Accueil Site Page 1507

Macron a été bon lors du G7

0

 


Jérôme Leroy, le rédacteur en chef culture de Causeur, n’a d’ordinaire pas de mots assez durs pour critiquer la politique nationale de Macron. Mais force est de reconnaître que le chef de l’Etat défend d’honorables positions dès qu’il s’agit de politique étrangère.


Je ne peux pas être soupçonné ici de soutien au président Macron. Sa politique sur le plan intérieur a cassé profondément le pays, favorisé l’émergence durable de l’extrême droite comme seul adversaire, un adversaire dont il a pourtant employé les méthodes depuis le début du quinquennat. Notamment dans la répression policière d’une violence extrême face à une explosion de colère populaire, celle des Gilets Jaunes, provoquée par sa politique antisociale et surtout l’arrogance avec laquelle elle a été menée. On se rappellera au hasard la phrase de Benjamin Griveaux sur les pauvres qui clopent et qui roulent au diesel quelques semaines à peine avant le début du mouvement GJ, le 17 novembre. On pourrait aussi parler de sa politique face aux migrants et aux demandeurs d’asile qui depuis la circulaire Collomb de 2018 ne cesse de se durcir et présente assez peu de différences avec celle d’un Salvini sinon que Salvini, lui, fait (ou faisait) de la pub autour de cette politique de fermeture.

A lire aussi, Driss Ghali: L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

La paradoxe Macron: bon à l’extérieur, mauvais à l’intérieur

Bon, une fois ces précisions apportées, à mon grand désarroi je suis bien obligé de reconnaître qu’à l’occasion du G7, je l’ai plutôt trouvé bon, voire très bon. Evidemment, il a œuvré dans une ville bunkérisée où le déploiement hallucinant des forces de police a découragé les manifestants qui voulaient s’opposer au sommet. Evidemment, le G7 n’est certainement pas le lieu où l’on décide d’une meilleure répartition des richesses et du mieux-être des peuples.

Mais enfin, malgré tout, Macron a eu de la classe. Garder son calme devant les insultes de Bolsonaro sur son épouse, ne pas s’abaisser à répondre et simplement insister sur le fait que le général Alcazar de Brasilia est un menteur qui n’a aucune intention de respecter le volet environnemental du Mercosur, comme le montre sa responsabilité dans la catastrophe écologique en cours en Amazonie. C’était déjà pas mal. Arriver à circonvenir un Trump sur la question iranienne, sur la guerre commerciale avec la Chine et même sur la politique de Bolsonaro, c’était encore mieux. Et cerise sur le gâteau, il est resté inflexible avec Boris Johnson. La seule différence entre Boris Johnson d’une part et Bolsonaro et Trump de l’autre, c’est que Johnson est passé par Eton et est capable de scander les hexamètres dactyliques de l’Iliade. Cela ne le rend guère plus sympathique. Il n’a même pas l’excuse d’être une brute galonnée ou un faux self-made man inculte fils à papa.

A lire ensuite, Marcel Gauchet: Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

Il sait parfaitement ce qu’il fait, il s’aperçoit que c’est condamné à l’échec et visiblement, derrière la désinvolture élégamment négligée de l’enfant de la gentry, on sent pointer un début de panique. Rester dans l’histoire, grâce au hard Brexit, comme le premier ministre qui aura réussi à réduire la taille du Royaume-Uni en provoquant l’unification de l’Irlande et l’indépendance de l’Ecosse, ça le rendra encore plus calamiteux que Cameron.

Effet de contraste

Alors me direz-vous, peut-être est-ce une illusion d’optique, en ce qui concerne Macron. Face à des Bolsonaro, des Trump, des Bojo, Macron n’a pas de mal à paraître brillant, aimable, calme et compétent. Sans doute. Mais malgré tout, dans un monde où des leaders populistes dirigent la première puissance du monde ou de grandes puissances régionales, Macron m’a, à vrai dire, rassuré par sa sérénité presque gaullienne. Il a tenu face à une rhétorique guerrière, face à la démagogie identitaire et face à la recherche systématique de boucs émissaires qui rendent le climat plus étouffant qu’une journée d’été où il fait nuit en plein jour à Sao Paulo, dans un monde où le souverainisme n’est plus le souverainisme mais une ruse du capitalisme pour enrichir encore plus les hyperbourgoisies locales. A croire que les présidents français, de toute nuance politique, sont touchés par la grâce dès qu’il s’agit de politique étrangère : de De Gaulle rompant avec l’Otan en passant par Chirac et le refus de la guerre en Irak. Même Hollande, c’est dire, a eu un véritable esprit de décision dans la question malienne.

A relire, Gil Mihaely: Le clan des sept va à Biarritz

Il reste que Macron va devoir faire avec de très grosses contradictions. Déjà, Donald Tusk, le président du Conseil européen, l’a démenti à demi-mot à propos de l’abandon du Mercosur. Et sur le plan intérieur, la rentrée s’annonce particulièrement violente avec à nouveau des réformes (ah! l’emploi falsifié de ce mot), sur les retraites notamment, qui continuent à mettre le monde du travail aux normes libérales.

C’est bien dommage, d’ailleurs, un tel paradoxe chez Macron. Il se comporte chez lui en chef de bande, mais à l’extérieur devient chef d’état, et un chef d’état courageux.

Ces chiffres du chômage à Paris qu’Hidalgo ne veut pas ébruiter

0

Le chômage n’est pas une thématique en vogue chez les candidats aux municipales à Paris. Anne Hidalgo se garde bien de le signaler à ses futurs concurrents. Ce n’est peut-être pas un hasard.


Le chômage est un thème auquel on ne pense pas spontanément quand on se présente à la mairie de Paris. Cela passe même souvent après la problématique de la pollution urbaine, de la circulation ou des crottes de chien. Et pourtant, les opposants à l’élue socialiste ont tort de ne pas y jeter un œil plus avisé. Si on regroupait les chômeurs à Paris, ils occuperaient un arrondissement de la taille du 18ème! Savez-vous que le nombre d’inscrits à Pole Emploi à Paris (201280 au 2ème trimestre 2019 en catégorie A, B, C) est supérieur au nombre d’habitants de cet arrondissement du nord de la capitale (Montmartre), le second le plus important par sa population[tooltips content= »200440 habitants: populations légales en vigueur à compter du 1er janvier 2017″]1[/tooltips] ?

Ces Parisiens perdants dans la mondialisation

Depuis la prise de fonction de Madame Hidalgo, le nombre de chercheurs d’emploi a augmenté de 4,8%[tooltips content= »+ 9210 inscrits à Pole Emploi en catégorie A,B,C entre le second trimestre 2014 et le second trimestre 2019 (Source : DARES) »]2[/tooltips] alors que le nombre d’habitants est en baisse dans la capitale. Pire encore: on assiste à une envolée du nombre de chômeurs de longue durée: +15,3% sur la même période et +65,11% sur les dix dernières années de mandature socialiste[tooltips content= »+40950 demandeurs d’emplois inscrits depuis un an et plus en catégorie A, B et C à Paris entre le second trimestre 2009 et le second trimestre 2019 ( données trimestrielles) soit +65,11 % (Source : DARES ) »]3[/tooltips]! Beaucoup d’entre eux sont indéniablement des seniors. Quand on analyse l’augmentation de leur nombre en recherche d’emploi, on ne peut que constater la bérézina: +26% sur les cinq dernières années et +108 % sur les dix dernières [tooltips content= »demandeurs d’emplois de 50 ans et plus A, B et C à Paris entre le second trimestre 2014 et le second trimestre 2019 et entre le second trimestre 2009 et le second trimestre 2019 (Source : DARES) »]4[/tooltips] !

A lire aussi: « Il n’y a pas que des gagnants de la mondialisation à Paris! »

Où va-t-on à ce rythme ? Si on regroupait les auto-entrepreneurs à Paris, ils occuperaient un arrondissement de la taille du 17ème! De surcroît, ces données peu glorieuses ne prennent pas en compte la montée de la précarité de ceux qui travaillent à Paris: de plus en plus d’auto-entrepreneurs et de « startupers » aux faibles revenus, parfois ne déclarant aucun chiffre d’affaires mensuel tout en ne percevant aucune indemnité des Assedic. A fin 2017, Paris comptait 89 759 micro-entrepreneurs[tooltips content= »Bilan micro-entrepreneur N°27 / Octobre 2018 (Source : URSSAF) « ]5[/tooltips] économiquement actifs dégageant un chiffre d’affaires mensuel moyen d’environ 833 euros auxquels il convient d’ajouter environ un tiers d’auto-entrepreneurs administrativement actifs, soit 30 000 personnes ne déclarant pas de chiffres d’affaires. Population hétérogène, ces auto-entrepreneurs, parfois sans revenus du travail et non éligibles aux allocations, peuvent être considérés comme des personnes actives ne recherchant pas d’emploi… Elles contribuent ainsi, statistiquement, à la baisse d’un taux de chômage manifestement biaisé. Sachant que les actifs sous ce statut augmentent à un rythme soutenu (+16 % de 2017/2016) en Île-De-France, Paris pourrait compter plus de 160 000 microentreprises à fin 2019, soit une population proche de celle du 17ème. Le troisième arrondissement le plus important par sa population!

Anne Hidalgo a oublié qu’elle a été inspectrice du travail

La mairie socialiste laisse les Parisiens se précariser ! Dresser un diagnostic objectif sur l’emploi et le travail à Paris est essentiel pour pouvoir anticiper les besoins dans tous les domaines et se poser de nécessaires questions. Comment vivre à Paris quand on est chercheur d’emploi ou micro-entrepreneur? Comment vont vieillir les seniors de plus en plus nombreux à pointer à Pole Emploi, parfois dès 45 ans, sans grand espoir de retrouver un travail dans le système actuel, confronté à un jeunisme ambiant et culturellement bien installé dans les mentalités? Quid du système de retraites des personnes aux parcours de plus en plus hachés?

A lire aussi: Hidalgo veut exposer les “entrailles” de Notre-Dame

Est-ce acceptable que Paris Capitale, fer de lance de l’économie française, ne saisisse pas à bras le corps ces problématiques? On n’a guère entendu sur ces sujets Madame Hidalgo.

Rappelons qu’elle est ancienne inspectrice du travail !

Le besoin d’un maire plus innovant et moins dogmatique

Les limites de l’ubérisation de l’économie apparaissent à Paris de manière encore plus criante qu’ailleurs sur le territoire national. La grogne régulière et au grand jour des livreurs à domicile n’en est que l’exemple le plus flagrant. Des plateformes comme Deliveroo les exploitent, et certains pédalent des heures comme des malheureux… sur des vélos en location mis en place par la Mairie.

Paris Capitale doit devenir une terre d’expérimentation en matière d’emploi. En tant que maire de Paris, Madame Hidalgo a bien plus de pouvoir en matière d’emploi au niveau local que les Parisiens ne l’imaginent peut-être. En vertu de la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République et de la loi organique n°2003-704, la capitale peut, en tant que collectivité territoriale, faire la demande au Parlement d’expérimentation de nouvelles mesures en matière d’emploi. Espérons que la prochaine mandature verra émerger une équipe bien plus innovante et efficace en matière de travail et d’emploi à Paris que celle actuellement en place qui, à défaut de résultats, grève l’avenir des parisiens avec un endettement colossal!

Cinq leçons de Bonaparte pour la droite

0

Le 15 août dernier, nous fêtions, en même temps que le débarquement en Provence, les 250 ans de la naissance de Napoléon Bonaparte. Cet anniversaire, négligé par la classe politique, fournit pourtant l’occasion de rappeler l’action d’un des plus grands hommes d’État que notre pays ait connu. La conception bonapartiste centrée sur la méritocratie, la grandeur de la France, le rassemblement autour d’une destinée commune, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique est une clé pour sortir la France du marasme qu’elle connaît depuis plusieurs décennies.


L’absence d’une opposition structurée risque de mener à une réélection de Macron en 2022. En termes d’action concrète, notre époque est marquée par un manque de marge de manœuvres et une incapacité pour le politique à mener une véritable rupture pour répondre aux maux français (chômage de masse et manque d’horizon, aussi bien individuel que collectif). La droite en reconstruction devrait s’inspirer de Napoléon Bonaparte et proposer une révolution de son logiciel politique pour à la fois battre Emmanuel Macron et redresser le pays bloqué politiquement, économiquement et institutionnellement. Nous observons qu’à chaque moment-clé de son destin, la France s’est tournée vers un homme providentiel: en attendant que le prochain émerge, tournons-nous vers le passé où Napoléon Bonaparte a beaucoup à enseigner aux hommes de droite.

Napoléon comme source d’inspiration

La première leçon du bonapartisme est qu’une philosophie centrée sur le mérite permet de combattre le fatalisme. La droite, en déclin permanent depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, entre dans une phase où le déterminisme voudrait que sa mort soit bientôt prononcée. Pourtant, la vie politique, comme tout parcours personnel ou collectif est loin de répondre avec constance aux lois du déterminisme. Surtout quand la volonté s’en mêle. Le parcours du général corse devrait ainsi inspirer les hommes politiques contemporains. Par sa trajectoire, Bonaparte détruit tous les déterminismes ! Sa vie est le récit d’un homme qui ne disposait que de peu d’atouts de par ses origines – tant familiales que géographiques – pour être un jour appelé à régner sur la France. La trajectoire de Napoléon Bonaparte permet à la droite de croire en son destin politique pour se redresser, avant de relever la France mais également de revenir aux origines politiques du bonapartisme. Face à l’enlisement des classes moyennes et populaires, il s’agit de proposer une refonte de notre pacte social. En effet, le bonapartisme permet de valoriser le mérite symbolisé par la légion d’honneur ou le destin de plusieurs maréchaux de l’Empire alors qu’il faut aujourd’hui 6 générations (soit 180 ans) selon l’OCDE pour qu’une famille très modeste atteigne seulement le revenu moyen.

A lire aussi, Régis de Castelnau: Les Français n’aiment plus Napoléon?

La seconde leçon du bonapartisme est que la grandeur de France peut être restaurée par une quête héroïque portant les valeurs françaises en Europe. Comme le souligne Patrice Gueniffey, il est alors l’acteur d’une histoire en recherche de héros. Ce faisant, il répond à un moment crucial au besoin de son époque de définition de l’identité française, oscillant entre la volonté de maintenir les acquis de la Révolution et le besoin d’un pouvoir exécutif fort. De fait, il a l’ethos du héros avant même de prendre les rênes de la France. Sa charge du pont d’Arcole, tout comme son épopée égyptienne sur les traces d’Alexandre le Grand ou Jules César, façonnent un personnage dont la volonté individuelle est associée à une ambition collective. Pour revenir à son sens originel bonapartiste, la reconstruction de la droite ne pourra passer que par une nouvelle ambition française dans un ordre mondial en redéfinition. Il s’agit de démontrer que l’Europe peut être un levier de puissance pour la France – si nous détrônons l’Allemagne comme première puissance européenne, et si nous osons porter notre modèle de vie face aux deux puissances américaines et chinoises. Cette ambition vise ainsi à répondre au Malheur français décrit par Marcel Gauchet.

Réconcilier deux France

La troisième leçon du bonapartisme est qu’une révolution politique repose sur la capacité de rassembler les Français au-delà des clivages. Le Premier consul d’alors faisait face aux monarchistes d’un côté et aux révolutionnaires de l’autre. Il cherche alors avant toute chose à tenter de réconcilier deux France qui ont été symboliquement comme matériellement coupées par l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Il prend dans son gouvernement d’anciens montagnards comme Fouché, mais aussi des gens qui, à l’image de Portalis, ont été favorables à un retour des Bourbons. Il donne des gages aux monarchistes et aux émigrés par plusieurs mesures d’amnistie, tout en pacifiant la Vendée. Si Napoléon a réussi à résoudre un tel clivage, ne pourrions-nous pas aujourd’hui réunir la France des villes largement acquise à Emmanuel Macron, et la France rurale plus attachée à Marine Le Pen ?

A lire aussi: Julien Aubert (LR): «Le libre-échangisme a laminé les classes populaires»

Cette troisième voie ne pourra être réussie qu’en réunissant au moins une partie des deux France, et en proposant une révolution politique fondée sur un nouvel ordre civil et économique. Il s’agit, à l’exemple du Code Civil promulgué en 1804, de proposer une nouvelle définition de la vie en société pour faire face notamment aux nouvelles menaces posées par l’islamisme radical et le multiculturalisme au modèle français. Pour cela, il faut impérativement revoir notre code de la nationalité ainsi que notre politique pénale tout en garantissant certains principes chers à nos valeurs.

Repenser les fondamentaux

La quatrième leçon du bonapartisme est qu’une grande volonté réformatrice est nécessaire pour faire entrer la France dans la modernité. En ce sens, le Code civil a permis de jeter les bases de la France moderne, tout comme nombre de réalisations qui demeurent aujourd’hui (préfets, lycées, Banque de France, légion d’honneur…) Bien loin de l’image d’Épinal du destructeur belliqueux de la France et de l’Europe, Napoléon doit être considéré comme un grand bâtisseur capable de repousser les limites du possible par son action symbolisée par l’Arc de Triomphe. La politique des masses de granit est destinée à créer des fondations solides et pérennes pour la France. Cette quatrième leçon oblige la droite à repenser ses fondamentaux pour non pas rester dans la logique gestionnaire du « meilleur manager » face à Emmanuel Macron. La droite doit penser les réformes sur le temps long : déterminer des grands projets ad hoc visant à donner à la France un avantage comparatif certain sur la santé, la recherche, le numérique, le développement militaire et l’indépendance énergétique. Cela passe notamment par un investissement public renforcé, et l’accroissement des partenariats publics-privés dans le cadre d’un retour du Commissariat au plan pour revenir à une conception gaulliste de l’Etat.

