la crainte de faire partie des réprouvés marqués du sceau d’infamie que constitue de nos jours une « trop grande » proximité avec l’État d’Israël (sic). Derrière le discours émouvant des « Juifs sublimes », tenu à l’attention des « Juifs de peu », se cachent un non-dit social et une violence sourde. C’est ce qui nourrit la colère des réprouvés qui n’ont pas dans leur cœur, en même part et à un niveau aussi élevé, l’« amour du prochain ».

Les Origines du conflit israélo-arabe (1870-1950)

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Un peu de beauté dans un monde de brut

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Si l’Iran ne dispose (ou ne disposait) que « presque » de la bombe, elle possède, sans contestation possible, un des plus beaux et surtout un des plus riches musées d’art contemporain du monde.


Tout comme le centre Pompidou, le Téhéran Museum of Contempory Art a été inauguré en 1977. Avec, pour le TMoCA, un look nettement  moins « avant-gardiste » que l’usine à gaz parisienne.  Karam Diba, architecte du projet et cousin de la Chahbanou, s’est plutôt ingénié à contemporiser des éléments architecturaux traditionnels. Ce qui donne des badguirs, tours « attrape-vent », cohabitant fort harmonieusement  avec des blocs de béton-brut et des toits en cuivre.

Des espaces intérieurs d’exposition savamment pensés, un atrium spacieux avec un bassin rectangulaire inspiré des howz de l’architecture persane, des jardins organisés pour accueillir des sculptures contemporaines, le projet était sans conteste de faire jouer l’Iran dans la cour des grands. Avec un écrin à la hauteur de l’ambition.

Portrait lacéré

Et pour le contenu, Farah, aidée de Karam, avait constitué une collection considérée, à l’époque et encore aujourd’hui, comme la plus importante collection d’art contemporain tant oriental qu’occidental, hors Europe et États-Unis.

Deux petites années plus tard, fin du conte de fées. Mais, Téhéran n’est pas Bâmiyân, ayatollah n’est pas taliban. Même si la tentation est forte, aucun pillage, aucune exaction, à part un portrait lacéré : « Farah Diba by Andy Warhol ». Un jeune gardien œuvre au sauvetage des œuvres dans des circonstances rocambolesques et les trésors sont rangés dans les sous-sols. Les nouveaux maîtres congédient sans façon les experts des grandes maisons de vente, arrivés au pas de course, et ferment le palais au public. En veillant, au fil du temps, à tout bien préserver.

Tout doucement, le lieu commence à reprendre vie. Biennale des graphistes de Téhéran à partir de 1987. Biennale de la peinture iranienne à partir de 1993. Biennale internationale de l’illustration de livres pour enfants à partir de 1993. Biennale de la céramique contemporaine iranienne à partir de 1994. Triennale de sculpture contemporaine à partir de 1997. Biennale internationale de peinture dans le monde islamique à partir de 2000. Et aussi, quelques expositions thématiques : Miniatures persanes en 1990, Exposition internationale de dessin en 1999, Jardins d’Iran en 2004. Mais, rien d’échevelé. On est loin de ce qu’avaient prévu Farah et Karam.

En 1997, à l’arrivée à la présidence de Mohammad Khatami, l’intelligentsia artistique se prend à rêver. Des artistes iraniens incontestables (et octogénaires) ont droit à leur rétrospective : Mohsen Vaziri Moghaddam, Behjat Sadr, Morteza Momayez, Mansoureh Hosseini…

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Et, curieusement, le nouveau directeur, Alireza Sami Azar, qui dirigera aussi Tehran Auction (initiative privée lancée en 2012) organise une grande rétrospective… du Français Arman. Qui devient ainsi le premier artiste occidental à être réexposé en Iran depuis l’instauration de la République Islamique. Certes, « Le Cœur en Verre » (1969), bloc de résine avec objets incrustés, appartenait à la collection du TMoCA, mais sans vouloir minimiser le talent d’Arman, pourquoi l’avoir choisi quand on possède des Monet, des Gauguin, des Warhol, des Pollock, des Picasso, des Giacometti, des Magritte ? Pourquoi commencer par un nouveau réaliste et de surcroît pas le plus emblématique ? Peut-être tout simplement parce que Arman connaissait bien l’Iran et que l’Iran le connaissait bien. En 1958, il avait rallié Téhéran en 2CV pour rejoindre la mission archéologique d’un moine dominicain. Dans la foulée, il avait exposé une crèche de Noël, réalisée à partir d’éclats de verre et d’un ballon de football, au collège Saint Louis de Téhéran des Pères Lazaristes. Sa première exposition à l’étranger !

Train-train islamique

L’esprit d’ouverture est de courte durée. À partir de 2005, le musée retombe dans son train-train islamique : biennales sans réelles portées internationales, dessins de tapis… En 2014, surprise ! Une initiative inattendue change la donne. Pour « Unedited History, Iran 1960 – 2014 », le TMoCA accepte de prêter au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, deux cents peintures, photos, vidéos produites par des artistes iraniens historiques (Bahman Mohassess, Kaveh Golestan) et contemporains (Barbad Golshiri, Tahmineh Monzavi). L’exposition, qui permet de reconstituer un panorama de l’Iran des cinquante dernières années, se montre difficile à organiser mais a lieu. Et, c’est parti !

En 2015, le musée expose cent trente tableaux de la peintre iranienne, de renommée internationale, Farideh Lashai, récemment décédée, et surtout quarante œuvres d’artistes occidentaux. « Mural on Indian Red Ground » (1950) de Jackson Pollock, estimé à deux cent cinquante millions de dollars par Christie’s en 2010, « Suicide » (1963) d’Andy Warhol, de la série « Death and Disaster » (une pièce de cette série est partie à cent cinq millions de dollars chez Sotheby’s, en 2013). Que du lourd !

Nouvelle surprise en 2022. L’exposition « Minimalisme et art conceptuel » présente cent trente-deux œuvres (d’avant 1979 ) de trente-quatre artistes « contemporains »… plus vraiment contemporains : Marcel Duchamp, Sol LeWitt, Donald Judd, Christo et Jeanne-Claude, Michelangelo Pistoletto, Robert Smithson, Dan Flavin… Trente-huit œuvres sont montrées pour la première fois. Petite fantaisie de la modernité, l’exposition a le droit à son quart d’heure warholien. Une vidéo de deux insectes argentés, bien visibles sous le cadre en verre d’une photo signée Bernd et Hilla Becher, devient en effet virale worldwide. Un vrai ramdam. Peu habitué à la dictature des réseaux sociaux, le musée commence par nier la présence scandaleuse des deux intrus, refuse ensuite que l’authenticité de la vidéo soit vérifiée de manière indépendante. Puis finit par céder et présente ses excuses. Le musée est fermé pendant deux jours pour cause de… fumigation.

Puisse très bientôt le TMoCA proposer au monde entier des expositions et des performances qui décoiffent. Avec ou sans chiures de mouches. On ne fera pas les dégoûtés.

Le héros Bertin est immortel

Stéphane Oiry fait revivre la folle cavale du regretté Gilles Bertin, bassiste chanteur du groupe punk mythique Camera Silens. Ça déménage !


Fin des seventies ; début des eighties. De l’autre côté de la Manche, il y avait les Sex Pistols, Clash et Jam ; à Paris, Asphalt Jungle (de notre ami Patrick Eudeline), La Souris Déglinguée, Parabellum et les Porte-Mentaux. Et à Bordeaux, il y avait Camera Silens, un groupe anarcho-punk, composé de squatteurs urbains qui propulsaient un rock urgent, brutal comme une eau de vie de prune serbe, avec une Gibson SG qui dispensait des riffs d’acier en fusion…

A la basse et au chant de ce gang de fous furieux : Gilles Bertin, un blondinet à tête d’ange lestée de pensées abimées par les songes de Kropotkine. Ils donnent des concerts, connaissent un certain succès. Mais le Bertin, qui vient de devenir père, se lasse. Il devient cambrioleur ; puis il réussit un gros coup, un braquage du tonnerre et doit quitter la France pour échapper à la police. Il commence une nouvelle vie, tient une boutique de vente de disques à Lisbonne, change d’identité… 

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Tutoyer son héros

C’est cette cavale que raconte avec vivacité, panache et talent Stéphane Oiry dans son album Les héros du peuple sont immortels (nom d’un album compilation Gougnaf Mouvement). Il s’est inspiré de l’autobiographie de Gilles Bertin, Trente ans de cavale : ma vie de punk, parue en 2019 chez Robert Laffont, année de sa mort. Trois ans avant, il était revenu en France pour se livrer à la Justice qui, clémente (des juges rouges, d’anciens punks ?) ne l’avait condamné qu’à cinq ans de prison avec sursis. Il aurait pu profiter d’une vie tranquille mais ses excès divers, la shooteuse et l’hépatite l’ont rattrapé. Bertin est aujourd’hui au paradis des punk rockers au côté de Sid Vicious et de Schultz, de Parabellum. 

