Le 15 août dernier, nous fêtions, en même temps que le débarquement en Provence, les 250 ans de la naissance de Napoléon Bonaparte. Cet anniversaire, négligé par la classe politique, fournit pourtant l’occasion de rappeler l’action d’un des plus grands hommes d’État que notre pays ait connu. La conception bonapartiste centrée sur la méritocratie, la grandeur de la France, le rassemblement autour d’une destinée commune, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique est une clé pour sortir la France du marasme qu’elle connaît depuis plusieurs décennies.


L’absence d’une opposition structurée risque de mener à une réélection de Macron en 2022. En termes d’action concrète, notre époque est marquée par un manque de marge de manœuvres et une incapacité pour le politique à mener une véritable rupture pour répondre aux maux français (chômage de masse et manque d’horizon, aussi bien individuel que collectif). La droite en reconstruction devrait s’inspirer de Napoléon Bonaparte et proposer une révolution de son logiciel politique pour à la fois battre Emmanuel Macron et redresser le pays bloqué politiquement, économiquement et institutionnellement. Nous observons qu’à chaque moment-clé de son destin, la France s’est tournée vers un homme providentiel: en attendant que le prochain émerge, tournons-nous vers le passé où Napoléon Bonaparte a beaucoup à enseigner aux hommes de droite.

Napoléon comme source d’inspiration

La première leçon du bonapartisme est qu’une philosophie centrée sur le mérite permet de combattre le fatalisme. La droite, en déclin permanent depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, entre dans une phase où le déterminisme voudrait que sa mort soit bientôt prononcée. Pourtant, la vie politique, comme tout parcours personnel ou collectif est loin de répondre avec constance aux lois du déterminisme. Surtout quand la volonté s’en mêle. Le parcours du général corse devrait ainsi inspirer les hommes politiques contemporains. Par sa trajectoire, Bonaparte détruit tous les déterminismes ! Sa vie est le récit d’un homme qui ne disposait que de peu d’atouts de par ses origines – tant familiales que géographiques – pour être un jour appelé à régner sur la France. La trajectoire de Napoléon Bonaparte permet à la droite de croire en son destin politique pour se redresser, avant de relever la France mais également de revenir aux origines politiques du bonapartisme. Face à l’enlisement des classes moyennes et populaires, il s’agit de proposer une refonte de notre pacte social. En effet, le bonapartisme permet de valoriser le mérite symbolisé par la légion d’honneur ou le destin de plusieurs maréchaux de l’Empire alors qu’il faut aujourd’hui 6 générations (soit 180 ans) selon l’OCDE pour qu’une famille très modeste atteigne seulement le revenu moyen.

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La seconde leçon du bonapartisme est que la grandeur de France peut être restaurée par une quête héroïque portant les valeurs françaises en Europe. Comme le souligne Patrice Gueniffey, il est alors l’acteur d’une histoire en recherche de héros. Ce faisant, il répond à un moment crucial au besoin de son époque de définition de l’identité française, oscillant entre la volonté de maintenir les acquis de la Révolution et le besoin d’un pouvoir exécutif fort. De fait, il a l’ethos du héros avant même de prendre les rênes de la France. Sa charge du pont d’Arcole, tout comme son épopée égyptienne sur les traces d’Alexandre le Grand ou Jules César, façonnent un personnage dont la volonté individuelle est associée à une ambition collective. Pour revenir à son sens originel bonapartiste, la reconstruction de la droite ne pourra passer que par une nouvelle ambition française dans un ordre mondial en redéfinition. Il s’agit de démontrer que l’Europe peut être un levier de puissance pour la France – si nous détrônons l’Allemagne comme première puissance européenne, et si nous osons porter notre modèle de vie face aux deux puissances américaines et chinoises. Cette ambition vise ainsi à répondre au Malheur français décrit par Marcel Gauchet.

Réconcilier deux France

La troisième leçon du bonapartisme est qu’une révolution politique repose sur la capacité de rassembler les Français au-delà des clivages. Le Premier consul d’alors faisait face aux monarchistes d’un côté et aux révolutionnaires de l’autre. Il cherche alors avant toute chose à tenter de réconcilier deux France qui ont été symboliquement comme matériellement coupées par l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Il prend dans son gouvernement d’anciens montagnards comme Fouché, mais aussi des gens qui, à l’image de Portalis, ont été favorables à un retour des Bourbons. Il donne des gages aux monarchistes et aux émigrés par plusieurs mesures d’amnistie, tout en pacifiant la Vendée. Si Napoléon a réussi à résoudre un tel clivage, ne pourrions-nous pas aujourd’hui réunir la France des villes largement acquise à Emmanuel Macron, et la France rurale plus attachée à Marine Le Pen ?