A lire aussi, Marcel Gauchet avec Elisabeth Lévy: Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

La cinquième leçon du bonapartisme est que le volontarisme politique est indispensable pour dépasser les blocages. Le volontarisme qu’il pratique est un véritable arrachement à toutes les contingences qui ont pu être imposées par la suite à l’action publique aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur. Cette politique volontariste est transposée dans toute l’Europe au fur et à mesure des conquêtes avec la mise en place d’un modèle français napoléonien qui transforme durablement notre continent. Par exemple, c’est par la présence française que l’exemple de la gendarmerie fut suivi, en Espagne (la Guardia Civil), comme en Italie (les carabinieri) et jusqu’en Russie. Le rêve d’une Europe composée de nations unies sous l’égide de la France montre que l’Empereur raisonnait autant à l’échelle nationale que continentale.

Le politique doit primer sur l’économique

Relevant un pays au bord de la faillite financière, il montre que le politique peut déterminer l’économique. Pour reprendre le pouvoir et proposer une révolution politique, la droite doit combattre ces leviers qui tenteront de bloquer son action comme l’Union européenne sous l’influence allemande et les différents blocages comme la bien-pensance des élites nationales. Sans oublier… enfin, le gouvernement des juges.

La méritocratie face au déterminisme, l’impératif de grandeur de la France, le large rassemblement de la population, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique étaient les trois principes de la politique napoléonienne. Ils doivent constituer les piliers de la droite dans sa reconstruction. L’action du général de Gaulle est un autre point de comparaison possible. Alors que les Républicains décideront dans les semaines à venir de la ligne à adopter, rappelons que la France n’est la France que quand elle est grande et que le combat politique se mène avec le combat culturel. Cela passe par la charge symbolique que porte Napoléon. Ne pas avoir commémoré à sa juste valeur les 250 ans de la naissance de l’Empereur des Français était une erreur.

William Thay, Président du Millénaire, think-tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation de la droite 

Pierre-Henri Picard, Secrétaire général délégué du Millénaire 

Jean-François Champollion, expert du Millénaire, agrégé et doctorant en histoire contemporaine 

Bonaparte: (1769-1802)

Price: ---

0 used & new available from

Comprendre le malheur français

Price: ---

0 used & new available from

Le coup d'Etat des juges

Price: ---

0 used & new available from

Non, le dernier Tarantino n’est pas un « navet »!


Deux semaines après sa sortie, Once upon a time… in Hollywood continue de caracoler en tête du box-office. Après la critique très négative publiée par Jean-Paul Brighelli sur Causeur, une voix dissidente se fait entendre…


Pour son neuvième et probable avant-dernier film, Quentin Tarantino s’est plongé dans son propre univers, celui des années légendaires du cinéma hollywoodien. L’histoire est la suivante: un acteur un peu déchu du nom de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) tente de se maintenir parmi les meilleurs. Épaulé par son cascadeur (Brad Pitt), il tentera de retrouver sa place au sein du système. Son destin croisera celui de Roman Polanski, son nouveau voisin.

Parce que je n’ai pas l’habitude de tirer sur des bouses, et surtout qu’il n’y a rien à en dire : c’est un ratage total, et comme c’est très long, cela vous laisse le temps d’abord d’analyser les ingrédients du massacre, puis de vous ennuyer ferme. Jean-Paul Brighelli

Ce long-métrage n’est certes pas un chef-d’œuvre, mais il est loin d’être un «navet», comme le suggère notamment mon collègue de Causeur, Jean-Paul Brighelli. Tarantino sait encore nous conduire hors des sentiers battus et le fait qu’il polarise autant en dit déjà très long sur sa capacité à faire des films hors du commun. Le réalisateur fait d’ailleurs preuve d’une plus grande maturité sur le plan photographique que dans ses précédents films.

Il faut aussi l’avouer: par définition, les obsessions de Tarantino sont répétitives. Ses inspirations sont si fortes qu’elles prennent souvent la forme de «mantras esthétiques» qui le rendent vulnérable à la critique. Ressurgissent alors des plans sur des pieds féminins, des focus sur des bottes de cowboy, des vestes de jeans et des roulottes en décomposition dans des décors désertiques. Cela dit, je préfère un réalisateur qui assume ses propres fétiches qu’un autre technicien visuel à la solde de l’idéologie dominante.

Le supposé «triomphe du mâle alpha»

Plusieurs féministes ont vu dans ce film «le triomphe du mâle alpha». Sur le site de la RTBF, la journaliste Camille Wernaers écrit que «les femmes sont montrées la plupart du temps à moitié nues et pieds nus alors que les hommes ont tout à fait trouvé des affaires à porter». Elle ajoute que «ce regard masculin sur les femmes signifie des gros plans et des longs travellings sur leurs fesses, leurs cuisses et leurs pieds». Il s’agirait en outre de «plans qui transforment les actrices en objets sexuels». Mais ce qui est perçu comme de l’arriération «machiste» n’est au fond qu’une résistance face aux récentes exigences puritaines.

Le constat des féministes est non seulement exagéré (on est vraiment très loin de la pornographie), mais il traduit une conception de l’art aux accents totalitaires. L’art qui irait à l’encontre des dogmes à la mode devrait faire l’objet d’un strict encadrement. Au minimum, il faudrait des sous-titres pour expliquer aux spectateurs que les scènes «patriarcales» à l’écran ne sont pas acceptables. Surtout, il faudrait refuser que ne soit célébrée la beauté du monde.

La deuxième critique qui ressort le plus dans la presse concerne l’absence de scénario substantiel et la lenteur du film. De fait, le scénario est loin d’avoir la même profondeur que celui de son Kill Bill (I et II), une œuvre excentrique aux accents… féministes. Ironiquement, jusqu’à tout récemment, Tarantino était reconnu pour donner vie à de puissants héros féminins alimentés par un désir de vengeance. Quant à la lenteur, on ne peut pas la déplorer à une époque où les gens ne prennent plus le temps de vivre. La vitesse de certains films américains est maintenant si rapide qu’ils sont étourdissants. Le style décompressé apparaît donc comme un vent de fraîcheur.

Tarantino contre le politiquement correct

La Californie était autrefois le symbole de l’émancipation universelle, c’est maintenant le centre de l’abolition des sexes, du retour des races et même d’une certaine austérité féministe. Ce n’est que l’un des paradoxes auxquels on peut réfléchir. Je dirais même que le film incarne une revanche contre l’ordre actuel. La déculottée (bien méritée) des hippies ne vient-elle pas satisfaire un public fatigué de voir le monde être aussi bêtement déconstruit? La nouvelle gauche se bat contre le smog, mais nous étouffe aves ses idées régressives. Les hippies de ce film avaient encore le mérite de ne pas sombrer dans la morale sexuelle.

En ce sens, cette histoire hollywoodienne peut être vue comme une mise en garde. Le libéralisme s’est retourné contre lui-même. Once Upon a Time in Hollywood présente une société qui respirait encore, qui exhalait la liberté malgré son culte polluant de l’automobile. Cette histoire est celle de la nation américaine, où les méchants hommes blancs pouvaient encore conduire une Cadillac sans se sentir coupables. La gauche des temps modernes est écologiste – elle est contre l’étalement urbain si caractéristique de la Californie – mais pollue de plus en plus le climat social. Dans l’univers de Tarantino, le soleil californien l’emporte encore sur les nouveaux puritains.

« La pensée classique doit souffler en Europe »


Si l’on admet que les idées mènent le monde, alors il est plus que jamais nécessaire de comprendre celles qui nous dirigent aujourd’hui. Entretien avec Pierre de Lauzun, auteur de Pour un grand retournement politique. Face aux impasses du paradigme actuel, Le Bien commun, 2019. Propos recueillis par le magazine Conflits.


Conflits. Vous présentez deux paradigmes intellectuels qui s’opposent, et qui ont des conséquences politiques et sociales fortes : le paradigme classique et le paradigme relativiste. En quoi les deux s’opposent-ils et pourquoi le paradigme relativiste est-il dominant aujourd’hui ?

Le paradigme relativiste domine notre culture commune depuis trois siècles, mais n’a fait sentir que progressivement ses effets. C’est l’idée qu’il n’y a pas de vérité objective en matière morale, politique et sociale, et que chacun se détermine donc comme il l’entend. Dès lors la seule notion du bien que doit reconnaître la société est le droit de chacun à définir comme il l’entend ses valeurs et références sous réserve du droit équivalent du voisin – ce qu’on trouve pour la première fois clairement exprimée dans la Déclaration des Droits de l’homme de 1789. Il en résulte une lente dérive, qui ronge ces biens communs essentiels qu’à des degrés divers l’humanité avait repérés ou construits au cours de son histoire. Au stade actuel, cela se traduit par une radicalité et une emprise considérables, dont témoigne ce qu’on appelle le politiquement correct, une police de la pensée qui eût été impensable sous cette forme il y a cinquante ans. Mais échapper à l’emprise d’un paradigme dominant n’est pas simple. Un paradigme est un cadre qui structure et oriente toute la pensée collective d’une époque. Comme l’a montré Kuhn en matière scientifique, un paradigme n’est dépassé que lorsqu’un autre émerge du fait que le premier rencontre des difficultés insurmontables. Tant qu’on n’en est pas là, la pensée reste conditionnée par le paradigme précédent.

Entre la pensée classique et la pensée relativiste, ce sont deux conceptions de l’homme et du monde qui ne perçoivent pas les événements de la même façon. Comment alors rebâtir une société commune et favoriser la fraternité et le bien commun dans un corps social qui se délite?

La pensée classique présente un cadre de pensée tout à fait différent et donc véritablement alternatif. Elle se fonde sur l’expérience des siècles, qui permet de dégager par la réflexion et l’usage une référence sûre pour la vie et l’action communes. Elle a été formalisée en politique notamment par Aristote, Cicéron puis Thomas d’Aquin et est toujours vivante depuis, inspirant à des degrés divers des penseurs comme Burke, MacIntyre ou Scruton, voire Tocqueville. Dans cette conception on trouve d’abord le sens de l’objectivité du bien et du vrai ; l’importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se développer qu’au sein de communautés solidaires, grâce à une éducation humaniste, tournée vers le vrai et le bien. Un autre aspect important est la conscience que les sociétés sont des édifices complexes, construits au cours du temps et non à partir de théories édifiées a priori, impliquant l’interaction de très nombreuses personnes et qui se régit par des règles de vie dégagées au cours du temps et intériorisées. L’une des forces de la pensée classique, même dans un contexte hostile comme le nôtre, c’est qu’elle donne du recul. Ce qui aide à ne pas se perdre dans les méandres du débat politique au jour le jour, sans pour autant cesser d’espérer et d’agir.

La pensée politique est parfois confuse, car les concepts employés sont polysémiques ou mal définis. Il en est ainsi des concepts de libéral et de conservateur. Comment ces deux concepts peuvent-ils se définir et quels sont leurs points communs et leurs points de divergence avec la pensée classique ?

Oui les concepts politiques sont fréquemment ambigus et mal définis. Cela ne résulte pas seulement de la complexité du sujet, ou de limites intellectuelles. C’est aussi du fait de leur rôle comme bannières dans le combat politique, soit pour rassembler, soit pour stigmatiser.

Le mot libéral est un des plus ambigus qui soient. Si on discerne bien un libéralisme philosophique qui s’inscrit clairement dans le cadre de notre paradigme, on trouve aussi un libéralisme politique ou un libéralisme économique dont le sens peut varier selon les personnes ou les contextes : le premier entre la mise en œuvre politique de notre paradigme, et le souci légitime de l’état de droit ou de l’autonomie des personnes face à l’État ; le second entre le laissez-faire intégral ou le culte irrationnel du marché absolutisé, et la promotion d’une économie de libre initiative et d’entreprise, où le marché trouve sa place. En faisant un bloc du libéralisme, on risque de sacrifier au passage des dimensions essentielles.

La notion de conservatisme n’est guère plus claire. Cela peut viser tout partisan de la situation politique qui domine un pays à un moment donné : en ce sens Brejnev était conservateur. Mais, de façon plus fréquente, on désigne par là un courant de pensée politique, bien représenté dans le monde anglo-saxon, mais pas seulement, que j’analyse comme une forme dérivée de la pensée classique, hybridée sous l’emprise du paradigme actuellement dominant. D’où un certain flou. Ainsi aux États-Unis on a fini par appeler conservateur quelqu’un qui en économie est ultra-libéral ; même si tout récemment on sent une nette évolution pour retrouver une conception plus conforme à la tradition conservatrice. Le conservateur se veut pragmatique, mais tend à privilégier la préservation d’une situation existante. C’est souvent justifié. Mais cela reste conditionné par cette situation. Et au fur et à mesure qu’elle évolue, le conservatisme glisse avec, et risque de confondre le provisoire avec l’essentiel, ou ses intérêts avec le bien commun.

Vous écrivez : « Un débat qui ne pose pas la vérité, y compris la vérité morale, comme objectif commun n’est plus un débat, car il n’y a plus de critère commun ; c’est au mieux une négociation. […] Et si tout est négocié, alors les rapports de forces les plus brutaux finiront pas l’emporter, et finalement l’état de nature au sens violent de Hobbes. Au minimum une délinquance latente. » 

En effet, sur bien des points, il semble que la notion de vérité a disparu et que l’usage de la raison s’efface. Comment rebâtir alors un paradigme classique dans ces conditions ?

La base de notre paradigme relativiste est bien ce refus de reconnaître que l’on ne peut débattre sérieusement sur le vrai ou le bien que si les participants admettent au départ une idée régulatrice, qui est que l’objet de tout débat est la recherche du vrai en soi ou du bien en soi ; c’est ce qui inspirait Socrate dans ses discussions serrées, notamment avec les sophistes, ancêtres de nos relativistes actuels. Même si la recherche de cette vérité et de ce bien est un effort constant, jamais terminé.  MacIntyre a très bien analysé cette question. Sinon il ne reste plus que le rapport de force, physique, juridique, économique, dialectique ou autre ; et notamment le règne de l’argent, qui est matériellement neutre : on peut toujours mettre un prix sur quelque chose même si on n’est d’accord sur rien d’autre. C’est ce que nous constatons de plus en plus.

Rebâtir un paradigme classique suppose certes l’exercice du débat socratique, mais en gardant en tête la puissance actuelle de l’emprise du paradigme, qui structure la pensée collective et plus encore le débat.  Certes au fond d’eux-mêmes les personnes savent que la vérité ou le bien n’ont de sens qu’objectif, mais dans la majeure partie des cas le cadre de pensée régnant ne leur permet pas de le reconnaître ou de l’intégrer. Il faut pour cela que l’expérience personnelle ou collective leur ait mis sous les yeux les limites de ce paradigme, ses échecs. Au stade actuel cela reste trop partiel.

Vous démontrez également que le relativisme aboutit à une culture de mort, qui se manifeste notamment dans les conflits : bombardements de villes, massacres de civils, etc. Le relativisme n’est-il pas alors un facteur aggravant des guerres ?

La terrible dégradation de la façon de mener la guerre depuis un peu plus de deux siècles a plusieurs causes, y compris la technologie ou la passion démocratique, mais le relativisme y a une part appréciable : l’Europe ancienne reconnaissait…

>>> Lire la suite sur le site de Conflits <<<

POUR UN GRAND RETOURNEMENT POLITIQUE

Price: ---

0 used & new available from

Ce Brésil qui pense « Touche pas à ma forêt! »

0

Amazonie. Les propos de Macron sont peut-être louables, mais ils sont terriblement maladroits. Et si le Président Bolsonaro est excessif, tout le monde n’est pas en désaccord avec lui parmi les 200 millions d’habitants de ce géant sud-américain. Loin s’en faut.


Dire que les relations diplomatiques entre le président français et son homologue brésilien ne sont pas au beau fixe serait un euphémisme. Entre accusation de ne pas respecter les engagements pris, rendez-vous annulé et attaques personnelles, le ton ne cesse de monter entre les deux hommes. Toutefois, désormais les Brésiliens se sentent directement concernés.

A lire aussi: Le clan des sept va à Biarritz

Lundi 22 août, le G7 approchant et l’incendie de la forêt amazonienne faisant rage, Emmanuel Macron qui ne pouvait faire autrement que de commenter la situation s’est fendu d’un message sur Twitter: « Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. » Des propos louables à première vue, mais pourtant bien maladroits.

Quand « Make our planet great again » rime avec ingérence

Le fait est que considérer l’Amazonie comme un bien collectif ne passe pas aux yeux des Brésiliens qui y voient à la fois une forme de condescendance mais surtout d’ingérence dans un problème considéré par beaucoup d’entre eux comme national et non international, à l’image d’un Jair Bolsonaro ayant déclaré « regretter que le président Macron cherche à instrumentaliser un problème interne au Brésil ».

A lire aussi: L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

Par ailleurs, si le Brésil ne s’est pas montré totalement hostile à recevoir de l’aide de la part de la communauté internationale comme le démontre celle en provenance d’Israël, leur président fait preuve de méfiance quant à celle des pays du G7, se demandant où se situe leur intérêt et surtout quelle sera la contrepartie… Raison pour laquelle il semble favoriser la recherche d’une solution auprès de ses voisins. En effet, le président brésilien s’est rapproché il y a quelques jours de son homologue colombien Ivan Duque, avec pour objectif de trouver une solution à un problème commun sans porter atteinte à la « souveraineté nationale » des deux pays (l’Amazonie recouvre approximativement 40 % du territoire colombien).

Une question de souveraineté avant tout

La guerre médiatique née d’une maladresse de la part d’Emmanuel Macron et d’une certaine bêtise du dirigeant brésilien laisse en tout cas penser que les Brésiliens peuvent être susceptibles. La question de la souveraineté nationale est bien plus profonde qu’on ne l’imagine.


Premièrement, à l’image de ses voisins, le Brésil est évidemment passé du statut de colonie à un Etat indépendant il y a moins de deux siècles. Aussi, voir le président d’une nation européenne utiliser un pronom possessif lorsqu’il mentionne une partie du territoire brésilien ravive forcément les sentiments nationalistes. Mais il faut aussi chercher plus loin dans les causes de l’énervement brésilien. Historiquement, l’élite du pays est composée de propriétaires terriens. Cela est toujours assez vrai de nos jours. Par conséquent céder, voire ne serait-ce que déléguer une partie du territoire – qu’elle fasse ou non partie de l’Amazonie – s’apparente à bien des égards à renoncer à une part de sa richesse nationale, mais le problème principal vient du fait que la question de l’internationalisation de l’Amazonie avait déjà été soulevée, à tort ou à raison, à plusieurs reprises par le passé.