La ligne presque claire de Stéphane Oiry fait merveille ; sa narration aussi. Il tutoie même le Bertin ce qui procure une proximité avec nous, lecteurs épatés, anciens crêtés empâtés. A quand des albums sur Roland « Chamallow » Chamarat, bassiste des Rats, décédé en 2011, Roger « Schultz » Fritsch, chanteur guitariste de Parabellum, mort en 2014, et quelques autres, histoire de faire revivre nos années mortes ?


Les héros du peuple sont immortels, La cavale de Gilles Bertin, Stéphane Oiry ; Dargaud ; 128 p.

Trente ans de cavale: Ma vie de punk

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Les héros du peuple sont immortels

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Vinyles Vidi Vici

À bientôt 80 ans, « La tribune des critiques de disques » est la doyenne des émissions de Radio France. Chaque dimanche après-midi sur France Musique, critiques et musiciens animés par un idéal de beauté débattent interprétation et direction d’orchestre. Le public en redemande.


La France peut se prévaloir de certaines institutions sacrées sans lesquelles notre vie quotidienne serait insupportable. Parmi ces trésors nationaux, citons la Sécurité sociale, l’hôpital public et… France Musique ! Le soin du corps et le soin de l’âme. On n’en dira pas autant, hélas, de France Culture (devenue un clone de France Inter) dont on écoutait pourtant religieusement, à l’heure du déjeuner, le « Panorama » animé par Jacques Duchateau et Michel Bydlowski (qui en février 1998 se jeta par la fenêtre de son bureau de la Maison ronde après que la direction eut décidé de mettre fin à son émission jugée « trop élitiste »).

Un désert de culture

En 1987, le philosophe américain Allan Bloom publiait un livre prophétique (vendu à un million d’exemplaires) : L’Âme désarmée : essai sur le déclin de la culture générale (réédité aux Belles Lettres en 2019). Ce disciple de Leo Strauss décrivait comment les étudiants américains s’étaient peu à peu détournés de la grande culture classique européenne (Shakespeare et Beethoven) au profit de l’idéologie narcissique du développement personnel, se privant ainsi des armes essentielles qui leur auraient permis de résister à la barbarie de la société de consommation basée sur le pur affect. Quarante ans après, on ne peut que faire le même constat chez nous, tant paraît lointaine cette France où Delacroix et Berlioz ornaient nos billets de banque tandis que les classes populaires regardaient avec respect, à la télé, les « Dossiers de l’écran » (1967-1991) et « Alain Decaux raconte » (1969-1987).

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Dans ce désert, France Musique est une oasis culturelle où l’on vient s’abreuver, un petit Collège de France accessible à tous, chaque animateur possédant une voix, une diction, une personnalité, un talent de conteur qui tranchent avec le phrasé monocorde et blasé de la plupart des autres journalistes dont le discours est plus que jamais contaminé par les horripilants tics de langage à la mode (comme ce « du coup » à chaque phrase pour combler le vide de la pensée).

À côté de Bach et de Debussy, le jazz, le rock, la pop, la variété, la musique de film, les musiques du monde, la comédie musicale et les créations contemporaines sont très largement défendus avec une érudition toujours mise au service du plaisir.

La tribune des critiques de disques 

Et puis… il y a l’émission phare du dimanche après-midi que tous les mélomanes adorent « détester » depuis des lustres en buvant leur thé de Chine : « La tribune des critiques de disques » ! Créée en 1946 sous le nom de « Club des amateurs de disques », c’est la doyenne de Radio France (« Le masque et la plume » datant de 1955) et un vrai hymne au disque qui demeure une invention géniale : Le Chant de la Terre de Mahler par Bruno Walter et Kathleen Ferrier, Le clavier bien tempéré de Bach par Glenn Gould ou Kind of Blue de Miles Davis (enregistré en une seule prise) sont des œuvres d’art à part entière qui ont accompagné des millions de vies au même titre que les tableaux de Monet ou les romans de Stefan Zweig.

Au lendemain de la guerre, donc, voici un groupe de poètes animés par un idéal de beauté et pour qui la radio doit faire entrer la grande littérature et la grande musique dans les foyers des Français les plus modestes. Née en 1944, la Radiodiffusion française regroupe alors des gens comme Pierre Tchernia, Michel Bouquet, Raymond Queneau, Francis Ponge, Jean Tardieu, Boris Vian et un certain Armand Panigel qui voue une passion aux disques. C’est sous son impulsion que l’émission est créée, le principe étant de réunir les meilleurs critiques musicaux de l’époque et de les faire réagir à des écoutes de disques, en direct. Les discussions sont totalement improvisées, chacun donnant son avis dans un nuage de fumée de cigarettes et de pipes. Très vite, le succès est fulgurant, d’autant plus que naît au même moment l’âge d’or du disque vinyle (porté par les grandes stars françaises de l’époque comme Samson François, Jean-Pierre Rampal, Alexandre Lagoya et Maurice André qui vendent des millions d’albums) et qu’apparaissent ensuite simultanément la hi-fi, la stéréophonie et la modulation de fréquence pour un confort d’écoute optimale. Les joutes verbales passionnées entre les critiques musicaux (Jacques Bourgeois, Antoine Goléa, Jean Roy et Armand Panigel) deviennent célèbres pour leurs excès : « Tout ça est très bien mais c’est au fond une situation tragique : comment un criminel pareil peut-il arriver à être Leonard Bernstein ? » (Antoine Goléa)…

À lire aussi : La boîte du bouquiniste

Ces empoignades vont d’ailleurs inspirer à Jean Yanne un sketch fameux (deux routiers s’engueulant dans leur camion au sujet des quatuors de Beethoven) et poussent Peter Ustinov à parodier l’émission en imitant les voix de tous les critiques : « — Moi, je l’aime sans l’admirer. — Moi, je l’admire sans l’aimer. — C’est très mal fait, c’est mal calculé, et c’est beaucoup trop lent ! »

Depuis 2014, « La tribune des critiques de disques », animée avec enthousiasme par le musicologue et ancien directeur de Classica, Jérémie Rousseau, est suivie par 350 000 auditeurs tous les dimanches. L’écoute des disques à l’aveugle demeure la règle (comme on goûte des vins sans voir l’étiquette), mais les débats entre invités se font à fleuret moucheté, comme si les critiques d’aujourd’hui tendaient à choisir des versions consensuelles au détriment de versions plus radicales. On se surprend ainsi à parfois regretter la passion qui caractérisait l’émission quand certains ténors de la critique musicale (comme Patrick Szersnovicz, surnommé « Tchernobyl ») défendaient de façon volcanique leur version préférée. Avec sa chaude voix de baryton, Jérémie Rousseau a imprimé sa marque à la « Tribune » en invitant des musiciens et des chefs d’orchestre capables d’apporter au débat une vision plus pragmatique des chefs-d’œuvre. Grâce à lui, on a aussi pu découvrir ces dernières années des talents vivants prodigieux comme le pianiste coréen Yunchan Lim, incroyable dans les Études d’exécution transcendante de Liszt et auprès de qui Daniil Trifonov lui-même semble jouer comme un petit garçon bien sage… À l’approche de ses 80 ans, on ne peut que souhaiter longue vie à « La tribune des critiques de disques » !

L’euro numérique contre le citoyen 

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La présidente de la BCE, Christine Lagarde, lors de la conférence de presse après la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE sur la baisse des taux d'intérêt, Francfort, 5 juin 2025 © IMAGO/SIPA

La BCE entend mettre en place l’euro numérique. Il pourrait être déployé à partir de 2027 ou 2028. S’il est censé renforcer la souveraineté européenne face aux géants du paiement et aux monnaies virtuelles, il suscite de vives inquiétudes quant à ses répercussions économiques, son potentiel de déstabilisation bancaire et les risques qu’il fait peser sur les libertés individuelles.


Annoncé en grande pompe pour la première fois par la BCE en 2021, le projet d’euro numérique achèvera à l’automne sa phase préparatoire avec un déploiement visé à l’horizon 2027. Au-delà des bruits de couloirs et des spéculations, les Français sont en droit de savoir quelles seront les véritables implications de ce projet technocratique qui ne répond à aucun besoin concret pour le citoyen européen. 

Un outil de souveraineté ? 

Il convient d’abord de rappeler brièvement en quoi consiste cet euro numérique ou euro digital et les utilisations pratiques dans le quotidien de chacun. 

Cette monnaie aura la même valeur que l’euro et ne constituera pas une crypto-monnaie au sens spéculatif du terme. L’euro numérique aura pour vocation de constituer un moyen de paiement indépendant des plateformes traditionnelles souvent extra européennes comme Visa, Mastercard ou Paypal. Chaque personne physique ou entreprise pourra disposer, jusqu’à un certain plafond – à hauteur de trois mille euros selon les dernières discussions, ce qui couvre de facto une grande partie des comptes de dépôts – de cette monnaie dans un portefeuille dématérialisé pour effectuer des paiements dans le commerce ou des virements entre particuliers. Cette solution gratuite et pouvant fonctionner hors ligne paraît à première vue séduisante dans un contexte où les européens doivent se défaire de l’omniprésence des entreprises américaines sur fond de guerre commerciale larvée. 

