En rendant hommage au roman-photo, le Mucem expose la richesse de la littérature populaire tout en racontant l’art de vivre des Trente Glorieuses.


L’heure de la revanche des shampouineuses a sonné. Le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) fait œuvre de salubrité publique en remettant à l’honneur le roman-photo dans une exposition qui réunit plus de 300 objets inédits : revues, films, maquettes, photographies originales… Ménagères, écolières, ouvrières et bourgeoises un brin fleur bleue, vous n’aurez désormais plus honte. Lire des romans-photos ne sera plus marqué du sceau de l’infamie. Les intellos pourront remballer leur quincaille idéologique et retourner à leurs chères études. Leur jugement se moquait depuis trop longtemps de votre droit à un quart d’heure de bonheur hebdomadaire, plus sûr que l’orgasme du samedi soir.

Le mépris, c’est fini

Le roman-photo, jadis méprisé, est de nos jours passé complètement sous silence, n’intéressant que quelques collectionneurs et fétichistes. Il faut dire que cette littérature authentiquement populaire a fini par sombrer sous les coups de la digitalisation et, sans doute aussi, de la perte d’une certaine innocence propre aux Trente Glorieuses. À l’exception notable, toutefois, de l’insubmersible Nous Deux qui continue à enregistrer des chiffres à faire pâlir de jalousie les journalistes d’investigation, avec un tirage autour de 350 000 exemplaires.
Le roman-photo a pourtant enchanté les foyers de l’après-guerre. Dans les années 1960, un Français sur trois les lisait. Nous Deux, lancé en 1947 par Cino Del Duca, un italien exilé en France, pape du sentimentalisme imprimé, dépassait régulièrement la barre du million d’exemplaires vendus avec des pics jusqu’à 1,5 million. Les patrons de presse avaient le sourire, roulaient en Cadillac, la machine à bluettes fonctionnait à plein régime et les dames en redemandaient toujours et encore.

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Personne n’était vraiment dupe de l’épaisse couche de guimauve qui enrobait ces histoires d’amours fabriquées en quantité quasi industrielle. Rencontres sirupeuses sur fond de mandoline, tragédies aux caisses du Monoprix, trahisons en zones pavillonnaires, baisers chastes et apollons sortis des usines, ces magazines ersatz de la dolce vita venaient éclaircir un quotidien souvent trop gris. Ils mettaient du baume au cœur, et l’espace d’un instant, donnaient un sentiment d’évasion aussi fugace que la carrière d’une starlette en topless sur la Croisette. L’espoir d’une vie meilleure et un romantisme totalement assumé passaient au travers de vignettes et de bulles, maquettées par des as de l’édition et de la photographie.

Aussi caricaturales qu’expressives, ces images d’un autre temps nous rappellent une époque tendre, qui refusait le cynisme. « Le roman-photo est un for

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Janvier 2018 - #53

Article extrait du Magazine Causeur

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