Il est notamment possible de citer José Sarney, ancien président brésilien qui durant les années 80 avait mis en garde toute puissance extérieure envisageant l’internationalisation de l’Amazonie mais également établit un programme visant à développer et surtout à protéger la zone amazonienne (Projeto Calha Norte), ou encore, le discours engagé de Cristovam Buarque, ancien ministre de l’éducation qui avait déclaré que si l’Amazonie devait être internationalisée, il devrait en être de même de la totalité des richesses mondiales, qu’elles soient naturelles, financières ou même culturelles… Ces rappels de l’importance de la souveraineté nationale étaient peut-être plus subtils que celui de Bolsonaro. Reste que dans le fond, il reflète l’état d’esprit de bon nombre de Brésiliens.

Ligue 1: quels chants homophobes?

0

Avertissement : Afin de permettre la compréhension totale de la problématique étudiée, ce texte est truffé de gros mots. Les lecteurs mineurs, sensibles ou macronistes sont donc priés de passer leur chemin.


C’est donc le nouveau combat. Bouter les chants homophobes des stades de football. La ministre des sports Roxana Maracinéanu avait exprimé son malaise en fréquentant ces antres mal famés que sont les tribunes de supporteurs, lesquelles tranchent évidemment avec l’ambiance feutrée des piscines olympiques. Nicole Belloubet et Marlène Schiappa ont dit, l’une qu’il fallait réprimer ces chants, et l’autre elle-même fan de football, qu’elle quitterait désormais les stades si l’on venait à lui chatouiller ses oreilles (on préfère de loin la romancière aux écrits moins chastes) !

A lire aussi: Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

Donc, il y aurait des chants homophobes dans les stades. Fréquentant des tribunes depuis mon enfance, je n’en avais pas été témoin. Alors je me suis renseigné. Et paraît-il que sous l’influence de Madame la ministre des sports, deux matches, l’un en Ligue 2 lors du match Nancy-Le Mans, l’autre en Ligue 1 lors du match Brest-Reims, ont été arrêtés par l’arbitre, brièvement, avant de faire constater par le délégué de la Ligue de football professionnel cette atteinte aux bonnes mœurs. Quels étaient donc ces chants homophobes ? Et bien, renseignement pris, dans les deux cas, il s’agissait de « La Ligue, la Ligue, on t’encule ! ». Et là, permettez-moi de manifester mon étonnement. D’abord je ne savais pas que La Ligue de Football Professionnel était un garçon. Je ne suis pas d’ailleurs plus certain qu’il s’agisse d’une fille malgré son genre féminin. Il n’est pas évident non plus de prêter à cette institution la moindre orientation sexuelle. Conclusion, je voudrais bien qu’on m’explique en quoi ce chant serait davantage homophobe qu’hétérophobe. A priori, il s’agit surtout d’un chant liguophobe.

A lire aussi: « Humour sexiste »: extension (terrifiante) du domaine de la lutte féministe

On va me dire, tu joues sur les mots. Le terme « enculé » ferait référence à une pratique – la sodomie – plutôt prêtée aux homosexuels et l’utiliser est donc par nature homophobe. Et là, je me demande à quelle époque ces gens vivent. Aujourd’hui toutes les études sur les pratiques sexuelles indiquent que la sodomie fait partie de la vie privée de nombreuses femmes, parfois mères de famille irréprochables. Et je me demande si considérer qu’elle est réservée aux homosexuels ne constitue pas un stéréotype absolument scandaleux dont le gouvernement nous avait pourtant dit qu’il fallait d’urgence les déconstruire. On me dira que les arbitres victimes de ce genre de chants sont très rarement des femmes et que leur prêter cette pratique depuis très longtemps dans les tribunes quand ils refusent un pénalty évident pour la troisième fois à l’équipe locale est donc forcément leur attribuer une orientation sexuelle gay. Et les hommes qui aiment diversifier leurs pratiques avec leurs épouses, qu’en faites-vous (aucun dessin n’est prévu à l’appui de cet article) ?

A lire aussi: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Si nos autorités ministérielles et footballistiques se mettent à assimiler cette vieille insulte, le verbe enculer, qu’il soit utilisé en participe passé ou conjugué au présent, à une pratique sexuelle, dont on vient de prouver qu’elle n’est nullement réservée à une orientation sexuelle, le football ne devrait pas être le seul concerné. Ainsi, le comique troyen Raphaël Mezrahi, pas plus tard que cette semaine a indiqué crûment – en défenseur de la cause animale – qu’il (je cite) « enculait les chasseurs ». Outre qu’on peut lui reconnaître un courage supérieur à s’attaquer ainsi à des gens armés d’un fusil alors que les hommes en noir sont seulement équipés d’un sifflet, je n’ai entendu aucun ministre ni éditorialiste (dont la corporation a largement applaudi l’arrêt des matches pour des chants prétendus homophobes qu’elle n’avait pas entendus) demander l’arrêt des spectacles de l’humoriste.

Si on souhaite continuer sur la même lancée, que penser d’un terme qui signifie rigoureusement la même chose pourtant popularisé par Coluche, « enfoiré », lequel est aujourd’hui souvent utilisé avec bienveillance voire affection ? Madame Belloubet va-t-elle demander que cessent les concerts de la compagnie des « Enfoirés » et mettre ainsi en péril le financement des « Restos du cœur » ? Va-t-on, dans la même logique implacable, sanctionner le doigt d’honneur, dont la signification ne fait aucun doute et invite de la même manière notre interlocuteur à aller se faire… Licenciera-t-on le salarié pour homophobie lorsqu’il quittera excédé une réunion où on l’a mis à l’index en hurlant ces mots « allez tous vous faire foutre ! » ? Fera-t-on enfin pression sur la société Larousse dont les dictionnaires impriment chaque année cette définition d’enculé : « Vulgaire. Terme injurieux pour marquer le mépris que l’on a de quelqu’un. » ?

A lire aussi: Mounir Baatour: « L’homophobie reste très ancrée en Tunisie »

Parties comme le sont toutes ces illustres autorités, il ne serait d’ailleurs pas exclu que toutes mes questions trouvent rapidement une réponse positive. Et il n’est pas sûr que l’homophobie supposée demeure longtemps la seule cible. Par exemple, dans les tribunes du Stade-Vélodrome de Marseille, on entend parfois lorsque le club de la capitale vient y rencontrer l’équipe locale : « Parisien, va niquer ta mère, sur la Cane-cane-bière ». Le ministre de la protection de l’enfance ne pourra-t-il pas y voir un chant faisant la promotion de l’inceste ? Et ce chant entendu par mes propres oreilles vendredi dernier au Stade-Bonal lors du derby Sochaux-Nancy, « Et Nancy la salope, oh oh oh oh, oh oh oh oh ! », n’est-il pas foncièrement misogyne, s’interrogera certainement Madame Schiappa, alors qu’il ne s’agit nullement de remettre en cause les mœurs de feu la veuve de Ronald Reagan.

A tous les supporteurs de foot, je conseille désormais d’entonner des chants à base de thèmes de Walt Disney. On verra alors qui se sent le plus ridicule.

Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

0

Le philosophe et historien Marcel Gauchet est de retour sur le plateau de REACnROLL. Selon lui, le G7 est l’expression d’une hégémonie et d’une cohésion du bloc occidental plutôt mal en point. Magnifique mise en scène, le G7 révèle que les Européens tardent à remettre en question leur articulation entre politique et économique, alors que la montée en puissance de la Chine – non présente – provoque des inquiétudes.


 

Quoi de mieux qu’un épisode inédit de l’Esprit de l’Escalier pour démarrer la journée ? Causeur vous propose de lire un court extrait du dernier échange entre Elisabeth Lévy et Marcel Gauchet, échange complet disponible dans une vidéo de 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

 

Verbatim

Elisabeth Lévy: Quel est l’enjeu pour vous [du G7], du point de vue de l’économie mondiale ? L’idée même d’une gouvernance mondiale est-elle possible ? Est-ce qu’il ne faudrait pas tout de même donner une possibilité aux États de reprendre la main, face à des entreprises qui n’ont aucune contrainte démocratique ?

A lire aussi: Code informatique, algorithmes des GAFA: désamorcer la machine infernale

Marcel Gauchet: Oui, mais c’est là précisément qu’il y a une contradiction très forte. Contradiction entre un monde occidental qui croît globalement à la régulation automatique de la marche économique et le reste du monde qui, pour de bonnes raisons, a une autre philosophie de la chose, où les rapports de puissance sont prioritaires (les Chinois évidemment en tête). C’est là où il y a une vraie confrontation des visions de l’articulation entre politique et économie qui devrait selon moi être le centre de la discussion. Encore faudrait-il que cette volonté de reprise en main du contrôle global de l’économie par les États soit présente du côté occidental… Et elle n’y est pas.

Elisabeth Lévy: D‘accord. Nous avons parlé [au début de l’émission NDLR] des États-Unis, pays qui ne joue pas que le multilatéralisme. Et même, il le joue assez peu. C’est l’affaire du Président Macron. Vous le savez et on l’entend tambouriner tous les matins sur nos radios, (poursuivant avec ironie) « Le président défend le bon multilatéralisme. »

Marcel Gauchet: Plutôt, oui ! Le président défend les bons sentiments et il a raison…

Elisabeth Lévy (le coupant): D’accord! Mais le président Trump se rend donc au G7, alors que je crois qu’il avait quitté la porte de la dernière édition en claquant la porte. Et à cette occasion, le président, le nôtre Emmanuel Macron, avait parlé d’un « théâtre d’ombres et de divisions. » Donc il n’avait pas non plus une très bonne opinion du G7… Il n’empêche que le président Trump, lui, entretient les rapports de force. Je ne sais pas ce que vous pensez de sa politique avec la Chine, en tous les cas elle se situe plutôt sur ce terrain-là. Alors, qu’est-ce qu’il faut faire avec la Chine ?

>>> Rentrée présidentielle, hibernation des gilets jaunes, G7, PMA, privatisation d’Aéroports de Paris… Elisabeth Lévy veut l’avis de Marcel Gauchet sur tous les sujets de la rentrée. Abonnez-vous et retrouvez 45 minutes d’échanges sur REACnROLL ! <<<

Marcel Gauchet: Les États-Unis sont dans un moment charnière de leur histoire. Ils ont été à l’origine de la mondialisation telle qu’on la connaît. [Ils ont eu] la conviction que le libre-échange – dans la conception qu’ils s’en font – jouerait de toutes les manières à leur avantage… Et ils s’aperçoivent au bout du compte que ce n’est pas si clair qu’il y paraît. Donc il y a une révision très flottante et très incertaine, dont Trump avec sa politique erratique est un bon témoignage. [Les États-Unis] eux-mêmes sont dans une interrogation certaine sur cette articulation entre politique et économique, du point de vue de ce que cela donne en termes de puissance. Il n’y a que les Européens qui continuent comme des braves à jouer le multilatéralisme, le mulitculturalisme accessoirement, et le libre-échange. (Poursuivant avec ironie) « Tout va bien pour finir », et puis, « si on s’entend tous, on en profitera ». Les Européens sont manifestement perdants mais ils ne sont pas encore au moment de s’en apercevoir. Voilà ce qu’il faut décrypter derrière un sommet comme celui-là! C’est un moment de rencontre où les principaux partenaires sont à l’extérieur. D’ailleurs, Macron a eu la bonne idée de rappeler que l’Inde n’est pas là. L’Inde n’est pas encore une économie pleinement développée effectivement, mais a une dynamique avec elle qui va l’emmener très vite sur le devant de la scène. Elle n’est pas là, ce qui n’a aucun sens [et Macron a bien fait de le rappeler avant le sommet NDLR]. On est dans un moment très intéressant à déchiffrer, parce [Biarritz] signifie probablement que la mondialisation telle qu’on l’a connue est derrière nous. On va voir autrement comme va se dessiner le rapport politique-économie [dans les années à venir], les Européens étant [apparemment] les derniers à reconsidérer leur position là-dessus. Mais évidemment, c’est le phénomène chinois qui est au centre de l’attention parce qu’eux ont une philosophie très claire: l’économie n’est pas une fin en soi, elle est au service de la grandeur de la Chine et de la position de puissance qu’elle entend retrouver. Personne n’étant capable à ce jour de nous dire la manière dont ils conçoivent la primauté, la centralité (ce qui n’est pas tout à fait la même chose) de la puissance chinoise dans le monde de demain. Mais ils obligent tout le monde à se redéfinir, y compris en termes de gestion interne.

Capture d'écran de l'émission "L'esprit de l'escalier" sur REACnROLL. A gauche Marcel Gauchet, à droite, Elisabeth Lévy.
Capture d’écran de l’émission « L’esprit de l’escalier » sur REACnROLL. A gauche Marcel Gauchet, à droite, Elisabeth Lévy.

Elisabeth Lévy: Pourquoi ?

Marcel Gauchet: Parce qu’effectivement ils ont une politique qui marche ! Alors que les nôtres patinent considérablement.

A lire aussi, Gil Mihaely: Le clan des sept va à Biarritz

Elisabeth Lévy: Ils ont une politique qui marche d’abord parce que, comme vous l’avez remarqué, nous sommes d’une faiblesse totale. Et aussi, sauf si vous me dites que je suis complètement manipulée par l’information, parce que les Chinois emploient dans la guerre économique des méthodes qui ne sont pas particulièrement « fair-play » et qui jouent en quelque sorte avec le droit. C’est ce que l’on leur reproche souvent d’ailleurs, on leur reproche par exemple le transfert de technologies forcé. Vous avez raison de dire que les Américains ont l’extraterritorialité du droit pour eux. Et nous ? (dans un rire jaune) On n’a rien donc, en somme! Pourtant, ce qui est étonnant, c’est qu’on a pu peu à peu prononcer le terme « protectionnisme » sans se faire complètement incendier dans le débat public ces dernières années…

Marcel Gauchet (abondant dans son sens): … Pas complètement ! Mais juste un peu.

Elisabeth Lévy: C’est vrai, juste un peu (Les deux rient). La nuance est importante. Mais est-ce que quelque chose est en train de changer aussi dans les élites européennes de ce point de vue-là?

Marcel Gauchet: Je ne suis pas véritablement capable d’apprécier la réalité de ce changement, mais je crois que la question est posée de façon telle d’un niveau global, objectivement… Il y a certes l’exception chinoise: ils sont loin, ils sont exotiques, on ne les comprend pas très bien. Bon, mais les Américains on les connaît, ils sont près et ce sont eux qui commandent, à nos yeux. Je pense que l’effet Trump, au-delà de la diabolisation immédiate, commence à avoir des effets importants dans la mesure où l’on voit qu’il exprime une sensibilité qui n’est pas simplement celle des « Rednecks », du « plouc » américain de base auquel il est trop facile de le ramener… Trump a derrière lui une partie significative des élites américaines et cela oblige les élites européennes à reconsidérer leur position. Mais en même temps, l’Europe a renoncé à un tel point à réfléchir et à faire autre chose que « suivre », que je crois qu’il faudra encore beaucoup de temps pour que le réveil ait lieu…

>> Retrouvez ce débat en intégralité sur REACnROLL ! <<

 

Chez Mélenchon, la chasse à l’islamophobie continue

0

Le philosophe Henri Peña-Ruiz fait l’objet d’un injuste procès après être intervenu sur le thème de la laïcité au cours des universités d’été de la France insoumise. La thématique y est ultra-sensible, une partie non négligeable des militants poussant Mélenchon et Quatennens vers des positions communautaristes. Mise au point.


Suite à son intervention sur la laïcité à l’université d’été de la France Insoumise, les AMFiS 2019, le philosophe Henri Peña-Ruiz est l’objet d’une campagne de diffamation de la part de la frange indigéniste et islamo-gauchiste de ce parti, qui le taxe de racisme.

Je suis loin de partager toutes les positions de l’auteur du Dictionnaire amoureux de la laïcité, mais je tiens à lui apporter mon total soutien face à ces accusations mensongères. Elles sont absurdes pour quiconque connaît un tant soit peu son travail, et révélatrices à la fois des tensions qui parcourent la gauche française, et de la profonde malhonnêteté intellectuelle des indigénistes comme des islamistes et de tous ceux qui les soutiennent, complices ou idiots utiles.

La République menacée

Je ne reviendrai pas ici sur la fracture qui traverse la France Insoumise, et la gauche en général, entre les universalistes et les multiculturalistes, les républicains et les communautaristes. Sans surprise, on peut assez largement lui superposer la fracture entre la gauche qui veut penser avec le peuple, et celle qui prétend penser à la place du peuple. Henri Peña-Ruiz appartient résolument à la première, ce qui fait que je le considérerai parfois comme un adversaire, mais jamais comme un ennemi.

Que lui reprochent certains ? D’avoir déclaré « on a le droit d’être islamophobe », ce qui comme il le dit lui-même ne prend son sens qu’avec le reste de la phrase : « il n’est pas raciste de s’en prendre à une religion, mais il est raciste de s’en prendre à une personne du fait de sa religion. » Soutien total face à une accusation infâmante et totalement injustifiée, donc, malgré un ferme désaccord sur l’emploi du terme « raciste ».

L’islam, point trop n’en faut

« Islamophobie », d’abord. Sans revenir sur Phobos, fils d’Arès, une phobie est une crainte irrationnelle relevant de la psychopathologie. Or, est-il irrationnel d’identifier comme dangereux certains courants de l’islam, lorsque l’on constate chaque jour les ravages commis en leur nom et conformément à leurs doctrines ? Attentats bien sûr, mais aussi atteintes permanentes aux libertés fondamentales (libertés de conscience, de pensée, d’expression) et aux droits des femmes… Depuis la destruction du sanctuaire de Taëf en 632 et la bataille des Chaînes (la conversion ou la mort, déjà), la liste est tragiquement longue. Dès lors, est-il irrationnel d’identifier aussi comme dangereux des individus qui adhèrent consciemment à ces courants de l’islam, et promeuvent leurs agendas hégémoniques et totalitaires ? Non, évidemment. Faut-il pour autant les craindre, c’est un autre débat, mais il est assurément parfaitement rationnel et logique de les considérer comme une menace.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: « Tant que la gauche affirmera qu’il n’y a pas d’identité française, elle ne se relèvera pas »

L’irrationnel serait de croire que tous les musulmans quels qu’ils soient adhèrent à l’islam coranique littéraliste théocratique. Il y a trop de contre-exemples, trop de musulmans humanistes, pour que la généralisation ait la moindre crédibilité – de même en retour qu’il y trop de fanatiques et trop de versets du Coran problématiques pour que l’on puisse dire sérieusement que l’islam serait « une religion de paix et de tolérance » sans largement nuancer.