Déstabilisation du système bancaire 

À l’heure où l’économie européenne a grandement besoin d’investissement pour combler son retard sur ses concurrents internationaux, la mise en circulation de l’euro numérique viendrait grever la possibilité de prêt des banques commerciales et donc la capacité d’emprunt des ménages et des entreprises.

À lire aussi : Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

Les banques sont soumises à un certain nombre d’obligations prudentielles les contraignant à détenir une certaine réserve de dépôts pour garantir leurs prêts, réserves qui seraient considérablement asséchées par la mise en place de l’euro numérique faisant sortir du système bancaire une part substantielle des liquidités en circulation. De plus, ce siphonnage des liquidités amoindrirait l’impact de la politique des taux décidée par la Banque Centrale, affaiblissant notre capacité à réagir en cas de crise. Pire encore, l’euro numérique serait un facteur d’aggravation, par l’instantanéité des transactions, rendant les crises plus brutales, plus rapides et plus incontrôlables. Là où un retrait massif prenait autrefois plusieurs jours, il suffira demain de quelques clics pour provoquer une ruée numérique vers un actif perçu comme plus sûr. La BCE se crée ainsi un pouvoir de désintermédiation potentiellement explosif, qu’aucun contre-pouvoir politique ne pourra maîtriser.

Le spectre d’un contrôle accru sur les transactions 

Outre les considérations économiques, le flou demeure total sur les garanties concrètes relatives aux libertés fondamentales des futurs utilisateurs. Sous couvert de lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme, les paiements au-delà d’un certain seuil feront l’objet d’un traçage automatisé et systématique. Sans aller jusqu’à jouer sur les peurs et agiter le spectre d’une BCE se voulant Big Brother et contrôlant chacune de nos transactions, il est légitime de soulever la question du respect de la vie privée et de l’absence de toute idéologie justifiant une potentielle entrave à la liberté des transactions.  

L’euro numérique ou comment faire du neuf avec du vieux

Comme souvent, avec des formules ronflantes et à grands coups de campagnes promotionnelles, les institutions européennes se targuent d’inventer des concepts qui ont déjà cours. L’euro numérique ne fait pas exception à cette règle puisqu’il existe déjà un système de paiement similaire issu du secteur privé fonctionnant dans plusieurs pays européens. Comme à son habitude, plutôt que de la soutenir, l’Union européenne choisit de monopoliser l’innovation, d’y ajouter des couches réglementaires, et de s’en servir comme levier d’un contrôle toujours plus centralisé.

À lire aussi : Le mur des comptes

Ce n’est pas d’un euro numérique dont l’Europe a besoin, mais d’une politique économique lisible et efficiente. Rappelons-nous qu’une monnaie est un outil, pas un instrument de surveillance. L’Union doit encourager l’innovation, non la capter pour l’encadrer ; accompagner les citoyens, non les tracer ; renforcer la souveraineté des États, non l’invoquer pour mieux la neutraliser à son seul profit.


Les Horaces sont un cercle de hauts fonctionnaires, hommes politiques, universitaires, entrepreneurs et intellectuels apportant leur expertise à Marine Le Pen, fondé et présidé par André Rougé, député français au Parlement européen.

Le pari israélien

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Des habitants descendent aux abris, Tel Aviv, Israël, 21 juin 2025 © SOPA Images/SIPA

Au dixième jour de l’Opération « Lion Ascendant », voici notre perspective ici en Israël.


Avec le recul, il est clair que nous, en Israël, n’avions pas pleinement mesuré l’ampleur de la menace qui nous entourait. Nous vivions une vie confortable, souvent dans l’illusion. En réalité, sous la direction de l’Iran, un réseau coordonné d’États hostiles et d’organisations terroristes préparait activement la destruction de l’État d’Israël et l’anéantissement physique de sa population juive – une seconde Shoah. Bien que nous en ayons été conscients en principe, peu croyaient réellement que cette menace pouvait se concrétiser. Tragiquement, cela a bien failli arriver.

Cependant, à la suite du massacre du 7 octobre 2023, quelque chose s’est produit que nos ennemis n’avaient pas anticipé : Israël a riposté – avec force et détermination. Grâce à un leadership de guerre solide, à notre capital humain exceptionnel, et à notre supériorité technologique, militaire et dans le domaine des renseignements, nous avons démantelé nos ennemis un par un. Le Hamas, le Hezbollah, le régime d’Assad en Syrie, les milices chi’ites en Irak et les Houtis, tous ont été battus ou alors contraint à cesser le feu. Il ne restait alors que la tête du serpent : la République islamique d’Iran.

L’Ayatollah Ali Khamenei, 18 juin 2025 © Iranian Supreme Leader’S Office/ZUMA/SIPA

Cette phase finale a commencé le 13 juin. Elle ne peut être décrite que comme l’une des opérations militaires les plus spectaculaires de l’histoire.

Comme l’a exprimé John Spencer, l’analyste militaire américain de renom :
« Cette opération n’était pas seulement historique, elle était transformationnelle. Elle a redéfini ce que « choc et effroi » signifie au XXIe siècle. Ce n’était pas une simple frappe, mais une campagne : une démonstration en couches, synchronisée, de l’art opérationnel moderne, fondée sur un renseignement profond, une tromperie stratégique, et une fusion innovante des outils de guerre traditionnels et modernes. La campagne israélienne contre l’Iran est un cas d’école de guerre moderne. Il s’agissait d’une offensive synchronisée et multi-domaine, combinant cybersécurité, renseignement humain, guerre électronique, puissance aérienne, forces spéciales et opérations psychologiques. »

Le résultat : une victoire totale de facto, obtenue en quelques minutes ou quelques heures après le début de l’opération.

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En quelques jours seulement, la capacité de l’Iran à lancer des missiles a été sévèrement réduite, et son programme nucléaire est désormais pratiquement à l’arrêt, et ce, à plus forte raison, après les frappes américaines à Fordow. Il sera encore plus détruit dans les jours et semaines à venir. Même si d’autres opérations sont encore nécessaires pour achever la mission, le paysage stratégique de la région a déjà été profondément bouleversé, avec des conséquences qui se feront sentir au Moyen-Orient et bien au-delà pendant des années. L’image de marque du régime des Mollahs a été sérieusement écornée, et sa capacité de nuisance profondément limitée, dans la mesure où leurs programmes nucléaires et balistiques ont été durement touchés et où leur espace aérien est désormais ouvert, ce qui veut dire qu’Israël peut maintenant détruire toute infrastructure stratégique à volonté. Même si ces programmes ne sont pas complétement anéantis, les Iraniens ne pourront pas les reconstruire, puisqu’Israël détruira facilement chaque menace significative.  

Alors que ce conflit approche de sa conclusion, la position stratégique et sécuritaire d’Israël, désormais considérablement renforcée, devrait entraîner une vague de croissance économique, financière et d’investissements – en particulier dans les secteurs de la défense et de la sécurité, à la lumière du contexte mondial sensible.

Tenez bon : Israël est en train de remporter une victoire monumentale. Cette victoire entraînera des répercussions très positives sur la stabilité de la région, et donc sur son développement humain, social et économique. La sécurité de tous, y compris les pays du Golfe, va s’améliorer, et nous pouvons nous attendre à ce que les Accords d’Abraham s’élargisse et que des relations fondées sur la paix et la coopération régionale puissent se développer. 

Ce ne sera peut-être pas immédiat, mais c’est désormais la direction claire que prennent les choses dans la région.

L'affaire Madoff

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«Trolls» de Pierre Cormary: de la haine et du style

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L'écrivain et gardien de musée Pierre Cormary publie "Trolls". DR.

Notre ami Pierre Cormary serait-il un brin masochiste ?


Non seulement Pierre est un ami, mais nous avons le même éditeur : voilà deux bonnes raisons de ne rien écrire à son sujet. Mais je suis peu coutumier des panégyriques habituels, avec leurs litanies d’épithètes convenues, où le moindre romanticule de la rentrée littéraire se révèle le chef-d’œuvre du siècle. J’espère donc qu’on me pardonnera cette présentation dépassionnée de son ouvrage. Car, ami ou non, Troll (éditions unicité, 2025), ce court texte sur les attaques que l’auteur d’Aurora Cornu a subies dans les années 2010, mérite, je crois, un compte rendu.

Le seigneur des ratés

Ah, Pierre Cormary, voilà un homme qui, s’il ne s’aime pas vraiment, met quand même beaucoup d’orgueil dans ce désamour. Quel drôle d’enfer que ce mépris de soi qui prend soin de parader devant la terre entière comme d’autres se rengorgent devant vous de leur chemise à la mode ou de l’acquisition de leurs dernières paires de chaussures ?