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Cette troisième voie ne pourra être réussie qu’en réunissant au moins une partie des deux France, et en proposant une révolution politique fondée sur un nouvel ordre civil et économique. Il s’agit, à l’exemple du Code Civil promulgué en 1804, de proposer une nouvelle définition de la vie en société pour faire face notamment aux nouvelles menaces posées par l’islamisme radical et le multiculturalisme au modèle français. Pour cela, il faut impérativement revoir notre code de la nationalité ainsi que notre politique pénale tout en garantissant certains principes chers à nos valeurs.

Repenser les fondamentaux

La quatrième leçon du bonapartisme est qu’une grande volonté réformatrice est nécessaire pour faire entrer la France dans la modernité. En ce sens, le Code civil a permis de jeter les bases de la France moderne, tout comme nombre de réalisations qui demeurent aujourd’hui (préfets, lycées, Banque de France, légion d’honneur…) Bien loin de l’image d’Épinal du destructeur belliqueux de la France et de l’Europe, Napoléon doit être considéré comme un grand bâtisseur capable de repousser les limites du possible par son action symbolisée par l’Arc de Triomphe. La politique des masses de granit est destinée à créer des fondations solides et pérennes pour la France. Cette quatrième leçon oblige la droite à repenser ses fondamentaux pour non pas rester dans la logique gestionnaire du « meilleur manager » face à Emmanuel Macron. La droite doit penser les réformes sur le temps long : déterminer des grands projets ad hoc visant à donner à la France un avantage comparatif certain sur la santé, la recherche, le numérique, le développement militaire et l’indépendance énergétique. Cela passe notamment par un investissement public renforcé, et l’accroissement des partenariats publics-privés dans le cadre d’un retour du Commissariat au plan pour revenir à une conception gaulliste de l’Etat.

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La cinquième leçon du bonapartisme est que le volontarisme politique est indispensable pour dépasser les blocages. Le volontarisme qu’il pratique est un véritable arrachement à toutes les contingences qui ont pu être imposées par la suite à l’action publique aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur. Cette politique volontariste est transposée dans toute l’Europe au fur et à mesure des conquêtes avec la mise en place d’un modèle français napoléonien qui transforme durablement notre continent. Par exemple, c’est par la présence française que l’exemple de la gendarmerie fut suivi, en Espagne (la Guardia Civil), comme en Italie (les carabinieri) et jusqu’en Russie. Le rêve d’une Europe composée de nations unies sous l’égide de la France montre que l’Empereur raisonnait autant à l’échelle nationale que continentale.

Le politique doit primer sur l’économique

Relevant un pays au bord de la faillite financière, il montre que le politique peut déterminer l’économique. Pour reprendre le pouvoir et proposer une révolution politique, la droite doit combattre ces leviers qui tenteront de bloquer son action comme l’Union européenne sous l’influence allemande et les différents blocages comme la bien-pensance des élites nationales. Sans oublier… enfin, le gouvernement des juges.

La méritocratie face au déterminisme, l’impératif de grandeur de la France, le large rassemblement de la population, l’ambition réformatrice et le volontarisme politique étaient les trois principes de la politique napoléonienne. Ils doivent constituer les piliers de la droite dans sa reconstruction. L’action du général de Gaulle est un autre point de comparaison possible. Alors que les Républicains décideront dans les semaines à venir de la ligne à adopter, rappelons que la France n’est la France que quand elle est grande et que le combat politique se mène avec le combat culturel. Cela passe par la charge symbolique que porte Napoléon. Ne pas avoir commémoré à sa juste valeur les 250 ans de la naissance de l’Empereur des Français était une erreur.

William Thay, Président du Millénaire, think-tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation de la droite 

Pierre-Henri Picard, Secrétaire général délégué du Millénaire 

Jean-François Champollion, expert du Millénaire, agrégé et doctorant en histoire contemporaine 

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