Islamophobie : la stratégie des islamistes pour nous réduire au silence

Le terme « d’islamophobie » a été propagé par les islamistes pour criminaliser et pathologiser toute critique de l’islam. Mais quand bien même on ferait abstraction de cette origine, le constat demeure : il est parfaitement sain et rationnel de considérer l’islamisme, qui est un courant de l’islam, et les islamistes, qui sont une partie des musulmans, comme des dangers majeurs.

Etant entendu que la critique des religions, l’islam comme les autres, est non seulement un droit mais un devoir, se pose néanmoins la question de la distinction entre « s’en prendre à une religion » et « s’en prendre à une personne du fait de sa religion. » Soyons clairs : s’en prendre aux musulmans parce que musulmans est injuste et inepte. D’abord, on l’a dit, parce que tous les musulmans sont loin d’être des thuriféraires de l’islam littéraliste théocratique. Ensuite, parce que comme dans toutes les religions, les raisons pour croire sont multiples, et n’impliquent pas forcément l’adhésion à la totalité de la doctrine. Nombre de catholiques, par exemple, se désolidarisent du Pape François au sujet de l’accueil des migrants, et se gardent bien (à juste titre) de « tendre l’autre joue » !

A lire aussi: « Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »

Inciter les croyants à avoir un regard critique sur leur croyance est une bonne chose. Les juger « en masse » en raison de cette croyance, sans même prendre la peine de s’interroger sur les motivations de chacun, est absurde. Mais il serait tout aussi absurde de s’interdire de condamner l’adhésion lucide et volontaire aux courants de l’islam que l’on regroupe sous le terme « d’islamisme », et dont l’abjection n’est plus à démontrer. Une conviction religieuse est un choix, et comme tout choix elle engage la responsabilité de celui qui choisit. Nous y reviendrons.

La France insoumise n’aide pas à la prise de distance avec le dogme religieux

« Racisme », ensuite. Oui, dans les faits, une religion est souvent un héritage. Certaines choses nous viennent plus facilement, plus spontanément dans notre langue maternelle. La religion dans laquelle nous avons été éduqués est le langage – mythologique, symbolique, rituel – dans lequel nous avons appris à exprimer notre rapport à la transcendance, appris à prier, appris à exprimer nos angoisses et nos espoirs lors des longues nuits sans sommeil. La religion de notre enfance est la langue maternelle de notre relation avec le divin. Pour un croyant, il y a là quelque chose qui touche à l’intériorité la plus profonde de l’être, à son intimité la plus essentielle.

A lire aussi: Islamophobie: une arme de propagande massive

Il y a des gens que j’admire pour lesquels il est fondamental d’être ou de ne pas être « de gauche », alors qu’à mes yeux cela n’a absolument aucune importance. Faisons l’effort de comprendre que pour certains croyants il est tout aussi fondamental d’être ou de ne pas être musulman, chrétien, juif, bouddhiste, shintoïste ou que sais-je.

Pour autant, les religions ne sont pas et ne sauraient être uniquement des héritages. Le prétendre serait les réduire à leur dimension folklorique, traditionnelle ou même « identitaire », au sens négatif du terme. Et ce serait nier le génie propre de chacune d’elles. Toutes les religions ne sont pas interchangeables, et si elles sont toutes des langages elles sont aussi des choses dites dans ces langages, des choses qui bien souvent sortent du cadre de l’intime et engagent vis-à-vis d’autrui. Appeler le soleil Huitzilopochtli n’est pas seulement une variation sur le fait de l’appeler Hélios ou Alfrodul, c’est affirmer implicitement qu’il a besoin du sang des sacrifices humains pour ne pas s’éteindre, avec tout ce que cela implique.

Bien sûr, on peut trouver dans sa religion mieux que ce qu’elle véhicule le plus souvent, on peut vouloir la réformer, ou n’en garder que le meilleur. Bien des croyants (pas seulement musulmans) valent mieux que certains aspects des religions auxquelles ils croient. D’ailleurs, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de la polémique actuelle, Henri Peña-Ruiz est justement l’un des plus ardents défenseurs de ce qui fait que l’on ne puisse pas assimiler les croyants à ce qu’il y a de pire dans leurs croyances. Depuis des années, il explique que la laïcité est un idéal d’émancipation, en même temps que le cadre qui rend cette émancipation possible. Or, c’est bien cela qui permet aux croyants la prise de distance d’avec les dogmes, et qui fait notamment que l’on ne puisse pas considérer les musulmans comme collectivement coupables des horreurs inspirées par la sourate n°9, ou le verset 34 de la sourate n°4.

Ambiguïtés

Il n’empêche. Qu’il y ait de multiples raisons pour avoir une religion plutôt qu’une autre n’exonère pas les croyants de leurs responsabilités. On peut se dire communiste pour bien des raisons, mais on ne peut pas se dire communiste sans devoir se positionner très clairement sur les goulags, les commissaires politiques et les crimes qui ont systématiquement accompagné les « communismes réels ».

A lire aussi: La gauche fait son « big bang », Mélenchon fait… la sieste

Il est légitime de demander à un admirateur des philosophes de l’Antiquité de condamner explicitement les passages d’Aristote qui justifient la pratique de l’esclavage. Il est légitime de demander à un catholique de condamner explicitement les textes violemment anti-homosexuels de Saint Paul. Il est légitime de demander à un musulman de condamner explicitement certains versets du Coran. Et si les uns ou les autres refusent, ou entretiennent une ambiguïté malsaine, il est légitime de « s’en prendre à eux » intellectuellement et juridiquement.

« Je n’ai fait qu’obéir aux ordres » n’est jamais une excuse valable pour échapper à ses responsabilités, peu importe que ces ordres soient considérés comme d’origine humaine ou divine, peu importe qu’ils prennent la forme d’une injonction religieuse, de la coutume ou d’une directive de l’Etat. Oui, nous avons des motivations parfaitement compréhensibles pour ne pas questionner ces préceptes, ces traditions, ces lois, mais à la fin des fins face à notre conscience, choisir d’obéir aux ordres est toujours un choix. Delenda Carthago ! Lorsque l’on choisit de brûler des enfants plutôt que des épis de blé, il faut bien tôt ou tard rendre des comptes. Lorsque l’on choisit de mettre une balle dans la tête à des enfants devant leur école, ou que l’on célèbre comme un héros celui qui l’a fait, aussi.

La critique de la croyance ne doit jamais être assimilée à du racisme

Or, dire cela est l’exact contraire du racisme, puisqu’il s’agit de mettre chacun face à ses choix et à ses responsabilités alors que le racisme implique l’assignation à une hérédité qui, par définition, n’est pas choisie. Le racisme est le fait de croire que les origines ethniques de quelqu’un le condamnent à avoir certains traits de caractère négatifs, et qu’il lui est impossible d’échapper à ce déterminisme. Il ne saurait donc en être responsable !

Alors que certains voudraient remettre en cause la liberté de conscience (on pense par exemple à l’UOIF qui a refusé de la reconnaître à la création du CFCM), alors que trop de pays criminalisent l’apostasie, il est important de le réaffirmer : la religion est toujours un choix, la liberté de ce choix doit être garantie, et de ce fait la critique de la croyance mais aussi des croyants est parfaitement légitime et ne doit jamais être assimilée à du racisme.

Et parce que la criminalisation de l’apostasie, aujourd’hui, est essentiellement le fait de pays musulmans, c’est encore plus vrai dans le cas de la critique de l’islam et du choix des musulmans d’être musulmans – avec toutes les nuances que j’y ai apportées plus haut.

Il n’y a pas de peuple ou de « race » musulmane

Un dernier point. Henri Peña-Ruiz parle du racisme comme de « la mise en cause d’un peuple, ou d’un homme, ou d’une femme, comme tel » et ajoute « le racisme anti-musulmans est un délit. » Clairement, non. Le rejet des musulmans parce que musulmans est, en effet, condamnable pour toutes les raisons que j’ai mentionnées. Mais il ne s’agit pas de racisme, puisque le fait d’être musulman n’est pas un caractère héréditaire figé ! De plus « les musulmans » ne sont certainement pas un peuple.

D’une part parce que plusieurs peuples sont, depuis plus ou moins longtemps, majoritairement musulmans, sans pour autant que l’islam ait le moindre droit d’exiger l’exclusivité chez eux. Et il serait absurde de nier les différences anthropologiques entre, par exemple, les Iraniens et les Peuls.

D’autre part, bien sûr, parce que nos concitoyens musulmans qui respectent les lois et l’art de vivre de la France, et qui se sont approprié sa culture et son histoire, appartiennent de plein droit au peuple français, quelles que soient leur origines ethniques ou géographiques. Dire cela est même l’une des composantes fondamentales non seulement de l’identité française, mais de ce qui fait l’essence de la civilisation occidentale, fondée sur le tryptique de l’Antiquité, de la Chrétienté et des Lumières. La culture plutôt que l’ethnie.

N’oublions pas d’où nous venons, n’oublions pas qui nous sommes. Il y a plus de deux millénaires déjà, dans son Panégyrique d’Athènes, Isocrate (436-338 av JC) avait cette phrase magnifique :

« Notre cité (…) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et l’on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. »

L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

0

En se posant en grand défenseur de l’Amazonie, Macron ne fait que détourner l’attention. Bolsonaro se permettant de poser un lapin à Le Drian cet été était déjà révélateur d’un abaissement de la France que nous faisons semblant de ne pas voir. Désormais, le Brésil rejette l’aide du G7 dans la lutte contre les incendies, fustigeant les belles âmes de l’occident et ne comptant plus que sur ses militaires. 


Comme ça, Macron se passionne pour l’Amazonie, ses plantes, ses animaux et les gens qui y vivent. C’est beau ! On ne pouvait attendre moins du président de la République Française, la fille ainée du Progressisme, ce rideau de fumée idéologique qui dissimule des intérêts privés qui n’ont rien de bienveillant ni d’universel. Ce qui reste du prestige de la France est mis au service du lobby agricole qui craint l’entrée en vigueur de l’accord UE-Mercosul et des partis progressistes qui n’admettent pas l’élection de Bolsonaro.

A lire aussi: Le clan des sept va à Biarritz

Vu de France, on veut nous faire croire que le Brésil a besoin de défricher pour produire viande, sucre et soja. Cette idée est fausse car il y a longtemps que l’agriculture brésilienne a fait sa révolution high-tech. Les campagnes brésiliennes sont devenues une terre d’ingénieurs et de techniciens spécialisés. Le ciel au-dessus des champs est labouré par des drones d’observation et d’épandage dont une grande partie est conçue et fabriquée localement. La tentative d’associer l’essor agricole brésilien à la dévastation de l’Amazonie ignore la réalité et sert à évincer les Brésiliens du marché mondial. Rien de plus.

Macron détourne l’attention

La défense (somme toute légitime) de l’agriculture française est masquée par une rhétorique alarmiste et bienpensante qui diabolise Bolsonaro et l’insère dans un Axe du Mal aux ambitions démoniaques. Elle est maniée à la perfection par les progressistes européens qui se fabriquent des ennemis imaginaires comme Bolsonaro, Trump, Salvini et Poutine. Incapables de s’en prendre aux ennemis réels du monde occidental (Frères Musulmans, mafias de l’immigration, cartels de la drogue), nos chers maîtres font preuve du même manque de lucidité et de courage lorsqu’il s’agit de l’Amazonie.  Autrement dit, ils ne comprennent rien au réel et se vantent de ne rien savoir de ce qui se passe sur le terrain.

A lire aussi: PMA, Les deux mères du Code Macron

On déboise en Amazonie parce que l’Etat de Droit y est inopérant, parce que les fonctionnaires chargés de la protection de l’environnement y sont menacés, intimidés et pourchassés. La forêt recule parce qu’il y a un déficit d’autorité et non un trop-plein de populisme comme le laisse croire la vulgate progressiste. Le problème de fond est celui de la gouvernance et non de la politique environnementale.  Les lois sont bonnes mais elles ne sont pas appliquées en tout point du territoire.

Soutien à l’armée brésilienne

Le mécanisme en place en Amazonie brésilienne est similaire à celui qui domine les favelas où la loi n’est pas appliquée car l’Etat est évincé par des forces privées dont l’impunité est garantie par la corruption et le laxisme pénal. Aujourd’hui comme hier, l’Amazonie est une immense banlieue où l’on s’aventure de temps en temps et sous bonne escorte. Le Brésil est un empire où le pouvoir central s’exerce de manière inégale, l’autorité va et vient selon ses besoins et les circonstances, elle aspire à la prééminence et non à l’exclusivité.

A lire aussi: Carte postale du Brésil, pays au président élu grâce à WhatsApp

La tentation est grande d’intervenir soi-même pour arrêter l’hémorragie avant que le point de non-retour ne soit atteint et l’Amazonie transformée en savane. Ce serait une atteinte à la souveraineté brésilienne, un acte néocolonial et une aventure hasardeuse dans la lignée des catastrophes libyennes et irakiennes.

Les seuls capables de maintenir un semblant d’ordre et d’autorité en Amazonie sont les militaires brésiliens. Ils disposent, en effet, de la doctrine et de la discipline qui font cruellement défaut aux polices locales.  Or, le rôle ultime d’une armée n’est pas de remplacer le politique ni d’agir à la place de l’administration civile. Ce qui est en jeu, en définitive et une fois la crise surmontée, est la reconstruction d’un appareil politico-administratif efficace dans l’Amazonie brésilienne : la tâche d’une génération et une gageure à plus d’un titre.

Et le CO2 africain, on peut en parler?

Si le réel avait encore une importance, on reprocherait aux Brésiliens la destruction, en ce moment-même, des vestiges encore debout de la Mata Atlantica, la forêt native qui commande le cycle de l’eau dans les régions sud et sud-est du Brésil. C’est cette forêt que Levi Strauss avait tant craint et admiré lors de son séjour au Brésil dans les années 1930.

A lire aussi: Incendies en Amazonie: notre avenir part-il vraiment en fumée?

D’ailleurs pourquoi se limiter aux immensités amazoniennes, pourquoi fermer les yeux sur le triste état des forêts ancestrales de Casamance et de Guinée Bissau livrées à l’appétit des Chinois ? Doit-on déduire que l’oxygène amazonien est meilleur que son homologue africain ?

L’essentiel est ailleurs comme nous l’avons vu auparavant. Il faut maintenir Bolsonaro sous pression, coûte que coûte, afin de favoriser le lobby agricole français et faire plaisir aux belles âmes.

L’affrontement a quelque chose de pathétique car il oppose deux puissances blessées, la France et le Brésil. Sous nos yeux, deux soft power en peine échangent insultes et bons mots, sûrs que rien de grave ne peut leur arriver tant la partie adverse est faible et dévitalisée.

Greta Thunberg défie John Wayne

Macron parle fort et fronce les sourcils alors que la France est à genoux. Symboliquement parlant du moins. Il exige des Brésiliens qu’ils surveillent leur immense territoire alors que le sien est ouvert aux quatre vents, son administration étant incapable de réguler le flux de clandestins.  Il critique les Brésiliens pour leur complaisance face aux pyromanes alors que les voitures brûlent et les zones de non-droit s’enflamment à la moindre étincelle. Macron se préoccupe du sort des Indiens autochtones alors que ses propres autochtones se font évincer de quartiers entiers comme la Porte de La Chapelle à Paris.

Ce n’est pas un hasard si Bolsonaro se permet de poser un lapin à Jean-Yves Le Drian. La voix de la France est enrouée. Sa civilisation des minorités et ses renoncements successifs ne causent aucune admiration au-delà du petit cercle des capitales progressistes. Les Brésiliens désolés voient Notre-Dame brûler, les Champs-Elysées saccagés, les principaux monuments parisiens assaillis par les mendiants et les banlieues mises en coupe réglée par une ultra-minorité de racailles.

Face à Macron, Bolsonaro ne brille pas non plus de mille feux. Il représente un pays qui tourne en rond depuis cent ans à force de répéter les mêmes erreurs. Le Brésil est une promesse non-tenue, dont la perception à l’extérieur oscille entre la convoitise (samba, plages, liberté sexuelle) et l’horreur (favela, drogue, violence extrême).

Le futur nous réservera d’autres épisodes comme celui-ci car Macron et Bolsonaro ont de grandes chances d’être réélus pour un second mandat. Ils représentent à la perfection le moment historique que traversent leurs pays respectifs. Le président-CEO accompagne le déclin français et le rend inéluctable. Le président-shérif, bardé de défauts mais conscient que son pays a touché le fond, tente de lui appliquer un traitement de choc. L’histoire nous dira qui de Greta Thunberg ou de John Wayne aura raison.

Macron a été bon lors du G7

0
Donald Trump, Brigitte et Emmanuel Macron à Biarritz, le 25 août 2019 © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22370971_000227

 


Jérôme Leroy, le rédacteur en chef culture de Causeur, n’a d’ordinaire pas de mots assez durs pour critiquer la politique nationale de Macron. Mais force est de reconnaître que le chef de l’Etat défend d’honorables positions dès qu’il s’agit de politique étrangère.