Pierre Cormary se doit ainsi d’être le grand champion du ridicule ou encore insurpassable dans le masochisme, comme le dit de lui un grand écrivain. Alors, certes, il est paresseux. Mais il l’est quand même à la manière d’un « sous-Des Esseintes épuisé par la vie ». Il vous parle luxure, et c’est tout de suite Alfred Hitchcock. Quant au sexe, il donne à notre héros et ami le vertige comme « James Stewart dans Sueurs froides ». Tout péché se voit sauvé de l’humiliation par le grandiose. On accepte bien d’être pouilleux, mais à condition d’être le plus divin des pouilleux et en la plus sainte compagnie.

D’ailleurs, son écriture elle-même est pleine de ce paradoxe dans la vanité. Elle poétise ses mauvaises manies et veut prêter du génie à ses vices. L’oxymore y représente moins une figure de style que l’expression la plus exacte de son rapport compliqué à lui-même. De là, ses héroïnes restent « ambiguës », la justice de Dieu se découvre « hideuse », sans oublier, à tout seigneur tout honneur, la vanité devenant chez lui « candide ». 

A lire aussi, Thomas Morales: Dessine-moi un jardin !

Mais personne ne s’y trompe : de l’aveu même de l’auteur, il joue à sa propre crucifixion « dans le but mauvais d’émouvoir le chaland et provoquer éventuellement la pitié érotique de ces dames — avec l’espoir fou que l’une d’elles monte sur [sa] croix [lui] retire [sa] couronne d’épines et nettoie [ses] plaies avec sa langue ».

L’attaque des salauds

Hélas, mettre en scène sa faiblesse n’éveille pas toujours la compassion. Comme l’écrit Pierre Cormary dans son livre, « ce n’est pas parce que vous vous traitez mal qu’on va vous traiter bien ». L’aveu peut exciter le sadisme. La confession peut entrer en résonance avec la perversité de l’autre. Terrible vérité que Pierre Cormary va apprendre à ses dépens en 2011 et qui va lui offrir la matière de son livre, Troll.

Ce dernier ouvrage décrit par le menu comment un groupe d’individus, après la découverte de son site internet, Soleil et Croix, a tenté de le pousser à la dépression et au suicide. Il ne s’agissait pas juste de le tuer virtuellement, avec une « nazification de son blog, copie porno de son Facebook, fiche Wikipédia négationniste avec tous les liens identitaires extrémistes possibles», mais en outre de le diffamer sous sa véritable identité, et de le harceler jusque sur son lieu de travail.

Simples jeux cruels ? Peut-être. Mais s’exprime là aussi une confrontation entre deux visions du monde, voire deux ambitions d’écriture.

Car quand Alberich von Grimmelshausen, pseudonyme du chef de file des trolls, ces internautes qui veulent lui faire la peau, décrit Pierre Cormary, comme un mec « qui se la joue Flaubert alors qu’il est un condensé de Charles Bovary, d’Homais et de Bouvard et Pécuchet » ou encore lorsqu’il affirme qu’il y a des types « qui passent l’envie de manger quand on les regarde bouffer. Lui, je vous jure, il passe l’envie d’écrire », on comprend que l’enjeu est immédiatement littéraire.

Le dégoût, d’Alberich von Grimmelshausen est celle d’une certaine droite intellectuelle. Une droite à l’écriture martiale, sérieuse, du mot juste, de l’affirmation virile de soi, qui défend le sublime et la reconquête esthétique. Et si parfois on verse dans l’excès, ce n’est que pour vitupérer dans l’attaque pamphlétaire, à la manière de Bloy. Car l’homme de droite est l’homme de l’ordre social. C’est l’homme des convenances et de la respectabilité. Les trolls se permettent les logorrhées les plus infamantes contre Pierre Cormary que par obsession de la norme. Ils souhaitent le châtier pour son impudeur,  son obésité physique qui serait le reflet de l’épaisseur de son esprit, et son immoralité générale et ouvertement assumée. Ils espèrent faire rendre gorge, surtout, à cette mise à nu de soi et de ses faillites intimes, qui va de Jean-Jacques Rousseau à Emmanuel Carrère. Ils brûlent d’anéantir ce qu’ils devinent en Pierre Cormary de mollesse, de positions gentiment raisonnables et fort peu contre-révolutionnaires, tout ce qui sent la pantoufle et même, osons le mot honni, la prose presque sociale-démocrate, d’autant plus impardonnable que l’auteur se prétend homme de droite.

À l’écriture personnelle de ses doutes et de ses défauts, répond donc une littérature du pastiche malfaisant, de la caricature oiseuse, du pamphlet ordurier, ou autrement dit, une écriture de la cruauté. Une écriture qui va littéraliser les discours de l’adversaire, feindre de les prendre au pied de la lettre pour mieux les piéger et les tordre dans l’injure. Alors, ce qui se voulait à l’origine une catharsis, une mise à distance tendre et amusée de ses pulsions, se voit retirer toute dimension littéraire, pour être retourné contre l’auteur et le salir.

Quand un masochiste rencontre des pervers

Mais Troll offre aussi à lire le récit d’un véritable jeu d’enquête, mené par Pierre Cormary, afin de démasquer ses harceleurs et faire cesser leurs agissements. Cependant cette résistance angoissée et naturelle, ne se départ pas toujours, et c’est peut-être la dimension morale la plus intéressante de cet ouvrage, d’une sorte de fascination de la victime pour ses bourreaux. Une part du narrateur condamne quand une autre applaudit. C’est toute une pente masochiste qui, au long de cette histoire, est prête à sympathiser avec les forces qui tentent de l’annihiler.

Car au fond, s’interroge le Pierre Cormary d’il y a quinze ans, ses trolls n’ont-ils pas raison de le mépriser, lui et ses petites phrases sans œuvres ? Ne font-ils pas que le renvoyer à sa nullité fondamentale ? N’a-t-il pas mérité sa damnation ? Peut-être a-t-il rencontré avec eux ses anges exterminateurs, et que toute leur entreprise n’est qu’une vaste démystification de sa personne d’écrivaillon ? Peut-être qu’il est bien, après tout, ce crapaud qui ose se croire aussi gros que le bœuf et qui doit s’en trouver châtié ?

A lire aussi, du même auteur: Maximilien Friche ou la folle espérance d’un salut par le Verbe

Mais la fascination ne s’exerce pas que dans un seul sens. Que recherchent, en effet, ces gens qui mettent tant d’ardeur à détruire un anonyme ? On ne déteste pas à ce point quelqu’un qui nous demeure indifférent. Il y a fort à parier que cette tentative de meurtre symbolique cache une jalousie littéraire.  Car Pierre Cormary est un homme qui ose écrire et donc, qui ose vivre. Un homme qui n’est pas dans la paraphrase, mais dans l’appropriation des auteurs qu’il aime. Il est déjà dans la construction d’une œuvre propre. Affirmer sa singularité, n’est-ce pas exister dans le monde, quand l’exercice de la violence contre autrui est souvent une faiblesse déguisée ?  Et peut-être même que celui qui est dans la négation de sa faiblesse, et de là d’une part de son humanité, ne peut réellement espérer devenir écrivain.

La force vitale n’est donc pas là où on la croit. C’est bien du moins la belle morale de ce livre que de saluer le triomphe d’une écriture de son humanité faillible, face à une prose d’éternels étudiants, de poseurs impuissants à trouver en eux assez de substance pour dépasser le stade du pastiche et de la singerie d’une énergie créatrice qui leur échappe.

Pierre Cormary nous livre en définitive une œuvre originale, entre récit et fiction, confession et fable, où le faux sert à dire le vrai. Un ouvrage qui explore, par des réflexions d’une grande finesse, notre rapport complexe aux identités virtuelles.

180 pages.

Trolls

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Iran: le pas de côté diplomatique d’Emmanuel Macron

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Emmanuel Macron à l'Elysée lors de la fête de la musique, 21 juin 2025 © DOMINIQUE JACOVIDES-POOL/SIPA

Au lieu de se joindre à Donald Trump et Benjamin Netanyahou dans leur choix d’en finir avec les enfumages iraniens sur le nucléaire, l’Élysée donne l’impression de trembler face à l’islam ombrageux et preneur d’otages, se désole notre chroniqueur.


Ali Khamenei et Emmanuel Macron doivent partir. Le guide suprême iranien s’accroche à son fauteuil, tout comme le président français. Seule la pression des citoyens excédés délogera ces deux dirigeants claquemurés. Car le « chaos » que Macron prédit à l’Iran, si le peuple se libère de l’oppression des mollahs, est déjà une réalité en France. Certes, la dictature théocratique des ayatollahs est sans commune mesure avec la démocrature issue d’une caste progressiste et populophobe.