Je ne peux pas être soupçonné ici de soutien au président Macron. Sa politique sur le plan intérieur a cassé profondément le pays, favorisé l’émergence durable de l’extrême droite comme seul adversaire, un adversaire dont il a pourtant employé les méthodes depuis le début du quinquennat. Notamment dans la répression policière d’une violence extrême face à une explosion de colère populaire, celle des Gilets Jaunes, provoquée par sa politique antisociale et surtout l’arrogance avec laquelle elle a été menée. On se rappellera au hasard la phrase de Benjamin Griveaux sur les pauvres qui clopent et qui roulent au diesel quelques semaines à peine avant le début du mouvement GJ, le 17 novembre. On pourrait aussi parler de sa politique face aux migrants et aux demandeurs d’asile qui depuis la circulaire Collomb de 2018 ne cesse de se durcir et présente assez peu de différences avec celle d’un Salvini sinon que Salvini, lui, fait (ou faisait) de la pub autour de cette politique de fermeture.

A lire aussi, Driss Ghali: L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

La paradoxe Macron: bon à l’extérieur, mauvais à l’intérieur

Bon, une fois ces précisions apportées, à mon grand désarroi je suis bien obligé de reconnaître qu’à l’occasion du G7, je l’ai plutôt trouvé bon, voire très bon. Evidemment, il a œuvré dans une ville bunkérisée où le déploiement hallucinant des forces de police a découragé les manifestants qui voulaient s’opposer au sommet. Evidemment, le G7 n’est certainement pas le lieu où l’on décide d’une meilleure répartition des richesses et du mieux-être des peuples.

Mais enfin, malgré tout, Macron a eu de la classe. Garder son calme devant les insultes de Bolsonaro sur son épouse, ne pas s’abaisser à répondre et simplement insister sur le fait que le général Alcazar de Brasilia est un menteur qui n’a aucune intention de respecter le volet environnemental du Mercosur, comme le montre sa responsabilité dans la catastrophe écologique en cours en Amazonie. C’était déjà pas mal. Arriver à circonvenir un Trump sur la question iranienne, sur la guerre commerciale avec la Chine et même sur la politique de Bolsonaro, c’était encore mieux. Et cerise sur le gâteau, il est resté inflexible avec Boris Johnson. La seule différence entre Boris Johnson d’une part et Bolsonaro et Trump de l’autre, c’est que Johnson est passé par Eton et est capable de scander les hexamètres dactyliques de l’Iliade. Cela ne le rend guère plus sympathique. Il n’a même pas l’excuse d’être une brute galonnée ou un faux self-made man inculte fils à papa.

A lire ensuite, Marcel Gauchet: Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

Il sait parfaitement ce qu’il fait, il s’aperçoit que c’est condamné à l’échec et visiblement, derrière la désinvolture élégamment négligée de l’enfant de la gentry, on sent pointer un début de panique. Rester dans l’histoire, grâce au hard Brexit, comme le premier ministre qui aura réussi à réduire la taille du Royaume-Uni en provoquant l’unification de l’Irlande et l’indépendance de l’Ecosse, ça le rendra encore plus calamiteux que Cameron.

Effet de contraste

Alors me direz-vous, peut-être est-ce une illusion d’optique, en ce qui concerne Macron. Face à des Bolsonaro, des Trump, des Bojo, Macron n’a pas de mal à paraître brillant, aimable, calme et compétent. Sans doute. Mais malgré tout, dans un monde où des leaders populistes dirigent la première puissance du monde ou de grandes puissances régionales, Macron m’a, à vrai dire, rassuré par sa sérénité presque gaullienne. Il a tenu face à une rhétorique guerrière, face à la démagogie identitaire et face à la recherche systématique de boucs émissaires qui rendent le climat plus étouffant qu’une journée d’été où il fait nuit en plein jour à Sao Paulo, dans un monde où le souverainisme n’est plus le souverainisme mais une ruse du capitalisme pour enrichir encore plus les hyperbourgoisies locales. A croire que les présidents français, de toute nuance politique, sont touchés par la grâce dès qu’il s’agit de politique étrangère : de De Gaulle rompant avec l’Otan en passant par Chirac et le refus de la guerre en Irak. Même Hollande, c’est dire, a eu un véritable esprit de décision dans la question malienne.

A relire, Gil Mihaely: Le clan des sept va à Biarritz

Il reste que Macron va devoir faire avec de très grosses contradictions. Déjà, Donald Tusk, le président du Conseil européen, l’a démenti à demi-mot à propos de l’abandon du Mercosur. Et sur le plan intérieur, la rentrée s’annonce particulièrement violente avec à nouveau des réformes (ah! l’emploi falsifié de ce mot), sur les retraites notamment, qui continuent à mettre le monde du travail aux normes libérales.

C’est bien dommage, d’ailleurs, un tel paradoxe chez Macron. Il se comporte chez lui en chef de bande, mais à l’extérieur devient chef d’état, et un chef d’état courageux.

Ces chiffres du chômage à Paris qu’Hidalgo ne veut pas ébruiter

0
Anne Hidalgo, dans son bureau en juin 2019 © ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA Numéro de reportage: 00913720_000026

Le chômage n’est pas une thématique en vogue chez les candidats aux municipales à Paris. Anne Hidalgo se garde bien de le signaler à ses futurs concurrents. Ce n’est peut-être pas un hasard.


Le chômage est un thème auquel on ne pense pas spontanément quand on se présente à la mairie de Paris. Cela passe même souvent après la problématique de la pollution urbaine, de la circulation ou des crottes de chien. Et pourtant, les opposants à l’élue socialiste ont tort de ne pas y jeter un œil plus avisé. Si on regroupait les chômeurs à Paris, ils occuperaient un arrondissement de la taille du 18ème! Savez-vous que le nombre d’inscrits à Pole Emploi à Paris (201280 au 2ème trimestre 2019 en catégorie A, B, C) est supérieur au nombre d’habitants de cet arrondissement du nord de la capitale (Montmartre), le second le plus important par sa population[tooltips content= »200440 habitants: populations légales en vigueur à compter du 1er janvier 2017″]1[/tooltips] ?

Ces Parisiens perdants dans la mondialisation

Depuis la prise de fonction de Madame Hidalgo, le nombre de chercheurs d’emploi a augmenté de 4,8%[tooltips content= »+ 9210 inscrits à Pole Emploi en catégorie A,B,C entre le second trimestre 2014 et le second trimestre 2019 (Source : DARES) »]2[/tooltips] alors que le nombre d’habitants est en baisse dans la capitale. Pire encore: on assiste à une envolée du nombre de chômeurs de longue durée: +15,3% sur la même période et +65,11% sur les dix dernières années de mandature socialiste[tooltips content= »+40950 demandeurs d’emplois inscrits depuis un an et plus en catégorie A, B et C à Paris entre le second trimestre 2009 et le second trimestre 2019 ( données trimestrielles) soit +65,11 % (Source : DARES ) »]3[/tooltips]! Beaucoup d’entre eux sont indéniablement des seniors. Quand on analyse l’augmentation de leur nombre en recherche d’emploi, on ne peut que constater la bérézina: +26% sur les cinq dernières années et +108 % sur les dix dernières [tooltips content= »demandeurs d’emplois de 50 ans et plus A, B et C à Paris entre le second trimestre 2014 et le second trimestre 2019 et entre le second trimestre 2009 et le second trimestre 2019 (Source : DARES) »]4[/tooltips] !

A lire aussi: « Il n’y a pas que des gagnants de la mondialisation à Paris! »

Où va-t-on à ce rythme ? Si on regroupait les auto-entrepreneurs à Paris, ils occuperaient un arrondissement de la taille du 17ème! De surcroît, ces données peu glorieuses ne prennent pas en compte la montée de la précarité de ceux qui travaillent à Paris: de plus en plus d’auto-entrepreneurs et de « startupers » aux faibles revenus, parfois ne déclarant aucun chiffre d’affaires mensuel tout en ne percevant aucune indemnité des Assedic. A fin 2017, Paris comptait 89 759 micro-entrepreneurs[tooltips content= »Bilan micro-entrepreneur N°27 / Octobre 2018 (Source : URSSAF) « ]5[/tooltips] économiquement actifs dégageant un chiffre d’affaires mensuel moyen d’environ 833 euros auxquels il convient d’ajouter environ un tiers d’auto-entrepreneurs administrativement actifs, soit 30 000 personnes ne déclarant pas de chiffres d’affaires. Population hétérogène, ces auto-entrepreneurs, parfois sans revenus du travail et non éligibles aux allocations, peuvent être considérés comme des personnes actives ne recherchant pas d’emploi… Elles contribuent ainsi, statistiquement, à la baisse d’un taux de chômage manifestement biaisé. Sachant que les actifs sous ce statut augmentent à un rythme soutenu (+16 % de 2017/2016) en Île-De-France, Paris pourrait compter plus de 160 000 microentreprises à fin 2019, soit une population proche de celle du 17ème. Le troisième arrondissement le plus important par sa population!

Anne Hidalgo a oublié qu’elle a été inspectrice du travail

La mairie socialiste laisse les Parisiens se précariser ! Dresser un diagnostic objectif sur l’emploi et le travail à Paris est essentiel pour pouvoir anticiper les besoins dans tous les domaines et se poser de nécessaires questions. Comment vivre à Paris quand on est chercheur d’emploi ou micro-entrepreneur? Comment vont vieillir les seniors de plus en plus nombreux à pointer à Pole Emploi, parfois dès 45 ans, sans grand espoir de retrouver un travail dans le système actuel, confronté à un jeunisme ambiant et culturellement bien installé dans les mentalités? Quid du système de retraites des personnes aux parcours de plus en plus hachés?

A lire aussi: Hidalgo veut exposer les “entrailles” de Notre-Dame

Est-ce acceptable que Paris Capitale, fer de lance de l’économie française, ne saisisse pas à bras le corps ces problématiques? On n’a guère entendu sur ces sujets Madame Hidalgo.

Rappelons qu’elle est ancienne inspectrice du travail !

Le besoin d’un maire plus innovant et moins dogmatique

Les limites de l’ubérisation de l’économie apparaissent à Paris de manière encore plus criante qu’ailleurs sur le territoire national. La grogne régulière et au grand jour des livreurs à domicile n’en est que l’exemple le plus flagrant. Des plateformes comme Deliveroo les exploitent, et certains pédalent des heures comme des malheureux… sur des vélos en location mis en place par la Mairie.

Paris Capitale doit devenir une terre d’expérimentation en matière d’emploi. En tant que maire de Paris, Madame Hidalgo a bien plus de pouvoir en matière d’emploi au niveau local que les Parisiens ne l’imaginent peut-être. En vertu de la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République et de la loi organique n°2003-704, la capitale peut, en tant que collectivité territoriale, faire la demande au Parlement d’expérimentation de nouvelles mesures en matière d’emploi. Espérons que la prochaine mandature verra émerger une équipe bien plus innovante et efficace en matière de travail et d’emploi à Paris que celle actuellement en place qui, à défaut de résultats, grève l’avenir des parisiens avec un endettement colossal!

Cinq leçons de Bonaparte pour la droite

0
Photos: à gauche, Christian Jacob de LR Alain JOCARD AFP, à droite Napoléon, Sipa, numéro de reportage: 00459493_000006

Le 15 août dernier, nous fêtions, en même temps que le débarquement en Provence, les 250 ans de la naissance de Napoléon Bonaparte. Cet anniversaire, négligé par la classe politique, fournit pourtant l’occasion de rappeler l’action d’un des plus grands hommes d’État que notre pays ait connu. La conception bonapartiste centrée sur la méritocratie, la grandeur de la France, le rassemblement autour d’une destinée commune, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique est une clé pour sortir la France du marasme qu’elle connaît depuis plusieurs décennies.


L’absence d’une opposition structurée risque de mener à une réélection de Macron en 2022. En termes d’action concrète, notre époque est marquée par un manque de marge de manœuvres et une incapacité pour le politique à mener une véritable rupture pour répondre aux maux français (chômage de masse et manque d’horizon, aussi bien individuel que collectif). La droite en reconstruction devrait s’inspirer de Napoléon Bonaparte et proposer une révolution de son logiciel politique pour à la fois battre Emmanuel Macron et redresser le pays bloqué politiquement, économiquement et institutionnellement. Nous observons qu’à chaque moment-clé de son destin, la France s’est tournée vers un homme providentiel: en attendant que le prochain émerge, tournons-nous vers le passé où Napoléon Bonaparte a beaucoup à enseigner aux hommes de droite.

Napoléon comme source d’inspiration

La première leçon du bonapartisme est qu’une philosophie centrée sur le mérite permet de combattre le fatalisme. La droite, en déclin permanent depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, entre dans une phase où le déterminisme voudrait que sa mort soit bientôt prononcée. Pourtant, la vie politique, comme tout parcours personnel ou collectif est loin de répondre avec constance aux lois du déterminisme. Surtout quand la volonté s’en mêle. Le parcours du général corse devrait ainsi inspirer les hommes politiques contemporains. Par sa trajectoire, Bonaparte détruit tous les déterminismes ! Sa vie est le récit d’un homme qui ne disposait que de peu d’atouts de par ses origines – tant familiales que géographiques – pour être un jour appelé à régner sur la France. La trajectoire de Napoléon Bonaparte permet à la droite de croire en son destin politique pour se redresser, avant de relever la France mais également de revenir aux origines politiques du bonapartisme. Face à l’enlisement des classes moyennes et populaires, il s’agit de proposer une refonte de notre pacte social. En effet, le bonapartisme permet de valoriser le mérite symbolisé par la légion d’honneur ou le destin de plusieurs maréchaux de l’Empire alors qu’il faut aujourd’hui 6 générations (soit 180 ans) selon l’OCDE pour qu’une famille très modeste atteigne seulement le revenu moyen.

A lire aussi, Régis de Castelnau: Les Français n’aiment plus Napoléon?

La seconde leçon du bonapartisme est que la grandeur de France peut être restaurée par une quête héroïque portant les valeurs françaises en Europe. Comme le souligne Patrice Gueniffey, il est alors l’acteur d’une histoire en recherche de héros. Ce faisant, il répond à un moment crucial au besoin de son époque de définition de l’identité française, oscillant entre la volonté de maintenir les acquis de la Révolution et le besoin d’un pouvoir exécutif fort. De fait, il a l’ethos du héros avant même de prendre les rênes de la France. Sa charge du pont d’Arcole, tout comme son épopée égyptienne sur les traces d’Alexandre le Grand ou Jules César, façonnent un personnage dont la volonté individuelle est associée à une ambition collective. Pour revenir à son sens originel bonapartiste, la reconstruction de la droite ne pourra passer que par une nouvelle ambition française dans un ordre mondial en redéfinition. Il s’agit de démontrer que l’Europe peut être un levier de puissance pour la France – si nous détrônons l’Allemagne comme première puissance européenne, et si nous osons porter notre modèle de vie face aux deux puissances américaines et chinoises. Cette ambition vise ainsi à répondre au Malheur français décrit par Marcel Gauchet.

Réconcilier deux France

La troisième leçon du bonapartisme est qu’une révolution politique repose sur la capacité de rassembler les Français au-delà des clivages. Le Premier consul d’alors faisait face aux monarchistes d’un côté et aux révolutionnaires de l’autre. Il cherche alors avant toute chose à tenter de réconcilier deux France qui ont été symboliquement comme matériellement coupées par l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Il prend dans son gouvernement d’anciens montagnards comme Fouché, mais aussi des gens qui, à l’image de Portalis, ont été favorables à un retour des Bourbons. Il donne des gages aux monarchistes et aux émigrés par plusieurs mesures d’amnistie, tout en pacifiant la Vendée. Si Napoléon a réussi à résoudre un tel clivage, ne pourrions-nous pas aujourd’hui réunir la France des villes largement acquise à Emmanuel Macron, et la France rurale plus attachée à Marine Le Pen ?

A lire aussi: Julien Aubert (LR): «Le libre-échangisme a laminé les classes populaires»

Cette troisième voie ne pourra être réussie qu’en réunissant au moins une partie des deux France, et en proposant une révolution politique fondée sur un nouvel ordre civil et économique. Il s’agit, à l’exemple du Code Civil promulgué en 1804, de proposer une nouvelle définition de la vie en société pour faire face notamment aux nouvelles menaces posées par l’islamisme radical et le multiculturalisme au modèle français. Pour cela, il faut impérativement revoir notre code de la nationalité ainsi que notre politique pénale tout en garantissant certains principes chers à nos valeurs.

Repenser les fondamentaux

La quatrième leçon du bonapartisme est qu’une grande volonté réformatrice est nécessaire pour faire entrer la France dans la modernité. En ce sens, le Code civil a permis de jeter les bases de la France moderne, tout comme nombre de réalisations qui demeurent aujourd’hui (préfets, lycées, Banque de France, légion d’honneur…) Bien loin de l’image d’Épinal du destructeur belliqueux de la France et de l’Europe, Napoléon doit être considéré comme un grand bâtisseur capable de repousser les limites du possible par son action symbolisée par l’Arc de Triomphe. La politique des masses de granit est destinée à créer des fondations solides et pérennes pour la France. Cette quatrième leçon oblige la droite à repenser ses fondamentaux pour non pas rester dans la logique gestionnaire du « meilleur manager » face à Emmanuel Macron. La droite doit penser les réformes sur le temps long : déterminer des grands projets ad hoc visant à donner à la France un avantage comparatif certain sur la santé, la recherche, le numérique, le développement militaire et l’indépendance énergétique. Cela passe notamment par un investissement public renforcé, et l’accroissement des partenariats publics-privés dans le cadre d’un retour du Commissariat au plan pour revenir à une conception gaulliste de l’Etat.

A lire aussi, Marcel Gauchet avec Elisabeth Lévy: Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

La cinquième leçon du bonapartisme est que le volontarisme politique est indispensable pour dépasser les blocages. Le volontarisme qu’il pratique est un véritable arrachement à toutes les contingences qui ont pu être imposées par la suite à l’action publique aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur. Cette politique volontariste est transposée dans toute l’Europe au fur et à mesure des conquêtes avec la mise en place d’un modèle français napoléonien qui transforme durablement notre continent. Par exemple, c’est par la présence française que l’exemple de la gendarmerie fut suivi, en Espagne (la Guardia Civil), comme en Italie (les carabinieri) et jusqu’en Russie. Le rêve d’une Europe composée de nations unies sous l’égide de la France montre que l’Empereur raisonnait autant à l’échelle nationale que continentale.

Le politique doit primer sur l’économique

Relevant un pays au bord de la faillite financière, il montre que le politique peut déterminer l’économique. Pour reprendre le pouvoir et proposer une révolution politique, la droite doit combattre ces leviers qui tenteront de bloquer son action comme l’Union européenne sous l’influence allemande et les différents blocages comme la bien-pensance des élites nationales. Sans oublier… enfin, le gouvernement des juges.

La méritocratie face au déterminisme, l’impératif de grandeur de la France, le large rassemblement de la population, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique étaient les trois principes de la politique napoléonienne. Ils doivent constituer les piliers de la droite dans sa reconstruction. L’action du général de Gaulle est un autre point de comparaison possible. Alors que les Républicains décideront dans les semaines à venir de la ligne à adopter, rappelons que la France n’est la France que quand elle est grande et que le combat politique se mène avec le combat culturel. Cela passe par la charge symbolique que porte Napoléon. Ne pas avoir commémoré à sa juste valeur les 250 ans de la naissance de l’Empereur des Français était une erreur.

William Thay, Président du Millénaire, think-tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation de la droite 

Pierre-Henri Picard, Secrétaire général délégué du Millénaire 

Jean-François Champollion, expert du Millénaire, agrégé et doctorant en histoire contemporaine 

Bonaparte: (1769-1802)

Price: ---

0 used & new available from

Comprendre le malheur français

Price: ---

0 used & new available from

Le coup d'Etat des juges

Price: ---

0 used & new available from

Non, le dernier Tarantino n’est pas un « navet »!

0
© 2019 Sony Pictures Entertainment France

Deux semaines après sa sortie, Once upon a time… in Hollywood continue de caracoler en tête du box-office. Après la critique très négative publiée par Jean-Paul Brighelli sur Causeur, une voix dissidente se fait entendre…


Pour son neuvième et probable avant-dernier film, Quentin Tarantino s’est plongé dans son propre univers, celui des années légendaires du cinéma hollywoodien. L’histoire est la suivante: un acteur un peu déchu du nom de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) tente de se maintenir parmi les meilleurs. Épaulé par son cascadeur (Brad Pitt), il tentera de retrouver sa place au sein du système. Son destin croisera celui de Roman Polanski, son nouveau voisin.

Parce que je n’ai pas l’habitude de tirer sur des bouses, et surtout qu’il n’y a rien à en dire : c’est un ratage total, et comme c’est très long, cela vous laisse le temps d’abord d’analyser les ingrédients du massacre, puis de vous ennuyer ferme. Jean-Paul Brighelli

Ce long-métrage n’est certes pas un chef-d’œuvre, mais il est loin d’être un «navet», comme le suggère notamment mon collègue de Causeur, Jean-Paul Brighelli. Tarantino sait encore nous conduire hors des sentiers battus et le fait qu’il polarise autant en dit déjà très long sur sa capacité à faire des films hors du commun. Le réalisateur fait d’ailleurs preuve d’une plus grande maturité sur le plan photographique que dans ses précédents films.

Il faut aussi l’avouer: par définition, les obsessions de Tarantino sont répétitives. Ses inspirations sont si fortes qu’elles prennent souvent la forme de «mantras esthétiques» qui le rendent vulnérable à la critique. Ressurgissent alors des plans sur des pieds féminins, des focus sur des bottes de cowboy, des vestes de jeans et des roulottes en décomposition dans des décors désertiques. Cela dit, je préfère un réalisateur qui assume ses propres fétiches qu’un autre technicien visuel à la solde de l’idéologie dominante.

Le supposé «triomphe du mâle alpha»

Plusieurs féministes ont vu dans ce film «le triomphe du mâle alpha». Sur le site de la RTBF, la journaliste Camille Wernaers écrit que «les femmes sont montrées la plupart du temps à moitié nues et pieds nus alors que les hommes ont tout à fait trouvé des affaires à porter». Elle ajoute que «ce regard masculin sur les femmes signifie des gros plans et des longs travellings sur leurs fesses, leurs cuisses et leurs pieds». Il s’agirait en outre de «plans qui transforment les actrices en objets sexuels». Mais ce qui est perçu comme de l’arriération «machiste» n’est au fond qu’une résistance face aux récentes exigences puritaines.

Le constat des féministes est non seulement exagéré (on est vraiment très loin de la pornographie), mais il traduit une conception de l’art aux accents totalitaires. L’art qui irait à l’encontre des dogmes à la mode devrait faire l’objet d’un strict encadrement. Au minimum, il faudrait des sous-titres pour expliquer aux spectateurs que les scènes «patriarcales» à l’écran ne sont pas acceptables. Surtout, il faudrait refuser que ne soit célébrée la beauté du monde.

La deuxième critique qui ressort le plus dans la presse concerne l’absence de scénario substantiel et la lenteur du film. De fait, le scénario est loin d’avoir la même profondeur que celui de son Kill Bill (I et II), une œuvre excentrique aux accents… féministes. Ironiquement, jusqu’à tout récemment, Tarantino était reconnu pour donner vie à de puissants héros féminins alimentés par un désir de vengeance. Quant à la lenteur, on ne peut pas la déplorer à une époque où les gens ne prennent plus le temps de vivre. La vitesse de certains films américains est maintenant si rapide qu’ils sont étourdissants. Le style décompressé apparaît donc comme un vent de fraîcheur.

Tarantino contre le politiquement correct

La Californie était autrefois le symbole de l’émancipation universelle, c’est maintenant le centre de l’abolition des sexes, du retour des races et même d’une certaine austérité féministe. Ce n’est que l’un des paradoxes auxquels on peut réfléchir. Je dirais même que le film incarne une revanche contre l’ordre actuel. La déculottée (bien méritée) des hippies ne vient-elle pas satisfaire un public fatigué de voir le monde être aussi bêtement déconstruit? La nouvelle gauche se bat contre le smog, mais nous étouffe aves ses idées régressives. Les hippies de ce film avaient encore le mérite de ne pas sombrer dans la morale sexuelle.

En ce sens, cette histoire hollywoodienne peut être vue comme une mise en garde. Le libéralisme s’est retourné contre lui-même. Once Upon a Time in Hollywood présente une société qui respirait encore, qui exhalait la liberté malgré son culte polluant de l’automobile. Cette histoire est celle de la nation américaine, où les méchants hommes blancs pouvaient encore conduire une Cadillac sans se sentir coupables. La gauche des temps modernes est écologiste – elle est contre l’étalement urbain si caractéristique de la Californie – mais pollue de plus en plus le climat social. Dans l’univers de Tarantino, le soleil californien l’emporte encore sur les nouveaux puritains.

« La pensée classique doit souffler en Europe »

0
La pensée classique a bâti la civilisation européenne, comme les ici les cathédrales médiévales. (c) Pixabay

Si l’on admet que les idées mènent le monde, alors il est plus que jamais nécessaire de comprendre celles qui nous dirigent aujourd’hui. Entretien avec Pierre de Lauzun, auteur de Pour un grand retournement politique. Face aux impasses du paradigme actuel, Le Bien commun, 2019. Propos recueillis par le magazine Conflits.


Conflits. Vous présentez deux paradigmes intellectuels qui s’opposent, et qui ont des conséquences politiques et sociales fortes : le paradigme classique et le paradigme relativiste. En quoi les deux s’opposent-ils et pourquoi le paradigme relativiste est-il dominant aujourd’hui ?

Le paradigme relativiste domine notre culture commune depuis trois siècles, mais n’a fait sentir que progressivement ses effets. C’est l’idée qu’il n’y a pas de vérité objective en matière morale, politique et sociale, et que chacun se détermine donc comme il l’entend. Dès lors la seule notion du bien que doit reconnaître la société est le droit de chacun à définir comme il l’entend ses valeurs et références sous réserve du droit équivalent du voisin – ce qu’on trouve pour la première fois clairement exprimée dans la Déclaration des Droits de l’homme de 1789. Il en résulte une lente dérive, qui ronge ces biens communs essentiels qu’à des degrés divers l’humanité avait repérés ou construits au cours de son histoire. Au stade actuel, cela se traduit par une radicalité et une emprise considérables, dont témoigne ce qu’on appelle le politiquement correct, une police de la pensée qui eût été impensable sous cette forme il y a cinquante ans. Mais échapper à l’emprise d’un paradigme dominant n’est pas simple. Un paradigme est un cadre qui structure et oriente toute la pensée collective d’une époque. Comme l’a montré Kuhn en matière scientifique, un paradigme n’est dépassé que lorsqu’un autre émerge du fait que le premier rencontre des difficultés insurmontables. Tant qu’on n’en est pas là, la pensée reste conditionnée par le paradigme précédent.

Entre la pensée classique et la pensée relativiste, ce sont deux conceptions de l’homme et du monde qui ne perçoivent pas les événements de la même façon. Comment alors rebâtir une société commune et favoriser la fraternité et le bien commun dans un corps social qui se délite?

La pensée classique présente un cadre de pensée tout à fait différent et donc véritablement alternatif. Elle se fonde sur l’expérience des siècles, qui permet de dégager par la réflexion et l’usage une référence sûre pour la vie et l’action communes. Elle a été formalisée en politique notamment par Aristote, Cicéron puis Thomas d’Aquin et est toujours vivante depuis, inspirant à des degrés divers des penseurs comme Burke, MacIntyre ou Scruton, voire Tocqueville. Dans cette conception on trouve d’abord le sens de l’objectivité du bien et du vrai ; l’importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se développer qu’au sein de communautés solidaires, grâce à une éducation humaniste, tournée vers le vrai et le bien. Un autre aspect important est la conscience que les sociétés sont des édifices complexes, construits au cours du temps et non à partir de théories édifiées a priori, impliquant l’interaction de très nombreuses personnes et qui se régit par des règles de vie dégagées au cours du temps et intériorisées. L’une des forces de la pensée classique, même dans un contexte hostile comme le nôtre, c’est qu’elle donne du recul. Ce qui aide à ne pas se perdre dans les méandres du débat politique au jour le jour, sans pour autant cesser d’espérer et d’agir.

La pensée politique est parfois confuse, car les concepts employés sont polysémiques ou mal définis. Il en est ainsi des concepts de libéral et de conservateur. Comment ces deux concepts peuvent-ils se définir et quels sont leurs points communs et leurs points de divergence avec la pensée classique ?

Oui les concepts politiques sont fréquemment ambigus et mal définis. Cela ne résulte pas seulement de la complexité du sujet, ou de limites intellectuelles. C’est aussi du fait de leur rôle comme bannières dans le combat politique, soit pour rassembler, soit pour stigmatiser.

Le mot libéral est un des plus ambigus qui soient. Si on discerne bien un libéralisme philosophique qui s’inscrit clairement dans le cadre de notre paradigme, on trouve aussi un libéralisme politique ou un libéralisme économique dont le sens peut varier selon les personnes ou les contextes : le premier entre la mise en œuvre politique de notre paradigme, et le souci légitime de l’état de droit ou de l’autonomie des personnes face à l’État ; le second entre le laissez-faire intégral ou le culte irrationnel du marché absolutisé, et la promotion d’une économie de libre initiative et d’entreprise, où le marché trouve sa place. En faisant un bloc du libéralisme, on risque de sacrifier au passage des dimensions essentielles.

La notion de conservatisme n’est guère plus claire. Cela peut viser tout partisan de la situation politique qui domine un pays à un moment donné : en ce sens Brejnev était conservateur. Mais, de façon plus fréquente, on désigne par là un courant de pensée politique, bien représenté dans le monde anglo-saxon, mais pas seulement, que j’analyse comme une forme dérivée de la pensée classique, hybridée sous l’emprise du paradigme actuellement dominant. D’où un certain flou. Ainsi aux États-Unis on a fini par appeler conservateur quelqu’un qui en économie est ultra-libéral ; même si tout récemment on sent une nette évolution pour retrouver une conception plus conforme à la tradition conservatrice. Le conservateur se veut pragmatique, mais tend à privilégier la préservation d’une situation existante. C’est souvent justifié. Mais cela reste conditionné par cette situation. Et au fur et à mesure qu’elle évolue, le conservatisme glisse avec, et risque de confondre le provisoire avec l’essentiel, ou ses intérêts avec le bien commun.

Vous écrivez : « Un débat qui ne pose pas la vérité, y compris la vérité morale, comme objectif commun n’est plus un débat, car il n’y a plus de critère commun ; c’est au mieux une négociation. […] Et si tout est négocié, alors les rapports de forces les plus brutaux finiront pas l’emporter, et finalement l’état de nature au sens violent de Hobbes. Au minimum une délinquance latente. » 

En effet, sur bien des points, il semble que la notion de vérité a disparu et que l’usage de la raison s’efface. Comment rebâtir alors un paradigme classique dans ces conditions ?

La base de notre paradigme relativiste est bien ce refus de reconnaître que l’on ne peut débattre sérieusement sur le vrai ou le bien que si les participants admettent au départ une idée régulatrice, qui est que l’objet de tout débat est la recherche du vrai en soi ou du bien en soi ; c’est ce qui inspirait Socrate dans ses discussions serrées, notamment avec les sophistes, ancêtres de nos relativistes actuels. Même si la recherche de cette vérité et de ce bien est un effort constant, jamais terminé.  MacIntyre a très bien analysé cette question. Sinon il ne reste plus que le rapport de force, physique, juridique, économique, dialectique ou autre ; et notamment le règne de l’argent, qui est matériellement neutre : on peut toujours mettre un prix sur quelque chose même si on n’est d’accord sur rien d’autre. C’est ce que nous constatons de plus en plus.

Rebâtir un paradigme classique suppose certes l’exercice du débat socratique, mais en gardant en tête la puissance actuelle de l’emprise du paradigme, qui structure la pensée collective et plus encore le débat.  Certes au fond d’eux-mêmes les personnes savent que la vérité ou le bien n’ont de sens qu’objectif, mais dans la majeure partie des cas le cadre de pensée régnant ne leur permet pas de le reconnaître ou de l’intégrer. Il faut pour cela que l’expérience personnelle ou collective leur ait mis sous les yeux les limites de ce paradigme, ses échecs. Au stade actuel cela reste trop partiel.

Vous démontrez également que le relativisme aboutit à une culture de mort, qui se manifeste notamment dans les conflits : bombardements de villes, massacres de civils, etc. Le relativisme n’est-il pas alors un facteur aggravant des guerres ?

La terrible dégradation de la façon de mener la guerre depuis un peu plus de deux siècles a plusieurs causes, y compris la technologie ou la passion démocratique, mais le relativisme y a une part appréciable : l’Europe ancienne reconnaissait…

>>> Lire la suite sur le site de Conflits <<<

POUR UN GRAND RETOURNEMENT POLITIQUE

Price: ---

0 used & new available from

Ce Brésil qui pense « Touche pas à ma forêt! »

0
Le 24/08/2019 à Rio. A la télévision, Bolsonaro promet de combattre le feu, et indique que les feux sont récurrents dans le nord du pays à cette période de l'année © MARCELO SAYÃO/EFE/SIPA Numéro de reportage: 00920506_000001

Amazonie. Les propos de Macron sont peut-être louables, mais ils sont terriblement maladroits. Et si le Président Bolsonaro est excessif, tout le monde n’est pas en désaccord avec lui parmi les 200 millions d’habitants de ce géant sud-américain. Loin s’en faut.


Dire que les relations diplomatiques entre le président français et son homologue brésilien ne sont pas au beau fixe serait un euphémisme. Entre accusation de ne pas respecter les engagements pris, rendez-vous annulé et attaques personnelles, le ton ne cesse de monter entre les deux hommes. Toutefois, désormais les Brésiliens se sentent directement concernés.

A lire aussi: Le clan des sept va à Biarritz

Lundi 22 août, le G7 approchant et l’incendie de la forêt amazonienne faisant rage, Emmanuel Macron qui ne pouvait faire autrement que de commenter la situation s’est fendu d’un message sur Twitter: « Notre maison brûle. Littéralement. L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20% de notre oxygène, est en feu. C’est une crise internationale. » Des propos louables à première vue, mais pourtant bien maladroits.

Quand « Make our planet great again » rime avec ingérence

Le fait est que considérer l’Amazonie comme un bien collectif ne passe pas aux yeux des Brésiliens qui y voient à la fois une forme de condescendance mais surtout d’ingérence dans un problème considéré par beaucoup d’entre eux comme national et non international, à l’image d’un Jair Bolsonaro ayant déclaré « regretter que le président Macron cherche à instrumentaliser un problème interne au Brésil ».

A lire aussi: L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

Par ailleurs, si le Brésil ne s’est pas montré totalement hostile à recevoir de l’aide de la part de la communauté internationale comme le démontre celle en provenance d’Israël, leur président fait preuve de méfiance quant à celle des pays du G7, se demandant où se situe leur intérêt et surtout quelle sera la contrepartie… Raison pour laquelle il semble favoriser la recherche d’une solution auprès de ses voisins. En effet, le président brésilien s’est rapproché il y a quelques jours de son homologue colombien Ivan Duque, avec pour objectif de trouver une solution à un problème commun sans porter atteinte à la « souveraineté nationale » des deux pays (l’Amazonie recouvre approximativement 40 % du territoire colombien).

Une question de souveraineté avant tout

La guerre médiatique née d’une maladresse de la part d’Emmanuel Macron et d’une certaine bêtise du dirigeant brésilien laisse en tout cas penser que les Brésiliens peuvent être susceptibles. La question de la souveraineté nationale est bien plus profonde qu’on ne l’imagine.


Premièrement, à l’image de ses voisins, le Brésil est évidemment passé du statut de colonie à un Etat indépendant il y a moins de deux siècles. Aussi, voir le président d’une nation européenne utiliser un pronom possessif lorsqu’il mentionne une partie du territoire brésilien ravive forcément les sentiments nationalistes. Mais il faut aussi chercher plus loin dans les causes de l’énervement brésilien. Historiquement, l’élite du pays est composée de propriétaires terriens. Cela est toujours assez vrai de nos jours. Par conséquent céder, voire ne serait-ce que déléguer une partie du territoire – qu’elle fasse ou non partie de l’Amazonie – s’apparente à bien des égards à renoncer à une part de sa richesse nationale, mais le problème principal vient du fait que la question de l’internationalisation de l’Amazonie avait déjà été soulevée, à tort ou à raison, à plusieurs reprises par le passé.