En même temps diplomatique

Les Gardiens de la révolution (124.000 hommes armés) sèment la terreur pour tenter d’étouffer les mouvements protestataires. Hier, ces sections fascistes ont promis aux États-Unis d’utiliser « des options qui dépassent l’entendement », après le choix du président américain de détruire les trois sites nucléaires iraniens de Fordo, Natanz et Ispahan grâce à quatorze bombes GBU-57 lancées par sept B-2 dépêchés des États-Unis. Reste que le chef de l’Etat français se montre incapable d’entendre les colères populaires, d’où qu’elles viennent. Au lieu de se joindre à Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur choix d’accélérer l’histoire et d’en finir avec les enfumages iraniens sur le nucléaire militaire, l’Elysée tremble face à l’islam ombrageux et preneur d’otages. « La France n’a participé ni à ces frappes ni à leur planification », a précisé hier Jean-Noël Barrot, incarnation de la lâcheté du « en même temps » diplomatique. La France et l’Europe sont absentes des bouleversements qui s’écrivent, grâce à l’option si peu angélique du « cassage de gueule ». Alors que Trump donnait l’ordre de frapper, Macron ouvrait l’Élysée à la Fête de la musique et aux pas de danse de son épouse. Les violences urbaines en sus.

L’inertie du « système »

Oui, Macron doit partir car il bloque la France. L’inertie est théorisée par son Premier ministre centriste, François Bayrou. Les rappels au « droit international » que lancent, derrière le chef de l’État, ceux qui voient Trump et Netanyahou comme des parias, sont autant d’arguments pour justifier l’immobilisme. Le Hamas, armé par l’Iran, n’avait pas eu droit à ces leçons, après son pogrom du 7 octobre 2023. L’autre prétexte de l’ « État de droit », avancé par les mêmes défenseurs de la démocratie confisquée, permet au Conseil constitutionnel de s’établir en contre-législateur, contrairement à sa vocation première. Sa censure, le 19 juin, de la réforme Attal sur la justice des mineurs est un coup de force supplémentaire des juges. Ils désarment toute volonté d’évolution pénale.

Plus généralement, le système hérité de cinquante ans d’idées fausses et de sectarisme antipopuliste se montre incapable d’entendre cette partie de la population repliée sur son Aventin, attendant son heure.

Aux colères des victimes de la délinquance immigrée, premières cibles de la guerre civile qui s’installe, s’ajoutent celles des contribuables essorés par l’Etat et pénalisés par les lubies d’un écologisme qui veut interdire les bagnoles dans les villes ou saccager les paysages avec des éoliennes y compris en mer. Sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre « C’est Nicolas qui paie » devient le ralliement d’une jeunesse révoltée. En Iran comme en France, la rue gronde. Là-bas comme ici, un vieux monde est appelé à s’effondrer. Se tenir prêt.

Vive Calamity Dati!

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Rachida Dati sur le plateau de France 5 le 18 juin 2025. Capture FTV.

Rachida Dati a menacé Patrick Cohen de poursuites judiciaires en direct sur France 5, après avoir été interrogée sur un reportage de « Complément d’enquête » qui lui était consacré. L’incident s’inscrit dans un contexte de tensions entre la ministre de la Culture et le personnel de l’audiovisuel public, Mme Dati souhaitant regrouper toutes les antennes sous une même holding, et ayant également été accusée de vouloir le départ de la présidente de France Télévisions… La caste journalistique a évidemment publiquement soutenu l’équipe de France 5 face à ces attaques.


Après l’incident entre Rachida Dati et Patrick Cohen, la profession se serre les coudes.

La République des Lettres des médias « en danger »

Rappel. Le 18 juin, Rachida Dati est invitée dans « C à vous ». PatCo l’interroge sur les accusations de conflits d’intérêt portées par l’émission Complément d’enquête. Queen Dati lui renvoie à la tête un article de Mediapart l’accusant de harcèlement quand il était à France Inter. «C’est vrai, vous harcelez vos collaborateurs ?» lui demande-t-elle. Et elle sert dans la foulée à Anne-Elisabeth Lemoine un article de Marianne évoquant une ambiance épouvantable dans l’équipe. Les deux nient et font les indignés. Ce que vous faites est déshonorant, lâche Patrick Cohen.

A lire aussi: L’office du soir

La réplique de la ministre serait parfaitement calibrée sans la menace voilée. «Après l’article de Mediapart, je pourrais faire un article 40». Elle aurait sans doute mieux fait de s’abstenir, mais rappelons que plusieurs enquêtes judiciaires ont été ouvertes sur la base d’articles de Mediapart. Et que l’article 40 invoqué fait partie du sacro-saint Etat de droit. Mais cela permet à toute la presse d’éructer contre une ministre qui menace un journaliste de poursuites. Les confrères auraient dû dénoncer Mediapart. Seulement, Don Plenel est le parrain et toute la profession lui baise la main.

France Télévisions et Radio France soutiennent les pauvres petits journalistes, la profession s’indigne. La ministre de tutelle attaque les médias publics, dit-on. Faux ! Nominations et police de l’antenne relèvent de l’Arcom. La preuve, Rachida Dati n’a pas eu le scalp de Delphine Ernotte… Par ailleurs, où étaient ces résistants quand Rima Abdul-Malak menaçait explicitement CNews et C8 de perdre leur fréquence ?

Le premier pouvoir

Est-ce normal qu’une ministre mette en cause un journaliste ? Je ne sais pas – est-ce le rôle du président de la République de danser la lambada ? Mais ce petit rééquilibrage du rapport de force est assez réjouissant. Autrefois, les journalistes craignaient les gouvernants, aujourd’hui, c’est le contraire : on assiste à la soumission des politiques devant les journalistes. Les médias sont devenus le premier pouvoir et un pouvoir qui refuse les contre-pouvoirs. Qui s’indigne quand toute la presse accuse un homme (présumé innocent) et en fait un coupable et un banni ? Quand Le Monde accuse Dominique Baudis d’organiser des soirées pédophiles, quelle sanction ?

A relire: France Inter: ras-le-bol de payer pour se faire insulter!

Les journalistes adorent faire la morale. Ils doivent accepter que leurs comportements soient scrutés et que les éventuelles divergences entre leurs discours et leurs actes soient exposées. La ministre ne voulait pas répondre à Patco. Au public d’en conclure ce qu’il veut. Mais un plateau de TV n’est pas un tribunal ni un commissariat.

Ne pas répondre à un journaliste ou le critiquer est un droit de l’homme. Alors désolée, quand Calamity Dati ose envoyer frère Cohen sur les roses, ça fait un bien fou.

Le Premier Pouvoir: Inventaire après liquidation

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Lyrique: «Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir…»

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Vannina Santoni (Marguerite) et Julien Dran (Dr Faust) dans "Faust" à l'Opéra-Comique, du 21 juin au 1er juillet © Stefan Brion

Faust, le chef-d’œuvre de Charles Gounod, est revisité à la salle Favart dans sa version « opéra-comique » primitive. Une vraie découverte.   


Il y a un an, l’Opéra de Paris reprenait le Faust de Gounod dans la version monumentale, en cinq actes, celle qui s’imposera par la suite sur toutes les scènes : la quintessence même du Grand Opéra à la française, avec ballet, grosses machineries faisant se succéder des décors grandioses, etc. Pour Causeur, votre serviteur avait rendu compte de cette production, indiscutable sur le plan vocal – Pene Pati dans le rôle-titre, Alex Esposito dans celui de Méphistophélès, Florian Sempey en Valentin… Marina Viotti y assurait l’emploi travesti du jeune Siebel, Amina Edris campait  l’éplorée Marguerite… Millésimée 2021, la mise en scène de Tobias Kratzer laissait dubitatif – passons.  

Retour aux sources

Le Faust accueilli en cette fin de saison à l’Opéra-Comique dans la production initialement montrée en avril dernier à l’Opéra de Lille est d’une mouture différente à tous égards. En effet, sur la base des recherches musicologiques menées par le Palazetto Bru Zane dont une somptueuse édition CD, avec Benjamin Bernheim et Véronique Gens est l’aboutissement (basée à Venise, cette fondation renommée à juste titre est spécialisée dans l’étude et la promotion de la musique romantique française) Louis Langrée, l’actuel directeur musical de la prestigieuse maison sise place Boieldieu, a opté pour un retour aux sources : soit l’exhumation de la version en un prologue et quatre actes, avec dialogues parlés et non récitatifs chantés, telle qu’elle fut créée au Théâtre-Lyrique en 1859.

Exit, donc, la version canonique, celle-là même qui, entrée dix ans plus tard au répertoire de notre opéra national, puis promise à la postérité fabuleuse qu’on sait, occupe systématiquement les plateaux depuis lors. Intégralement inédite, donc, cette version ‘’primitive’’ ? Pas tout à fait. Plutôt une savante combinaison. Elle témoigne précisément de cette tradition qui consistait à sacrifier, remanier, ajouter, abréger, réduire, récrire sans hésiter des bouts de partition au fil des représentations. C’est ainsi que le présent spectacle conserve, par exemple, l’incontournable « Nuit de Walpurgis » du cinquième acte, ajout tardif de Gounod, justement écrite pour répondre aux exigences de l’Académie impériale de Musique, salle Le Peletier (établissement auquel succèdera, à peu de temps de là, le Palais Garnier, pas encore construit alors). Ou encore cette scie absolue du répertoire lyrique, entonnée par le chœur à l’unisson dans la cinquième scène du premier acte : « Ainsi que la brise légère/ Soulève en épais tourbillons/ La poussière des sillons/Que la valse nous entraîne !/ Faites retentir la plaine/ de l’éclat de vos chansons ! »… Disparait en revanche le fameux air du « Veau d’Or », tandis qu’on découvre un air « du chiffre 13 » jusqu’alors inconnu…  Bref, sur l’immortel livret signé du duo Barbier & Carré, librettistes vedette du temps (Gounod leur devra également une Reine de Saba, un Roméo et Juliette, un Polyeucte…), Faust n’a jamais été gravé, on le voit, dans une seule et unique pièce de marbre.