Il est notamment possible de citer José Sarney, ancien président brésilien qui durant les années 80 avait mis en garde toute puissance extérieure envisageant l’internationalisation de l’Amazonie mais également établit un programme visant à développer et surtout à protéger la zone amazonienne (Projeto Calha Norte), ou encore, le discours engagé de Cristovam Buarque, ancien ministre de l’éducation qui avait déclaré que si l’Amazonie devait être internationalisée, il devrait en être de même de la totalité des richesses mondiales, qu’elles soient naturelles, financières ou même culturelles… Ces rappels de l’importance de la souveraineté nationale étaient peut-être plus subtils que celui de Bolsonaro. Reste que dans le fond, il reflète l’état d’esprit de bon nombre de Brésiliens.

Ligue 1: quels chants homophobes?

0
Image d'illustration Pixabey DR

Avertissement : Afin de permettre la compréhension totale de la problématique étudiée, ce texte est truffé de gros mots. Les lecteurs mineurs, sensibles ou macronistes sont donc priés de passer leur chemin.


C’est donc le nouveau combat. Bouter les chants homophobes des stades de football. La ministre des sports Roxana Maracinéanu avait exprimé son malaise en fréquentant ces antres mal famés que sont les tribunes de supporteurs, lesquelles tranchent évidemment avec l’ambiance feutrée des piscines olympiques. Nicole Belloubet et Marlène Schiappa ont dit, l’une qu’il fallait réprimer ces chants, et l’autre elle-même fan de football, qu’elle quitterait désormais les stades si l’on venait à lui chatouiller ses oreilles (on préfère de loin la romancière aux écrits moins chastes) !

A lire aussi: Aux matchs de foot, ce sera champagne pour personne

Donc, il y aurait des chants homophobes dans les stades. Fréquentant des tribunes depuis mon enfance, je n’en avais pas été témoin. Alors je me suis renseigné. Et paraît-il que sous l’influence de Madame la ministre des sports, deux matches, l’un en Ligue 2 lors du match Nancy-Le Mans, l’autre en Ligue 1 lors du match Brest-Reims, ont été arrêtés par l’arbitre, brièvement, avant de faire constater par le délégué de la Ligue de football professionnel cette atteinte aux bonnes mœurs. Quels étaient donc ces chants homophobes ? Et bien, renseignement pris, dans les deux cas, il s’agissait de « La Ligue, la Ligue, on t’encule ! ». Et là, permettez-moi de manifester mon étonnement. D’abord je ne savais pas que La Ligue de Football Professionnel était un garçon. Je ne suis pas d’ailleurs plus certain qu’il s’agisse d’une fille malgré son genre féminin. Il n’est pas évident non plus de prêter à cette institution la moindre orientation sexuelle. Conclusion, je voudrais bien qu’on m’explique en quoi ce chant serait davantage homophobe qu’hétérophobe. A priori, il s’agit surtout d’un chant liguophobe.

A lire aussi: « Humour sexiste »: extension (terrifiante) du domaine de la lutte féministe

On va me dire, tu joues sur les mots. Le terme « enculé » ferait référence à une pratique – la sodomie – plutôt prêtée aux homosexuels et l’utiliser est donc par nature homophobe. Et là, je me demande à quelle époque ces gens vivent. Aujourd’hui toutes les études sur les pratiques sexuelles indiquent que la sodomie fait partie de la vie privée de nombreuses femmes, parfois mères de famille irréprochables. Et je me demande si considérer qu’elle est réservée aux homosexuels ne constitue pas un stéréotype absolument scandaleux dont le gouvernement nous avait pourtant dit qu’il fallait d’urgence les déconstruire. On me dira que les arbitres victimes de ce genre de chants sont très rarement des femmes et que leur prêter cette pratique depuis très longtemps dans les tribunes quand ils refusent un pénalty évident pour la troisième fois à l’équipe locale est donc forcément leur attribuer une orientation sexuelle gay. Et les hommes qui aiment diversifier leurs pratiques avec leurs épouses, qu’en faites-vous (aucun dessin n’est prévu à l’appui de cet article) ?

A lire aussi: Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Si nos autorités ministérielles et footballistiques se mettent à assimiler cette vieille insulte, le verbe enculer, qu’il soit utilisé en participe passé ou conjugué au présent, à une pratique sexuelle, dont on vient de prouver qu’elle n’est nullement réservée à une orientation sexuelle, le football ne devrait pas être le seul concerné. Ainsi, le comique troyen Raphaël Mezrahi, pas plus tard que cette semaine a indiqué crûment – en défenseur de la cause animale – qu’il (je cite) « enculait les chasseurs ». Outre qu’on peut lui reconnaître un courage supérieur à s’attaquer ainsi à des gens armés d’un fusil alors que les hommes en noir sont seulement équipés d’un sifflet, je n’ai entendu aucun ministre ni éditorialiste (dont la corporation a largement applaudi l’arrêt des matches pour des chants prétendus homophobes qu’elle n’avait pas entendus) demander l’arrêt des spectacles de l’humoriste.

Si on souhaite continuer sur la même lancée, que penser d’un terme qui signifie rigoureusement la même chose pourtant popularisé par Coluche, « enfoiré », lequel est aujourd’hui souvent utilisé avec bienveillance voire affection ? Madame Belloubet va-t-elle demander que cessent les concerts de la compagnie des « Enfoirés » et mettre ainsi en péril le financement des « Restos du cœur » ? Va-t-on, dans la même logique implacable, sanctionner le doigt d’honneur, dont la signification ne fait aucun doute et invite de la même manière notre interlocuteur à aller se faire… Licenciera-t-on le salarié pour homophobie lorsqu’il quittera excédé une réunion où on l’a mis à l’index en hurlant ces mots « allez tous vous faire foutre ! » ? Fera-t-on enfin pression sur la société Larousse dont les dictionnaires impriment chaque année cette définition d’enculé : « Vulgaire. Terme injurieux pour marquer le mépris que l’on a de quelqu’un. » ?

A lire aussi: Mounir Baatour: « L’homophobie reste très ancrée en Tunisie »

Parties comme le sont toutes ces illustres autorités, il ne serait d’ailleurs pas exclu que toutes mes questions trouvent rapidement une réponse positive. Et il n’est pas sûr que l’homophobie supposée demeure longtemps la seule cible. Par exemple, dans les tribunes du Stade-Vélodrome de Marseille, on entend parfois lorsque le club de la capitale vient y rencontrer l’équipe locale : « Parisien, va niquer ta mère, sur la Cane-cane-bière ». Le ministre de la protection de l’enfance ne pourra-t-il pas y voir un chant faisant la promotion de l’inceste ? Et ce chant entendu par mes propres oreilles vendredi dernier au Stade-Bonal lors du derby Sochaux-Nancy, « Et Nancy la salope, oh oh oh oh, oh oh oh oh ! », n’est-il pas foncièrement misogyne, s’interrogera certainement Madame Schiappa, alors qu’il ne s’agit nullement de remettre en cause les mœurs de feu la veuve de Ronald Reagan.

A tous les supporteurs de foot, je conseille désormais d’entonner des chants à base de thèmes de Walt Disney. On verra alors qui se sent le plus ridicule.

Bien qu’absente du G7, la Chine contraint tout le monde à se redéfinir

0
Capture d'écran Reacnroll.tv

Le philosophe et historien Marcel Gauchet est de retour sur le plateau de REACnROLL. Selon lui, le G7 est l’expression d’une hégémonie et d’une cohésion du bloc occidental plutôt mal en point. Magnifique mise en scène, le G7 révèle que les Européens tardent à remettre en question leur articulation entre politique et économique, alors que la montée en puissance de la Chine – non présente – provoque des inquiétudes.


 

Quoi de mieux qu’un épisode inédit de l’Esprit de l’Escalier pour démarrer la journée ? Causeur vous propose de lire un court extrait du dernier échange entre Elisabeth Lévy et Marcel Gauchet, échange complet disponible dans une vidéo de 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains.

 

Verbatim

Elisabeth Lévy: Quel est l’enjeu pour vous [du G7], du point de vue de l’économie mondiale ? L’idée même d’une gouvernance mondiale est-elle possible ? Est-ce qu’il ne faudrait pas tout de même donner une possibilité aux États de reprendre la main, face à des entreprises qui n’ont aucune contrainte démocratique ?

A lire aussi: Code informatique, algorithmes des GAFA: désamorcer la machine infernale

Marcel Gauchet: Oui, mais c’est là précisément qu’il y a une contradiction très forte. Contradiction entre un monde occidental qui croît globalement à la régulation automatique de la marche économique et le reste du monde qui, pour de bonnes raisons, a une autre philosophie de la chose, où les rapports de puissance sont prioritaires (les Chinois évidemment en tête). C’est là où il y a une vraie confrontation des visions de l’articulation entre politique et économie qui devrait selon moi être le centre de la discussion. Encore faudrait-il que cette volonté de reprise en main du contrôle global de l’économie par les États soit présente du côté occidental… Et elle n’y est pas.

Elisabeth Lévy: D‘accord. Nous avons parlé [au début de l’émission NDLR] des États-Unis, pays qui ne joue pas que le multilatéralisme. Et même, il le joue assez peu. C’est l’affaire du Président Macron. Vous le savez et on l’entend tambouriner tous les matins sur nos radios, (poursuivant avec ironie) « Le président défend le bon multilatéralisme. »

Marcel Gauchet: Plutôt, oui ! Le président défend les bons sentiments et il a raison…

Elisabeth Lévy (le coupant): D’accord! Mais le président Trump se rend donc au G7, alors que je crois qu’il avait quitté la porte de la dernière édition en claquant la porte. Et à cette occasion, le président, le nôtre Emmanuel Macron, avait parlé d’un « théâtre d’ombres et de divisions. » Donc il n’avait pas non plus une très bonne opinion du G7… Il n’empêche que le président Trump, lui, entretient les rapports de force. Je ne sais pas ce que vous pensez de sa politique avec la Chine, en tous les cas elle se situe plutôt sur ce terrain-là. Alors, qu’est-ce qu’il faut faire avec la Chine ?

>>> Rentrée présidentielle, hibernation des gilets jaunes, G7, PMA, privatisation d’Aéroports de Paris… Elisabeth Lévy veut l’avis de Marcel Gauchet sur tous les sujets de la rentrée. Abonnez-vous et retrouvez 45 minutes d’échanges sur REACnROLL ! <<<

Marcel Gauchet: Les États-Unis sont dans un moment charnière de leur histoire. Ils ont été à l’origine de la mondialisation telle qu’on la connaît. [Ils ont eu] la conviction que le libre-échange – dans la conception qu’ils s’en font – jouerait de toutes les manières à leur avantage… Et ils s’aperçoivent au bout du compte que ce n’est pas si clair qu’il y paraît. Donc il y a une révision très flottante et très incertaine, dont Trump avec sa politique erratique est un bon témoignage. [Les États-Unis] eux-mêmes sont dans une interrogation certaine sur cette articulation entre politique et économique, du point de vue de ce que cela donne en termes de puissance. Il n’y a que les Européens qui continuent comme des braves à jouer le multilatéralisme, le mulitculturalisme accessoirement, et le libre-échange. (Poursuivant avec ironie) « Tout va bien pour finir », et puis, « si on s’entend tous, on en profitera ». Les Européens sont manifestement perdants mais ils ne sont pas encore au moment de s’en apercevoir. Voilà ce qu’il faut décrypter derrière un sommet comme celui-là! C’est un moment de rencontre où les principaux partenaires sont à l’extérieur. D’ailleurs, Macron a eu la bonne idée de rappeler que l’Inde n’est pas là. L’Inde n’est pas encore une économie pleinement développée effectivement, mais a une dynamique avec elle qui va l’emmener très vite sur le devant de la scène. Elle n’est pas là, ce qui n’a aucun sens [et Macron a bien fait de le rappeler avant le sommet NDLR]. On est dans un moment très intéressant à déchiffrer, parce [Biarritz] signifie probablement que la mondialisation telle qu’on l’a connue est derrière nous. On va voir autrement comme va se dessiner le rapport politique-économie [dans les années à venir], les Européens étant [apparemment] les derniers à reconsidérer leur position là-dessus. Mais évidemment, c’est le phénomène chinois qui est au centre de l’attention parce qu’eux ont une philosophie très claire: l’économie n’est pas une fin en soi, elle est au service de la grandeur de la Chine et de la position de puissance qu’elle entend retrouver. Personne n’étant capable à ce jour de nous dire la manière dont ils conçoivent la primauté, la centralité (ce qui n’est pas tout à fait la même chose) de la puissance chinoise dans le monde de demain. Mais ils obligent tout le monde à se redéfinir, y compris en termes de gestion interne.

Capture d'écran de l'émission "L'esprit de l'escalier" sur REACnROLL. A gauche Marcel Gauchet, à droite, Elisabeth Lévy.
Capture d’écran de l’émission « L’esprit de l’escalier » sur REACnROLL. A gauche Marcel Gauchet, à droite, Elisabeth Lévy.

Elisabeth Lévy: Pourquoi ?

Marcel Gauchet: Parce qu’effectivement ils ont une politique qui marche ! Alors que les nôtres patinent considérablement.

A lire aussi, Gil Mihaely: Le clan des sept va à Biarritz

Elisabeth Lévy: Ils ont une politique qui marche d’abord parce que, comme vous l’avez remarqué, nous sommes d’une faiblesse totale. Et aussi, sauf si vous me dites que je suis complètement manipulée par l’information, parce que les Chinois emploient dans la guerre économique des méthodes qui ne sont pas particulièrement « fair-play » et qui jouent en quelque sorte avec le droit. C’est ce que l’on leur reproche souvent d’ailleurs, on leur reproche par exemple le transfert de technologies forcé. Vous avez raison de dire que les Américains ont l’extraterritorialité du droit pour eux. Et nous ? (dans un rire jaune) On n’a rien donc, en somme! Pourtant, ce qui est étonnant, c’est qu’on a pu peu à peu prononcer le terme « protectionnisme » sans se faire complètement incendier dans le débat public ces dernières années…

Marcel Gauchet (abondant dans son sens): … Pas complètement ! Mais juste un peu.

Elisabeth Lévy: C’est vrai, juste un peu (Les deux rient). La nuance est importante. Mais est-ce que quelque chose est en train de changer aussi dans les élites européennes de ce point de vue-là?

Marcel Gauchet: Je ne suis pas véritablement capable d’apprécier la réalité de ce changement, mais je crois que la question est posée de façon telle d’un niveau global, objectivement… Il y a certes l’exception chinoise: ils sont loin, ils sont exotiques, on ne les comprend pas très bien. Bon, mais les Américains on les connaît, ils sont près et ce sont eux qui commandent, à nos yeux. Je pense que l’effet Trump, au-delà de la diabolisation immédiate, commence à avoir des effets importants dans la mesure où l’on voit qu’il exprime une sensibilité qui n’est pas simplement celle des « Rednecks », du « plouc » américain de base auquel il est trop facile de le ramener… Trump a derrière lui une partie significative des élites américaines et cela oblige les élites européennes à reconsidérer leur position. Mais en même temps, l’Europe a renoncé à un tel point à réfléchir et à faire autre chose que « suivre », que je crois qu’il faudra encore beaucoup de temps pour que le réveil ait lieu…

>> Retrouvez ce débat en intégralité sur REACnROLL ! <<

 

Chez Mélenchon, la chasse à l’islamophobie continue

0
De gauche à droite, Alexis Corbiere, Adrien Quatennens, Jean Luc Melenchon, Caroline Fiat, à l'assemblée nationale, en juin dernier © Emma PROSDOCIMI/SIPA Numéro de reportage: 00910514_000001

Le philosophe Henri Peña-Ruiz fait l’objet d’un injuste procès après être intervenu sur le thème de la laïcité au cours des universités d’été de la France insoumise. La thématique y est ultra-sensible, une partie non négligeable des militants poussant Mélenchon et Quatennens vers des positions communautaristes. Mise au point.


Suite à son intervention sur la laïcité à l’université d’été de la France Insoumise, les AMFiS 2019, le philosophe Henri Peña-Ruiz est l’objet d’une campagne de diffamation de la part de la frange indigéniste et islamo-gauchiste de ce parti, qui le taxe de racisme.

Je suis loin de partager toutes les positions de l’auteur du Dictionnaire amoureux de la laïcité, mais je tiens à lui apporter mon total soutien face à ces accusations mensongères. Elles sont absurdes pour quiconque connaît un tant soit peu son travail, et révélatrices à la fois des tensions qui parcourent la gauche française, et de la profonde malhonnêteté intellectuelle des indigénistes comme des islamistes et de tous ceux qui les soutiennent, complices ou idiots utiles.

La République menacée

Je ne reviendrai pas ici sur la fracture qui traverse la France Insoumise, et la gauche en général, entre les universalistes et les multiculturalistes, les républicains et les communautaristes. Sans surprise, on peut assez largement lui superposer la fracture entre la gauche qui veut penser avec le peuple, et celle qui prétend penser à la place du peuple. Henri Peña-Ruiz appartient résolument à la première, ce qui fait que je le considérerai parfois comme un adversaire, mais jamais comme un ennemi.

Que lui reprochent certains ? D’avoir déclaré « on a le droit d’être islamophobe », ce qui comme il le dit lui-même ne prend son sens qu’avec le reste de la phrase : « il n’est pas raciste de s’en prendre à une religion, mais il est raciste de s’en prendre à une personne du fait de sa religion. » Soutien total face à une accusation infâmante et totalement injustifiée, donc, malgré un ferme désaccord sur l’emploi du terme « raciste ».

L’islam, point trop n’en faut

« Islamophobie », d’abord. Sans revenir sur Phobos, fils d’Arès, une phobie est une crainte irrationnelle relevant de la psychopathologie. Or, est-il irrationnel d’identifier comme dangereux certains courants de l’islam, lorsque l’on constate chaque jour les ravages commis en leur nom et conformément à leurs doctrines ? Attentats bien sûr, mais aussi atteintes permanentes aux libertés fondamentales (libertés de conscience, de pensée, d’expression) et aux droits des femmes… Depuis la destruction du sanctuaire de Taëf en 632 et la bataille des Chaînes (la conversion ou la mort, déjà), la liste est tragiquement longue. Dès lors, est-il irrationnel d’identifier aussi comme dangereux des individus qui adhèrent consciemment à ces courants de l’islam, et promeuvent leurs agendas hégémoniques et totalitaires ? Non, évidemment. Faut-il pour autant les craindre, c’est un autre débat, mais il est assurément parfaitement rationnel et logique de les considérer comme une menace.

A lire aussi: Elisabeth Lévy: « Tant que la gauche affirmera qu’il n’y a pas d’identité française, elle ne se relèvera pas »

L’irrationnel serait de croire que tous les musulmans quels qu’ils soient adhèrent à l’islam coranique littéraliste théocratique. Il y a trop de contre-exemples, trop de musulmans humanistes, pour que la généralisation ait la moindre crédibilité – de même en retour qu’il y trop de fanatiques et trop de versets du Coran problématiques pour que l’on puisse dire sérieusement que l’islam serait « une religion de paix et de tolérance » sans largement nuancer.

Islamophobie : la stratégie des islamistes pour nous réduire au silence

Le terme « d’islamophobie » a été propagé par les islamistes pour criminaliser et pathologiser toute critique de l’islam. Mais quand bien même on ferait abstraction de cette origine, le constat demeure : il est parfaitement sain et rationnel de considérer l’islamisme, qui est un courant de l’islam, et les islamistes, qui sont une partie des musulmans, comme des dangers majeurs.

Etant entendu que la critique des religions, l’islam comme les autres, est non seulement un droit mais un devoir, se pose néanmoins la question de la distinction entre « s’en prendre à une religion » et « s’en prendre à une personne du fait de sa religion. » Soyons clairs : s’en prendre aux musulmans parce que musulmans est injuste et inepte. D’abord, on l’a dit, parce que tous les musulmans sont loin d’être des thuriféraires de l’islam littéraliste théocratique. Ensuite, parce que comme dans toutes les religions, les raisons pour croire sont multiples, et n’impliquent pas forcément l’adhésion à la totalité de la doctrine. Nombre de catholiques, par exemple, se désolidarisent du Pape François au sujet de l’accueil des migrants, et se gardent bien (à juste titre) de « tendre l’autre joue » !

A lire aussi: « Alors, Céline Pina, toujours islamophobe? »

Inciter les croyants à avoir un regard critique sur leur croyance est une bonne chose. Les juger « en masse » en raison de cette croyance, sans même prendre la peine de s’interroger sur les motivations de chacun, est absurde. Mais il serait tout aussi absurde de s’interdire de condamner l’adhésion lucide et volontaire aux courants de l’islam que l’on regroupe sous le terme « d’islamisme », et dont l’abjection n’est plus à démontrer. Une conviction religieuse est un choix, et comme tout choix elle engage la responsabilité de celui qui choisit. Nous y reviendrons.

La France insoumise n’aide pas à la prise de distance avec le dogme religieux

« Racisme », ensuite. Oui, dans les faits, une religion est souvent un héritage. Certaines choses nous viennent plus facilement, plus spontanément dans notre langue maternelle. La religion dans laquelle nous avons été éduqués est le langage – mythologique, symbolique, rituel – dans lequel nous avons appris à exprimer notre rapport à la transcendance, appris à prier, appris à exprimer nos angoisses et nos espoirs lors des longues nuits sans sommeil. La religion de notre enfance est la langue maternelle de notre relation avec le divin. Pour un croyant, il y a là quelque chose qui touche à l’intériorité la plus profonde de l’être, à son intimité la plus essentielle.

A lire aussi: Islamophobie: une arme de propagande massive

Il y a des gens que j’admire pour lesquels il est fondamental d’être ou de ne pas être « de gauche », alors qu’à mes yeux cela n’a absolument aucune importance. Faisons l’effort de comprendre que pour certains croyants il est tout aussi fondamental d’être ou de ne pas être musulman, chrétien, juif, bouddhiste, shintoïste ou que sais-je.

Pour autant, les religions ne sont pas et ne sauraient être uniquement des héritages. Le prétendre serait les réduire à leur dimension folklorique, traditionnelle ou même « identitaire », au sens négatif du terme. Et ce serait nier le génie propre de chacune d’elles. Toutes les religions ne sont pas interchangeables, et si elles sont toutes des langages elles sont aussi des choses dites dans ces langages, des choses qui bien souvent sortent du cadre de l’intime et engagent vis-à-vis d’autrui. Appeler le soleil Huitzilopochtli n’est pas seulement une variation sur le fait de l’appeler Hélios ou Alfrodul, c’est affirmer implicitement qu’il a besoin du sang des sacrifices humains pour ne pas s’éteindre, avec tout ce que cela implique.

Bien sûr, on peut trouver dans sa religion mieux que ce qu’elle véhicule le plus souvent, on peut vouloir la réformer, ou n’en garder que le meilleur. Bien des croyants (pas seulement musulmans) valent mieux que certains aspects des religions auxquelles ils croient. D’ailleurs, et ce n’est pas le moindre des paradoxes de la polémique actuelle, Henri Peña-Ruiz est justement l’un des plus ardents défenseurs de ce qui fait que l’on ne puisse pas assimiler les croyants à ce qu’il y a de pire dans leurs croyances. Depuis des années, il explique que la laïcité est un idéal d’émancipation, en même temps que le cadre qui rend cette émancipation possible. Or, c’est bien cela qui permet aux croyants la prise de distance d’avec les dogmes, et qui fait notamment que l’on ne puisse pas considérer les musulmans comme collectivement coupables des horreurs inspirées par la sourate n°9, ou le verset 34 de la sourate n°4.

Ambiguïtés

Il n’empêche. Qu’il y ait de multiples raisons pour avoir une religion plutôt qu’une autre n’exonère pas les croyants de leurs responsabilités. On peut se dire communiste pour bien des raisons, mais on ne peut pas se dire communiste sans devoir se positionner très clairement sur les goulags, les commissaires politiques et les crimes qui ont systématiquement accompagné les « communismes réels ».

A lire aussi: La gauche fait son « big bang », Mélenchon fait… la sieste

Il est légitime de demander à un admirateur des philosophes de l’Antiquité de condamner explicitement les passages d’Aristote qui justifient la pratique de l’esclavage. Il est légitime de demander à un catholique de condamner explicitement les textes violemment anti-homosexuels de Saint Paul. Il est légitime de demander à un musulman de condamner explicitement certains versets du Coran. Et si les uns ou les autres refusent, ou entretiennent une ambiguïté malsaine, il est légitime de « s’en prendre à eux » intellectuellement et juridiquement.

« Je n’ai fait qu’obéir aux ordres » n’est jamais une excuse valable pour échapper à ses responsabilités, peu importe que ces ordres soient considérés comme d’origine humaine ou divine, peu importe qu’ils prennent la forme d’une injonction religieuse, de la coutume ou d’une directive de l’Etat. Oui, nous avons des motivations parfaitement compréhensibles pour ne pas questionner ces préceptes, ces traditions, ces lois, mais à la fin des fins face à notre conscience, choisir d’obéir aux ordres est toujours un choix. Delenda Carthago ! Lorsque l’on choisit de brûler des enfants plutôt que des épis de blé, il faut bien tôt ou tard rendre des comptes. Lorsque l’on choisit de mettre une balle dans la tête à des enfants devant leur école, ou que l’on célèbre comme un héros celui qui l’a fait, aussi.

La critique de la croyance ne doit jamais être assimilée à du racisme

Or, dire cela est l’exact contraire du racisme, puisqu’il s’agit de mettre chacun face à ses choix et à ses responsabilités alors que le racisme implique l’assignation à une hérédité qui, par définition, n’est pas choisie. Le racisme est le fait de croire que les origines ethniques de quelqu’un le condamnent à avoir certains traits de caractère négatifs, et qu’il lui est impossible d’échapper à ce déterminisme. Il ne saurait donc en être responsable !

Alors que certains voudraient remettre en cause la liberté de conscience (on pense par exemple à l’UOIF qui a refusé de la reconnaître à la création du CFCM), alors que trop de pays criminalisent l’apostasie, il est important de le réaffirmer : la religion est toujours un choix, la liberté de ce choix doit être garantie, et de ce fait la critique de la croyance mais aussi des croyants est parfaitement légitime et ne doit jamais être assimilée à du racisme.

Et parce que la criminalisation de l’apostasie, aujourd’hui, est essentiellement le fait de pays musulmans, c’est encore plus vrai dans le cas de la critique de l’islam et du choix des musulmans d’être musulmans – avec toutes les nuances que j’y ai apportées plus haut.

Il n’y a pas de peuple ou de « race » musulmane

Un dernier point. Henri Peña-Ruiz parle du racisme comme de « la mise en cause d’un peuple, ou d’un homme, ou d’une femme, comme tel » et ajoute « le racisme anti-musulmans est un délit. » Clairement, non. Le rejet des musulmans parce que musulmans est, en effet, condamnable pour toutes les raisons que j’ai mentionnées. Mais il ne s’agit pas de racisme, puisque le fait d’être musulman n’est pas un caractère héréditaire figé ! De plus « les musulmans » ne sont certainement pas un peuple.

D’une part parce que plusieurs peuples sont, depuis plus ou moins longtemps, majoritairement musulmans, sans pour autant que l’islam ait le moindre droit d’exiger l’exclusivité chez eux. Et il serait absurde de nier les différences anthropologiques entre, par exemple, les Iraniens et les Peuls.

D’autre part, bien sûr, parce que nos concitoyens musulmans qui respectent les lois et l’art de vivre de la France, et qui se sont approprié sa culture et son histoire, appartiennent de plein droit au peuple français, quelles que soient leur origines ethniques ou géographiques. Dire cela est même l’une des composantes fondamentales non seulement de l’identité française, mais de ce qui fait l’essence de la civilisation occidentale, fondée sur le tryptique de l’Antiquité, de la Chrétienté et des Lumières. La culture plutôt que l’ethnie.

N’oublions pas d’où nous venons, n’oublions pas qui nous sommes. Il y a plus de deux millénaires déjà, dans son Panégyrique d’Athènes, Isocrate (436-338 av JC) avait cette phrase magnifique :

« Notre cité (…) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et l’on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. »

L’Amazonie, bûcher des vanités présidentielles

0
Emmanuel Macron à Biarritz le 26 août 2019 © BERTRAND GUAY / AFP

En se posant en grand défenseur de l’Amazonie, Macron ne fait que détourner l’attention. Bolsonaro se permettant de poser un lapin à Le Drian cet été était déjà révélateur d’un abaissement de la France que nous faisons semblant de ne pas voir. Désormais, le Brésil rejette l’aide du G7 dans la lutte contre les incendies, fustigeant les belles âmes de l’occident et ne comptant plus que sur ses militaires. 


Comme ça, Macron se passionne pour l’Amazonie, ses plantes, ses animaux et les gens qui y vivent. C’est beau ! On ne pouvait attendre moins du président de la République Française, la fille ainée du Progressisme, ce rideau de fumée idéologique qui dissimule des intérêts privés qui n’ont rien de bienveillant ni d’universel. Ce qui reste du prestige de la France est mis au service du lobby agricole qui craint l’entrée en vigueur de l’accord UE-Mercosul et des partis progressistes qui n’admettent pas l’élection de Bolsonaro.

A lire aussi: Le clan des sept va à Biarritz

Vu de France, on veut nous faire croire que le Brésil a besoin de défricher pour produire viande, sucre et soja. Cette idée est fausse car il y a longtemps que l’agriculture brésilienne a fait sa révolution high-tech. Les campagnes brésiliennes sont devenues une terre d’ingénieurs et de techniciens spécialisés. Le ciel au-dessus des champs est labouré par des drones d’observation et d’épandage dont une grande partie est conçue et fabriquée localement. La tentative d’associer l’essor agricole brésilien à la dévastation de l’Amazonie ignore la réalité et sert à évincer les Brésiliens du marché mondial. Rien de plus.

Macron détourne l’attention

La défense (somme toute légitime) de l’agriculture française est masquée par une rhétorique alarmiste et bienpensante qui diabolise Bolsonaro et l’insère dans un Axe du Mal aux ambitions démoniaques. Elle est maniée à la perfection par les progressistes européens qui se fabriquent des ennemis imaginaires comme Bolsonaro, Trump, Salvini et Poutine. Incapables de s’en prendre aux ennemis réels du monde occidental (Frères Musulmans, mafias de l’immigration, cartels de la drogue), nos chers maîtres font preuve du même manque de lucidité et de courage lorsqu’il s’agit de l’Amazonie.  Autrement dit, ils ne comprennent rien au réel et se vantent de ne rien savoir de ce qui se passe sur le terrain.

A lire aussi: PMA, Les deux mères du Code Macron

On déboise en Amazonie parce que l’Etat de Droit y est inopérant, parce que les fonctionnaires chargés de la protection de l’environnement y sont menacés, intimidés et pourchassés. La forêt recule parce qu’il y a un déficit d’autorité et non un trop-plein de populisme comme le laisse croire la vulgate progressiste. Le problème de fond est celui de la gouvernance et non de la politique environnementale.  Les lois sont bonnes mais elles ne sont pas appliquées en tout point du territoire.

Soutien à l’armée brésilienne

Le mécanisme en place en Amazonie brésilienne est similaire à celui qui domine les favelas où la loi n’est pas appliquée car l’Etat est évincé par des forces privées dont l’impunité est garantie par la corruption et le laxisme pénal. Aujourd’hui comme hier, l’Amazonie est une immense banlieue où l’on s’aventure de temps en temps et sous bonne escorte. Le Brésil est un empire où le pouvoir central s’exerce de manière inégale, l’autorité va et vient selon ses besoins et les circonstances, elle aspire à la prééminence et non à l’exclusivité.

A lire aussi: Carte postale du Brésil, pays au président élu grâce à WhatsApp

La tentation est grande d’intervenir soi-même pour arrêter l’hémorragie avant que le point de non-retour ne soit atteint et l’Amazonie transformée en savane. Ce serait une atteinte à la souveraineté brésilienne, un acte néocolonial et une aventure hasardeuse dans la lignée des catastrophes libyennes et irakiennes.

Les seuls capables de maintenir un semblant d’ordre et d’autorité en Amazonie sont les militaires brésiliens. Ils disposent, en effet, de la doctrine et de la discipline qui font cruellement défaut aux polices locales.  Or, le rôle ultime d’une armée n’est pas de remplacer le politique ni d’agir à la place de l’administration civile. Ce qui est en jeu, en définitive et une fois la crise surmontée, est la reconstruction d’un appareil politico-administratif efficace dans l’Amazonie brésilienne : la tâche d’une génération et une gageure à plus d’un titre.

Et le CO2 africain, on peut en parler?

Si le réel avait encore une importance, on reprocherait aux Brésiliens la destruction, en ce moment-même, des vestiges encore debout de la Mata Atlantica, la forêt native qui commande le cycle de l’eau dans les régions sud et sud-est du Brésil. C’est cette forêt que Levi Strauss avait tant craint et admiré lors de son séjour au Brésil dans les années 1930.

A lire aussi: Incendies en Amazonie: notre avenir part-il vraiment en fumée?

D’ailleurs pourquoi se limiter aux immensités amazoniennes, pourquoi fermer les yeux sur le triste état des forêts ancestrales de Casamance et de Guinée Bissau livrées à l’appétit des Chinois ? Doit-on déduire que l’oxygène amazonien est meilleur que son homologue africain ?

L’essentiel est ailleurs comme nous l’avons vu auparavant. Il faut maintenir Bolsonaro sous pression, coûte que coûte, afin de favoriser le lobby agricole français et faire plaisir aux belles âmes.

L’affrontement a quelque chose de pathétique car il oppose deux puissances blessées, la France et le Brésil. Sous nos yeux, deux soft power en peine échangent insultes et bons mots, sûrs que rien de grave ne peut leur arriver tant la partie adverse est faible et dévitalisée.

Greta Thunberg défie John Wayne

Macron parle fort et fronce les sourcils alors que la France est à genoux. Symboliquement parlant du moins. Il exige des Brésiliens qu’ils surveillent leur immense territoire alors que le sien est ouvert aux quatre vents, son administration étant incapable de réguler le flux de clandestins.  Il critique les Brésiliens pour leur complaisance face aux pyromanes alors que les voitures brûlent et les zones de non-droit s’enflamment à la moindre étincelle. Macron se préoccupe du sort des Indiens autochtones alors que ses propres autochtones se font évincer de quartiers entiers comme la Porte de La Chapelle à Paris.

Ce n’est pas un hasard si Bolsonaro se permet de poser un lapin à Jean-Yves Le Drian. La voix de la France est enrouée. Sa civilisation des minorités et ses renoncements successifs ne causent aucune admiration au-delà du petit cercle des capitales progressistes. Les Brésiliens désolés voient Notre-Dame brûler, les Champs-Elysées saccagés, les principaux monuments parisiens assaillis par les mendiants et les banlieues mises en coupe réglée par une ultra-minorité de racailles.

Face à Macron, Bolsonaro ne brille pas non plus de mille feux. Il représente un pays qui tourne en rond depuis cent ans à force de répéter les mêmes erreurs. Le Brésil est une promesse non-tenue, dont la perception à l’extérieur oscille entre la convoitise (samba, plages, liberté sexuelle) et l’horreur (favela, drogue, violence extrême).

Le futur nous réservera d’autres épisodes comme celui-ci car Macron et Bolsonaro ont de grandes chances d’être réélus pour un second mandat. Ils représentent à la perfection le moment historique que traversent leurs pays respectifs. Le président-CEO accompagne le déclin français et le rend inéluctable. Le président-shérif, bardé de défauts mais conscient que son pays a touché le fond, tente de lui appliquer un traitement de choc. L’histoire nous dira qui de Greta Thunberg ou de John Wayne aura raison.