Denis Podalydès à la mise en scène, Christian Lacroix aux costumes

A la présente régie qui associe une fois encore Denis Podalydès pour la mise en scène, Eric Ruf pour les décors et Christian Lacroix pour les costumes, il faut reconnaître une sobriété, une lisibilité, une efficacité sans mélange. La production esquive adroitement l’habituelle surenchère propre à tant de productions lyriques d’aujourd’hui. Elle replace l’action dans l’époque romantique, sur un plateau épuré à l’extrême dont le sol forme un disque tournant sur lequel s’agrègeront éléments de mobilier, portants et structures, dans un clair-obscur, voire une pénombre subtilement travaillée, jusque dans l’apothéose finale, empreint de cette religiosité grandiloquente propre à tant d’opéras de ce temps-là… Mais la présente production a justement le mérite insigne de se garder de tout anachronisme, raccordant la proposition dramaturgique aux mœurs, à la culture et à l’imaginaire de l’époque romantique, sans ces a priori idéologiques et intentions lourdement moralisantes dont, en 2025, sont gavées tant de mises en scène.  

Julien Dran (Dr Faust), Jérôme Boutillier (Méphistophélès) Photo: Stefan Brion

La réussite de ce Faust revisité ne serait pas complète sans cette distribution vocale intégralement francophone, notons-le (chose rare aujourd’hui dans l’expression du répertoire lyrique français). Sans conteste, le ténor bordelais (né en 1983) Julien Dran, dans le rôle-titre, concentre sur lui les plus entiers suffrages : articulation impeccable, phrasé d’une délicatesse infinie, aisance parfaite dans les aigus à très haute altitude tout autant que dans le pianissimo, timbre ouaté, velouté, toutes qualités qui se conjuguent à une présence scénique ardente, juvénile, rafraîchissante à souhait. (Excellente, soit dit en passant, l’idée scénographique de transformer le Faust cacochyme du prologue en jeune Faust immaculé, par le simple arrachement d’un masque en latex sur son visage !) Marguerite, sous les traits de la soprano Vannina Santoni – qu’on a encore pu applaudir en concert le 12 juin dernier, à l’Auditorium de Radio France, son orchestre maison placé sous la direction  de Mikko Franck, dans le Poème de l’amour et de la mer, d’Ernest Chausson  – offre l’étoffe d’un beau vibrato serré, sans épuiser jamais les considérables ressources requises pour chanter avec une aimable rondeur de phrasé les plus longs airs de cet opéra de près de quatre heures (entracte compris) ! Si la mezzo Juliette Mey campe un jeune Siebel moins affirmé, le baryton Jérôme Boutillier nous fait un Méphistophélès admirablement incarné, sardonique et cabot, bondissant et canaille, flanqué qu’il est de ses deux diablotins nippés de noir et chapeautés de melons, qui gambadent tels les animaux de compagnie du Malin…

Si au soir de la première, l’orchestre si subtilement dirigé par Louis Langrée a souffert, au tout début, de quelques très légers décalages avec un Chœur de l’Opéra de Lille néanmoins parfaitement à l’aise dans les demi-teintes modérant à bon escient la puissance sonore de l’organe masculin, le spectacle dans son ensemble, servi par une mise en scène et un casting de haut vol, mérite des éloges superlatifs. Sans rire, Marguerite peut décidément se voir fort belle en ce miroir que lui tend L’Opéra-Comique jusqu’au 1er juillet.


Faust. Opéra en un prologue et quatre actes de Charles Gounod. Avec Julien Dran, Jérôme Boutillier, Vannina Santoni, Lionel Lhote, Juliette Mey…  Direction : Louis Langrée. Mise en scène : Denis Podalydès.

Orchestre National de Lille, Chœur de l’Opéra de Lille.

Opéra-Comique, Paris. Les 23, 25, 27 juin et 1er juillet, 20h. Le 29 juin, 15h (suivi d’un récital Faust, par Tanguy de Willencourt, piano).

Captation de l’opéra diffusée l’automne prochain sur operavision.eu

Imposture morale, posture sociale

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Delphine Horvilleur, invitée de la matinale de France Inter, 25 mars 2025 © D.R.

Pour l’historien Georges Bensoussan, la tribune de Delphine Horvilleur reflète la fracture entre la rue juive et les notables de la communauté. Pour lui, les personnalités qui accusent Israël de faillite morale sont d’abord soucieuses de leur respectabilité sociale et médiatique.


Le sionisme est au premier chef une question politique, et c’est au nom du politique qu’on peut soutenir, ce que je crois, que la ligne actuelle le met en péril et avec lui la pérennité de l’État d’Israël. Mais pas au nom d’une supposée « éthique juive » contemplant en surplomb la morale des « gens ordinaires ». 

Or, ces derniers jours les anathèmes et les invectives ont fusé de part et d’autre à propos d’un texte de portée morale sur la guerre en cours à Gaza, signé par le rabbin Delphine Horvilleur. Ce texte méritait-il ici un tel excès d’éloges ? Et là un tel niveau de vindicte alors qu’il ne s’agissait que d’une prise de position issue d’un étroit cénacle, celui que Daniel Sibony nomme les « Juifs sublimes » ? Mais il est vrai que ce texte reprenait aussi en filigrane, sans les nommer mais en les cautionnant forcément, même et peut-être à son corps défendant, les pires accusations portées contre l’État d’Israël. Depuis cette publication, plusieurs tribunes dont celles de Charles Rojzman et de Jean Szlamowicz ont démonté avec pertinence ce discours.

Mais c’est à un autre titre que cette affaire est intéressante car, bien davantage que son propos, il semble que ce soit aussi la personne de Mme Horvilleur qui a déclenché cette levée de boucliers, dévoilant au grand jour un divorce entre ceux qui vivent au jour le jour, et parfois en le payant au prix fort, l’aventure israélienne, et ceux qui, de loin, la soutiennent avec ardeur et bonne foi. La violence dont Mme Horvilleur a été l’objet m’a fait d’ailleurs penser un instant à la haine qu’à la fin de l’Ancien Régime et au cours des premières années de la Révolution, la reine Marie-Antoinette avait suscitée contre sa personne, en partie par l’arrogance, réelle ou supposée, qu’on lui prêtait.

Un État édifié dans la glaise et le sang

Le rejet de la tribune de Mme Horvilleur a mis en lumière le gouffre qui sépare les « gens de peu » de la « communauté juive » et ceux qu’il faut bien appeler ses notables. Certes, les Juifs constituent ce groupe minoritaire solidaire à force d’être souvent rejeté en bloc. Pour autant, il ne cesse d’être aussi un groupe social. C’est pourquoi, au-delà de son texte lui-même, tout se passe comme si Delphine Horvilleur avait polarisé sur sa personne ce que le judaïsme populaire en France (à l’instar aussi d’une large partie de la nation israélienne) rejette en bloc.

A lire aussi, Noémie Halioua: La guerre des juifs

C’est-à-dire une posture qui, au nom d’une supposée « supériorité morale » du peuple juif (en vérité la leur, celle de « Juifs sublimes »), interpelle l’État juif en le sommant d’avoir les mains les plus propres parmi tous les États de la terre. Or, qu’il le veuille ou non, dans le règne des rapports de force, l’État d’Israël est sommé de s’adapter ou de périr. Si les sionistes d’hier avaient obéi aux admonestations des biens nés de la diaspora, le Yishouv d’où est issu le 14 mai 1948 l’État d’Israël n’aurait pas connu l’ombre d’une ombre de réalité. C’est parce qu’ils ont accepté de se salir les mains dans la glaise et le sang des combats que les sionistes ont édifié cet État.

Colère de ces invisibles du monde juif parce que les postures morales ainsi exhibées sont le plus souvent des postures sociales, lesquelles offrent à nouveaux frais le visage familier d’une certaine lâcheté diasporique qui sut régulièrement et précautionneusement prendre ses distances avec le signe juif quand celui-ci se voyait assailli de toutes parts. Et plus précisément avec le signe juif supposé porteur d’infamie. C’était avant-hier les Ostjuden, ce « prolétariat de la casquette », comme on le nommait alors. C’était hier le judaïsme oriental (ou séfarade/mizrahi) supposé bigot et raciste par essence, fossoyeur d’un « bel Israël » source de nostalgie. Et c’est aujourd’hui l’État d’Israël qui serait en « danger de perdre son âme » (sic). 

Les envolées lyriques de ces « grands Juifs » ont un sous-texte : le souci de conserver couverture médiatique et respectabilité intellectuelle en susurrant à l’adresse des faiseurs d’opinion dont l’antisionisme est constitutif du prêt-à-penser : « Ne nous confondez pas avec la soldatesque à l’œuvre à Gaza, elle ne représente plus le “bel Israël” (sic) que nous défendions hier. »

Une violence sourde

Une posture semblable à celle de ces notables israélites qui, à la fin des années 1930, avaient accusé les immigrants juifs d’Europe de l’Est d’avoir précipité la crise française des dernières années de la IIIe République, les mêmes qui à l’été 1940 demanderont au maréchal Pétain de ne pas confondre les israélites français « de vieille souche » et ces immigrés juifs venus récemment de Pologne et d’autres obscures contrées d’Europe orientale.

A lire aussi, tribune collective Les Corses et les amis de la Corse avec le peuple juif

Ces notables réagissent en notables. Ce qu’ils sont. Ce qu’ils entendent préserver par leur morale ostentatoire, c’est au premier chef une respectabilité sociale et culturelle qui leur permettra de demeurer médiatiquement compatibles (« non clivants » pour user de la langue conformiste du temps). Sous couvert de conscience morale, ils s’emploieront à dissimuler les rapports de pouvoir les plus crus et vulgaires.

Là est l’imposture, quand elle maquille en leçon de morale des clivages de classe et de caste, en dissimulant autant que faire se peut la crainte de faire partie des réprouvés marqués du sceau d’infamie que constitue de nos jours une « trop grande » proximité avec l’État d’Israël (sic). Derrière le discours émouvant des « Juifs sublimes », tenu à l’attention des « Juifs de peu », se cachent un non-dit social et une violence sourde. C’est ce qui nourrit la colère des réprouvés qui n’ont pas dans leur cœur, en même part et à un niveau aussi élevé, l’« amour du prochain ».

Les Origines du conflit israélo-arabe (1870-1950)

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Un peu de beauté dans un monde de brut

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Une femme devant un tableau d'Andy Warhol au Tehran Museum of Contemporary Art, Iran, 19 octobre 2021 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Si l’Iran ne dispose (ou ne disposait) que « presque » de la bombe, elle possède, sans contestation possible, un des plus beaux et surtout un des plus riches musées d’art contemporain du monde.


Tout comme le centre Pompidou, le Téhéran Museum of Contempory Art a été inauguré en 1977. Avec, pour le TMoCA, un look nettement  moins « avant-gardiste » que l’usine à gaz parisienne.  Karam Diba, architecte du projet et cousin de la Chahbanou, s’est plutôt ingénié à contemporiser des éléments architecturaux traditionnels. Ce qui donne des badguirs, tours « attrape-vent », cohabitant fort harmonieusement  avec des blocs de béton-brut et des toits en cuivre.

Des espaces intérieurs d’exposition savamment pensés, un atrium spacieux avec un bassin rectangulaire inspiré des howz de l’architecture persane, des jardins organisés pour accueillir des sculptures contemporaines, le projet était sans conteste de faire jouer l’Iran dans la cour des grands. Avec un écrin à la hauteur de l’ambition.

Portrait lacéré

Et pour le contenu, Farah, aidée de Karam, avait constitué une collection considérée, à l’époque et encore aujourd’hui, comme la plus importante collection d’art contemporain tant oriental qu’occidental, hors Europe et États-Unis.

Deux petites années plus tard, fin du conte de fées. Mais, Téhéran n’est pas Bâmiyân, ayatollah n’est pas taliban. Même si la tentation est forte, aucun pillage, aucune exaction, à part un portrait lacéré : « Farah Diba by Andy Warhol ». Un jeune gardien œuvre au sauvetage des œuvres dans des circonstances rocambolesques et les trésors sont rangés dans les sous-sols. Les nouveaux maîtres congédient sans façon les experts des grandes maisons de vente, arrivés au pas de course, et ferment le palais au public. En veillant, au fil du temps, à tout bien préserver.

Tout doucement, le lieu commence à reprendre vie. Biennale des graphistes de Téhéran à partir de 1987. Biennale de la peinture iranienne à partir de 1993. Biennale internationale de l’illustration de livres pour enfants à partir de 1993. Biennale de la céramique contemporaine iranienne à partir de 1994. Triennale de sculpture contemporaine à partir de 1997. Biennale internationale de peinture dans le monde islamique à partir de 2000. Et aussi, quelques expositions thématiques : Miniatures persanes en 1990, Exposition internationale de dessin en 1999, Jardins d’Iran en 2004. Mais, rien d’échevelé. On est loin de ce qu’avaient prévu Farah et Karam.

En 1997, à l’arrivée à la présidence de Mohammad Khatami, l’intelligentsia artistique se prend à rêver. Des artistes iraniens incontestables (et octogénaires) ont droit à leur rétrospective : Mohsen Vaziri Moghaddam, Behjat Sadr, Morteza Momayez, Mansoureh Hosseini…

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Et, curieusement, le nouveau directeur, Alireza Sami Azar, qui dirigera aussi Tehran Auction (initiative privée lancée en 2012) organise une grande rétrospective… du Français Arman. Qui devient ainsi le premier artiste occidental à être réexposé en Iran depuis l’instauration de la République Islamique. Certes, « Le Cœur en Verre » (1969), bloc de résine avec objets incrustés, appartenait à la collection du TMoCA, mais sans vouloir minimiser le talent d’Arman, pourquoi l’avoir choisi quand on possède des Monet, des Gauguin, des Warhol, des Pollock, des Picasso, des Giacometti, des Magritte ? Pourquoi commencer par un nouveau réaliste et de surcroît pas le plus emblématique ? Peut-être tout simplement parce que Arman connaissait bien l’Iran et que l’Iran le connaissait bien. En 1958, il avait rallié Téhéran en 2CV pour rejoindre la mission archéologique d’un moine dominicain. Dans la foulée, il avait exposé une crèche de Noël, réalisée à partir d’éclats de verre et d’un ballon de football, au collège Saint Louis de Téhéran des Pères Lazaristes. Sa première exposition à l’étranger !

Train-train islamique

L’esprit d’ouverture est de courte durée. À partir de 2005, le musée retombe dans son train-train islamique : biennales sans réelles portées internationales, dessins de tapis… En 2014, surprise ! Une initiative inattendue change la donne. Pour « Unedited History, Iran 1960 – 2014 », le TMoCA accepte de prêter au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, deux cents peintures, photos, vidéos produites par des artistes iraniens historiques (Bahman Mohassess, Kaveh Golestan) et contemporains (Barbad Golshiri, Tahmineh Monzavi). L’exposition, qui permet de reconstituer un panorama de l’Iran des cinquante dernières années, se montre difficile à organiser mais a lieu. Et, c’est parti !

En 2015, le musée expose cent trente tableaux de la peintre iranienne, de renommée internationale, Farideh Lashai, récemment décédée, et surtout quarante œuvres d’artistes occidentaux. « Mural on Indian Red Ground » (1950) de Jackson Pollock, estimé à deux cent cinquante millions de dollars par Christie’s en 2010, « Suicide » (1963) d’Andy Warhol, de la série « Death and Disaster » (une pièce de cette série est partie à cent cinq millions de dollars chez Sotheby’s, en 2013). Que du lourd !

Nouvelle surprise en 2022. L’exposition « Minimalisme et art conceptuel » présente cent trente-deux œuvres (d’avant 1979 ) de trente-quatre artistes « contemporains »… plus vraiment contemporains : Marcel Duchamp, Sol LeWitt, Donald Judd, Christo et Jeanne-Claude, Michelangelo Pistoletto, Robert Smithson, Dan Flavin… Trente-huit œuvres sont montrées pour la première fois. Petite fantaisie de la modernité, l’exposition a le droit à son quart d’heure warholien. Une vidéo de deux insectes argentés, bien visibles sous le cadre en verre d’une photo signée Bernd et Hilla Becher, devient en effet virale worldwide. Un vrai ramdam. Peu habitué à la dictature des réseaux sociaux, le musée commence par nier la présence scandaleuse des deux intrus, refuse ensuite que l’authenticité de la vidéo soit vérifiée de manière indépendante. Puis finit par céder et présente ses excuses. Le musée est fermé pendant deux jours pour cause de… fumigation.

Puisse très bientôt le TMoCA proposer au monde entier des expositions et des performances qui décoiffent. Avec ou sans chiures de mouches. On ne fera pas les dégoûtés.

Le héros Bertin est immortel

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Stéphane Oiry, auteur de la BD "les héros du peuple sont immortels" (juin 2025) © D.R.

Stéphane Oiry fait revivre la folle cavale du regretté Gilles Bertin, bassiste chanteur du groupe punk mythique Camera Silens. Ça déménage !


Fin des seventies ; début des eighties. De l’autre côté de la Manche, il y avait les Sex Pistols, Clash et Jam ; à Paris, Asphalt Jungle (de notre ami Patrick Eudeline), La Souris Déglinguée, Parabellum et les Porte-Mentaux. Et à Bordeaux, il y avait Camera Silens, un groupe anarcho-punk, composé de squatteurs urbains qui propulsaient un rock urgent, brutal comme une eau de vie de prune serbe, avec une Gibson SG qui dispensait des riffs d’acier en fusion…

A la basse et au chant de ce gang de fous furieux : Gilles Bertin, un blondinet à tête d’ange lestée de pensées abimées par les songes de Kropotkine. Ils donnent des concerts, connaissent un certain succès. Mais le Bertin, qui vient de devenir père, se lasse. Il devient cambrioleur ; puis il réussit un gros coup, un braquage du tonnerre et doit quitter la France pour échapper à la police. Il commence une nouvelle vie, tient une boutique de vente de disques à Lisbonne, change d’identité… 

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Tutoyer son héros

C’est cette cavale que raconte avec vivacité, panache et talent Stéphane Oiry dans son album Les héros du peuple sont immortels (nom d’un album compilation Gougnaf Mouvement). Il s’est inspiré de l’autobiographie de Gilles Bertin, Trente ans de cavale : ma vie de punk, parue en 2019 chez Robert Laffont, année de sa mort. Trois ans avant, il était revenu en France pour se livrer à la Justice qui, clémente (des juges rouges, d’anciens punks ?) ne l’avait condamné qu’à cinq ans de prison avec sursis. Il aurait pu profiter d’une vie tranquille mais ses excès divers, la shooteuse et l’hépatite l’ont rattrapé. Bertin est aujourd’hui au paradis des punk rockers au côté de Sid Vicious et de Schultz, de Parabellum. 

La ligne presque claire de Stéphane Oiry fait merveille ; sa narration aussi. Il tutoie même le Bertin ce qui procure une proximité avec nous, lecteurs épatés, anciens crêtés empâtés. A quand des albums sur Roland « Chamallow » Chamarat, bassiste des Rats, décédé en 2011, Roger « Schultz » Fritsch, chanteur guitariste de Parabellum, mort en 2014, et quelques autres, histoire de faire revivre nos années mortes ?


Les héros du peuple sont immortels, La cavale de Gilles Bertin, Stéphane Oiry ; Dargaud ; 128 p.

Trente ans de cavale: Ma vie de punk

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Les héros du peuple sont immortels

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Vinyles Vidi Vici

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Jérémie Rousseau © Hannah Assouline

À bientôt 80 ans, « La tribune des critiques de disques » est la doyenne des émissions de Radio France. Chaque dimanche après-midi sur France Musique, critiques et musiciens animés par un idéal de beauté débattent interprétation et direction d’orchestre. Le public en redemande.


La France peut se prévaloir de certaines institutions sacrées sans lesquelles notre vie quotidienne serait insupportable. Parmi ces trésors nationaux, citons la Sécurité sociale, l’hôpital public et… France Musique ! Le soin du corps et le soin de l’âme. On n’en dira pas autant, hélas, de France Culture (devenue un clone de France Inter) dont on écoutait pourtant religieusement, à l’heure du déjeuner, le « Panorama » animé par Jacques Duchateau et Michel Bydlowski (qui en février 1998 se jeta par la fenêtre de son bureau de la Maison ronde après que la direction eut décidé de mettre fin à son émission jugée « trop élitiste »).

Un désert de culture

En 1987, le philosophe américain Allan Bloom publiait un livre prophétique (vendu à un million d’exemplaires) : L’Âme désarmée : essai sur le déclin de la culture générale (réédité aux Belles Lettres en 2019). Ce disciple de Leo Strauss décrivait comment les étudiants américains s’étaient peu à peu détournés de la grande culture classique européenne (Shakespeare et Beethoven) au profit de l’idéologie narcissique du développement personnel, se privant ainsi des armes essentielles qui leur auraient permis de résister à la barbarie de la société de consommation basée sur le pur affect. Quarante ans après, on ne peut que faire le même constat chez nous, tant paraît lointaine cette France où Delacroix et Berlioz ornaient nos billets de banque tandis que les classes populaires regardaient avec respect, à la télé, les « Dossiers de l’écran » (1967-1991) et « Alain Decaux raconte » (1969-1987).

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Dans ce désert, France Musique est une oasis culturelle où l’on vient s’abreuver, un petit Collège de France accessible à tous, chaque animateur possédant une voix, une diction, une personnalité, un talent de conteur qui tranchent avec le phrasé monocorde et blasé de la plupart des autres journalistes dont le discours est plus que jamais contaminé par les horripilants tics de langage à la mode (comme ce « du coup » à chaque phrase pour combler le vide de la pensée).

À côté de Bach et de Debussy, le jazz, le rock, la pop, la variété, la musique de film, les musiques du monde, la comédie musicale et les créations contemporaines sont très largement défendus avec une érudition toujours mise au service du plaisir.

La tribune des critiques de disques 

Et puis… il y a l’émission phare du dimanche après-midi que tous les mélomanes adorent « détester » depuis des lustres en buvant leur thé de Chine : « La tribune des critiques de disques » ! Créée en 1946 sous le nom de « Club des amateurs de disques », c’est la doyenne de Radio France (« Le masque et la plume » datant de 1955) et un vrai hymne au disque qui demeure une invention géniale : Le Chant de la Terre de Mahler par Bruno Walter et Kathleen Ferrier, Le clavier bien tempéré de Bach par Glenn Gould ou Kind of Blue de Miles Davis (enregistré en une seule prise) sont des œuvres d’art à part entière qui ont accompagné des millions de vies au même titre que les tableaux de Monet ou les romans de Stefan Zweig.

Au lendemain de la guerre, donc, voici un groupe de poètes animés par un idéal de beauté et pour qui la radio doit faire entrer la grande littérature et la grande musique dans les foyers des Français les plus modestes. Née en 1944, la Radiodiffusion française regroupe alors des gens comme Pierre Tchernia, Michel Bouquet, Raymond Queneau, Francis Ponge, Jean Tardieu, Boris Vian et un certain Armand Panigel qui voue une passion aux disques. C’est sous son impulsion que l’émission est créée, le principe étant de réunir les meilleurs critiques musicaux de l’époque et de les faire réagir à des écoutes de disques, en direct. Les discussions sont totalement improvisées, chacun donnant son avis dans un nuage de fumée de cigarettes et de pipes. Très vite, le succès est fulgurant, d’autant plus que naît au même moment l’âge d’or du disque vinyle (porté par les grandes stars françaises de l’époque comme Samson François, Jean-Pierre Rampal, Alexandre Lagoya et Maurice André qui vendent des millions d’albums) et qu’apparaissent ensuite simultanément la hi-fi, la stéréophonie et la modulation de fréquence pour un confort d’écoute optimale. Les joutes verbales passionnées entre les critiques musicaux (Jacques Bourgeois, Antoine Goléa, Jean Roy et Armand Panigel) deviennent célèbres pour leurs excès : « Tout ça est très bien mais c’est au fond une situation tragique : comment un criminel pareil peut-il arriver à être Leonard Bernstein ? » (Antoine Goléa)…

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Ces empoignades vont d’ailleurs inspirer à Jean Yanne un sketch fameux (deux routiers s’engueulant dans leur camion au sujet des quatuors de Beethoven) et poussent Peter Ustinov à parodier l’émission en imitant les voix de tous les critiques : « — Moi, je l’aime sans l’admirer. — Moi, je l’admire sans l’aimer. — C’est très mal fait, c’est mal calculé, et c’est beaucoup trop lent ! »

Depuis 2014, « La tribune des critiques de disques », animée avec enthousiasme par le musicologue et ancien directeur de Classica, Jérémie Rousseau, est suivie par 350 000 auditeurs tous les dimanches. L’écoute des disques à l’aveugle demeure la règle (comme on goûte des vins sans voir l’étiquette), mais les débats entre invités se font à fleuret moucheté, comme si les critiques d’aujourd’hui tendaient à choisir des versions consensuelles au détriment de versions plus radicales. On se surprend ainsi à parfois regretter la passion qui caractérisait l’émission quand certains ténors de la critique musicale (comme Patrick Szersnovicz, surnommé « Tchernobyl ») défendaient de façon volcanique leur version préférée. Avec sa chaude voix de baryton, Jérémie Rousseau a imprimé sa marque à la « Tribune » en invitant des musiciens et des chefs d’orchestre capables d’apporter au débat une vision plus pragmatique des chefs-d’œuvre. Grâce à lui, on a aussi pu découvrir ces dernières années des talents vivants prodigieux comme le pianiste coréen Yunchan Lim, incroyable dans les Études d’exécution transcendante de Liszt et auprès de qui Daniil Trifonov lui-même semble jouer comme un petit garçon bien sage… À l’approche de ses 80 ans, on ne peut que souhaiter longue vie à « La tribune des critiques de disques » !